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polar

  • Rentrée littéraire : Preuves d'amour de Lisa Gardner

    preuves d'amour.jpgÀ paraître le 2 octobre 2013.

    Éditions Albin Michel - 431 pages

    Présentation de l'éditeur : Jusqu'où iriez-vous pour protéger votre enfant ? L'affaire semble évidente lorsque D.D. Warren arrive sur les lieux : maltraitée par son mari violent, l'agent de police Tessa Leoni a fini par craquer et l'a descendu à coups de revolver. Pourtant, elle se mure dans le silence : pas un mot au sujet de son mari décédé, ni sur la mystérieuse disparition de sa petite fille de 6 ans qu'elle aime pourtant par-dessus tout... Que cherche-t-elle à cacher ? La coriace et désormais incontournable D.D. Warren mène l'enquête. Enceinte depuis peu, en duo avec son ancien amant et collègue Bobby Dodge, elle se retrouve plongée dans le sombre passé d'une femme finalement pas si différente d'elle, prête à tout pour sauver sa fille... Au cœur de ce suspense haletant, deux personnages féminins fascinants qui s'affrontent dans une course contre la montre pour la survie d'un enfant. Lisa Gardner franchit un cap avec ce nouveau roman, plus poignant que jamais.

    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Cécile Deniard.

    Ma note :

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    Broché : 20,90 euros

    Un grand merci à Entrée livre et aux librairies Decitre pour m'avoir, dans le cadre de l'opération "Coups de cœur des lecteurs", offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    En faisant connaissance avec l'auteur américaine Lisa Gardner - publiant également sous le nom d'Alicia Scott -, j'ai enfin compris pourquoi je ne lisais que peu de romans policiers ou de thrillers : à l'évidente condition que ces genres soient maîtrisés par leurs auteurs, leurs produits sont ce que l'on appelle désormais à tout vent des page turner. Celle ou celui ayant déjà passé une nuit blanche sur un livre comprendra mon sentiment à leur égard : ces bouquins que l'on dévore sont aussi usants que palpitants ! Pour les cycles de sommeil comme pour les nerfs. J'évite donc.

    On l'aura compris, Preuves d'amour compte parmi ceux-là. Combinaison parfaitement maîtrisée des deux registres - l'enquête du polar et la tension psychologique du thriller -, il poursuit une série de six tomes entreprise par l'auteur mettant en scène la policière D.D. Warren dont deux des titres ont été primés : La fille cachée par le Prix Daphné Du Maurier du suspense en 2000 et La maison d'à côté par le Grand Prix 2011 des lectrices Elle policier.

    Dans cet opus, Lisa Gardner confronte à sa désormais célèbre enquêtrice une autre femme également dans les forces de l'ordre mais victime tout autant que suspecte dans cette histoire. Au cœur d'une trame machiavélique et d'un suspense géré de main de maître dès les premières pages, l'alternance des points de vue est particulièrement saisissante et ne laisse d'autre choix au lecteur que d'être happé par le récit, d'attendre impatiemment les révélations.

    Cette enquête originale mettant les nerfs à rude épreuve pose la question de savoir jusqu'où l'on peut aller pour ses enfants. Une interrogation fondamentale (et forcément très impressive sur le lecteur parent) qui n'est pas sans rappeler l'excellent Dîner d'Herman Koch, quoique beaucoup plus actif. Occasion pour l'écrivain de sonder la noirceur de l'âme humaine en jouant sur la fibre la plus sensible qui soit : l'amour filial. Elle pose en outre la question de l’ambiguïté des personnalités qui choisissent de combattre le crime : sont-elles totalement opposées à celles qu'elles traquent ou au contraire infiniment proches ? Les plus célèbres pyromanes ne sont-ils pas des pompiers ?

