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théâtre

  • Une séparation de Véronique Olmi

    culture,citation,littérature,livre,roman,roman épistolaire,théâtre,amourEn librairie depuis le 2 octobre 2013.

    Éditions Albin Michel - 71 pages

    Présentation de l'éditeur : "Cela va vite, une séparation. Il suffit d'un mot pour défaire des mois, des années d'amour, c'est comme dynamiter sa maison, on craque une allumette et tout s'effondre." Une séparation est la dernière pièce de Véronique Olmi dont le théâtre, de Chaos debout à Mathilde, est monté en France et à l'étranger par les plus grands metteurs en scène, et couronné par de nombreux prix. Elle est l'auteur de plusieurs romans, de Bord de mer à La nuit en vérité.

    Ma note :

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    Broché : 10 euros

    Ebook : 6,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Albin Michel pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre.

    Comme son nom l'indique, cette courte pièce de théâtre est l'histoire de la séparation d'une femme, Marie, et d'un homme, Paul. Deux prénoms très communs pour un sujet universel.

    La réédition de cette pièce épistolaire accompagne son adaptation au Théâtre des Mathurins jusqu'au 22 décembre 2013 avec l'auteur elle-même dans le rôle de Marie et Jean-Philippe Puymartin, qui signe également la mise en scène, dans celui de Paul.

    Marie, usée par la routine du couple, quitte Paul d'un simple courrier. Paul, refusant cette séparation, décide d'utiliser la correspondance comme un lien leur permettant d'être toujours un peu ensemble. Au fil de cet échange, c'est toute leur histoire d'amour qui est retracée, de leur rencontre jusqu'à l'impasse, années emplies de passions, de doutes, d'erreurs... Un véritable dialogue de sourds qui oppose deux conceptions du couple et de l'amour s'engage alors, à la tournure aussi évidente qu'inattendue, jusqu'au saisissant final.

    Difficile à la lecture de ce texte de ne pas s'interroger soi-même sur la façon d'envisager la vie à deux au fil du temps qui passe, de ne pas réfléchir sur les raisons de poursuivre ou d'interrompre une histoire. L'amour ne doit-il être que moments merveilleux, magie sans cesse renouvellée comme à ses débuts ou la passion des premiers temps doit-elle laisser place à une tendre complicité bien ancrée dans le réel ?

    Dans son texte, Véronique Olmi défend les deux points de vue avec autant de force que de conviction. Impossible de ne pas être saisi par un sentiment d'impuissance. Et pourtant, pas moyen non plus de ne pas faire un choix ; forcément subjectif. Mais que l'on choisisse la passion ou l'inévitable érosion, chacun des mots de chacun des camps est inévitablement remuant. Un texte beau et juste qui revisite avec talent une thématique universelle mainte fois traitée mais qui n'aura jamais d'autre conclusion que personnelle.

    Vous aimerez sûrement :

    The Guitrys d'Éric-Emmanuel Schmitt, L'Île des Gauchers d'Alexandre Jardin, Une dernière chose avant de partir & Le livre de Joe & Perte et fracas & C'est ici que l'on se quitte & Tout peut arriver de Jonathan Tropper, La double vie d'Irina de Lionel Shriver, Le roman de Boddah d'Héloïse Guay de Bellissen, La nuit ne dure pas d'Olivier Martinelli, Cosima, femme électrique de Christophe Fiat, Madame Hemingway de Paula McLain, Accordez-moi cette valse de Zelda Fitzgerald, Ciseaux de Stéphane Michaka...

    Extraits :

    MARIE

    Étrange que ce soit si simple de se quitter. Étrange qu'il n'y ait de procédure que pour les gens mariés. Pour nous deux, une lettre et c'est déjà beaucoup. Un coup de fil, un mail, un silence auraient suffi. Notre séparation... Un peu de vent à la surface du sable. Un volet qui claque. Un rêve qui meurt. Trois fois rien. C'est fini.

    Le matin se lève et notre histoire est terminée. La vie va continuer sans cette histoire qui s'arrête comme un train en rase campagne. Je continue à pied. Toute seule. Tout droit. Sans me retourner et les mains vides.

