Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

religion

  • Rentrée littéraire : La servante du Seigneur de J.-L. Fournier

    la servante du seigneur.jpgSortie ce jour en librairie.

    Éditions Stock - 149 pages

    Présentation de l'éditeur : Ma fille était belle, ma fille était intelligente, ma fille était drôle... Mais elle a rencontré Monseigneur. Il a des bottines qui brillent et des oreilles pointues comme Belzébuth. Il lui a fait rencontrer Jésus. Depuis, ma fille n’est plus la même. Elle veut être sainte. Rose comme un bonbon, bleue comme le ciel.

    Ma note :

    culture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unis

    coeur.jpg

    Broché : 14 euros

    Ebook : 9,99 euros

    Un grand merci à Entrée livre et aux librairies Decitre pour m'avoir, dans le cadre de l'opération "Coups de cœur des lecteurs", offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Faut-il le confesser ? Je n'avais jamais encore lu aucun Fournier. N'en ayant cependant entendu - presque - que du bien, c'est avec un plaisir non dissimulé que j'ai trouvé son dernier opus dans le colis des Lecteurs VIP de la rentrée littéraire d'Entrée livre dont j'ai la chance et l'honneur de faire partie pour le cru 2013.

    Culture générale oblige, je savais de l'auteur qu'il s'illustrait particulièrement dans la narration autobiographique des épreuves existentielles sans toutefois tomber dans le pathos dérangeant, l'impudeur déplacée ; les plus connus peut-être : Où on va papa ? (Femina 2008) dans lequel il évoque la vie avec puis la perte de ses deux fils handicapés, ou encore Veuf relatant la disparition de la femme de sa vie. C'est donc sans réelle surprise que j'ai découvert dès les premières lignes que la nouvelle production littéraire de Jean-Louis Fournier n'avait rien de romanesque mais qu'il s'agissait du cri intime public bien réel d'un père en détresse à destination de sa fille égarée, recluse obtuse entrée en religion d'un pseudo gourou catholique ayant raté sa vocation.

    Deux enfants handicapés, trois deuils et une fille en rupture de lien... Dis comme ça, rien de très engageant ! Ce serait sans compter l'écriture délicieusement impertinente de celui qui a fait sienne la maxime de son défunt compère Desproges : "l'humour est la politesse du désespoir".

    Véritable épître au nom du père à sa fille Marie - si bien nommée - auprès de laquelle il n'est plus en odeur de sainteté, Fournier revêt une fois encore sa plume de papa désemparé, tantôt touchante, tantôt enragée, pour partager son affliction, son incompréhension, sa nostalgie, son amour à sens unique. L'alternance des "tu" et des "elle" qu'il adresse à sa fille symbolise avec ostentation cette dé-connaissance de sa chair. Sans jamais se dérober de l'indispensable auto-critique, il pique où ça fait mal et détourne à maintes reprises la terminologie religieuse comme pour mieux se rapprocher du nouvel univers de sa dernière enfant vivante mais comme morte intérieurement. Si jamais il ne se défait de sa tendresse facétieuse et de son écriture légère même quand il peste, qu'il enrage, il enfonce malgré tout le clou de la gravité, du drame, dans son dernier chapitre et surtout la dernière phrase, qui tombent comme un couperet.

    Un récit intime bouleversant évoquant, malgré sa singularité, l'universalité de la complexité de la relation père-fille et dénonçant les sectarismes de tous poils. D'aucuns pourront reprocher à l'auteur de ne cesser de laver son linge sale en public. Moi qui suis particulièrement réticente aux grands déballages, je ne vois ici "qu'un" texte hautement littéraire, poignant, drôle et surtout d'une extrême justesse, d'une infinie authenticité.

    Ne reste plus qu'à souhaiter à l'auteur que sa fille reçoive, entende, cette missive du cœur...

    Nous vous saluons Marie.

    Ils en parlent aussi : Mya, David.

