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drogue

  • Speed fiction de Jerry Stahl

    Depuis hier en librairie.speed fiction.jpg

    13E Note Editions - 119 pages

    Présentation de l'éditeur : L’histoire raconte que ce « cauchemar hyperréaliste » fut écrit en deux semaines dans une chambre d’hôtel parisienne. Ce court roman dépouillé des modes narratifs traditionnels, respire le vécu, la spontanéité et porte l’empreinte des maîtres de la beat generation : Kerouac pour la poésie et Burroughs pour l’ironie grinçante à base de substances prohibées. Sur un rythme haletant, l’auteur égrène des histoires dévastatrices, folles et parfois terrifiantes. Creusant profondément dans la psyché des plus atteints d’entre nous, explorant ses méandres les plus glauques, l’auteur en rapporte une vision implacable de la nature humaine. "Et maintenant que l'Amérique est affaiblie, (...) elle remplace pas des substances chimiques ce qu'elle est incapable de générer de manière naturelle. (...) Et puis, tu veux un chiffre sympa ? Trente-deux pour cent des écoliers et lycéens américains sont sous Adderall. Des apprentis speedomanes, comme c'est mignon ! Plus un rond pour leur instruction mais des tonnes pour qu'ils restent éveillés et débiles. Vive l'Amphétamérique !"

    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Morgane Saysana.

    Ma note :

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    Broché : 19,90 euros

    Un grand merci à 13E Note Éditions pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Fidèles à leur ambition de "rendre compte d’une certaine contre ou para-culture", de donner voix aux créateurs "réfléchis ou instinctifs, engagés ou indépendants, irrécupérables parce qu’inconsolables" forgeant "les mythes vivants et saignants du siècle de feu, de fer et de plastique dont ils sont les bâtards célestes", les Éditions 13E Note accueillent un nouveau morceau de choix de l'autobiographie transgressive de Jerry Stahl.

    Speed fiction, véritable documentaire sur l'expérience de la substance prohibée, n'est ni l'ouvrage moralisateur d'un drogué repenti, ni l'apologie de la défonce d'un junky nostalgique. C'est une analyse clinique, une mise à nu enragée à la fois répugnante et fascinante, délicieusement subversive et horriblement dérangeante.

    Si ma subjectivité accroche davantage à la vision du genre de Tony O'Neill dans Du bleu sur les veines, il faut concéder à Jerry Stahl une écriture à vif, une verve hallucinatoire exprimant à la perfection l'essence contradictoire de la défonce : cette intensité d'être à ce point aux portes de la Mort et au coeur de la Vie ; cette faculté de confiner l'esprit, la pensée, à la plus extrême lucidité tout autant qu'à la plus absolue illusion.

    Ce livre est le verbe enfiévré, couché dans l'urgence et la déchéance, des états d'une âme révoltée. Ces textes courts, à la fois déballage spontané et pensée précise, narrent sur le ton de la poésie acide le saisissant "cauchemar hyperréaliste" de la dépendance, ses origines et ses conséquences. Derrière de terrifiants portraits individuels, c'est aussi la fresque d'une "Amphétamérique" inquiétante et aveuglée que vomit, littéralement, l'auteur.

    C'est pas glorieux, c'est désenchanté mais que les âmes sensibles se rassurent, c'était avant que Jerry Stahl ne puisse plus résister à l'envie "d'essayer la drogue ultime, le sevrage. La plus grosse hallucination, c’est la réalité."

    Bref, un texte à décourager toute pulsion stupéfiante... Sauf peut-être celle des aspirants écrivains n'entravant rien au sarcasme entre les lignes :

    De jeunes auteurs qui lisent mes livres me demandent souvent comment on devient un écrivain comme moi. Je réponds : eh bien, détruis ta vie, trahis tes amis, perd tout ce que tu as, ruine ta santé, ne respecte pas la loi, vis dans la rue, et tu deviendras un écrivain, toi aussi. C’est un super-conseil pour des jeunes.

    Ils en parlent aussi : Chris.

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    Extraits :

    Si tu t'injectais la bonne dose, d'un coup, un calme olympien s'abattait sur le monde et tu étais comblé rien que d'être assis là, un filet de bave à la commissure des lèvres, aussi zen qu'un mioche hyperactif après sa première sucette à la Ritaline. Quand ça se produisait, jamais tu ne te disais : "Si je suis si positif et en osmose avec le cosmos, c'est juste parce que je suis sous amphétamines." Quand une drogue a l'effet escompté, tu n'as pas l'impression d'être sous son emprise. Tu es juste super-polarisé, vaguement au bord de l'orgasme. Corps et esprit étonnamment synchrones, usinant à deux cents à l'heure. À un poil de cul de la perte totale de contrôle, mais aux anges. Parfait-parfait-parfait.