    Je n'ai plus à plaire à personne.

    Il n'y a personne.

    La légèreté de la solitude. Sa magnifique inhumanité.

    ...

    PAUL

    J'ai réfléchi Marie, j'ai bien réfléchi, et je te l'écris et je te le dis, je te dis Non. Pour la première fois, c'est Non. Tu te sépares de moi, cela te regarde, cela est ta séparation, pas la nôtre. Je reste là. Je t'attends. Et j'ai tout mon temps.

    ...

    MARIE

    Avoue ! Avoue que nous sommes devenu un couple démuni, sans feu sans étincelles, et nous faisions partie soudain des statistiques. En face de nos années de vie commune on pouvait facilement cocher la case : routine inévitable. On pouvait nous démasquer facilement : le couple du troisième étage qui ne réveille plus les voisins par ses étreintes bruyantes et quotidiennes. Le couple du troisième étage qui fait ses courses et arrose ses plantes. Le couple que l'on croise le soir le sac de courses au bout des bras, et dont on ne saura ni n'imaginera jamais rien. Je t'ai quitté parce que nous étions devenus deux silhouettes. Parce que vivre ou mourir se ressemblaient trop. Parce qu'entre moi et une autre je ne voyais pas la différence. Parce que les raisons pour lesquelles je t'avais aimé sont précisément les raisons pour lesquelles je te quitte.

  • The Guitrys d'Éric-Emmanuel Schmitt

    En librairie depuis le 2 octobre 2013.the guitrys.jpg

    Éditions Albin Michel - 141 pages

    Présentation de l'éditeur : Durant les années folles, pendant quatorze ans, Yvonne Printemps et Sacha Guitry règnent sans partage sur la scène artistique et mondaine internationale. Amants magnifiques et impossibles, ils vont vivre une vraie passion, traversée de querelles, de tromperies, et de jalousies. Et si l'histoire de ce couple légendaire nous était contée par Sacha lui-même ? Si l'auteur de Chagrin d'amour et de La Jalousie en avait confié les dialogues et la dramaturgie à Éric-Emmanuel Schmitt, complice de cette comédie étincelante de verve et d'esprit ?

    Ma note :

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    Broché : 12 euros

    Un grand merci aux Éditions Albin Michel pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre.

    À condition de connaître Sacha Guitry et Éric-Emmanuel Schmitt (L'évangile selon Pilate, La femme au miroir...) ou au moins l'un des deux d'un peu prêt de son oeuvre - pour ne pas dire de son personnage -, la rencontre des personnalités et des talents linguistiques et littéraires de ces deux artistes est forcément prometteuse.

    Il faut, bien sûr, garder à l'esprit que le texte, avant tout écrit pour le théâtre, repose essentiellement sur les dialogues. Alors bien sûr, il se lit vite. Forcément, il gagne à être entendu plutôt que lu ; d'autant que le casting - Martin Lamotte & Claire Keim - semble une réussite. Évidemment, la mise en scène ou encore les costumes font davantage revivre le Paris des Années folles que de l'encre sur le papier...

    N'empêche ! Sous la plume de l'un des auteurs français les plus lus et les plus représentés au monde, le couple mythique Yvonne Printemps-Sacha Guitry reprend bel et bien vie le temps d'une lecture et entraîne à sa suite le lecteur, au coeur de cette union à la vie comme à la scène. Du trouble de leur rencontre à la détresse de leur rupture en passant par leur triomphe sur les planches, l'amoureux de l'Amour et le Rossignol, l'aristo dandy à l'esprit fin et la fille des faubourgs un peu sotte mais moins qu'il n'y paraît, font ressurgir ces quinze années de verbe haut.

    Le délice de lire leurs échanges donne à imaginer le plaisir de voir jouer ces exquises roucoulades et autres assassines algarades pleines de verve et d'esprit. Alternant les scènes au présent et les flashbacks, le vrai talent de Schmitt est d'avoir construit ses conversations autour de réelles citations. De quoi rendre son texte plus vrai que nature et ressusciter un instant l'incomparable style Guitry.