    Vous aimerez sûrement :

    Et rester vivant de Jean-Philippe Blondel

    Dieu est un pote à moi de Cyril Massarotto

    Le café de l'Excelsior de Philippe Claudel

    La silencieuse d'Ariane Schréder

    Juste avant le bonheur d'Agnès Ledig

    Petit art de la fuite d'Enrico Remmert

    Les arbres voyagent la nuit d'Aude Le Corff

    La nuit ne dure pas d'Olivier Martinelli

    Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine De Vigan

    Extraits :

    Douter, c'est vivre ; être bercé par la certitude, c'est mourir.

    Oscar Wilde

    ...

    Tu sais bien que je ne suis pas anticlérical, ni agnostique, ni athée. Peut-être panthéiste, tendance iconoclaste.

    Je n'aime pas qu'on se moque des curés, je préfère le faire moi-même.

    ...

    Quand tu seras sainte, tu auras droit à une statue. Méfie-toi, choisis bien le sculpteur. On fait tellement d'horreurs dans le style saint-sulpicien.

    La statue de la Sainte Vierge, dans mon école, était si laide qu'un jour je l'ai mise dans les chiottes. Par respect pour la Sainte Vierge. Ça t'avait fait bien rire quand je te l'avais raconté.

    Je ne voudrais pas qu'il t'arrive la même aventure.

    ...

    C'est un contrat entre eux, j'alimente ton ego, tu alimentes le mien. On se conforte dans l'idée qu'on est les mieux, d'ailleurs on est les mieux.

    On médite et on médit des autres.

    ...

    Je t'ai toujours dit qu'il fallait douter.

    Maintenant elle ne doute de rien.

    Oscar Wilde a écrit que le cerveau de celui qui n'a que des certitudes arrête de fonctionner, "croire est tellement médiocre".

    ...

    "Qu'est-ce qu'elle fait, ta fille, dans la vie ?"

    Difficile à dire.

    Pour les garçons, la réponse était simple, c'était rien. Pour elle, maintenant, c'est plus difficile.

    Je ne sais plus ce qu'elle fait, je sais ce qu'elle ne fait pas.

    Elle ne travaille plus, elle ne vient plus nous voir, elle ne gagne plus sa vie.

    ...

    Elle est dans les ordres ou elle est aux ordres ?

    ...

    Elle est tombée dans la layette mystique.

    L'humour bleu ciel et rose bonbon, ça n'existe pas.

    L'humour, c'est noir.

    L'humour, c'est une parade, un baroud d'honneur devant la cruauté, la désolation, la difficulté de l'existence.

    L'existence, ce n'est pas un grand lac de lait tiède dans lequel une humanité rose barbotte en échangeant des gentillesses, des confiseries et en chantant des cantiques. C'est plein de sang, de boue noire, du bruit et de fureur.

    Je me méfie des gentillesses sucrées, ça fout le diabète.

    ...

    Je pense à toi ma fille, et mes yeux fuient.

    ...

    Et la tolérance, l'ouverture d'esprit ?

    Même Monseigneur, à son propos, parle du zèle du néophyte, péché de jeunesse.

    La néophyte a quand même quarante ans bien sonnés.

    Sonnez les matines, sonnez les matines, ding ding dong...

    ...

    Ne trouvent grâce à ses yeux que les Vierges saint-sulpiciennes pimpantes avec du vernis rouge sur leurs ongles de pieds et leur sourire niais.

    Ne réduis pas ton champ d'admiration. Ce champ doit rester infini. Les grandes œuvres sont rarement guillerettes.

    ...

    Je ne la retrouve plus. Elle n'est plus la même. Je ne la reconnais pas.

    Je voulais qu'elle garde sa fantaisie, je voulais qu'elle garde son goût pour les arts, sa curiosité, je voulais qu'elle continue à s'habiller avec des couleurs vives, qu'elle ait plein d'amis rigolos avec des cheveux longs. Qu'on continue à rire ensemble. Qu'elle se couche tard.

    (...) Je voulais, je voulais...

    Je n'ai pas à vouloir.

    ...

    On s'entendait bien avant.

    Pourquoi maintenant c'est si difficile ?

    ...

    Peut-être qu'à la différence de piles, les sentiments s'usent quand on ne s'en sert pas.

    ...

    Pourquoi, depuis que tu es à Dieu, tu es odieuse ?

    ...

