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actualité

  • Silex and the city 3 de Jul

    silex and the city 3.jpgLe néolithique, c'est pas automatique

    Éditions Dargaud - 48 pages

    Présentation de l'éditeur : Dans Silex and the City Le Néolithique, c'est pas automatique, on découvre les ancêtres des agences de notation. On tremble face à la concurrence de l'Homme de Pékin. On s'enthousiasme pour "l'évolution du Jasmin" et on manifeste contre les expulsions des espèces défavorisées avec le "Réseau évolution sans frontières". On invente les réseaux sociaux avec "Flèchebook". Et quand le volcan explose, le spectre de Fukushima se profile à travers les âges, malgré la communication rassurante d'EDF (Énergie du feu). Serions-nous, comme le prédit le fameux "calendrier lémurien", à la veille de la fin du monde, annoncée pour l'année 40012 avant Jésus-Christ ? Ce 3e épisode de Silex and the City confirme ce que laissaient pressentir les deux premiers : oui, l'actualité peut faire rire... grâce à la bande dessinée ! De la Biennale d'art préhistorique contemporain aux Ancêtres de Don Quichotte, de la Fête de l'Humain aux minorités visibles néanderthales, c'est tout notre théâtre contemporain qui défile en peau de bête pour une parodie au vitriol de notre société "évoluée". Avec cette première série, Jul délaisse l'actualité immédiate abordée dans Il faut tuer José Bové et La croisade s'amuse pour se lancer dans une saga familiale en costumes, à l'époque de la préhistoire. Quelle meilleure lorgnette que ces âges obscurs pour éclairer nos turpitudes contemporaines ?

    Ma note :

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    Cartonné : 13,99 euros

    Lire les premières pages

    Après le succès éditorial des deux premiers tomes et l'adaptation de la série en programme court sur Arte (du lundi au vendredi à 20 h 45), Jul aurait eu tort de ne pas continuer à surfer sur la vague du succès. Il a ainsi profité de la rentrée littéraire pour livrer le troisième opus des folles aventures de la famille Dotcom.

    Le concept est toujours le même : un décryptage anachronique de l'actualité. Sous couvert de préhistoire, c'est bel et bien une fresque du monde d'aujourd'hui qui est dressée dans Silex and the city. Les références sont multiples et si elles exigent d'être un minimum au courant des événements de monde qui nous entoure, inutile pour autant d'être à la pointe de l'information pour comprendre. Il faudrait vraiment vivre terré dans une caverne pour ne pas saisir les allusions !

    Alors certes, c'est récréatif, pertinent, bien tourné. Pour autant, j'ai éprouvé moins de plaisir à lire ce tome que les deux précédents. C'est moins de la lassitude que le sentiment que les gags ont été préalablement listés et l'histoire brodée autour. Il y a de fait un certain manque de fluidité dans la narration même si l'ensemble fonctionne et reste cohérent. Accordons à Jul un réel talent pour trouver les mots qui font mouche.

    Bien qu'à mon sens ce troisième volet soit moins réussi que les deux premiers, il offre malgré ses imperfections un vrai bon moment d'humour. Évidemment, il est beaucoup moins drôle de réaliser que l'accumulation des vannes potaches n'est pas tant le fruit de l'imagination du bédessinateur que le reflet de la montagne des tragédies socio-politiques du quotidien bien réel. M'enfin... Faut bien rigoler !

    Le créneau de l'actualité étant à l'origine de productions rapidement obsolètes, la saga est à lire sans attendre.

    Ils en parlent aussi : Canel, Julie, La Griotte.

