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italie

  • La Fresque d'Éliane Serdan

    Éditions Serge Safran - 158 pagesculture,littérature,livre,roman,histoire,italie,liban,amour

    Présentation de l'éditeur : À Sienne, au XVe siècle, un despote cynique est en butte à l'opposition de quelques grandes familles. La découverte d'un complot marque le début d'une répression sanglante. Trahi par ses proches, Gian Di Bruno se réfugie en territoire florentin, dans la demeure inhabitée d'un ami. C'est le début d'un long exil qu'une servante, un chien et quelques messagers ne peuvent distraire. La rencontre de l'amour en Lelia Chiarimonti, malgré l'illusion d'un bonheur passager, participe de la perte progressive de ses repères. Alors qu'il a tout perdu, et se sent désormais plus solidaire des arbres que des hommes, l'écriture, enfin, lui permet de donner un sens à sa vie. Comme le vieux frêne solitaire et dénudé qu'il contemple devant la maison et dont les samares ont attendu l'hiver pour mûrir, il entre dans sa dernière saison, celle où il va porter ses fruits. D'origine levantine, Éliane Serdan est née en 1946 à Beyrouth. Elle passe son enfance à Draguignan, avant de faire ses études à Aix-en-Provence et Montpellier. Aujourd'hui, elle vit à Castres, dans le Tarn, où elle se consacre à l'écriture. La Fresque est son troisième roman.

    Ma note :

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    Broché : 12,50 euros

    Un grand merci aux Éditions Serge Safran pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre.

    Ne vous y trompez pas, si les premiers mots de la jaquette campent l'histoire au Quattrocento, siècle charnière entre le Moyen-Âge et la Renaissance, et en Italie, étroitement liée à cette époque dans l'imaginaire occidental, il ne s'agit nullement d'un roman historique.

    Le contexte n'est que prétexte, alors que les guerres d'une Italie divisée en nombreux royaumes font rage, à l'exil du protagoniste, Gian di Bruno, dans une région reculée de Toscane. Car c'est bien l'exil qui est au coeur de ce roman, "le thème principal de tous mes livres parce que je leur demande avant tout de me consoler de l'exil" comme le dit Éliane Serdan, Libanaise de naissance et Française d'adoption dès l'enfance.

    Finalement, le récit pourrait aussi bien se passer en tout temps et en tous lieux. C'est l'intemporalité de l'exil et de l'expérience intérieure qu'il induit qui est au coeur de la narration. Contraint à la fuite par ses ennemis politiques, Gian di Bruno se retrouve en pleine nature, seul face à lui-même. Cette découverte de la solitude a priori angoissante et oppressante sera le commencement d'un cheminement intérieur en plusieurs phases qui le conduira à se découvrir vraiment. De rencontres amicales en fièvres amoureuses en passant par le retour sur son passé plus ou moins lointain, il fera le point sur ses émotions et atteindra maturité, vérité identitaire profonde et accomplissement personnel. C'est dans l'écriture qu'il trouvera la plénitude.

    Ce récit, très épicurien en somme, est servi par une écriture épurée. Un dépouillement entretenu par l'auteur, ancienne professeur de lettres, en guerre permanente contre le superflu pour toucher à l'authentique dans son plus simple appareil. Son style minimaliste n'en est pas moins d'une extrême précision et d'une éloquence saisissante sur les étapes existentielles qu'elle égrène comme les saisons.

    Passé injustement inaperçu, La Fresque s'est d'ailleurs vu décerner le Prix Tortoni, créé en 2009, récompensant des titres dont la grande qualité a semblé au jury trop ignorée ou pas assez reconnue par les médias. Ce n'est que justice pour cette fresque bucolique et poétique dans laquelle le héros, au fil de ses raisonnements philosophiques voire mystiques, parvient à trouver sa juste place, à "arriver, un soir, dans un pays retrouvé, dans une maison d'enfance, après avoir longtemps cherché, et lire enfin, sur un visage familier, que l'errance est finie." Une conclusion bien plus optimiste que la vision de l'auteur qui "sais maintenant que ce pays n'existe pas". Elle illustre ainsi brillamment la citation de Fernando Pessoa qui disait que "la littérature est la preuve que la vie ne suffit pas". Un texte délicat et profond qui invite à l'introspection et à l'apaisement.

    Ils en parlent aussi : Stéphane, Isabelle.

    Vous aimerez sûrement :

    La rive sombre de l'Èbre de Serge Legrand-Vall

    Les arbres voyagent la nuit d'Aude Le Corff

    Et rester vivant de Jean-Philippe Blondel

    La silencieuse d'Ariane Schréder

    Juste avant le bonheur d'Agnès Ledig

    Petit art de la fuite d'Enrico Remmert

    Je ne suis pas celle que je suis de Chahdortt Djavann

    La nuit ne dure pas d'Olivier Martinelli

    Dieu est un pote à moi de Cyril Massarotto

    Ce parfait ciel bleu de Xavier de Moulins

    L'amour sans le faire de Serge Joncour

    Les déferlantes de Claudie Gallay

    Extraits :

    J'avais cru, jusqu'ici, que l'art n'avait d'autre intérêt que d'embellir une église ou d'enrichir un palais. Je découvre qu'il est nécessaire à la vie.