    Être heureux ne devrait être conjugué qu'à la première personne du singulier et par le principal intéressé. Il n'y a que lui qui sait s'il est heureux ou pas.

    Conclure que quelqu'un est heureux est toujours très risqué. On peut avoir tout pour être heureux sauf le bonheur.

    ...

    Elle n'oublie pas les dates. Elle oublie seulement les gens.

    ...

    Crois-tu que je sois attiré par le Dieu qui t'a éblouie ?

    Il me fait peur.

    Je pensais qu'il était bon, indulgent, qu'il pardonnait toujours. Il laissait venir à lui les petits enfants qui font beaucoup de bêtises.

    Je croyais que la religion catholique était une école de charité, d'humilité, de tolérance et d'amour, avec comme refrain "Aimez-vous les uns les autres"...

  • L'affaire Eszter Solymosi de Gyula Krúdy

    Parution du 4 avril 2013.l'affaire eszter solymosi.jpg

    Éditions Albin Michel - 637 pages

    Présentation de l'éditeur : Un matin d’avril 1882, à Tiszaeszlár, dans la campagne hongroise, Eszter, une petite bonne de quatorze ans, disparaît en revenant d’une course. Ce jour-là, une réunion se tient à la synagogue du village pour choisir un abatteur rituel parmi les candidats venus de toute la région. Très vite, la rumeur se répand : les juifs auraient enlevé et égorgé la jeune chrétienne pour ajouter son sang au pain azyme de la pâque… Ainsi commence le roman, inédit en France, d’un des plus grands auteurs de la littérature hongroise, Gyula Krúdy (1878-1933), inspiré de « l’affaire de Tiszaeszlár » qui déclenchera, comme l’affaire Dreyfus en France, une flambée d’antisémitisme dans le pays, et aboutira à un procès pour « crime rituel » qui verra comparaître treize accusés. Se fondant sur les comptes rendus des journalistes et du principal avocat de la défense, Krúdy reconstitue le drame dans toute sa complexité, redonnant vie aux protagonistes avec une puissance d’évocation stupéfiante, brossant le tableau magistral d’une société hantée par la haine de l’étranger. Chef-d’œuvre romanesque, réquisitoire contre l’intolérance et l’ignorance, L’affaire Eszter Solymosi – qui suscite encore aujourd’hui une vive polémique en Hongrie – témoigne du talent d’un immense écrivain.

    Traduit du hongrois par Catherine Fay.

    Ma note :

    culture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unis

    Broché : 24 euros

    Un grand merci aux Éditions Albin Michel pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre.

    Si le nom d'Eszter Solymosi n'évoque ni peu ni prou quoi que ce soit du coté de l'Hexagone, il est au moins aussi célèbre en Hongrie que celui de Dreyfus en France. Et équivalent puisque l'affaire éponyme a tout autant défrayé la chronique magyare sur fond d'antisémitisme que celle française à l'origine du célèbre J'accuse... ! de Zola.

    Aujourd'hui encore polémique, c'est malgré tout un véritable classique de la littérature hongroise que Gyula Krúdy a rédigé en 1931, quelque cinquante années après les événements relatés qui bouleversèrent l'empire austro-hongrois et firent tant de bruit que les retentissements furent internationaux. Jusqu'alors inédit en France, L'affaire Eszter Solymosi parut initialement sous la forme d'un feuilleton dans un quotidien hongrois ; ce n'est que dans les années 1970 que la fille de l'auteur le fit éditer.

    Inspirée donc d'un fait réel, servie par des recherches documentaires pointues et basée sur les comptes rendus du principal avocat de la défense et d’un journaliste, cette reconstitution historique est la retranscription d'un crime, de l'enquête et du procès qui s'ensuivirent. Une affaire délicate qui met en évidence les aberrations, les maladresses, les divers enjeux politico-religieux et prouve que les tenants et les aboutissants de ce dossier furent bien supérieurs à la simple résolution d'une affaire criminelle.

    C'est un véritable traité sur le contexte et l'antisémitisme profond de l'époque exacerbé par une affaire complexe qui souleva les passions, mit le feu aux poudres et laissa des traces durables dans la communauté juive.

