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terrorisme

  • Retour à Killybegs de Sorj Chalandon

    retour à killybegs.jpgEditions Grasset - 334 pages

    Présentation de l'éditeur : "Maintenant que tout est découvert, ils vont parler à ma place. L'IRA, les Britanniques, ma famille, mes proches, des journalistes que je n'ai même jamais rencontrés. Certains oseront vous expliquer pourquoi et comment j'en suis venu à trahir. Des livres seront peut-être écrits sur moi, et j'enrage. N'écoutez rien de ce qu'ils prétendront. Ne vous fiez pas à mes ennemis, encore moins à mes amis. Détournez-vous de ceux qui diront m'avoir connu. Personne n'a jamais été dans mon ventre, personne. Si je parle aujourd'hui, c'est parce que je suis le seul à pouvoir dire la vérité. Parce qu'après moi, j'espère le silence." Killybegs, le 24 décembre 2006 Tyrone Meehan

    Dans Mon traître, Sorj Chalandon narrait sa relation à l'activiste Tyrone Meehan et comment ce dernier allait trahir leurs liens amicaux quasi fraternels.

    Retour à Killybegs est l'écho de cette auto-fiction. Ici, c'est Tyrone dont la voix résonne par la plume de Chalandon qui, en donnant la parole, accorde son pardon.

    La puissance du récit de Chalandon prend littéralement aux tripes et permet, par l'évocation de l'histoire d'une poignée d'hommes, d'appréhender celle avec un grand H de l'Irlande dans son combat pour l'indépendance qui a vu nombre de destins brisés pour la cause. Au fil de ce plongeon au coeur de la conscience, l'auteur, loin de tout manichéisme, permet si besoin était, de mieux comprendre la complexité de tout engagement, de tout choix et met en évidence l'impossibilité de juger quand on est pas pris dans l'engrenage historique.

    Difficile de savoir où sont le Bien et le Mal tant ces notions sont intimement liées. Dit comme ça, l'on pourrait penser qu'il ne s'agit que d'enfoncer une porte ouverte, mais ce serait sans compter la force et l'humanité de la plume de Chalandon qui fait revivre la souffrance, la sauvagerie, la révolte de tout un peuple et qui incite à l'introspection quant à l'engagement politique.

  • A quoi rêvent les loups de Yasmina Khadra

    Editions Julliard - 274 pagesculture,littérature,livre,roman,citation,algérie,terrorisme,religion

    Présentation de l'éditeur : Alger, fin des années 1980. Parce que les islamistes qui recrutaient dans l'énorme réservoir de jeunes gens vulnérables ont su l'accueillir et lui donner le sentiment que sa vie pouvait avoir un sens ; parce que la confusion mentale dans laquelle il était plongé l'a conduit à s'opposer à ses parents, à sa famille, à ses amis et à perdre tous ses repères ; parce que la guerre civile qui a opposé les militaires algériens et les bandes armées islamistes fut d'une violence et d'une sauvagerie incroyables, l'abominable est devenu concevable et il l'a commis.

    Après Les hirondelles de Kaboul et L'équation africaine, je me suis lancée un peu trop confiante dans un nouvel ouvrage de Khadra. Certes, comme a son habitude, il dépeint comme personne le réalisme ordinaire et terrifiant. Je ne saurais dire si je trouve sa performance moins réussie ou si tout simplement je me suis lassée de cet exercice répétitif qui ne fait que migrer géographiquement. Quoi qu'il en soit, ce texte m'a laissée plus indifférente que les deux premiers.

    L'on suit ici l'évolution tragique d'un jeune algérien pauvre qui se laisse embrigader dans l'horreur du radicalisme et du terrorisme. Peut-être que c'est la perfection du récit, le réalisme extrême de la narration, trop ressemblante au journal de 20 h, qui n'a pas su remporter mon adhésion. Je crois que je suis plus portée à la légèreté en ce moment, d'où un manque d'enthousiasme. Le texte n'en est pas moins bon.

    Extraits :

    Pourquoi l'archange Gabriel n'a-t-il pas retenu mon bras lorsque je m'apprêtais à trancher la gorge de ce bébé brûlant de fièvre ?

    ...

    - Hamid, mon garçon, les gens de nuit n'ont pas la notion du temps. Qu'ils s'assoupissent ou qu'ils veillent, ça ne changent pas grand-chose pour eux. Leur cécité est exil. La seule lumière capable de les atteindre vient du coeur des autres...

    ...

    Au pays de la prédation, le talent ne nourrit pas son homme. A peine consentirait-il à l'assister lorsqu'il s'attendrit sur son sort.

