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histoire

  • Charly 9 de Jean Teulé

    Éditions Pocket - 222 pagesculture,littérature,livre,roman,citation,histoire,france,biographie

    Présentation de l'éditeur : Charles IX fut de tous nos rois de France l'un des plus calamiteux. À 22 ans, pour faire plaisir à sa mère, il ordonna le massacre de la Saint-Barthélémy, qui épouvanta l'Europe entière. Abasourdi par l'énormité de son crime, il sombra dans la folie. Courant le lapin et le cerf dans les salles du Louvre, fabriquant de la fausse monnaie pour remplir les caisses désespérément vides du royaume, il accumula les initiatives désastreuses. Transpirant le sang par tous les pores de son pauvre corps décharné, Charles IX mourut à 23 ans, haï de tous. Pourtant, il avait bon fond.

    Ma note :

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    Broché : 19,50 euros

    Poche : 6,10 euros

    Bande dessinée : 16,95 euros

    Ebook : 9,99 euros

    Ebook BD : 12,99 euros

    Audiolib : 20,30 euros

    Grands caractères : 15,50 euros

    Un grand merci aux Éditions Pocket pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre.

    Deuxième Teulé (après Le magasin des suicides), deuxième tollé. Troisième même si l'on met au compte de l'auteur l'échec de l'adaptation BD de son roman Le Montespan. Une chose est certaine, il n'y en aura pas de quatrième... et encore moins treize ; Charly 9 succédant à douze romans de la prolifique plume teulienne ! Pas de rire, pas de larme, on s'ennuie ferme et le style n'est même pas plaisant.

    Si ce roman à le mérite de remettre en mémoire au lecteur le règne de Charles IX (1550-1574) notoire pour le massacre de la Saint-Barthélémy et de lui apprendre quelques détails sur ce jeune monarque aux pulsions morbides histoire de briller dans les bavardages mondains, son intérêt trouve quasi immédiatement ses limites.

    Loin du roman historique présupposé, il tient davantage de la farce déplacée opposant à la tragédie historique grave un style léger et une galerie de monstres tous plus absurdes les uns que les autres manquant cruellement de crédibilité. Un décalage dérangeant, pour ne pas dire insupportable, qui semble n'avoir aucun sens. Jean Teulé souhaite-t-il réhabiliter autant que faire se peut le trop jeune et trop fragile Charles IX totalement manipulé par sa sanguinaire mère Catherine de Médicis ? Pas vraiment. Désire-t-il le rendre plus sympathique ? Apparemment pas. A-t-il la volonté de donner un certain éclairage sur les événements atroces de l'époque ? Même pas. Alors quoi ?

    Si l'on ajoute à cela un phrasé hautement déplaisant qui essaie de se donner un genre en mélangeant le verbe d'époque et des expressions modernes, ainsi qu'un manque de profondeur certain puisqu'il est flagrant tant dans les conceptions que dans les descriptions que Teulé a limité ses recherches documentaires au strict minimum, il n'y a vraiment qu'un pas pour affirmer que l'auteur se repose sur les lauriers de ses précédents succès et estime que son simple nom sur la couverture suffit pour atteindre le chiffre escompté... Un texte court et lourd qui ne vaut vraiment pas le détour.

    Vous aimerez sûrement :

    La calèche de Jean Diwo, La servante du Seigneur de Jean-Louis Fournier, Le roman de Boddah d'Héloïse Guay de Bellissen, La nuit ne dure pas d'Olivier Martinelli, Cosima, femme électrique de Christophe Fiat, Madame Hemingway de Paula McLain, Accordez-moi cette valse de Zelda Fitzgerald, Ciseaux de Stéphane Michaka, The Guitrys d'Éric-Emmanuel Schmitt, Beauvoir in love d'Irène Frain, La déesse des petites victoires de Yannick Grannec, Loving Frank de Nancy Horan...

    Extrait :

    Il se lève pour aller se contempler dans le reflet d'un miroir auquel il s'adresse :

    - Mais qu'as-tu ordonné, Charles ? Hélàs, hélàs ! Les morts ne sont pas si morts que l'on croit.

    Dans ce Louvre qui maintenant lui fait horreur, il se reproche :

    - Tu as commis un grand crime. Tu n'es plus un roi mais un assassin. Un meurtre abominable ensanglante tes mains. Te voilà couvert du sang de tes sujets.

    Il tend l'index croûteux, enflé et tuméfié (l'autre fois entaillé par la lame de sa dague) vers la vitre de son miroir et se menace :

    - Voilà une souillure dont tu ne te laveras pas facilement. Tu as de tous les plus vils tyrans de l'Histoire réuni les forfaits ! Les Vêpres siliciennes et le banquet "fraternel" où César Borgia fit étrangler ses invités sont innocentes bagarres de rue d'après bals comparées à ton incroyable délit.

  • Le cercle des confidentes de Jennifer McGowan

    le cercle des confidentes.pngTome 1 - Lady Megan

    En librairie depuis le 4 septembre 2013.

