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vive la vie

  • Le combat ordinaire 4 de Manu Larcenet

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    Editions Dargaud - 64 pages

    Quatrième de couv' : C'est l'histoire d'une chantier qui ferme, d'une petite fille amoureuse, d'un soir d'élections et d'une nuit dehors...

    A mes yeux, le quatrième opus de la série Le combat ordinaire, contrairement au cinquième tome du Retour à la terre du même auteur et Jean-Yves Ferri, est à la hauteur des trois premiers épisodes. L'auteur, quand il scénarise lui même sa vraie fausse vie, aborde son existence avec une profondeur, une gravité, une émotion qui valent toutes les saynètes comiques du monde. Si le trait reste égal à lui-même - très bon, en somme -, la qualité du texte est quant à elle poussée à son paroxysme. Manu Larcenet nous prouve plus que jamais son extraordinaire talent pour exprimer si justement les choses légères et celles qui le sont moins. Pour ne pas dire pas du tout.

    Extraits :

    La culpabilité, c'est la lâcheté devant le vérité de l'être.

    ...

    Tes racines là, c'est du folklore, du cache-misère romantique pour dire de jolie manière qu'on a suivi les migrations industrielles comme les mouettes le chalutier... Histoire de grapiller les restes. Alors aujourd'hui, c'est à la mode, d'avoir des racines de-ci, de-là... Conneries, oui ! C'est rien d'autre que la glorification de la tradition imbécile ! Ca nous colle au sol... Ca nous empêche d'avancer... Les racines, c'est bon pour les ficus !

    ...

    Et puis, il faut se rendre à l'évidence : tout le monde s'en fout, en vrai, du chantier... Je veux dire... Il y aura évidemment de bonnes âmes pour crier au scandale... On trouve toujours du monde pour crier... Mais au jour dit, quand les vraies portes des vrais ateliers fermeront, parce que c'est ce qui va se passer, les belles âmes, elles seront loin ! Ce qui les intéresse, c'est l'idéologie... A nous de nous démerder avec le réel !

    ...

    Le pur désespoir pose des questions tellement essentielles qu'il ne peut s'accomoder d'idéologie... L'escroquerie idéologique, c'est de convaincre qu'il existe une vérité. Le réel n'importe plus alors que dans la mesure où il peut se plier pour s'y conformer. Pourtant, la rue ou les métastases, par exemple, sont abyssalement indifférentes au CAC 40 ou à la ligne du parti... On m'objectera sans doute qu'elles le sont tout autant à la poésie, et on aura tort. Délestée de toute logique, la poésie est la seule manière libre de remarquer ce qui est précieux. Depardon, Brassens, Miyazaki, Bonnard, Jarmush, Sempé, Tom Waits, Cézanne, Monty Pithon, Monet... Brel, Desproges, Klee, Cartier-Bresson, Springsteen, Céline, Harvey Keitel, Baudelaire, Van Gogh... La poésie rachète tout.

    ...

    Ceux qui pensent que seul compte le résultat ne se soucient pas du processus... C'est pourtant le processus qui fait les civilisations...

  • Le combat ordinaire de Manu Larcenet

    Editions Dargaud

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    Décidément, Manu Larcenet n'a pas son pareil pour faire de l'autobiographie romancée à peine dissimulée. En parallèle de la fantastique série Le retour à la terre, où il aborde ses problèmes existentiels de manière légère et drôle, l'on retrouve dans la série Le combat ordinaire, comme le fait John Irving dans son oeuvre, des sujets récurrents ; en l'occurrence des angoisses comme la peur de l'engagement ou la panique de devenir père. Mais cette fois-ci, Larcenet nous dresse un auto-portrait plus vrai parce que plus profond. La tonalité grave, perfectionnée au fil des albums, érige un quasi nouveau genre : la philosophie illustrée alliant la Dessin à la Pensée. Parfois, la bande dessinée comble ses lacunes rédactionnelles par de magnifiques illustrations. Ici, il n'en est rien. Le texte est aussi riche que le trait, le style est transcendé et c'est ce qui en fait une grande oeuvre.

  • Désoeuvré de Lewis Trondheim

    Editions L'Association, coll. éprouvette - 77 pages désoeuvré.jpg

    Entre autres achats bédéesques compulsifs, j'ai enrichi ma collection de Trondheim de deux tomes de la série Carnet de Bord. Je pourrais aborder une fois de plus, comme en témoigne ma catégorie Bande dessinée, le génie de l'auteur et patati et patata. Mais aujourd'hui est un jour nouveau dans l'ère de ma fan-attitude trondheimesque ou ma trondheimite aiguë, au choix. Oui, l'auteur de génie, incontestablement vénéré au fil des lecture a commis LE faux pas dans mon esprit on ne peut plus objectif de lectrice détenant la vérité absolue de la critique.

