Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

angleterre

  • Le cercle des confidentes de Jennifer McGowan

    le cercle des confidentes.pngTome 1 - Lady Megan

    En librairie depuis le 4 septembre 2013.

    Éditions Macadam Milan - 430 pages

    Présentation de l'éditeur : Lorsque Meg Fellowes, 17 ans, voleuse et comédienne de la troupe de la Rose d'Or, est arrêtée, elle sait que la sentence va être la mort. C'est ce à quoi les voleurs sous le règne d'Élisabeth 1re d'Angleterre doivent s'attendre. Pourtant, on lui propose une alternative : accepter de faire partie d'un groupe de demoiselles d'honneur très spéciales : des espionnes. Avec ses nouvelles compagnes, Jane, Anna, Béatrice et Sophia, Meg doit protéger la couronne des intrigues de la cour. En ces temps troublés, mille complots guettent la jeune reine protestante. Grâce à son sens inné de la comédie et à sa mémoire extraordinaire, Meg doit espionner la délégation espagnole, composée de fervents catholiques, opposés à Élisabeth, dont le séduisant Rafe, comte de Martine, qui vient d'arriver à la cour. Mais dans le paysage complexe de ce début de règne, la jeune fille comprend vite que les frontières entre ennemis et alliés sont mouvantes et qu'elle ne peut se fier à personne. Si elle entend sauver la vie de sa reine et retrouver sa propre liberté, elle devra aussi démasquer le meurtrier d'une autre demoiselle d'honneur, mystérieusement assassinée quelques mois avant son arrivée...

    Traduit de l'américain par Marie Cambolieu.

    Ma note :

    culture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unis

    Broché : 15,20 euros

    Ebook : 9,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Macadam pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première et de devenir blogueuse partenaire de leur collection.

    C'est seulement après une brillante carrière dans le marketing que Jennifer McGowan a décidé de se lancer dans sa première entreprise littéraire. Une expérience professionnelle qui lui a sans doute permis d'enrichir sa formidable imagination d'une connaissance pointue de sa cible. Loin donc de se contenter d'une histoire simple et classique pour son tout premier livre, Jennifer McGowan a opté pour une saga jeunesse en forme de mashup littéraire.

    Si l'on peut, d'un simple coup d'oeil à la couverture du premier tome de cette série, le cataloguer sans conteste dans la rubrique du roman historique, il serait réducteur de le cantonner à cela. Comme l'a appris l'auteur dans son précédent métier, les jeunes lecteurs veulent lire comme ils vivent. Si la technologie d'aujourd'hui leur permet d'être de véritables encyclopédies de l'histoire de la musique et de tous ses courants - pour ne citer que cet exemple -, il faut qu'il en aille de même côté lecture. Cela passe en partie par le support numérique. Cela passe aussi par le mélange des genres et par la vitesse narrative qui ne doit en aucun cas laisser l'occasion de s'ennuyer et donc de zapper. C'est là que Lady Megan, premier opus du Cercle des confidentes, se révèle être résolument moderne. L'histoire de ces cinq jeunes femmes au service de la reine Elisabeth Ire alors débutante, tout historique qu'elle soit (la couverture tient évidemment toutes ses promesses !), n'en est pas moins classable aux rubriques espionnage, suspens, apprentissage, aventure, thriller ou romance. De quoi satisfaire tous les jeunes lecteurs contemporains ; tout du moins les jeunes lectrices si l'on se réfère au sexe des personnages principaux - cinq espionnes pour une reine aussi centrale autour de laquelle tout tourne, que secondaire puisque peu présente dans ce premier volume -, la modernité s'embarrassant encore trop souvent, malheureusement, du genre...

    Et de suivre ces cinq adolescentes pour le moins indépendantes et intrépides, douées de caractères bien trempés et de talents exceptionnels, en charge de protéger le royaume d'Angleterre et de résoudre un meurtre tout en vivant leurs premiers élans amoureux. Ces James Bond girls à la mode élisabethaine, forcément différentes les unes des autres pour faciliter l'identification la plus large possible, doivent épouser la raison d'État et déjouer les faux semblants, les incidents, les tromperies, les trahisons, les machinations et autres complots.

    Entre politique, amour, amitié et loyauté, l'histoire démarre sur les chapeaux de roues et le lecteur en vient rapidement à douter de tout le monde. Immédiatement addictives, les pages se tournent de plus en plus vite et au sortir de cette première partie, le premier sentiment après le regret de l'avoir déjà finie est l'impatience de pouvoir lire la suite. Réaction s'il en est par excellence face à un succès d'écriture ; attention, page turner !

    S'il est intéressant de connaître a priori la véritable histoire d'Angleterre pour le plaisir de détecter les éléments authentiques de la trame, ce n'est cependant par nécessaire à la bonne compréhension du texte. Mais il y a fort à parier que nombres de béotiens montreront a posteriori un intérêt pour cette époque...

