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musique

  • Rentrée littéraire : Le roman de Boddah d'H. Guay de Bellissen

    le roman de boddah.jpgDepuis le 28 août en librairie.

    Éditions Fayard - 321 pages

    Présentation de l'éditeur : D’ordinaire les amis imaginaires s’éteignent de mort naturelle, peu à peu négligés par ceux qui les ont inventés. Pas Boddah. Pendant les vingt-sept années de sa courte vie, Kurt Cobain n’a jamais cessé de s’adresser à son double. Dès lors, qui mieux que Boddah pouvait retracer le parcours de cette météorite trash que fut Kurt, entre musique, héroïne et amour fou ? Il fallait être un intime, tout voir et tout entendre, pour raconter le coup de foudre entre l'icône grunge et Courtney Love, pour retrouver, loin du public et des projecteurs, le jeune homme secrètement timide. Il fallait être un fidèle d’entre les fidèles, pour ne pas prendre ombrage de son mariage à Honolulu, au milieu des touristes obèses. Et un ami sincère pour discuter des nuits entières, oser le critiquer, et tenter de lui faire prendre conscience des réalités. Boddah fut tout cela. Et quand, épuisé par le désordre et les incohérences de sa vie, Kurt décida d’en finir, c’est à cette invisible mais éternelle âme sœur qu’il adressa sa lettre d’adieu. Alors Boddah témoigne de lui-même. Mêlant scènes réelles et imaginaires, conversations authentiques et dialogues inventés, Le roman de Boddah s’offre un narrateur omniscient d’un genre nouveau, témoin, confident, bonne et mauvaise conscience, Jiminy Cricket au milieu des guitares cassées.

    Ma note :

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    Broché : 19 euros

    Ebook : 13,99 euros

    Un grand merci à Libfly et le Furet du Nord pour m'avoir offert, dans le cadre de l'opération "On vous lit tout", l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Le roman de Boddah n'est pas une énième biographie de Kurt Cobain. C'est l'histoire racontée par Boddah, ami imaginaire qui accompagna l'idole grunge durant les vingt-sept années de sa trop courte vie.

    Quel meilleur narrateur que ce double omniscient ayant tout vu, tout entendu, tout subi, pour plonger au plus près de la vérité de cet homme érigé au rang de mythe ? Kurt Cobain entretenant un rapport schizophrénique avec cet autre lui, Boddah n'était pas qu'un témoin, il était à la fois confident, guide, censeur, conseiller et surtout bonne et mauvaise conscience, véritable Jiminy Cricket au milieu des guitares cassées. Au travers de son regard, l'on revisite ainsi de façon inédite la galère des débuts, le coup de foudre d'avec Courtney Love, les triomphes, les blessures du passé, les idées noires, la dépendance...

    Durant 320 pages, Héloïse Guay de Bellissen réussit une prouesse littéraire qui ne laisse d'autre choix que de tourner les pages avec avidité. Et l'on a beau savoir comment l'histoire s'est terminée, l'on ne peut s'empêcher au fil du récit de croire que tout va aller, d'espérer que tout va s'arranger. Et d'être fatalement déchiré par cette chute déjà consommée.

    L'auteur livre ici un roman biographique aussi original qu'extrêmement bien écrit, suscitant des émotions intenses à la mesure de l'existence du plus adulé des poètes trash. Un sale gosse au cœur tendre, un musicien de génie, une âme écorchée et torturée, un être profondément inadapté au monde qui l'entourait et dont la légende se perpétue un peu plus et avec brio grâce à ce magnifique texte qui saura ravir un public bien plus large que celui de ses fans nostalgiques.

    Une valeur sûre parmi les 555 romans annoncés pour cette rentrée littéraire 2013.

    Ils en parlent aussi : Sarah, Lilalivre, Sly.

    Vous aimerez sûrement :

    La nuit ne dure pas d'Olivier Martinelli

    Cosima, femme électrique de Christophe Fiat

    Madame Hemingway de Paula McLain

    Accordez-moi cette valse de Zelda Fitzgerald

    Ciseaux de Stéphane Michaka

    La servante du Seigneur de Jean-Louis Fournier

    Et rester vivant de Jean-Philippe Blondel

    Madame Hemingway de Paula McLain

    Beauvoir in love d'Irène Frain

    La déesse des petites victoires de Yannick Grannec

    Loving Frank de Nancy Horan

    Je ne suis pas celle que je suis de Chahdortt Djavann

    Extraits :

    Créer un ami imaginaire, c'est un truc que font beaucoup d'enfants. J'ai un de mes potes qui m'a dit ça l'autre jour : "Les enfants nous créent et les adultes nous tuent, ça craint !"