    Éditions Macadam Milan - 430 pages

    Présentation de l'éditeur : Lorsque Meg Fellowes, 17 ans, voleuse et comédienne de la troupe de la Rose d'Or, est arrêtée, elle sait que la sentence va être la mort. C'est ce à quoi les voleurs sous le règne d'Élisabeth 1re d'Angleterre doivent s'attendre. Pourtant, on lui propose une alternative : accepter de faire partie d'un groupe de demoiselles d'honneur très spéciales : des espionnes. Avec ses nouvelles compagnes, Jane, Anna, Béatrice et Sophia, Meg doit protéger la couronne des intrigues de la cour. En ces temps troublés, mille complots guettent la jeune reine protestante. Grâce à son sens inné de la comédie et à sa mémoire extraordinaire, Meg doit espionner la délégation espagnole, composée de fervents catholiques, opposés à Élisabeth, dont le séduisant Rafe, comte de Martine, qui vient d'arriver à la cour. Mais dans le paysage complexe de ce début de règne, la jeune fille comprend vite que les frontières entre ennemis et alliés sont mouvantes et qu'elle ne peut se fier à personne. Si elle entend sauver la vie de sa reine et retrouver sa propre liberté, elle devra aussi démasquer le meurtrier d'une autre demoiselle d'honneur, mystérieusement assassinée quelques mois avant son arrivée...

    Traduit de l'américain par Marie Cambolieu.

    Ma note :

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    Broché : 15,20 euros

    Ebook : 9,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Macadam pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première et de devenir blogueuse partenaire de leur collection.

    C'est seulement après une brillante carrière dans le marketing que Jennifer McGowan a décidé de se lancer dans sa première entreprise littéraire. Une expérience professionnelle qui lui a sans doute permis d'enrichir sa formidable imagination d'une connaissance pointue de sa cible. Loin donc de se contenter d'une histoire simple et classique pour son tout premier livre, Jennifer McGowan a opté pour une saga jeunesse en forme de mashup littéraire.

    Si l'on peut, d'un simple coup d'oeil à la couverture du premier tome de cette série, le cataloguer sans conteste dans la rubrique du roman historique, il serait réducteur de le cantonner à cela. Comme l'a appris l'auteur dans son précédent métier, les jeunes lecteurs veulent lire comme ils vivent. Si la technologie d'aujourd'hui leur permet d'être de véritables encyclopédies de l'histoire de la musique et de tous ses courants - pour ne citer que cet exemple -, il faut qu'il en aille de même côté lecture. Cela passe en partie par le support numérique. Cela passe aussi par le mélange des genres et par la vitesse narrative qui ne doit en aucun cas laisser l'occasion de s'ennuyer et donc de zapper. C'est là que Lady Megan, premier opus du Cercle des confidentes, se révèle être résolument moderne. L'histoire de ces cinq jeunes femmes au service de la reine Elisabeth Ire alors débutante, tout historique qu'elle soit (la couverture tient évidemment toutes ses promesses !), n'en est pas moins classable aux rubriques espionnage, suspens, apprentissage, aventure, thriller ou romance. De quoi satisfaire tous les jeunes lecteurs contemporains ; tout du moins les jeunes lectrices si l'on se réfère au sexe des personnages principaux - cinq espionnes pour une reine aussi centrale autour de laquelle tout tourne, que secondaire puisque peu présente dans ce premier volume -, la modernité s'embarrassant encore trop souvent, malheureusement, du genre...

    Et de suivre ces cinq adolescentes pour le moins indépendantes et intrépides, douées de caractères bien trempés et de talents exceptionnels, en charge de protéger le royaume d'Angleterre et de résoudre un meurtre tout en vivant leurs premiers élans amoureux. Ces James Bond girls à la mode élisabethaine, forcément différentes les unes des autres pour faciliter l'identification la plus large possible, doivent épouser la raison d'État et déjouer les faux semblants, les incidents, les tromperies, les trahisons, les machinations et autres complots.

    Entre politique, amour, amitié et loyauté, l'histoire démarre sur les chapeaux de roues et le lecteur en vient rapidement à douter de tout le monde. Immédiatement addictives, les pages se tournent de plus en plus vite et au sortir de cette première partie, le premier sentiment après le regret de l'avoir déjà finie est l'impatience de pouvoir lire la suite. Réaction s'il en est par excellence face à un succès d'écriture ; attention, page turner !

    S'il est intéressant de connaître a priori la véritable histoire d'Angleterre pour le plaisir de détecter les éléments authentiques de la trame, ce n'est cependant par nécessaire à la bonne compréhension du texte. Mais il y a fort à parier que nombres de béotiens montreront a posteriori un intérêt pour cette époque...

    L'écrivain fait preuve d'un réel talent pour les descriptions (décors, costumes, atmosphère...) qui, loin d'être pesantes, catapultent subtilement le lecteur en plein XVIe siècle. Mais sa véritable force réside sans doute dans sa faculté à maîtriser son histoire. Qu'il s'agisse des enjeux diplomatiques ou des intrigues amoureuses, les scènes de tension palpable sont habilement menées et saisissantes aussi bien physiquement qu'émotionnellement. La parcimonie avec laquelle sont dispensés les indices met les nerfs du lecteur à rude épreuve mais les révélations, sans cesse surprenantes, arrivent toujours à point nommé. Peut-être certaines transitions temporelles sont-elles un peu rapides - il y a parfois plusieurs mois d'écoulés entre deux chapitres - mais ce n'est, somme toute, qu'un détail.

    Bref, Lady Megan est le premier des cinq tomes annoncés d'un bootleg littéraire prometteur campé au coeur de l'Angleterre élisabéthaine, dont chaque opus sera consacré à l'une des drôles de dames de l'incomparable fille d'Henri VIII. Fidèle à l'Histoire qui ne finit pas toujours bien, cette fiction, emplie de personnages brillants et attachants ou obscurs et perfides, est intelligente, fascinante et haletante. Elle offre des portraits crédibles - puisque réel pour celui qui concerne la reine et d'autres encore... - de femmes puissantes et audacieuses dans une époque où la condition féminine n'était pas des plus enviables. Une prouesse ingénieuse et délicieuse pour un premier roman qui s'adresse aux jeunes tout autant qu'aux grands de plus en plus nombreux à succomber à la passion de la littérature young adult. Ne reste plus qu'à souhaiter que les livres à paraître soit à la mesure de ce premier ! À suivre...