    L'écrivain fait preuve d'un réel talent pour les descriptions (décors, costumes, atmosphère...) qui, loin d'être pesantes, catapultent subtilement le lecteur en plein XVIe siècle. Mais sa véritable force réside sans doute dans sa faculté à maîtriser son histoire. Qu'il s'agisse des enjeux diplomatiques ou des intrigues amoureuses, les scènes de tension palpable sont habilement menées et saisissantes aussi bien physiquement qu'émotionnellement. La parcimonie avec laquelle sont dispensés les indices met les nerfs du lecteur à rude épreuve mais les révélations, sans cesse surprenantes, arrivent toujours à point nommé. Peut-être certaines transitions temporelles sont-elles un peu rapides - il y a parfois plusieurs mois d'écoulés entre deux chapitres - mais ce n'est, somme toute, qu'un détail.

    Bref, Lady Megan est le premier des cinq tomes annoncés d'un bootleg littéraire prometteur campé au coeur de l'Angleterre élisabéthaine, dont chaque opus sera consacré à l'une des drôles de dames de l'incomparable fille d'Henri VIII. Fidèle à l'Histoire qui ne finit pas toujours bien, cette fiction, emplie de personnages brillants et attachants ou obscurs et perfides, est intelligente, fascinante et haletante. Elle offre des portraits crédibles - puisque réel pour celui qui concerne la reine et d'autres encore... - de femmes puissantes et audacieuses dans une époque où la condition féminine n'était pas des plus enviables. Une prouesse ingénieuse et délicieuse pour un premier roman qui s'adresse aux jeunes tout autant qu'aux grands de plus en plus nombreux à succomber à la passion de la littérature young adult. Ne reste plus qu'à souhaiter que les livres à paraître soit à la mesure de ce premier ! À suivre...

    Vous aimerez sûrement :

    La tétralogie d'Anna Godbersen (Rebelles, Rumeurs, Tricheuses et Vénéneuses), Ferrailleurs des mers de Paolo Bacigalupi, Hunger Games de Suzanne Collins, Enfants de la paranoïa de Trevor Shane, Le chirurgien ambulant de Wolf Serno, La sœur de Mozart de Rita Charbonnier, Quatre sœurs de Malika Ferdjoukh, Le châle de cachemire de Rosie Thomas, Sashenka de Simon Montefiore, Les perles de la Moïka d'Annie Degroote, Les roses de Somerset de Leila Meacham, la trilogie Le goût du bonheur de Marie Laberge (Gabrielle, Adélaïde, Florent), Orgueil et préjugés, Emma, Northanger Abbey, Raison et sentiments, Lady Susan & Mansfield Park de Jane Austen, La couleur des sentiments de Kathryn Stockett, Seuls le ciel et la terre de Brian Leung, La calèche de Jean Diwo ou Mille femmes blanches de Jim Fergus.

    Extraits :

    La voix de sir William n'exprimait ni mépris ni pitié. Seule sa fourberie se manifestait. Il savait pertinemment que j'étais incapable de déchiffrer les rondeurs des caractères sur le feuillet - et sans doute s'en trouvait-il satisfait. Il me garderait ainsi un peu plus longtemps à sa botte. Cecil n'appréciait guère d'instruire une petite voleuse dépenaillée qui l'avait dupé une fois, presque deux. Il m'aurait sûrement laissée croupir au cachot si la reine n'avait pas formulé la demande explicite de me voir intégrer son cercle de confidentes. Il n'en avait d'ailleurs pas fait mystère : c'était Elizabeth et elle seule qui m'avait choisie pour entrer à son service. Cecil ne m'aimait pas, n'avait aucune confiance en moi et ne voulait pas de moi à Windsor. Je ne pouvais guère le lui reprocher. J'aurais moi aussi préféré me trouver ailleurs. Ma vie de voleuse me manquait : je me languissais de l'exaltation de la traque, de la sensation de mes butins entre mes doigts : le velouté du satin, la froideur lisse de l'argent.

    ...

    Grand-Père m'avait peut-être refusé le don de lecture, mais il m'en avait transmis d'autres, comme celui de l'écoute, de la diction, du jeu et de la persuasion.

    ...

    Pendant que les autres dames et demoiselles au service de la reine se consacraient aux travaux d'aiguille, aux révérences, aux processions, aux pas de danse, à l'étiquette et aux commérages, notre petite troupe se retrouvait chaque jour en ce lieu pour une instruction "approfondie" réservée à notre secte secrète. C'est là, claquemurées dans cette salle isolée où se mêlaient le bruissement des étoffes, le froissement des pages et la voix sifflante de notre sévère professeur, que cinq jeunes filles apprenaient à espionner pour le compte d'Elizabeth.

    L'idée avait de quoi séduire, ou même enthousiasmer. N'était-ce pas une fabuleuse aventure que de servir la plus extraordinaire souveraine de toutes les nations, de mettre audace et panache au service de la Couronne ?

