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psychologie

  • Débordée, moi ? Plus jamais ! de Pauline Perrolet & Pacotine

    débordée moi plus jamais.jpgEn librairie depuis le 5 septembre 2013.

    Éditions Jungle ! - 56 pages

    Présentation de l'éditeur : Difficulté à lâcher prise, frustration, culpabilité, stress, épuisement... la vie des femmes est loin d'être un long fleuve tranquille. Débordée, moi ? Jamais ! vous invite dans le quotidien palpitant de ses six héroïnes. Qu'elles soient mariées, en solo, mamans au foyer, mamans tout court, et/ou accros au boulot, elles vivent au quotidien une véritable course contre la montre... qu'elles espèrent bien remporter ! Éclairée par les conseils d'un expert, et illustrée avec humour, cette BD nous livre de nombreuses astuces pour survivre à son quotidien de Wonder Woman... avec un peu plus de légèreté et beaucoup de bonne humeur ! Une approche de la psychologie inédite sous forme de BD, pour dédramatiser et se simplifier enfin la vie !

    Ma note :

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    Album cartonné : 12 euros

    Ebook : 6,99 euros

    Un grand merci à Babelio et aux Éditions Jungle ! pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Trois années après l'inauguration de la collection Les guides au féminin par les Éditions Vent d'Ouest, les Éditions Jungle ! ont décidé de rallier à leur tour le marché de la bande dessinée adressée aux femmes qui, semble-t-il, s'intéressent au registre. J'aurais tendance à dire que ces mêmes femmes ne cherchent pas spécialement d'albums conseils sur comment bien gérer leur triple vie de mère / professionnelle / femme, mais cela n'engagerait que moi...

    Mes psycho BD donc. Cette collection a pour ambition de répondre aux petites et grandes préoccupations quotidiennes des femmes en s'appuyant pour chaque volume sur les vraies réponses et bons conseils d'un ou plusieurs spécialistes (psy, praticiens divers...), partant du principe qu'à chaque problème sa solution. Si le tout premier album Débordée, moi ? Plus jamais ! témoigne du triste constat selon lequel aujourd'hui encore, c'est bobonne qui s'occupe de presque tout, d'autres volumes sont d'ores et déjà prévus courant 2014 qui élargiront, c'est à espérer, le champ des intérêts de ces dames : Bye bye les complexes, Je m'éclate au travail ou encore Même pas peur ! Hum...

    Quoiqu'il en soit, cette approche dessinée et humoristique de la psychologie, si elle n'a rien d'inédit, permet de rappeler aux femmes modernes dynamiques les astuces pour mieux gérer fatigue et/ou stress. Construit autour de cinq personnages stéréotypés, l'album balaie large afin que chaque femme d'aujourd'hui puisse s'identifier : la mère de famille nombreuse, l'accro au boulot, la femme tentant de concilier travail et maternité, celle à la tête d'une famille recomposée et enfin la célibataire avec enfants. Servies par un dessin girly pétillant et tendance façon Motin, Bagieu ou encore Diglee, les nombreuses situations traitées sont autant de réponses pratiques et efficaces, plus évidentes que révolutionnaires, comme par exemple savoir dire non, tout simplement... Mais n'est-ce pas après tout le bon sens qui fait défaut lorsqu'on l'on est dépassées ?

    Bref, ce premier opus enfonce des portes largement ouvertes mais rappelle surtout à chaque femme, sur un ton aussi agréable que divertissant, qu'elle n'est pas seule, bien au contraire, dans sa galère. Souhaitons surtout que cet album qu'il est de bon ton de laisser traîner aux toilettes permettra de faire savoir à qui de droit que la femme parfaite n'existe pas et qu'un sérieux et efficace coup de main est toujours bienvenu. De l'art du message subliminal...

    Ils en parlent aussi : PlanèteBD, Doctissimo, Amethyst.

