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  • Les Quatre Grâces de Patricia Gaffney

    les quatre grâces.jpgSortie ce jour en librairie.

    Éditions Charleston - 397 pages

    Présentation de l'éditeur : Depuis dix ans, Emma, Rudy, Lee et Isabel sont liées par une amitié indéfectible. Esprit, humour et compassion sont les armes qui permettent aux Quatre Grâces de résister à tous les tracas de la vie, ce qui ne les empêche pas de se cacher des secrets parfois... Jusqu'au jour où survient une épreuve à laquelle elles n'étaient pas préparées. Quand le destin frappe, c'est tout le groupe qui est touché. Les Grâces sauront-elle surmonter, chacune à sa façon, cette crise sans précédent ? Vif, profond et émouvant, ce roman déjà culte aux États-Unis, vendu à 1,6 million d'exemplaires, fait le portrait de femmes qui, à elles quatre, sont toutes les femmes... Et les meilleures amies dont on peut rêver. Les Quatre Grâces font partie des livres qui changent une vie.

    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Élizabeth Luc.

    Ma note :

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    Broché : 22,50 euros

    Ebook : 16,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Charleston pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Premier roman de l'auteur, "petit bijou qui brille de mille feux" d'après Nora Roberts, Les Quatre Grâces, bien qu'initialement publié il y a une quinzaine d'années, est un choeur de femmes tout à fait contemporain. Tout autant qu'intemporel.

    Roman à quatre voix ou journal à huit mains, ce livre est l'histoire d'un cercle féminin devenu, au fil du temps, amical puis sororal. Compagnie bigarrée, les femmes de ce club ont des personnalités autant que des choix de vie bien distincts d'où d'occasionnelles étincelles. C'est pourtant le partage, la disponibilité, l'écoute, les bons moments que ces quatre-là vivent le plus souvent. Et parce que l'amitié - davantage encore que l'amour ! - est souvent inconditionnelle, elles savent se serrer les coudes quand elles doivent affronter un destin qui se change en sort. La vie n'étant pas avare en clins d'oeil ironiques, elle entremêle avec malice les étapes cruciales de leurs existences, les éprouvant dans leur capacité à porter le regard sur les autres et les soutenir alors que chacune est elle-même dans la tourmente...

    S'il était encore besoin de démontrer que l'amitié entre femmes existe, ce feel good book en serait la parfaite et bouleversante illustration. Les convaincues quant à elles, nostalgiques de Sex and the city ou de Quatre filles et un jean pour les jeunes lectrices ayant grandi, seront ravies de recréer l'atmosphère chaleureuse, réconfortante, d'un groupe de vraies bonnes copines.

    S'il n'est pas aisé, au commencement de ce roman choral, de distinguer les portraits, d'associer tels événements / traits de caractères / souvenirs / etc. à tel prénom, tout se met en place assez rapidement. L'alternance de voix des héroïnes confère dynamisme et intimité au récit : ajoutée à l'intrigue et ses rebondissements existentiels palpitants, l'intériorité de chacune des figures permet de pénétrer au plus profond du cénacle.

    Ce clan n'est pas seulement une galerie portraits de femmes, de caractères et de vécus variés auxquelles chaque lectrice peut, tout ou partie, s'identifier. Ce sont les amies parfaites, le cercle amical idéal. C'est même encore mieux qu'en vrai puisqu'exceptionnellement, l'on sait tout ce que les unes pensent des autres et disent en leur absence ! Et quand la fiction dépasse la réalité, le sentiment d'appartenance au groupe n'en est que plus fort : il ne s'agit plus seulement de lire, d'observer passivement mais de vivre plus intensément, tant moralement que physiquement, les états d'âmes, les ressentis de ces saisissantes amies virtuelles. Le récit est à ce point poignant que l'on est viscéralement dans l'histoire ; que l'on ne quitte qu'à regret.