    ...

    Un instant s'écoula, puis un autre. Je déglutis puis risquais enfin un autre regard à mon auguste interlocutrice. Et ce que je vis... me stupéfia.

    En cet instant, la Reine Elizabeth d'Angleterre, au faîte de sa jeunesse et de sa force, ma parut soudain aussi vieille et étiolée que mon grand-père l'avait été sur son lit de mort. Comme un masque terne, la lassitude retombait sur son visage et ses yeux luisaient d'une morne sagesse que je ne pouvais espérer comprendre. Comme pour me marquer de son royal décret, elle posa une main solennelle sur mon épaule.

    - Tous les hommes constituent une menace pour une femme, Meg, qu'elle soit servante ou souveraine, déclara-t-elle. En particulier ceux en qui nous aimerions par dessus tout place notre confiance. Ne l'oublie jamais.

    ...

    Nos mensonges les plus convaincants sont ceux qui nous semblent vrais.

  • Rentrée littéraire : Outre-Atlantique de Simon Van Booy

    outre-atlantique.jpgDepuis le 21 août 2013 en librairie.

    Éditions Autrement - 216 pages

    Présentation de l'éditeur : « John avait trois ans de moins et il était fou d’elle. Mais après l’attaque de Pearl Harbor, elle s’était demandé ce qu’il adviendrait d’elle s’il était envoyé au combat. De l’autre côté de l’océan, l’Europe se consumait. » En France, c’est la guerre qui attend John. Son bombardier B-24 est abattu. Il échappe à la mort, erre dans la campagne ravagée, et fait une mauvaise rencontre : un soldat nazi, qu’il choisit d’épargner. À son tour, celui-ci sauvera une vie. Ces deux actes, comme en écho, se répercuteront des deux côtés de l’Atlantique, bousculant les destins. Outre-Atlantique est un jeu de dominos où opère toute la magie Van Booy : l’art lumineux, enchanteur, d’un incurable romantique, capable de nous faire sentir qu’au fond ce qui nous sépare n’est qu’illusion.

    Traduit de l'anglais par Micha Venaille.

    Ma note :

    culture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unis

    Broché : 18 euros

    Ebook : 14,99 euros

    Un grand merci à Entrée livre et aux librairies Decitre pour m'avoir, dans le cadre de l'opération "Coups de cœur des lecteurs", offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Derrière un titre traduit peu engageant qui n'évoque pas grand chose à l'inverse de l'intitulé original The illusion of separateness (L'illusion de la séparation), se cache un livre à la construction subtile. Tellement subtile qu'il est aisé de passer à côté et de ne pas accrocher. Mais à condition d'être concentré et de ne pas hésiter à remonter le fil des courts chapitres pour bien les relier entre eux, ce récit gigogne se révèle un véritable petit morceau de romantisme, de philanthropie voulant croire au lien entre tous les hommes. Sans doute un peu naïf, mais tellement tentant qu'on se plaît à le rêver vrai ne serait-ce qu'un instant.

    Il est important à mon sens de partir averti à l'assaut de cette lecture tant sa mise en place très graduelle - pour ne pas dire lente - peut s'avérer déstabilisante. La quatrième de couv' n'expliquant pas la règle du jeu, le récit peut laisser incrédule en faisant se suivre des textes et des personnages sans rapport apparent avant la moitié du livre. Mais une fois le principe intégré, le casse-tête n'en est plus un et tout se met en place avec force émotions : l'on comprend que ces manifestes étrangers les uns pour les autres ont, parfois par le hasard le plus fugace, tous un lien déterminant entre eux, un rôle interactif sur leurs destinées respectives.

    Au lecteur de reconstituer le puzzle, de remettre les pièces de ce jeu de construction dans l'ordre, au fil des flashback entre la Seconde Guerre mondiale, les années 60 et aujourd'hui, de la France aux USA en passant par l'Angleterre. Que les allergiques se rassurent ou les passionnés se détrompent, la guerre n'est ici qu'un prétexte à la coïncidence, il n'est nullement question de ses atrocités ni de réécrire des événements mille et une fois abordés. La pudeur est le maître mot de cette narration et prouve au contraire que la guerre peut aussi abriter des événements tendres et intenses.

    Construit autour de l'incontournable question des origines et de l'indispensable travail de mémoire, ce roman choral s'ouvre sur le portrait de Martin, nourrisson à l'époque de la guerre qui connaît un début d'existence chaotique. C'est en découvrant les portraits de Monsieur Hugo, d'Amelia, de John et de Danny que l'on comprendra pourquoi et comment ces destins sont tous connectés. À la fois délicat et humain, ce texte rappelle au lecteur que le moindre des gestes peut bouleverser des vies entières. S'il n'est pas à proprement parler un incontournable de la rentrée, il offre, à condition d'adhérer au principe, un agréable moment de lecture.