    A la lecture de Désoeuvré, ma déception a été grande, mais finalement, je suis contente. Contente de prouver à mon lectorat que non, je ne suis pas rémunérée par l'auteur pour dithyrambie propagandiste. Et heureuse de constater que non, vraiment non, la perfection n'existe pas, nul n'est infaillible, je peux déculpabiliser.

    Désoeuvré donc est une nouvelle crise d'angoisse du névrosé number one de la littérature illustrée - car oui, une fois pour toute la BD, de qualité j'entends, EST de la littérature. Ici, L.T. s'interroge sur le bien vieillir, ou plutôt son contraire, des auteurs de bande dessinée. Sa réflexion, véritable étude sociologique de niche, analyse au cas par cas pour établir l'inéluctable statistique qui nourrira son anxiété. Sauf que, véridique ou pas, la recherche bédéifiée est une accumulation de sucre cassé sur le dos des membres de la corporation. Bref, ça balance grave et personnellement, je trouve ça de moyen bon goût.

    Pour faire un parallèle, je dirais que Désoeuvré est à la BD ce que 99 Francs est au roman : une in-joke qui n'aurait pas du sortir du milieu autorisé.

  • Le syndrome du connard

    Permettez, avant que de commencer à écrire cette note, que je rie sous cape en pensant à tous ces poils qui se hérissent et ces coeurs qui503131763.jpg s'emballent ou s'arrêtent de palpiter - selon - à la simple lecture de ce titre. Détendez-vous, mes amants, mes amours, mes emmerdes d'autrefois ! Nulle chronique amoureuse à l'horizon, ce n'est pas aujourd'hui que vous en prendrez pour votre grade.

    Houston on a un problème.

    Ouiiii ?

    Les hommes sont déçus de ne pas être à l'ordre du jour. 

    Voyez-vous ça ! Alors quand on parle d'eux, ils protestent en nous accusant éhontément de cette mauvaise foi dont ils ne se départiront décidément jamais et quand on décide de les absoudre jusqu'à la prochaine inspiration, ils ronchonnent encore et toujours. Quelqu'un dans la salle peut-il m'expliquer pourquoi le célèbre aphorisme est "Souvent femme varie, bien fol qui s'y fie" ?

    Quoiqu'il en soit, réjouis-toi, ou pas, mais aujourd'hui je ne parlerai ni de toi, ni de toi, ni de toi, ni... Bref.

    Quid donc du susdit syndrome ? Le syndrome du connard, c'est moi. Plus exactement, j'en suis atteinte. Car, le syndrome du connard touche indistinctement les femmes et les hommes. Mais comme la règle veut que le masculin l'emporte, même si ça sonne bien, aucun "syndrome de la connasse"... Enfin, si, mais c'est autre chose. Heu... CQFD, point à la ligne.

    Pour plus de limpidité sur le sujet qui nous préoccupe ce jour, je dirais que le syndrome du connard est au malade imaginaire moyen ce que le syndrome de Cotard est à l'hypocondriaque psychotique. Puis-je... être plus explicite ? Je puis, je puis. Concrètement, ça veut dire qu'entre mes maux de tête - qui ne peuvent aucunement être liés au fait que je lis et que je surfe beaucoup trop - et la pléthore de reportages anxiogènes sur la nocivité des ondes, je suis quasi sur le point, pour freiner le développement de ma manifeste tumeur au cerveau, de ne sortir qu'avec un couvre-chef tapissé de papier d'alu. Un autre exemple pour la forme ? Mon mal de gorge et ma légère toux - qui ne sont évidemment pas les fruits des variations climatiques de ces derniers temps - semblent être les premiers symptômes d'un cancer de la gorge ou de la langue ou des deux voire pire.

    Houston...

    Ouiiii ?

    Mouahaha !

    ... Je sais...

  • On the radio*

    Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître*...

    Donna Summer*, Charles Aznavour*... Autant de références hautement culturelles qui permettront aisément même au plus piètre mélomane parmi mes lecteurs de déduire que le thème du jour sera la musique. En revanche, nul scoop sur une quelconque idole de la chanson française ou internationale, pas plus qu'une fabuleuse astuce pour télécharger de la musique gratuitement* ; acte au demeurant illégal et donc en totale contradiction avec la présente charte éditoriale.