    C'est donc plus que volontiers qu'on se laisse embarquer et porter par ce magnifique roman d'Amitié entre rires et larmes, parfois grinçant, souvent drôle, un peu cruel, surtout tendre, toujours touchant. Un tourbillon d'émotions, comme dans la vraie vie. Car là est toute la force de ce livre : son réalisme, son authenticité. Il sonne vrai, il sonne juste. Entre réflexion existentielle et philosophie de vie, cet hymne à l'instant présent évoque intelligemment des sujets complexes (amour, maladie, mort...) et des notions profondes telles que la place et le rôle de la femme, la tolérance ou encore la solidarité... Plus que divertissante, cette lecture dont on ne peut sortir que grandi est une invite à l'introspection, à l'humanité.

    Touchée par la grâce, cette sixième parution des toutes jeunes Éditions Charleston affirme une ligne éditoriale de qualité qui redonne ô combien ses lettres de noblesse à la romance. Un genre littéraire à part entière, brillamment servi par Patricia Gaffney et son vrai beau roman qui, contrairement à ce que laisse supposer la jolie jaquette estivale, se lit à toute heure, en toute saison. Les petits bonheurs qui font du bien à l'âme n'attendent pas !

    L'interview de Patricia Gaffney.

    Lire un extrait du livre.

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    La trilogie de Katherine Pancol : Les yeux jaunes des crocodiles, La valse lente des tortues et Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

    Extraits :

    Si un mariage sur deux se termine par un divorce, combien de temps dure un couple, en moyenne ? Ce n'est pas une question rhétorique : j'aimerais vraiment le savoir. Moins de neuf ans et demi, je parie. Les Quatre Grâces existent depuis neuf ans et demi et pas un nuage à l'horizon. On se parle encore, on remarque toujours des petits détails chez les unes et les autres, un kilo perdu, une nouvelle coiffure, des chaussures neuves... À ma connaissance, aucune d'entre nous n'est en quête d'une amie plus jeune et plus fraîche...

    ...

    Il ne s'agit pas d'un ordre religieux, donc nous avons aussi eu notre lot de jalousies, mesquineries, petites vacheries, sans oublier les crises de nerfs occasionnelles. Mais ce n'est rien.

    ...

    J'adorais l'idée de fonder un groupe. Ce ne serait pas un club de lecture, ni un groupe politique ou féministe. De temps en temps, nous réunirions des femmes qui s'appréciaient et se respectaient pour échanger des expériences et débattre de questions intéressantes. Un objectif plutôt modeste. Nous ignorions que nous étions en train de semer les graines d'un jardin superbe.

    ...

    Avais-je rêvé de ce que je désire ou de ce que je redoute ? Ou les deux ?

    ...

    Je n'ai pas peur d'avoir tort. Je me trompe tout le temps. (...) Le problème, c'est que, en optant pour une opinion tranchée, on élimine toutes les autres. Ce n'est pas juste. Pourquoi choisir ? Il est tellement moins brutal de ne pas choisir. De plus, mieux vaut s'accorder une porte de sortie.

    ...

    Quand je suis stressée, je deviens insupportable. Je m'en rends compte, mais je n'y peux rien.

    ...

    En fait, trois qualités me font craquer, chez un homme. Outre la timidité et l'intelligence, j'ai du mal à l'admettre, il y a la beauté physique. Je sais, je suis superficielle et je déteste ça. Parfois je sors délibérément avec des moches pour ne pas être taxée de frivolité. En vérité, à qualités égales, je préfère un homme séduisant.

    ...

    Il était si passionné... De toute évidence, l'art était sa vie, à la limite de l'obsession, or je craque pour les hommes qui adorent leur travail. Je trouve cette fougue terriblement sexy et désirable. Le mieux, c'est qu'ils ne sont pas dépendants de moi pour donner un sens à leur existence.

    ...

    L'impossible a quelque chose de réconfortant, mais c'est triste. Je déteste l'ambiguïté. Je peux accepter le pire s'il n'est pas dilué dans l'espoir ou un "oui, peut-être".

    ...

    J'adore ça. Préparer un bon repas avec mes meilleures amies, les écouter plaisanter, rire, raconter leur vie, en rajoutant mon grain de sel de temps en temps... C'est le bonheur. Du vin, du fromage, des potins, des copines... Si on pouvait ajouter une dose de sexe d'une façon ou d'une autre, ce serait parfait.