    Loin toutefois de se contenter d'un polar-thriller modèle, construit au millimètre et extrêmement bien documenté sur les dernières avancées de la police scientifique comme tout bon auteur du registre qui se respecte, Lisa Gardner en profite pour partager ses observations et s'interroger plus profondément. Cette confrontation féminine lui permet d'analyser avec justesse à mon sens les rapports entre les femmes (leur manque de solidarité notamment) et d'évoquer la condition féminine, la difficulté à concilier vie professionnelle et privée, en l'occurrence par le prisme d'une mère célibataire et d'une farouche indépendante en passe de fonder une famille, dans un milieu professionnel plutôt masculin.

    Sous bien des aspects en somme, Preuves d'amour est une véritable réussite, qui ne manquera pas de satisfaire les fidèles de Gardner et de convaincre les néophytes comme moi de découvrir ses autres livres, notamment de la série... Après un peu de répit s'entend, comme démontré précédemment !

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    L'arbre au poison d'Erin Kelly

    Vengeances de Philippe Djian

    Un passé en noir et blanc de Michiel Heyns

    Rainbow Warriors d'Ayerdhal

    Enfants de la paranoïa de Trevor Shane

    Le blues du braqueur de banque de Flemming Jensen

    Le livre sans nom d'Anonyme

    Extraits :

    Elle voulait faire entrer la scène de crime dans son ADN. S'imprégner des plus petits détails domestiques, depuis le choix des peintures jusqu'à celui des bibelots. Envisager le décor sous dix angles différents, le peupler d'une petite fille, d'un père dans la marine marchande et d'une mère dans la police. Ce lieu, ces trois vies, ces dix dernières heures. Tout se résumait à ça. Une maison, une famille, la collision tragique de plusieurs existences.

    ...

    C'est pour ça que les hommes battent les femmes, évidemment. Pour démontrer leur supériorité physique. Pour prouver qu'ils sont plus grands et plus forts que nous et qu'aucun entraînement spécial n'y changera jamais rien. Ils sont le sexe fort. Alors autant se soumettre tout de suite et capituler.

    (...) Plutôt crever que de me soumettre. Plutôt crever que de capituler.

    ...

    Les hommes ne sont pas un problèmes pour une policière.

    Ce sont les femmes qui essaient de vous dégommer, dès que l'occasion se présente.

    ...

    Nous sommes si peu nombreuses sous l'uniforme qu'on pourrait imaginer une forme d'entraide. Mais les femmes sont bizarres. Toujours prêtes à s'en prendre à une de leurs semblables, surtout si l'autre est perçue comme faible, si, par exemple, elle a servi de paillasson à son mari.

    ...

    Peut-être qu'en nous tous, la frontière qui sépare le bien du mal est plus mince qu'elle ne devrait. Et peut-être qu'une fois cette frontière franchie, il n'y a pas de retour en arrière possible. Nous ne sommes plus les mêmes.

  • Un passé en noir et blanc de Michiel Heyns

    Depuis hier en librairie.culture,citation,littérature,livre,roman,polar,afrique,afrique du sud,apartheid

    Éditions Philippe Rey - 318 pages

    Présentation de l'éditeur : Un matin de janvier 2010, Peter Jacobs, journaliste et écrivain vivant à Londres, débarque à Alfredville, sa ville natale, qu'il a quittée depuis plus de vingt ans. Curieux de voir ce qu'est devenu ce gros bourg afrikaner depuis la fin du régime d'apartheid, et attiré par l'idée d'écrire une série d'articles sur l'assassinat de sa cousine, la belle et intelligente Désirée, mariée au chef de la police locale, Hector Williams. Un Noir. Aujourd'hui accusé du meurtre de sa femme. Motif : la jalousie évidemment. Que pouvait-on attendre d'une telle union ? s'indigne la rumeur publique. L'enquête de Peter va durer dix jours. Afflux de souvenirs, rencontres cocasses, constat du peu d'évolution des mentalités, notamment ches les Blancs, et surtout profond trouble affectif. Peter, qui vient de se séparer de son compagnon jamaïcain James, comprend, en retrouvant Bennie, son meilleur ami de jeunesse, que le lien qui les unissait était en réalité beaucoup plus complexe. Or Bennie, désormais policier,  dirige le commissariat en attendant le procès de Williams, et semble étrangement mêlé au meurtre. Devenu acteur malgré lui d'une affaire aux rebondissements multiples, Peter plonge dans une histoire bouleversante qui remet sa vie totalement en question, à commencer par ses rapports avec son pays. Sera-t-il un éternel expatrié ?

