Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

sf

  • Timeville de Tim Sliders

    Éditions Fleuve Noir - 380 pagestimeville.JPG

    Présentation de l'éditeur : David Cartier fait partie des chefs étoilés les plus réputés de la planète et Anna Cartier est une brillante chirurgienne. Ce soir, David et Anna ont signé les papiers de leur divorce, et David s'apprête à passer une dernière nuit dans son ancienne maison. Mais à son réveil, le décor a radicalement changé et son téléphone portable a disparu. Un hurlement à l'étage lui indique que sa fille Agathe vient de découvrir sa nouvelle coiffure à la Tina Turner et son immonde pyjama Duran Duran. Quant à Tom, le petit dernier, il se demande pourquoi la télé n'a que trois chaînes et ou sont passés ses DVD préférés. Seule Anna semble comprendre l'impossible réalité. La petite famille a voyagé dans le temps... et se retrouve au tout début des années 80, précisément à l'époque ou Anna et David se sont rencontrés et juré un amour éternel... Qui les a envoyés là et dans quel but ? Et surtout comment feront-ils pour supporter cette cohabitation forcée et... rentrer en 2012 ? Bienvenue dans la mystérieuse Timeville ! La ville de tous les temps et de tous les possibles...

    Ma note :

    culture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unis

    Broché : 19,50 euros

    Ebook : 13,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Fleuve Noir et Pocket pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre.

    Contrairement aux apparences anglo-saxonnes du titre et du patronyme de l'auteur, Timeville est l'histoire d'un voyage dans le temps tout ce qu'il y a de plus hexagonal, écrit par un romancier et scénariste français ayant choisi pour coïncident pseudonyme un clin d'oeil à la série Sliders : Les mondes parallèles.

    Rétro, vintage, revival... La mode du retour aux sources a le vent en poupe depuis quelque temps. Après s'être emparée de la mode, la déco ou encore la musique, pourquoi la tendance aurait-elle épargné la littérature ? Et quel meilleur procédé que le bon vieux voyage dans le temps pour réinvestir le passé nostalgique ?

    Tim Sliders catapulte ainsi au coeur des eighties une famille moderne au bord de la crise de nerfs. Des personnages attachants - particulièrement l'adolescente de la famille - et très réalistes dans leurs réactions en de pareilles circonstances : de l'impression d'être fou à la panique, de la déprime à l'excitation, de l'inquiétude de transformer le cours des choses à la tentation de tirer parti de la connaissance du futur... Mais pourquoi ce bond temporel ? Sont-ils bloqués ? Sont-ils seuls à traverser cette expérience ? Existe-t-il un moyen de retourner dans le futur ? Si oui, quel est-il ? Autant de questions que vont être contraints de se poser les membres de la famille Cartier. En attendant d'y répondre, tous vont devoir s'adapter, les adultes en revivant leurs vertes années et les jeunes en subissant de plein fouet le choc des époques...

    Des objets (Rubik's cube, Casimir...) aux figures emblématiques (Jean-Jacques Goldman, Mylène Farmer, deux cambrioleurs aux airs du duo de Steinbeck dans Des souris et des hommes...) en passant par les événements du moment (assassinat de John Lennon, Gang des Postiches...) et les connaissances (médicales, technologiques...) forcément moins avancées, c'est tout le quotidien d'alors qui est mis en scène. Cette toile de fond so eighties donne toute sa saveur à une comédie derrière laquelle se cache également une véritable critique du monde moderne où tout va trop vite, où la carrière prend le pas sur la famille, où l'homme n'est plus rien sans la technologie, où la multiplication des moyens de communication nuit aux relations interpersonnelles, etc.

    Mais cette situation fictionnelle avant tout divertissante est aussi le prétexte à une réflexion sur les origines, le temps qui passe, qui nous voit changer. Invite au retour sur soi, elle incite à faire un bilan de parcours : d'où vient-on, où en est-on, où veut-on aller, que veut-on retrouver ? La question de la seconde chance est posée et amène à penser à la réécriture des réussites et des échecs de sa propre vie, véritable uchronie existentielle : ce que l'on voudrait revivre tel quel, ce que l'on voudrait améliorer et ce que l'on voudrait totalement changer. Au-delà du côté kitch des années 80, l'auteur rappelle certains des avantages de cette époque pas si lointaine où tout n'était pas si ringard...