    ...

    Au cours des derniers mois, j'ai vu mes amis assassinés ou contraints de fuit. Ma femme est morte, il y a des années, et je refuse d'appeler famille , un fils et des neveux qui ont pris le parti du tyran. J'ai tout perdu, l'argent, le luxe et le pouvoir. Mais la perte la plus douloureuse est d'une autre nature.

    L'exil est avant tout la fin d'une harmonie. Quand je vivais à Sienne, je ne prenais jamais le temps de contempler la fuite des cyprès ou l'ocre d'un chemin mais je sais, maintenant que s'instaure entre le paysage et moi un désaccord de tous les instants, quelle était la force du lien qui nous unissait.

    La fin de la pluie me rendra un décor où rien n'est familier. Même les nuages me sont étrangers. Ils me chargent d'errance, égaré, sans repères. Et pas un mouvement, pas un sentier qui donne envie de le suivre, pas une couleur qui éveille en moi l'élan.

    ...

    Certaines périodes de notre vie glissent sur la mémoire sans y adhérer.

    ...

    La souffrance est là. Je croyais savoir ce que signifiait ce mot. J'avais, comme tous, connu la douleur physique, les chagrins de la séparation, la morsure de la trahison. Mais rien n'est ciomparable à ce morcellement, à ce va-et-vient intérieur qui m'agite comme une eau trouble. Ma mémoire vagabonde fait défiler devant moi des images que je ne peux pas contrôler. Je cherche en vain, pendant le jour, à échapper à ce chaos douloureux. Tout m'atteint. Tout me blesse.

    Le soir, enfin, me ramène à moi-même. Dans la lumière des premières flammes, l'inquiétude s'apaise.

    Comme une bête immonde relâcherait son étreinte, l'angoisse se fait lointaine. Et je la reharde, étonné de la trouver insignifiante, ne comprenant pas comment elle a pu me disloquer.

    ...

    Il était laid et d'allure ordinaire. Je me faufilais déjà derrière une tenture en direction de la porte, quand sa voix s'éleva.

    Je m'arrêtais, subjugué. Il me sembla que je n'étais plus seul. Un autre que moi rêvait, et donnait à sa rêverie une forme qui me la faisait partager. Je regardai autour de moi : la magie opérait sur tous les convives.

    Il existait dont un moyen de concrétiser les rêves : ce moyen, c'était les mots...

    À partir de ce jour, je n'eus plus qu'une idée : grandir, devenir à mon tour jongleur de mots. Je passais des heures à essayer de déchiffrer les livres que je subtilisais dans la bibliothèque de mon père.

    ...

    Je ne sais qui de nous a cédé le premier à l'élan qui le portait vers l'autre, ni quel signe invisible a rompu les digues qui m'isolaient depuis tant d'années. J'ai senti brusquement pendant que je la tenais contre moi, la vie affluer. Dans ma mémoire, une voix s'est mise à chanter.

    C'était un air très ancien que j'avais oublié. Il disait la joie et la douleur. Il disait la folie des amants.

    L'accord privilégié qui se crée en amour n'est semblable à aucun autre accord. Quand il a pu s'instaurer, il est prêt à renaître à chaque rencontre. La main qui reconnaît notre main. La voix qui fait naître en nous une voix dont jamais nous ne nous sommes servis avec d'autres. Le rythme qui nous ramène à notre cadence profonde, celle d'avant les masques et les faux-semblants, celle de l'enfance.

    ...

    J’écris toutes les nuits, l’écriture ne me console pas de la vie. Elle m’en donne une autre.

  • Petit art de la fuite d'Enrico Remmert

    Éditions Philippe Rey - 236 pagesculture,littérature,livre,roman,citation,italie,rentrée littéraire

    Présentation de l'éditeur : Trois trentenaires turinois se retrouvent embarqués dans un voyage improbable du nord au sud de l’Italie : Vittorio, violoncelliste torturé et hypocondriaque ; Francesca, sa fiancée de toujours au bord de la rupture ; Manuela, leur amie loufoque, gogo-danseuse et monitrice d’auto-école à ses heures perdues (ou l’inverse)... Rapidement, avec l’ex de cette dernière aux trousses, le voyage dans la poussive Baronne à doubles commandes devient une course-poursuite, une épopée déjantée et douce-amère où chacun se révèle. Au fil des kilomètres et des rencontres, les liens se nouent et se dénouent, les événements prennent une dimension initiatique, les choix s’expliquent et les masques tombent. Dans ce récit à trois voix, servi par une écriture inventive, Enrico Remmert brosse avec justesse le tableau d’une jeunesse déboussolée mais avide de rêves. Entre humour et gravité, ironie mordante et poésie, il signe un roman réjouissant.

    Ma note :

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    Broché : 18 euros

    Ebook : 12,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Philippe Rey pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre.

    Trois jeunes gens paumés prêts à sauter sur le moindre concours de circonstances pour s'évader, c'est le casting de ce road movie ; rien que de très classique jusque-là. Ajouter à leur fuite en avant une course poursuite endiablée, des rencontres insolites et des aventures inattendues, là encore, on ne sort pas des ficelles du genre.

