Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

journal

  • Rentrée littéraire : Manhattan volcano de Pierre Demarty

    En librairie depuis le 23 août 2013.manhattan volcano.jpg

    Fragments d'une ville dévastée

    Éditions Les Belles Lettres - 124 pages

    Présentation de l'éditeur : Hanté par les lettres de Pline sur l'éruption du Vésuve qui détruisit Pompéi, Manhattan Volcano est un récit du 11-Septembre tel que l’a vécu un jeune Français parti à la conquête de la ville de ses rêves et soudain confronté, en même temps qu’au prodige des espaces américains, au brouillard des cendres et de la terreur. Errant dans les rues et les ruines de New York, depuis le vif de l’évènement jusqu’à aujourd’hui même, Pierre Demarty tente de raconter l’irracontable et, ce faisant, interroge la valeur de la mémoire, sa véracité, ses méandres, ses impasses. Album de choses vues, chronique d’une mythologie intime et de son deuil impossible, ce témoignage, loin de tout requiem, est une ode à la plus volcanique des cités de notre temps. Pierre Demarty est né en 1976. Ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé d’anglais, il est aujourd’hui éditeur et traducteur. Récompensé en 2012 par le prix Maurice-Edgar Coindreau pour sa traduction des Foudroyés de Paul Harding, il a également traduit Joan Didion, J.K. Rowling ou encore William T. Vollmann. Manhattan Volcano est son premier livre.

    Ma note :

    culture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unis

    Broché : 11 euros

    Un grand merci aux Éditions Les Belles Lettres pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Au lendemain de la douzième commémoration des attentats du 11 septembre 2001, pourquoi ne pas poursuivre le travail de mémoire en se plongeant dans un petit ouvrage passé inaperçu en cette période de profusion littéraire ? D'autant plus inaperçu que son micro-format et son design très discret n'ont rien de tape-à-l’œil. Sans compter que son prix n'en fait pas vraiment un produit d'appel.

    Pourtant, il serait dommage de passer à côté.

    D'une part, parce que l'on a beau croire que tout a été dit et écrit mille fois sur le sujet, Pierre Demarty relève le défi d'offrir un éclairage tout à fait singulier sur cet événement qu'il a vécu au plus près : décidé à élaborer une thèse qu'il n'écrira finalement jamais, trop happé par cette ville qu'il a tant fantasmée, Demarty a intégré l'Université de Columbia en août 2001, quelques semaines seulement avant l'effondrement du World Trade Center...

    D'autre part, parce que Manhattan volcano inaugure la nouvelle collection TIBI (« pour toi », « à toi » en latin) des Éditions Belles Lettres dont le parti-pris est l'art du bref faisant le lien entre présent et Antiquité. Puisque tous les sujets ne méritent pas de longs discours et parce qu'en matière de formes courtes les Anciens en savaient long et ne manquaient ni d'imagination ni d'audace, TIBI invite des auteurs contemporains à se prêter à un exercice de style audacieux : écrire des micro-textes, élégants et légers, sur les mille et un tracas et plaisirs du quotidien en s'inspirant directement de textes antiques. De délicieux dialogues, éloges, épigrammes, satires, fables, lettres, diatribes et autres métamorphoses en perspective que ne manqueront pas d'apprécier amoureux du verbe et autres férus d'histoire au sens large comme au sens littéraire...

    Enfin, parce que ce texte, première production personnelle de l'auteur ayant jusqu'alors œuvré à la diffusion de la littérature anglo-saxonne en qualité de traducteur, prouve, si besoin était, que les passeurs de la littérature d'ailleurs sont avant tout des écrivains à part entière.

    L'exercice de style auquel s'est habilement prêté Pierre Demarty est ici épistolaire. Faisant lien entre les lettres de Pline le Jeune sur l'éruption du Vésuve et la destruction de Pompéi le 24 août 79 (dont on retrouve les extraits en fin d'ouvrage) et les lettres fictives que lui-même aurait pu écrire à ses proches sur son expérience immédiate autant qu'éloignée du 9/11, il prouve le continuum émotionnel de l'homme face à la tragédie, à vingt siècles de distance, en faisant se télescoper les mots. En imaginant les lettres qu'il aurait pu écrire à chaud comme à quelques années d'intervalle de sa propre expérience et en y intégrant les mots de Pline, il invite ce dernier au vingt-et-unième siècle et métamorphose le Ground Zero de 2001 en éruption volcanique, entremêlant les impressions, les émotions, les réminiscences et autres réflexions du spectateur de l'impensable tumulte. Une universalité affective qui s'impose au lecteur, lui faisant retrouver immanquablement les ressentis de ces instants malheureusement inoubliables... Une plume tout autant qu'une collection prometteuses.

    Ils en parlent aussi : Librairie Guillaume Budé, Claro.

    Vous aimerez sûrement :

    Ce qu'il reste des mots de Matthieu Mégevand

    Vous ne connaître ni le jour ni l'heure de Pierre Béguin

    Hors de moi de Claire Marin

    Juste avant de Fanny Saintenoy

    Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi de Mathias Malzieu

    A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie d'Hervé Guibert

    Journal d'un corps de Daniel Pennac

    Regarde les hommes mourir de Barry Graham

    Du bleu sur les veines de Tony O'Neill

    Et rester vivant de Jean-Philippe Blondel

    La nuit ne dure pas d'Olivier Martinelli

    Une adolescence américaine de Joyce Maynard

    L'écologie en bas de chez moi de Iégor Gran

    Rescapé de Sam Pivnik

    Extraits :

    Tu me demandes comment c'était.

    Me croiras-tu si je te dis que je ne me souviens de rien ?

    Tu veux savoir comment c'était, tu veux qu'avec des mots j'exhume des cendres, et que des cendres mêlées aux mots, comme d'un brouet d'enchanteur, jaillissent des mondes perdus, l'Atlantide fabuleuse d'un carnage qu'on t'a déjà tant de fois conté, tant de fois que tu as fini par ne plus y croire, tant de fois que tu n'as plus que des légendes auxquelles te raccrocher, mais chacun épaississant si bien le mystère des précédentes que toutes - ainsi amoncelées, enchevêtrées les unes aux autres comme les décombres de ces jours-là, tantôt fumeuses, tantôt calcifiées, pétrifiées dans la gangue des cent milliards de mots qu'on a déjà déversés en tombereau sur le cadavre, à l'en étouffer pour de bout et l'exorciser sans doute -, toutes les légendes, plutôt qu'à l'éclairer, conspirent à ramener sur ce jour fameux le voile de la nuit, de l'obscur et de cet effroi très particulier qui naît de l'incompréhensible.