    Ce texte met de façon édifiante autant qu'effarante comment, à partir d'un épisode tragique, manque d'éducation, croyances irrationnelles et rumeurs fantaisistes sont un cocktail explosif ; comment les esprits simples se contaminent comme une traînée de poudre et se déchaînent avec une violence injustement qualifiée d'animale. Le plus malheureux dans cette affaire du XIXe siècle étant sans doute, au regard de diverses actualités, qu'elle n'a pas pris une ride... Haines absurdes sans fondement ont malheureusement toujours de nombreux partisans.

    Un texte dense qu'il n'est pas toujours aisé de suivre tant les personnages sont nombreux, leurs noms difficiles à mémoriser et les enjeux sont complexes. Mais Gyula Krúdy réinvente si habilement les protagonistes de ce dossier et atteint une telle puissance d'évocation balzacienne que l'on ne peut que surmonter les embûches de ce consistant morceau d'histoire et se plonger dans l'un de ses nombreux pans tragiques et ahurissants.

    Ils en parlent aussi : Micheline.

    Vous aimerez sûrement :

    Deuxième génération de Michel Kichka

    La rive sombre de l'Èbre de Serge Legrand-Vall

    Retour à Killybegs de Sorj Chalandon

    Les confessions de Nat Turner de William Styron

    Toute une histoire de Hanan el-Cheikh

    Je ne suis pas celle que je suis de Chahdortt Djavann

    Un fusil dans la main un poème dans la poche d'Emmanuel Dongala

    Marthe et Mathilde de Pascale Hugues

    Extraits :

    La part qu'avaient prise les Juifs du village relevait, disait-on, de leur obéissance à un ordre supérieur, peut-être sacré, qui leur avait enjoint de livrer la vierge de Tiszaeszlár aux sacrificateurs venus des contrées lointaines, lesquels avaient ensuite disparu comme ils étaient venus, après la cérémonie religieuse, c'est-à-dire après l'exécution rituelle.

    (...) Voilà ce que l'on disait sur la mort d'Eszter Solymosi et cette pure invention suspendit les battements de coeur des hommes dans le monde entier, partout où les coeurs sont sensibles, où les cerveaux sont dotés de pensée, où grandissent des jeunes filles pubères. Si c'est leur religion qui exige des Juifs le sacrifice humain, que peut-on faire contre la loi hébraïque ? Cette religion a cinq mille ans d'existence, impossible de la changer. Tant qu'il y aura des Juifs sur terre, leur religion existera. La seule solution est d'éradiquer les Juifs de la surface de la planète, qu'il ne leur reste plus de descendance, et ainsi leur religion disparaîtra d'elle-même.

    ...

    Quand le Juif errant frappe à une porte, il n'enlève pas son chapeau ni n'adresse un salut amical. Lorsqu'il demande l'aumône, c'est à un huissier, cruel, désagréable qu'il nous fait penser. Si on refuse de la lui donner, peut-être viendra-t-il mettre le feu au toit la nuit suivante.

    (...) Apparemment il méprise tous ceux qui possèdent plus que lui, comme si c'était à lui qu'ils avaient dérobé ce qu'ils ont. Il réclame sa part de ce qui est bon et sain sur terre comme si, au début de son errance, un testament lui avait adjugé le monde entier en héritage.

    ...

    Car il est certain qu'il porte une malédiction vieille de cinq mille ans, comme une semonce effrayante. Une menace inquiétante pour ses coreligionnaires qui, ayant abondonné les pérégrinations de Moïse, se sont établis dans des maisons, se sont installés pour longtemps, ont commencé à amasser des fortunes, bien qu'il se soit avéré maintes et maintes fois au cours des siècles que la fortune ne reste jamais acquise aux Juifs. C'est au moment où ils croient qu'ils la tiennent le plus fermement qu'elle leur tombe des mains. C'est au moment où ils bâtissent des maisons de plus en plus grandes qu'ils deviennent des miséreux apatrides. C'est au moment où ils se sentent le mieux sur terre que l'ange de la Mort vient les chercher. Voilà ce que leur signifie le Juif errant lorsqu'il pénètre dans leurs maisons. Voilà pourquoi il ne dit ni bonjour ni adieu. Ils sont dans l'obligation de l'aider car lui-même a renoncé aux biens de ce monde, il a offert son dû à ses coreligionnaires, à la place desquels il assume la mendicité.