    Vous aimerez sûrement :

    La tétralogie d'Anna Godbersen (Rebelles, Rumeurs, Tricheuses et Vénéneuses), Ferrailleurs des mers de Paolo Bacigalupi, Hunger Games de Suzanne Collins, Enfants de la paranoïa de Trevor Shane, Le chirurgien ambulant de Wolf Serno, La sœur de Mozart de Rita Charbonnier, Quatre sœurs de Malika Ferdjoukh, Le châle de cachemire de Rosie Thomas, Sashenka de Simon Montefiore, Les perles de la Moïka d'Annie Degroote, Les roses de Somerset de Leila Meacham, la trilogie Le goût du bonheur de Marie Laberge (Gabrielle, Adélaïde, Florent), Orgueil et préjugés, Emma, Northanger Abbey, Raison et sentiments, Lady Susan & Mansfield Park de Jane Austen, La couleur des sentiments de Kathryn Stockett, Seuls le ciel et la terre de Brian Leung, La calèche de Jean Diwo ou Mille femmes blanches de Jim Fergus.

    Extraits :

    La voix de sir William n'exprimait ni mépris ni pitié. Seule sa fourberie se manifestait. Il savait pertinemment que j'étais incapable de déchiffrer les rondeurs des caractères sur le feuillet - et sans doute s'en trouvait-il satisfait. Il me garderait ainsi un peu plus longtemps à sa botte. Cecil n'appréciait guère d'instruire une petite voleuse dépenaillée qui l'avait dupé une fois, presque deux. Il m'aurait sûrement laissée croupir au cachot si la reine n'avait pas formulé la demande explicite de me voir intégrer son cercle de confidentes. Il n'en avait d'ailleurs pas fait mystère : c'était Elizabeth et elle seule qui m'avait choisie pour entrer à son service. Cecil ne m'aimait pas, n'avait aucune confiance en moi et ne voulait pas de moi à Windsor. Je ne pouvais guère le lui reprocher. J'aurais moi aussi préféré me trouver ailleurs. Ma vie de voleuse me manquait : je me languissais de l'exaltation de la traque, de la sensation de mes butins entre mes doigts : le velouté du satin, la froideur lisse de l'argent.

    ...

    Grand-Père m'avait peut-être refusé le don de lecture, mais il m'en avait transmis d'autres, comme celui de l'écoute, de la diction, du jeu et de la persuasion.

    ...

    Pendant que les autres dames et demoiselles au service de la reine se consacraient aux travaux d'aiguille, aux révérences, aux processions, aux pas de danse, à l'étiquette et aux commérages, notre petite troupe se retrouvait chaque jour en ce lieu pour une instruction "approfondie" réservée à notre secte secrète. C'est là, claquemurées dans cette salle isolée où se mêlaient le bruissement des étoffes, le froissement des pages et la voix sifflante de notre sévère professeur, que cinq jeunes filles apprenaient à espionner pour le compte d'Elizabeth.

    L'idée avait de quoi séduire, ou même enthousiasmer. N'était-ce pas une fabuleuse aventure que de servir la plus extraordinaire souveraine de toutes les nations, de mettre audace et panache au service de la Couronne ?

    ...

    Un instant s'écoula, puis un autre. Je déglutis puis risquais enfin un autre regard à mon auguste interlocutrice. Et ce que je vis... me stupéfia.

    En cet instant, la Reine Elizabeth d'Angleterre, au faîte de sa jeunesse et de sa force, ma parut soudain aussi vieille et étiolée que mon grand-père l'avait été sur son lit de mort. Comme un masque terne, la lassitude retombait sur son visage et ses yeux luisaient d'une morne sagesse que je ne pouvais espérer comprendre. Comme pour me marquer de son royal décret, elle posa une main solennelle sur mon épaule.

    - Tous les hommes constituent une menace pour une femme, Meg, qu'elle soit servante ou souveraine, déclara-t-elle. En particulier ceux en qui nous aimerions par dessus tout place notre confiance. Ne l'oublie jamais.

    ...

    Nos mensonges les plus convaincants sont ceux qui nous semblent vrais.

  • Rentrée littéraire : Manhattan volcano de Pierre Demarty

    En librairie depuis le 23 août 2013.manhattan volcano.jpg

    Fragments d'une ville dévastée

    Éditions Les Belles Lettres - 124 pages

    Présentation de l'éditeur : Hanté par les lettres de Pline sur l'éruption du Vésuve qui détruisit Pompéi, Manhattan Volcano est un récit du 11-Septembre tel que l’a vécu un jeune Français parti à la conquête de la ville de ses rêves et soudain confronté, en même temps qu’au prodige des espaces américains, au brouillard des cendres et de la terreur. Errant dans les rues et les ruines de New York, depuis le vif de l’évènement jusqu’à aujourd’hui même, Pierre Demarty tente de raconter l’irracontable et, ce faisant, interroge la valeur de la mémoire, sa véracité, ses méandres, ses impasses. Album de choses vues, chronique d’une mythologie intime et de son deuil impossible, ce témoignage, loin de tout requiem, est une ode à la plus volcanique des cités de notre temps. Pierre Demarty est né en 1976. Ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé d’anglais, il est aujourd’hui éditeur et traducteur. Récompensé en 2012 par le prix Maurice-Edgar Coindreau pour sa traduction des Foudroyés de Paul Harding, il a également traduit Joan Didion, J.K. Rowling ou encore William T. Vollmann. Manhattan Volcano est son premier livre.

