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architecture

  • Le Futurisme, manifeste & bibliographie

    art,culture,citation,peinture,Liminaire : introduction à un sujet complexe mais ô combien intéressant. N’oublions toutefois pas le contexte de l’époque - économique, militaire, idéologique, culturel, etc. Présenter ne veut pas dire cautionner.

    1909, l’univers artistique est en révolution. Ce si long XIXe siècle est en train de mourir et le monde est - presque - prêt à entrer pleinement dans le XXe, ce nouveau siècle rempli d’espoir et de modernité. Il faudra toutefois attendre la fin de la Première Guerre Mondiale pour vraiment y être.

    Milan, Via Senato, au numéro 2. Un jeune trentenaire, Filippo Tommaso Marinetti, écrit un texte séminal, Le manifeste du Futurisme. Il y expose les ferments d’un nouveau courant artistique global.

    Ecoutons-le :

    Nous avions veillé toute la nuit, mes amis et moi, sous des lampes de mosquée dont les coupoles de cuivre aussi ajourées que notre âme avaient pourtant des cœurs électriques. Et tout en piétinant notre native paresse sur d’opulents tapis persans, nous avions discuté aux frontières extrêmes de la logique et griffé le papier de démentes écritures.

    Un immense orgueil gonflait nos poitrines, à nous sentir debout tout seuls, comme des phares ou comme des sentinelles avancées, face à l’armée des étoiles ennemies, qui campent dans leurs bivouacs célestes. Seuls, avec les mécaniciens dans les infernales chaufferies des grands navires, seuls avec les noirs fantômes qui fourragent dans le ventre rouge des locomotives affolées, seuls avec les ivrognes battant des ailes contre les murs.

    Et nous voilà brusquement distraits par le roulement des énormes tramways à double étage, qui passent sursautants, bariolés de lumières, tels les hameaux en fête que le Pô débordé ébranle tout à coup et déracine, pour les entraîner, sur les cascades et les remous d’un déluge, jusqu’à la mer.

    Puis le silence s’aggrava. Comme nous écoutions la prière exténuée du vieux canal et crisser les os des palais moribonds dans leur barbe de verdure, soudain rugirent sous nos fenêtres les automobiles affamées.

    - Allons, dis-je, mes amis ! Partons ! Enfin, la Mythologie et l’Idéal mystique sont surpassés. Nous allons assister à la naissance du Centaure et nous verrons bientôt voler les premiers Anges ! Il faudra ébranler les portes de la vie pour en essayer les gonds et les verrous !... Partons ! Voilà bien le premier soleil levant sur la terre !... Rien n’égale la splendeur de son épée rouge qui s’escrime pour la première fois, dans nos ténèbres millénaires.

    Alors, le visage masqué de la bonne boue des usines, pleine de scories de métal, de sueurs inutiles et de suie céleste, portant nos bras foulés en écharpe, parmi la complainte des sages pêcheurs à la ligne et des naturalistes navrés, nous dictâmes nos première volontés à tous les hommes vivants de la terre :

    MANIFESTE DU FUTURISME

    1. Nous voulons chanter l’amour du danger, l’habitude de l’énergie et de la témérité.

    2. Les éléments essentiels de notre poésie seront le courage, l’audace et la révolte.

    3. La littérature ayant jusqu’ici magnifié l’immobilité pensive, l’extase et le sommeil, nous voulons exalter le mouvement agressif, l’insomnie fiévreuse, le pas gymnastique, le saut périlleux, la gifle et le coup de poing.

    4. Nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive… Une automobile rugissante, qui a l’air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace.

    5. Nous voulons chanter l’homme qui tient le volant, dont la tige idéale traverse la Terre, lancée elle-même sur le circuit de son orbite.

    6. Il faut que le poète se dépense avec chaleur, éclat et prodigalité, pour augmenter la ferveur enthousiaste des éléments primordiaux.

    7. Il n’y a plus de beauté que dans la lutte. Pas de chef-d’œuvre sans un caractère agressif. La poésie doit être un assaut violent contre les forces inconnues, pour les sommer de se coucher devant l’homme.