    ...

    "Jamais il n'a été très bon d'être juif mais à cette époque-là, être juif à Tiszaeszlár, c'était pire que d'être un chien", écrivit un diariste de ce temps-là, dont nous avons feuilleté les notes.

    ...

    Il y a des jours où l'on n'arrive pas à se calmer tout seul. On recherche la société des hommes, même si on ne les apprécie que modérément. L'inquiétude cachée en nous nous entraîne vers les autres. L'insatisfaction. Heureux, l'homme qui en toutes les circonstances de sa vie, allongé sur son lit, se contente de contempler ses gros orteils et d'entretenir une conversation avec eux.

  • Salut Marie ! d'Antoine Sénanque

    culture,littérature,livre,roman,citation,religion,prix féminaEditions Grasset - 252 pages

    Présentation de l'éditeur : "La Vierge m'est apparue le 1er avril 2008. La date était mal choisie. Je sais qu'humour et spiritualité ne sont pas toujours antagonistes, mais sincèrement, j'aurais préféré le 31 mars." Quand la Vierge Marie apparaît à Pierre Mourange, vétérinaire incroyant et morose, elle croit sans doute lui faire plaisir. Elle aurait dû lui demander son avis. Cocktail d'humour et d'insolence pour une subtile comédie d'Antoine Sénanque.

    Un grand merci à Denis Sixou et aux éditions Grasset de m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre.

    Ma note :

    culture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unis

     Broché : 17 euros

    E-book : 11,99 euros en format Kindle

    Lorsque je finis un livre, même si je ne sais pas précisément ce que je vais dire dans ma critique, l'invariable point de départ est l'axe j'aime / j'aime pas - grossière simplification puisque l'éventail, beaucoup plus large, s'étend davantage de j'adôôôôôre à abandon par berk en passant par mouaif ou encore WTF ?.

    S'agissant de Salut Marie ! le distinguo est particulièrement subtil, trouver les mots justes est une gageure tant je suis perplexe au sortir de cette lecture.

    En effet, la nuance entre ce que je m'attendais à lire et ce que j'ai effectivement lu est relativement conséquente. La promesse d'un "cocktail d'humour et d'insolence" en quatrième de couverture m'avait particulièrement séduite ; une fois la lecture achevée, je ne peux qu'avouer qu'à aucun moment je ne me suis esclaffée en parcourant les mots d'Antoine Sénanque. Pour autant, avec son air de ne pas y toucher, l'histoire est intelligemment irrévérencieuse et son petit côté pince-sans-rire, sans être désopilant, est très agréable. Ajoutons à cela que les très belles relations qui se jouent sous les yeux des lecteurs sont un concentré de bonnes ondes. Salut Marie ! n'est donc finalement pas de ses livres qui vous chatouillent les zygomatiques mais de ceux qui vous font du bien en toute simplicité, avec beaucoup de délicatesse et ce soupçon de décalage qui transforme le banal en original.

    La seconde particularité de ce roman qui m'a quelque peu déstabilisée est le fait que je suis tout bonnement incapable d'expliquer l'intention de l'auteur. Qu'a-t-il voulu transmettre ? Quid de la religion ?... Mais à l'instar de l'écart considérable entre ma conception a priori et mon ressenti a posteriori, mon incapacité à traduire verbalement le concept du livre n'est au final aucunement un frein à mon enthousiasme. Certes, l'idée de départ de la visitation de la Vierge à un homme tout ce qu'il y a de plus commun aurait pu être traitée de bien des façons, délirantes ou décriantes. Finalement, l'alibi de la religion est moins une façon d'utiliser un sujet hautement polémique en ces temps de tous les fanatismes qu'une porte d'entrée à la fable du réel qui nous parle de notre époque, des gens, de l'air du temps.