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    Mon gras et moi de Gally

    Les carnets d'Agnès Abécassis

  • Blast de Manu Larcenet

    blast.jpgTome 3 - La tête la première

    Éditions Dargaud - 220 pages

    Présentation de l'éditeur : "Je pèse deux hommes. L'un vous aime tant qu'il vous lèchera la main pour l'aumône d'une caresse. Il fera où vous lui direz, demandera la permission, courbera le dos sous la trempe, pourvu que vous lui accordiez une place près de vous. Un homme-chien. L'autre, sans trève ni repos, depuis toujours, n'a d'autre obsession que de vous faire baisser les yeux. Puis de les crever." Toujours en garde à vue après la mort d'une jeune femme, Polza Mancini déroule ses souvenirs d'errance, sa quête éperdue du blast, ces moments magiques qui le transportent ailleurs, mais aussi ses séjours en hôpital psychiatrique, ses terreurs et ses cauchemars. Avec Blast, Manu Larcenet signe l'une des oeuvres majeures de la bande dessinée contemporaine, une terrifiante descente aux enfers, profondément humaine et touchante. Un immense roman graphique, noir et âpre, d'un humanisme bouleversant, une série coup de poing dont le premier tome a été salué par le Prix des libraires 2010 !

    Ma note :

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     Album cartonné : 22,90 euros

    Et puis il y a les séries. Si elles sont gages de plaisir accru - si tant est que la qualité soit au rendez-vous ! -, elles sont aussi synonymes d'attente prolongée. Une attente mettant la patience à rude épreuve puisque contrairement aux mangas dont le rythme de parution est soutenu, les séries de l'acabit de Blast sont, dans le meilleur des cas, basées sur une sortie annuelle...

    Si certains de ces cycles graphiques sont coutumiers de l'atermoiement pour finalement livrer de nouveaux opus décevants au regard de la fidèle expectative, Blast à l'art de réconcilier avec le principe et prouve que constance et persévérance riment avec récompense.

    Après deux premiers tomes magistraux (Grasse carcasse et L'apocalypse selon saint Jacky), La tête la première se révèle plus qu'à la hauteur et poursuit le puissant crescendo aussi révulsant que fascinant entrepris par Larcenet depuis les premières cases de cette saga monstrueusement humaine.

    L'on poursuit ainsi la garde-à-vue de cet extra-ordinaire personnage qu'est Polza, durant laquelle est reconstituée à coup de flashbacks-puzzles sa vie en marge. L'on s'enfonce encore plus profondément, aussi médusés que les deux flics qui l'interrogent, dans ses errances auto-destructrices entre bouffées délirantes et abus de substances en tous genres, dans sa rupture d'avec la société et sa communion d'avec la nature mais aussi sa quête de liberté, son voyage introspectif... et, inévitablement, dans ses crimes. Une narration quasi métaphysique qui laisse partagé entre la nécessité de réprimer sévérement l'horreur et l'envie de comprendre, de compatir, de laisser voix à cette atrocité, cette perdition, ces dérives et dégâts fruits de la société et son lot de misères.

    Car Polza est un peu l'incarnation de la complexité des êtres et de leur construction en fonction des contextes (familiaux, sociaux...). Nul n'est noir ou blanc, ni bon ni mauvais. Polza est tout à la fois, fou et sage, fragile et prédateur, victime et bourreau. Voilà pourquoi il répugne autant qu'il attire. Derrière la dualité d'un homme, c'est la schizophrénie de la société, voire de l'humanité que Larcenet pointe du doigt et croque sans concession.

    Il fait une fois encore preuve de son exceptionnelle maîtrise du crayon autant que de la plume. Entre trait sompteux et scénario magistral, il a su bâtir une oeuvre essentielle qui s'inscrit incontestablement dans les incontournables de la discipline. Sa justesse narrative et sa maîtrise singulière des phrases puissantes comme des silences plus que parlants sont toujours au rendez-vous. La qualité d'écriture est réhaussée par le somptueux travail graphique auquel il nous accoutume d'oeuvre en oeuvre. L'impressivité du récit est servie par un trait sombre, noir, glauque, des contrastes et cadrages exécutés avec finesse et surtout, surtout ces soudaines et foudroyantes pointes de couleurs habituellement liées au blast et qui ne sont pas sans rappeler le Saturne dévorant un de ses enfants de Goya ou Le Cri d'Edvard Munch. J'insiste sur le habituellement car dans cet opus, pas de blast ! Les fulgurances chromatiques sont liées ici à des exercices artistiques thérapeutiques ou à des oeuvres dénichées au hasard des squats...