    Tu ne comprends pas, dis-tu, et voudrait comprendre. Comprendre quoi ? Savoir quoi ? Ne sais-tu pas tout déjà ? N'as-tu pas, comme tout le monde, vu cent fois, mille fois, les images ? Aucun cataclysme ne fut jamais si bien, si immédiatement documenté : ce fut, tu t'en souviens aussi bien - mieux encore, peut-être - que si tu l'avais toi-même vécu, un monumental amas d'images et de mots, plus encore d'images et de mots qu'il ne flotta de copeaux de chair et d'acier calciné dans le ciel sale de Manhattan ce matin-là, douze années ininterrompues de mots et d'images, amalgamés en un suaire cendreux où n'a toujours pas fini de se vautrer, insatiable, notre obscénité mémorielle - franchement, que veux-tu d'autre, de plus ?

    ...

    Les ultimes rayons du soleil sont venus mourir sur les facettes scintillantes du Chrysler (de toutes les tours, ma préférée : une fusée de freakshow échouée dans le grand cirque lunaire de la ville, amarrée à vie au centre du cratère des buildings, mais roide encore d'orgueil et de beauté fardée, aristocrate, extravagante comme une aïeule), et la dernière lueur du jour s'est effondrée en une pluie d'étoiles le long de ses parois rendues aux ténèbres. Pour un peu, je l'aurais applaudie : ici, même les astres sont de vieilles divas adorables qui se donnent en spectacle et cabotinent jusqu'à leur dernier souffle. L'un après l'autre, alors, les gratte-ciel, semblables à une paisible harde de centaures, se sont assoupis debout dans leur lit de néons, caressés par une nuit qui semblait venir à regret.

    ...

    Il faut quelque seconde

    Pour efface un monde.

    Michel Houellebecq

    ...

    Pardonne-moi ces quatorze jour de silence. Je ne trouvais pas les mots : eux aussi s'étaient écroulés ; écrasés sous le linceul de chaux vive dont la catastrophe a drapé la ville dans son sillage, ils gisaient, épuisés, sans plus de souffle, et je vois chacun ici, depuis, lutter avec un acharnement plein de douleur et de dignité théâtrale pour les ranimer, les arracher, un par un, au magma du néant.

    C'est qu'on s'extirpe difficilement du silence qui suit un tel fracas.

    ...

    (Cela restera toujours un grand mystère pour moi, cet instinct irrépressible qu'on a de se précipiter vers les carnages, quand on devrait les fuir ; de ralentir, sur l'autoroute des belles vacances, dès qu'on a humé, derrière le paravent hypnotique des gyrophares attroupés, la présence de la mort, la promesse d'un spectacle de chromes et de corps enchâssés. Par quelle bizarrerie peut-on avoir envie de voir des choses pareilles ? Et qui, cependant, possède la faculté de s'y soustraire ? Je ne connais personne qui sache ne pas céder à la tentation de regarder l'irregardable, personne, devant un charnier, qui soit capable, en toute bonne foi, de détourner les yeux. - La laideur du monde est irrésistible.)

    ...

    J'ai vu dans des amphithéâtres des professeurs au rire hier tonitruant et à la faconde extraordinaire incapables de prononcer le moindre mot pendant plusieurs minutes devant un parterre d'étudiants au visage rougi qui braquaient sur eux, lèvres tremblantes, des regards d'enfant perdu les implorant de leur expliquer à quoi rimait le monde.

    ...

    Nos vies continuent, idiotes, inévitables, et c'est comme un affront au chagrin, une honte qu'on préfère passer sous silence plutôt que de la laisser souiller la très grande, très précieuse pureté du malheur. Marcher dans la rue, parler du beau temps et de la pluie, payer une facture, faire la queue au deli du coin, lire, rire, dormir, rêver peut-être : il va falloir "après ça", réapprivoiser la banalité de nos existences. Et si l'on n'entend dans toutes les bouches qu'un seul refrain - "Plus rien ne sera jamais comme avant" -, martelé avec une gravité enivrée d'elle-même qui cache mal son intranquillité, c'est bien parce que c'est tout l'inverse qui est vrai, et que chacun ici pressent qu'il faudra bien au contraire, évidemment, inéluctablement, que tout soit bientôt comme avant - à quelques variations près, quelques retouches opérées dans le paysage, dans l'histoire, et dans nos souvenirs.

    ...

    Et j'ai vu aussi des gens exploser de fureur devant ces grandes mises en scène d'affliction collective, trépigner, s'esclaffer, dresser haut le doigt pour dénoncer la mascarade de la bien-pensance, s'insurger contre l'orgueil victimaire, s'indigner d'une débauche de tristesse en toc, j'ai vu de grands esprits ahaner bave aux lèvres les banalités les plus hargneuses sur le déclin inauguré de l'empire et autant de petits malins se goberger de cette apocalypse de pacotille, j'ai vu des rixes éclater entre des gens qui n'étaient pas d'accord mais on ne sait pas sur quoi ni à quoi bon, comme si de pareils cataclysmes pouvaient être sujets à débat, j'ai entendu les imbéciles malheureux qui se croient pleins d'audace s'émerveiller de la "beauté" su spectacle des tours détruites, ceux qui criaient "bien fait !", ceux qui relativisent, ceux qui haussent les épaules, j'ai vu gesticuler tous ceux-là qui voudraient étouffer, à force de bruit et de bêtise, la terreur muette qui vient de nous enfoncer ses griffes dans la nuque et promet de ne pas nous lâcher de si tôt.

    ...

    En quatorze jour, combien de fois as-tu déjà vu repasser cette séquence ? Combien de fois les tours ont-elles, sous tes yeux, ressurgi du brouillard, immaculées, ressuscitées par la grâce magique et mensongère du temps rembobiné sur trame ? Et pourquoi, sinon pour mieux les voir tomber encore, et encore, et encore ?

  • Mille femmes blanches de Jim Fergus

    Les carnets de May Doddmille femmes blanches.jpg

    Éditions Le Cherche Midi / Pocket - 501 pages

    Présentation de l'éditeur : En 1874, à Washington, le président Grant accepte la proposition incroyable du chef indien Little Wolf : troquer mille femmes blanches contre chevaux et bisons pour favoriser l'intégration du peuple indien. Si quelques femmes se portent volontaires, la plupart vient en réalité des pénitenciers et des asiles... L'une d'elles, May Dodd, apprend sa nouvelle vie de squaw et les rites des Indiens. Mariée à un puissant guerrier, elle découvre les combats violents entre tribus et les ravages provoqués par l'alcool. Aux côtés de femmes de toutes origines, elle assiste alors à la lente agonie de son peuple d'adoption...