    Alors, à quoi bon lire cette énième épopée rocambolesque et mouvementée plantée dans une Italie certes majestueuse mais, pour enfoncer le clou, déjà maintes fois arpentée ?

    Tout simplement parce que Remmert parvient à transcender une idée de départ somme toute assez banale grâce à une écriture virtuose qui nous conduit hors les sentiers battus du "livre sur la route".

    Plus qu'une virée déjantée, ce périple imprévu - que les protagonistes vont choisir de prolonger -, est l'occasion pour chacun de mettre sa vie en pause, de faire une parenthèse existentielle durant laquelle ils vont pouvoir lâcher la pression, faire le point, se découvrir eux-mêmes et entre eux, prendre des décisions qui vont tout changer (ou non) et se (re)construire.

    Une expédition dont on dévore les pages, tourneboulés d'émotions puissantes, entre rire et larmes, évidence et étonnement, sérénité parfois, inquiétude souvent, mais toujours avec bienveillance et empathie. Servie par des chapitres courts, des dialogues tantôt pénétrants, tantôt cocasses et des envolées poétiques saisissantes, l'histoire est rythmée, intelligente, belle, drôle. C'est tout à la fois urgent et délicat, ciselé à la perfection, surprenant.

    Le récit de ce drame effréné entre humour et mélancolie fait alterner les voix de Francesca, son fiancé Vittorio et son amie Manu, dont les relations sont absolument croustillantes ; un parti pris narratif qui offre une analyse idiosyncrasique de certaines scènes, traduisant à la perfection l'incipit :

    De chaque récit il existe trois versions : la tienne, la mienne et la vérité.

    L'on plonge ainsi dans l'intimité de chacun, découvrant au fur et à mesure le pourquoi des tourments de ces jeunes gens terriblement contemporains. De jeunes adultes bousculés par leur époque, plus si jeunes mais pas encore vieux, à cet âge entre deux eaux, où l'hésitation, les doutes, les craintes sont à leur apogée. Englués dans leur quotidien, entre poids du passé et questionnements sur l'avenir, ces trois héros normaux, à la fois simples et complexes, ambigus et pétris de contradictions, sont tout simplement en quête de cet inaccessible bonheur. Des humains en somme ; que l'on aime parce qu'ils nous ressemblent.

    L'évolution psychologique et relationnelle de ce trio de largués de la vie est fascinante, touchante et souvent désopilante. Sous couvert d'action, l'écrivain livre une réflexion douce-amère sur la connaissance de soi, des autres, les blessures que l'on se trimballe, les complications que l'on se crée... et surtout un joli message d'espoir...

    La fuite n'est pas un antidote. Elle est un art et Enrico Remmert en est le maître. De sa plume jubilatoire, il nous fait tailler la route pour nous conduire sur les chemins de traverse de nos émotions et de nos aspirations et on en redemande ! C'est sans doute parce que l'auteur est également scénariste et réalisateur de courts métrages qu'il a une écriture aussi fluide, orale autant que visuelle, parfaitement séquencée. L'on a qu'une envie, c'est d'en voir une adaptation cinématographique qui ne pourrait que bigrement bien fonctionner.

    Bref, Petit art de la fuite est de ces livres qui font du bien à l'âme et qui vous font réfléchir dans le bon sens.

    Après Vous ne connaître ni le jour ni l'heure de Pierre Béguin et La Silencieuse d'Ariane Schréder dont je parlerai très prochainement à l'occasion de sa sortie, les Éditions Philippe Rey ne laissent pas de me surprendre et je ne saurai trop vous conseiller de vous pencher sur ce catalogue riche de réjouissances littéraires !

    Ils en parlent aussi : Wigwe, Kamana, Marianne, 20minutes.

    Vous aimerez sûrement :

    Les témoins de la mariée de Didier Van Cauwelaert

    La nuit de dure pas d'Olivier Martinelli

    Homo erectus de Tonino Benacquista

    Interdit à toute femme et à toute femelle de Christophe Ono-dit-Biot

    Les lisières d'Olivier Adam

    L'amour sans le faire de Serge Joncour

    L'Agrément de Laure Mézarigue

    Extraits :

    Voyager, comme raconter - comme vivre -, c'est laisser de côté : un pur hasard vous porte vers un rivage et vous en fait éviter un autre.

    Claudio Magris, Microcosmes

    ...

    (...), puisque tu n'es pas la fille que tu voudrais, autant être comme les autres, au moins tu es certaine de ne pas être la seule à ne rien valoir.

    ...

    Je suis une thérapie stricte à base de bière, et si je bois c'est à cause de la grande inscription memento mori que dégage toute chose. Je bois parce que je tremble de peur à tout instant, et je tremble de peur parce que je constate que personne, autour de moi, ne tremble de peur à tout instant. Je sens les minutes s'écouler à la fois très lentement et très vite, entraînées toutes ensembles et grinçant les unes dans les autres comme les planches d'une embarcation.

    ...

    Ce qui se produit est difficile à décrire, c'est un de ces moments qu'on déforme inévitablement quand on essaie de les analyser.