    CE QUE FAIT UNE BONNE DROGUE. C'est te laisser croire que tu vas éprouver ce sentiment de perfection jusqu'à la fin de tes jours. Puis te le reprendre aussi sec... T'arracher au confort d'une fun-car capitonnée pour te précipiter sur la bas-côté rocailleux. Réduire en charpie tes neuf cents pages de pensées foisonnantes. Te dé-Dorian-Gray-er la cervelle. Ce qui te fait passer de l'envie au besoin.

    ...

    Tout ce que tu veux c'est un petit lopin de terre n'importe où, pourvu que tu n'aies plus à feindre de savoir comment on fait pour être humain.

    ...

    (La plupart des gens ne sont pas finis. Une fois qu'on a capté ça, la vie ne s'en trouve pas forcément facilitée mais elle devient intelligible.)

    ...

    Le calvaire de la conscience permanente.

    ...

    Peut-être qu'en marchant à reculons assez longtemps, on peut défaire sa vie ?

    ...

    Certains smurfers s'aspergeaient les yeux de nettoie-vitre pour donner l'impression qu'ils coulaient sous l'emprise d'une allergie virulente. Mais il fallait y aller mollo. Un peu trop de pschitt et mes pupilles se mettaient à saigner. De toute façon, je n'avais pas besoin de pulvériser quoi que ce soit puisque mes yeux étaient tout le temps humides, ce qui faisait de moi un allergique très convaincant. Le tout c'était de ne pas se forcer à éternuer. Question "atchoum", on ne la faisait pas aux pharmaciens.

    ...

    Quand tu pactises avec le démon de la drogue, il t'enlève d'emblée la glande qui régule tes inhibitions.

    ...

    (Sous meth, tu ne t'endors pas, tu t'écroules et tu tombes dans les vapes. Et quand tu tombes dans les vapes, tu ne te réveilles pas. Tu reviens à toi. Pareil avec l'héroïne. Une fois, sous héro, tu es revenu à toi debout devant ton frigo, que tu avais ouvert huit heures plus tôt. Sous speed, tu es revenu à toi en train de niquer, ça change.)

    ...

    Faut-il s'étonner que la meth "maison" distillée au fond des baignoires te bousille l'odorat ? Si ton nez fonctionnait toujours, tu aurais la gerbe à cause du pot-pourri de miasmes humains, mais surtout des souris crevées sous le canapé. Les petits rongeurs non-avertis mangeaient les miettes de speed tombées au sol. Après quoi, ils se tapaient des pointes de vitesse et des bouffées d'euphorie, puis succombaient à de mini-crises cardiaques. Certains soirs, tu les entendais. Tu reconnaissais le couinement funeste. Alors tu imaginais Mickey Mouse se cramponnant à sa poitrine avant de rendre l'âme. (Cet enfoiré de Walt Disney n'était qu'une pourriture fasciste antisémite.) Au bout de deux ou trois jours, les fourmis engloutissaient leur pelage et les petits mammifères décimés revêtaient un air de bébés prématurés tout désséchés. Alors, d'un coup de pied, tu les planquais sous le canapé. Tu ne sentais pas leur puanteur. Tu ne sentais plus rien.

    ...

    L'automutilation sous speed étant un sujet cher aux routiers américains, les allusions à cette épidémie d'irritation de la verge (...) ont fait leurs premières apparitions (...). Ces crétins finis se gaussaient au sujet des staphylocoques attrapés en se paluchant jusqu'au sang dans la cabine de leur bahut, cognant leur braquemart contre le tableau de bord, sur fond de bon vieux porno à l'ancienne du type Dark Brothers, au cours de leurs virées transaméricaines, entre Big Pine, en Californie, et Baton Rouge, en Louisiane.

    L'Amérique, nation de Pruritains.

    ...

    Sous speed, les souvenirs sont comme des enfants qui traversent en courant une rue très fréquentée, sauf qu'il n'y a pas assez de bagnoles pour tous les dégommer. Le passé ne cesse de s'immiscer dans le présent.

    ...