    Malgré une avancée significative de l'histoire, Manu Larcenet mesure intelligemment les contours qu'il veut bien dévoiler et impose son rythme qu'il gére avec précision, rigueur, de manière aussi jouissive qu'insupportable. Il distille les informations avec subtilité et parcimonie, en dit suffisamment pour satisfaire les attentes mais juste ce qu'il faut pour tenir en haleine, jouer avec les nerfs et faire grimper la tension d'un cran. Les questionnements sur l'identité et les agissements de Polza perdurent et le tourbillon d'émotions générées par le récit coupe le souffle. Un uppercut bédessiné. Bref, le suspens est paroxysmique. Gageons qu'il sera particulièrement éprouvant d'attendre fin 2013 pour avoir, enfin, le dénouement et les clés de ce personnage mystérieux, troublant, dérangeant. Et que l'album ultime de cette tétralogie sera explosif ; foudroyant !

    Dans l'esprit du Combat ordinaire, Larcenet compose à nouveau avec ses thèmes de prédilection (dépression, angoisse, mutilation, disparition de la figure paternelle, rejet, décalage, sensation d'isolement à la réalité, aux autres...) en les poussant ici dans leurs retranchements. Il orchestre avec maestria l'association entre son personnage et lui ; une évidence hyperbolique qui révèle, une fois encore, la dimension cathartique de ses oeuvres. Un peu à l'image, dans un autre genre, de celles de Taniguchi (Quartier lointain, Le journal de mon père, Les années douces...) dont il s'est grandement inspiré pour son travail sur Blast... Une source d'inspiration qui est, à elle seule, une séduisante promesse.

    Bien que la série soit en cours, ces trois volets d'une oeuvre édifiante constitueront à n'en pas douter un magnifique cadeau de fin d'année pour les amoureux de la bande dessinée. Mais est-il réellement besoin d'un prétexte pour dévorer cette remarquable série, objet d'une adaptation cinématographique ?

    La bande annonce du tome 3.

    La bande annonce du tome 2.

    La bande annonce du tome 1.

    Ils en parlent aussi : Sébastien Naeco, Planetebd, Noukette, Sullivan.

    Vous aimerez sûrement :

    Une âme à l'amer de Jean-Christophe Pol et Albertine Ralenti

    En sautant dans le vide de Man

    Ken games de J. Robledo et M. Toledano

    Il était une fois en France de Fabien Nury et Sylvain Vallée

    Plus jamais ça de Vervisch et Morvan

  • La Fille de l'Eau de Sacha Goerg

    la fille de l'eau.jpgEditions Dargaud - 182 pages

    Présentation de l'éditeur : Un matin d'automne, une jeune femme travestie en homme arrive au pied d'une magnifique villa moderne. Elle espère découvrir, incognito, cette famille à qui son père a jugé nécessaire de cacher son existence.

    Avec ma tendance à rester à l'affût des nouveautés bd ou de celles dont on parle, je ne pouvais manquer La Fille de l'Eau dont la couv' m'a tout de suite tapé dans l'oeil.

    Cette production helvète par l'un des membres du collectif d'auteurs du premier feuilleton bd diffusé sur le web puis édité Les autres gens est un récit délicat et subtil à double titre.

    En premier lieu, ce roman graphique est avant tout un livre à contempler, comme mon coup de coeur visuel l'indique. Sacha Goerg offre un one shot très esthétique mêlant encre de Chine et aquarelle qui mettent particulièrement en valeur le décor végétal et minéral omniprésent. Ce cadre naturel éthéré est relevé par des aplats monochromes de couleurs tranchées, qui s'inscrivent notamment dans l'architecture de l'espace où se tient le huis clos ; architecture fondamentale quasi anthropomorphique dans l'histoire. L'originalité se retrouve, outre le trait, dans la construction qui sort du schéma classique de l'art séquentiel. L'absence de cases qui ont tendance à enfermer permet de faire la part belle aux couleurs pour un ensemble résolument contemporain.

    Mais au-delà de la remarquable performance graphique, La Fille de l'Eau est également un récit étrange très abouti, ponctué de touches oniriques et fantastiques. Cette introspection complexe aborde de nombreux sujets psychologiques de manière franche quoique tout en pudeur, ce qui tranche incroyablement avec le caractère explicite et parfois cru mais toujours sensuel du dessin.