    Ils en parlent aussi : Nymeria, Aurélie.

    Vous aimerez sûrement :

    La couleur des sentiments de Kathryn Stockett

    Les roses de Somerset de Leila Meacham

    Une Île de Tracey Garvis Graves

    Les Accusées de Charlotte Rogan

    Le Châle de cachemire de Rosie Thomas

    Petit art de la fuite d'Enrico Remmert

    Les témoins de la mariée de Didier Van Cauwelaert

    La nuit de dure pas d'Olivier Martinelli

    Bloody Miami de Tom Wolfe

    Extraits :

    Nous sommes au monde pour réaliser que nos différences ne sont qu'illusion.

    Tich Nhat Hanh

    ...

    Martin était un bon fils. Il travaillait dur et s'occupait bien de ses parents. Il estimait ne rien avoir à pardonner. C'est ce qu'il annonça à sa mère en 2002 sur son lit de mort : "Mon amour pour toi sera toujours plus fort que la réalité."

    ...

    À l'arrêt, ses voisins lui jettent parfois un vague coup d’œil. S'il leur sourit, ils détournent le regard. Mais Martin aime bien penser qu'ils vont garder son sourire en tête pendant quelques pâtés de maisons - qu'il y a quelque chose de grand dans le moindre petit geste.

    ...

    Nos vies se mettent en scène à l'intérieur de nous.

    ...

    En sécurité au fond de mon lit, en équilibre fragile entre le sommeil et le rêve, ce que j'imagine me paraît tellement vrai - presque à ma portée -, tout est possible.

    ...

    Je crois que les gens seraient plus heureux s'ils disaient plus souvent ce qu'ils pensent. Dans un sens, nous sommes prisonniers du souvenir, des peurs, des déceptions - nous sommes définis par quelque chose et ne pouvons rien changer.

    ...

    L'amour est aussi une violence et il ne peut être défait.

    ...

    - Tu es très, très spéciale, tu le sais ?

    ...

    Après avoir donné à manger aux chiens, il a décidé d'aller fouiller dans des boîtes remplies de vieilles photos. Certaines le faisaient pleurer : il réalisait ce que ça signifiait d'avoir été un enfant.

    ...

    Je me demande comment nos corps vont changer quand nous allons vieillir. Et comment nous allons vivre ces choses qui ne nous sont pas encore arrivées.

    Dès notre retour à Sag Harbour, je vais inviter tous nos amis à une grande fête estivale ; je vais rire, les prendre dans mes bras. Ensuite, je monterai me coucher en tenant Philip par la main, je repérerai les chandelles à leur chaleur et les éteindrai une à une, exactement ce qui nous arrivera à nous aussi, le dernier souffle et puis plus rien - si ce n'est le parfum laissé par notre présence au monde, comme celui qu'on respire dans une main qui a touché des fleurs.

    ...

    Si cela ne doit pas arriver, c'est maintenant ; si cela ne doit pas être maintenant, cela arrivera quand même.

    ...

    Le premier mort de A. avait été une silhouette qui l'avait mis en joue sur la rive opposée d'une rivière. Ensuite, un garçon de son âge, abattu à bout portant, sa gorge se déployant comme deux ailes d'oiseau.

    Il avait fait ce qu'on lui avait dit de faire. Il aurait fait absolument tout ce qu'on lui aurait demandé. Il s'était abrité derrière le pronom "nous".

  • Jane Austen revient en librairie !

    culture,littérature,livre,roman,romance,angleterreDu calme Janeite ! Aucun manuscrit inédit à l'horizon..

    Repos, novice de classe de sixième qui t'excites sur un nom connu sans rien en savoir ! Tu ne pourras pas plus obtenir de dédicace de cette auteur que te rendre au concert de Bob Marley dont tu viens d'acheter des places à un arnaqueur de troisième. Ce pour la simple et bonne raison que ces deux artistes qui ont toute ma considération quoique dans des genres très différents ont été envoyés ad patres depuis belle lurette...

    Dans l'attente inespérée d'un texte original jamais publié, impossible de satisfaire ses pulsions austeniennes autrement qu'en relisant la trop courte oeuvre de la figure de proue des lettres anglaises du XIXe siècle.

    Et pourtant...

    Il est également et heureusement possible de plonger dans la pléthore de spin off (de qualité) fleurissant outre-Manche ou Atlantique et, enfin, de plus en plus largement traduits en France.

    Si Sanditon ébauché par Lady Austen et achevé par une autre dame, La mort s'invite à Pemberley de P.D. James, Le journal de Mr Darcy d'Amanda Grange et Les filles de Mr Darcy d'Elizabeth Aston ont déjà été évoqués ici, il est important que les inconditionnel(le)s de l'univers victorien qui auraient manqué un wagon sachent que les éditeurs cèdent - il était temps - aux sirènes de l'enthousiasme du lectorat janeitiste.