    Traduit de l'anglais par Jean-Luc Piningre.

    Ma note :

    culture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unis

    coeur.jpg

    Broché : 19,50 euros

    Poche : 7,60 euros

    Ebook : 11,99 euros

    Il est des points de départs littéraires qui sont, en fonction des goûts personnels, plus tentants que d'autres. La combinaison littérature américaine, premier roman et roman historique est de mon point de vue un tiercé plus que prometteur. Si l'on considère que le livre a, de surcroît été couronné par le Prix Femina du premier roman étranger en 2000, salué par Jim Harrison comme un "roman splendide, puissant et exaltant" et que ses droits ont été rachetés par Hollywood (l'auteur lui-même ayant d'ores et déjà écrit plusieurs moutures de scénarii), tout un chacun peut légitimement s'attendre à une vraie perle littéraire.

    À l'origine de ce roman, la visite de Little Wolf, chef Cheyenne, au Président Grant à Washington DC en septembre 1873. Si Jim Fergus a basé sa première oeuvre sur un fait historique, il prend de nombreuses libertés et sa fiction n'en est que plus réaliste. Si, de la vraie rencontre, la teneur des propos échangés reste inconnue, l'écrivain, resituant dans son ouvrage le tête à tête en 1874, décide d'attribuer à Little Wolf la demande à Grant d'échanger mille femmes blanches contre mille chevaux.

    Une telle demande peut paraître étrange ou romanesque mais elle est tout ce qu'il y a de plus crédible et sensée. L'extermination des Indiens battant son plein, Little Wolf aurait imaginé cette solution comme une transition nécessaire vers la paix entre les peuples. Les Indiens n'étant plus assez nombreux pour renouveler leur population, l'arrivée de femmes fertiles auraient permis la naissance d'enfants métisses. Des descendants qui auraient assuré la survie de la tribu, assimilé les deux cultures et auraient pu s'intégrer plus facilement dans la civilisation blanche. Une solution pacifique acceptée dans un premier temps et cent femmes, prisonnières, internées psychiatriques, endettées ou sans famille, d'accepter le deal de passer deux années de leur vie au milieu des "sauvages" en échange de leur liberté...

    J. Will Dodd, journaliste indépendant et descendant de May Dodd, aurait retrouvé les carnets intimes de celle-ci dans les archives cheyennes. Le livre se présente donc comme les extraits du journal de May, internée par sa famille pour son anticonformisme dérangeant, dans lequel elle consigne obstinément les événements qu'elle et ses consoeurs hautes en couleurs partagèrent tout au long de cette aventure inédite et unique, bon an mal an.

    Dépeintes au coeur d'une fresque du wild wild west, elles découvrirent la conditions des squaws, s'habituèrent et s'attachèrent à leurs maris et à leurs noms cheyennes, apprirent la vie en harmonie avec la nature, les guerres entre tribus, les ravages provoqués par l'eau de feu donnée sans compter par les Blancs, les rites parfois cruels... Bref, devinrent de vraies indiennes prêtes à se battre pour la survie de leur tribu.

    Au-delà du portrait d'une femme intense et puissante, Jim Fergus dénonce la politique du gouvernement d'alors et le traitement que les Blancs réservaient aux Peaux rouges. Il parle ouvertement d'un génocide alors que le sujet, aujourd'hui encore, reste sensible et tabou. Le livre a d'ailleurs été un événement lors de sa sortie aux États-Unis. Sans tomber dans l'ouvrage anthropologique, il permet d'en apprendre beaucoup sur la culture indienne en général et le mode de vie des Cheyennes en particulier. Il met également en lumière la condition des femmes blanches à l'époque ; la mise en perspective d'avec celle des Indiennes est accablante et pas pour ceux que l'on croit.

    Une fois le nez mis dans cette pittoresque épopée du grand ouest américain, impossible de s'en détacher. Bien que la part romancée soit proportionnellement bien supérieure à la trame historique, l'on y croit dur comme fer. May a bel et bien existé et l'on ne peut qu'être bouleversé par cette tragédie annoncée puisque l'on sait bien que le nouvel homme américain a préféré éradiquer les éléments pertubarteurs de son désir incessant d'expansion et de gain plutôt que trouver des compromis humains avec les autochtones originels... L'aspect le plus désespérant à mon sens de ce récit - au-delà du drame consommé par l'Histoire - est la démonstration par l'auteur des limites du mélange culturel, de l'impossible compréhension mutuelle totale.

    S'il est délicat pour les États-uniens d'entendre de la part du vieux continent qu'ils n'ont pas d'histoire, Jim Fergus prouve par son texte plus vivant que nature que le passé américain est bien réel... mais pas forcément glorieux. Une plongée dans l'Amérique des pionniers sans pitié ni démagogie aucune, un incontournable roman d'histoire, d'aventure et d'amour écrit par un auteur talentueux ayant sillonné durant des mois le Middle West, sur la trace des Cheyennes, pour bâtir cette oeuvre magistrale aussi exaltante que désespérante qui fait travailler intensivement les zygomatiques et les canaux lacrymaux. À lire en priorité avant de plonger dans la rentrée littéraire !

    Ils en parlent aussi : Malorie, Sandrine.

    Vous aimerez sûrement :

    Seuls le ciel et la terre de Brian Leung

    Celles qui attendent de Fatou Diome

    Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper Lee

    Le jeu des ombres, La décapotable rouge et La malédiction des colombes de Louise Erdrich

    La couleur des sentiments de Kathryn Stockett

    Toute une histoire de Hanan el-Cheikh

    Les saisons de la solitude de Joseph Boyden

    Un fusil dans la main, un poème dans la poche d'Emmanuel Dongala

    L'équation africaine de Yasmina Khadra

    La plantation de Calixthe Beyala

    Compartiment pour dames d'Anita Nair

    Dis que tu es des leurs d'Uwem Akpan

    Je ne suis pas celle que je suis de Chahdortt Djavann

    Extraits :

    "Franchement, vu la façon dont j'ai été traité par les gens dits "civilisés", il me tarde finalement d'aller vivre chez les sauvages."

    ...