    8. Nous sommes sur le promontoire extrême des siècles !... A quoi bon regarder derrière nous, du moment qu’il nous faut défoncer les vantaux mystérieux de l’Impossible ? Le Temps et l’Espace sont morts hier. Nous vivons déjà dans l’absolu, puisque nous avons déjà créé l’éternelle vitesse omniprésente.

    9. Nous voulons glorifier la guerre – seule hygiène du monde, le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles Idées qui tuent, et le mépris de la femme.

    10. Nous voulons démolir les musées, les bibliothèques, combattre le moralisme, le féminisme et toutes les lâchetés opportunistes et utilitaires.

    11. Nous chanterons les grandes foules agitées par le travail, le plaisir ou la révolte ; les ressacs multicolores et polyphoniques des révolutions dans les capitales modernes ; la vibration nocturne des arsenaux et des chantiers sous leurs violentes lunes électriques ; les gares gloutonnes avaleuses de serpents qui fument ; les usines suspendues aux nuages par les ficelles de leurs fumées ; les ponts aux bonds de gymnastes lancés sur la coutellerie diabolique des fleuves ensoleillés ; les paquebots aventureux flairant l’horizon ; les locomotives au grand poitrail, qui piaffent sur les rails, tels d’énormes chevaux d’acier bridés de longs tuyaux, et le vol glissant des aéroplanes, dont l’hélice a des claquements de drapeau et des applaudissements de foule enthousiaste.

    Progrès et évolution, violence et destruction, pour Marinetti et ses coreligionnaires, il est temps, grand temps, de liquider ce XIXe siècle moribond. Ils feront preuve de la même virulence quant au lieu de départ de cette révolution et seront sans illusion sur leur avenir.

    C’est en Italie que nous lançons ce manifeste de violence culbutante et incendiaire, par lequel nous fondons aujourd’hui le Futurisme, parce que nous voulons délivrer l’Italie de sa gangrène de professeurs, d’archéologues, de cicérones et d’antiquaires.

    Les plus âgés d’entre nous ont trente ans ; nous avons donc au moins dix ans pour accomplir notre tâche. Quand nous aurons quarante ans, que de plus jeunes et plus vaillants que nous veuillent bien nous jeter au panier comme des manuscrits inutiles !... Ils viendront comme nous de très loin, de partout, en bondissant sur la cadence légère de leurs premiers poèmes, griffant l’air de leurs doigts crochus, et humant, aux portes des académies, la bonne odeur de nos esprits pourrissants, déjà promis aux catacombes des bibliothèques.

    Publié d’abord le 5 février 1909 dans La Gazzetta dell’Emilia de Bologne puis le 20 dans Le Figaro, ce texte révolutionnera le monde artistique et aura une résonance internationale. Par dizaines, par centaines, des jeunes gens comprendront le message de Marinetti, s’y retrouveront, l’approuveront et le mettront en pratique.

    Un nouveau courant artistique est né, il sera global : littérature, peinture, sculpture, architecture, théâtre, musique, cinéma, arts décoratifs, etc. Même la gastronomie s’y mettra !

    Bien qu’international, le cœur même du Futurisme restera l’Italie. La compréhension de celui-ci sera aiguisée par une connaissance de l’italien – bien que la littérature française soit déjà assez complète sur le sujet.

    Bibliographie :

    Si l’on ne devait garder qu’un seul spécialiste du Futurisme, ce serait Giovanni Lista. Ses travaux riches, complets, érudits, exhaustifs mais tout à fait abordables par le néophyte sont une merveilleuse source d’informations tant sur le courant lui-même que sur la personnalité centrale que fut F.T. Marinetti. En guise d’introduction, je vous conseillerais deux de ses ouvrages publiés aux Editions de l’Âge d’Homme : Futurisme – Manifestes Documents Proclamations et Marinetti et le Futurisme. Ils permettent d’aborder le sujet d’une manière originale par le biais de documents d’époque. Une manière de revivre jour après jour, mois après mois le développement du Futurisme.

    Dynamisme plastique d’Umberto Boccioni préfacé par Giovanni Lista, toujours aux Editions de l’Âge d’Homme, peut être une suite intéressante. En effet, Boccioni – autre grande figure du Futurisme – y expose ses théories plastiques futuristes ; la notion de dynamisme prend alors tout son sens en peinture et sculpture.