    On quitte une famille au moment où les gosses tombent dans la supercherie de la raison.

    ...

    Voilà ce que je suis : je suis le produit imaginaire d'un gosse chétif né dans une ville de bûcherons nommée Aberdeen. Je suis le bon génie d'un orphelin de l'amour-propre, je suis le terrain vague d'un gamin sans jardin d'enfance, et qui a une balançoire à la place du cœur, je suis l'ami parfait parce que je ne peux pas baiser sa femme, je suis lui, et lui est moi. Nous nous appartenons. Nous sommes.

    ...

    "Nous sommes Nirvana, et vous, vous êtes qui ?" Il recule et crache dans la foule. Ça tape dans les mains, et ça hurle en même temps. Un, deux, NIRVANA ! Ça siffle, ça bouge, le volcan gronde. Il fait chaud, les gens sont serrés les uns contre les autres, plus un mot compréhensible, c'est une meute, l'air s'est chargé en électricité, les filles montent sur les épaules des mecs, la foule vacille comme une gueule de bois géante, la scène s'illumine. Qui paierait pour être dans cette promiscuité étouffante ? Le monde entier. Il se tient là, au milieu de sept mille personnes, qu'il n'entend pas. Seul et terriblement habité. Sur scène, il est chez lui.

    ...

    Nirvana, c'est l'accident, le trauma, une tornade organisée. Et malgré tout ça, tout se bordel, ils étaient carrés, ils donnaient ce qu'on attendait d'eux : de la vraie musique, un vrai pansement sur une vraie plaie, un instant créé pour mépriser le monde tout en créant le leur. Nirvana, c'était la flamme d'une bougie qui risquait de s'éteindre à tout moment et nous foutre dans le black-out le plus noir du monde.

    Dans la fosse, ça sent la transpiration, les corps se laminent les uns les autres. Le lendemain, des bleus sur le corps. "Est-ce que ton mec t'a cognée hier soir ? Est-ce que tu as eu un accident de voiture ?" "Non, j'ai vu Nirvana."

    On baisait en regardant leurs concerts. On baisait la terre entière, le monde de la musique, on baisait MTV, on baisait ses propres parents, et on se faisait du bien parce que au fond de nous on savait ce qu'on avait fait. En réalité, on avait fait l'amour.

    ...

    La vie, c'est une histoire d'amour qui n'a rien à faire là. Et pourtant vous y êtes. Mais vous n'êtes pas à la hauteur. Vous connaissez des gens qui ne font pas de la merde avec leurs sentiments ? Moi, je n'aime personne, j'accompagne les autres. Vous, vous avez l'amour dans le sang. L'amour en vous dès la naissance, une sorte de malformation. Ensuite, après que le cordon est coupé, vous trouvez des pansements, vous vous servez des autres pour soigner votre maladie. Vous faites des enfants sans même penser que vous transmettez le virus dont vous n'avez pas l'antidote. Mais vous aimez, alors tout roule. Puis, vous vous rendez compte qu'aimer juste pour aimer n'est rien. Qu'il y a le reste autour, qu'aimer est une forme de travail à plein temps et que le temps vous est compté. (...)

    On peut aimer différemment. Il faut défigurer l'autre pour le reconnaître. Faire saigner l'autre sans la douleur : lui faire dire qui il était petit, de quelle perte il guérit, de quelle évidence il provient. C'est comme ça qu'on tombe amoureux. C'est comme ça qu'on peut admirer l'autre : quand il se dévoile et qu'il est encore habillé.

    ...

    Il n'était jamais le dernier pour la déconne. D'autant que partir en tournée, c'est le seul boulot où l'enfance est encore promise. À l'heure du dîner, la règle est de prendre de la purée à pleines mains et de l'envoyer à la tête de son voisin. Jeter toutes les culottes de Kim Gordon sur l'autoroute, une heure avant le concert où elle paraîtra en minijupe devant trois mille personnes. Être musicien, c'est ne jamais grandir, un sport que Kurt pratiquait comme un des beaux-arts.

    ...

    Elle sort nue de la salle de bains, avec un air toujours déboussolé mais qui ne cherche pas son chemin, lui la regarde et lui chante une chanson en attrapant la guitare :

    T'es belle comme une sirène à qui on a coupé la queue...

    Et à qui on a recousu de belles jambes pleines de bleus.

