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famille

  • Ce parfait ciel bleu de Xavier de Moulins

    Editions Au diable vauvert - 203 pagesculture,citation,littérature,livre,roman,télévision,tv,famille

    Présentation de l'éditeur : On retrouve ici Antoine Duhamel, le personnage du premier roman de l'auteur, Un coup à prendre. Il est désormais divorcé et père recomposé dans les bras de Laurence, mais peine toujours à se séparer d'Alice et ne se résout toujours pas à cesser d'hésiter entre deux femmes. Comme entre regret et renoncement. Il va offrir à celle qui est finalement sa seule confidente, sa grand-mère Mouna, deux jours hors de la maison de retraite où elle a préféré finir ses jours. Un pèlerinage clandestin dans l'hôtel de leurs vacances passées, le temps d'une escapade sous le ciel bleu de la côte normande. Sous un parfait ciel bleu, c'est le face à face d'un homme de trente-sept ans qui a encore peur de vivre et d'une vieille dame qui a peur de mourir. Et c'est celle qui a pourtant tout connu du renoncement qui, au soir de sa vie, va lui donner le courage de choisir sa vie.

    Xavier de Moulins est journaliste. Pour ceux qui ne situeraient pas, il est le journaliste animateur du 19h45 sur M6. J'avoue que je n'accroche pas à sa présentation mais n'étant pas du genre à me fier aux apparences, j'ai suivi ma curiosité en acceptant de découvrir sa facette auteur en me plongeant dans son second roman, délicatement offert par Babelio et les Editions Au diable vauvert.

    Et bien si le journaliste apparaît, selon mon jugement purement subjectif, froid et guindé, l'écrivain est quant à lui d'une délicatesse extrême dans une écriture parlée originale et drôle. Faisant s'affronter les générations et s'interrogeant sur les difficultés de tourner les pages de nos vies, particulièrement amoureuses, Xavier de Moulins m'a touchée et m'a procuré un délicieux moment de lecture. C'est tout simple, sans prétantion mais ça fait du bien à l'âme. Bref, une agréable surprise.

    Extraits :

    On est toujours hypocrite au début d'une histoire. On cache ses zones d'ombre et ses vilains défauts. On prend facilement l'autre pour une Ferrari avant de lui en vouloir de n'avoir à offrir qu'un moteur de 2CV.

    ...

    - Tu sais Antoine, ça ne sert à rien la vieillesse.

    Mouna adore cette phrase. Elle a raison, la vieillesse, ça ne sert à rien, sauf peut-être à apprendre aux enfants à profiter de la vie avant la liste d'attente pour la Résidence des Lilas. A comprendre qu'iol faut vivre sans se retourner. Commencer à oublier avant d'être lâché par sa mémoire. L'entretenir en refusant de se souvenir d'hier pour mieux embrasser demain.

    ...

    Alice, Laurence, Mouna, une chaîne de montagnes, trois sommets, trois visions différentes, du monde, de l'amour, des hommes, et ma pomme en dénominateur commun. Peut-être que c'est ça, être une famille, se faire trait d'union entre des étrangers. Est-ce que Alice, Laurence et Mouna auraient croisé leur chemin sans moi ?

    La vraie famille est celle que l'on se construit accidentellement.

    Mouna m'inspire, j'ignore pourquoi en l'emportant sur la route de son dernier rêve j'ai enfin la sensation de savoir qui je suis.

    Je cultive mon cercle, j'y fais pousser des emmerdes et de la grâce, je me clôture avec des femmes, une garde rapprochée bigarrée, jalouse et rebelle, elles sont le souci et l'issue, mes astres et mes boulets. Je songe à la grande harmonie en foutant un bordel monstre, j'ai l'autodestruction fertile, la créativité déchirante lorsque la vie me demande de choisir.

    ...

    Elle ouvre ses yeux immenses et m'explique que malgré le temps, les rides et la mémoire qui flanche, les jolies choses restent intactes. Alors quand la vie fait sa garce, parce que la vie peut facilement nous faire dérailler et prendre un mauvais tournant, il ne faut pas hésiter à descendre au plus profond de soi et refaire jaillir une odeur, une matière, une image, une note de musique, quelque chose de doux pour affronter la violence et, surtout, s'en protéger. Se faire la belle n'est jamais compliqué. On a tout un tas de ressources à l'intérieur de soi, il suffit de prendre la peine d'aller les chercher.

    ...

    A les voir penchés sur leur déambulateur, affalés dans leur chaise roulante, en mettre partout en mangeant ou baver en s'endormant, on oublie que derrière les rides, dos voûtés et mots croisés pour les plus vaillants, il y a eu nous.