    Avec son style simple et rythmé et son intrigue rocambolesque relativement prévisible, Timeville n'est certes pas à proprement parler de la grande littérature. Sans être mauvais, le récit manque d'un petit quelque chose. Peut-être de situations cocasses de téléscopage entre passé et présent ? À moins que ce ne soit l'absence de réelle explication sur ce couloir spatio-temporel. Mais aussi imparfait soit-il, ce livre mêlant science fiction, histoire d'amour, saga familiale et intrigue policière est incontestablement sympathique. Bien qu'exploité à maintes reprises, le thème du voyage temporel garde une forte emprise sur l'imaginaire ; sans compter qu'il touche ici la fibre sentimentale en jouant sur une époque proche et des références faisant littéralement retomber en enfance. Le parfum mélancolique distillé érige une comédie sentimentale grand public somme toute moyenne au rang de madeleine de Proust. Et c'est une recette largement satisfaisante pour offrir un moment de détente tout à fait digne de ce nom.

    Ils en parlent aussi : Marnie, Mélo, Lune, Alexandra.

    Vous aimerez sûrement :

    Demain j'arrête ! de Gilles Legardinier

    Quartier lointain de Jirô Taniguchi

    Hier tu comprendras de Rebecca Stead

    La double vie d'Irina de Lionel Shriver

    Enfants de la paranoïa de Trevor Shane

    Peste de Chuck Palahniuk

    Julian de Robert Charles Wilson

    Hunger Games de Suzanne Collins

    La chambre à remonter le temps de Benjamin Berton

    Extraits :

    - (...) J'hallucine que vous ayez pu vivre dans cette époque précambrienne, j'ai toujours cru que vous en rajoutiez. C'est un cauchemar, votre truc !

    ...

    Ses parents lui ont déjà parlé des années 80 - ils se sont connus sur une chanson de John Lennon -, mais jamais elle n'aurait pu croire qu'un tel manque de tout a réellement existé.

  • Ferrailleurs des mers de Paolo Bacigalupi

    À paraître le 19 avril 2013.ferrailleurs des mers.jpg

    Éditions Au Diable Vauvert - 394 pages

    Présentation de l'éditeur : Fin du XXIe siècle, ère post-pétrole, les États-Unis sombrent dans le tiers-monde. Dans un bidonville côtier de Louisiane, Nailer, un jeune ferailleur, dépouille avec d'autres adolescents les carcasses de vieux pétroliers pour récupérer des métaux qu'ils revendent pour survivre. Mais un jour, il découvre un voilier naufragé ultramoderne qui renferme des richesses phénoménales et une belle jeune fille en très mauvaise posture. Nailer va-t-il la sacrifier pour partager le trésor avec les siens, ou la sauver et vivre les aventures maritimes dont il rêve depuis toujours ? Finaliste du National Book Award, Prix Locus du premier roman jeunesses, best-seller aux USA, un phénoménal roman d'aventures pirates !

    Traduit de l'américain par Sara Doke.

    Ma note :

    culture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unis

    Broché : 18 euros

    Ebook : 9,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Au Diable Vauvert pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Décidément, je suis en pleine découverte des maîtres de la SF. Après avoir fait connaissance avec l'un des écrivains français phares du genre - Ayerdhal - par le biais du jubilatoire thriller Rainbow Warriors, j'ai découvert l'auteur de la science fiction américaine qui s'est imposé comme la star de cette branche de la littérature en deux ans.

    Pour son tout premier livre La fille automate, composé sur fond d'anticipation géopolitique des plus réalistes façon William Gibson, Paolo Bacigalupi a été récompensé par une avalanche de prix comme il n'y en avait plus eu depuis 2011, L'Odyssée de l'espace. Prix Hugo du meilleur roman, Nébula, Locus et Campbell 2010 - les plus hautes distinctions de la SF américaine -, Prix Planète-SF des blogueurs 2012 et Prix Bob Morane 2013 dans la catégorie Traductions, il est également sélectionné pour le Grand Prix de l'Imaginaire et le Prix Une autre Terre remis aux Imaginales d'Épinal.