    D'aussi ignobles perversions sont de nature à provoquer la colère des gens normaux, sinon l'ire des dieux. Je ne peux m'empêcher de penser une fois de plus que l'homme est bel et bien une créature brutale et imbécile. Est-il une autre espèce sur terre qui tue pour le plaisir ?

    ...

    Ils paraissent dotés d'une agilité proprement féline, avec une vraie noblesse d'attitude. Ma première impression est que ces hommes sont plus proches du règne animal que nous autres caucasiens. Ces propos n'ont rien de dévalorisant ; je veux seulement dire qu'ils ont une apparence plus "naturelle" que la nôtre, parfaitement en harmonie avec les éléments.

    ...

    Et c'est le sort des femmes sur cette terre, Harry, que l'expiation des hommes ne puisse être obtenue que par notre bannissement.

    ...

    Oui, j'ai fini par entre dans ce rêve fabuleux, cette vie irréelle, cette existence étrangère à notre univers, dans ce monde que peut-être seuls les fous sont amenés à comprendre...

    (...) il m'est venu à l'esprit que je pourrais bien mourir ici, dans les vastes espaces de la prairie déserte, au milieu de ce peuple reculé et perdu... un peuple qui a tout des trolls des contes de fées, qui n'a rien en commun avec les hommes et les femmes que j'ai connus.

    (...) il me vient la curieuse impression que nos vies personnelles ne sont pas les chapitres d'un même livre, mais des volumes entiers, détachés et distincts. Et, pour cette raison, je commencerai demain un nouveau carnet, un nouveau volume donc, qui aura pour titre Ma vie de squaw.

    ...

    La campement est vaste, et nous travaillons toutes si dur que, le soir, nous tombons de fatigue sur nos couches aussitôt avalé quelque morceau d'une infâme viande bouillie. (...)

    De leur côté, ces messieurs sauvages donnent l'impression de passer un temps démesuré à paresser dans leurs tipis, à fumer et à palabrer entre eux... ce qui me pousse à croire que nos cultures, finalement, ne sont peut-être pas si différente : les femmes font tout le travail pendant que les hommes bavassent.

    ...

    Je dois également porter ceci au crédit des Indiens : c'est un peuple formidablement tolérant et, si certaines de nos manières ou de nos coutumes semblent perpétuellement les amuser, ils n'ont encore jamais fait mine de les condamner ou de nous censurer. Ils se sont jusqu'ici montrés simplement curieux, mais toujours respectueux.

    ...

    (...) la misère a un caractère universel qui transcende les cultures ; tout comme la nôtre, la société indienne a ses riches et ses pauvres. (...) J'admets n'avoir jamais rencontré peuple plus généreux et altruiste.

    ...

    Je ne peux m'empêcher de me demander ce que nous pouvons bien faire à ces gens pour que leurs vies et leurs moyens d'existence s'abîment tant à notre contact, qu'ils se "dégradent" à cause de nous, comme disait le capitaine Bourke...

    ...

    Emplissant l'air sensuel de la nuit, la musique et les chants volèrent avec la brise dans les plaines alentours, de sorte que même les animaux des crètes et des collines se sont rassemblés pour écouter et voir. Les coyotes et les loups ont répondu de leurs plaintes, tandis que des silhouettes d'ours, d'antilopes et de wapitis, sortis de leurs tanières, se dessinaient nettement à l'horizon sous la clarté lunaire. Les enfants les aperçurent derrière les braises du feu, envoûtés et un rien effrayés par cette soudaine folie en mouvement. Enfin, les vieux, observant une scène après l'autre, hochaient la tête entre eux d'une mine approbatrice.

    Nous avons dansé. Et dansé. Sous le regard de Peuple, les yeux des animaux. Même les Dieux nous admirèrent.

    ...

    Oui, malgré son étrangeté sauvage et ses difficultés, notre nouveau monde me semblait ce matin-là d'une douceur indicible ; je m'émerveillais de la perfection et de l'ingéniosité avec lesquelles les natifs avaient embrassé la terre, avaient trouvé leur place dans cette nature ; tout comme l'herbe du printemps, ils me semblaient appartenir à la prairie, à ce paysage. On ne peut s'empêcher de penser qu'ils font partie intégrante du tableau...

    ...

    J'ai repensé au capitaine Bourke qui me demandait un jour avec emphase lors d'une conversation : "Où est le Shakespeare des sauvages ?" et je tiens peut-être la réponse. Si les Indiens ont peu contribué à la littérature et aux arts de ce monde, c'est sans doute qu'ils sont trop occupés à vivre - à voyager, chasser, travailler - pour trouver le temps nécessaire à en faire le récit ou, comme Gertie le suggérait, à méditer sur eux-mêmes. Je me dis parfois que c'est après tout une condition enviable...

    ...

    Et nous revoilà en marche... Nos chevaux partent en trottant retrouver la plaine, où le Peuple suit le bison, lequel suit l'herbe verte qui, elle, naît de la Terre.

    Nos déambulations peuvent paraître erratiques, mais elles suivent une logique bien établie.

    ...

    Les femmes ne sont pas acceptées comme membres du conseil, mais les Cheyennes se montrent curieusement égalitaires dans la mesure où l'on démontre quelque talent particulier (...).

    En même temps, les femmes de la tribu exercent une influence non négligeable sur le déroulement des activités quotidiennes, et on les consulte constamment sur tous les sujets qui ont trait au bien-être du Peuple. (...) La société blanche aurait sans doute bien des choses à apprendre des sauvages sur le plan des relations entre les sexes.

  • Ce que je peux te dire d'elles d'Anne Icart

    culture,citation,littérature,livre,roman,journal,femme,féminisme,saga,premier romanÉditions Robert Laffont - 319 pages

    Présentation de l'éditeur : Un matin, très tôt. Le téléphone sonne. Violette a accouché dans la nuit d’un petit garçon. Blanche est bouleversée : elle ne savait même pas que sa fille était enceinte. Et puis un garçon, le premier au bout de cette lignée de filles, quelle histoire… Dans le train qui la mène de Toulouse vers Paris, Blanche relit les carnets de moleskine destinés à Violette où, remontant le temps, elle a essayé de se souvenir de tout, tout ce qu’elle peut lui dire d’elles. Elles : cette tribu de femmes, de soeurs, de mères, à la fois heureuse et cabossée, dans laquelle Blanche a grandi au coeur des années 1970, entre l'effervescence des premiers combats féministes et le joyeux bourdonnement des ateliers de la maison Balaguère, haute couture, la grande aventure familiale. De la petite fille que l'on fut (que l'on reste toujours ?) à la mère que l'on devient... Tendre et optimiste, ce roman explore avec une acuité pleine de douceur la complexité des liens maternels. Après Les lits en diagonale (Prix des lycéens 2010 de la fondation Prince-Pierre-de-Monaco), récit de son histoire avec son frère handicapé, Anne Icart signe ici son premier roman.