    Sortons maintenant de la sphère francophone.

    Le Futurisme est aussi une remise en cause politique de la société. Deux travaux récents portent sur le sujet : « La nostra sfida alle stelle » Futuristi in politica d’Emilio Gentile, Editori Laterza et Il Futurismo tra cultura e politica – reazione o rivoluzione ? d’Angelo D’Orsi, Salerno Editrice.

    Malgré sa dimension profondément antiféministe et misogyne, nombreuses furent les femmes à souscrire au Futurisme. L’étude du professeur en philosophie morale Francesca Brezzi est dès lors des plus intéressantes : Quando il Futurismo è donna. Barbara dei colori, Mimesis. Une version française existe, publiée par Mimesis France.

    Revenons maintenant à un domaine plus artistique : le cinéma. Je vous renvoie au court mais très complet ouvrage d’Enzo N. Terzano : Film sperimentali futuristi, Carabba Editore. Giovanni Lista a également écrit sur le sujet : Cinéma et photographie futuristes, Skira, mais je n’ai pas encore eu l’occasion de lire ce travail.

    Deux derniers livres peuvent compléter cette introduction. L’avanguardia trasversale. Il Futurismo tra Italia e Russia de Cesare G. De Michelis, Marsilio est une mise en regard entre les futurismes italien et russe - la Russie, l’autre grand pays des avant-gardes du XXe siècle… Futurismo antineutrale de Roberto Floreani, Silvana Editoriale quant à lui est l'ouvrage atypique d'un artiste rappelant les liens entre Futurisme et Art contemporain.

    L'on ne compte plus les monographies et autres beaux livres sur le sujet. Citons par exemple l’inconfortable par ses dimensions mais si complète rétrospective parue à l’occasion du centenaire du mouvement : Futurismo 1909-2009, Skira. Intéressante également, la monographie sur Alessandro Bruschetti qui donne un aperçu des prolongements du Futurisme dans l’Aeropittura : Futurismo aeropittorico epurilumetria, Gangemi Editore. La monographie sur Mario Guido Dal Monte Dal Futurismo all’Informale, al Neoconcreto, attraverso le avanguardie del Novecento, Silvana Editoriale et la présentation de la collection futuriste de Primo Conti Capolavori del Futurismo e dintorni, Edizioni Polistampa peuvent compléter cette rapide approche.

    Finalement et peut-être plus à destination des amateurs et autres collectionneurs, trois derniers ouvrages : l'imposant (6 kg !) mais essentiel Il dizionario del Futurismo, Vallecchi en collaboration le Museo di Arte Moderna e Contemporanea di Trento e Rovereto. Et enfin, deux folies commises par Domenico Cammarota qui a décidé de recenser l’entièreté de l’œuvre de F.T. Marinetti puis celles de 500 autres auteurs italiens : Filippo Tommaso Marinetti. Bibliografia et Futurismo et Bibliografia di 500 scrittori italiani, Skira/Mart.

    Voilà qui conclut notre voyage bibliographique dans le Futurisme. Le seul but de cette chronique. Il n’y était nullement question d’y aborder quelque concept idéologique : je laisse cela à de vrais spécialistes. Comme tout mouvement, des dérives sont possibles. Gardons-nous de nous laisser entraîner sur le sujet. Préférons, peut-être par lâcheté ou plus simplement par goût des Arts, rester dans le domaine du livre.