    Salut Marie ! s'est en somme révélé être complètement différent de ce que j'en attendais mais le bilan de cette aventure littéraire est qu'une attente déçue peut laisser place à une plaisante surprise. L'écriture et l'intrigue ont ce petit quelque chose d'indéfinissable faisant de ce roman un livre singulier, remarquable sous ses airs ordinaires. Mon sentiment est que je ne garderai certainement pas un souvenir impérissable de ce titre mais sa lecture m'a déjà offert un très plaisible moment et une sensation d'apaisement, ce qui est déjà beaucoup et même mieux que nombre de livres.

    Notons que Salut Marie ! a été en lice jusqu'à la deuxième des trois sélections pour le Prix Femina qui sera remis ce lundi 5 novembre 2012 à... ?

    Ils en parlent aussi : Baudoin, La Critiquante, Mille et une pagesJe me livre.

    Vous aimerez sûrement :

    Le cas Sneijder de Jean-Paul Dubois
    Roman de l'au-delà de Matthias Politycki
    La calèche de Jean Diwo
    En moins bien et Pas mieux d'Arnaud Le Guilcher

    Extraits :

    Je note sur un carnet, à la date du 2 avril :

    Question : La Vierge existe-t-elle ?

    Réponse : Oui, j'en ai la preuve, la seule digne de foi, l'expérience personnelle.

    Pourquoi m'informer de son existence ? Le mystère est là.

    Pourquoi m'avoir choisi ? J'ai un bilan au passif lourd d'à peu près tous les péchés véniels recensés plus quelques péchés mortels qui n'ont pas fait couler de sang. Je suis aussi déméritant que n'importe lequel de mes prochains en liberté. Pourquoi ? J'ai lu que Dieu recherchait parfois la performance avec des âmes perdues, mais il me semble que je manque d'infamie pour le séduire.

    ...

    Je l'aime bien, Solange. Elle ne mérite pas de ne pas être aimée. De toute façon, on ne peut pas la détester. Elle est si ennuyeuse que les haines les plus farouches s'endorment à ses pieds.

    Après deux années passées en candidature libre dans une faculté de philososphie nécessiteuse, elle est parvenue à la conclusion qu'il fallait arrêter de réfléchir pour être heureux. Elle affiche depuis, un indestructible sourire suspendu à sa bouche par un cintre virtuel.

    ...

    "Le bonheur n'est pas compatible avec la conscience."

    Ses premiers mots sont restés dans ma mémoire.

    - La dépression est le maître symptôme de la lucidité. Comme l'anxiété et l'insomnie qui vont souvent avec. La volonté de vivre est un réflexe archaïque retrouvé chez les bactéries qui s'affaiblit à mesure que l'on gravit l'échelle. L'évolution de l'espèce s'accompagne de l'involution du réflexe de survie. Par conséquent, le suicide est une preuve de développement. Il ne faut donc pas vous troubler, votre humeur est humaine.

    En résumé, la perte de ma femme n'y changeait rien. La dépression réactionnelle à un drame était le dopage administré par le destin à notre dépression constitutionnelle qui n'exigeait pourtant pas d'amélioration de ses performances.

  • Interdit à toute femme et à toute femelle de Christophe Ono-dit-Biot

    Editions Plon / Pocket - 349 pagesinterdit à toute femme et à toute femelle.jpg

    Présentation de l'éditeur : Imaginez que l'ex-femme de votre vie vous demande de retrouver votre ex-meilleur ami. Que celui-ci se cache dans une presqu'île de la mer Egée, interdite aux femmes depuis le XIe siècle, et peuplée uniquement de moines barbus qui se prennent pour des anges. Imaginez que vous acceptiez et que vous découvriez ce dernier paradis terrestre. Que ce paradis se transforme peu à peu en enfer. Imaginez que vos deux meilleurs amis décident de renoncer à leurs vacances érotiques à Ibiza pour vous retrouver là-bas, et qu'ils tombent entre les mains de fous de Dieu parce qu'ils en ont trop vu. Vous faites quoi, vous ?

    Être libraire, loin du fantasme que l'on peut avoir de la fonction quand on ne l'exerce pas, c'est énormément de manutention. Heureusement, c'est aussi des jolies rencontres avec des clients passionnés de littérature. Et parfois, ce sont de vraies affinités qui se créent quand vous croisez des personnes qui partagent à l'identique vos goûts littéraires. Dans ce cas, la relation n'est pas à sens unique et la prescription s'inverse. C'est donc sur les conseils d'une lectrice-miroir que j'ai découvert Christophe Ono-dit-Biot.