    Ma note :

    culture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unis

    Broché : 19 euros

    Ebook : 13,99 euros

    Une attirante jaquette n'étant pas sans rappeler celle, aux éditions Le Dilettante, du très bon roman d'Anna Gavalda Ensemble, c'est tout. Une quatrième de couv' annonçant le récit d'une lignée de femmes. La mention d'un premier roman. Autant d'arguments suffisant à me donner envie de plonger dans ce livre.

    Alors qu'elle part retrouver sa petite Violette qui vient d'accoucher, Blanche, qui ignorait tout de cette grossesse, entreprend, durant son voyage en train, de relire ses carnets qu'elle destine à sa fille avec laquelle elle est fâchée depuis trop longtemps. Des moleskine renfermant l'histoire familiale, entre bonheurs et tragédies sur cinq générations quasi exclusivement féminines. D'un petit village des Pyrénées à la rose Toulouse, des années 1950 à nos jours, Anne Icart brosse des portraits de femmes aussi singulières qu'universelles et dépeint avec passion les mondes de la haute couture et du journalisme.

    De cette tribu de femmes émancipées, fortes autant que fragiles et solidaires devant l'éternel, c'est la condition féminine des soixante dernières années qui est retracée dans son ensemble. Au travers des secrets et des maux de ces femmes, c'est tout le poids de la transmission et de la reproduction des schémas familiaux qui est brillamment analysé.

    Cette saga remarquable servie par une écriture ultrasensible est digne d'une plume aguerrie alors même qu'il ne s'agit que de la première production romanesque de l'auteur. L'on s'attache instantanément aux héroïnes du quotidien de ce roman qu'on ne peut lire que d'une traite tant on est enchaîné par les émotions qui le traversent : rire, larmes, tendresse, violence... C'est avec d'immenses regrets que l'on se défait de cette atmosphère sororale et maternelle fascinante qui explore magistralement la puissance des liens amoureux et transgénérationnels. Un livre tout simplement intense et authentique.

    Vous aimerez sûrement :

    Les perles de la Moïka d'Annie Degroote

    Les roses de Somerset de Leila Meacham

    La tétralogie Les soeurs Deblois de Louise Tremblay d'Essiambre (Charlotte, Emilie, Anne, Le demi-frère)

    La tétralogie Le goût du bonheur de Marie Laberge (Gabrielle, Adélaïde, Florent)

    Un été sans les hommes de Siri Hustvedt

    Juste avant de Fanny Saintenoy

    Un génie ordinaire de M. Ann Jacoby

    La trilogie de Katherine Pancol : Les yeux jaunes des crocodiles, La valse lente des tortues et Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

    Extraits :

    Il y a des sentiments qui ne nous quittent pas, quel que soit l'âge que l'on a. Qui se font même plus intenses quand le temps s'accélère.

    ...

    On aime toujours son père, même si c'est un salaud ou un lâche. Même si on ne le connaît pas.

    ...

    Il va falloir grandir encore. Même si cette fois, ce n'est pas triste. On sait remettre les événements à leur juste place. Mais grandir, c'est décidément voir partir quelqu'un qu'on aime. Grandir c'est forcément être orphelin de quelque chose.

    ...

    Il faut oeuvre vite et réfléchir pareil. Les falbalas. Le tralala. Quelle couleur, quelle forme. Un premier rendez-vous, ça se travaille, ça s'intelligence, ça prend son temps, même quand on n'en a pas. (...) On s'active autour des cintres, on retourne, on envoie valser, on hésite. Il faut un ton chaud (...). Mais pas trop quand même, il faut rester sage. Ne pas tout dire tout de suite.

    ...

    Le chagrin est pervers. Il fait croire à ceux qu'il touche que la grandeur d'âme se mesure à la capacité que l'on a de vivre avec le malheur. Il semble pourtant tellement plus difficile d'être heureux.

    ...

    Il faut grandir encore et encore alors qu'on voudrait tant revenir en arrière.

    ...

    L'abandon est ce qu'elle déteste le plus au monde. Peut-être est-il temps de mettre un terme à cette fatalité. En partant avant d'être quittée.

    ...

    Les gifles de mots sont parfois bien plus douloureuses que les gifles de mains.

    ...

    Moi, je n'aurais pas imaginé être projetée d'un coup, comme ça, en l'espace de quelques heures, dans un autre monde que celui de l'enfance. Simplement parce que j'ai couché avec un garçon. Et pourtant. Le premier matin qui suit ma première nuit (...), j'ai l'impression que tout se lit sur mon visage, dans le moindre de mes mouvements. Comme si mon corps mais aussi mon esprit avaient perdu dans la nuit leur vieille peau de bébé pour endosser celle d'une femme. Que les voisins, les profs, les copines, tous devinent ce qui s'est passé. J'en tire une certaine fierté, oui, celle d'être devenue une autre, une grande. Mais ça me gêne terriblement aussi. J'ai l'impression de me promener à poil.

    ...

    Connaître la joie des sommets et les blessures de la chute. Elle sait bien tout ce que l'on transmet de non-dits et tout ce que l'on oblige ses enfants à reproduire dans ce que l'on est ou ce que l'on n'est pas. En se dédouanant comme on peut. En espérant qu'ils auront plus de courage pour se défaire des malédictions. Mais ce n'est pas forcément vrai.

    ...

    Parce qu'il n'y a rien de tel pour vaincre l'absence que de parler de ceux qui manquent, qui sont partis trop tôt, bien trop tôt, en leur rendant la force et la présence qu'ils avaient.

    ...

    On a les audaces que l'on peut.

  • Cosima, femme électrique de Christophe Fiat

    cosima.jpgÀ paraître le 4 avril 2013.