    ...

    Que Courtney réponde "okay" pour l'héroïne, ça allait renforcer leur lien, il en était profondément touché. Cette fois, ce serait un amour sans limites. Il pourrait se faire branler et prendre en plus de l'héro, cette nana était une bénédiction. Enfin une fille à la auteur de tous les accidents de la vie. Une fille blessée mais biberonnée au courage, une fille qui connaissait l'histoire du punk par cœur et qui était belle comme un désastre. En sortant pour la première fois depuis trois jours, il lui vint ces phrases en pensant à elle :

    Regarder un fond d'un gouffre, y crier je t'aime et entendre un écho

    tu dormais comme de l'eau, encore je pleurais comme de l'air

    j'évaluais les dégâts à venir et dans les décombres de ce qui était de l'amour je me disais, sautons mais sans filet. C'est tellement confortable, crade et cool avec toi.

    ...

    Nirvana, c'est à la fois le "No Future" des Sex Pistols et le "I believe in Yesterday" des Beatles. Kurt réussit à faire durer un cri parce que la vie est trop courte. Un hurlement que tout le monde retient depuis l'enfance et qu'il a eut la force de proférer.

    ...

    - Je veux qu'on se fasse une promesse, dit Kurt.

    - Laquelle ?

    - S'il nous arrive un problème dans la vie, genre : si nous devons avoir un travail normal, toi caissière, moi marchand de tapis, ou bien si un des deux devient dingue et que l'autre reste normal... Attends, ou si un des deux commence à aimer la dance musique et veut bouffer des cheeseburgers, ou j'sais pas quoi d'autre, il faut que... j'en étais où, attends...

    - Tu en étais si l'un des deux...

    - Ah ouais, j'veux dire, je veux tout faire avec toi, tu vois. Je veux qu'on forme une équipe, et s'il nous arrive malheur, je veux qu'on sache prendre la bonne décision. Il faut que je te pose une question : tu as peur de crever ?

    - Non, mais tout dépend, j'comprends rien, si je deviens caissière et que je mange des cheese, tu me quittes, c'est ça ?

    - Mais non, mon ange, je veux qu'on se promette de tout vivre ensemble, de s'entraider et de savoir s'arrêter au bon moment.

    - On a qu'à se fiancer.

    - Super idée ! Tu as réponde à tout, c'est génial ! J'ai toujours voulu rencontrer une fille qui soit deux fois plus intelligente et moitié moins blasée que moi.

    - Je suis ton homme, mon chéri !

    - Tu me promets qu'on se tuera si on devient bidon ?

    - J'te promets !

    - J'déconne pas, tu sais ? J'suis super sérieux, jure-le-moi.

    - Je le jure et je mettrai notre anneau sur ce doigt !

    Elle tend son majeur.

    ...

    La peur. Vous connaissez tous. Votre seule crainte, c'est de mourir et elle prend toutes les formes. Soyons francs : toutes vos luttes ne sont que des postures pour rester en vie.

    ...

    L'inspiration. Tout le monde se demande comme font les artistes. Eh bien ils pillent dans la vie, ils plongent les mains à l'intérieur, en arrachent un cœur noir qu'ils polissent comme ils peuvent.

    ...

    La folie. C'est tout ce qu'il vous reste après avoir épuisé l'ironie, le burlesque et l'amour.

    ...

    Il aimait sa femme et sa fille plus que tout, plus que lui (ce n'était pas difficile), mais ça ne changeait rien. Il aimait les gens d'une manière viscérale parce que depuis toujours ses sentiments passaient par ses tripes. Et ses tripes étaient des tranchées en feu. Il s'était déclaré la guerre. Sa façon à lui d'être heureux, c'était de ne pas l'être. Et grand bien lui fasse, c'était souvent le cas.

    ...

    Scrutant le corps de Kurt, elle se demande : comme un être aussi fragile et gauche peut contenir autant de cris, de possibilités d'espoir, de désespoir ? Tant de maladresses dans un seul homme, ce n'est pas humain.

    ...

    Il regarde autour de lui : il est partout. Comme s'il avait explosé, giclé sur tous les visages. Les gamins ont sa coupe de cheveux, portent ses chemises à carreaux, des tee-shirts d'Iggy Pop et se défoncent. Il a croisé son double cet après-midi et maintenant il est le commandant d'une armée de paumés qui snifent de la colle. Son ventre bat la chamade. Il réalise ce qu'il est devenu. Son histoire a déteint dans leurs yeux, leur bouche et leurs veines. Il rejette les mains tendues avec l'envie de chialer. L'existence est redevenue une bonne dose de merde et il redevient fidèle à lui-même : triste à en crever.