    L'on trouve ainsi chez Milady Romance :

    Les aventures de Miss Alethea Darcy d'Elizabeth Aston

    Darcy dans l'âme d'Elizabeth Aston

    Le journal de Mr Knightley d'Amanda Grange

    Le journal du Colonel Brandon d'Amanda Grange

    Charlotte Collins de Jennifer Becton

    Caroline Bingley de Jennifer Becton

    et chez l'éditeur Archipoche :

    Les caprices de Miss Mary de Colleen McCullough (celui-ci date un peu mais à moi-aussi il m'arrive de rater un wagon)

    Vous l'aurez compris, en la demeure, l'on ne boude pas une occasion de se rapprocher un tant soit peu, même de manière détournée, de la grande Jane. Si vous avez vent d'autres titres, merci de les partager ! Sinon, bons voyages dans la campagne anglaise des années 1800...

  • Avant d'aller dormir de S.J. Watson

    Éditions Sonatine - 410 pagesculture,citation,littérature,livre,thriller,angleterre,roman,polar

    Présentation de l'éditeur : La révélation 2011 du thriller. Un premier roman que les amateurs du genre n'oublieront pas. À la suite d'un accident survenu une vingtaine d'années plus tôt, Christine est aujourd'hui affectée d'un cas très rare d'amnésie : chaque matin, elle se réveille en croyant être une jeune femme célibataire ayant la vie devant elle, avant de découvrir qu'elle a en fait 47 ans et qu'elle est mariée depuis vingt ans. Son dernier espoir réside dans son nouveau médecin, Ed Nash. Celui-ci lui a conseillé de tenir un journal intime afin qu'elle puisse se souvenir de ce qui lui arrive au quotidien et ainsi reconstituer peu à peu son existence. Quand elle commence à constater de curieuses incohérences entre son journal, ce que lui dit son entourage et ses rares souvenirs, Christine est loin de se douter dans quel engrenage elle va basculer. Très vite elle va devoir remettre en question ses rares certitudes afin de faire la vérité sur son passé... et sur son présent. Ne le dis à personne d'Harlan Coben, Shutter Island de Dennis Lehane, Tokyo de Mo Hayder... Il est des livres dont la publication marque irrémédiablement le genre et hisse leur auteur au rang des incontournables du polar. Gageons qu'Avant d aller dormir de S.J. Watson va tout de suite aller rejoindre ce cercle très fermé. Avec une héroïne à laquelle on s'attache instantanément, un récit à la construction aussi machiavélique qu'époustouflante et un suspense de tous les instants, une seule question hante l'esprit du lecteur une fois la dernière page refermée : à quand le prochain Watson ? Les éditeurs évoquent souvent « un livre qu'on ne peut pas lâcher ». Voici un livre qu'on ne peut véritablement pas lâcher !

    Traduit de l'anglais par Sophie Aslanides.

    Ma note :

    culture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unis

    Broché : 21 euros

    Poche : 7,60 euros (à paraître le 7 mai 2013)

    Un grand merci à Sonatine Éditions & aux Éditions Pocket pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première de la sortie poche.

    Avant d'aller dormir est de ces romans qui ont fait beaucoup de bruit au moment de leur sortie. Salué par la critique, vanté par des pointures tels Sophie Hannah, Denis Lehane, Harlan Coben ou encore Mo Hayder - excusez du peu - et encensé par les lecteurs, ce n'est pourtant pas sans appréhension que j'ai abordé cette lecture. Déjà parce que plus on parle d'un livre, plus les attentes deviennent démesurées et sont donc souvent déçues. Ensuite parce que je ne suis pas férue du genre et qu'à force de lire les mots "angoisse", "stress" et autre qualificatifs anxiogènes, j'étais a priori passablement tendue ; sensation que je ne convoite pas particulièrement au moment de m'abandonner aux bras de Morphée.

    Mes doutes se sont pourtant progressivement dissipés au fil du récit et c'est enchantée que j'ai achevé, plus que rapidement, ce thriller psychologique. Petit conseil à toutes les personnes qui seraient tentées par cette lecture : évitez de l'entamer une veille de jour travaillé sous peine de n'être pas vraiment productif... Une fois amorcé, impossible de se défaire de ce page turner.

    Watson plonge le lecteur dès les premières lignes dans le présent incessant de Chris. Amnésique depuis une vingtaine d'année, chaque nuit efface sa mémoire. Ses seuls souvenirs sont ceux qu'elle retranscrit dans son journal qu'il lui faut relire chaque matin. Le rythme, parfaitement maîtrisé, permet d'évoluer en symbiose avec les émotions de la protagoniste. L'on mène donc, à ses côtés, l'enquête de sa propre vie et c'est avec elle que l'on affronte les incohérences entre ses mémoires et ce que lui raconte son entourage. Dès le début, le doute est semé et il ne nous lâche pas de tout le récit...