    Éditions Philippe Rey - 171 pages

    Présentation de l'éditeur : Incarnation de l'héroïne moderne, Cosima fut tout à la fois femme adultère, épouse attentionnée, mère de famille hantée par la mort, femme d'intérieur et femme de tête. À l'étroit dans sa vie domestique, mais allant au bout de sa passion, elle fut la plus proche confidente de son mari, Richard Wagner, et dirigea avec poigne de Festival de Bayreuth jusqu'en 1930, année de son décès. Ainsi alla son destin, qui se mêle au destin artistique, intellectuel et politique de l'Europe dans son versant le plus flamboyant comme le plus tragique. L'histoire de Cosima s'achève sur l'avenir crépusculaire de la famille Wagner pendant la Seconde Guerre mondiale et l'effondrement du IIIe Reich. Ni autofiction, ni roman, ni essai historique, ce livre est un hommage à l'énergie des femmes et un portrait de biais de cette personnalité ambiguë, touchante ou détestable. Fidèle à son univers de fascination et de relecture critique des grands mythes du XXe siècle, Christophe Fiat signe là, dans son style incomparable, une reconstitution historique traversée du souffle épique qui emprunte à la vie artistique de l'Europe moderne autant qu'à la littérature ou au cinéma.

    Ma note :

    culture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unis

    Broché : 16 euros

    Un grand merci aux Éditions Philippe Rey pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Si l'éclectisme comme philosophie de vie se retrouve aussi dans ma bibliothèque, j'affiche malgré tout quelques préférences ; évolutives non parce que l'on se renie mais que l'on devient davantage soi avec le temps comme le disait justement Joyce Carol Oates. J'affiche ainsi un penchant maintes fois revendiqué pour les premières oeuvres - auxquelles j'ai même consacré une catégorie. Moins affiché - encore que - parce que cet attachement croissant est relativement récent, mon goût prononcé pour les romans biographiques ou biographies romancées, romans extrêmement bien documentés mettant en scène des personnages plus ou moins célèbres, s'inspirant largement des faits réels tout en s'autorisant des libertés narratives et permettant d'aborder histoire et culture générale de manière moins rigide, moins factuelle. Cosima, femme électrique est de ceux-là.

    Après un ouvrage intitulé Héroines (actuellement indisponible) consacré à Courtney Love, Sissi, Wanda de Sacher-Masoch, Isadora Duncan et Madame Mao, femmes puissantes et provocantes chacunes à leur manière, Christophe Fiat profite de l'Année Wagner (2013 marque le bicentenaire de la naissance du compositeur allemand) pour rendre hommage à une autre femme d'envergure, Cosima, faisant un peu revivre, par le prisme de celle qui fut sa maîtresse avant d'être sa femme, l'un des plus grands génies de la musique classique européenne.

    Parce que Cosima écrivit pendant la plus grande partie de sa vie des dizaines de cahiers personnels, l'auteur a naturellement choisi la forme du journal intime pour plonger le lecteur au coeur de l'existence, des pensées et des émotions de Madame Wagner.

    Quelle femme ! Fille de Marie d'Agoult et de Franz Liszt (autre monstre sacré de la période romantique), d'abord épouse du chef d'orchestre Hans von Bulow, c'est aux côtés de Richard, envers et contre tous, que Cosima prit toute sa mesure. Couple fusionnel et passionné, protégés et financés par Louis II de Bavière, ils entretinrent des amitiés aussi prestigieuses que celle d'avec Nietzsche et fondèrent ensemble, non sans mal, l'immense festival lyrique de Bayreuth.

    Entière et ardente, Cosima aima inconditionnellement Richard, de ses vertes années jusqu'à sa mort ; elle fut pour lui maîtresse, femme, amie, amante, confidente, un peu mère, surtout muse. Fervente et indéfectible admiratrice du génie de son mari adulé, elle donna à leurs enfants le nom des héros de ses oeuvres musicales. Bien que dévouée corps et âme à Wagner, elle se révéla mère attentive et protectrice à l'esprit de clan mais loin de se satisfaire de la place de fille de, femme de, mère modèle et au foyer, cette rebelle ambitieuse et intellectuelle se revela déterminée et avisée pour mener à bien le grand projet de sa vie : Bayreuth.

    Comme toute médaille, Cosima avait son revers : un caractère bien trempé que certains n'hésitaient pas à qualifier d'odieux, des fragilités nées de sa relation à ses parents et de sa dévotion à Richard qui, tout génie qu'il fut, n'était qu'un homme... et surtout une haine de la France et un antisémitisme virulent qu'il faut, sans les excuser, replacer dans leur contexte.

    Dans un style simple et direct, Christophe Fiat dresse, sur le ton de la confidence, un portrait fascinant de cette femme méconnue en dehors du cercle mélomane. Ce texte se lit avec un plaisir aussi intense que l'était cette femme atypique, évidemment accru par un fond musical que tout un chacun saura deviner sans qu'il soit besoin de le préciser...

    Ils en parlent aussi : Camille de Joyeuse, Audrey.

    Vous aimerez sûrement :

    Madame Hemingway de Paula McLain

    Beauvoir in love d'Irène Frain

    Alabama Song de Gilles Leroy

    Accordez-moi cette valse de Zelda Fitzgerald

    La déesse des petites victoires de Yannick Grannec

    Loving Frank de Nancy Horan

    Ciseaux de Stéphane Michaka

    L'aimer ou le fuir de Delphine de Malherbe

    Souvenirs d'un pas grand-chose de Charles Bukowski

    Extraits :

    Je me dis que, si les femmes sont indifèles, c'est parce qu'on les contraint à être fidèles, sinon, elles aimeraient leurs maris passionnément.

    ...

    Dans un essai qu'il consacre au même moment à Beethoven, il dépeint la France comme un pays où les ravages de la mode et la décadence morale esthétique détruisent tout. La mode : il écrit que les classes supérieures ont cessé de donner le ton et laisse ce soin à la nouvelle classe des parvenus qui sont très important en nombre. La morale : il dénonce la démocratisation du goût artistique et prétexte que le peuple n'a rien à y gagner parce que le goût s'émousse. Il conclut que, si la mode a pris la place de la culture, le Français est certainement moderne car il domine la mode. Sur ce point, il rejoint Nietzsche, si ce n'est que le philosophe aime la pensée française, ce qui me pose problème.

    ...

    Ça y est, la France capitule et j'exulte. Quel soulagement ! Richard parle de la suprême vertu virile qui manque aux Français : l'obéissance.

    ...