    Mais Maya Deren. Elle a donné forme humaine à La Peur. La terreur existentielle. Une femme avec pour visage un miroir, de façon à ce que quand tu la regardes, tu te voies les yeux rivés sur toi-même. L'enfer, ce n'est pas les autres. C'est aussi les autres qui sont toi ! Elle s'est montrée plus sartienne que Sartre. Tu te rends compte à quel point c'est flippant ? Elle a fait du monde un endroit monstrueux... en le dépeignant comme un reflet du nous-mêmes.

    ...

    Avec la bonne dose de speed, tu peux réécrire ton histoire personnelle et vivre dans le récit ainsi forgé. Rêver debout et éveillé.

    ...

    Posons-nous la question : qu'est-ce que la vie en fin de compte ? La course d'un pauvre malheureux vers l'hélice tournoyante d'un avion.

    On peut soit s'approcher lentement de cette hélice, soit gober un cacheton de Benzédrine pour aller si vite que le temps semblera infini. "Infini" : qui n'a pas de fin. Alors, on oubliera l'hélice. Comme si on ne devait jamais l'atteindre. Pourtant crois-moi, camarade, le speed t'y conduira sans faute. En vitesse.

  • Du bleu sur les veines de Tony O'Neill

    À paraître le 13 février 2013.du bleu sur les veines.jpg

    13e Note Éditions - 315 pages

    Présentation de l'éditeur : Voici le portrait d’un jeune Anglais échoué à L.A. et dont la vie bascule sans transition de la scène musicale au quotidien des junkies et à l’univers de la rue. Au-delà du thème de l’addiction, Tony O’Neill évoque l’essentiel : notre capacité à rester honnêtes et authentiques dans un monde qui ne nous le permet plus vraiment. Notre héros a de gros soucis : une femme qu’il connaît depuis deux jours à peine, pas de job, pas d’argent et un budget stupéfiants ayant explosé depuis longtemps toutes les limites, dans un Los Angeles qui n’a jamais fait de concessions aux égarés. Mais là n’est pas le principal intérêt du roman. Oui, on y trouve des histoires de deals, d’amitié perdue, de souffrance, de sexe et de relations superficielles. Bien sûr il y a les motels pourris, les crises de manque, les cliniques de méthadone et la recherche permanente du high. Et non il n’y a aucun romantisme, aucune morale, et pas de retour des ténèbres vers la lumière. Mais ce douloureux et croissant besoin de dope, qui vous fait pactiser avec le Diable, est aussi une quête sans fin pour trouver un sens à sa propre vie. Et c’est ce qui propulse Du bleu sur les veines bien au-delà du traditionnel parcours fléché « addiction / rédemption ». L’aventure d’un musicien-écrivain qui cherche en lui-même ce qu’il y a de plus précieux : l’amour.

    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Annie-France Mistral.

    Ma note :

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    Poche : 9,50 euros

    Un grand merci à 13e Note Éditions pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Trash, défonce, désenchantement, perdition, rejet de la société, du système, esprit underground... Si ces mots ont une résonance particulière en vous, il vous faut dès demain vous procurer la nouvelle parution des éditions 13e Note, Du bleu sur les veines de Tony O'Neill.

    D'une plume ardente à dix mille lieues d'une énième confession d'un mec ayant connu l'enfer de la drogue et trouvé le chemin de la rédemption, il raconte. La curiosité. La descente aux enfers. L'espoir.

    Il suffit de lire la présentation de l'éditeur ci-dessus ainsi que les deux extraits grassés ci-dessous pour appréhender la puissance de ce récit, dans l'esprit, quoique bien au-delà, du néanmoins incontournable Flash ou le Grand Voyage de Charles Duchaussois.

    Une fois troquée sa seringue contre sa plume, Tony O'Neill transcende un sujet déjà maintes fois traité avec plus ou moins d'intérêt. Ce musicien-écrivain drogué, dont la carcasse a plongé dans la crasse mais dont la plume a été touchée par la grâce, nous raconte donc avec la "clarté et la concision typiques des junkies" cette aventure au bout de lui-même guidée par le désir de fuir, d'oublier un monde en perdition. Il donne naissance à une écriture percutante qui ne "s'embarrasse par de fioritures".

    Il dévoile tout, ne cache rien, assume, un point c'est tout. Il relate sans concession cette folie. Tantôt pathétique, tantôt lâche, comme cette scène déroutante où, confronté à sa copine en pleine overdose, il se shoote, pique toute la dope et se tire, la laissant entre la vie et la mort. Même au coeur du coeur de l'horreur et de la déchéance, il arrive pourtant à faire de l'humour, plus souvent de l'ironie. Et finalement, dans toute cette noirceur, reste éternellement présent à l'esprit du poète, tout drogué qu'il soit, l'amour, seule immuable émotion porteuse de cet inextinguible espoir, qui peut détruire autant qu'il peut sauver.