    Traduit de l'anglo-sud-africain par Françoise Adelstein.

    Ma note :

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    Broché : 20 euros

    Un grand merci aux Éditions Philippe Rey pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Le parti pris des Éditions Philippe Rey - que j'apprécie davantage à chaque nouvelle lecture - est d'en appeler à la curiosité du lecteur par le biais de la publication d'auteurs de tous horizons, majeurs ou inédits en France. Fidèle à cette volonté éditoriale d'ouverture sur le monde, cette toute nouvelle parution nous conduit au coeur de l'Afrique du Sud.

    Émigré depuis vingt ans à Londres pour ne pas risquer sa peau sous les drapeaux, Peter, journaliste homosexuel fraîchement célibataire, décide d'un retour au pays natal dans le but de chroniquer le meurtre de sa cousine. Si la communauté s'accorde à penser qu'un crime était l'inexorable aboutissement d'une union mixte, tout n'est pas aussi simple...

    Précision nécessaire aux férus de polars : cette enquête, quoique menée et résolue comme il se doit, n'est qu'un prétexte. Si suspens, rebondissements et surprenant dénouement sont au rendez-vous, Un passé en noir et blanc est avant tout le portrait d'une Afrique du Sud post-apartheid. Clivages communautaires, condition homosexuelle, insécurité, corruption... Le protagoniste observe, compare passé et présent et tente de comprendre ce pays qu'il a quitté. Mais davantage que l'examen de la trajectoire surprenante d'une nation et de ses peuples entre deux époques, c'est une véritable réflexion sur l'appartenance à une patrie. L'auteur raconte entre les lignes avec brio la dichotomie de l'individu partagé entre deux nations, deux cultures : émigré d'un côté, immigré de l'autre, il est finalement apatride et devient étranger à la notion de "chez soi".

    Entre humour et tragédie, Michiel Heyns offre une analyse pertinente d'un pays produit de son histoire en évitant le facile écueil de la caricature ou du manichéisme, dépeint des personnages entiers et authentiques, érige une intrigue captivante et livre un questionnement intelligent sur les racines. Un roman subtil qui, à l'image du héros, invite au retour sur soi, à l'introspection. Un roman surtout engagé, qui dénonce la bêtise et clame haut et fort son appel à la tolérance et à l'égalité sous toutes leurs formes.

    Du 18 au 20 mai, l'auteur participera à la mise en avant des voix d'une "Afrique qui vient" à l'occasion du Festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo dont l'Afrique du Sud sera l'invitée d'honneur.

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    Extraits :

    Ici, c'est l'Afrique, qui n'a pas fini de régler ses comptes avec l'Histoire, aux prises avec la chaleur et la sécheresse, les inondations et la famine, qu'elle affronte avec le même stoïcisme et la même inefficacité que tous ses autres malheurs.

    ...

    Si je veux être fidèle à ma résolution de courir tous les matins, c'est le moment. Je tente de me persuader que courir maintenant serait de l'excès de zèle, que j'ai bien droit à une journée de repos, que je ne dois pas soumettre mon organisme à tant de chocs en si peu de temps, que c'est probablement mauvais pour moi, mais le pion incrusté dans ma cervelle qui surveille mon mode de vie, en quelque sorte le double de ma conscience - moi le rejeton hybride de l'éthique calviniste de ma mère et de la folle énergie juive de mon père - ne l'entend pas de cette oreille. Sors et va courir, m'intime le pion, ce ne sera pas plus facile demain.