    Avec Ferrailleurs des mers, l'auteur que l'on qualifie de "révélation de la SF américaine des dix dernières années" ne démérite pas puisqu'il a déjà vendu plus de 100 000 exemplaires aux USA, reçu les Prix Michael Printz jeunes adultes et Locus du premier roman jeune adulte 2011 et s'est classé finaliste de la plus prestigieuse distinction littéraire outre-atlantique : le National Book Award.

    Ce second livre, premier tome d'un dyptique dont le second tome Les cités englouties est annoncé en France pour novembre 2013, est captivant. Repertorié dans la catégorie Young Adult ô combien porteuse depuis quelques années, il est à même de passionner les lecteurs de tous âges, à l'image des sagas Harry Potter, Twilight ou encore Hunger Games pour n'en citer que quelques-unes.

    Tout à la fois roman d'aventure, d'anticipation et d'initiation, Ferrailleurs des mers se déroule sur un continent états-unien bien loin de la puissance alimentant les chimères d'aujourd'hui. Ce monde à l'atmosphère aussi excitante qu'inquiétante est une vision sombre, potentiellement réaliste, pour ne pas dire lucide, de l'avenir de l'humanité.

    Aux côtés de Nailer, héros courageux et futé, le lecteur plonge au coeur de ce nouvel ordre établi où règnent piraterie, misère et violences en tous genres. Dans cet univers original, les événements s'enchaînent et de multiples dangers rôdent. Nailer, aidé de ses amies et de créatures mutantes vont devoir trouver comment rebondir.

    Au gré de ces circonstances extra-ordinaires, les jeunes lecteurs pourront s'associer à la construction émotionnelle du protagoniste adolescent amené à répondre à des questions existentielles contemporaines sur des sujets aussi variés que la violence, la séparation, l'abandon, la trahison, la survie, l'amour, l'amitié, l'ambition et bien d'autres encore.

    Bacigalupi réussit ici à bâtir un récit addictif, à créer un monde étonnant et une action saisissante qui "contraint" à un rythme de lecture soutenu tant il est indispensable de connaître la fin. Un moment d'évasion haletant pour jeunes et grands.

    Possibilités de rencontrer l'auteur les 17, 22, 23 et 24 mai à Paris, du 18 au 20 mai à Saint-Malo au Festival Étonnants Voyageurs et le 21 mai à Montpellier pour une dédicace à la librairie Sauramps. Il sera l'invité de François Angelier sur France Culture le 18 mai.

    Ils en parlent aussi : Laure.

    Vous aimerez sûrement :

    Lunerr de Frédéric Faragorn

    Julian de Robert Charles Wilson

    Hunger Games de Suzanne Collins

    Seuls de Gazotti et Vehlmann

    Enfants de la paranoïa de Trevor Shane

    Peste de Chuck Palahniuk

    Enig marcheur de Russel Hoban

    Y : le dernier homme de Brian-K. Vaughan et Pia Guerra

    Extraits :

    Les équipes de lourds découpaient des panneaux d'acier avec des chalumeaux à l'acétylène et les balançaient par-dessus bord. Les panneaux tombaient comme des feuilles de palmier et s'écrasaient sur le sable de la plage, où d'autres équipes attendaient pour les traîner au-delà de la limite qu'atteindrait la marée haute. Des équipes de légers comme celle de Nailer récupéraient la bigaille, les petites pièces comme le cuivre, le bronze, le nickel, l'aluminium et l'acier inoxydable. D'autres chassaient les poches de pétrole et les cuves à écoper. C'était une vraie fourmilière grouillante d'activités dévolues à la transformation de l'ossature du bâtiment échoué en quelque chose d'utilisable dans le monde nouveau.

    ...

    C'était comme si le Dieu Ferrailleur était descendu parmi les vaisseaux, tailladant et hachant, découpant en morceaux les énormes structures d'acier, avant de laisser leurs cadavres s'étaler derrière lui. Et, où que reposent ces immenses tankers, des gangs de ferrailleurs comme celui de Nailer grouillaient comme des mouches. Arranchant la viande de métal et ses ossements. Traînant la chair du vieux monde le long de la plage pour rejoindre les centres de pesage et les hauts fourneaux  de recyclage qui brûlaient 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, pour le profit de Lawson & Carlson, l'entreprise qui transformait la sueur et le sang des ferrailleurs en argent liquide.

