Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mccain

  • Obama, et après ?

    obama.jpgEn ce jour de l'an de grâce 2008, les Etats-Unis d'Amérique ont choisi comme quarante-quatrième président de leur Nation un homme d'origine africaine.

    Profitons de cet instant de liesse où tous les espoirs sont permis face à un évènement bouleversant qui voit un peuple passer, en à peine quarante ans, de la ségrégation à l'élection d'un homme noir.

    Oui, profitons bien de cet instant, car pour le suite, hormis le fait que probablement les crises identitaires de l'atroce histoire trouveront, je l'espère, un peu de repos, les choses ont-elles vraiment des chances de changer ?

    Les amitiés de beaucoup - parfois inattendues - à l'égard de cet homme de toutes les espérances ne sont-elles qu'un moyen pour se faire bien voir en Afrique et ainsi, continuer sans vergogne à essoufler ce continent que les dirigeants ont de longue date choisi de rayer de la carte ?

    Comme toujours, seule la marche de l'Histoire nous répondra.

    Quoi qu'il en soit, merci au peuple américain de nous avoir montré l'exemple des possibles et de nous redonner confiance en l'avenir - même si cela ne dure qu'un instant.

  • A propos des USA

    Par Jim Harrison, pour Le Journal du Dimanche, lundi 3 novembre 2008

    Le seul espoir, c'est de voter

    Ecrivain, auteur notamment de Légendes d'automne, de Dalva et de Retour en terre. Tous ses livres sont publiés aux éditions Christian Bourgois.

    Je n'ai pasjim harrison.jpg d'espoir. L'espoir est en soi criminel. Le seul espoir, c'est de voter.

    Aux Etats-Unis, nous en sommes au point où chaque Américain intelligent a été contraint de devenir le proctologue de l'anus putrescent du capitalisme effréné. C'est assez désagréable, d'autant que notre gouvernement nous a complètement lâchés. Nous avons été violés par la classe de nos dirigeants, et toute la communauté financière a manifesté le même sens moral qu'un cartel de la drogue mexicain.

    George Bush, qui n'a jamais rien accompli sinon au service de sa propre classe, a commencé une guerre pour des raisons largement imaginaires, mais aussi en partie pour montrer à son père comment on s'y prend. C'est la crise oedipienne la plus coûteuse de tous les temps. Bush est sincèrement sidéré d'apprendre que les bombes intelligentes se révèlent à l'usage l'être beaucoup moins que les attentats à la voiture piégée. Même après Abou Ghraib, il s'étonne que le monde arabe ne nous aime pas. Bush et les autres escrocs de bas étage de notre gouvernement proposent 750 milliards de dollars pour renflouer la communauté financière, mais rien pour la sécurité sociale des enfants démunis.

    Bien sûr, je suis poète et romancier, mais pas économiste ni l'un de nos innombrables nababs des médias qui pensent apparemment que parler, c'est penser. J'ai aussi remarqué que les politiciens n'aiment pas la bonne cuisine, car ils passent un temps fou à chier par la bouche.

    Contrairement à la plupart d'entre nous autres, les proctologues amateurs, je ne reproche pas tout aux financiers et au Congrès. Je situe l'origine du désastre actuel dans notre système d'enseignement pourri et paresseux. Alors que je faisais des recherches pour écrire une longue nouvelle, j'ai récemment découvert qu'un pourcentage infime de nos étudiants, 10% au mieux, a une petite idée de l'endroit où ils se situent historiquement, géographiquement, géologiquement ou du point de vue de la botanique. Les adultes sont seulement des produits à peine améliorés du même système d'enseignement. Les gens âgés en savent davantage, car ils ont eu droit à un meilleur système. Les crétins étant incapables de reconnaître leurs semblables, ils ont voté deux fois pour George Bush et ses sbires. Les médias, pour la plupart méprisables, n'ont guère été d'une grande aide, car, jugeant la réalité tout à fait insupportable, ils font des pieds et des mains pour s'en tenir aux faits périphériques. Les médias en général se sont contentés de lécher les bottes des méprisables nouveaux riches qui, sans vergogne, nous dépouillaient de tout.

    Ce matin, dimanche 19 octobre, j'ai entrevu une lueur* d'espoir. Colin Powell, un républicain, vient de déclarer son soutien à Obama. Barack Obama a été un étudiant extrêmement brillant à Harvard, notre meilleure université, alors que McCain est sorti parmi les derniers de sa promotion à l'école navale d'Annapolis. Quant à Palin, elle est issue d'un paragraphe répugnant de l'Ancien Testament.

    Cette élection me plonge dans un tel désespoir que j'ai pour de bon envisagé de prier, peut-être de m'adresser à mon vénérable Odin, qui a deux de mes corbeaux bien-aimés posés sur les épaules. Nous sommes bien sûr nombreux à nous inquiéter d'une possibilité funeste : qu'Obama se fasse assassiner avant d'être élu.

    Vers quelles consolations pourrais-je donc me tourner en ces temps de détresse, sinon vers le côtes-du-rhône, avec un petit verre de vodka en prime, sans oublier un peu d'antique poésie chinoise chaque matin, où nous autres humains sommes toujours présentés comme les victimes de nos dirigeants ? Bizarrement, je ne me suis pas vraiment soucié d'avoir perdu une bonne partie de l'argent mis de côté pour ma retraite. L'insécurité ne me menace pas, car je ne me suis jamais senti en sécurité. Je pourrais toujours prendre ma retraite en allant au crématorium. Bonne chance à vous, camarades proctologues ! J'avoue avoir dernièrement beaucoup parlé à mes chiens. Les chiens comprennent le monde grâce au langage des odeurs et les miens m'ont déclaré qu'il régnait dans tout le pays une affreuse pestilence qu'il fallait éradiquer.

    Traduit de l'américain par Brice Matthieussent.

    * En français dans le texte.