    Si le thème initial de cet album intimiste est la quête identitaire d'une fille naturelle par le prisme de son père décédé, l'on découvre au fil du récit que l'éventail des thèmes abordés est très large : quête de soi, homosexualité, deuil mais aussi environnement ou encore art contemporain. La densité des thématiques est totalement maîtrisée. A aucun moment l'on ne se perd dans cette galerie de personnages ambigus, intenses et très différents qui ont pourtant un point commun, celui d'être enferrés dans des faux-semblants, des apparences trompeuses, des masques sensés les protéger, dissimuler leurs secrets, leurs faiblesses, leur mal-être, mais qui doivent immanquablement se fissurer pour mieux se révéler et se reconstruire.

    Sacha Goerg, fondateur des éditions L'employé du moi, comble savamment les non-dits de ses personnages par des dessins très expressifs. Il utilise de manière récurrente la métaphore pour ses démonstrations. Ainsi, la dualité entre le moi des protagonistes et ce qu'ils veulent bien laisser paraître est parfaitement représenté par la mise en scène passant sempiternellement de l'intérieur à l'extérieur de la maison. Et l'idée de la fêlure et de l'effondrement nécessaire pour repartir sur de bonnes bases sera lui aussi représenté dans la fin dramatique, quasi apocalyptique annoncée.

    Malgré mon analyse un brin intellectualisante je le concède, n'allez surtout pas croire que cette histoire est inaccessible ou prise de tête. Il n'en est rien. La Fille de l'Eau est une lecture certes inhabituelle aux accents psychologisant indéniables, mais c'est surtout un morceau de beauté et de poésie tout ce qu'il y a de plus agréable et rafraîchissant. Bref, une belle et intelligente bd que je vous recommande.

    L'interview de Sacha Goerg à propos de La Fille de l'Eau.

  • Rentrée littéraire : Les Patriarches d'Anne Berest

    les patriarches.jpgEditions Grasset - 320 pages

    Présentation de l'éditeur : « J'ai rencontré ton père en 1986, au Pimm's ou au Sept, je ne sais plus un des clubs de la rue Sainte-Anne. C'était juste après son année de "voyage". C'est comme cela qu'il l'appelait. Même s'il n'a pas voyagé durant cette année-là. Ça, j'en suis sûr. Mais je n'ai aucune idée d'où il pouvait bien être, et je dois te dire que je n'ai jamais voulu savoir. Ton père était un très jeune homme, farouche, qu'il ne fallait pas blesser. La seule chose que je peux te dire, c'est qu'il me parlait toujours d'un certain Gérard Rambert, qu'il avait connu pendant son "voyage", et qui le fascinait. Je me souviens qu'il travaillait dans l'art. Je l'ai croisé une fois, un type excessif. C'est tout. »

    Abandon en page 106. Je ne peux pas dire que ce livre soit mal écrit mais force est de constater qu'il met un temps fou à démarrer. Mon ennui l'a emporté sur ma curiosité.

    A la lecture de certaines critiques qui sont allées jusqu'au bout de l'ouvrage, je n'ai pas de regrets d'avoir "manqué" l'un de ces romans qui me lassent un peu tant ils reposent sur des sujets glauques (pédophilie, drogue, oedipe non résolu, quête du père, de l'identité, secte...).

    Les Patriarches est - à mon humble avis - l'archétype même de ce que beaucoup de lecteurs appellent "la littérature très française" dans l'acception péjorative de l'expression. Si l'on ajoute à l'atmosphère oppressante des digressions lyriques inutiles qui embrouillent la narration et allongent une sauce qui a déjà du mal à prendre, l'on obtient moins un roman sociétal qu'un apitoiement laborieux très personnel et pourtant déjà vu. L'utilisation intensive du name dropping n'aura pas suffit à donner un air impressionnant et accrocheur à l'ensemble.

  • Rentrée littéraire : Les Lisières d'Olivier Adam

    Editions Flammarion - 454 pagesles lisières.jpg

    Présentation de l'éditeur : Entre son ex-femme dont il est toujours amoureux, ses enfants qui lui manquent, son frère qui le somme de partir s'occuper de ses parents «pour une fois», son père ouvrier qui s'apprête à voter FN et le tsunami qui ravage un Japon où il a vécu les meilleurs moments de sa vie, tout semble pousser Paul Steiner aux lisières de sa propre existence. De retour dans la banlieue de son enfance, il va se confronter au monde qui l'a fondé et qu'il a fui. En quelques semaines et autant de rencontres, c'est à un véritable état des lieux personnel, social et culturel qu'il se livre, porté par l'espoir de trouver, enfin, sa place. Dans ce roman ample et percutant, Olivier Adam embrasse dans un même souffle le destin d'un homme et le portrait d'une certaine France, à la périphérie d'elle-même.

