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algérie

  • Rentrée littéraire : La vie rêvée d'Ernesto G. de J.-M. Guenassia

    A paraître le 22 août 2012la vie rêvée d'ernesto g.jpg

    Editions Albin Michel - 537 pages

    Présentation de l'éditeur : De 1910 à 2010 et de Prague à Alger en passant par Paris. La traversée du siècle de Joseph Kaplan, médecin juif pragois. De la Bohème et ses guinguettes où l’on croisait des filles qui dansaient divinement le tango en fumant des Bastos, à l’exil dans le djebel, de la peste d’Alger aux désillusions du communisme, voici la vie d’un héros malgré lui, pris dans les tourmentes de l’Histoire. Une vie d’amours et de grandes amitiés, une vie d’espoirs et de rencontres, jusqu’à celle, un jour de 1966, d’un certain Ernesto G., guerrier magnifique et terrassé, échoué au fin fond de la campagne tchèque après sa déroute africaine. Il y a ici toute la puissance romanesque de Jean-Michel Guenassia qui, après Le Club des incorrigibles optimistes, nous entraîne comme lui seul sait le faire dans la délicate nostalgie des hommes ballottés par l’Histoire, les hommes qui tombent et qui font de cette chute même et de leur désenchantement une œuvre d’art.

    Incroyable ! Cette rentrée littéraire est tout bonnement in-cro-yable tant elle regorge de pépites littéraires. Françaises qui plus est, ce qui ne laisse pas d'étonner tant on était accoutumés à des créations plus moroses que réjouissantes du côté de la production hexagonale. Si Michaka, Tejpal et Erdrich m'ont enchantée, je crois pouvoir dire que mon trio de tête est constitué de Capron, Joncour et désormais Guenassia.

    A tous les convertis par Le Club des incorrigibles optimistes, je n'aurai qu'un conseil : précipitez-vous ! Pour ceux qui seraient passés à côté du premier roman de l'auteur acclamé tant par le public que par la critique - il s'est vu décerner le Prix Goncourt des Lycéens 2009 - je ne saurais que suggérer, même si cela n'est pas indispensable, de rattraper ce retard pour n'en apprécier que plus ce nouveau roman.

    Si les seconds livres sont généralement attendus canons sortis, prêts à se faire démolir par une critique intransigeante, les seules salves qui résonneront ici ne seront pas celles des bouches à feu mais bien celles des applaudissements tant ce texte est à la mesure de l'excellence de la première production.

    Dans la lignée du Club, Jean-Michel Guenassia retrace la traversée du siècle d'un héros malgré lui pris dans les tourments de l'Histoire. Avec la dextérité qu'on lui connaît, il nous transporte, il nous surprend, il nous bouleverse et il nous gifle mais pour notre plus grand plaisir. Si le premier roman pouvait être un heureux hasard - ce que l'on appelle la chance du débutant -, ce second érige l'écrivain au rang de virtuose de la fresque historico-intime captivante et nostalgique. Comme le souligne le magazine Lire, il "renoue avec le souffle éminemment romanesque du Club des incorrigibles optimistes et évoque une vie d’amours et de grandes amitiés, d’espoirs et de rencontres." Tout simplement somptueux !

    Extraits :

    La vérité, c'est qu'il n'y a pas de vérité.

    Pablo Neruda

    ...

    Souvent, Joseph s'était demandé s'il était responsable de ce silence ouaté qui s'était installé entre son père et lui ou peut-être l'un comme l'autre étaient-ils incapables de se parler, une forme de barrière affective (de ces mots qui n'arrivent pas à s'échapper, dissimulés derrière des sourires de connivence). On se dit, ces paroles vont blesser ou tout gâcher, on les enferme au fond de soi et, avec les années, on les empile jusqu'à dresser un mur infranchissable.

    ...

    Ses déclarations enflammées pour la gratuité de la médecine le firent détester de ses professeurs et du recteur. Ses affiches prônant la libéralisation de la contraception (y compris pour les mineures) et l'instauration de la méthode Ogino comme système idéal de régulation des naissances attirèrent sur lui la haine des bien-pensants. Il réussit le tour de force de réconcilier le cardinal et le grand rabbin de Prague qui protestèrent ensemble auprès du doyen de la faculté de médecine.

    ...