    En parfaite féministe que je suis - dans l'acception non vindicative du terme s'entend ! -, doublée d'une adulte à l'âme d'enfant irréductible qui est instinctivement obnubilée par ce qui lui est interdit, je ne pouvais arrêter mon choix que sur ce titre pour le moins chatouilleur de curiosité. D'autant que c'est bien la seule occasion que j'aurais jamais de visiter le Mont Athos puisque selon le chrysobulle (acte officiel de l'empire byzantin) décrété en 1060 par l'empereur Constantin Monomaque, la Sainte Montagne est réellement interdite d'accès "à tout animal femelle, toute femme, tout eunuque et tout visage lisse". La seule exception à cette règle de l'abaton est réservée aux poules dont les oeufs sont nécessaires à la cuisine ainsi qu'à la fabrication des peintures pour les icônes et aux chattes chasseuses de rongeurs.

    Voilà pour la minute culturelle. S'agissant de l'histoire, c'est la confrontation la plus cocasse qui soit de deux mondes opposés : celui des parisiens au trop de la branchitude et celui des moines orthodoxes. C'est un peu de l'Umberto Eco à la sauce Beigbeder ! Prometteur, convenons-en.

    Si le récit est avant tout une aventure folle dans un cadre atypique, jalonnée de rebondissements efficaces qui vous tiennent en haleine, le tout enrobé dans un style résolument moderne et décalé, il est extrêmement bien documenté et met en évidence de façon originale les débordements de l'intégrisme radical chrétien et de la corruption qui n'épargne pas la sphère religieuse. Loin toutefois de tomber dans l'anti-prosélytisme aussi barbant que son opposé, Ono-dit-Biot fait aussi la part belle à la spiritualité dans tout ce qu'elle a de plus fascinant et de troublant au travers de magnifiques portraits d'ascètes mystiques.

    Interdit à toute femme et à toute femelle donnerait à n'en pas douter une adaptation cinématographique réussie tant la narration revêt tous les aspects constitutifs d'un bon thriller. En somme, c'est un croustillant moment d'évasion, très visuel dans sa mise en scène singulière, haletant et excentrique.

    Extraits :

    J'ai aspiré une profonde bouffée de cigarette. Ca va peut-être paraître étrange mais c'était pas évident de retrouver mon ex-meilleur pote, qui était aussi celui qui m'avait piqué la femme de ma vie, habillé en moine et parlant partouze dans la plus sainte des presqu'îles de la Méditerranée.

    ...

    "Si vous faites advenir ce qui est à l'intérieur de vous, ce que vous ferez advenir vous sauvera. Si vous ne faites pas advenir ce qui est à l'intérieur de vous, ce que vous ne ferez pas advenir vous détruire." (Saint-Thomas)

  • Dieu est un pote à moi de Cyril Massarotto

    dieu est un pote à moi.jpgXO Editions / Pocket - 214 pages

    Présentation de l'éditeur : L'un a une barbe de quelques jours, l'autre des millions d'années. L'un vit sur terre, l'autre dans les nuages. L'un est vendeur dans un sex-shop, l'autre a un métier qui réclame le don d'ubiquité. L'un n'a pas beaucoup d'amis, l'autre aimerait parfois se faire oublier d'eux... Et si Dieu avait décidé de faire de vous son meilleur ami ?

    Pour entrer directement dans le vif du sujet, Dieu est un pote à moi est une perle littéraire surprenante, drôle et émouvante, qui m'a touchée à l'âme. Et j'aime à penser que c'est ce qui se passe immanquablement à la lecture de ce trop court roman, que l'on soit bouddhiste, musulman, juif, catholique, protestant, orthodoxe, hindouiste, taoïste, confucianiste... ou encore athée, voire agnostique. Que l'on soit croyant ou non, l'on se prend au jeu des farces et des joutes verbales avec ce Dieu universel.