    Çà et là, il se murmure qu'Olivier Adam est aux lisières du Goncourt. Je n'irai pas jusque-là. Pour autant, malgré quelques longueurs et un agacement passager du fait de trop nombreux lieux communs et du caractère geignard du décalque de l'auteur, le livre a un côté clairement extatique tant on s'y reconnaît (vanité...), pour autant que l'on fasse partie de ces gens en lisières, de cette population périphérique.

    Mais quelles sont-elles ces personnes en bordure, à la frontière ? Plus vraiment provinciale mais jamais réellement parisienne, absolument par riche mais pas tout à fait pauvre..., c'est moi, c'est le quidam, le monsieur tout le monde qui bosse plus pour gagner moins et qui surnage dans l'indifférence la plus crasse.

    Olivier Adam écrit comme on parle, sans manière et parfois vulgairement ce qui ne fait que rajouter à la crédibilité, à la sincérité de son récit, véritable scanner de notre époque, de la fracture sociale et portrait fidèle de cette classe moyenne, majoritaire et pourtant toujours mise à la marge.

    Si l'on s'accorde à dire que la mouvance littéraire française du moment à tendance à s'engluer dans des histoires moroses aux personnages torturés, Adam le fait, certes, mais avec sensibilité, intelligence, réalisme, gravité et surtout espoir. Ce qui fait toute la différence.

    L'auteur semble rééditer ses sujets de prédilection (nostalgie du premier amour, amour parental, relations familiales, retour sur soi, séparation, fuite...). Si les lecteurs fidèles pourront être lassés, je n'avais pour ma part lu d'Adam que Je vais bien, ne t'en fais pas. C'est donc avec plaisir que j'ai redécouvert une plume juste qui dresse un portrait impliqué de la société contemporaine et une analyse pertinente du mal-être ambiant. Je me suis assimilée avec force à l'exil intérieur de ce protagoniste double de l'écrivain mais également à certains de ses personnages satellites. Bien sûr, son anti-héros ne connaît pas les fins de mois qui commencent le 10 mais rappelons que si l'expression "l'argent ne fait pas le bonheur" est un adage de riche parce qu'il y contribue foutrement, il ne suffit pas, c'est évident.

    Bref, c'est l'histoire touchante d'un mec imparfait qui nous permet de nous pardonner à nous-mêmes nos erreurs et nos apitoiements. Sa puissance réside dans son constat selon lequel nous avons tous une situation et quelle qu'elle soit, elle est toujours mieux ou pire que celle du voisin, ce qui ne nous empêche pas de comprendre le bonheur ou le malheur de l'autre et d'avoir un avis. C'est en somme en formidable appel à la tolérance, nous disant que si nous arrêtions de fonctionner en castes, de jalouser ou de mépriser, le monde serait un peu plus doux.

    Une émotion intense se dégage de ce récit doux-amer et l'on ressort irrémédiablement chamboulé de ce roman. Olivier Adam est, avec profondeur et authenticité, envers et contre tous, le porte-parole de toutes les France.

    Extraits :

    Je me suis garé sur le trottoir d'en face. J'ai jeté un oeil dans le rétroviseur. Sur la banquette arrière, Manon rassemblait ses affaires, le visage caché derrière un long rideau de cheveux noirs. A ses côtés, Clément s'extirpait lentement du sommeil. Six mois n'avaient pas suffi à m'habituer à ça. Cette vie en pointillés. Ces week-ends volés une semaine sur deux. Ces dimanches soir. Ces douze jours à attendre avant de les revoir. Douze jours d'un vide que le téléphone et les messages électroniques ne parvenaient pas à combler. Comment était-ce seulement possible ? Comment avions-nous pu en arriver là ? J'ai tendu ma main vers ma fille et elle l'a serrée avant d'y poser un baiser.

    ...

    Depuis que nous étions séparé Sarah resplendissait, quelque chose en elle semblait libéré d'un poids, et il fallait bien que je me résolve à accepter que ce poids, c'était moi.

    ...