    ...

    Je ne suis pas une experte des enfants, loin de là, ils me font même une peur bleue. Ils sont tellement autonomes... Je ne sais pas... tellement directs. L'ironie ne fait pas partie de leur vocabulaire et ils ne comprennent jamais les blagues. Bref, par principe, je garde mes distances.

    ...

    - Ne rejette pas l'amour, ne le néglige pas. Ne pars pas du principe que tu trouveras un amour meilleur ailleurs. Prends-le partout où tu auras la chance de le trouver et efforce-toi de le rendre en retour.

    ...

    (...) je suis peut-être une imposture. Toute ma vie, j'ai voulu écrire des romans, du moins c'est ce que j'ai toujours affirmé. Le réel ne me suffisait pas. Je voulais que le récit parte dans une autre direction, que la vérité ne soit jamais ce qu'elle était vraiment... Résultat : je suis bien meilleure journaliste que romancière, finalement. C'est à se demander si je n'ai été attirée uniquement par l'idée que j'avais de la romancière. Je voulais avoir l'air d'une romancière. Dans les soirées, je voulais répondre "J'écris des romans" à la question : "Qu'est-ce que vous faites, dans la vie ?"

    ...

    Parfois, le désespoir a du bon.

    ...

    Consulter un psy, c'est dépassé. De plus, je crois en l'idéal de l'indépendance, en la responsabilité de chacun face à son propre bonheur. Non que je réprouve la psychothérapie pour les autres. Avec de telles convictions, je ne tiendrais pas le coup, dans mon métier. Bref, je ne crois pas que ce soit pour moi.

    ...

    J'ai toujours eu envie de dire aux gens que je les aimais. En général, c'est la peur qui m'en empêchait. Peur qu'ils s'en moquent, qu'ils ne veuillent pas l'entendre ou bien qu'ils m'en prennent trop, ensuite.

    C'est différent, à présent. Les années s'accumulent et je n'ai plus un instant à perdre.

    ...

    Mon corps m'a trahie. Je suis mas propre meilleure amie et je me suis laissée tomber. En qui puis-je désormais avoir confiance ? C'est bête, je sais, mais j'ai toujours en moi l'illusion de l'immortalité, même si elle commence à s'effriter sur les bords. Elle cède la place à des crises de panique. Je vais mourir. Cela me revient toujours en pleine face, après un moment d'oubli inexplicable. Alors mes veines s'embrasent de terreur. Mon estomac se noue, je verse des larmes de douloureuses. Ensuite viennent les respirations profondes, je redresse les épaules. Ce fardeau de tristesse, je ne peux le partager. C'est mieux pour moi et pour les autres. Quel poids que l'ombre de la mort...

    Pourquoi la mort est-elle si mystérieuse et taboue, comme le sexe pour une vierge, un secret bien enfoui ? Depuis toujours, je suis persuadée que tout le monde va mourir sauf moi.

    C'est notre seul moyen de survivre, je suppose.

  • Hors de moi de Claire Marin

    hors de moi.jpgÉditions Allia / J'ai lu - 93 pages

    Présentation de l'éditeur : Il n’y aura pas de fin heureuse. Autant le savoir d’emblée. C’est une histoire tragique, faite de répétitions et d’aggravations. Quelques silences entre les soupirs, les gémissements, les pleurs ou les cris, de douleur ou de rage. Une vie intense. Des corps nus, exhibés. Le mien au moins. Un récit impudique. "Un premier roman remarquable, où l'émotion perce sous une pensée féroce et lucide." - Aimé Ancian - Le Magazine littéraire

    Ma note :

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    Poche (1re édition aux éditions Allia) : 6,20 euros

    Poche : 3,90 euros (à paraître le 3 avril 2013)

    J'ai un fétichisme sélectif en ce qui concerne les livres. Si je supporte difficilement - doux euphémisme... - que l'on en casse la tranche ou que l'on altère de quelque façon que ce soit la jaquette, je plie pourtant les coins des passages qui ont une résonance particulière pour moi. Allez comprendre...