    ...

    "Je me dis que notre société est incompatible avec l'art. En tout cas, c'est le sentiment que j'ai quand je joue. Les gens te regardent d'un air détaché. Tu es là pour les divertir, pas plus. Et moi, je m'imagine saisissant ma mandoline pour l'écraser sur un crâne, n'importe lequel, taper dans le tas puisqu'ils se valent tous. Tu te rends compte ? un artiste rabaissé au rang de bouffon que l'on renie dès la fin du spectacle...

    Sa respiration s'emballa et une salive blanchâtre se mit à fermenter aux coins de sa bouche.

    Il dodelina de la tête, peiné :

    - Mais le vérité est ailleurs, si tu veux savoir. Ce n'est pas le peuple qui est ingrat, ou inculte. C'est le système qui fait tout pour l'éloigner de la noblesse des êtres et des choses. Il lui apprend à ne se reconnaître que dans la médiocrité tous azimuts.

    ...

    Quand le rêve met les voiles

    Quand l'espoir fout le camp

    Quand le ciel perd ses étoiles

    Quand tout devient insignifiant

    Comment pour toi et moi

    Mon frère

    La descente aux enfers

    ...

    J'avais froid dans mes chairs et froid dans mon esprit ; pourtant, j'en étais persuadé : le rêve sait plaire, convaincre et tenir compagnie, cependant, dans la majorité des cas, ce n'est pas un ami.

    ...

    Alger était malade.

    Pataugeant dans ses crottes purulentes, elle dégueulait, déféquait sans arrêt. Ses foules dysentériques déferlaient des bas-quartiers dans des éruptions tumultueuses. La vermine émergeait des caniveaux, effervescente et corrosiven pullulait dans les rues qu'étuvait un sommeil de plomb.

    Alger s'agrippait à ses collines, la robe retroussée par-dessus son vagin éclaté, beuglait les diatribes diffusées par les minarets, rotait, grognait, barbouillée de partout, pantelante, les yeux chavirés, la gueule baveuse tandis que le peuple retenait son souffle devant le monstre incestueux qu'elle était en train de mettre au monde.

    Alger accouchait. Dans la douleur et la nausée. Dans l'horreur, naturellement. Son pouls martelait les slogans des intégristes qui paradaient sur les boulevards d'un pas conquérant.

    Il est des instants où les gourous supplantent les démons. La canicule s'inspire alors des flammes de l'enfer pour dissoudre les esprits. Et les hommes, à leur insu, s'identifient au carnaval des damnés.

    Alger brûlait de l'orgasme des illuminés qui l'avaient violée. Enceinte de leur haine, elle se donnait en spectacle à l'endroit où on l'avait saillie, au milieu de sa baie à jamais maudite ; elle mettait bas sans retenue certes, mais avec la rage d'une mère qui réalise trop tard que le père de son enfant est son propre rejeton.

    ...

    Bien sûr, dans une société où les volte-face et les hypocrisies relevaient de la banalité, no Omar Ziri ni sa gargote ne méritaient que l'on s'y attardât, mais cette histoire avait l'avantage de faire comprendre, avec une simplicité désarmante, comment, sans heurts et sans bruits, presque à son insu, la Casbah des poètes se mua en citadelle intégriste.

    ...

    Le poète attendait ses bourreaux. Mis au courant de leurs desseins, il avait refusé de s'enfuir. Il avait juste envoyé sa compagne quelque part pour affronter seul son destin.

    Avant de mourir, Sid Ali avait demandé à être immolé par le feu.

    - Pourquoi ? s'était enquit Abou Mariem.

    - Pour mettre un peu de lumière dans votre nuit.

    ...

    - Comment ça se fait qu'avec toutes ces guerres tu n'as pas été blessé ? le taquina Abou Mariem.

    Le vieillard se redressa. D'un geste théâtral, il retroussa son tricot pour montrer son nombril :

    - Et ça, c'est quoi ? Une balle entrée par ici et ressortie par-là, ajouta-t-il en enfonçant le doigt dans son derrière. C'était sans doute un projectile hors norme, parce que jusqu'à aujourd'hui j'ai le trou du cul qui ne cicatrise pas.

    ...

    De conciliabule en prêche, de mosquée en librairie spécialisée, le Rouget découvrait l'inanité de l'ostension, l'opprobre des frasques, la futilité d'un monde éphémère dans les façades pavoisées occultaient mal la décomposition intérieure. Il renonça donc au superficiel pour se consacrer aux choses essentielles.