    Bien que très exploitée, l'idée de l'amnésie est ici traitée avec beaucoup d'originalité et l'auteur la développe à merveille. Même si chaque matin, l'on repart à zéro, l'écueil de la répétition est magistralement évité. J'ai tenté de trouver des incohérences tant il est difficile de ne pas commettre ne serait-ce qu'un tout petit impair dans ce genre de narration mais rien à faire, l'intelligence de l'auteur est d'autant plus surprenante que ce roman est son premier !

    Je ne le qualifierais pourtant pas d'angoissant. La tension va certes crescendo mais elle n'est pas insoutenable et la violence gratuite n'a pas droit de cité. La définition la plus juste à mon sens serait : une première oeuvre glaçante très prometteuse, menée tout en finesse, dont les droits d'adaptation ont d'ores et déjà été achetés par Ridley Scott. Gageons qu'avec un tel scénario, le passage de l'écrit à l'écran sera une réussite.

    Ma seule réserve sera pour les adeptes de l'angoisse menée sur un rythme trépidant. La dimension thriller n'arrivant que tardivement dans le récit, ils seront certainement déçus. Il n'y a pour autant aucune sensation de longueur...

    Ils en parlent aussi : Bruno, La Bouquineuse, Gruz.

    Vous aimerez sûrement :

    La vie d'une autre de Frédériques Deghelt

    La fille américaine de Monica Fagerholm

    À moi pour toujours & Les revenants de Laura Kasischke

    658 de John Verdon

    L'arbre au poison d'Erin Kelly

    Le dîner d'Herman Koch

    Vengeances de Philippe Djian

    Shutter Island de Denis Lehane

    Extraits :

    Je suis né demain

    Aujourd'hui je vis

    Hier m'a tué.

    Parviz Owsia

    ...

    Je n'arrive pas à imaginer comment je supporterai de découvrir que ma vie est derrière moi, qu'elle s'est déjà déroulée et qu'il n'en reste pas une trace. Pas de coffre aux trésors plein de souvenirs, pas la moindre richesse issue de l'expérience, pas de sagesse accumulée à transmettre. Que sommes-nous d'autre que la somme de nos souvenirs ?

  • Du bleu sur les veines de Tony O'Neill

    À paraître le 13 février 2013.du bleu sur les veines.jpg

    13e Note Éditions - 315 pages

    Présentation de l'éditeur : Voici le portrait d’un jeune Anglais échoué à L.A. et dont la vie bascule sans transition de la scène musicale au quotidien des junkies et à l’univers de la rue. Au-delà du thème de l’addiction, Tony O’Neill évoque l’essentiel : notre capacité à rester honnêtes et authentiques dans un monde qui ne nous le permet plus vraiment. Notre héros a de gros soucis : une femme qu’il connaît depuis deux jours à peine, pas de job, pas d’argent et un budget stupéfiants ayant explosé depuis longtemps toutes les limites, dans un Los Angeles qui n’a jamais fait de concessions aux égarés. Mais là n’est pas le principal intérêt du roman. Oui, on y trouve des histoires de deals, d’amitié perdue, de souffrance, de sexe et de relations superficielles. Bien sûr il y a les motels pourris, les crises de manque, les cliniques de méthadone et la recherche permanente du high. Et non il n’y a aucun romantisme, aucune morale, et pas de retour des ténèbres vers la lumière. Mais ce douloureux et croissant besoin de dope, qui vous fait pactiser avec le Diable, est aussi une quête sans fin pour trouver un sens à sa propre vie. Et c’est ce qui propulse Du bleu sur les veines bien au-delà du traditionnel parcours fléché « addiction / rédemption ». L’aventure d’un musicien-écrivain qui cherche en lui-même ce qu’il y a de plus précieux : l’amour.

    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Annie-France Mistral.

    Ma note :

    culture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unis

    Poche : 9,50 euros

    Un grand merci à 13e Note Éditions pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Trash, défonce, désenchantement, perdition, rejet de la société, du système, esprit underground... Si ces mots ont une résonance particulière en vous, il vous faut dès demain vous procurer la nouvelle parution des éditions 13e Note, Du bleu sur les veines de Tony O'Neill.

    D'une plume ardente à dix mille lieues d'une énième confession d'un mec ayant connu l'enfer de la drogue et trouvé le chemin de la rédemption, il raconte. La curiosité. La descente aux enfers. L'espoir.

    Il suffit de lire la présentation de l'éditeur ci-dessus ainsi que les deux extraits grassés ci-dessous pour appréhender la puissance de ce récit, dans l'esprit, quoique bien au-delà, du néanmoins incontournable Flash ou le Grand Voyage de Charles Duchaussois.

    Une fois troquée sa seringue contre sa plume, Tony O'Neill transcende un sujet déjà maintes fois traité avec plus ou moins d'intérêt. Ce musicien-écrivain drogué, dont la carcasse a plongé dans la crasse mais dont la plume a été touchée par la grâce, nous raconte donc avec la "clarté et la concision typiques des junkies" cette aventure au bout de lui-même guidée par le désir de fuir, d'oublier un monde en perdition. Il donne naissance à une écriture percutante qui ne "s'embarrasse par de fioritures".