    J'obéis. Je sais d'expérience que l'inconfort moral suscité par le refus d'obéir à ces adjurations l'emporte sur la satisfaction à court terme.

    ...

    "(...) Comme on dit, mélanger de la bouse de vache avec de la glace ça n'améliore pas la bouse, mais c'est sûr que ça pourrit la glace." Elle s'écroule de rire. Mon sourire est un peu coincé, mais je ne veux pas faire tout un plat à propos de cette vieille blague raciste. Joy exprime probablement ce que pense une grande fraction des Blancs d'Alfredville (...).

    ...

    N'est-ce pas ce que je recherchais, ce compagnonnage simple, retrouver quelque chose du Bennie d'antan ? Non, je sais qu'il ne s'agit que d'âneries sentimentales. On ne retrouve pas plus les sentations simples que les amitiés perdues.

    ...

    Suis-je vraiment si inconstant ?

    ...

    Je sais que je parais condescendant mais je ne suis pas habitué à un tel étalage de sentiments. Dans mon milieu, l'ironie est de mise.

    ...

    Il se protège les yeux du soleil encore bas, cherche à me voir. Une impulsion bizarre me pousse à ne pas crier pour attirer son attention : il y a quelque chose de si intime à regarder quelqu'un qui ne se sait pas regardé.

    ...

    - (...) on ne connaît rien à la jalousie si on croit que la chronologie a de l'importance.

  • L'affaire Eszter Solymosi de Gyula Krúdy

    Parution du 4 avril 2013.l'affaire eszter solymosi.jpg

    Éditions Albin Michel - 637 pages

    Présentation de l'éditeur : Un matin d’avril 1882, à Tiszaeszlár, dans la campagne hongroise, Eszter, une petite bonne de quatorze ans, disparaît en revenant d’une course. Ce jour-là, une réunion se tient à la synagogue du village pour choisir un abatteur rituel parmi les candidats venus de toute la région. Très vite, la rumeur se répand : les juifs auraient enlevé et égorgé la jeune chrétienne pour ajouter son sang au pain azyme de la pâque… Ainsi commence le roman, inédit en France, d’un des plus grands auteurs de la littérature hongroise, Gyula Krúdy (1878-1933), inspiré de « l’affaire de Tiszaeszlár » qui déclenchera, comme l’affaire Dreyfus en France, une flambée d’antisémitisme dans le pays, et aboutira à un procès pour « crime rituel » qui verra comparaître treize accusés. Se fondant sur les comptes rendus des journalistes et du principal avocat de la défense, Krúdy reconstitue le drame dans toute sa complexité, redonnant vie aux protagonistes avec une puissance d’évocation stupéfiante, brossant le tableau magistral d’une société hantée par la haine de l’étranger. Chef-d’œuvre romanesque, réquisitoire contre l’intolérance et l’ignorance, L’affaire Eszter Solymosi – qui suscite encore aujourd’hui une vive polémique en Hongrie – témoigne du talent d’un immense écrivain.

    Traduit du hongrois par Catherine Fay.

    Ma note :

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    Broché : 24 euros

    Un grand merci aux Éditions Albin Michel pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre.

    Si le nom d'Eszter Solymosi n'évoque ni peu ni prou quoi que ce soit du coté de l'Hexagone, il est au moins aussi célèbre en Hongrie que celui de Dreyfus en France. Et équivalent puisque l'affaire éponyme a tout autant défrayé la chronique magyare sur fond d'antisémitisme que celle française à l'origine du célèbre J'accuse... ! de Zola.

    Aujourd'hui encore polémique, c'est malgré tout un véritable classique de la littérature hongroise que Gyula Krúdy a rédigé en 1931, quelque cinquante années après les événements relatés qui bouleversèrent l'empire austro-hongrois et firent tant de bruit que les retentissements furent internationaux. Jusqu'alors inédit en France, L'affaire Eszter Solymosi parut initialement sous la forme d'un feuilleton dans un quotidien hongrois ; ce n'est que dans les années 1970 que la fille de l'auteur le fit éditer.