    ...

    "Personne ne connaîtra jamais mes véritables intentions."

    ...

    Elle est prise d'assaut devant sa porte par un journaliste de l'Aberdeen Daily Word, à qui elle déclare en fermant sa porte :

    "Je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas où aller pour me consoler."

  • Cosima, femme électrique de Christophe Fiat

    cosima.jpgÀ paraître le 4 avril 2013.

    Éditions Philippe Rey - 171 pages

    Présentation de l'éditeur : Incarnation de l'héroïne moderne, Cosima fut tout à la fois femme adultère, épouse attentionnée, mère de famille hantée par la mort, femme d'intérieur et femme de tête. À l'étroit dans sa vie domestique, mais allant au bout de sa passion, elle fut la plus proche confidente de son mari, Richard Wagner, et dirigea avec poigne de Festival de Bayreuth jusqu'en 1930, année de son décès. Ainsi alla son destin, qui se mêle au destin artistique, intellectuel et politique de l'Europe dans son versant le plus flamboyant comme le plus tragique. L'histoire de Cosima s'achève sur l'avenir crépusculaire de la famille Wagner pendant la Seconde Guerre mondiale et l'effondrement du IIIe Reich. Ni autofiction, ni roman, ni essai historique, ce livre est un hommage à l'énergie des femmes et un portrait de biais de cette personnalité ambiguë, touchante ou détestable. Fidèle à son univers de fascination et de relecture critique des grands mythes du XXe siècle, Christophe Fiat signe là, dans son style incomparable, une reconstitution historique traversée du souffle épique qui emprunte à la vie artistique de l'Europe moderne autant qu'à la littérature ou au cinéma.

    Ma note :

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    Broché : 16 euros

    Un grand merci aux Éditions Philippe Rey pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Si l'éclectisme comme philosophie de vie se retrouve aussi dans ma bibliothèque, j'affiche malgré tout quelques préférences ; évolutives non parce que l'on se renie mais que l'on devient davantage soi avec le temps comme le disait justement Joyce Carol Oates. J'affiche ainsi un penchant maintes fois revendiqué pour les premières oeuvres - auxquelles j'ai même consacré une catégorie. Moins affiché - encore que - parce que cet attachement croissant est relativement récent, mon goût prononcé pour les romans biographiques ou biographies romancées, romans extrêmement bien documentés mettant en scène des personnages plus ou moins célèbres, s'inspirant largement des faits réels tout en s'autorisant des libertés narratives et permettant d'aborder histoire et culture générale de manière moins rigide, moins factuelle. Cosima, femme électrique est de ceux-là.

    Après un ouvrage intitulé Héroines (actuellement indisponible) consacré à Courtney Love, Sissi, Wanda de Sacher-Masoch, Isadora Duncan et Madame Mao, femmes puissantes et provocantes chacunes à leur manière, Christophe Fiat profite de l'Année Wagner (2013 marque le bicentenaire de la naissance du compositeur allemand) pour rendre hommage à une autre femme d'envergure, Cosima, faisant un peu revivre, par le prisme de celle qui fut sa maîtresse avant d'être sa femme, l'un des plus grands génies de la musique classique européenne.

    Parce que Cosima écrivit pendant la plus grande partie de sa vie des dizaines de cahiers personnels, l'auteur a naturellement choisi la forme du journal intime pour plonger le lecteur au coeur de l'existence, des pensées et des émotions de Madame Wagner.

    Quelle femme ! Fille de Marie d'Agoult et de Franz Liszt (autre monstre sacré de la période romantique), d'abord épouse du chef d'orchestre Hans von Bulow, c'est aux côtés de Richard, envers et contre tous, que Cosima prit toute sa mesure. Couple fusionnel et passionné, protégés et financés par Louis II de Bavière, ils entretinrent des amitiés aussi prestigieuses que celle d'avec Nietzsche et fondèrent ensemble, non sans mal, l'immense festival lyrique de Bayreuth.

    Entière et ardente, Cosima aima inconditionnellement Richard, de ses vertes années jusqu'à sa mort ; elle fut pour lui maîtresse, femme, amie, amante, confidente, un peu mère, surtout muse. Fervente et indéfectible admiratrice du génie de son mari adulé, elle donna à leurs enfants le nom des héros de ses oeuvres musicales. Bien que dévouée corps et âme à Wagner, elle se révéla mère attentive et protectrice à l'esprit de clan mais loin de se satisfaire de la place de fille de, femme de, mère modèle et au foyer, cette rebelle ambitieuse et intellectuelle se revela déterminée et avisée pour mener à bien le grand projet de sa vie : Bayreuth.