    ...

    "Quel est le pire aspect de votre métier ?" Très réfléchi jusque-là, il avait répondu du tac au tac : "Les trois minutes qui précédent mon entrée en scène. Je ne les souhaite à personne, pas même à mon pire ennemi."

    "Imagine ces trois minutes, avait aussitôt déclaré Vittorio. Tu déambules nerveusement, aussi tendu qu'une corde, l'estomac en feu, les entrailles entortillées, dures comme du bois, le coeur battant le chamade, en proie à des bouffées de chaleur, des frissons et...

    - Il n'y a là rien d'exceptionnel, avais-je interrompu. Tout le monde connaît cette sensation. Les trois minutes qui précèdent un examen ou un entretien d'embauche, ou encore une entrée sur n'importe quelle scène. Pas besoin d'être Pavarotti pour le savoir."

    Il m'avait saisi la main. "Mais moi, je vis ces trois minutes vingt-qutre heures sur vingt-quatre."

    ...

    Puisque tu le détestais autant, pourquoi es-tu restée avec lui jusqu'à ce matin ? (...) Je ne sais pas. Le problème, c'est peut-être que je le détestais trop. En l'absence d'un sentiment intense, la haine peut dégénérer en amour.

    ...

    Je vois dans les agences de voyage des lieux de tri émotif, et dans la frénésie à voyager des gens de mon âge non de la curiosité envers le monde, mais une tentative d'exporter leur malaise : changer leur insatisfaction de place en la transplantant dans un autre décor, exiger brutalement de la distance ce que le temps ne pourrait offrir que petit à petit.

    ...

    (...) tu as le don de t'absoudre, tu es compréhensive avec toi-même, l'indulgence que tu te réserves est une de tes plus grandes qualités.

    ...

    "Les vieux radotent. Les jeunes n'ont rien à dire. L'ennui est réciproque."

    ...

    "Parce que je ne crois pas dans les gens. La plupart d'entre eux sont des imbéciles qui vous klaxonnent dès que le feu passe au vert et achètent des caleçons de marque. Alors faire la révolution pour eux... Et dans quel but ? Donner à quelqu'un d'autre la place d'honneur à table. Voyons ! Moi, je ne crois qu'à la révolution de moi-même."

    ...

    "Tu me manques."

    J'ai pensé qu'il n'avait pas accompli un gros effort pour m'écrire ces trois mots. Il m'a fallu un moment pour m'apercevoir que c'était ceux-là mêmes que j'apprêtais à lui adresser. Cela m'a rendue plus compréhensive : on ne peut pas se mettre à inventer des termes pour communiquer à l'autre qu'il nous manque.

    ...

    Dans une nouvelle - de Galeano, je crois -, une équipe va réaliser dans la jungle un documentaire sur la vie des Indiens. Une fillette du coin se met à tourner avec insistance autour du cinéaste ; impatienté, celui-ci finit pas demander à l'interprète ce qu'elle veut. La fillette explique que ses yeux bleus l'impressionnent, elle n'en a jamais vu de semblables. "Je veux savoir de quelle couleur tu vois les choses", dit-elle. Le cinéaste sourit et répond : "De la même couleur que toi." Alors la fillette réplique : "Comment tu peux savoir de quelle couleur je vois les choses ?"

    ...

    "L'ennui est réciproque chez la plupart des gens. La grande majorité d'entre eux ont le coeur éteint, ils ne vivent que d'obscurité réflétée. Mais vous, vous n'êtes pas comme ça."

    ...

    "Les gens voyagent pour s'étonner des montagnes, des mers et des étoiles... puis ils passent à côté d'eux-mêmes sans s'en apercevoir."

    ...

    - Bon. Dans ce cas, tu sais peut-être que le grand Pablo a peint le portrait de Gertrude Stein. Le résultat déplut à Gertrude qui objecta qu'il ne lui ressemblait pas. Tu sais ce que répliqua Picasso ?

    - Non.

    - Alors essayez de lui ressembler.

    ...

    "C'est bizarre, nous nous croyons tous plus malheureux que les autres."

    ...

    Tous les endroits sont des lieux de perdition. Quand on a l'intention de se perdre, on peut le faire n'importe où, c'est un choix personnel, l'endroit n'a rien à voir là-dedans (...).

    ...

    "Quand j'étais petite, j'imaginais l'avenir comme une promesse. Au lieu de ça, il s'est changé en menace. D'abord progressivement, puis tout d'un coup. Pourquoi ?"

    ...

    Les statistiques nous annnoncent le nombre d'individus que l'alcool tue. Mais personne n'est capable de dire combien il en sauve, telle est la vérité.

    L'alcool n'est pas la maladie : l'alcool, c'est le traitement. La maladie, c'est la vie. Quand on pense que la réalité marche, on n'a pas besoin de boire, mais quand on tremble sans savoir pourquoi, cela devient indispensable.

    ...

    "La vie est un état d'esprit"

    ...

    J'ai pensé que le secret des couples qui marchent réside peut-être dans le fait qu'ils parviennent, en vertu d'une combinaison de facteurs incontrôlables, à changer harmonieusement par de petits mouvements et des secousses simultanées leur permettant de marcher en toutes circonstances du même pas, donc côte à côte, jamais l'un derrière l'autre.