    Inspirée donc d'un fait réel, servie par des recherches documentaires pointues et basée sur les comptes rendus du principal avocat de la défense et d’un journaliste, cette reconstitution historique est la retranscription d'un crime, de l'enquête et du procès qui s'ensuivirent. Une affaire délicate qui met en évidence les aberrations, les maladresses, les divers enjeux politico-religieux et prouve que les tenants et les aboutissants de ce dossier furent bien supérieurs à la simple résolution d'une affaire criminelle.

    C'est un véritable traité sur le contexte et l'antisémitisme profond de l'époque exacerbé par une affaire complexe qui souleva les passions, mit le feu aux poudres et laissa des traces durables dans la communauté juive.

    Ce texte met de façon édifiante autant qu'effarante comment, à partir d'un épisode tragique, manque d'éducation, croyances irrationnelles et rumeurs fantaisistes sont un cocktail explosif ; comment les esprits simples se contaminent comme une traînée de poudre et se déchaînent avec une violence injustement qualifiée d'animale. Le plus malheureux dans cette affaire du XIXe siècle étant sans doute, au regard de diverses actualités, qu'elle n'a pas pris une ride... Haines absurdes sans fondement ont malheureusement toujours de nombreux partisans.

    Un texte dense qu'il n'est pas toujours aisé de suivre tant les personnages sont nombreux, leurs noms difficiles à mémoriser et les enjeux sont complexes. Mais Gyula Krúdy réinvente si habilement les protagonistes de ce dossier et atteint une telle puissance d'évocation balzacienne que l'on ne peut que surmonter les embûches de ce consistant morceau d'histoire et se plonger dans l'un de ses nombreux pans tragiques et ahurissants.

    Ils en parlent aussi : Micheline.

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    Marthe et Mathilde de Pascale Hugues

    Extraits :

    La part qu'avaient prise les Juifs du village relevait, disait-on, de leur obéissance à un ordre supérieur, peut-être sacré, qui leur avait enjoint de livrer la vierge de Tiszaeszlár aux sacrificateurs venus des contrées lointaines, lesquels avaient ensuite disparu comme ils étaient venus, après la cérémonie religieuse, c'est-à-dire après l'exécution rituelle.

    (...) Voilà ce que l'on disait sur la mort d'Eszter Solymosi et cette pure invention suspendit les battements de coeur des hommes dans le monde entier, partout où les coeurs sont sensibles, où les cerveaux sont dotés de pensée, où grandissent des jeunes filles pubères. Si c'est leur religion qui exige des Juifs le sacrifice humain, que peut-on faire contre la loi hébraïque ? Cette religion a cinq mille ans d'existence, impossible de la changer. Tant qu'il y aura des Juifs sur terre, leur religion existera. La seule solution est d'éradiquer les Juifs de la surface de la planète, qu'il ne leur reste plus de descendance, et ainsi leur religion disparaîtra d'elle-même.

    ...

    Quand le Juif errant frappe à une porte, il n'enlève pas son chapeau ni n'adresse un salut amical. Lorsqu'il demande l'aumône, c'est à un huissier, cruel, désagréable qu'il nous fait penser. Si on refuse de la lui donner, peut-être viendra-t-il mettre le feu au toit la nuit suivante.

    (...) Apparemment il méprise tous ceux qui possèdent plus que lui, comme si c'était à lui qu'ils avaient dérobé ce qu'ils ont. Il réclame sa part de ce qui est bon et sain sur terre comme si, au début de son errance, un testament lui avait adjugé le monde entier en héritage.

    ...