    ...

    Bapi possédait un poste représentant un clipper de chez Liberskind, Brown & Mohanraj. Il était attaché à son calendrier et montrait un vaisseau dont les paravoiles de haute altitude étaient entièrement déployées - des voiles qui, selon Bapi, pouvaient atteindre les jet-streams et tirer un clipper au-dessus d'une mer d'huile à plus de cinquante-cinq noeuds, survolant les vagues sur ses hydrofoils, déchirant la houle et l'eau vers l'Afrique et l'Inde, vers les Européens et le Nippon.

  • Sayonara Gangsters de Genichiro Takahashi

    À paraître le 20 mars 2013.sayonara gangsters.jpg

    Books Éditions - 223 pages

    Présentation de l'éditeur : La vie tranquille d’un professeur de poésie est bouleversée par sa rencontre avec un groupe de terroristes : les « gangsters ». Il entame alors un trépidant périple littéraire. Au cours de ce voyage, le lecteur fait de mémorables rencontres, parmi lesquelles : la muse du poète, « Livre de Chansons » ; un réfrigérateur flambant neuf, réincarnation de Virgile ; Henri IV, un matou bibliophile amateur de lait-vodka. Entre science-fiction, traité philosophique, poésie, roman noir et autobiographie, Sayonara Gangsters est une œuvre d’une originalité sidérante, souvent drôle voire hilarante, parfois incroyablement émouvante.

    Ma note :

    culture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unis

    Broché : 18 euros

    Un grand merci à Books Éditions pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    En général, je commence les notes des livres que je n'ai pas achevés par le numéro de page auquel j'ai interrompu ma lecture. Je ne parlerais pas ici d'abandon en page 113 puisque je sais que je finirai, au moment opportun, le livre de Genichiro Takahashi.

    Sayonara Gangsters est de ces livres, tel Enig marcheur de Russel Hoban, qui ne se lisent pas d'une traite. Complexes, ils se dégustent, se remachent, phrase après phrase, avec lenteur et attention pour être sûr de n'en pas louper la substantifique moelle... qui finit pourtant toujours pas m'échapper... J'ai beau entendre et comprendre l'engouement pour la littérature nippone, mes diverses tentatives m'ont fait comprendre que ce n'était pas ma came ; ces récits se heurtent à mon esprit par trop cartésien.

    Malgré tout, dès les premières pages, j'ai été fascinée autant que troublée par cette narration follement poétique. Ou lyriquement dingue. L'atmosphère surréaliste m'a imméditament conduite à la comparaison d'avec Boris Vian. D'une même plume fantasmagorique dissimulée sous de réalistes apparences laissant à penser au lecteur qu'il est victime d'hallucinations littéraires, l'auteur transmet beaucoup. Mais quoi ? Le sens profond est aussi certain qu'indéfinissable. Je ne saurais que dire si ce n'est qu'il semble évident que les inconditionnels de Murakami Ryû, d'Haruki Murakami ou du Vernon Sullivan de nos latitudes seront séduits par ce livre inclassable d'une ahurissante originalité.

    Ce texte inédit en France a paru en 1982 au Japon. Lauréat du prestigieux Prix Gunzo, il est rapidement devenu culte dans l'Empire du Soleil Levant et a érigé Takahashi comme l'une des figures du renouveau des lettres japonaises. À quelque trois décennies d'écart, parviendra-t-il à s'imposer auprès du lectorat français ? Pour ma part, je continuerai à piocher dans ce texte et il ne sera pas dit qu'il m'échappera définitivement !

    Ils en parlent aussi : Sha.

    Vous aimerez sûrement :

    Un été en vêtements de deuil d'Akira Yoshimu

    Les bébés de la onsigne automatique de Murakami Ryû

    La course au mouton sauvage d'Haruki Murakami

    Et le bébé était cuit à point de Mary Dollinger

    Extraits :

    Et c'est ainsi que nous avons commencé à nous nommer les uns les autres.

    Nous demandons à la personne dont nous désirons qu'elle nous nomme de nous donner un nom.

    C'est notre manière de faire la cour.