    Il dévoile tout, ne cache rien, assume, un point c'est tout. Il relate sans concession cette folie. Tantôt pathétique, tantôt lâche, comme cette scène déroutante où, confronté à sa copine en pleine overdose, il se shoote, pique toute la dope et se tire, la laissant entre la vie et la mort. Même au coeur du coeur de l'horreur et de la déchéance, il arrive pourtant à faire de l'humour, plus souvent de l'ironie. Et finalement, dans toute cette noirceur, reste éternellement présent à l'esprit du poète, tout drogué qu'il soit, l'amour, seule immuable émotion porteuse de cet inextinguible espoir, qui peut détruire autant qu'il peut sauver.

    J'ai volontairement renoncé à inclure dans mes extraits les magnifiques descriptions des scènes de défonce qui, sorties de leur contexte, pourraient passer pour une apologie de la drogue. Ce serait trahir l'auteur qui ne souhaite ni vanter, ni condamner. Juste raconter. Expliquer le pourquoi et le comment de cette errance sans cesse répétée, aussi lucide qu'incontrôlable. De l'impuissante conscience.

    "Au long de ses phrases dévastatrices, les mots caracolent en furieuses résurgences". "Au fil de ces pages hurlantes", Tony O'Neill fascine autant qu'il apitoie voire dégoûte, mais "quelques lignes suffisent pour pièger le lecteur dans ce monde de freaks, de musiciens accros au crack, ce monde où, de motels sordides en appartements délabrés, les organismes éprouvés par la dépendance enchaînent deals malsains, overdoses, amours brisées."

    Une chose est sûre, l'on ne sort pas indemne de ce texte. Moins naïf, moins condescendant, moins apte à juger et condamner.

    Si l'on ajoute à cette magistrale narration une magnifique préface de James Frey intitulée "Le Dickens déjanté du XXIe siècle" ainsi qu'une postface exceptionnelle de Dejan Gacond accompagnée de deux photographies de Kit Brown, l'on se demande quelle excuse pourrait bien crédibiliser le fait de s'abstenir de cette lecture.

    Vous aimerez sûrement :

    L.A. Story de James Frey

    Demande à la poussière de John Fante

    Travaux forcés de Mark SaFranko

    Sur la route de Jack Kerouac

    Souvenirs d'un pas grand-chose de Charles Bukowski

    Courir avec des ciseaux d'Augusten Burroughs

    Extraits :

    (...) le vrai talent de Tony, c'est d'avoir su capter ce qui se passe dans la tête d'un junkie. La pulsion de mort d'un drogué, qui, vue de l'extérieur, peut paraître abyssale à qui tente de la comprendre, est ici analysée dans le détail à la perfection. Son refus d'emprunter les sentiers battus et rebattus des habituelles "confessions d'un héroïnomane" est rare et stimulant.

    ...

    Merci à tous ceux qui ont essayé cent fois de me tirer de la merde (...). Merci à tous les dealers qui ont été réguliers et ne m'ont pas arnaqué.

    Enfin, merci à tous les junkies, voleurs, putes, rebelles, ratés, partis-en-vrille, foutraques et dealers : nous sommes les derniers humains réellement libres sur cette planète contrôlée par les flics et les hommes politiques pourris. Il est grand temps que tout le monde s'oppose maintenant à LA GUERRE CONTRE LA DROGUE.

    ...

    Je suis au-delà de la vie et de la mort, au-delà de l'ennui et de la folie. Pendant que je dérive, suspendu dans mon paradis artificiel, je me fais une promesse. Si ça s'arrête un jour, si je m'en tire, j'écrirai tout. Je dois me souvenir de tout, je ne veux pas avoir vécu ces années pour rien.

    ...

    Pour couronner le tout, il y avait ce roman en suspens qui attendait au pied de mon lit, presque deux cents pages de masturbation intellectuelle complaisante. Il me narguait tous les soirs lorsque je me couchais et je craignais de ne jamais pouvoir le finir.

    ...

    Bien que je travaille à la maison, elle me prend pour un glandeur. Même si elle ne le dit pas, elle m'en veut de gagner autant d'argent qu'elle, simplement en écrivant deux heures par jour.

    ...

    Je regarde la télé. Je trouve le visage difforme de ces journalistex au brushing impeccable, trop nourris et trop bronzés, encore plus ridicules, hystériques et grotesques que d'habitude. Je n'arrive pas à comprendre ce qu'ils disent, une bouillie idiote sans queue ni tête de ragots sur des people et de blagues nulles entre présentateurs minables. J'en viens à être presque nostalgique de la diction snob de ceux de la BBC. Eux au moins, on a pas l'impression de s'abrutir en les écoutant.