    Ma note :

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    Broché : 11 euros

    Un grand merci aux Éditions Les Belles Lettres pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Au lendemain de la douzième commémoration des attentats du 11 septembre 2001, pourquoi ne pas poursuivre le travail de mémoire en se plongeant dans un petit ouvrage passé inaperçu en cette période de profusion littéraire ? D'autant plus inaperçu que son micro-format et son design très discret n'ont rien de tape-à-l’œil. Sans compter que son prix n'en fait pas vraiment un produit d'appel.

    Pourtant, il serait dommage de passer à côté.

    D'une part, parce que l'on a beau croire que tout a été dit et écrit mille fois sur le sujet, Pierre Demarty relève le défi d'offrir un éclairage tout à fait singulier sur cet événement qu'il a vécu au plus près : décidé à élaborer une thèse qu'il n'écrira finalement jamais, trop happé par cette ville qu'il a tant fantasmée, Demarty a intégré l'Université de Columbia en août 2001, quelques semaines seulement avant l'effondrement du World Trade Center...

    D'autre part, parce que Manhattan volcano inaugure la nouvelle collection TIBI (« pour toi », « à toi » en latin) des Éditions Belles Lettres dont le parti-pris est l'art du bref faisant le lien entre présent et Antiquité. Puisque tous les sujets ne méritent pas de longs discours et parce qu'en matière de formes courtes les Anciens en savaient long et ne manquaient ni d'imagination ni d'audace, TIBI invite des auteurs contemporains à se prêter à un exercice de style audacieux : écrire des micro-textes, élégants et légers, sur les mille et un tracas et plaisirs du quotidien en s'inspirant directement de textes antiques. De délicieux dialogues, éloges, épigrammes, satires, fables, lettres, diatribes et autres métamorphoses en perspective que ne manqueront pas d'apprécier amoureux du verbe et autres férus d'histoire au sens large comme au sens littéraire...

    Enfin, parce que ce texte, première production personnelle de l'auteur ayant jusqu'alors œuvré à la diffusion de la littérature anglo-saxonne en qualité de traducteur, prouve, si besoin était, que les passeurs de la littérature d'ailleurs sont avant tout des écrivains à part entière.

    L'exercice de style auquel s'est habilement prêté Pierre Demarty est ici épistolaire. Faisant lien entre les lettres de Pline le Jeune sur l'éruption du Vésuve et la destruction de Pompéi le 24 août 79 (dont on retrouve les extraits en fin d'ouvrage) et les lettres fictives que lui-même aurait pu écrire à ses proches sur son expérience immédiate autant qu'éloignée du 9/11, il prouve le continuum émotionnel de l'homme face à la tragédie, à vingt siècles de distance, en faisant se télescoper les mots. En imaginant les lettres qu'il aurait pu écrire à chaud comme à quelques années d'intervalle de sa propre expérience et en y intégrant les mots de Pline, il invite ce dernier au vingt-et-unième siècle et métamorphose le Ground Zero de 2001 en éruption volcanique, entremêlant les impressions, les émotions, les réminiscences et autres réflexions du spectateur de l'impensable tumulte. Une universalité affective qui s'impose au lecteur, lui faisant retrouver immanquablement les ressentis de ces instants malheureusement inoubliables... Une plume tout autant qu'une collection prometteuses.

    Ils en parlent aussi : Librairie Guillaume Budé, Claro.

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    La nuit ne dure pas d'Olivier Martinelli

    Une adolescence américaine de Joyce Maynard

    L'écologie en bas de chez moi de Iégor Gran

    Rescapé de Sam Pivnik

    Extraits :

    Tu me demandes comment c'était.

    Me croiras-tu si je te dis que je ne me souviens de rien ?

    Tu veux savoir comment c'était, tu veux qu'avec des mots j'exhume des cendres, et que des cendres mêlées aux mots, comme d'un brouet d'enchanteur, jaillissent des mondes perdus, l'Atlantide fabuleuse d'un carnage qu'on t'a déjà tant de fois conté, tant de fois que tu as fini par ne plus y croire, tant de fois que tu n'as plus que des légendes auxquelles te raccrocher, mais chacun épaississant si bien le mystère des précédentes que toutes - ainsi amoncelées, enchevêtrées les unes aux autres comme les décombres de ces jours-là, tantôt fumeuses, tantôt calcifiées, pétrifiées dans la gangue des cent milliards de mots qu'on a déjà déversés en tombereau sur le cadavre, à l'en étouffer pour de bout et l'exorciser sans doute -, toutes les légendes, plutôt qu'à l'éclairer, conspirent à ramener sur ce jour fameux le voile de la nuit, de l'obscur et de cet effroi très particulier qui naît de l'incompréhensible.

    Tu ne comprends pas, dis-tu, et voudrait comprendre. Comprendre quoi ? Savoir quoi ? Ne sais-tu pas tout déjà ? N'as-tu pas, comme tout le monde, vu cent fois, mille fois, les images ? Aucun cataclysme ne fut jamais si bien, si immédiatement documenté : ce fut, tu t'en souviens aussi bien - mieux encore, peut-être - que si tu l'avais toi-même vécu, un monumental amas d'images et de mots, plus encore d'images et de mots qu'il ne flotta de copeaux de chair et d'acier calciné dans le ciel sale de Manhattan ce matin-là, douze années ininterrompues de mots et d'images, amalgamés en un suaire cendreux où n'a toujours pas fini de se vautrer, insatiable, notre obscénité mémorielle - franchement, que veux-tu d'autre, de plus ?