    Rédigé par Vincent

  • Loving Frank de Nancy Horan

    loving frank.jpgEditions Buchet Chastel - 539 pages

    Quatrième de couv' : Au début du XXe siècle, la bonne société de Chicago resta foudroyée par le soufre d'un scandale sans précédent. Pour l'amour éperdu d'un homme, une femme osa l'impensable et commit l'irréparable. Elle en paya le prix toute sa vie. Elle s'appelait Mamah Borthwick Cheney. Lui n'était autre que Frank Lloyd Wright, l'enfant génial et rebelle de l'architecture américaine à qui Mamah et son mari Edwin Cheney avaient demandé, en 1903, de construire leur nouvelle maison. En 1909, tombée entre-temps follement amoureuse du célèbre architecte, Mamah choque une époque pudibonde et dévote en quittant son mari et ses deux jeunes enfants pour suivre Frank Lloyd Wright en Europe. Ce dernier, tout aussi épris, laissait derrière lui une Amérique stupéfaite, une épouse et six enfants... Enchaînés par la passion, mais hantés par une culpabilité intolérable, ils firent la une de la presse américaine durant leurs séjours en Allemagne, en Italie et à Paris, lors de la grande crue de 1910... Mais aucun journal à sensation n'aurait pu prévoir ce qui adviendrait à ce couple maudit de retour au Etats-Unis, en 1914. La violence du dénouement verra - au-delà du déchirement des familles Cheney et Wright - le monde pétrifié. Pour la première fois nous est contée l'histoire de l'émancipation très en avance sur son temps de Mamah Borthwick, et de son amour pour l'un des plus grands maîtres de l'architecture moderne.

    Tout simplement exceptionnel. Cette histoire d'amour extra ordinaire de deux personnages hors norme est tout simplement passionnante. Aussi fabuleuse que tragique. D'un côté, un architecte de génie - on lui doit notamment le Guggenheim -, de l'autre, une intellectuelle américaine prisonnière de son carcan d'épouse et mère au foyer qui décide de suivre les élans de son coeur plutôt que la morale ambiante et devient, bien involontairement, une figure marquante du féminisme.

    Sous certains aspects, cette passion n'est pas sans rappeler celle de Francis Scott et Zelda Fitzgerald que l'on peut découvrir dans Alabama Song de Gilles Leroy, Accordez-moi cette valse de Zelda ou Tendre est la nuit de F. S. Fitzgerald, notamment en ce qui concerne l'égocentrisme des génies.

    C'est d'ailleurs cet aspect qui a retenu l'attention de T. C. Boyle (D'amour et d'eau fraîche) qui lui aussi a écrit sur le célèbre artiste en bâtiments : Les femmes. Nancy Horan a si bien su me captiver sur la portion de vie de Wright aux côtés de Mamah (prononcer May-mah) que je n'ai qu'une envie, c'est de me plonger dans les autres amours tumultueuses de l'architecte.

    Il est vraiment des destinées hors du commun qui peuvent vous faire rêver autant que vous horrifier. Celles de Mamah et Frank sont de celles-ci.

    A lire absolument.

  • Le Grand Pari(s)

    Consultation internationale de recherche et développementgrand paris.jpg

    Présentation de l'exposition : À l’occasion de l’inauguration de la Cité de l’architecture & du patrimoine a été exprimé le souhait qu’un « nouveau projet d’aménagement global du grand Paris » puisse faire l’objet d’une consultation internationale pour la réalisation des deux chantiers : « la métropole du XXIe siècle de l’après-Kyoto » et « le diagnostic prospectif de l’agglomération parisienne ». L’exposition présente les propositions des dix équipes plutidisciplinaires sélectionnées et réunies autour d'architectes-urbanistes tels que Jean Nouvel, Christian de Portzamparc ou encore Roland Castro. Le musée de la Cité accueille les 10 projections sur l’avenir du grand Paris. La scénographie articule 10 modules contemporains dans un parcours historique, laissant à chaque équipe la liberté d’investir son espace pour présenter sa proposition. Soit 10 modes de représentation pour 10 stratégies de recherche et de développement.

    Concrètement, si l'on est pas un professionnel, un étudiant ou un passionné du milieu, c'est un peu complexe. Sans compter qu'il faut lire ou visionner des toooooones de choses. Au final, je retiens des visions très ambitieuses, très onéreuses et très "prometteuses" quant à l'exclusion...

    Cité de l'architecture et du patrimoine
    Palais de Chaillot
    1 place du Trocadéro et du 11 novembre - 75116 Paris

    Tél. : 01 58 51 52 84

    Exposition gratuite jusqu'au 22 novembre 2009, tous les jours de 11 h à 19 h, sauf le jeudi (jusqu'à 21 h) et le mardi (fermeture hebdomadaire).