    La pièce (qui me donne autant envie que De Sacha à Guitry par Jean Piat) est à voir au Théâtre Rive Gauche jusqu'au 5 janvier 2013 - 6, rue de la Gaîté - Paris 14 - Réservations 01 43 35 32 31 - M° Edgar Quinet - www.theatre-­rive-gauche.com.

    Vous aimerez sûrement :

    L'Île des Gauchers d'Alexandre Jardin, Une dernière chose avant de partir & Le livre de Joe & Perte et fracas & C'est ici que l'on se quitte & Tout peut arriver de Jonathan Tropper, En moins bien et Pas mieux d'Arnaud Le Guilcher, Les témoins de la mariée de Didier Van Cauwelaert, Homo erectus de Tonino Benacquista, Demain j'arrête ! de Gilles Legardinier, Le roman de Boddah d'Héloïse Guay de Bellissen, La nuit ne dure pas d'Olivier Martinelli, Cosima, femme électrique de Christophe Fiat,Madame Hemingway de Paula McLain, Accordez-moi cette valse de Zelda Fitzgerald, Ciseaux de Stéphane Michaka...

    Extraits :

    LE RÉGISSEUR

    Ah oui, cocu ! Vous vouliez dire "cocu" ?

    SACHA GUITRY (entre ses dents)

    C'est ça, répétez-le, si ça vous fait plaisir. Il est certain que ça risque peu de vous arriver...

    LE RÉGISSEUR

    Ah ! Ne recommencez pas, monsieur Guitry... Germaine n'a pas...

    SACHA GUITRY

    Chanceux Marcel. Contre l'adultère, l'ingratitude physique se révèle une arme plus efficace que la vertu. Enfin, encore une fois, je ne me moque pas de vous, mon ami, mais de moi. Lorsqu'on épouse une femme jolie, on prend le risque d'être cocu, c'est logique, c'est inscrit dans la police d'assurance. Enfin bref, je l'étais. Le bonheur à deux ne dure que le temps de compter jusqu'à trois.

    ...

    SACHA GUITRY

    (...) Avec tout ce que je sais on pourrait faire un livre, tandis qu'avec ce que je ne sais pas on pourrait faire une bibliothèque.

    ...

    SACHA GUITRY

    J'ai été réformé.

    YVONNE

    Pourquoi ?

    SACHA GUITRY

    Pour cause de rhumatismes.

    YVONNE

    À votre âge ?

    SACHA GUITRY

    On a le droit d'être précoce ! J'ai déjà fourni une assez belle carrière de malade. Enfin, les rhumatismes, ça a le mérite de ne pas tuer son bonhomme. C'est un peu comme ma femme : ça énerve, ça fait mal, ça se déplace et ça ne part pas.

    YVONNE

    Vous parlez mal des femmes...

    SACHA GUITRY

    Je ne parlais pas des femmes mais d'une seule : mon épouse.

    YVONNE

    Eh bien, cela ne donne pas envie de vous épouser.

    SACHA GUITRY

    Qui cela tenterait-il ?

    Ils se regardent, troublés.

    YVONNE

    Et à part ça ? Question santé ?

    SACHA GUITRY

    Rien à signaler sinon que l'idée que je puisse être malade me rend malade. Je m'affole. Je m'y connais juste assez en médecine pour envisager le pire.

    YVONNE

    Ah ! Vous êtes un malade imaginaire ?

    SACHA GUITRY

    Non, un bien-portant imaginaire.

    ...

    SACHA GUITRY

    (...) Avant le mariage, c'est les petits mots. Pendant le mariage, c'est les grands mots. Après le mariage, c'est les gros mots.

    ...

    SACHA GUITRY

    J'aime tellement la langue française que je considère un peu comme une trahison le fait de cultiver une langue étrangère.

    ...

    YVONNE

    (...) Pourquoi m'humilies-tu en courtisant cette Lyonnaise ?

    SACHA GUITRY

    Il faut bien que je feigne de me lasser de toi afin de pouvoir, plus tard, faire semblant de ne pas te regretter.

    Yvonne vacille sous la détresse élégante que révèle cette phrase. Puis elle se ressaisit.

    YVONNE

    Oh, toi ! Tu es plus grisé par les mots que tu prononces que par ceux que tu écoutes.