    De toutes mes forces j'avais essayé de la détester mais je n'y étais pas parvenu. Elle m'avait traîné dans la boue pour garder les enfants. Devant le juge elle avait sorti mes états de service, les quantités d'alcool que je m'envoyais, les ordonnances longues comme le bras que j'avais englouties des années durant, le contenu même des bouquins que j'écrivais et qui témoignait de ma fragilité psychologique, du paquet de névroses avec lesquelles je me battais depuis tout petit. Elle avait ajouté à ça mes déplacements fréquents, mes relations avec des gens du cinéma, de la chanson, bref des artistes forcément alcooliques, cocaïnomanes ou que sais-je encore, vraiment elle avait mis le paquet mais ça n'avait pas suffi, je l'avait trop aimée pour pouvoir un jour la haïr.

    ...

    Prétendre qu'on écrit mieux quand on est seul et au fond du trou relève de la pure et simple fumisterie.

    ...

    J'ai regardé autour de moi et j'aurais voulu que ça me quitte enfin, cette manie de voir partout des gens usés, quand ils ne l'étaient peut-être pas. Pas autant que je le pensais en tout cas. J'aurais voulu être capable de voir les choses autrement, de ne pas imaginer de failles même derrière les plus belles carapaces. Certains critiques, certains lecteurs me le reprochaient mais c'était plus fort que moi. Et dès qu'un de ces types que je croisais m'adressait la parole c'était pour me convaincre qu'au fond j'avais raison : tout le monde trimballait son lot de casseroles et s'échinait à tenir debout sans rien laisser paraître, tout le monde cherchait la sortie, le soleil, la lumière, tout le monde marchait dans la même direction, en boitant plus ou moins mais en boitant.

    ...

    Dès que j'avais pu, j'avais laissé tomber tout ce qui de près ou de loin ressemblait à un boulot, même "intéressant". La moindre contrainte me pesait. Obéir à un patron, me lever pour me rendre dans un bureau était au-dessus de mes forces. Sarah en riait au début. Mais je crois qu'à force elle a fini par trouver ça indécent, cette façon d'affirmer que je n'étais pas fait pour le travail et la vie sociale. Comme si quelqu'un l'était. Comme si on avait le choix. Comme si quelqu'un pouvait encore se payer ce luxe.

    ...

    On a certes le devoir de l'être de son mieux mais enfin, on est ce qu'on peut. (...) Je m'étais imaginé Mozart, Haydn, Schubert, et j'étais Brahms. Plus tard je m'étais vu en Modiano, Fante, Sagan, Salinger et j'avais écrit les livres que j'avais écrits. Des livres de cogneurs de fond de court, solides mais dénués de grâce, laborieux et pesants. On est ce qu'on peut. Mais de le savoir, rien ne nous console...

    ...

    Au fond de moi j'espérais leur manquer. J'étais comme un gamin qui pense à mourir pour qu'on le regrette. J'étais ce genre de gamin exactement. Je l'avais toujours été.

    ...

    J'avais beau avoir grandi dans un camp, j'avais beau me sentir toujours aussi mal à l'aise au milieu de la bourgeoisie intellectuelle qui peuplait majoritairement le milieu auquel je devais parfois me frotter par obligation professionnelle, j'étais passé de l'autre côté. En dépit de tout ce que je pouvais en dire ou écrire, je n'étais plus d'ici. Et puisqu'il semblait acquis que je ne serais jamais non plus d'ailleurs, j'étais désormais condamné à errer au milieu de nulle part.

    ...

    J'avais beau boire et me bourrer de médicaments, j'avais beau refuser cette idée par égard pour mes parents, mes oncles, mes tantes, par respect pour le monde dont j'étais issu, monde du labeur, de la sueur véritable, monde où l'on ne se plaignait jamais, ni des tâches ingrates ni des salaires de misère ne des patrons ni des horaires ni des heures passées dans les transports, monde où l'on bossait avec sérieux et abnégation et où l'on fermait sa gueule en attendant les week-ends les vacances la retraite, dont on ne faisait rien parce que la fatigue était là, je n'étais pas fait pour le travail. Ecrire ces mots encore aujourd'hui me dégoûte et m'indigne.

    ...

    Le soir et le week-end il était tellement claqué qu'il avait juste envie d'être tranquille avec Cendrine et les filles. Le samedi de toute façon il fallait faire tout ce qu'on n'avait pas le temps d'expédier pendant la semaine, les papiers les courses l'entretien de la maison, une sieste un DVD, un petit tour en forêt le dimanche matin, un ciné en fin d'après-midi et c'était déjà lundi matin.