    ...

    Les ultimes rayons du soleil sont venus mourir sur les facettes scintillantes du Chrysler (de toutes les tours, ma préférée : une fusée de freakshow échouée dans le grand cirque lunaire de la ville, amarrée à vie au centre du cratère des buildings, mais roide encore d'orgueil et de beauté fardée, aristocrate, extravagante comme une aïeule), et la dernière lueur du jour s'est effondrée en une pluie d'étoiles le long de ses parois rendues aux ténèbres. Pour un peu, je l'aurais applaudie : ici, même les astres sont de vieilles divas adorables qui se donnent en spectacle et cabotinent jusqu'à leur dernier souffle. L'un après l'autre, alors, les gratte-ciel, semblables à une paisible harde de centaures, se sont assoupis debout dans leur lit de néons, caressés par une nuit qui semblait venir à regret.

    ...

    Il faut quelque seconde

    Pour efface un monde.

    Michel Houellebecq

    ...

    Pardonne-moi ces quatorze jour de silence. Je ne trouvais pas les mots : eux aussi s'étaient écroulés ; écrasés sous le linceul de chaux vive dont la catastrophe a drapé la ville dans son sillage, ils gisaient, épuisés, sans plus de souffle, et je vois chacun ici, depuis, lutter avec un acharnement plein de douleur et de dignité théâtrale pour les ranimer, les arracher, un par un, au magma du néant.

    C'est qu'on s'extirpe difficilement du silence qui suit un tel fracas.

    ...

    (Cela restera toujours un grand mystère pour moi, cet instinct irrépressible qu'on a de se précipiter vers les carnages, quand on devrait les fuir ; de ralentir, sur l'autoroute des belles vacances, dès qu'on a humé, derrière le paravent hypnotique des gyrophares attroupés, la présence de la mort, la promesse d'un spectacle de chromes et de corps enchâssés. Par quelle bizarrerie peut-on avoir envie de voir des choses pareilles ? Et qui, cependant, possède la faculté de s'y soustraire ? Je ne connais personne qui sache ne pas céder à la tentation de regarder l'irregardable, personne, devant un charnier, qui soit capable, en toute bonne foi, de détourner les yeux. - La laideur du monde est irrésistible.)

    ...

    J'ai vu dans des amphithéâtres des professeurs au rire hier tonitruant et à la faconde extraordinaire incapables de prononcer le moindre mot pendant plusieurs minutes devant un parterre d'étudiants au visage rougi qui braquaient sur eux, lèvres tremblantes, des regards d'enfant perdu les implorant de leur expliquer à quoi rimait le monde.

    ...

    Nos vies continuent, idiotes, inévitables, et c'est comme un affront au chagrin, une honte qu'on préfère passer sous silence plutôt que de la laisser souiller la très grande, très précieuse pureté du malheur. Marcher dans la rue, parler du beau temps et de la pluie, payer une facture, faire la queue au deli du coin, lire, rire, dormir, rêver peut-être : il va falloir "après ça", réapprivoiser la banalité de nos existences. Et si l'on n'entend dans toutes les bouches qu'un seul refrain - "Plus rien ne sera jamais comme avant" -, martelé avec une gravité enivrée d'elle-même qui cache mal son intranquillité, c'est bien parce que c'est tout l'inverse qui est vrai, et que chacun ici pressent qu'il faudra bien au contraire, évidemment, inéluctablement, que tout soit bientôt comme avant - à quelques variations près, quelques retouches opérées dans le paysage, dans l'histoire, et dans nos souvenirs.

    ...

    Et j'ai vu aussi des gens exploser de fureur devant ces grandes mises en scène d'affliction collective, trépigner, s'esclaffer, dresser haut le doigt pour dénoncer la mascarade de la bien-pensance, s'insurger contre l'orgueil victimaire, s'indigner d'une débauche de tristesse en toc, j'ai vu de grands esprits ahaner bave aux lèvres les banalités les plus hargneuses sur le déclin inauguré de l'empire et autant de petits malins se goberger de cette apocalypse de pacotille, j'ai vu des rixes éclater entre des gens qui n'étaient pas d'accord mais on ne sait pas sur quoi ni à quoi bon, comme si de pareils cataclysmes pouvaient être sujets à débat, j'ai entendu les imbéciles malheureux qui se croient pleins d'audace s'émerveiller de la "beauté" su spectacle des tours détruites, ceux qui criaient "bien fait !", ceux qui relativisent, ceux qui haussent les épaules, j'ai vu gesticuler tous ceux-là qui voudraient étouffer, à force de bruit et de bêtise, la terreur muette qui vient de nous enfoncer ses griffes dans la nuque et promet de ne pas nous lâcher de si tôt.

    ...

    En quatorze jour, combien de fois as-tu déjà vu repasser cette séquence ? Combien de fois les tours ont-elles, sous tes yeux, ressurgi du brouillard, immaculées, ressuscitées par la grâce magique et mensongère du temps rembobiné sur trame ? Et pourquoi, sinon pour mieux les voir tomber encore, et encore, et encore ?