    Comme toute médaille, Cosima avait son revers : un caractère bien trempé que certains n'hésitaient pas à qualifier d'odieux, des fragilités nées de sa relation à ses parents et de sa dévotion à Richard qui, tout génie qu'il fut, n'était qu'un homme... et surtout une haine de la France et un antisémitisme virulent qu'il faut, sans les excuser, replacer dans leur contexte.

    Dans un style simple et direct, Christophe Fiat dresse, sur le ton de la confidence, un portrait fascinant de cette femme méconnue en dehors du cercle mélomane. Ce texte se lit avec un plaisir aussi intense que l'était cette femme atypique, évidemment accru par un fond musical que tout un chacun saura deviner sans qu'il soit besoin de le préciser...

    Ils en parlent aussi : Camille de Joyeuse, Audrey.

    Vous aimerez sûrement :

    Madame Hemingway de Paula McLain

    Beauvoir in love d'Irène Frain

    Alabama Song de Gilles Leroy

    Accordez-moi cette valse de Zelda Fitzgerald

    La déesse des petites victoires de Yannick Grannec

    Loving Frank de Nancy Horan

    Ciseaux de Stéphane Michaka

    L'aimer ou le fuir de Delphine de Malherbe

    Souvenirs d'un pas grand-chose de Charles Bukowski

    Extraits :

    Je me dis que, si les femmes sont indifèles, c'est parce qu'on les contraint à être fidèles, sinon, elles aimeraient leurs maris passionnément.

    ...

    Dans un essai qu'il consacre au même moment à Beethoven, il dépeint la France comme un pays où les ravages de la mode et la décadence morale esthétique détruisent tout. La mode : il écrit que les classes supérieures ont cessé de donner le ton et laisse ce soin à la nouvelle classe des parvenus qui sont très important en nombre. La morale : il dénonce la démocratisation du goût artistique et prétexte que le peuple n'a rien à y gagner parce que le goût s'émousse. Il conclut que, si la mode a pris la place de la culture, le Français est certainement moderne car il domine la mode. Sur ce point, il rejoint Nietzsche, si ce n'est que le philosophe aime la pensée française, ce qui me pose problème.

    ...

    Ça y est, la France capitule et j'exulte. Quel soulagement ! Richard parle de la suprême vertu virile qui manque aux Français : l'obéissance.

    ...

    "Nous partons pour la place Saint-Marc où nous avons le plaisir d'un magnifique coucher de soleil ; le retour est merveilleux parmi les lueurs d'étoiles et le son des cloches. Et le soir R. conclut cette journée en nous lisant plusieurs scènes de Roméo et Juliette (scène du balcon, mort de Tybalt, le mariage, les adieux), nous sommes extrêmement émus, lui-même est en larmes. Mais qui pourrait jamais le décrire ou même le peindre quand il fait de telles lectures ? Son visage rayonne, ses yeux sont absents et brillent pourtant comme des étoiles, sa main est magique, au repos, en mouvement, sa voix a la douceur de l'être comme au travers des déserts.

  • Le Futurisme, manifeste & bibliographie

    art,culture,citation,peinture,Liminaire : introduction à un sujet complexe mais ô combien intéressant. N’oublions toutefois pas le contexte de l’époque - économique, militaire, idéologique, culturel, etc. Présenter ne veut pas dire cautionner.

    1909, l’univers artistique est en révolution. Ce si long XIXe siècle est en train de mourir et le monde est - presque - prêt à entrer pleinement dans le XXe, ce nouveau siècle rempli d’espoir et de modernité. Il faudra toutefois attendre la fin de la Première Guerre Mondiale pour vraiment y être.

    Milan, Via Senato, au numéro 2. Un jeune trentenaire, Filippo Tommaso Marinetti, écrit un texte séminal, Le manifeste du Futurisme. Il y expose les ferments d’un nouveau courant artistique global.

    Ecoutons-le :

    Nous avions veillé toute la nuit, mes amis et moi, sous des lampes de mosquée dont les coupoles de cuivre aussi ajourées que notre âme avaient pourtant des cœurs électriques. Et tout en piétinant notre native paresse sur d’opulents tapis persans, nous avions discuté aux frontières extrêmes de la logique et griffé le papier de démentes écritures.