    Des hommes et des femmes en pleine force de l'âge, faits de rêve, de doutes , de certitudes, de projets, d'envies, de fantasmes, de révoltes aussi, d'insatisfactions, de colères, d'amours et de passions. Il y a eu toutes ces histoires, légères et graves, découvertes et cachées, assumées et ratées. Ces espoirs et ces désillusions, ces chagrins et ces joies, autant d'orgasmes et de petites morts. Les vieux vivent en secret avec le même besoin de consolation que nous. Leur vie n'est pas cette trajectoire lisse et ordonnée que l'on s'imagine enfant observer, souvent dans la confiance de notre extrême jeunesse, parfois dans la crainte. Les vieux ont simplement muté, mais à l'intérieur ils sont ce que nous sommes, amas craintifs bourrés de cette envie d'amour qui nous obsède jusqu'à nous rendre aveugles, nous encourage à imaginer que personne ne peut comprendre notre quête. Que personne n'a jamais rien vécu avant nous, que nous sommes les seuls à savoir, à vivre avec ces blessures et ces manques, ces lâchetés et ces obsessions, ces vagues et ces creux. Nous supposons la vie des vieux, mais nous n'osons jamais la connaître car son reflet rassurant peut, s'il se précise un peu, nous terroriser, concourir à la chute toujours inévitable de nos illusions.

    ...

    - Le passé tu ne peux pas le changer et tu ignores tout du futur. Vis au présent, aime au présent, c'est la seule solution pour ne pas tomber malade. Tu verras bien demain ce que l'avenir t'a réservé.

  • Rentrée littéraire : Eux sur la photo d'Hélène Gestern

    Editions Arléa : 273 pageseux sur la photo.jpg

    Présentation de l'éditeur : Une petite annonce dans un journal comme une bouteille à la mer. Hélène cherche la vérité sur sa mère, morte lorsqu’elle avait trois ans. Ses indices : deux noms et une photographie retrouvée dans des papiers de famille, qui montre une jeune femme heureuse et insouciante, entourée de deux hommes qu’Hélène ne connaît pas. Une réponse arrive : Stéphane, un scientifique vivant en Angleterre, a reconnu son père. Commence alors une longue correspondance, parsemée d’indices, d’abord ténus, puis plus troublants. Patiemment, Hélène et Stéphane remontent le temps, dépouillant leurs archives familiales, scrutant des photographies, cherchant dans leur mémoire. Peu à peu, les histoires se recoupent, se répondent, formant un récit différent de ce qu’on leur avait dit. Et leurs découvertes, inattendues, questionnent à leur tour le regard qu’ils portaient sur leur famille, leur enfance, leur propre vie. Avec Eux sur la photo, Hélène Gestern nous livre une magnifique réflexion sur le secret de famille et la mémoire particulière que fixe la photographie. Elle suggère que le dévoilement d’éléments inconnus, la résolution d’énigmes posées par le passé ne suffisent pas : ce qui compte, c’est la manière dont nous les comprenons et dont nous acceptons qu’ils modifient, ou pas, ce que nous sommes.

    Une auteur qui nous livre un premier roman magnifique, voilà la rentrée littéraire comme je l'aime. Certes, le style épistolaire qui m'est si cher (Lady Susan, Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, 84 Charing Cross Road, Les chagrins...) n'y est pas pour rien. Si l'écrivain y adjoint en plus du secret familial, de l'amour et des réflexions sur l'existence, alors il faudrait que l'écriture manque sérieusement de consistance pour que je lâche prise. Ce qui n'est ici évidemment pas le cas. Les échanges par courrier, mail et sms très bien exécutés (rappelons que l'exercice est périlleux) sont cernés de chapitres descriptifs des nouvelles photographies qui s'ajoutent aux découvertes de nos deux détectives en racines familiales. L'écriture est tellement juste que ces clichés ne peuvent faire autrement que de s'imprimer dans la rétine du lecteur qui n'en verra évidemment aucune. La quête de réponses et l'évolution de la relation entre les deux correspondants sont suffisamment addictives pour que le livre se laisse dévorer rapidement et même si l'on avance de manière un peu convenue vers le dénouement, le texte ne démérite à aucun moment et confirme, si besoin était, que c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures confitures (ou comment rejeter l'idée que certains sujets littéraires ont été consommés jusqu'à la lie). Une très belle découverte qui mérite d'être poussée.