    "Nous partons pour la place Saint-Marc où nous avons le plaisir d'un magnifique coucher de soleil ; le retour est merveilleux parmi les lueurs d'étoiles et le son des cloches. Et le soir R. conclut cette journée en nous lisant plusieurs scènes de Roméo et Juliette (scène du balcon, mort de Tybalt, le mariage, les adieux), nous sommes extrêmement émus, lui-même est en larmes. Mais qui pourrait jamais le décrire ou même le peindre quand il fait de telles lectures ? Son visage rayonne, ses yeux sont absents et brillent pourtant comme des étoiles, sa main est magique, au repos, en mouvement, sa voix a la douceur de l'être comme au travers des déserts.

  • Du bleu sur les veines de Tony O'Neill

    À paraître le 13 février 2013.du bleu sur les veines.jpg

    13e Note Éditions - 315 pages

    Présentation de l'éditeur : Voici le portrait d’un jeune Anglais échoué à L.A. et dont la vie bascule sans transition de la scène musicale au quotidien des junkies et à l’univers de la rue. Au-delà du thème de l’addiction, Tony O’Neill évoque l’essentiel : notre capacité à rester honnêtes et authentiques dans un monde qui ne nous le permet plus vraiment. Notre héros a de gros soucis : une femme qu’il connaît depuis deux jours à peine, pas de job, pas d’argent et un budget stupéfiants ayant explosé depuis longtemps toutes les limites, dans un Los Angeles qui n’a jamais fait de concessions aux égarés. Mais là n’est pas le principal intérêt du roman. Oui, on y trouve des histoires de deals, d’amitié perdue, de souffrance, de sexe et de relations superficielles. Bien sûr il y a les motels pourris, les crises de manque, les cliniques de méthadone et la recherche permanente du high. Et non il n’y a aucun romantisme, aucune morale, et pas de retour des ténèbres vers la lumière. Mais ce douloureux et croissant besoin de dope, qui vous fait pactiser avec le Diable, est aussi une quête sans fin pour trouver un sens à sa propre vie. Et c’est ce qui propulse Du bleu sur les veines bien au-delà du traditionnel parcours fléché « addiction / rédemption ». L’aventure d’un musicien-écrivain qui cherche en lui-même ce qu’il y a de plus précieux : l’amour.

    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Annie-France Mistral.

    Ma note :

    culture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unis

    Poche : 9,50 euros

    Un grand merci à 13e Note Éditions pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Trash, défonce, désenchantement, perdition, rejet de la société, du système, esprit underground... Si ces mots ont une résonance particulière en vous, il vous faut dès demain vous procurer la nouvelle parution des éditions 13e Note, Du bleu sur les veines de Tony O'Neill.

    D'une plume ardente à dix mille lieues d'une énième confession d'un mec ayant connu l'enfer de la drogue et trouvé le chemin de la rédemption, il raconte. La curiosité. La descente aux enfers. L'espoir.

    Il suffit de lire la présentation de l'éditeur ci-dessus ainsi que les deux extraits grassés ci-dessous pour appréhender la puissance de ce récit, dans l'esprit, quoique bien au-delà, du néanmoins incontournable Flash ou le Grand Voyage de Charles Duchaussois.

    Une fois troquée sa seringue contre sa plume, Tony O'Neill transcende un sujet déjà maintes fois traité avec plus ou moins d'intérêt. Ce musicien-écrivain drogué, dont la carcasse a plongé dans la crasse mais dont la plume a été touchée par la grâce, nous raconte donc avec la "clarté et la concision typiques des junkies" cette aventure au bout de lui-même guidée par le désir de fuir, d'oublier un monde en perdition. Il donne naissance à une écriture percutante qui ne "s'embarrasse par de fioritures".

    Il dévoile tout, ne cache rien, assume, un point c'est tout. Il relate sans concession cette folie. Tantôt pathétique, tantôt lâche, comme cette scène déroutante où, confronté à sa copine en pleine overdose, il se shoote, pique toute la dope et se tire, la laissant entre la vie et la mort. Même au coeur du coeur de l'horreur et de la déchéance, il arrive pourtant à faire de l'humour, plus souvent de l'ironie. Et finalement, dans toute cette noirceur, reste éternellement présent à l'esprit du poète, tout drogué qu'il soit, l'amour, seule immuable émotion porteuse de cet inextinguible espoir, qui peut détruire autant qu'il peut sauver.

    J'ai volontairement renoncé à inclure dans mes extraits les magnifiques descriptions des scènes de défonce qui, sorties de leur contexte, pourraient passer pour une apologie de la drogue. Ce serait trahir l'auteur qui ne souhaite ni vanter, ni condamner. Juste raconter. Expliquer le pourquoi et le comment de cette errance sans cesse répétée, aussi lucide qu'incontrôlable. De l'impuissante conscience.

    "Au long de ses phrases dévastatrices, les mots caracolent en furieuses résurgences". "Au fil de ces pages hurlantes", Tony O'Neill fascine autant qu'il apitoie voire dégoûte, mais "quelques lignes suffisent pour pièger le lecteur dans ce monde de freaks, de musiciens accros au crack, ce monde où, de motels sordides en appartements délabrés, les organismes éprouvés par la dépendance enchaînent deals malsains, overdoses, amours brisées."

    Une chose est sûre, l'on ne sort pas indemne de ce texte. Moins naïf, moins condescendant, moins apte à juger et condamner.

    Si l'on ajoute à cette magistrale narration une magnifique préface de James Frey intitulée "Le Dickens déjanté du XXIe siècle" ainsi qu'une postface exceptionnelle de Dejan Gacond accompagnée de deux photographies de Kit Brown, l'on se demande quelle excuse pourrait bien crédibiliser le fait de s'abstenir de cette lecture.

    Vous aimerez sûrement :

    L.A. Story de James Frey

    Demande à la poussière de John Fante

    Travaux forcés de Mark SaFranko

    Sur la route de Jack Kerouac

    Souvenirs d'un pas grand-chose de Charles Bukowski

    Courir avec des ciseaux d'Augusten Burroughs

    Extraits :

    (...) le vrai talent de Tony, c'est d'avoir su capter ce qui se passe dans la tête d'un junkie. La pulsion de mort d'un drogué, qui, vue de l'extérieur, peut paraître abyssale à qui tente de la comprendre, est ici analysée dans le détail à la perfection. Son refus d'emprunter les sentiers battus et rebattus des habituelles "confessions d'un héroïnomane" est rare et stimulant.

    ...

    Merci à tous ceux qui ont essayé cent fois de me tirer de la merde (...). Merci à tous les dealers qui ont été réguliers et ne m'ont pas arnaqué.