    ...

    SACHA GUITRY

    On est vieux dès qu'on cesse d'aimer.

  • Le Futurisme, manifeste & bibliographie

    art,culture,citation,peinture,Liminaire : introduction à un sujet complexe mais ô combien intéressant. N’oublions toutefois pas le contexte de l’époque - économique, militaire, idéologique, culturel, etc. Présenter ne veut pas dire cautionner.

    1909, l’univers artistique est en révolution. Ce si long XIXe siècle est en train de mourir et le monde est - presque - prêt à entrer pleinement dans le XXe, ce nouveau siècle rempli d’espoir et de modernité. Il faudra toutefois attendre la fin de la Première Guerre Mondiale pour vraiment y être.

    Milan, Via Senato, au numéro 2. Un jeune trentenaire, Filippo Tommaso Marinetti, écrit un texte séminal, Le manifeste du Futurisme. Il y expose les ferments d’un nouveau courant artistique global.

    Ecoutons-le :

    Nous avions veillé toute la nuit, mes amis et moi, sous des lampes de mosquée dont les coupoles de cuivre aussi ajourées que notre âme avaient pourtant des cœurs électriques. Et tout en piétinant notre native paresse sur d’opulents tapis persans, nous avions discuté aux frontières extrêmes de la logique et griffé le papier de démentes écritures.

    Un immense orgueil gonflait nos poitrines, à nous sentir debout tout seuls, comme des phares ou comme des sentinelles avancées, face à l’armée des étoiles ennemies, qui campent dans leurs bivouacs célestes. Seuls, avec les mécaniciens dans les infernales chaufferies des grands navires, seuls avec les noirs fantômes qui fourragent dans le ventre rouge des locomotives affolées, seuls avec les ivrognes battant des ailes contre les murs.

    Et nous voilà brusquement distraits par le roulement des énormes tramways à double étage, qui passent sursautants, bariolés de lumières, tels les hameaux en fête que le Pô débordé ébranle tout à coup et déracine, pour les entraîner, sur les cascades et les remous d’un déluge, jusqu’à la mer.

    Puis le silence s’aggrava. Comme nous écoutions la prière exténuée du vieux canal et crisser les os des palais moribonds dans leur barbe de verdure, soudain rugirent sous nos fenêtres les automobiles affamées.

    - Allons, dis-je, mes amis ! Partons ! Enfin, la Mythologie et l’Idéal mystique sont surpassés. Nous allons assister à la naissance du Centaure et nous verrons bientôt voler les premiers Anges ! Il faudra ébranler les portes de la vie pour en essayer les gonds et les verrous !... Partons ! Voilà bien le premier soleil levant sur la terre !... Rien n’égale la splendeur de son épée rouge qui s’escrime pour la première fois, dans nos ténèbres millénaires.

    Alors, le visage masqué de la bonne boue des usines, pleine de scories de métal, de sueurs inutiles et de suie céleste, portant nos bras foulés en écharpe, parmi la complainte des sages pêcheurs à la ligne et des naturalistes navrés, nous dictâmes nos première volontés à tous les hommes vivants de la terre :

    MANIFESTE DU FUTURISME

    1. Nous voulons chanter l’amour du danger, l’habitude de l’énergie et de la témérité.

    2. Les éléments essentiels de notre poésie seront le courage, l’audace et la révolte.

    3. La littérature ayant jusqu’ici magnifié l’immobilité pensive, l’extase et le sommeil, nous voulons exalter le mouvement agressif, l’insomnie fiévreuse, le pas gymnastique, le saut périlleux, la gifle et le coup de poing.

    4. Nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive… Une automobile rugissante, qui a l’air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace.

    5. Nous voulons chanter l’homme qui tient le volant, dont la tige idéale traverse la Terre, lancée elle-même sur le circuit de son orbite.

    6. Il faut que le poète se dépense avec chaleur, éclat et prodigalité, pour augmenter la ferveur enthousiaste des éléments primordiaux.

    7. Il n’y a plus de beauté que dans la lutte. Pas de chef-d’œuvre sans un caractère agressif. La poésie doit être un assaut violent contre les forces inconnues, pour les sommer de se coucher devant l’homme.