    J'ai quasiment écorné toutes les pages de celui-ci. Le choix des extraits fut difficile tant l'envie de recopier l'intégralité du texte fut tentante. L'idée finalement étant de vous hurler de le lire, absolument. Car tôt ou tard, personnellement ou indirectement, ce livre vous concernera. Fatalement.

    Dans ce roman qui est son premier, Claire Marin aborde le difficile thème de la maladie. "Grâce" à son vécu, forte des faiblesses de son corps, elle retranscrit la souffrance avec une justesse qui confine à la vérité absolue ; à un point tel qu'elle a obtenu le Prix littéraire de l'Académie de Médecine 2008. Elle fait de son roman personnel une véritable biographie de la maladie, qu'elle universalise en ne nommant jamais précisément sa pathologie - bien qu'on la devine.

    Alitée depuis bientôt deux ans, j'ai éprouvé un bien fou à lire ces lignes qui semblaient sortir de ma tête, de mes maux. Claire Marin est la voix authentique, la plume précise, de tous les patients. Elle narre avec exactitude les états physiques et émotionnels dictés par la maladie, l'asservissement de ce corps et de cet esprit qui ne font plus un, mais qui se scrutent, se maltraitent, ne se comprennent plus, entre espoir et résignation, pleine conscience et quasi folie, désir de vie et inexorable condamnation.

    Un livre poignant qui fait du bien aux personnes souffrantes. Les font un instant se sentir moins seules.

    Un livre nécessaire pour les entourages dévoués autant que désarmés, qui souvent ne comprennent rien à rien même si ce n'est pas faute d'essayer.

    Un livre urgent pour ce corps médical qui est plus souvent qu'à son tour à côté de la plaque, odieux et peu impliqué.

    Ils en parlent aussi : Perruche, Laurence, Le libraire.

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    Du bleu sur les veines de Tony O'Neill

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    Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi de Mathias Malzieu

    Dieu est un pote à moi de Cyril Massarotto

    Juste avant de Fanny Saintenoy

    Vous ne connaîtrez ni le jour ni l'heure de Pierre Béguin

    Journal d'un corps de Daniel Pennac

    Extraits :

    L’évidence de la vie saine. Respirer, cligner des paupières, déglutir, tenir debout, marcher. Tout ce petit ménage intérieur du corps, la petite machine sans ambition du quotidien qui nous porte pour nous alléger de la préoccupation de ces détails ; toute cette aisance discrète est amenée à disparaître.

    ...

    La liste des interdictions cumule les diktats de la maladie et les incompatibilités chimiques. Il y a ce que le corps ne peut plus faire, ce que le traitement défend et ce que le moral délabré devient incapable d’imaginer.

    ...

    On ne sait pas guérir cette maladie. C’est une phrase qu’on met un petit moment à comprendre. Ça paraît incroyable. Certains d’ailleurs mettent en doute votre parole. Comment, au XXIe siècle, on greffe des coeurs, des visages, on crée des organes artificiels et on ne sait pas guérir cette maladie! L’indignation est à son comble, on vous en veut presque de révéler un tel scandale. Apparaît alors le fameux joker des “progrès de la science”. Bientôt sans doute, comme le reste, on saura… Je ne veux
    même pas entendre cette phrase. Elle m’exaspère. Ils ne veulent pas comprendre que je ne guérirai pas. Je ne vais quand même pas faire semblant pour les rassurer.

    Je ne guérirai pas. Je suis, pour le reste de ma vie, atteinte d’une maladie.

    ...

    Il ne reste plus qu'à se taire. Parce que dire ne sert à rien, parfois même nous dessert. Parce que la parole est toujours en retard sur le mal, malhabile, inadéquate. La parole le dénature, transformant le cri inarticulé en sons maîtrisés. Cette maîtrise, déjà, est autre chose. Comment contenir dans le sens ce qui n'en a pas. Comment prétendre asservir la souffrance à la construction logique d'une phrase. Des serpents de feu s'élancent dans les veines de mes bras et semblent vouloir s'échapper de mes doigts. La phrase est démesurément lente pour cet éclair de douleur qui saisit avant même que je ne sois capable de réaliser vraiment. Que faire de cet indicible qui ronge...