  • Quand nous étions révolutionnaires de Roberto Ampuero

    Depuis le 4 septembre 2013 en librairie.quand nous étions révolutionnaires.jpg

    Éditions JC Lattès - 492 pages

    Présentation de l'éditeur : Le récit s’ouvre sur le coup d’État d’Augusto Pinochet au Chili. Opposant à la dictature, le narrateur assiste à l’arrestation, la torture, et la mort de ses compagnons de lutte. En 1974, il s’exile en Allemagne de l’Est et rejoint rapidement un réseau de jeunes communistes. C’est là qu’il rencontre la fille du fameux révolutionnaire cubain Ulysse Cienfuegos (directement inspiré de Fernando Flores Ibarra, cacique de la révolution castriste, responsable de la mort de centaines de Cubains « contre-révolutionnaires »). Éperdument amoureux d’elle, il accepte de la suivre à Cuba pour y fonder une famille et enfin vivre l’idéal communiste. Exalté par l’idée de la révolution, dirigé d’une main de maître par son terrible beau-père, le jeune homme embrasse immédiatement la devise de Castro : la patrie ou la mort. Alors que son mariage bat de l’aile, il découvre petit à petit la face cachée du régime. Les membres de la famille Cienfuegos vivent dans l’opulence, le reste de la population est soumise au rationnement. Chaque frein administratif ou bureaucratique est réglé en un clin d’œil à la seule mention du nom de son beau-père. Son amitié pour Herberto Padilla l’éclaire sur les persécutions dont les intellectuels font l’objet. Mis au ban de la société castriste par son divorce, il découvre le quotidien des habitants de La Havane, les privations, le secret, le néant des jours. Se méfier de tous, lutter pour trouver un toit, un morceau de pain, surveiller ses actes, ses paroles, jusqu’à ses pensées, à chaque instant. Une seule obsession le guide, comme Reinaldo Arenas ou Zoé Valdès avant lui, quitter l’île, chercher la liberté, encore. Avec esprit, entre mélancolie et humour, Roberto Ampuero raconte la quête d’un idéal.

    Traduit de l'espagnol (Chili) par Anne Plantagenet.

    Ma note :

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    Broché : 22,90 euros

    Ebook : 15,99 euros

    Un grand merci à Entrée livre et aux librairies Decitre pour m'avoir, dans le cadre de l'opération "Coups de cœur des lecteurs", offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Que dire de plus quand le dernier roman de Roberto Ampuero, salué par la critique hispanophone et resté pas moins de vingt-quatre mois sur la liste des best sellers, incite le Prix Nobel de littérature Mario Vargas Llosa lui-même à prendre sa plume pour manifester à l'auteur son admiration ? Une lettre forcément bouleversante pour cet écrivain qui a choisi d'en faire l'introduction à son livre et dont voici l'extrait le plus touchant :

    Je t'écris ces lignes pour te féliciter pour ce magnifique témoignage littéraire qui m'a profondément ému. Cela faisait longtemps qu'un livre ne m'avait pas autant absorbé et bouleversé. C'est une description honnête, véridique et lucide de cette illusion que nous avons partagée, comme tant de Latino-Américains, avec la Révolution cubaine.

    Quand nous étions révolutionnaires - de son titre original Nuestros años verde olivo - est la narration spirituelle, mélancolique et humoristique de la quête d'un idéal, la chronique d'une désenchantement politique et amoureux.

    Par le prisme d'un jeune communiste Chilien qui lui ressemble en de nombreux points, opposant au régime dictatorial de son pays et en passe d'épouser la fille d'un cacique de la révolution castriste, Ampuero retrace la façon dont l'idéal révolutionnaire de liberté et de justice à Cuba s'est rapidement transformé en dictature corrompue à l'image de la Russie ou de la Chine populaire.

    Après son divorce qui met fin à sa vie opulente en total décalage avec la réalité de la population, le narrateur découvre une Havane où règne la censure, l'injustice, la violence et les persécutions. Désormais contraint pour survivre au mensonge, il conserve malgré tout ses illusions politiques et son intégrité, malgré les inévitables concessions pour sauver sa peau. Une obstination en forme de lueur d'espoir au cœur d'une réalité déprimante.

    Roberto Ampuero retrace fidèlement l'environnement cubain en se servant des figures et événements historiques emblématiques de cette époque traumatisante, sans jamais tomber dans le manichéisme ni le stéréotype. Avec force nuances et détails, il replace les comportements et les expériences dans leur contexte, parvenant même à préserver l'humanité des pires crapules. Servie par une galerie de personnages pittoresques, pathétiques, débrouillards et cyniques, l'ambiance lourde de l'histoire est ainsi allégée et la tension du lecteur peut se reposer grâce à des interludes croustillants. Ce livre splendide et enrichissant est promis à un bel avenir et s'inscrira à n'en pas douter dans le temps comme une référence à cette tranche d'Histoire.

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  • Mille femmes blanches de Jim Fergus

    Les carnets de May Doddmille femmes blanches.jpg

    Éditions Le Cherche Midi / Pocket - 501 pages

    Présentation de l'éditeur : En 1874, à Washington, le président Grant accepte la proposition incroyable du chef indien Little Wolf : troquer mille femmes blanches contre chevaux et bisons pour favoriser l'intégration du peuple indien. Si quelques femmes se portent volontaires, la plupart vient en réalité des pénitenciers et des asiles... L'une d'elles, May Dodd, apprend sa nouvelle vie de squaw et les rites des Indiens. Mariée à un puissant guerrier, elle découvre les combats violents entre tribus et les ravages provoqués par l'alcool. Aux côtés de femmes de toutes origines, elle assiste alors à la lente agonie de son peuple d'adoption...