    8. Nous sommes sur le promontoire extrême des siècles !... A quoi bon regarder derrière nous, du moment qu’il nous faut défoncer les vantaux mystérieux de l’Impossible ? Le Temps et l’Espace sont morts hier. Nous vivons déjà dans l’absolu, puisque nous avons déjà créé l’éternelle vitesse omniprésente.

    9. Nous voulons glorifier la guerre – seule hygiène du monde, le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles Idées qui tuent, et le mépris de la femme.

    10. Nous voulons démolir les musées, les bibliothèques, combattre le moralisme, le féminisme et toutes les lâchetés opportunistes et utilitaires.

    11. Nous chanterons les grandes foules agitées par le travail, le plaisir ou la révolte ; les ressacs multicolores et polyphoniques des révolutions dans les capitales modernes ; la vibration nocturne des arsenaux et des chantiers sous leurs violentes lunes électriques ; les gares gloutonnes avaleuses de serpents qui fument ; les usines suspendues aux nuages par les ficelles de leurs fumées ; les ponts aux bonds de gymnastes lancés sur la coutellerie diabolique des fleuves ensoleillés ; les paquebots aventureux flairant l’horizon ; les locomotives au grand poitrail, qui piaffent sur les rails, tels d’énormes chevaux d’acier bridés de longs tuyaux, et le vol glissant des aéroplanes, dont l’hélice a des claquements de drapeau et des applaudissements de foule enthousiaste.

    Progrès et évolution, violence et destruction, pour Marinetti et ses coreligionnaires, il est temps, grand temps, de liquider ce XIXe siècle moribond. Ils feront preuve de la même virulence quant au lieu de départ de cette révolution et seront sans illusion sur leur avenir.

    C’est en Italie que nous lançons ce manifeste de violence culbutante et incendiaire, par lequel nous fondons aujourd’hui le Futurisme, parce que nous voulons délivrer l’Italie de sa gangrène de professeurs, d’archéologues, de cicérones et d’antiquaires.

    Les plus âgés d’entre nous ont trente ans ; nous avons donc au moins dix ans pour accomplir notre tâche. Quand nous aurons quarante ans, que de plus jeunes et plus vaillants que nous veuillent bien nous jeter au panier comme des manuscrits inutiles !... Ils viendront comme nous de très loin, de partout, en bondissant sur la cadence légère de leurs premiers poèmes, griffant l’air de leurs doigts crochus, et humant, aux portes des académies, la bonne odeur de nos esprits pourrissants, déjà promis aux catacombes des bibliothèques.

    Publié d’abord le 5 février 1909 dans La Gazzetta dell’Emilia de Bologne puis le 20 dans Le Figaro, ce texte révolutionnera le monde artistique et aura une résonance internationale. Par dizaines, par centaines, des jeunes gens comprendront le message de Marinetti, s’y retrouveront, l’approuveront et le mettront en pratique.

    Un nouveau courant artistique est né, il sera global : littérature, peinture, sculpture, architecture, théâtre, musique, cinéma, arts décoratifs, etc. Même la gastronomie s’y mettra !

    Bien qu’international, le cœur même du Futurisme restera l’Italie. La compréhension de celui-ci sera aiguisée par une connaissance de l’italien – bien que la littérature française soit déjà assez complète sur le sujet.

    Bibliographie :

    Si l’on ne devait garder qu’un seul spécialiste du Futurisme, ce serait Giovanni Lista. Ses travaux riches, complets, érudits, exhaustifs mais tout à fait abordables par le néophyte sont une merveilleuse source d’informations tant sur le courant lui-même que sur la personnalité centrale que fut F.T. Marinetti. En guise d’introduction, je vous conseillerais deux de ses ouvrages publiés aux Editions de l’Âge d’Homme : Futurisme – Manifestes Documents Proclamations et Marinetti et le Futurisme. Ils permettent d’aborder le sujet d’une manière originale par le biais de documents d’époque. Une manière de revivre jour après jour, mois après mois le développement du Futurisme.