    Car il est certain qu'il porte une malédiction vieille de cinq mille ans, comme une semonce effrayante. Une menace inquiétante pour ses coreligionnaires qui, ayant abondonné les pérégrinations de Moïse, se sont établis dans des maisons, se sont installés pour longtemps, ont commencé à amasser des fortunes, bien qu'il se soit avéré maintes et maintes fois au cours des siècles que la fortune ne reste jamais acquise aux Juifs. C'est au moment où ils croient qu'ils la tiennent le plus fermement qu'elle leur tombe des mains. C'est au moment où ils bâtissent des maisons de plus en plus grandes qu'ils deviennent des miséreux apatrides. C'est au moment où ils se sentent le mieux sur terre que l'ange de la Mort vient les chercher. Voilà ce que leur signifie le Juif errant lorsqu'il pénètre dans leurs maisons. Voilà pourquoi il ne dit ni bonjour ni adieu. Ils sont dans l'obligation de l'aider car lui-même a renoncé aux biens de ce monde, il a offert son dû à ses coreligionnaires, à la place desquels il assume la mendicité.

    ...

    "Jamais il n'a été très bon d'être juif mais à cette époque-là, être juif à Tiszaeszlár, c'était pire que d'être un chien", écrivit un diariste de ce temps-là, dont nous avons feuilleté les notes.

    ...

    Il y a des jours où l'on n'arrive pas à se calmer tout seul. On recherche la société des hommes, même si on ne les apprécie que modérément. L'inquiétude cachée en nous nous entraîne vers les autres. L'insatisfaction. Heureux, l'homme qui en toutes les circonstances de sa vie, allongé sur son lit, se contente de contempler ses gros orteils et d'entretenir une conversation avec eux.

  • Avant d'aller dormir de S.J. Watson

    Éditions Sonatine - 410 pagesculture,citation,littérature,livre,thriller,angleterre,roman,polar

    Présentation de l'éditeur : La révélation 2011 du thriller. Un premier roman que les amateurs du genre n'oublieront pas. À la suite d'un accident survenu une vingtaine d'années plus tôt, Christine est aujourd'hui affectée d'un cas très rare d'amnésie : chaque matin, elle se réveille en croyant être une jeune femme célibataire ayant la vie devant elle, avant de découvrir qu'elle a en fait 47 ans et qu'elle est mariée depuis vingt ans. Son dernier espoir réside dans son nouveau médecin, Ed Nash. Celui-ci lui a conseillé de tenir un journal intime afin qu'elle puisse se souvenir de ce qui lui arrive au quotidien et ainsi reconstituer peu à peu son existence. Quand elle commence à constater de curieuses incohérences entre son journal, ce que lui dit son entourage et ses rares souvenirs, Christine est loin de se douter dans quel engrenage elle va basculer. Très vite elle va devoir remettre en question ses rares certitudes afin de faire la vérité sur son passé... et sur son présent. Ne le dis à personne d'Harlan Coben, Shutter Island de Dennis Lehane, Tokyo de Mo Hayder... Il est des livres dont la publication marque irrémédiablement le genre et hisse leur auteur au rang des incontournables du polar. Gageons qu'Avant d aller dormir de S.J. Watson va tout de suite aller rejoindre ce cercle très fermé. Avec une héroïne à laquelle on s'attache instantanément, un récit à la construction aussi machiavélique qu'époustouflante et un suspense de tous les instants, une seule question hante l'esprit du lecteur une fois la dernière page refermée : à quand le prochain Watson ? Les éditeurs évoquent souvent « un livre qu'on ne peut pas lâcher ». Voici un livre qu'on ne peut véritablement pas lâcher !

    Traduit de l'anglais par Sophie Aslanides.

    Ma note :

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    Broché : 21 euros

    Poche : 7,60 euros (à paraître le 7 mai 2013)

    Un grand merci à Sonatine Éditions & aux Éditions Pocket pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première de la sortie poche.