    Traduit de l'anglais par Jean-Luc Piningre.

    Ma note :

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    Broché : 19,50 euros

    Poche : 7,60 euros

    Ebook : 11,99 euros

    Il est des points de départs littéraires qui sont, en fonction des goûts personnels, plus tentants que d'autres. La combinaison littérature américaine, premier roman et roman historique est de mon point de vue un tiercé plus que prometteur. Si l'on considère que le livre a, de surcroît été couronné par le Prix Femina du premier roman étranger en 2000, salué par Jim Harrison comme un "roman splendide, puissant et exaltant" et que ses droits ont été rachetés par Hollywood (l'auteur lui-même ayant d'ores et déjà écrit plusieurs moutures de scénarii), tout un chacun peut légitimement s'attendre à une vraie perle littéraire.

    À l'origine de ce roman, la visite de Little Wolf, chef Cheyenne, au Président Grant à Washington DC en septembre 1873. Si Jim Fergus a basé sa première oeuvre sur un fait historique, il prend de nombreuses libertés et sa fiction n'en est que plus réaliste. Si, de la vraie rencontre, la teneur des propos échangés reste inconnue, l'écrivain, resituant dans son ouvrage le tête à tête en 1874, décide d'attribuer à Little Wolf la demande à Grant d'échanger mille femmes blanches contre mille chevaux.

    Une telle demande peut paraître étrange ou romanesque mais elle est tout ce qu'il y a de plus crédible et sensée. L'extermination des Indiens battant son plein, Little Wolf aurait imaginé cette solution comme une transition nécessaire vers la paix entre les peuples. Les Indiens n'étant plus assez nombreux pour renouveler leur population, l'arrivée de femmes fertiles auraient permis la naissance d'enfants métisses. Des descendants qui auraient assuré la survie de la tribu, assimilé les deux cultures et auraient pu s'intégrer plus facilement dans la civilisation blanche. Une solution pacifique acceptée dans un premier temps et cent femmes, prisonnières, internées psychiatriques, endettées ou sans famille, d'accepter le deal de passer deux années de leur vie au milieu des "sauvages" en échange de leur liberté...

    J. Will Dodd, journaliste indépendant et descendant de May Dodd, aurait retrouvé les carnets intimes de celle-ci dans les archives cheyennes. Le livre se présente donc comme les extraits du journal de May, internée par sa famille pour son anticonformisme dérangeant, dans lequel elle consigne obstinément les événements qu'elle et ses consoeurs hautes en couleurs partagèrent tout au long de cette aventure inédite et unique, bon an mal an.

    Dépeintes au coeur d'une fresque du wild wild west, elles découvrirent la conditions des squaws, s'habituèrent et s'attachèrent à leurs maris et à leurs noms cheyennes, apprirent la vie en harmonie avec la nature, les guerres entre tribus, les ravages provoqués par l'eau de feu donnée sans compter par les Blancs, les rites parfois cruels... Bref, devinrent de vraies indiennes prêtes à se battre pour la survie de leur tribu.

    Au-delà du portrait d'une femme intense et puissante, Jim Fergus dénonce la politique du gouvernement d'alors et le traitement que les Blancs réservaient aux Peaux rouges. Il parle ouvertement d'un génocide alors que le sujet, aujourd'hui encore, reste sensible et tabou. Le livre a d'ailleurs été un événement lors de sa sortie aux États-Unis. Sans tomber dans l'ouvrage anthropologique, il permet d'en apprendre beaucoup sur la culture indienne en général et le mode de vie des Cheyennes en particulier. Il met également en lumière la condition des femmes blanches à l'époque ; la mise en perspective d'avec celle des Indiennes est accablante et pas pour ceux que l'on croit.

    Une fois le nez mis dans cette pittoresque épopée du grand ouest américain, impossible de s'en détacher. Bien que la part romancée soit proportionnellement bien supérieure à la trame historique, l'on y croit dur comme fer. May a bel et bien existé et l'on ne peut qu'être bouleversé par cette tragédie annoncée puisque l'on sait bien que le nouvel homme américain a préféré éradiquer les éléments pertubarteurs de son désir incessant d'expansion et de gain plutôt que trouver des compromis humains avec les autochtones originels... L'aspect le plus désespérant à mon sens de ce récit - au-delà du drame consommé par l'Histoire - est la démonstration par l'auteur des limites du mélange culturel, de l'impossible compréhension mutuelle totale.

    S'il est délicat pour les États-uniens d'entendre de la part du vieux continent qu'ils n'ont pas d'histoire, Jim Fergus prouve par son texte plus vivant que nature que le passé américain est bien réel... mais pas forcément glorieux. Une plongée dans l'Amérique des pionniers sans pitié ni démagogie aucune, un incontournable roman d'histoire, d'aventure et d'amour écrit par un auteur talentueux ayant sillonné durant des mois le Middle West, sur la trace des Cheyennes, pour bâtir cette oeuvre magistrale aussi exaltante que désespérante qui fait travailler intensivement les zygomatiques et les canaux lacrymaux. À lire en priorité avant de plonger dans la rentrée littéraire !

    Ils en parlent aussi : Malorie, Sandrine.

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    Dis que tu es des leurs d'Uwem Akpan

    Je ne suis pas celle que je suis de Chahdortt Djavann

    Extraits :

    "Franchement, vu la façon dont j'ai été traité par les gens dits "civilisés", il me tarde finalement d'aller vivre chez les sauvages."

    ...