    ...

    Je crois au fond que ma mère avait un peu honte, qu'écrivain ne lui paraissait pas un métier sérieux, une occupation avouable. Je crois que pour elle il résidait là-dedans quelque chose de vaguement malsain, une manière impudique, inconvenante de s'épancher, une forme de prétention qui poussait à prendre la parole et à considérer que ce qu'on avait à dire valait la peine d'être entendu, une façon de vouloir se distinguer, sortir du rang. Comment lui expliquer qu'écrivant je ne cherchais qu'à me sauver et rien d'autre, comment éviter la grandiloquence en évoquant là une question de vie ou de mort ?

    ...

    (...), je l'écoutais dérouler son argumentaire en détaillant la bibliothèque du salon, depuis quand avais-je contracté cette manie en entrant chez les gens de d'abord regarder leur bibliothèque, leurs livres, leurs DVD, les revues dans le porte-revue et de les juger immédiatement sur ces critères, de les ranger dans des cases, d'en mépriser certains, d'être agréablement surpris par d'autres, de les jauger ainsi et de mesurer alors les chances que nous avions d'établir une relation ?

    ...

    Etait-ce là un symptôme de plus de mon incapacité à entrer réellement en contact avec les autres, de cette manie que j'avais de les fuir, de ce paradoxe qui me faisait me replier sur moi et refuser les marques d'affection, les démonstrations d'intimité, en même temps que je me plaignais intérieurement de ma solitude, de la froideur et de l'abstraction des liens qui m'unissaient aux autres (...) ?

    ...

    C'était une des choses douloureuses et sans recours qu'il nous fallait apprendre en vivant d'écrire. Si intimes fussent-ils, si fidèles à notre moi profond pussent-ils être selon nous, les livres ne gommaient aucun malentendu, ne précisaient aucun contour, ne dessinaient rien de plus clair et ressemblant. Ils avaient beau aller au-delà des apparences, des classifications, des catégorisations, ils avaient beau nous mettre à nu, nous dépouiller, on avait beau y rétablir certaines vérités, les autres, la famille et les amis, ceux à qui on avait cru envoyer des messages ne les recevaient tout simplement pas, n'en tenaient aucun compte. Ils ne se fiaient qu'au vécu, aux actes, à ce qu'ils considéraient comme des preuves, des indices, à leurs certitudes, à leurs intuitions premières. Et les livres restaient pour toujours de la fiction, des inventions déconnectées de nous-mêmes.

    ...

    Les mecs en CDD enviaient ceux qui avaient des CDI. Les chômeurs enviaient ceux qui bossaient. Les smicards trouvaient que les chômeurs gagnaient trop alors qu'ils foutaient rien. Les Français en voulaient aux étrangers, et même aux Français d'origine immigrée, et c'était réciproque, tout le monde enviait tout le monde, tout le monde en voulait à tout le monde, enfin c'était son impression, et franchement, c'était pas de voter pour la Blonde qui allait arranger toute cette merde.

    ...

    Au fond je n'avais jamais été certain de vraiment penser ce que je croyais penser, d'être vraiment celui que je m'évertuais d'être.

    ...

    C'était une constante chez moi dans ce genre de circonstances. J'acquiesçais à ce que disaient les autres. J'avais perdu depuis longtemps le goût des joutes verbales, des grandes plaidoiries. Je me fondais dans le décor et je gardais mes idées pour moi. Plus jeune j'avais réussi à m'engueuler avec tout ce que je comptais d'amis à force de défendre mes opinions et de vouloir les imposer aux autres, (...). Tout ça m'avait servi de leçon et la plupart du temps je conservais mon calme et préférais débattre tout seul à l'intérieur de mon crâne.

    ...

    Avec les années je ne m'arrangeais pas. Au lieu de m'endurcir je devenais de plus en plus sensible.

    ...

    J'avais un mal fou à me concentrer et manipuler une scène ma paraissait aussi difficile que de manoeuvrer un poids lourd, chaque phrase me pesait alors qu'elles pouvaient quelquefois être si légères, dans ce domaine comme dans celui du roman les choses pouvaient changer du tout au tout d'un jour à l'autre, les mots pouvaient filer à toute allure comme rester cloués au plancher, bâtir un chapitre pouvait se faire tout seul comme requérir l'énergie nécessaire à trois étapes du Tour de France en haute montagne, on ne pouvait jamais savoir (...).