    ...

    "Je me demande parfois pourquoi tout le monde finit par tromper tout le monde mais refuse de rompre.

    - Et qu'est-ce que tu y réponds ? interroge Manu.

    - Je ne sais pas. Je crois que cela repose toujours sur la même raison : concilier un besoin et un désir. Le besoin de sécurité et le désir d'éprouver de nouvelles émotions."

    ...

    Vous croyez qu'il est possible de tomber amoureux de quelqu'un en l'espace de vingt minutes ? D'après moi, non. D'après moi, en général, on tombe amoureux en beaucoup moins de temps que ça.

    ...

    La souffrance ne suffit pas.

    Il faut éprouver de l'enthousiasme pour sa propre souffrance.

    ...

    (...) je vis parfois non comme un être humain mais comme un chercheur, l'existence est mon laboratoire et je suis moi-même une expérience.

    ...

    (...) un des trois secrets pour être heureux consiste à avoir la mémoire courte (...).

    ...

    Je pense aux être fragiles que nous sommes : un geste violent auquel nous avons assisté dans notre enfance peut nous harceler toute la vie. Un événement uniquement vu, non subi, peut influer sur nous en profondeur. Un épisode dont nous n'avons même pas été témoins peut nous changer définitivement.

  • Le Futurisme, manifeste & bibliographie

    art,culture,citation,peinture,Liminaire : introduction à un sujet complexe mais ô combien intéressant. N’oublions toutefois pas le contexte de l’époque - économique, militaire, idéologique, culturel, etc. Présenter ne veut pas dire cautionner.

    1909, l’univers artistique est en révolution. Ce si long XIXe siècle est en train de mourir et le monde est - presque - prêt à entrer pleinement dans le XXe, ce nouveau siècle rempli d’espoir et de modernité. Il faudra toutefois attendre la fin de la Première Guerre Mondiale pour vraiment y être.

    Milan, Via Senato, au numéro 2. Un jeune trentenaire, Filippo Tommaso Marinetti, écrit un texte séminal, Le manifeste du Futurisme. Il y expose les ferments d’un nouveau courant artistique global.

    Ecoutons-le :

    Nous avions veillé toute la nuit, mes amis et moi, sous des lampes de mosquée dont les coupoles de cuivre aussi ajourées que notre âme avaient pourtant des cœurs électriques. Et tout en piétinant notre native paresse sur d’opulents tapis persans, nous avions discuté aux frontières extrêmes de la logique et griffé le papier de démentes écritures.

    Un immense orgueil gonflait nos poitrines, à nous sentir debout tout seuls, comme des phares ou comme des sentinelles avancées, face à l’armée des étoiles ennemies, qui campent dans leurs bivouacs célestes. Seuls, avec les mécaniciens dans les infernales chaufferies des grands navires, seuls avec les noirs fantômes qui fourragent dans le ventre rouge des locomotives affolées, seuls avec les ivrognes battant des ailes contre les murs.

    Et nous voilà brusquement distraits par le roulement des énormes tramways à double étage, qui passent sursautants, bariolés de lumières, tels les hameaux en fête que le Pô débordé ébranle tout à coup et déracine, pour les entraîner, sur les cascades et les remous d’un déluge, jusqu’à la mer.

    Puis le silence s’aggrava. Comme nous écoutions la prière exténuée du vieux canal et crisser les os des palais moribonds dans leur barbe de verdure, soudain rugirent sous nos fenêtres les automobiles affamées.

    - Allons, dis-je, mes amis ! Partons ! Enfin, la Mythologie et l’Idéal mystique sont surpassés. Nous allons assister à la naissance du Centaure et nous verrons bientôt voler les premiers Anges ! Il faudra ébranler les portes de la vie pour en essayer les gonds et les verrous !... Partons ! Voilà bien le premier soleil levant sur la terre !... Rien n’égale la splendeur de son épée rouge qui s’escrime pour la première fois, dans nos ténèbres millénaires.

    Alors, le visage masqué de la bonne boue des usines, pleine de scories de métal, de sueurs inutiles et de suie céleste, portant nos bras foulés en écharpe, parmi la complainte des sages pêcheurs à la ligne et des naturalistes navrés, nous dictâmes nos première volontés à tous les hommes vivants de la terre :

    MANIFESTE DU FUTURISME

    1. Nous voulons chanter l’amour du danger, l’habitude de l’énergie et de la témérité.

    2. Les éléments essentiels de notre poésie seront le courage, l’audace et la révolte.

    3. La littérature ayant jusqu’ici magnifié l’immobilité pensive, l’extase et le sommeil, nous voulons exalter le mouvement agressif, l’insomnie fiévreuse, le pas gymnastique, le saut périlleux, la gifle et le coup de poing.

    4. Nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive… Une automobile rugissante, qui a l’air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace.

    5. Nous voulons chanter l’homme qui tient le volant, dont la tige idéale traverse la Terre, lancée elle-même sur le circuit de son orbite.

    6. Il faut que le poète se dépense avec chaleur, éclat et prodigalité, pour augmenter la ferveur enthousiaste des éléments primordiaux.