    J'ai volontairement renoncé à inclure dans mes extraits les magnifiques descriptions des scènes de défonce qui, sorties de leur contexte, pourraient passer pour une apologie de la drogue. Ce serait trahir l'auteur qui ne souhaite ni vanter, ni condamner. Juste raconter. Expliquer le pourquoi et le comment de cette errance sans cesse répétée, aussi lucide qu'incontrôlable. De l'impuissante conscience.

    "Au long de ses phrases dévastatrices, les mots caracolent en furieuses résurgences". "Au fil de ces pages hurlantes", Tony O'Neill fascine autant qu'il apitoie voire dégoûte, mais "quelques lignes suffisent pour pièger le lecteur dans ce monde de freaks, de musiciens accros au crack, ce monde où, de motels sordides en appartements délabrés, les organismes éprouvés par la dépendance enchaînent deals malsains, overdoses, amours brisées."

    Une chose est sûre, l'on ne sort pas indemne de ce texte. Moins naïf, moins condescendant, moins apte à juger et condamner.

    Si l'on ajoute à cette magistrale narration une magnifique préface de James Frey intitulée "Le Dickens déjanté du XXIe siècle" ainsi qu'une postface exceptionnelle de Dejan Gacond accompagnée de deux photographies de Kit Brown, l'on se demande quelle excuse pourrait bien crédibiliser le fait de s'abstenir de cette lecture.

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    Demande à la poussière de John Fante

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    Souvenirs d'un pas grand-chose de Charles Bukowski

    Courir avec des ciseaux d'Augusten Burroughs

    Extraits :

    (...) le vrai talent de Tony, c'est d'avoir su capter ce qui se passe dans la tête d'un junkie. La pulsion de mort d'un drogué, qui, vue de l'extérieur, peut paraître abyssale à qui tente de la comprendre, est ici analysée dans le détail à la perfection. Son refus d'emprunter les sentiers battus et rebattus des habituelles "confessions d'un héroïnomane" est rare et stimulant.

    ...

    Merci à tous ceux qui ont essayé cent fois de me tirer de la merde (...). Merci à tous les dealers qui ont été réguliers et ne m'ont pas arnaqué.

    Enfin, merci à tous les junkies, voleurs, putes, rebelles, ratés, partis-en-vrille, foutraques et dealers : nous sommes les derniers humains réellement libres sur cette planète contrôlée par les flics et les hommes politiques pourris. Il est grand temps que tout le monde s'oppose maintenant à LA GUERRE CONTRE LA DROGUE.

    ...

    Je suis au-delà de la vie et de la mort, au-delà de l'ennui et de la folie. Pendant que je dérive, suspendu dans mon paradis artificiel, je me fais une promesse. Si ça s'arrête un jour, si je m'en tire, j'écrirai tout. Je dois me souvenir de tout, je ne veux pas avoir vécu ces années pour rien.

    ...

    Pour couronner le tout, il y avait ce roman en suspens qui attendait au pied de mon lit, presque deux cents pages de masturbation intellectuelle complaisante. Il me narguait tous les soirs lorsque je me couchais et je craignais de ne jamais pouvoir le finir.

    ...

    Bien que je travaille à la maison, elle me prend pour un glandeur. Même si elle ne le dit pas, elle m'en veut de gagner autant d'argent qu'elle, simplement en écrivant deux heures par jour.

    ...

    Je regarde la télé. Je trouve le visage difforme de ces journalistex au brushing impeccable, trop nourris et trop bronzés, encore plus ridicules, hystériques et grotesques que d'habitude. Je n'arrive pas à comprendre ce qu'ils disent, une bouillie idiote sans queue ni tête de ragots sur des people et de blagues nulles entre présentateurs minables. J'en viens à être presque nostalgique de la diction snob de ceux de la BBC. Eux au moins, on a pas l'impression de s'abrutir en les écoutant.

    ...

    C'était triste à voir. Il avait l'air d'un pantin. Il ne contrôlait plus rien de sa vie.

    ...

    Il a la profondeur de ceux qui ont ressenti dans leur chair la terrible absurdité de la vie et de la mort.

    ...

    - T'as dormi quand la dernière fois ?

    - J'ai fait une petite sieste dimanche.