    Et morale.

    Quoique...

    Bref.

    Donc.

    Nous disions musique. Vaste sujet s'il en est un plus que d'autres. Il me souvient de ce temps chaque jour un peu plus lointain où le support audio à la pointe de la branchitude était la K7 (ndlr : "la cassette" pour les pas au top de la hypeness du temps jadis et pour les moins de vingt ans).

    La K7, loin des termes et fonctionnalités ultra technologiques du disque optique utilisé pour stocker des données sous forme numérique, plus communément dénommé disque compact ou CD, était un petit boîtier plastique parallélépipédique contenant une bande magnétique enroulée autour de deux bobines sur laquelle il était possible d'enregistrer de la musique mais sans choix de compression de fichier aucun. Pour trois minutes vingt de chanson, trois minutes vingt de bande utilisée. Trivial.

    Ce qu'il y avait de bien avec la K7, c'était le côté artisanal et ultra personnel de la construction d'une compilation et également l'investissement que cela représentait. Aujourd'hui, avec le CD, il suffit de collecter les fichiers requis et de les graver proprement les uns à la suite des autres. Opération peu fastidieuse dont l'exécution se compte en minutes. Avec la cassette, l'établissement du pot pourri des tubes du moment se faisait directement à partir d'une ou plusieurs stations de radio de prédilection. Dans ma province, le choix se résumait à NRJ (radio number one*) et Fun Radio (Doc & Difool*), ce qui limitait les variations d'ondes.

    Je me revois donc, ma compilation en devenir enfournée dans mon radio-cassette Sony, guettant des heures durant autant que faire se pouvait rapport à la dictature parentale les morceaux convoités sur les ondes FM. Il faut savoir que comme pour tout, ce procédé était régit par la loi de Finagle*, corollaire de la plus célèbre loi de Murphy*, qui érige au rang de principe le pessimisme. En d'autres termes, quand tu patientais gentiment devant ton poste, nul tube à l'horizon. Mais dès que tu t'éloignais, le morceau tant attendu pointait le bout de ses notes... et de te précipiter vers ton poste le plus rapidement possible mais pas suffisamment pour ne pas rater l'intro qui se traduisait sur la bande par un sorte de scratch suraigu faute d'avoir appuyé simultanément sur Record et Play (ndlr pour les moins de quatre lustres : manipulation pour déclencher l'enregistrement).

    Autre caractéristique fort peu pratique de la K7, il était impossible de passer d'un morceau à un autre de manière précise en appuyant sur un simple bouton. Il fallait rewind ou forward au petit bonheur la chance. Ainsi, écouter un morceau spécifique se méritait et, pour en revenir à l'enregistrement, une fois la chanson "acquise" - sans l'intro donc -, il fallait rewind pour supprimer la voix du présentateur faute d'avoir interrompu la copie au moment opportun et souvent forward un peu car on avait trop rewind. Naturellement, c'est toujours à ce moment-là que rappliquait un second morceau convoité. Ici, trois cas de figures : soit la manipulation rewind/forward avait été heureuse et l'enchaînement des morceaux était parfait (probabilité infinitésimale), soit trop de rewind et donc ni intro, ni final forcément, soit enfin trop de forward et voix de l'animateur ou publicité entre les deux chansons avec variation d'intensité des décibels à réveiller un mort, infarctus garanti.

    Dernier point croustillant de l'enregistrement sur K7 audio dépendant de la fameuse loi de lose : parmi toutes les chansons recherchées, CELLE que l'on voulait absolument passait toujours moins souvent que les autres ou uniquement lorsque nous ne pouvions guetter les ondes, la faute aux diverses autorités répressives qu'étaient les parents ou encore l'école. De fait, on enregistrait d'autres tubes en patientant, l'espoir ne faisant jamais défaut. Quand enfin notre surveillance et la diffusion briguée se rencontraient, les quelque quatre minutes de bonheur se transformaient fatalement en cauchemar au bout de quarante secondes par le klonk! de la cassette achevée. Car à force d'avoir enregistré en attendant, il ne restait jamais suffisamment de bande pour THE hit.

    Et de retourner la cassette et de sacrifier le pas vraiment début du premier morceau - dont on conserverait quand même la pas vraiment fin - pour avoir l'à peu près fin du préféré dont on n'aurait pas le milieu...

    Aaah, y'a pas à dire, tout était vraiment mieux avant !