    Un immense orgueil gonflait nos poitrines, à nous sentir debout tout seuls, comme des phares ou comme des sentinelles avancées, face à l’armée des étoiles ennemies, qui campent dans leurs bivouacs célestes. Seuls, avec les mécaniciens dans les infernales chaufferies des grands navires, seuls avec les noirs fantômes qui fourragent dans le ventre rouge des locomotives affolées, seuls avec les ivrognes battant des ailes contre les murs.

    Et nous voilà brusquement distraits par le roulement des énormes tramways à double étage, qui passent sursautants, bariolés de lumières, tels les hameaux en fête que le Pô débordé ébranle tout à coup et déracine, pour les entraîner, sur les cascades et les remous d’un déluge, jusqu’à la mer.

    Puis le silence s’aggrava. Comme nous écoutions la prière exténuée du vieux canal et crisser les os des palais moribonds dans leur barbe de verdure, soudain rugirent sous nos fenêtres les automobiles affamées.

    - Allons, dis-je, mes amis ! Partons ! Enfin, la Mythologie et l’Idéal mystique sont surpassés. Nous allons assister à la naissance du Centaure et nous verrons bientôt voler les premiers Anges ! Il faudra ébranler les portes de la vie pour en essayer les gonds et les verrous !... Partons ! Voilà bien le premier soleil levant sur la terre !... Rien n’égale la splendeur de son épée rouge qui s’escrime pour la première fois, dans nos ténèbres millénaires.

    Alors, le visage masqué de la bonne boue des usines, pleine de scories de métal, de sueurs inutiles et de suie céleste, portant nos bras foulés en écharpe, parmi la complainte des sages pêcheurs à la ligne et des naturalistes navrés, nous dictâmes nos première volontés à tous les hommes vivants de la terre :

    MANIFESTE DU FUTURISME

    1. Nous voulons chanter l’amour du danger, l’habitude de l’énergie et de la témérité.

    2. Les éléments essentiels de notre poésie seront le courage, l’audace et la révolte.

    3. La littérature ayant jusqu’ici magnifié l’immobilité pensive, l’extase et le sommeil, nous voulons exalter le mouvement agressif, l’insomnie fiévreuse, le pas gymnastique, le saut périlleux, la gifle et le coup de poing.

    4. Nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive… Une automobile rugissante, qui a l’air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace.

    5. Nous voulons chanter l’homme qui tient le volant, dont la tige idéale traverse la Terre, lancée elle-même sur le circuit de son orbite.

    6. Il faut que le poète se dépense avec chaleur, éclat et prodigalité, pour augmenter la ferveur enthousiaste des éléments primordiaux.

    7. Il n’y a plus de beauté que dans la lutte. Pas de chef-d’œuvre sans un caractère agressif. La poésie doit être un assaut violent contre les forces inconnues, pour les sommer de se coucher devant l’homme.

    8. Nous sommes sur le promontoire extrême des siècles !... A quoi bon regarder derrière nous, du moment qu’il nous faut défoncer les vantaux mystérieux de l’Impossible ? Le Temps et l’Espace sont morts hier. Nous vivons déjà dans l’absolu, puisque nous avons déjà créé l’éternelle vitesse omniprésente.

    9. Nous voulons glorifier la guerre – seule hygiène du monde, le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles Idées qui tuent, et le mépris de la femme.

    10. Nous voulons démolir les musées, les bibliothèques, combattre le moralisme, le féminisme et toutes les lâchetés opportunistes et utilitaires.

    11. Nous chanterons les grandes foules agitées par le travail, le plaisir ou la révolte ; les ressacs multicolores et polyphoniques des révolutions dans les capitales modernes ; la vibration nocturne des arsenaux et des chantiers sous leurs violentes lunes électriques ; les gares gloutonnes avaleuses de serpents qui fument ; les usines suspendues aux nuages par les ficelles de leurs fumées ; les ponts aux bonds de gymnastes lancés sur la coutellerie diabolique des fleuves ensoleillés ; les paquebots aventureux flairant l’horizon ; les locomotives au grand poitrail, qui piaffent sur les rails, tels d’énormes chevaux d’acier bridés de longs tuyaux, et le vol glissant des aéroplanes, dont l’hélice a des claquements de drapeau et des applaudissements de foule enthousiaste.