    ...

    Comment était-ce possible ? Pourquoi ma génération se révélait à ce point incapable de grandir, de se comporter en adulte ? Connaissais-je un adulte de mon âge ? En existait-il seulement ? Quand je passais en revue mes connaissances, mes amis, tous ceux que j'avais recroisés à V., les écrivains, les cinéastes, les comédiens, les journalistes que je croisais dans mon travail, tous me faisaient l'effet d'adolescents se mouvant dans des corps précocement vieillis. Pourtant, il suffisait de regarder les photos de nos parents, de penser à leurs vies, de se souvenir d'eux à cette époque, pour bien comprendre qu'à quarante ans on n'était plus des adolescents, même plus des jeunes gens, mais des adultes. Non, j'avais beau faire le tour de tous ceux que je connaissais, je ne voyais personne pour se comporter comme tel. Nous avions tous au moins dix ans de retard.

    ...

    Toutes ces phrases qu'on se jure de ne jamais prononcer ni entendre, toutes ces formules qui font que parfois la vie ressemble à son propre cliché, figée d'avance dans des schémas éculés, si rebattus qu'on a du mal à croire qu'on la vit vraiment, au premier degré.

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    Tout dans son attitude disait le découragement, la vie qui vous scie les pattes, vous brise les os pour rien, juste parce que c'est comme ça, que le monde marche sur la tête et que vous êtes nés du mauvais côté. Pas du plus mauvais, non. Mais pas du meilleur non plus.

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    Il fallait voir comment les yeux brillaient, à l'idée que tout ça explose enfin, même si on savait qu'il n'en serait jamais ainsi, que tout allait continuer encore et encore, que tout allait continuer à tourner pendant des siècles aux bénéfices d'une poignée de gens qui s'essuyaient les pieds sur la gueule de milliards d'autres.

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    Cette gamine avait toujours été incapable de mentir. Elle était profondément inapte à la manipulation, aux faux-semblants, à l'hypocrisie, au cynisme, ce que je considérais comme une force mais qui, je le voyais bien, lui attirait parfois des ennuis, déconvenues et autres peines dont la vie sociale sait vous inonder à cet âge. Aux yeux de certains, elle passait pour indécrottablement gentille et naïve mais il n'en était rien. Elle avait juste un goût sévère, implacable, pour la clarté, la franchise, la vérité et la justice.

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    Vous avez remarqué, personne ne fait plus confiance à personne ? On est entrés dans l'ère de la suspicion. Tout est organisé comme ça. Je veux dire, dans la métro, y a des tourniquets de plus en plus sophistiqués, qui font chier tout le monde, les gens avec les poussettes et avec des bagages, et tout ça pour quoi ? Parce que les gens de la RATP partent du principe que nous sommes tous des voleurs. Tout ça pour trois types qui fraudent. Pour trois types qui fraudent on emmerde tout le monde. Et c'est pareil pour tout. (...) C'est fou cette paranoïa générale. Et ça va loin tout ça. Pour trois types qui grugent Pôle emploi, on contrôle tout le monde avec des airs policiers, suspicieux, on traite des pauvres gens qui ont déjà plus de boulot d'arnaqueurs potentiels, de tire-au-flanc putatifs.

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    "Ah, une vraie voiture de père de famille", m'avait un jour ri au nez un journaliste, que j'avais pourtant eu l'amabilité d'aller cueillir à la gare et de promener sur les falaises de la pointe du Meinga, où la moindre bourrasque semblait susceptible de l'emporter. "Eh oui, avais-je répondu, c'est parce que je suis père de famille, justement..." Je n'avais pas ajouté "connard", mais ça m'avait brûlé les lèvres. Je ne lui avais pas demandé non plus si à son âge il était encore assez immature pour trouver intelligent de vouloir se distinguer à l'aide d'une voiture, si par hasard il n'était pas de ces gens qui rêvaient secrètement de s'acheter un 4 x 4 pour crier au monde entier et aux femmes en particulier que oui, ils en avaient une grosse, ou bien une Porsche, ou un putain de coupé Audi noir, pour bien montrer qu'il gagnaient de l'argent, qu'ils avaient réussi, qu'ils s'étaient extraits de la moyenne, qu'ils dominaient enfin.