    J'ai donné mille noms et les ai perdus mille fois. J'ai circulé sans nom quelques temps avant de rencontrer Livre-de-Chansons.

    À force de donner des noms, on devient prudent.

    ...

    La première fois où Livre-de-Chansons m'a embrassé, Henri IV nous regardait attentivement dans son panier en clignant des yeux.

    Henri IV est un affreux matou géant noir qui boit des cocktails lait-vodka avant de s'endormir à nos pieds.

    ...

    Quand Livre-de-Chansons est toute nue, on a l'impression qu'elle porte encore un dernier jupon.

    "C'est ridicule ! Quand je me mets nue, je suis vraiment nue, mais quand tu te mets nu tu n'as pas du tout l'air nu", affirme Livre-de-Chansons avec sa logique toute aristotélicienne.

    ...

    Il est très triste de sentir quand on fait l'amour que nos corps sont simplement des machines à faire l'amour.

    Je me sens épanoui quand je fais l'amour avec Livre-de-Chansons.

    Faire l'amour est un dialogue.

  • Enig Marcheur de Russel Hoban

    enig marcheur.jpgÉditions Monsieur Toussaint Louverture - 289 pages

    Présentation de l'éditeur : Dans un futur lointain, après que les feux nucléaires aient ravagé le monde - le Grand Boum -, ce qui reste des hommes est retombé à l'âge de fer, leur survie sans cesse mise en péril par les chiens mangeurs d'hommes et les autres clans. La gnorance, la preuh et les superstitions ont pris le pouvoir. La langue n'est désormais plus qu'un patois menaçant et vif dans lequel subsiste par fragments les connaissances du passé. C'est là qu'Enig Marcheur, douze ans, va prendre la décision inédite de coucher par écrit les aventures hors normes qu'il mène à la poursuite de la Vrérité en revenant sur les pas des hommes à l'origine du Sale Temps. Road-moavie monty-pychonesque, Enig Marcheur est avant tout une oeuvre profondément humaine qui s'interroge tout à la fois sur la survie, les croyances, la politique, la manipulation et l'espoir. Raconté avec les mots d'un enfant dans la seule langue qu'il connait, ce livre propose un voyage intimiste d'une rare intensité dans des contrées menaçantes. Publié pour la première fois en 1980, qualifié de chef d'oeuvre, de livre culte et classique, ce roman post-apocalyptique, défi de traduction à la croisée des univers de Vonnegut, Pynchon, Self et McCarthy, est pour la première fois proposé en parlénigm.

    Ma note :

    culture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unis

    Broché : 20 euros

    Un grand merci aux Éditions Monsieur Toussaint Louverture pour m'avoir offert la possibilité de découvrir ce livre hors norme.

    Avant de lire Enig Marcheur, je pensais, comme à n'en pas douter nombre de lecteurs, qu'il n'y avait que deux sortes de livres : ceux que l'on a aimés, dont on se souviendra et ceux que l'on n'a pas appréciés, que l'on a peut-être même pas finis et que l'on oubliera. Une dichotomie à laquelle on peut ajouter une subdivision si l'on prend en compte la portion non négligeable de livres qui nous ont fait passer un agréable moment mais dont on ne garde au final pas le moindre souvenir.

    Enig Marcheur m'a fait prendre conscience de l'existence d'une autre catégorie de livres. Ceux qui, indifféremment à la perception, à l'appréciation, s'ancrent dans les souvenirs de manière indélébile. Qu'on les adore ou qu'on les déteste, qu'on les lise du début jusqu'à la fin ou qu'on ne fasse que les effleurer, jamais, ils ne sortent jamais plus des esprits qu'ils ont touchés. Ils restent définitivement gravés en mémoire.

    Mais alors, pour quelles raisons des livres tels Enig Marcheur s'inscrivent-ils dans les annales littéraires ? Tout simplement parce qu'il s'agit de véritables Objets Littéraires Non Identifiés. Des livres absolument conceptuels qui, sans forcément révolutionner les Lettres, marquent en avant et un après.