  • Rentrée littéraire : Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan

    rien ne s'oppose à la nuit.jpgEditions J.-C. Lattès - 436 pages

    Présentation de l'éditeur : « La douleur de Lucile, ma mère, a fait partie de notre enfance et plus tard de notre vie d’adulte, la douleur de Lucile sans doute nous constitue, ma sœur et moi, mais toute tentative d’explication est vouée à l’échec. L’écriture n’y peut rien, tout au plus me permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire. La famille de Lucile, la nôtre par conséquent, a suscité tout au long de son histoire de nombreux hypothèses et commentaires. Les gens que j’ai croisés au cours de mes recherches parlent de fascination ; je l’ai souvent entendu dire dans mon enfance. Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du Verbe, et celui du silence. Le livre, peut-être, ne serait rien d’autre que ça, le récit de cette quête, contiendrait en lui-même sa propre genèse, ses errances narratives, ses tentatives inachevées. Mais il serait cet élan, de moi vers elle, hésitant et inabouti. » Dans cette enquête éblouissante au cœur de la mémoire familiale, où les souvenirs les plus lumineux côtoient les secrets les plus enfouis, ce sont toutes nos vies, nos failles et nos propres blessures que Delphine de Vigan déroule avec force.

    Contrairement à Comme une ombre de Michel Schneider, j'ai réussi à aller jusqu'au bout de ce livre confession, cette écriture très intime qui consiste à livrer sa propre histoire dans toute sa subjectivité. Je ne suis au final pas vraiment déçue mais pas franchement emballée. J'ai été très intéressée par ce parti-pris d'introduire des chapitres relatifs à la pensée et aux interrogations de l'auteur au moment de son écriture.

    J'ai vraiment cru au début que j'allais adorer tant la façon de retracer la vie de cette famille nombreuse était délicieuse. Mais très vite, l'on tombe dans le côté sombre propre à toute famille et dès lors, je ne peux - c'est ma vision très personnelle de la chose - m'empêcher de penser à cet adage selon lequel le linge sale se lave justement en famille. Tous ces écrits me déconcertent et le mot d'étalage s'impose à ma pensée sans pourtant avoir l'intention de juger. Je trouve tout cela un peu dérangeant, ce d'autant plus qu'il s'agit ici de relations vraiment très très spéciales, pour ne pas dire pathologiques. Disons que je prefère définitivement la fiction.

  • Chronique familiale #3

    Quand la femme la plus gentille, la plus attentionnée, la plus dévouée, la plus attentive, la plus serviable, la plus patiente, la plus compréhensive... Bref quand la femme la meilleure qui soit - c'est-à-dire ma maman - invite sa belle-soeur en week-end à la campagne pour une petite fin de semaine entre gonzesses loin de toutes préoccupations domestiques, ça promet a priori d'être agréable.

    Quand cette femme exceptionnelle se voit balancer dans la figure au cours de cette escapade champêtre, gratuitement, comme un tif sur la soupe, par sa frangine par alliance que "Bon concrètement, qu'est-ce que vous comptez faire pour vos cheveux ?", on peut légitimement penser qu'il y a du balayage à faire.

    Au niveau des racines.

    Familiales.

  • Le goût du bonheur 3 de Marie Laberge

    Florent - Tome 3florent.jpg

    Editions Anne Carrière - 1091 pages

    Présentation de l'éditeur : Les turbulences de la vie et de la guerre ont brisé Adélaïde. Seule la très ancienne affection de Florent éclaire encore ses journées. Et ce dernier, devenu un couturier célèbre dans le monde entier, n'a pas été épargné lui non plus : il entretient désormais une liaison agitée avec un acteur. Il va devoir une fois encore soutenir sa vieille amie car Adélaïde finit par tout apprendre sur son défunt mari... mais est-il encore temps de souffrir ? Les destins se heurtent et se conjuguent à la recherche d'une sérénité incertaine et toujours dérobée. Même si le sort en est jeté, les personnages ballottés par la vie conservent, envers et contre tout, le goût du bonheur...

    Après presque un mois passé en compagnie des Miller, McNally et leurs entourages, je tourne la dernière page de cette merveilleuse saga familliale. Et bien que j'ai quelque peu moins apprécié Florent à Gabrielle et Adélaïde (le coeur par trop déchiré de certaines évolutions que j'ai refusées catégoriquement pendant quelque 200 pages), tous ces personnages, cette quasi famille d'adoption passagère, va cruellement me manquer.

    Je pense pouvoir affirmer sans doute aucun que ce livre détient la palme de mes larmes de lecture. Il sera difficile pendant longtemps, si ce n'est définitivement, de faire concurrence à cet ôde à l'amour, à la vie, à la femme. Une écriture superbe, une humanité exceptionnelle, ce bijou littéraire n'en est pas un. C'est un joyau.