    ...

    C'était triste à voir. Il avait l'air d'un pantin. Il ne contrôlait plus rien de sa vie.

    ...

    Il a la profondeur de ceux qui ont ressenti dans leur chair la terrible absurdité de la vie et de la mort.

    ...

    - T'as dormi quand la dernière fois ?

    - J'ai fait une petite sieste dimanche.

    - Ca fait pas lourd depuis vendredi matin...

    - Mouais. Et alors ? Dormir, ça fait chier.

    (...)

    - RP, où est-ce que tout ça nous mène ?

    - À la mort. On va tous crever. Toute la ville va crever. Le monde entier va crever. Tu ne le vois pas ? Tu ne le sens pas ? On vie les derniers jours de Rome, l'empire s'effondre. Nous, on fait le seul truc qu'il nous reste à faire.

    ...

    Je me sens nul, archinul, j'ai regressé au point de me foutre de tout ce qui peut bien arriver.

    ...

    Je n'aurais jamais le cran de tenir ma promesse. Pire que ça, je n'aurais jamais assez de dignité pour le faire. Comment je peux continuer comme ça ? À foutre en l'air toutes mes chances, à tomber amoureux en me trompant perpétuellement de personne, à rater tout ce que j'entreprends, à poser des mines au lieu d'avoir la sagesse de me bouger le cul et de me tirer ! Le courage d'en finir dans une apothéose magnifique et pour une fois authentique ! Mais envisager le suicide me dépasse. Autant que ma vie s'achève comme elle s'est déroulée jusqu'à présent... à petit feu et dans une absolue absurdité.

    ...

    RP voit le bleu sur mon bras et me lance un coup d'oeil soupçonneux. Je le regarde droit dans les yeux ; rien n'est dit, mais il devient en une seconde le premier de la bande à savoir que je me shoote. Je le remercie de ne m'avoir jamais fait la morale. En bon épicurien qui se respecte, il ne se serait pas permis de balancer ce genre de conneries condescendantes.

    ...

    Ici, sur un coup de tête, je trempe mon doigt dans le sang qui me coule sur le bras et je peins un cadre autour du dessin fait par la shooteuse qui s'est mis à dégouliner. Je recommence et gribouille une signature illisible en dessous. Parfait ! Je suis le Jackson Pollock des junkies.

    ...

    Depuis, ma vie s'est transformée à toute vitesse. Mes amis ont considérablement changé d'attitude envers moi. Je ne leur ai pas caché ce que je faisais, résultat, je les ai vus de moins en moins.

    ...

    Très vite, je cesse complètement d'avoir envie de sortir dans les bars. Mes anciens potes m'ennuient. On ne s'intéresse plus aux mêmes choses depuis longtemps. Leur appétit insatiable pour l'alcool et le speed me tape sur les nerfs. Je trouve ça puéril. J'aime mieux rester chez moi, seulement moi, ma musique et ma came, que me joindre à leurs virées dans des clubs ou des fêtes. Je m'installe très rapidement dans cette routine solitaire. Je me réveille au milieu de la matinée, premier fixe, j'écris pendant quelques heures, deuxième fixe, et ensuite, prise de tête, il faut dégoter du blé pour aller pécho.

    ...

    Mais ça crée aussi une dépendance incontrôlable qui, tant qu'elle dure, pousse à faire n'importe quoi pour s'en procurer et éviter la descente. Dans ces cas-là, je suis absolument capable de voler mes amis, de leur mentir et de faire n'importe quoi pour en avoir encore. Rien à voir avec l'envie d'arnaquer. Il s'agit simplement de satisfaire un besoin irrépressible. Quand je n'ai plus de coke et que je disjoncte à la perspective de retomber dans un état normal, prendre en considération le bien et le mal me paraît un luxe ridicule.

    ...

    Dès notre naissance, nous sommes obligés de nous soumettre à des institutions complètement hypocrites et ridicules comme l'école, l'État, Dieu, la police, le gouvernement, le mariage, à des notions comme le travail, l'idéal du bon citoyen (comme si ça avait un sens), la santé mentale, l'éthique. Tout ça nous est imposé au fil du temps par les culs-bénits conservateurs qui ont transformé ce monde en une farce grotesque depuis qu'existe le concept de société. C'est pourquoi il est nécessaire, pour financer le train de vie de ces personnes, qu'une société stupide et malade continue à bosser, à payer des impôts et à aller mourir sur des champs de bataille. C'est une situation complètement artificielle. Elle crée une sorte de crise existentielle de masse, un trouble psychologique collectif qui se manifeste par des émeutes, des meurtres, des suicides et des guerres. La façon que j'ai choisie pour gérer cette pathologie a été de me shooter, l'alternative étant de commettre un massacre.

    ...

    - Je te promets, ça finit toujours par s'arranger, souviens-toi de ça, ça finit toujours par s'arranger.