    Elle soutenait aussi que l'avenir n'existait pas, une invention des curés pour briser les hommes et les tenir en laisse. Ignorant le temps qui nous restait, on devait faire ce qu'on avait envie de faire au moment où on le voulait, sans rien remettre au lendemain. Si on réfléchissait, si on hésitait, on était foutu. Elle ne conjuguait rien au futur et n'embarrassait personne avec ses angoisses du lendemain.

    ...

    L'avantage des gens qui vous aiment, c'est qu'ils vous comprennent mieux que vous. Et s'ils ne vous comprennent pas vraiment, au moins ils vous aiment.

    ...

    Finalement, personne ne parle. Les choses importantes restent cachées au fond de nous. C'est vrai que si on devait tout se dire, il faudrait au moins une autre vie. On est probablement fabriqués pour vivre ainsi les uns à côté des autres, à se regarder de loin et à avoir des regrets de s'ignorer autant. C'est ça aussi peut-être le mystère de la vie.

    ...

    Quand il y a un vrai problème, c'est impossible de le résoudre en discutant, on est trop à vif.

    ...

    Elle, elle pleurait quand elle entendait Don't let me be misunderstood.

    ...

    Il tenait à ce que l'harmonie règne dans sa famille, s'évertuait à la protéger de ces humeurs qui pourrissent la vie de chaque jour, se disait qu'il était préférable de ne pas s'agresser et pensait qu'il y avait peu de choses, très peu vraiment, qui valaient que l'on se fâche.

    ...

    Il n'y a rien à espérer de l'avenir. Il n'y aura pas de lendemains qui chantent. La seule chose à laquelle l'on puisse s'attendre, c'est que demain soit pire qu'aujourd'hui. C'est pour cela que nous devons être heureux, ensemble et maintenant.

    ...

    A un moment, le courage consiste à s'arrêter et à passer à autre chose.

    ...

    - On s'est battus pour que nous ne soyez plus victimes de l'exploitation, pas pour que vous deveniez de gentils consommateurs.

  • A quoi rêvent les loups de Yasmina Khadra

    Editions Julliard - 274 pagesculture,littérature,livre,roman,citation,algérie,terrorisme,religion

    Présentation de l'éditeur : Alger, fin des années 1980. Parce que les islamistes qui recrutaient dans l'énorme réservoir de jeunes gens vulnérables ont su l'accueillir et lui donner le sentiment que sa vie pouvait avoir un sens ; parce que la confusion mentale dans laquelle il était plongé l'a conduit à s'opposer à ses parents, à sa famille, à ses amis et à perdre tous ses repères ; parce que la guerre civile qui a opposé les militaires algériens et les bandes armées islamistes fut d'une violence et d'une sauvagerie incroyables, l'abominable est devenu concevable et il l'a commis.

    Après Les hirondelles de Kaboul et L'équation africaine, je me suis lancée un peu trop confiante dans un nouvel ouvrage de Khadra. Certes, comme a son habitude, il dépeint comme personne le réalisme ordinaire et terrifiant. Je ne saurais dire si je trouve sa performance moins réussie ou si tout simplement je me suis lassée de cet exercice répétitif qui ne fait que migrer géographiquement. Quoi qu'il en soit, ce texte m'a laissée plus indifférente que les deux premiers.

    L'on suit ici l'évolution tragique d'un jeune algérien pauvre qui se laisse embrigader dans l'horreur du radicalisme et du terrorisme. Peut-être que c'est la perfection du récit, le réalisme extrême de la narration, trop ressemblante au journal de 20 h, qui n'a pas su remporter mon adhésion. Je crois que je suis plus portée à la légèreté en ce moment, d'où un manque d'enthousiasme. Le texte n'en est pas moins bon.

    Extraits :

    Pourquoi l'archange Gabriel n'a-t-il pas retenu mon bras lorsque je m'apprêtais à trancher la gorge de ce bébé brûlant de fièvre ?

    ...

    - Hamid, mon garçon, les gens de nuit n'ont pas la notion du temps. Qu'ils s'assoupissent ou qu'ils veillent, ça ne changent pas grand-chose pour eux. Leur cécité est exil. La seule lumière capable de les atteindre vient du coeur des autres...

    ...

    Au pays de la prédation, le talent ne nourrit pas son homme. A peine consentirait-il à l'assister lorsqu'il s'attendrit sur son sort.