    7. Il n’y a plus de beauté que dans la lutte. Pas de chef-d’œuvre sans un caractère agressif. La poésie doit être un assaut violent contre les forces inconnues, pour les sommer de se coucher devant l’homme.

    8. Nous sommes sur le promontoire extrême des siècles !... A quoi bon regarder derrière nous, du moment qu’il nous faut défoncer les vantaux mystérieux de l’Impossible ? Le Temps et l’Espace sont morts hier. Nous vivons déjà dans l’absolu, puisque nous avons déjà créé l’éternelle vitesse omniprésente.

    9. Nous voulons glorifier la guerre – seule hygiène du monde, le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles Idées qui tuent, et le mépris de la femme.

    10. Nous voulons démolir les musées, les bibliothèques, combattre le moralisme, le féminisme et toutes les lâchetés opportunistes et utilitaires.

    11. Nous chanterons les grandes foules agitées par le travail, le plaisir ou la révolte ; les ressacs multicolores et polyphoniques des révolutions dans les capitales modernes ; la vibration nocturne des arsenaux et des chantiers sous leurs violentes lunes électriques ; les gares gloutonnes avaleuses de serpents qui fument ; les usines suspendues aux nuages par les ficelles de leurs fumées ; les ponts aux bonds de gymnastes lancés sur la coutellerie diabolique des fleuves ensoleillés ; les paquebots aventureux flairant l’horizon ; les locomotives au grand poitrail, qui piaffent sur les rails, tels d’énormes chevaux d’acier bridés de longs tuyaux, et le vol glissant des aéroplanes, dont l’hélice a des claquements de drapeau et des applaudissements de foule enthousiaste.

    Progrès et évolution, violence et destruction, pour Marinetti et ses coreligionnaires, il est temps, grand temps, de liquider ce XIXe siècle moribond. Ils feront preuve de la même virulence quant au lieu de départ de cette révolution et seront sans illusion sur leur avenir.

    C’est en Italie que nous lançons ce manifeste de violence culbutante et incendiaire, par lequel nous fondons aujourd’hui le Futurisme, parce que nous voulons délivrer l’Italie de sa gangrène de professeurs, d’archéologues, de cicérones et d’antiquaires.

    Les plus âgés d’entre nous ont trente ans ; nous avons donc au moins dix ans pour accomplir notre tâche. Quand nous aurons quarante ans, que de plus jeunes et plus vaillants que nous veuillent bien nous jeter au panier comme des manuscrits inutiles !... Ils viendront comme nous de très loin, de partout, en bondissant sur la cadence légère de leurs premiers poèmes, griffant l’air de leurs doigts crochus, et humant, aux portes des académies, la bonne odeur de nos esprits pourrissants, déjà promis aux catacombes des bibliothèques.

    Publié d’abord le 5 février 1909 dans La Gazzetta dell’Emilia de Bologne puis le 20 dans Le Figaro, ce texte révolutionnera le monde artistique et aura une résonance internationale. Par dizaines, par centaines, des jeunes gens comprendront le message de Marinetti, s’y retrouveront, l’approuveront et le mettront en pratique.

    Un nouveau courant artistique est né, il sera global : littérature, peinture, sculpture, architecture, théâtre, musique, cinéma, arts décoratifs, etc. Même la gastronomie s’y mettra !

    Bien qu’international, le cœur même du Futurisme restera l’Italie. La compréhension de celui-ci sera aiguisée par une connaissance de l’italien – bien que la littérature française soit déjà assez complète sur le sujet.

    Bibliographie :

    Si l’on ne devait garder qu’un seul spécialiste du Futurisme, ce serait Giovanni Lista. Ses travaux riches, complets, érudits, exhaustifs mais tout à fait abordables par le néophyte sont une merveilleuse source d’informations tant sur le courant lui-même que sur la personnalité centrale que fut F.T. Marinetti. En guise d’introduction, je vous conseillerais deux de ses ouvrages publiés aux Editions de l’Âge d’Homme : Futurisme – Manifestes Documents Proclamations et Marinetti et le Futurisme. Ils permettent d’aborder le sujet d’une manière originale par le biais de documents d’époque. Une manière de revivre jour après jour, mois après mois le développement du Futurisme.

    Dynamisme plastique d’Umberto Boccioni préfacé par Giovanni Lista, toujours aux Editions de l’Âge d’Homme, peut être une suite intéressante. En effet, Boccioni – autre grande figure du Futurisme – y expose ses théories plastiques futuristes ; la notion de dynamisme prend alors tout son sens en peinture et sculpture.

    Sortons maintenant de la sphère francophone.

    Le Futurisme est aussi une remise en cause politique de la société. Deux travaux récents portent sur le sujet : « La nostra sfida alle stelle » Futuristi in politica d’Emilio Gentile, Editori Laterza et Il Futurismo tra cultura e politica – reazione o rivoluzione ? d’Angelo D’Orsi, Salerno Editrice.