    D'aussi ignobles perversions sont de nature à provoquer la colère des gens normaux, sinon l'ire des dieux. Je ne peux m'empêcher de penser une fois de plus que l'homme est bel et bien une créature brutale et imbécile. Est-il une autre espèce sur terre qui tue pour le plaisir ?

    ...

    Ils paraissent dotés d'une agilité proprement féline, avec une vraie noblesse d'attitude. Ma première impression est que ces hommes sont plus proches du règne animal que nous autres caucasiens. Ces propos n'ont rien de dévalorisant ; je veux seulement dire qu'ils ont une apparence plus "naturelle" que la nôtre, parfaitement en harmonie avec les éléments.

    ...

    Et c'est le sort des femmes sur cette terre, Harry, que l'expiation des hommes ne puisse être obtenue que par notre bannissement.

    ...

    Oui, j'ai fini par entre dans ce rêve fabuleux, cette vie irréelle, cette existence étrangère à notre univers, dans ce monde que peut-être seuls les fous sont amenés à comprendre...

    (...) il m'est venu à l'esprit que je pourrais bien mourir ici, dans les vastes espaces de la prairie déserte, au milieu de ce peuple reculé et perdu... un peuple qui a tout des trolls des contes de fées, qui n'a rien en commun avec les hommes et les femmes que j'ai connus.

    (...) il me vient la curieuse impression que nos vies personnelles ne sont pas les chapitres d'un même livre, mais des volumes entiers, détachés et distincts. Et, pour cette raison, je commencerai demain un nouveau carnet, un nouveau volume donc, qui aura pour titre Ma vie de squaw.

    ...

    La campement est vaste, et nous travaillons toutes si dur que, le soir, nous tombons de fatigue sur nos couches aussitôt avalé quelque morceau d'une infâme viande bouillie. (...)

    De leur côté, ces messieurs sauvages donnent l'impression de passer un temps démesuré à paresser dans leurs tipis, à fumer et à palabrer entre eux... ce qui me pousse à croire que nos cultures, finalement, ne sont peut-être pas si différente : les femmes font tout le travail pendant que les hommes bavassent.

    ...

    Je dois également porter ceci au crédit des Indiens : c'est un peuple formidablement tolérant et, si certaines de nos manières ou de nos coutumes semblent perpétuellement les amuser, ils n'ont encore jamais fait mine de les condamner ou de nous censurer. Ils se sont jusqu'ici montrés simplement curieux, mais toujours respectueux.

    ...

    (...) la misère a un caractère universel qui transcende les cultures ; tout comme la nôtre, la société indienne a ses riches et ses pauvres. (...) J'admets n'avoir jamais rencontré peuple plus généreux et altruiste.

    ...

    Je ne peux m'empêcher de me demander ce que nous pouvons bien faire à ces gens pour que leurs vies et leurs moyens d'existence s'abîment tant à notre contact, qu'ils se "dégradent" à cause de nous, comme disait le capitaine Bourke...

    ...

    Emplissant l'air sensuel de la nuit, la musique et les chants volèrent avec la brise dans les plaines alentours, de sorte que même les animaux des crètes et des collines se sont rassemblés pour écouter et voir. Les coyotes et les loups ont répondu de leurs plaintes, tandis que des silhouettes d'ours, d'antilopes et de wapitis, sortis de leurs tanières, se dessinaient nettement à l'horizon sous la clarté lunaire. Les enfants les aperçurent derrière les braises du feu, envoûtés et un rien effrayés par cette soudaine folie en mouvement. Enfin, les vieux, observant une scène après l'autre, hochaient la tête entre eux d'une mine approbatrice.

    Nous avons dansé. Et dansé. Sous le regard de Peuple, les yeux des animaux. Même les Dieux nous admirèrent.

    ...

    Oui, malgré son étrangeté sauvage et ses difficultés, notre nouveau monde me semblait ce matin-là d'une douceur indicible ; je m'émerveillais de la perfection et de l'ingéniosité avec lesquelles les natifs avaient embrassé la terre, avaient trouvé leur place dans cette nature ; tout comme l'herbe du printemps, ils me semblaient appartenir à la prairie, à ce paysage. On ne peut s'empêcher de penser qu'ils font partie intégrante du tableau...

    ...

    J'ai repensé au capitaine Bourke qui me demandait un jour avec emphase lors d'une conversation : "Où est le Shakespeare des sauvages ?" et je tiens peut-être la réponse. Si les Indiens ont peu contribué à la littérature et aux arts de ce monde, c'est sans doute qu'ils sont trop occupés à vivre - à voyager, chasser, travailler - pour trouver le temps nécessaire à en faire le récit ou, comme Gertie le suggérait, à méditer sur eux-mêmes. Je me dis parfois que c'est après tout une condition enviable...

    ...

    Et nous revoilà en marche... Nos chevaux partent en trottant retrouver la plaine, où le Peuple suit le bison, lequel suit l'herbe verte qui, elle, naît de la Terre.

    Nos déambulations peuvent paraître erratiques, mais elles suivent une logique bien établie.

    ...

    Les femmes ne sont pas acceptées comme membres du conseil, mais les Cheyennes se montrent curieusement égalitaires dans la mesure où l'on démontre quelque talent particulier (...).

    En même temps, les femmes de la tribu exercent une influence non négligeable sur le déroulement des activités quotidiennes, et on les consulte constamment sur tous les sujets qui ont trait au bien-être du Peuple. (...) La société blanche aurait sans doute bien des choses à apprendre des sauvages sur le plan des relations entre les sexes.