    Enfin, merci à tous les junkies, voleurs, putes, rebelles, ratés, partis-en-vrille, foutraques et dealers : nous sommes les derniers humains réellement libres sur cette planète contrôlée par les flics et les hommes politiques pourris. Il est grand temps que tout le monde s'oppose maintenant à LA GUERRE CONTRE LA DROGUE.

    ...

    Je suis au-delà de la vie et de la mort, au-delà de l'ennui et de la folie. Pendant que je dérive, suspendu dans mon paradis artificiel, je me fais une promesse. Si ça s'arrête un jour, si je m'en tire, j'écrirai tout. Je dois me souvenir de tout, je ne veux pas avoir vécu ces années pour rien.

    ...

    Pour couronner le tout, il y avait ce roman en suspens qui attendait au pied de mon lit, presque deux cents pages de masturbation intellectuelle complaisante. Il me narguait tous les soirs lorsque je me couchais et je craignais de ne jamais pouvoir le finir.

    ...

    Bien que je travaille à la maison, elle me prend pour un glandeur. Même si elle ne le dit pas, elle m'en veut de gagner autant d'argent qu'elle, simplement en écrivant deux heures par jour.

    ...

    Je regarde la télé. Je trouve le visage difforme de ces journalistex au brushing impeccable, trop nourris et trop bronzés, encore plus ridicules, hystériques et grotesques que d'habitude. Je n'arrive pas à comprendre ce qu'ils disent, une bouillie idiote sans queue ni tête de ragots sur des people et de blagues nulles entre présentateurs minables. J'en viens à être presque nostalgique de la diction snob de ceux de la BBC. Eux au moins, on a pas l'impression de s'abrutir en les écoutant.

    ...

    C'était triste à voir. Il avait l'air d'un pantin. Il ne contrôlait plus rien de sa vie.

    ...

    Il a la profondeur de ceux qui ont ressenti dans leur chair la terrible absurdité de la vie et de la mort.

    ...

    - T'as dormi quand la dernière fois ?

    - J'ai fait une petite sieste dimanche.

    - Ca fait pas lourd depuis vendredi matin...

    - Mouais. Et alors ? Dormir, ça fait chier.

    (...)

    - RP, où est-ce que tout ça nous mène ?

    - À la mort. On va tous crever. Toute la ville va crever. Le monde entier va crever. Tu ne le vois pas ? Tu ne le sens pas ? On vie les derniers jours de Rome, l'empire s'effondre. Nous, on fait le seul truc qu'il nous reste à faire.

    ...

    Je me sens nul, archinul, j'ai regressé au point de me foutre de tout ce qui peut bien arriver.

    ...

    Je n'aurais jamais le cran de tenir ma promesse. Pire que ça, je n'aurais jamais assez de dignité pour le faire. Comment je peux continuer comme ça ? À foutre en l'air toutes mes chances, à tomber amoureux en me trompant perpétuellement de personne, à rater tout ce que j'entreprends, à poser des mines au lieu d'avoir la sagesse de me bouger le cul et de me tirer ! Le courage d'en finir dans une apothéose magnifique et pour une fois authentique ! Mais envisager le suicide me dépasse. Autant que ma vie s'achève comme elle s'est déroulée jusqu'à présent... à petit feu et dans une absolue absurdité.

    ...

    RP voit le bleu sur mon bras et me lance un coup d'oeil soupçonneux. Je le regarde droit dans les yeux ; rien n'est dit, mais il devient en une seconde le premier de la bande à savoir que je me shoote. Je le remercie de ne m'avoir jamais fait la morale. En bon épicurien qui se respecte, il ne se serait pas permis de balancer ce genre de conneries condescendantes.

    ...

    Ici, sur un coup de tête, je trempe mon doigt dans le sang qui me coule sur le bras et je peins un cadre autour du dessin fait par la shooteuse qui s'est mis à dégouliner. Je recommence et gribouille une signature illisible en dessous. Parfait ! Je suis le Jackson Pollock des junkies.

    ...

    Depuis, ma vie s'est transformée à toute vitesse. Mes amis ont considérablement changé d'attitude envers moi. Je ne leur ai pas caché ce que je faisais, résultat, je les ai vus de moins en moins.

    ...

    Très vite, je cesse complètement d'avoir envie de sortir dans les bars. Mes anciens potes m'ennuient. On ne s'intéresse plus aux mêmes choses depuis longtemps. Leur appétit insatiable pour l'alcool et le speed me tape sur les nerfs. Je trouve ça puéril. J'aime mieux rester chez moi, seulement moi, ma musique et ma came, que me joindre à leurs virées dans des clubs ou des fêtes. Je m'installe très rapidement dans cette routine solitaire. Je me réveille au milieu de la matinée, premier fixe, j'écris pendant quelques heures, deuxième fixe, et ensuite, prise de tête, il faut dégoter du blé pour aller pécho.

    ...

    Mais ça crée aussi une dépendance incontrôlable qui, tant qu'elle dure, pousse à faire n'importe quoi pour s'en procurer et éviter la descente. Dans ces cas-là, je suis absolument capable de voler mes amis, de leur mentir et de faire n'importe quoi pour en avoir encore. Rien à voir avec l'envie d'arnaquer. Il s'agit simplement de satisfaire un besoin irrépressible. Quand je n'ai plus de coke et que je disjoncte à la perspective de retomber dans un état normal, prendre en considération le bien et le mal me paraît un luxe ridicule.

    ...

    Dès notre naissance, nous sommes obligés de nous soumettre à des institutions complètement hypocrites et ridicules comme l'école, l'État, Dieu, la police, le gouvernement, le mariage, à des notions comme le travail, l'idéal du bon citoyen (comme si ça avait un sens), la santé mentale, l'éthique. Tout ça nous est imposé au fil du temps par les culs-bénits conservateurs qui ont transformé ce monde en une farce grotesque depuis qu'existe le concept de société. C'est pourquoi il est nécessaire, pour financer le train de vie de ces personnes, qu'une société stupide et malade continue à bosser, à payer des impôts et à aller mourir sur des champs de bataille. C'est une situation complètement artificielle. Elle crée une sorte de crise existentielle de masse, un trouble psychologique collectif qui se manifeste par des émeutes, des meurtres, des suicides et des guerres. La façon que j'ai choisie pour gérer cette pathologie a été de me shooter, l'alternative étant de commettre un massacre.

    ...

    - Je te promets, ça finit toujours par s'arranger, souviens-toi de ça, ça finit toujours par s'arranger.