    Malgré sa dimension profondément antiféministe et misogyne, nombreuses furent les femmes à souscrire au Futurisme. L’étude du professeur en philosophie morale Francesca Brezzi est dès lors des plus intéressantes : Quando il Futurismo è donna. Barbara dei colori, Mimesis. Une version française existe, publiée par Mimesis France.

    Revenons maintenant à un domaine plus artistique : le cinéma. Je vous renvoie au court mais très complet ouvrage d’Enzo N. Terzano : Film sperimentali futuristi, Carabba Editore. Giovanni Lista a également écrit sur le sujet : Cinéma et photographie futuristes, Skira, mais je n’ai pas encore eu l’occasion de lire ce travail.

    Deux derniers livres peuvent compléter cette introduction. L’avanguardia trasversale. Il Futurismo tra Italia e Russia de Cesare G. De Michelis, Marsilio est une mise en regard entre les futurismes italien et russe - la Russie, l’autre grand pays des avant-gardes du XXe siècle… Futurismo antineutrale de Roberto Floreani, Silvana Editoriale quant à lui est l'ouvrage atypique d'un artiste rappelant les liens entre Futurisme et Art contemporain.

    L'on ne compte plus les monographies et autres beaux livres sur le sujet. Citons par exemple l’inconfortable par ses dimensions mais si complète rétrospective parue à l’occasion du centenaire du mouvement : Futurismo 1909-2009, Skira. Intéressante également, la monographie sur Alessandro Bruschetti qui donne un aperçu des prolongements du Futurisme dans l’Aeropittura : Futurismo aeropittorico epurilumetria, Gangemi Editore. La monographie sur Mario Guido Dal Monte Dal Futurismo all’Informale, al Neoconcreto, attraverso le avanguardie del Novecento, Silvana Editoriale et la présentation de la collection futuriste de Primo Conti Capolavori del Futurismo e dintorni, Edizioni Polistampa peuvent compléter cette rapide approche.

    Finalement et peut-être plus à destination des amateurs et autres collectionneurs, trois derniers ouvrages : l'imposant (6 kg !) mais essentiel Il dizionario del Futurismo, Vallecchi en collaboration le Museo di Arte Moderna e Contemporanea di Trento e Rovereto. Et enfin, deux folies commises par Domenico Cammarota qui a décidé de recenser l’entièreté de l’œuvre de F.T. Marinetti puis celles de 500 autres auteurs italiens : Filippo Tommaso Marinetti. Bibliografia et Futurismo et Bibliografia di 500 scrittori italiani, Skira/Mart.

    Voilà qui conclut notre voyage bibliographique dans le Futurisme. Le seul but de cette chronique. Il n’y était nullement question d’y aborder quelque concept idéologique : je laisse cela à de vrais spécialistes. Comme tout mouvement, des dérives sont possibles. Gardons-nous de nous laisser entraîner sur le sujet. Préférons, peut-être par lâcheté ou plus simplement par goût des Arts, rester dans le domaine du livre.

    Rédigé par Vincent

  • Rentrée littéraire : Moi, Jean Gabin de Goliarda Sapienza

    moi, jean gabin.jpgA paraître le 30 août 2012

    Editions Attila - 175 pages

    Présentation de l'éditeur : La ville de Catane, en Sicile, au début des années 30. Le fascisme se déploie sur l’île, quand une enfant ressort exaltée d’une salle de cinéma de quartier. Elle a la démarche chaloupée, une cigarette imaginaire au bec et l’oeil terrible. Elle vient de voir le film Pépé le Moko et, emportée par cette incarnation du désir et de l’insoumission, elle n’a désormais plus qu’une idée en tête : être Jean Gabin. Écrit par l’auteur de L’Art de la joie dans les dernières années de sa vie, à un moment où son oeuvre demeurait méconnue, Moi, Jean Gabin est un étrange roman autobiographique, l’histoire magnifiée d’une enfance dans la Sicile de l’entre-deux-guerres. Pouvant être lu comme un testament philosophique, ce livre des origines se révèle être un des plus beaux textes de Goliarda Sapienza, un éloge à la liberté et aux rêves qui ont précocement nourri sa vie.

    Ce texte est l'autobiographie romancée d'une auteur qui nous livre un morceau magnifié de son enfance atypique, celui d'une petite fille fantasque dans une époque italienne trouble. Les réflexions de cette enfant aussi lucide que naïve sont croustillantes, bourrées de poésie, tendres, touchantes et parfois désopilantes.

    Le sentiment à la lecture de cette fantaisie réaliste est assez ambivalent puisqu'on ne peut s'empêcher de rêver d'être intégré à la fratrie Sapienza, tout en gardant à l'esprit la vraie biographie de Gordiala dont les séquelles psychologiques dévastèrent l'existence. Si l'intelligence du petit garçon manqué sont fascinantes de maturité - d'endoctrinement ? -, elles sont parfois douloureuses tant on ressent la dualité de ses émotions : le désir de penser comme une adulte, d'appliquer à la lettre les principes de son éducation prônant la liberté et l'envie de se laisser aller parfois à n'être qu'une enfant spontanée.

    Sous couvert d'une plume légère, aérienne, romanesque, l'on ne peut manquer de ressentir le poids d'une éducation engagée, parfois trop lourde pour les épaules frêles d'une bambina.