    Sur le fond, Enig Marcheur n'a ainsi rien d'excessivement original : un roman d'anticipation post-apocalyptique - un de plus -, une quête initiatique - nullement la première -, une critique de l'Homme et des sociétés - déjà vu ! Rien donc ne semble différencier ce roman des autres du genre. Et pourtant. Si Enig répond dans les grandes lignes aux classiques, sa forme, elle, est bien unique.

    Russel Hoban a su faire de son roman une création digne de l'OuLiPo, un livre original écrit de bout en bout dans une langue artificielle : le parlénigm. Car qu'on se le dise, la langue, à l'instar de l'humain, n'est nullement figée dans le temps ni dans l'espace. Le vieux Français ou encore le langage SMS suffisent à le prouver.

    Si ce sabir semble a priori sceller l'impénétrabilité du roman, l'adaptabilité - faculté dit-on première de l'homme - prend vite le pas et l'oeil fait très rapidement la mise au point. La langue hors norme devient quasi instantanément naturelle.

    Alors certes, la lecture est tout de même un brin plus ardue et nécessite un effort de concentration spécifique. Mais si l'on lit incontestablement plus lentement qu'habituellement, on le lit bel et bien ce parlénigm ! Saluons d'ailleurs la prouesse du traducteur !

    L'on pourrait penser que le message nécessitant l'invention d'un dialecte est pour le moins crucial. Mais, comme énoncé ci-dessus, le fond d'Enig n'a pas vocation à bouleverser l'ordre établi. Simplement à rappeler à l'homme qu'il court à sa perte et que si l'occasion lui était donnée, il recommencerait certainement encore et encore, il reproduirait sempiternellement les mêmes erreurs (guerre, nucléaire, pouvoir, conquête...). Fatalisme ou réalisme ? A tout le moins, désespérant...

    Ce qui serait vraiment révolutionnaire serait la prise de conscience... Mais cela signifierait que l'homme n'est pas naturellement mauvais... Improbable, n'est-il pas ?

    Quoiqu'il en soit, l'expérience d'Enig Marcheur vaut vraiment le coup d'oeil, ne serait-ce que pour voir si l'on est bien capable de le prendre ; le coup.

    "C'est un livre sur l'illusion du progrès, un livre sur ce rêve humain et confus qu'est l'Histoire, un livre sur les différentes facettes de la conscience. C'est un livre grandiose, un livre exigeant, un livre déstabilisant." Will Self

    Ils en parlent aussi : Les voltés anonymes, Racines, Laure, Joël, L'ivre mot, .

    Vous aimerez sûrement :

    Là où vont nos pères de Shaun Tan

    Peste de Chuck Palahniuk

    Lunerr de Frédéric Faragorn

    Enfants de la paranoïa de Trevor Shane

    Extraits :

    Ce n’est pas un livre sur le passé travesti en roman sur l’avenir. C’est un livre sur l’illusion du progrès, sur ce rêve collectif et confus que l’humanité nomme «Histoire», sur ce que pourrait être la conscience. (Préface de Will Self)

    ...

    Elle m'a chanté ça à l'oreille en suite on est partis de jambon l'air en ho du poss de garde. Elle été la plus vieille de notre foul mais sa voyx été pas vieille. Du coup le ress d'elle a semblé jeune un moment. C'été une froa nuyt mais ça a chauff dans ce sac a pionce.

    ...

    Bon je peux pas être sûr si j'avais la moindr de ces ydées à l'espryt àvant qu'elle m'en parl mais depuis on diré que ça a tout jour été là. On diré que j'ai tout jour pensé à cette chose en nous qui nous pense mais qui pense pas comme nous. Notre vie en tiers est une ydée quon a pas pensé on sait pas nonplus ce que c'est. Tu parles d'une vie.

    C'est pour ça que final ment j'en suis venu à écrire tout ça. Pour penser à ce que l'ydée de nous purait être. Pour penser à cette chose qu'est en nous ban donnée et seulitaire et ivrée à elle même.

    ...

    Je pense que ça fait pas de diff errance par où on des bute quand on narr une chose. On sait jamais où ça a des butté vrai ment. Pas plus qu'on sait où on a des buté soi même. On peut bien çavoir le lieu et le jour et l'heure du jour de sa naissence. On peut même çavoir le lieu le jour et l'heure où on a été eu. N'en pêche ça veut rien dir. On sait pas pour au temps où on a des buté.