    A l'instar de Mitch Albom avec son roman Les cinq personnes que j'ai rencontrées là-haut, Cyril Massarotto nous convie à une réflexion sur le sens de la vie et sur l'après. Sa vision toute personnelle est une invite à l'introspection pour répondre à La Question. Laquelle ? Ah ah, mais il va falloir le lire pour le savoir !

    La construction de ce récit insolite - qui n'est pas sans m'évoquer celle de David Nicholls dans Un jour - prend le parti de nous raconter la vie d'un homme ordinaire de façon elliptique. Seuls les moments marquants, les tournants, sont évoqués, ce qui, loin d'appauvrir la narration, la renforce.

    Parfois léger, tantôt plus grave, le livre, salué par le Prix Méditerranée des Lycéens 2009, nous parle d'amitié, d'amour, des joies, des peines, des doutes... Bref, de toutes les composantes qui font la magie et le mystère de la vie. Sans tomber dans le traité philosophique un peu prise de tête, il nous embarque avec infiniment de fantaisie et d'émotion dans une réflexion intelligente sur l'existence et nous réconcilie pour un moment avec la nature humaine. Et n'est-ce pas cela même, le but de la littérature : nous faire voyager, magnifier le réel et nous offrir un regard neuf sur les petites choses et les grandes idées ?

    Un premier roman facétieux, délicat et juste, qui résonne longtemps après qu'on l'ait achevé, qui a une saveur délicieuse d'espoir, qui a le goût de la vie.

    Extraits :

    La principale qualité d'un somnifère, c'est de vous tomber dessus pour vous empêcher de commencer à réfléchir. S'il n'est pas assez fort, le remue-méninge prend le dessus et là, on est entraîné dans un tourbillon insupportable, celui du soi profond, ces facettes de nous qu'on préférerait ne pas connaître. Il n'y a vraiment qu'au coucher qu'on y voit clair, c'est le pire de tous les moments, le plus dangereux. Décider sciemment de ne plus livrer bataille contre le moi du soir a été une terrible défaite. Mais quand on n'a pas les armes pour lutter, il n'y a pas d'autre solution. Je crois que tous les somnifères que l'on avale lorsqu'on est adulte, ce sont toutes les berceuses que l'on ne vous a pas hantées quand on était enfant.

    ...

    - (...) je trouve étrange de me satisfaire amplement de ce que j'ai aujourd'hui. Tu crois que c'est normal ?

    - Si c'est normal ?

    - Ben oui, si c'est pas bizarre de ne plus rêver de cette sorte d'absolu...

    - Ecoute, je n'ai pas envie d'y passer une heure, donc réponds juste à cette question : deux enfants vont mourir, l'un est blond et l'autre roux, et tu as le pouvoir de sauver un seul de ces deux enfants. Lequel choisis-tu : le blond ou le roux ?

    - Quoi ?

    - Lequel tu sauves ?

    - Mais c'est débile comme question !

    - Je te le confirme. Et pourquoi c'est débile ?

    - Parce qu'on peut pas y répondre !

    - Eh bien voilà, je viens de te faire une démonstration par l'absurde. Tout simplement parce qu'il y a des questions auxquelles on ne peut pas répondre. Et tu sais pourquoi ? Parce qu'il ne faut tout simplement pas se les poser, dans la mesure où elles n'ont aucun sens. C'est la même chose pour toi, tu trouves étrange d'être heureux de ce que tu as, de ne pas vouloir plus, et tu te demandes si c'est normal. Tu te rends compte du saugrenu de ta réflexion ? Ce que je veux te faire comprendre, c'est qu'il faut juste vivre, prendre les choses comme elles viennent. Le bonheur n'est pas un projet. Sois-en bien conscient. Vis, et ne t'encombre pas l'esprit de questions inutiles.

    ...

    - Je n'arrive pas à penser, René. Je n'arrive à rien. Si tu savais comme j'ai mal.

    - Ecoute, ta douleur, c'est pas la peine de me la dire, ça fait deux semaines que je la vois. Ca fait deux semaines que je l'habille, que j'essaie de la faire manger et que j'attends qu'elle s'endorme, ta douleur. Alors maintenant, je crois que je vais commencer à lui mettre des coups de pied au cul. Et si elle est pas contente, c'est pareil.