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  • Rentrée littéraire : Rue des voleurs de Mathias Enard

    Editions Actes Sud - 252 pagesrue des voleurs.jpg

    Présentation de l'éditeur : C’est un jeune Marocain de Tanger, un garçon sans histoire, un musulman passable, juste trop avide de liberté et d’épanouissement, dans une société peu libertaire. Au lycée, il a appris quelques bribes d’espagnol, assez de français pour se gaver de Série Noire. Il attend l’âge adulte en lorgnant les seins de sa cousine Meryem. C’est avec elle qu’il va “fauter”, une fois et une seule. On les surprend : les coups pleuvent, le voici à la rue, sans foi ni loi. Commence alors une dérive qui l’amènera à servir les textes – et les morts – de manières inattendues, à confronter ses cauchemars au réel, à tutoyer l’amour et les projets d’exil. Dans Rue des Voleurs, roman à vif et sur le vif, l’auteur de Zone retrouve son territoire hypersensible à l’heure du Printemps arabe et des révoltes indignées. Tandis que la Méditerranée s’embrase, l’Europe vacille. Il faut toute la jeunesse, toute la naïveté, toute l’énergie du jeune Tangérois pour traverser sans rebrousser chemin le champ de bataille. Parcours d’un combattant sans cause, Rue des Voleurs est porté par le rêve d’improbables apaisements, dans un avenir d’avance confisqué, qu’éclairent pourtant la compagnie des livres, l’amour de l’écrit et l’affirmation d’un humanisme arabe.

    Je crois que c'est bien la première fois qu'un roman me laisse une sensation aussi partagée.

    J'ai d'abord été séduite par le portrait du jeune héros maghrébin Lakhdar dressé par l'auteur du Goncourt des lycéens 2010 avec Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants. Loin des clichés occidentaux, la destinée du personnage principal sort des sentiers battus, des destins tracés d'avance. Lakhdar, candide mais intelligent et déterminé, se remémore les deux dernières années de son existence. Comme tout jeune homme de son âge, il veut vivre, aimer mais surtout être libre et aspire à rejoindre cet El Dorado fantasmé par l'Afrique du Nord ou noire : l'Europe. Affranchi de tout et malgré quelques errances et dérives (délinquance, incursion chez les islamistes...), il opère ses choix de vie au gré de sa pensée émancipée par les livres et l'on suit ses pérégrinations idéologiques et amoureuses à travers les contrées marocaines, tunisiennes et espagnoles. Le tout au fil de l'actualité que tout un chacun n'a pu que suivre ces derniers temps tant elle a défrayé la chronique - Révolution de jasmin, printemps arabe, tuerie de Mohammed Mera, attentat de Marrakech, révoltes égyptienne et syrienne, crise européenne par le prisme de l'Espagne...

    Mais. Si Mathias Enard, spécialiste de la culture arabe et espagnole puisqu'il vit à Barcelone, insuffle de la force à son récit grâce à des références pointues à la langue arabe, au Coran ou aux grandes figures de la culture maghrébine (explorateurs, poètes...), d'autres pans de son roman sont discutables. En effet, l'omniprésence des références à l'actualité font de ce livre une sorte de roman du vingt heures un peu récité. Si l'on ajoute à cela que l'on peine à croire au personnage trop parfait, l'on ne peut s'empêcher de trouver l'ensemble un brin invraisemblable. Au final, ce roman sensé nous bousculer par sa violence et son désir d'humanité, nous laisse aussi indifférents que nous le sommes malheureusement devant notre télévision.

    Quoiqu'il en soit, le tout est relevé par un style remarquable oscillant entre langage cru et envolées lyriques, fait de longues phrases qui déferlent sans s'arrêter comme la vie qui nous emporte. La part belle faite à l'amour des livres ne pouvait que trouver écho chez la libraire bibliophile que je suis. Et même si Mathias Enard pèche par une vision trop idéalisée du point de vue oriental, sa dénonciation de la bien-pensance occidentale, de la religion, de l'uniformisation des idées, de l'ignorance programmée, de l'inertie, etc., sonne aussi assez juste. Malgré un regard désenchanté et une vision de la violence inexorable, il transmet son étincelle d'espoir, son envie d'une humanité persistante en chacun de nous.

    Cette épopée ambitieuse sur la condition humaine et le destin qui nous ballote fatalement reste envers et contre tout un régal d'écriture.

    Extraits :

    Mais quand on est jeune il faut voir des choses, amasser de l'expérience, des idées, s'ouvrir l'esprit.

    Joseph Conrad, Au coeur des ténèbres

    ...