    ...

    "Je me dis que notre société est incompatible avec l'art. En tout cas, c'est le sentiment que j'ai quand je joue. Les gens te regardent d'un air détaché. Tu es là pour les divertir, pas plus. Et moi, je m'imagine saisissant ma mandoline pour l'écraser sur un crâne, n'importe lequel, taper dans le tas puisqu'ils se valent tous. Tu te rends compte ? un artiste rabaissé au rang de bouffon que l'on renie dès la fin du spectacle...

    Sa respiration s'emballa et une salive blanchâtre se mit à fermenter aux coins de sa bouche.

    Il dodelina de la tête, peiné :

    - Mais le vérité est ailleurs, si tu veux savoir. Ce n'est pas le peuple qui est ingrat, ou inculte. C'est le système qui fait tout pour l'éloigner de la noblesse des êtres et des choses. Il lui apprend à ne se reconnaître que dans la médiocrité tous azimuts.

    ...

    Quand le rêve met les voiles

    Quand l'espoir fout le camp

    Quand le ciel perd ses étoiles

    Quand tout devient insignifiant

    Comment pour toi et moi

    Mon frère

    La descente aux enfers

    ...

    J'avais froid dans mes chairs et froid dans mon esprit ; pourtant, j'en étais persuadé : le rêve sait plaire, convaincre et tenir compagnie, cependant, dans la majorité des cas, ce n'est pas un ami.

    ...

    Alger était malade.

    Pataugeant dans ses crottes purulentes, elle dégueulait, déféquait sans arrêt. Ses foules dysentériques déferlaient des bas-quartiers dans des éruptions tumultueuses. La vermine émergeait des caniveaux, effervescente et corrosiven pullulait dans les rues qu'étuvait un sommeil de plomb.

    Alger s'agrippait à ses collines, la robe retroussée par-dessus son vagin éclaté, beuglait les diatribes diffusées par les minarets, rotait, grognait, barbouillée de partout, pantelante, les yeux chavirés, la gueule baveuse tandis que le peuple retenait son souffle devant le monstre incestueux qu'elle était en train de mettre au monde.

    Alger accouchait. Dans la douleur et la nausée. Dans l'horreur, naturellement. Son pouls martelait les slogans des intégristes qui paradaient sur les boulevards d'un pas conquérant.

    Il est des instants où les gourous supplantent les démons. La canicule s'inspire alors des flammes de l'enfer pour dissoudre les esprits. Et les hommes, à leur insu, s'identifient au carnaval des damnés.

    Alger brûlait de l'orgasme des illuminés qui l'avaient violée. Enceinte de leur haine, elle se donnait en spectacle à l'endroit où on l'avait saillie, au milieu de sa baie à jamais maudite ; elle mettait bas sans retenue certes, mais avec la rage d'une mère qui réalise trop tard que le père de son enfant est son propre rejeton.

    ...

    Bien sûr, dans une société où les volte-face et les hypocrisies relevaient de la banalité, no Omar Ziri ni sa gargote ne méritaient que l'on s'y attardât, mais cette histoire avait l'avantage de faire comprendre, avec une simplicité désarmante, comment, sans heurts et sans bruits, presque à son insu, la Casbah des poètes se mua en citadelle intégriste.

    ...

    Le poète attendait ses bourreaux. Mis au courant de leurs desseins, il avait refusé de s'enfuir. Il avait juste envoyé sa compagne quelque part pour affronter seul son destin.

    Avant de mourir, Sid Ali avait demandé à être immolé par le feu.

    - Pourquoi ? s'était enquit Abou Mariem.

    - Pour mettre un peu de lumière dans votre nuit.

    ...

    - Comment ça se fait qu'avec toutes ces guerres tu n'as pas été blessé ? le taquina Abou Mariem.

    Le vieillard se redressa. D'un geste théâtral, il retroussa son tricot pour montrer son nombril :

    - Et ça, c'est quoi ? Une balle entrée par ici et ressortie par-là, ajouta-t-il en enfonçant le doigt dans son derrière. C'était sans doute un projectile hors norme, parce que jusqu'à aujourd'hui j'ai le trou du cul qui ne cicatrise pas.

    ...