    ...

    Les ptits Môm zantant en conrt bas. Jouant à la Meute Noire :

    Plaie Lune Plaie Lune

    Plaie Lune ta la frouss

    Suiveuri Suiveurou à tes trouss

    Ou hou hou Youp Yarou

    Suiveuri Suiveurou suiveur jusqu'où

    S'ils te trappent tu sais

    Tu seras en gloupsé

    ...

    L'en demain matin en me rveillant j'ai a 1/2 cru que peu dêtre ça avété un rêve. Comme quand quelq chose de rible rive dans un rêve en suite tu te rveilles et cété rien quel soulâge ment. Mais quand eum suis rveillé à fond cété bien là. Non pas que cété si très rible mais cété pas rien non plus.

    ...

    Jai fait entrer Lecouteur et l'ai couvert avec son sac à pionce en suite je l'ai peu lotoné au mi lieu de tous les chiens mouillés. Au chauff et tout confor en plus la schlingue c'été quelq chose qui pouvé te des foncé même pas bsoin de fhumer. Au bout d'un tant eum suis dit quil y avé peu dêtre aussi une aurt odeur là dedans mais j'ai papu dire ce que cété. J'ai comptine hué à radariser tentif un long long tant en suite eum suis dit que j'allé moi aussi me prendre un peu de somnol.

    ...

    Couac tu cherch tu en trouvveras jamais le des buts c'est pour ça que tu riveras tout jour trop tard. La seule chose que tu trouvveras cest la fin des choses. Couac il rivera ce sera  ce que tu voulé pas qu'il rive. Touss qui rivera pas ce sera ce que tu voulé qui rive. A toi de choizir à ta guiz tu auras ce que tu veux pas.

    ...

    De fil en aiguille, ce langage vernaculaire avec lequel je me suis retrouvé a fini par me sembler parfaitement plausible ; la langue n'est pas un monolithe, et les mots charrient souvent des sens tombés depuis longtemps en désuétude. Le langage n'Enig n'est au fond qu'une version effondrée et tordue de l'anglais classique, si bien qu'en prononçant à voix haute et avec un peu d'imagination le lecteur devrait être capable de le compendre. Techniquement parlant, cela correspond bien à l'histoire car cela ralentit le lecteur au rythme de compréhension du héros. (Postaface de Russel Hoban)

  • Enfants de la paranoïa de Trevor Shane

    Editions Michel Lafon - 363 pagesles enfants de la paranoia.jpg

    Présentation de l'éditeur : Règle un : on ne tue pas les innocents. Règle deux : on ne tue pas les ennemis de moins de 18 ans. Depuis des siècles une guerre clandestine, ignorée du commun des mortels, oppose deux anciens clans qui se déchirent au nom du Bien et du Mal. Des deux côtés : des assassins endoctrinés et entraînés dès leur plus tendre enfance à haïr et détruire le camp adverse. Joseph, vingt-trois ans, est l'un de ces tueurs d'élite. Il ne connaît qu'une réalité : tuer ou être tué. Mais alors qu'il retrouve ses deux plus proches amis pour quelques jours de vacances dans le New Jersey, il tombe dans une embuscade. Echappant de peu à ce piège mortel, il est envoyé en mission à Montréal où il rencontre Maria, une jeune innocente de dix-sept ans. Pour la première fois, Joseph découvre l'amour... et le doute. S'il veut protéger la femme qu'il aime, il doit abandonner la vie qu'il a toujours connue et trahir ses frères d'armes. Osera-t-il transgresser les règles ?

    Merci aux Editions Michel Lafon de m'avoir offert la possibilité de découvrir cette saga.

    Ce roman trompeur m'a surprise à plus d'un titre.

    Pour commencer, ne faites pas les mêmes erreurs que moi. Primo, ne vous fiez pas à la couverture aux allures de roman jeunesse, il n'en est rien. Je dirais de ce livre qu'il n'est pas conseillé à des lecteurs de moins de 16 ans.

    Segundo, ne pensez pas que vous obtiendrez le fin mot de l'histoire en refermant la couverture. Aucune indication en jaquette, pas plus qu'en postface et pourtant, il s'agit bien du premier tome d'une trilogie - même s'il serait concevable que l'histoire s'en tienne là malgré les interrogations laissées en suspens.