    Dynamisme plastique d’Umberto Boccioni préfacé par Giovanni Lista, toujours aux Editions de l’Âge d’Homme, peut être une suite intéressante. En effet, Boccioni – autre grande figure du Futurisme – y expose ses théories plastiques futuristes ; la notion de dynamisme prend alors tout son sens en peinture et sculpture.

    Sortons maintenant de la sphère francophone.

    Le Futurisme est aussi une remise en cause politique de la société. Deux travaux récents portent sur le sujet : « La nostra sfida alle stelle » Futuristi in politica d’Emilio Gentile, Editori Laterza et Il Futurismo tra cultura e politica – reazione o rivoluzione ? d’Angelo D’Orsi, Salerno Editrice.

    Malgré sa dimension profondément antiféministe et misogyne, nombreuses furent les femmes à souscrire au Futurisme. L’étude du professeur en philosophie morale Francesca Brezzi est dès lors des plus intéressantes : Quando il Futurismo è donna. Barbara dei colori, Mimesis. Une version française existe, publiée par Mimesis France.

    Revenons maintenant à un domaine plus artistique : le cinéma. Je vous renvoie au court mais très complet ouvrage d’Enzo N. Terzano : Film sperimentali futuristi, Carabba Editore. Giovanni Lista a également écrit sur le sujet : Cinéma et photographie futuristes, Skira, mais je n’ai pas encore eu l’occasion de lire ce travail.

    Deux derniers livres peuvent compléter cette introduction. L’avanguardia trasversale. Il Futurismo tra Italia e Russia de Cesare G. De Michelis, Marsilio est une mise en regard entre les futurismes italien et russe - la Russie, l’autre grand pays des avant-gardes du XXe siècle… Futurismo antineutrale de Roberto Floreani, Silvana Editoriale quant à lui est l'ouvrage atypique d'un artiste rappelant les liens entre Futurisme et Art contemporain.

    L'on ne compte plus les monographies et autres beaux livres sur le sujet. Citons par exemple l’inconfortable par ses dimensions mais si complète rétrospective parue à l’occasion du centenaire du mouvement : Futurismo 1909-2009, Skira. Intéressante également, la monographie sur Alessandro Bruschetti qui donne un aperçu des prolongements du Futurisme dans l’Aeropittura : Futurismo aeropittorico epurilumetria, Gangemi Editore. La monographie sur Mario Guido Dal Monte Dal Futurismo all’Informale, al Neoconcreto, attraverso le avanguardie del Novecento, Silvana Editoriale et la présentation de la collection futuriste de Primo Conti Capolavori del Futurismo e dintorni, Edizioni Polistampa peuvent compléter cette rapide approche.

    Finalement et peut-être plus à destination des amateurs et autres collectionneurs, trois derniers ouvrages : l'imposant (6 kg !) mais essentiel Il dizionario del Futurismo, Vallecchi en collaboration le Museo di Arte Moderna e Contemporanea di Trento e Rovereto. Et enfin, deux folies commises par Domenico Cammarota qui a décidé de recenser l’entièreté de l’œuvre de F.T. Marinetti puis celles de 500 autres auteurs italiens : Filippo Tommaso Marinetti. Bibliografia et Futurismo et Bibliografia di 500 scrittori italiani, Skira/Mart.

    Voilà qui conclut notre voyage bibliographique dans le Futurisme. Le seul but de cette chronique. Il n’y était nullement question d’y aborder quelque concept idéologique : je laisse cela à de vrais spécialistes. Comme tout mouvement, des dérives sont possibles. Gardons-nous de nous laisser entraîner sur le sujet. Préférons, peut-être par lâcheté ou plus simplement par goût des Arts, rester dans le domaine du livre.

    Rédigé par Vincent

  • 84, Charing Cross Road de Helene Hanff

    Editions Autrement - 159 pageshanff.jpg

    Présentation de l'éditeur : Par un beau jour d'octobre 1949, Helene Hanff s'adresse depuis New York à la librairie Marks & Co., sise 84, Charing Cross Road à Londres. Passionnée, maniaque, un peu fauchée, extravagante, Miss Hanff réclame à Frank Doel les livres introuvables qui assouviront son insatiable soif de découvertes. Vingt ans plus tard, ils s'écrivent toujours et la familiarité a laissé place à l'intime, presque à l'amour. Drôle et pleine de charme, cette correspondance est un petit joyau qui rappelle avec une délicatesse infinie toute la place que prennent dans notre vie, les livres et les librairies. Livre inattendu, 84, Charing Cross Road fait l'objet, depuis les années 1970, d'un véritable culte des deux côtés de l'Atlantique.

    Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates et Lady Susan m'avaient convaincue de ma passion admirative pour les romans épistolaires. 84, Charing Cross Road ne dément pas ce goût prononcé, même si l'analyse du texte par Isabelle Hausser en fin d'ouvrage souligne à juste titre qu'il s'agit bien plus qu'un simple roman épistolaire.

    Cette correspondance est un fruit sucré, un diamant inaltérable, une beauté incarnée. Elle prouve, s'il était besoin, que la littérature et les livres sont un bienfait pour l'âme et qu'ils ont le pouvoir de rendre les gens meilleurs. Helene Hanff était un modèle d'intelligence mais surtout de générosité, une femme drôle, coriace, cultivée, en avance sur son temps, bref, une vraie lady. Comme le prouve son parcours chaotique d'écrivain dont le couronnement fut cette correspondance (adaptée à Broadway et au cinéma), son plus grand talent était dans la vie, dans son humanité.

    Le style des lettres, d'Helene Hanff tout particulièrement, est un tel délice qu'on en vient presque à regretter que les quelque vingt années d'échanges de courriers aient été réduites à moins de 200 pages.

    Un incontournable de toute bibliothèque digne de ce nom.

  • La maison du lac de Jean Piat et S. Hillel

    Au départ, un film de Mark Rydell avec Katharine Hepburn, Henry Fonda et Jane Fonda, sorti en 1981.maisonlac.jpg

    Primée cette même année aux Oscars au titre du meilleur scénario, de la meilleure actrice (K.H.) et du meilleur acteur (H.F.), l'histoire (titre original : On Golden Pond) nous parle des années 60, d'une maison de vacances au bord d'un lac, de deux époux ayant su rester des amants exceptionnels, d'une fille en conflit depuis toujours avec son père, d'un nouveau fiancé et de son ado de fils, d'un jeune rebelle et d'un vieux râleur qui finissent par s'entendre.

    Ce récit, je l'ai découvert sur le vieux poste télé d'une vieille maison d'un village de vieux du fin fond du Cher, quand j'étais petite fille.

    Quelque vingt années plus tard (si ce n'est plus...), je l'ai redécouvert version théâtre, version française, avec Jean Piat (l'époux amant exceptionnel père indigne vieux râleur), Maria Pacôme (l'épouse amante exceptionnelle maman), Béatrice Agenin (la fille en conflit avec son père nouvellement fiancée), Christian Pereira (le nouveau fiancé père d'un ado) et Damien Jouillerot (le jeune rebelle).

    Si la nouvelle approche fut enchanteresse, c'est à n'en pas douter grâce à une interprétation magistrale réhaussée par un décor fantastique (Edouard Laug), un jeu de lumière très subtil (Laurent Béal), une musique/bande son si nostalgiquement juste (François Peyroni) et une mise en scène énergique (Stéphane Hillel, Marjolaine Aizpiri). Mais elle l'est indiscutablement et sans vouloir démériter le reste de la troupe, grâce à l'inégalable ponte de la Comédie Française, Jean Piat, dont j'avais particulièrement apprécié la performance seul en scène l'an passé dans De Sacha à Guitry.

    Bref, pour la critique parfaite, c'est par ici. Pour ma part, j'en retiens beaucoup de rires, quelques larmes et deux regrets : que les bonnes choses aient une fin et que la culture soit si inabordable (merci papa/maman pour l'invit'). Mais s'il est un spectacle qui vaut de se serrer un poil la ceinture, c'est bien celui-là !

    Thêatre de Paris

    15, rue Blanche - 75009 Paris - M° Blanche / Trinité

    Réservations : 01 48 74 25 37 - http://www.theatredeparis.com

    Jusqu'au 15 février, du mardi au samedi à 20 h 30 et le dimanche à 15 H 30