    ...

    Je suis comme une pierre qui chute. La seule certitude est celle d'une irrépressible déchéance. Si l'on espère encore l'inversion de la gravitation, ce n'est que pour échapper à la folie qu'une telle certitude ne manque pas d'engendrer.

    ...

    Être malade, c'est comme être obsédé par un même refrain agaçant, par une mélodie entêtante, qui accompagne chacun de nos sentiments, qui nous interdit d'être vraiment présent à nos propres pensées, qui colonise notre intériorité.

    ...

    Mes nerfs sont des fils dénudés. On entre dans une nouvelle échelle de perception, exacerbée par la douleur. Tout me devient sensible, tout peut me devenir intolérable. Mes réactions sont épidermiques.

    ...

    L'identité de malade phagocyte toutes les autres.

    ...

    Dans la salle d'attente, je suis la seule femme jeune. La plupart des patients ont l'âge de mes parents ou de mes grands-parents. J'ai l'habitude. À l'hôpital, je vois ce que beaucoup ne découvriront que trop tard, sans avoir eu la possibilité de s'y habituer ; le fait que l'on meurt à l'hôpital, dans un lit étranger et froid. Que l'on meurt en souffrant.

    ...

    Patiente. C'est mon statut et l'ordre auquel je dois obéir. C'est un nom, un adjectif et un verbe à l'impératif. Ce qui me caractérise, c'est d'obéir à cet ordre qui m'est sans cesse implicitement rappelé. Patiente. Attends. Attends que la crise passe, attends que la douleur diminue, attends que le sommeil te délivre. Attends que cela fasse de l'effet. Une heure, trois jours, deux semaines. Attends que les effets secondaires s'atténuent. Subis, supporte, accepte, résigne-toi. Fais avec.

    ...

    Certains nous accusaient de nous complaire dans le pessimisme. Ca les indignaient. Mes douleurs n'existaient pas. J'étais folle sans doute. Cela arrive quand on réfléchit trop. Vous devriez penser à autre chose. Ce n'est rien. Cette douleur aiguë n'est rien. Vous n'êtes plus rien quand on vous nie à ce point. Quand ce qui dévore toute votre énergie n'existe pas. Quand cette violence qui s'exerce en vous, contre vous, est oubliée. C'est vous, toute entière, qui êtes reniée, désavouée... Deux fois dépossédée, deux fois écrasée, deux fois trahie.

    ...

    On ne se croit pas capable de renoncer à la vie qu'on s'est toujours imaginée. Pourtant, on y arrive. Et plus la maladie impose d'obstacles, plus on repousse les limites des situations qu'on pensait être capable de tolérer. On renonce à une certaine idée de la santé, de la beauté, de la dignité. On accepte l'humiliation quotidienne de l'hôpital, les blessures que creusent les remarques des autres. On évite ceux qui, à force de maladresse ou pour se rassurer, enfoncent un poignard à chacun de leur regard compatissant. On ne dit plus grand-chose. On s'éclipse discrétement lorsque les collègues racontent leurs petits maux. On passe peut-être pour quelqu'un d'intolérant. Mais ces petits malades nous exaspèrent.

    ...

    La dispute est un effet secondaire de la maladie.

    ...

    Nous non plus, on ne veut plus en parler. De guerre lasse, on cède. Oui, ça va mieux. Bien sûr. Heureusement. Vous ne voulez pas en entendre parler, vous ne voulez pas que je vous dise, que non, cela ne va pas mieux, que oui, j'ai toujours mal, toujours, toujours mal. Ca ne finira donc jamais. Non, ça ne finira jamais. Vous ne voulez pas comprendre ? Est-ce si difficile à comprendre ce qu'est ne pas guérir ?

    ...