    Avant d'aller dormir est de ces romans qui ont fait beaucoup de bruit au moment de leur sortie. Salué par la critique, vanté par des pointures tels Sophie Hannah, Denis Lehane, Harlan Coben ou encore Mo Hayder - excusez du peu - et encensé par les lecteurs, ce n'est pourtant pas sans appréhension que j'ai abordé cette lecture. Déjà parce que plus on parle d'un livre, plus les attentes deviennent démesurées et sont donc souvent déçues. Ensuite parce que je ne suis pas férue du genre et qu'à force de lire les mots "angoisse", "stress" et autre qualificatifs anxiogènes, j'étais a priori passablement tendue ; sensation que je ne convoite pas particulièrement au moment de m'abandonner aux bras de Morphée.

    Mes doutes se sont pourtant progressivement dissipés au fil du récit et c'est enchantée que j'ai achevé, plus que rapidement, ce thriller psychologique. Petit conseil à toutes les personnes qui seraient tentées par cette lecture : évitez de l'entamer une veille de jour travaillé sous peine de n'être pas vraiment productif... Une fois amorcé, impossible de se défaire de ce page turner.

    Watson plonge le lecteur dès les premières lignes dans le présent incessant de Chris. Amnésique depuis une vingtaine d'année, chaque nuit efface sa mémoire. Ses seuls souvenirs sont ceux qu'elle retranscrit dans son journal qu'il lui faut relire chaque matin. Le rythme, parfaitement maîtrisé, permet d'évoluer en symbiose avec les émotions de la protagoniste. L'on mène donc, à ses côtés, l'enquête de sa propre vie et c'est avec elle que l'on affronte les incohérences entre ses mémoires et ce que lui raconte son entourage. Dès le début, le doute est semé et il ne nous lâche pas de tout le récit...

    Bien que très exploitée, l'idée de l'amnésie est ici traitée avec beaucoup d'originalité et l'auteur la développe à merveille. Même si chaque matin, l'on repart à zéro, l'écueil de la répétition est magistralement évité. J'ai tenté de trouver des incohérences tant il est difficile de ne pas commettre ne serait-ce qu'un tout petit impair dans ce genre de narration mais rien à faire, l'intelligence de l'auteur est d'autant plus surprenante que ce roman est son premier !

    Je ne le qualifierais pourtant pas d'angoissant. La tension va certes crescendo mais elle n'est pas insoutenable et la violence gratuite n'a pas droit de cité. La définition la plus juste à mon sens serait : une première oeuvre glaçante très prometteuse, menée tout en finesse, dont les droits d'adaptation ont d'ores et déjà été achetés par Ridley Scott. Gageons qu'avec un tel scénario, le passage de l'écrit à l'écran sera une réussite.

    Ma seule réserve sera pour les adeptes de l'angoisse menée sur un rythme trépidant. La dimension thriller n'arrivant que tardivement dans le récit, ils seront certainement déçus. Il n'y a pour autant aucune sensation de longueur...

    Ils en parlent aussi : Bruno, La Bouquineuse, Gruz.

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    Shutter Island de Denis Lehane

    Extraits :

    Je suis né demain

    Aujourd'hui je vis

    Hier m'a tué.

    Parviz Owsia

    ...

    Je n'arrive pas à imaginer comment je supporterai de découvrir que ma vie est derrière moi, qu'elle s'est déjà déroulée et qu'il n'en reste pas une trace. Pas de coffre aux trésors plein de souvenirs, pas la moindre richesse issue de l'expérience, pas de sagesse accumulée à transmettre. Que sommes-nous d'autre que la somme de nos souvenirs ?

  • Une place à prendre de J.K. Rowling

    une place à prendre.jpgÉditions Grasset - 680 pages

    Présentation de l'éditeur : Bienvenue à Pagford, petite bourgade anglaise paisible et charmante : ses maisons cossues, son ancienne abbaye, sa place de marché pittoresque… et son lourd fardeau de secrets. Car derrière cette façade idyllique, Pagford est en proie aux tourmentes les plus violentes, et les conflits font rage sur tous les fronts, à la faveur de la mort soudaine de son plus éminent notable. Entre nantis et pauvres, enfants et parents, maris et femmes, ce sont des années de rancunes, de rancœurs, de haines et de mensonges, jusqu’alors soigneusement dissimulés, qui vont éclater au grand jour et, à l’occasion d’une élection municipale en apparence anodine, faire basculer Pagford dans la tragédie. Attendue de tous, J.K. Rowling revient là où on ne l’attendait pas et signe, avec ce premier roman destiné à un public adulte, une fresque féroce et audacieuse, teintée d’humour noir et mettant en scène les grandes questions de notre temps.