    - Ca fait pas lourd depuis vendredi matin...

    - Mouais. Et alors ? Dormir, ça fait chier.

    (...)

    - RP, où est-ce que tout ça nous mène ?

    - À la mort. On va tous crever. Toute la ville va crever. Le monde entier va crever. Tu ne le vois pas ? Tu ne le sens pas ? On vie les derniers jours de Rome, l'empire s'effondre. Nous, on fait le seul truc qu'il nous reste à faire.

    ...

    Je me sens nul, archinul, j'ai regressé au point de me foutre de tout ce qui peut bien arriver.

    ...

    Je n'aurais jamais le cran de tenir ma promesse. Pire que ça, je n'aurais jamais assez de dignité pour le faire. Comment je peux continuer comme ça ? À foutre en l'air toutes mes chances, à tomber amoureux en me trompant perpétuellement de personne, à rater tout ce que j'entreprends, à poser des mines au lieu d'avoir la sagesse de me bouger le cul et de me tirer ! Le courage d'en finir dans une apothéose magnifique et pour une fois authentique ! Mais envisager le suicide me dépasse. Autant que ma vie s'achève comme elle s'est déroulée jusqu'à présent... à petit feu et dans une absolue absurdité.

    ...

    RP voit le bleu sur mon bras et me lance un coup d'oeil soupçonneux. Je le regarde droit dans les yeux ; rien n'est dit, mais il devient en une seconde le premier de la bande à savoir que je me shoote. Je le remercie de ne m'avoir jamais fait la morale. En bon épicurien qui se respecte, il ne se serait pas permis de balancer ce genre de conneries condescendantes.

    ...

    Ici, sur un coup de tête, je trempe mon doigt dans le sang qui me coule sur le bras et je peins un cadre autour du dessin fait par la shooteuse qui s'est mis à dégouliner. Je recommence et gribouille une signature illisible en dessous. Parfait ! Je suis le Jackson Pollock des junkies.

    ...

    Depuis, ma vie s'est transformée à toute vitesse. Mes amis ont considérablement changé d'attitude envers moi. Je ne leur ai pas caché ce que je faisais, résultat, je les ai vus de moins en moins.

    ...

    Très vite, je cesse complètement d'avoir envie de sortir dans les bars. Mes anciens potes m'ennuient. On ne s'intéresse plus aux mêmes choses depuis longtemps. Leur appétit insatiable pour l'alcool et le speed me tape sur les nerfs. Je trouve ça puéril. J'aime mieux rester chez moi, seulement moi, ma musique et ma came, que me joindre à leurs virées dans des clubs ou des fêtes. Je m'installe très rapidement dans cette routine solitaire. Je me réveille au milieu de la matinée, premier fixe, j'écris pendant quelques heures, deuxième fixe, et ensuite, prise de tête, il faut dégoter du blé pour aller pécho.

    ...

    Mais ça crée aussi une dépendance incontrôlable qui, tant qu'elle dure, pousse à faire n'importe quoi pour s'en procurer et éviter la descente. Dans ces cas-là, je suis absolument capable de voler mes amis, de leur mentir et de faire n'importe quoi pour en avoir encore. Rien à voir avec l'envie d'arnaquer. Il s'agit simplement de satisfaire un besoin irrépressible. Quand je n'ai plus de coke et que je disjoncte à la perspective de retomber dans un état normal, prendre en considération le bien et le mal me paraît un luxe ridicule.

    ...

    Dès notre naissance, nous sommes obligés de nous soumettre à des institutions complètement hypocrites et ridicules comme l'école, l'État, Dieu, la police, le gouvernement, le mariage, à des notions comme le travail, l'idéal du bon citoyen (comme si ça avait un sens), la santé mentale, l'éthique. Tout ça nous est imposé au fil du temps par les culs-bénits conservateurs qui ont transformé ce monde en une farce grotesque depuis qu'existe le concept de société. C'est pourquoi il est nécessaire, pour financer le train de vie de ces personnes, qu'une société stupide et malade continue à bosser, à payer des impôts et à aller mourir sur des champs de bataille. C'est une situation complètement artificielle. Elle crée une sorte de crise existentielle de masse, un trouble psychologique collectif qui se manifeste par des émeutes, des meurtres, des suicides et des guerres. La façon que j'ai choisie pour gérer cette pathologie a été de me shooter, l'alternative étant de commettre un massacre.

    ...

    - Je te promets, ça finit toujours par s'arranger, souviens-toi de ça, ça finit toujours par s'arranger.