    Progrès et évolution, violence et destruction, pour Marinetti et ses coreligionnaires, il est temps, grand temps, de liquider ce XIXe siècle moribond. Ils feront preuve de la même virulence quant au lieu de départ de cette révolution et seront sans illusion sur leur avenir.

    C’est en Italie que nous lançons ce manifeste de violence culbutante et incendiaire, par lequel nous fondons aujourd’hui le Futurisme, parce que nous voulons délivrer l’Italie de sa gangrène de professeurs, d’archéologues, de cicérones et d’antiquaires.

    Les plus âgés d’entre nous ont trente ans ; nous avons donc au moins dix ans pour accomplir notre tâche. Quand nous aurons quarante ans, que de plus jeunes et plus vaillants que nous veuillent bien nous jeter au panier comme des manuscrits inutiles !... Ils viendront comme nous de très loin, de partout, en bondissant sur la cadence légère de leurs premiers poèmes, griffant l’air de leurs doigts crochus, et humant, aux portes des académies, la bonne odeur de nos esprits pourrissants, déjà promis aux catacombes des bibliothèques.

    Publié d’abord le 5 février 1909 dans La Gazzetta dell’Emilia de Bologne puis le 20 dans Le Figaro, ce texte révolutionnera le monde artistique et aura une résonance internationale. Par dizaines, par centaines, des jeunes gens comprendront le message de Marinetti, s’y retrouveront, l’approuveront et le mettront en pratique.

    Un nouveau courant artistique est né, il sera global : littérature, peinture, sculpture, architecture, théâtre, musique, cinéma, arts décoratifs, etc. Même la gastronomie s’y mettra !

    Bien qu’international, le cœur même du Futurisme restera l’Italie. La compréhension de celui-ci sera aiguisée par une connaissance de l’italien – bien que la littérature française soit déjà assez complète sur le sujet.

    Bibliographie :

    Si l’on ne devait garder qu’un seul spécialiste du Futurisme, ce serait Giovanni Lista. Ses travaux riches, complets, érudits, exhaustifs mais tout à fait abordables par le néophyte sont une merveilleuse source d’informations tant sur le courant lui-même que sur la personnalité centrale que fut F.T. Marinetti. En guise d’introduction, je vous conseillerais deux de ses ouvrages publiés aux Editions de l’Âge d’Homme : Futurisme – Manifestes Documents Proclamations et Marinetti et le Futurisme. Ils permettent d’aborder le sujet d’une manière originale par le biais de documents d’époque. Une manière de revivre jour après jour, mois après mois le développement du Futurisme.

    Dynamisme plastique d’Umberto Boccioni préfacé par Giovanni Lista, toujours aux Editions de l’Âge d’Homme, peut être une suite intéressante. En effet, Boccioni – autre grande figure du Futurisme – y expose ses théories plastiques futuristes ; la notion de dynamisme prend alors tout son sens en peinture et sculpture.

    Sortons maintenant de la sphère francophone.

    Le Futurisme est aussi une remise en cause politique de la société. Deux travaux récents portent sur le sujet : « La nostra sfida alle stelle » Futuristi in politica d’Emilio Gentile, Editori Laterza et Il Futurismo tra cultura e politica – reazione o rivoluzione ? d’Angelo D’Orsi, Salerno Editrice.

    Malgré sa dimension profondément antiféministe et misogyne, nombreuses furent les femmes à souscrire au Futurisme. L’étude du professeur en philosophie morale Francesca Brezzi est dès lors des plus intéressantes : Quando il Futurismo è donna. Barbara dei colori, Mimesis. Une version française existe, publiée par Mimesis France.

    Revenons maintenant à un domaine plus artistique : le cinéma. Je vous renvoie au court mais très complet ouvrage d’Enzo N. Terzano : Film sperimentali futuristi, Carabba Editore. Giovanni Lista a également écrit sur le sujet : Cinéma et photographie futuristes, Skira, mais je n’ai pas encore eu l’occasion de lire ce travail.

    Deux derniers livres peuvent compléter cette introduction. L’avanguardia trasversale. Il Futurismo tra Italia e Russia de Cesare G. De Michelis, Marsilio est une mise en regard entre les futurismes italien et russe - la Russie, l’autre grand pays des avant-gardes du XXe siècle… Futurismo antineutrale de Roberto Floreani, Silvana Editoriale quant à lui est l'ouvrage atypique d'un artiste rappelant les liens entre Futurisme et Art contemporain.