    Ma note :

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    (8/20)

    Broché : 24 euros

    Ebook : 15,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Grasset, la librairie Decitre et PriceMinister pour m'avoir offert la possibilité de découvrir ce livre dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire 2012.

    Dès l'annonce de la sortie d'un nouveau J.K. Rowling, j'ai, sans grande originalité, rejoint l'immense communauté de lecteurs impatients de prendre connaissance des lignes inédites de la maman d'Harry Potter. Hâte accrue par l'intrigante révolution de genre de l'auteur passant de la littérature jeunesse au rayon adulte, du fantastique à la comédie de moeurs féroce et satirique, de la féerie à la noirceur.

    Pourtant, quand j'ai pris connaissance du tarif de l'ouvrage, première désillusion. Je dois dire que la politique du prix fort face à la certitude d'en vendre des charettes m'a profondément déçue des éditeurs mais surtout de la richissime romancière qui semble avoir totalement oublié ses années de vaches maigres et négligé le fait que dans le monde entier, le commun des mortels se serre la ceinture pour se plier à la "nécessaire" austérité visant à endiguer la crise. Hors de question donc de l'acheter avant qu'il soit sorti en poche.

    Mais le blogging ayant ses avantages, je me suis vue offrir le fameux roman comptant parmi les plus attendus de cette rentrée littéraire.

    Une fois reçu, deuxième désillusion : la couverture criarde est hideuse et il semblerait qu'elle soit - contrairement aux habitudes éditoriales - la même quel que soit le pays de parution ; une sorte de singularité qui prend à mes yeux l'apparence d'un caprice mégalomane. De surcroît, le livre est un véritable pavé, ce qui est un réel frein non pas pour la lectrice boulimique que je suis mais pour la personne handicapée que je suis devenue.

    Vous l'aurez compris, je n'avais pas encore amorcé la lecture que déjà, alors que je l'avais tant attendu, je nourrissais de multiples griefs à l'endroit d'Une place à prendre. (Le caprice n'est pas l'apanage de Lady Rowling !) C'est donc passablement agacée que j'ai enfin amorcé la lecture. J'ai ainsi découvert une trame suffisamment dense pour ne pas souffrir la moindre pause prolongée sous peine de ne plus rien comprendre tant les personnages sont nombreux. Ce qui s'est inévitablement produit dès quelque cinquante pages : j'ai décroché sans arriver à retrouver la moindre étincelle d'envie de m'y replonger. Abandon caractérisé !

    Je retenterais avec certitude l'expérience ultérieurement. Trop difficile pour l'instant de tourner la page de l'extraordinaire saga du sorcier et impossible de me détacher de cette sur-médiatisation qui m'a littéralement écoeurée.

    Ils en parlent aussi : Meelly, Anne-C, MyaRosa, Soukee.

    Vous aimerez sûrement :

    Le blues du braqueur de banque de Flemming Jensen

    Les revenants de Laura Kasischke

    L'arbre au poison d'Erin Kelly

    Le diner d'Herman Koch

    Extrait :

    Barry conduisait d'une main nerveuse, sans guère prêter attention aux lacets de la route qu'il connaissait par coeur ; il ne pensait qu'aux erreurs qu'il était certain d'avoir commises, dans sa hâte de terminer l'article qu'il venait d'envoyer à la Gazette de Yarvil. Lui qui était si ouvert et exubérant dans la vie éprouvait une certaine difficulté, chaque fois qu'il fallait prendre la plume, à exprimer sa personnalité dans toute sa faconde.