    De quelle douleur s'agit-il ? Qu'est-ce qui se cache derrière elle ? Quelles sont les amertumes, les déceptions qui la prennent comme prétexte, comme parure ? Quelles souffrances opportunistes se greffent sur la douleur du corps et en font leur excuse ? Est-ce la tristesse, la peur de l'échec ou de l'abandon ? Ne suis-je pas encore cet enfant qui se sert d'une chute pour pleurer une autre douleur, capter un peu d'attention, la marque d'une affection, d'un regard sur soi ? N'ai-je pas confondu cette maladie avec tout ce qui ne se soigne pas, ce qui n'a pas de réponse ? (...) Peut-être ai-je confondu cette douleur avec une incapacité plus générale à vivre. Avec un autre mal-être. Peut-être ai-je accusé, accablé un corps qui ne peut pas me contredire. La déception vient peut-être d'ailleurs, de plus loin. D'une incapacité à vivre, d'un pessimisme sans fond, d'une complaisance dans la tragédie.

    ...

    Il y a des matins où l'on est épargné, où la douleur nous a oublié. Des matins où l'on est guéri. Des matins où l'on croit que demain sera aussi léger, aussi facile. Des matins où ressurgit l'espoir qui s'amenuise au fil de la lutte déséquilibrée. (...)

    Évidemment, la nuit le tue et parfois se venge. Souvent, les douleurs du lendemain nous font payer les excès de cet optimisme.

  • Paul à Québec de Michel Rabagliati

    Editions de la Pastèque - 184 pagespaul à québec.jpg

    Présentation de l'éditeur : L’achat d’une première maison et la mort d’un proche sont au coeur de ce nouvel opus fort attendu. D’Ahuntsic à St-Nicolas, en passant par le célèbre Madrid de l’autoroute 20, l’auteur nous propose, cette fois-ci, de découvrir sa famille à travers une histoire fort émouvante : ce sont les derniers mois de Roland, le père de Lucie et beau-père de Paul. Autour de Roland, rongé par le cancer, la famille se soude… Il faut un talent de conteur remarquable pour faire passer du rire aux larmes en une seule et même planche. C’est ce que réussit Michel Rabagliati dans Paul à Québec. L’auteur nous démontre, une fois de plus, qu’il est en pleine maîtrise de ses moyens, il dessine la vie… tout simplement.

    Paul est au 9e art ce que Martine est à l'album jeunesse. Je doute que d'un point de vue qualitatif, la comparaison soit très juste pour la production québecoise mais c'est pour présenter le concept : Paul à la campagne, Paul au parc, Paul à la pêche, Paul en appartement, Paul a un travail d'été, Paul dans le métro. Bref Paul, c'est des histoires de la vie d'un mec comme tout le monde, qui fait son petit bonhomme de chemin dans l'existence au gré des joies et des soucis.

    Je ne connaissais pas du tout. Mais le mot Québec a un effet galvanisant sur ma petite personne tant la littérature qui émane de ce territoire me subjugue sans jamais, je dis bien jamais (jusqu'à présent), me décevoir. Quand, de surcroît, l'auteur EST Québécois, alors là, c'est le pompon !

    J'ai donc pris la vie de Paul en cours de route, au moment où il achète une maison et où son beau-père entre en phase terminale d'une saloperie de cancer. Bon, dit comme ça, ça donne un peu l'impression d'être un bouquin qui donne envie de se tirer une balle mais en réalité, même si pour être honnête on peut difficilement ne pas chialer, ben c'est aussi beaucoup d'humour, de tendresse et de jolis moments familiaux. Et ça donne furieusement envie de se plonger plus avant dans les aventures de Paul.

    Cet opus a reçu le Grand prix de la Ville de Québec pour la meilleure bande dessinée québécoise de 2009 au Festival de la bande dessinée francophone de Québec, le Bédélys du meilleur album québécois 2009, le Bédélys du meilleur album francophone 2009 et last but not least, le Prix du public au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême 2010.

    Au cas où cette flopée de prix de serait pas assez parlante sur le high level de Paul, sachez qu'une adaptation cinématographique est prévue pour 2013.