    De conciliabule en prêche, de mosquée en librairie spécialisée, le Rouget découvrait l'inanité de l'ostension, l'opprobre des frasques, la futilité d'un monde éphémère dans les façades pavoisées occultaient mal la décomposition intérieure. Il renonça donc au superficiel pour se consacrer aux choses essentielles.

  • Rentrée littéraire : Comme une ombre de Michel Schneider

    comme une ombre.jpgEditions Grasset - 336 pages

    Présentation de l'éditeur : « Il y a des histoires qui veulent être racontées. J'écris celle de mon frère comme en un miroir. Mais on ne sépare pas d'un miroir l'image qui s'y reflète. » Comme une ombre, c'est l'histoire de deux frères, Michel et Bernard, de leur enfance, de leur rivalité secrète, de leur impossible amour. D'effrayantes symétries entre les objets, les noms, les guerres, les amours. Des images obsédantes : une piscine municipale au bord de la Seine, un dancing, une caserne à Blida, un été espagnol... Et la mystérieuse L. Michel Schneider raconte ici l'enquête du narrateur sur les traces de son double perdu : la guerre d'Algérie et ses douleurs, la musique et ses consolations, les femmes partagées - à commencer par la mère -, le désir, la trahison. Il explore le plus intime et confie la difficulté de grandir privé de son ombre. Cherchant les mots qu'il ne lui a pas dits, et qui lui auraient ouvert ses bras, le survivant adresse au frère disparu une lettre qui ne lui parviendra jamais.

    Abandon en page 160. De ce livre, pourtant très bien écrit, je n'ai pas réussi à trouver ce petit quelque chose m'accrochant jusqu'au bout. L'auteur n'est pas parvenu, dans son récit à deux voix - la sienne mais d'un point de vue de deux époques différentes - à me plonger dans l'intimité de sa famille aux relations torturées. De plus, je dois dire que je ne suis pas fascinée par l'époque évoquée ; ce d'autant plus après ma lecture, également abandonnée en cours de route, du livre Les vieux fous de Mathieu Belezi.

    Cet hommage au frère suicidé est le pari risqué qui taraude chaque auteur : la tentation autobiographique à double tranchant. Un succès manqué pour moi mais qui a su convaincre une large partie de la critique.

    Ce que dit l'auteur de son livre.

    Extraits :

    Quoi de plus proche qu'un frère ? On a subi les mêmes parents. Quoi de plus lointain ? On a vécu la même histoire sans pouvoir en parler.

    ...

    Demain n'a de sens que pour ceux qui espèrent. Pas pour ceux qui savent ce qui les attend, savent que personne ne les attend.

  • Rentrée littéraire : Les vieux fous de Mathieu Belezi

    culture,littérature,livre,roman,histoire,rentrée littéraire,algérieA paraître le 24 août 2011

    Editions Flammarion - 432 pages

    Présentation de l'éditeur : Aux derniers jours du règne colonial, Albert Vandel n'a renoncé à rien. Il a la nostalgie du temps des pionniers, des conquêtes algériennes, quand, à la tête d'un bataillon de zéphyrs, il donnait son sang et son âme pour civiliser les peuples, pacifier les territoires. Pourquoi renoncerait-il? Puisque les ors de la République lui ont permis d'étendre son pouvoir au fur et à mesure qu'il convertissait des contrées arides en inépuisables richesses ; puisque les Présidents et autres ministres de la France républicaine ont honoré cent années durant les ortolans de sa table. Barricadé dans son bordj avec les derniers grands colons d'Algérie, Albert Vandel devient fou comme un roi qui se meurt. Avec ce nouveau roman, Mathieu Belezi puise dans toutes les ressources d'une langue prophétique pour remuer les entrailles d'une mémoire obscène que certains préfèreraient oublier.

    Abandon en page 162. Cette plongée dans les pensées et les agissements d'un colon en terre algérienne qui refuse la chute de son empire est certes bien écrit mais vraiment trop déprimante, pour ne pas dire à vomir. Je me suis vue contrainte d'abandonner ma lecture tant le soliloque d'un bourreau s'enorgueillissant de ses crimes et de son "bon droit" me révulsait. En ce sens, l'auteur fait mouche, mais difficile d'apprécier un exploit d'écriture visant à se mettre dans le peau de l'indéfendable quand celui-ci vous donne la nausée. Un tel éclairage sur une bien triste période de l'histoire est-il vraiment encore nécessaire ?