    Enfin et surtout, ne croyez pas que vous allez vous embarquer pour un thriller manichéen s'appuyant sur le cliché de l'opposition entre le bien et le mal même si le choix des prénoms des protagonistes (Joseph, Maria, Christopher) laisse un peu à désirer. L'histoire n'est ni gentillette, ni banale.

    Ces points étant éclaircis, je dirais que le plus surprenant de ce roman est bien sa qualité.

    Enfants de la paranoïa est un récit oppressant et sombre qu'il est difficile de lâcher tend il vous prend aux tripes dès les premières pages. Ecrit sous forme de journal, il nous fait suivre le parcours du "soldat" d'une guerre dont les tenants et les aboutissants sont obscurs tant pour le lecteur que pour ceux qui la mènent et la subissent. Tout au long de la lecture, on s'interroge sur le bien-fondé du combat en avançant au rythme angoissant du tueur. Grâce un subtil mélange de suspens, de violence et de romance, l'auteur nous plonge dans une chasse à l'homme prenante parfaitement rythmée. La narration est servie par une écriture soignée et fluide, simple et efficace. Les personnages sont attachants même si l'ambiguïté demeure sur leur réelle bonté. L'atmosphère très noire, très fataliste, sans note d'humour pour alléger l'ambiance, permet de ressentir au plus prêt les doutes, les angoisses et la paranoïa des personnages. Les forts sentiments suscités font froid dans le dos et coupent le souffle. L'auteur relève ici le défi d'en dire assez pour nous impliquer avec force dans l'histoire sans en dire trop pour que les tomes suivants soient à la hauteur de ce premier opus. Ce qu'on ne peut qu'espérer...

    Le plus de cette lecture entre polar et fantastique est d'offrir deux niveaux de lecture. L'on peut se contenter de l'aventure bourrée de suspens, de l'histoire palpitante de survie sanglante. Mais l'on peut également passer au-delà de l'intrigue et lire une véritable critique de notre société. L'auteur, par ses partis pris, fait de son roman une allégorie sartrienne selon laquelle l'enfer, c'est les autres. Il dénonce métaphoriquement avec beaucoup de justesse l'absurdité de la violence, le fait que les soldats de toutes les guerres, de tous les camps, sont persuadés de se battre pour la justice, sans trop savoir laquelle. Il met également en évidence la manipulation des gouvernements qui utilisent la paranoïa, la peur et le désir de vengeance pour conserver leur pouvoir et la paix intérieure. Il critique magistralement notre époque avec ces guerres sans réelles valeurs, ces régimes manipulateurs et ces combattants fanatiques endoctrinés. Et surtout, il fait l'apologie du doute comme clé de la liberté - au moins morale.

    En bref, j'ai adoré le rythme, le crescendo brillamment opéré et le final explosif qui m'a laissée abasourdie. Je n'ai qu'une hâte, c'est d'avoir les deux autres tomes. Mais comme pour toute saga, il faut s'armer de patience...

    A noter que les passionnés pourront continuer l'aventure en jouant aux enfants de la paranoïa sur l'Appstore. Souhaitons que cette petite application ingénieuse très bien marketée évolue au cours des sorties des prochains tomes de la trilogie.

    Extrait :

    - J'ai envie de toi, ai-je dit en te relevant et en t'embrassant.

    Puis je t'ai soulevée dans mes bras et je t'ai emportée dans la chambre. J'étais décidé à reprendre le dessus, mais tu l'étais encore plus à me conquérir. Nous sommes tombés sur le lit. J'ai essayé de me glisser entre tes jambes. Tu as déjoué ma manoeuvre, et tu m'as chevauché, les mains sur mon torse. J'ai saisi ta poitrine entre mes mains, passé mes lèvres et ma langue sur tes seins. Tu as étouffé un cri. Je voulais te regarder dans les yeux, mais je ne pouvais empêcher mon regard d'errer sur ton corps. Tu avais la peau pâle, mais sans défaut. Haletante, cambrée, tu étais là, nue devant moi. Si ton but était de me posséder, de me marquer à jamais comme ta propriété, il aurait été atteint, si je n'avais déjà été marqué à ton fer.