    L'on ne compte plus les monographies et autres beaux livres sur le sujet. Citons par exemple l’inconfortable par ses dimensions mais si complète rétrospective parue à l’occasion du centenaire du mouvement : Futurismo 1909-2009, Skira. Intéressante également, la monographie sur Alessandro Bruschetti qui donne un aperçu des prolongements du Futurisme dans l’Aeropittura : Futurismo aeropittorico epurilumetria, Gangemi Editore. La monographie sur Mario Guido Dal Monte Dal Futurismo all’Informale, al Neoconcreto, attraverso le avanguardie del Novecento, Silvana Editoriale et la présentation de la collection futuriste de Primo Conti Capolavori del Futurismo e dintorni, Edizioni Polistampa peuvent compléter cette rapide approche.

    Finalement et peut-être plus à destination des amateurs et autres collectionneurs, trois derniers ouvrages : l'imposant (6 kg !) mais essentiel Il dizionario del Futurismo, Vallecchi en collaboration le Museo di Arte Moderna e Contemporanea di Trento e Rovereto. Et enfin, deux folies commises par Domenico Cammarota qui a décidé de recenser l’entièreté de l’œuvre de F.T. Marinetti puis celles de 500 autres auteurs italiens : Filippo Tommaso Marinetti. Bibliografia et Futurismo et Bibliografia di 500 scrittori italiani, Skira/Mart.

    Voilà qui conclut notre voyage bibliographique dans le Futurisme. Le seul but de cette chronique. Il n’y était nullement question d’y aborder quelque concept idéologique : je laisse cela à de vrais spécialistes. Comme tout mouvement, des dérives sont possibles. Gardons-nous de nous laisser entraîner sur le sujet. Préférons, peut-être par lâcheté ou plus simplement par goût des Arts, rester dans le domaine du livre.

    Rédigé par Vincent

  • Brassens ou la liberté de Clémentine Deroudille et Joann Sfar

    Editions Dargaud - 322 pagesbrassens ou la liberté.jpg

    Présentation de l'éditeur : À l occasion de l'exposition consacrée à Georges Brassens qui se tiendra à la Cité de la musique, les deux commissaires, Clémentine Deroudille et Joann Sfar, réalisent un livre événement. Articulant textes, illustrations et très nombreuses pages de bande dessinée, cet imposant ouvrage est tant la biographie ultime de Brassens que le catalogue augmenté de l'exposition, puisqu'il présente des documents inédits des photos, des manuscrits, etc. exhumés pour la première fois depuis la mort du chanteur en 1981. Joann Sfar s'est emparé de cette somme extraordinaire pour dessiner l'oeuvre, la vie et la philosophie du grand chanteur populaire qu est toujours Georges Brassens.

    A tous les amoureux du célèbre libertaire que le succès dérangeait, voici LE livre à vous offrir (ou vous faire offrir). Une documentation riche, de nombreuses photos, des illustrations croustillantes de Sfar... Tout est réuni pour se (re)plonger avec délectation dans la fascinante existence et la pensée hors norme de cet homme extra-ordinaire. Ses idées - parfois dérangeantes, souvent contestées - restent un terreau fertile à la remise en question de la société et de l'âme humaine. Un poète, un penseur, un trublion à (re)découvrir de toute urgence.

    Extrait :

    Chez les écrivains que j'ai aimés, je les ai aimés parce que ce que je trouvais chez eux je l'avais déjà en moi et je l'ignorais (...)

  • Fugue d'Anne Delaflotte Mehdevi

    Gaïa Editions - 327 pagesfugue.jpg

    Présentation de l'éditeur : Madeleine s'enfuit de l'école le jour de la rentrée. Sa mère, folle d'angoisse, crie son nom le long de la rivière. L'enfant est saine et sauve, mais Clothilde y perd la voix. Sa voix du quotidien, sa voix de mère, de fille, d'amie et d'amante lui fait désormais défaut. Clothilde consulte, se refuse aux traitements, se heurte à l'incompréhension de tous. Et, contre toute attente, prend des cours de chant. La voix chantée de Clothilde est belle, sublime même. Passionnée de musique depuis l'enfance, comment pourrait-elle se détourner de ce talent qui affleure ? Un portrait de femme d'une tonalité bouleversante.

    Voici un roman qui ravira les mélomanes. Si j'ai craint, a priori, de lire un écho de La vie d'une autre de Frédérique Deghelt, où, au lieu de mémoire, c'est cette fois-ci la voix qui péchait, il n'en est rien. Ce portrait de femme est exécuté tout en douceur pour nous rappeler qu'il faut écouter son corps, qui se fait parfois le messager du coeur.