    Quoiqu'il en soit, ce texte est magnifique, riche et bouleversant. Un vrai petit rayon de soleil.

    Extraits :

    En fermant les yeux, je repassais une à une toutes les scènes devant l'écran de la mémoire, très puissante chez moi comme du reste chez tous ceux qui gagnent leur pain et leur liberté au jour le jour. Pour être bandit, voleur, ou simplement rebelle, il faut avoir par-dessus tout de la mémoire, autrement on est foutu !

    ...

    - Pourquoi te tais-tu, ma chérie ? Peut-être penses-tu que j'ai tort ? S'il en est ainsi, dis-le : tu ne dois te soumettre à personne et moins que quiconque à ton père ou à moi. Si quelque chose ne te convainc pas, rebelle-toi toujours. (...)

    ...

    "Bas instinct féminin", comme disait Ivanoe, ajoutant : "entendons-nous bien, non pas par nature mais développée à travers les siècles pour entortiller l'homme son maître qui l'a toujours tenue en prison..." (...).

    ...

    Les femmes ! Qui pouvait comprendre quoi que ce soit aux femmes.

    ...

    La seule à admettre que l'amour était une chose digne d'être prise en considération était ma mère, mais elle en faisait quelque chose de tellement compliqué : ce devait être un amour libre de conventions, de chantages psychologiques ou financiers, et caetera. Bref, elle en faisait quelque chose de tellement officiel qu'il valait mieux détourner la conversation sur la Grèce antique, la politique ou la philosophie, qu'au moins, même si c'était difficile, en s'appliquant, on arrivait à comprendre...

    ...

    "... Tu dois savoir que la vraie beauté chez les femmes se cache, ne se montre pas tout de suite. La vraie beauté a comme une pudeur innée, une défense dont la nature entoure ce qu'elle estime précieux et digne seulement de qui saura l'apprécier."

    ...

    Se tenir toujours accroché au rêve, et défier jusqu'à la mort pour ne jamais le perdre.

    ...

    C'est étrange, l'impossibilité de communiquer une joie est plus douloureuse que celle de ne pouvoir communiquer une souffrance. Ce doit être parce qu'on a tant à faire pour faire passer la souffrance que dans l'effort de s'en débarrasser on oublie les autres. Mais une joie ? Une joie est quelque chose qui réclame tout de suite, de toute urgence, d'être reconnue par les autres, partagée. C'est pour cela peut-être que les poètes s'attachent si rigoureusement (les pauvres) à parler toujours de malheurs ?

    ...

    La grande liberté de soi-même et de ses propres pensées n'est-elle pas quelque chose de plus douloureux qu'on ne saurait le dire ?

    ...

    La regarder donnait l'illusion qu'une grande paix était descendue sur terre. Illusion de courte durée, certes, mais qu'est-ce que la vie sinon une illusion de courte durée ? une gorgée d'eau fraîche, une caresse brève et infinie qui emporte tout de sa douceur enivrante ?

    ...

    "La vie est combat, rébellion et expérimentation, voilà ce dont tu dois t'enthousiasmer jour après jour et heure après heure. Regarde-moi, je suis mort si souvent en combattant, et pourtant je suis ici avec toi tranquille à me souvenir et me réjouir de mes luttes, prêt à renaître et à recommencer.

    Recommencer - murmure Jean en souriant de haut du grand écran - voilà le secret, rien ne meurt, tout finit et tout recommence, seul l'esprit de la lutte est immortel, de lui seul jaillit ce que communément nous appelons Vie."

  • Cinq milles kilomètres par seconde de Manuele Fior

    Editions Atrabile - 144 pagesculture,littérature,livre,bande dessinée,BD,italie

    Présentation de l'éditeur : L’histoire d’amour entre Piero et Lucia, que l’on retrouve à différents moments de leur vie dans Cinq mille kilomètres par seconde, se présente comme le portrait d’une certaine génération : celle qui, instable et sans repère, se trouve aujourd’hui dans la trentaine. Séduite par des milliers de modèles de vie possibles, elle ne sait en trouver un qui lui convienne. En le cherchant, elle s’aventure dans le monde, emprunte de nouveaux chemins, et s’égare. L’amour, idéalisé par l’éloignement, trompé par l’illusion de moyens de communication de plus en plus rapides, se transforme, s’épuise, et révèle alors la cruauté de son visage. Sous des auspices intimistes, Cinq mille kilomètres par seconde est un ouvrage ambitieux qui nous promène dans le monde et dans le temps. Cette fresque introspective est illuminée par les aquarelles à couper le souffle d’un Manuele Fior qui atteint ici une maturité graphique impressionnante.

    Voici une jolie bien que triste réflexion sur les choix de vie, d'amour et d'amitié. Plus que l'histoire, c'est la couleur, somptueuse, qui m'a particulièrement touchée dans cet album. Malgré tout, je m'attendais à quelques chose de plus poignant de la part du Fauve d'or d'Angoulême 2011. Le sentiment nostalgique omniprésent ne m'a pas bouleversée, les personnages ne m'ont pas émue. En bref, mon oeil a apprécié mais mon coeur n'a pas vraiment été saisi.