    Les hommes sont des chiens, ils se frottent les uns aux autres dans la misère, ils se roulent dans la crasse sans pouvoir en sortir, se lèchent le poil et le sexe à longueur de journée, allongés dans la poussière prêts à tout pour le bout de barbaque ou l'os pourri qu'on voudra bien leur lancer, et moi tout comme eux, je suis un être humain, donc un détritus vicieux esclaves de ses instincts, un chien, un chien qui mord quand il a peur et cherche les caresses. Je vois clair dans mon enfance, dans ma vie de chiot à Tanger ; dans mes errances de jeune clébard, dans mes gémissements de chien battu ; je comprends mon affolement auprès des femelles, que je prenais pour de l'amour, et je comprends surtout l'absence de maître, qui fait que nous errons tous à sa recherche dans le noir en nous reniflant les uns les autres, perdus, sans but.

    ...

    Libraire, ça consistait à recevoir les cartons de livres, à les ouvrir, à retirer les plastiques, à les mettre en piles sur les étagères et, une fois par semaine, le vendredi, à installer une table à la sortie de la mosquée pour les vendre.

    ...

    D'après ce que m'expliquait le Cheikh Nouredine, l'idée était d'obtenir le plus possible d'élections libres et démocratiques pour prendre le pouvoir et ensuite, de l'intérieur, par la force conjointe du législatif et de la rue, islamiser les constitutions et les lois.

    ...

    (...) il faut partir, il faut partir, les ports nous brûlent le coeur.

    ...

    (...) il était temps d'être un homme, d'avancer vers elle comme un homme et de l'embrasser sur la bouche puisque c'était cela dont j'avais envie, cela dont je rêvais, et si nous ne faisons pas d'effort vers nos rêves ils disparaissent, il n'y a que l'espoir ou le désespoir qui changent le monde, en proportion égale, ceux qui s'immolent par le feu à Sidi Bouzid, ceux qui vont prendre des gnons et des balles place Tahrir et ceux qui osent rouler une pelle dans la rue à une étudiante espagnole, évidemment ça n'a rien à voir mais pour moi, dans ce silence, ce moment perdu entre deux mondes, il me fallait autant de courage pour embrasser Judit que pour gueuler Kadhafi ! Enculé ! devant une jeep de militaires libyens ou hurler Vive la république du Maroc ! seul au beau milieu du Makhzen à Rabat (...).

    ...

    La vie est une machine à arracher l'être ; elle nous dépouille, depuis l'enfance, pour nous repeupler en nous plongeant dans un bain de contacts, de voix, de messages qui nous modifient à l'infini, nous sommes en mouvement ; un cliché instantané ne donne qu'un portrait vide, (...).

    ...

    (...) ce paradis du Maroc moderne où en théorie aucune femme ne saigne à mort ni ne se suicide jamais ni même ne souffre jamais sous les coups d'aucun mâle car Dieu la famille et les traditions veillent sur elles et rien ne peut les atteindre, si elles sont décentes, si seulement elles étaient décentes, (...).

    ...

    On ne se souvient jamais tout à fait, jamais vraiment ; on reconstruit, avec le temps, les souvenirs dans la mémoire et je suis si loin, à présent, de celui que j'étais à l'époque qu'il m'est impossible de retrouver exactement la force des sensations, la violence des émotions ; (...).

    ...

    (...) ; elle me racontait l'histoire unique du texte du Pain nu : publié d'abord en traduction, interdit au Maroc en arabe pendant près de vingt ans. Il n'était pas difficile d'imaginer pourquoi : la misère, le sexe et la drogue, voilà qui ne devait pas être au goût des censeurs de l'époque. L'avantage, c'est qu'aujourd'hui les livres ont si peu de poids, sont si peu vendus, si peu lus que ce n'est même plus la peine de les interdire.

    ...

    Je n'étais pas Sindbad, ça c'était certain. Malgré le calme de la mer, les mouvements du bateau me provoquaient une sensation étrange, comme si j'avais fumé trop de joints - pas vraiment malade, mais pas tout à fait en forme non plus.

    ...

    (...) les Africains préféraient les Canaries parce que l'archipel était plus difficile à surveiller. Comme tous ces nègres et ces bougnoules traînant dans les rues sans rien à faire n'étaient pas bon pour le tourisme, le gouvernement canarien les envoyait se faire pendre ailleurs par avion, sur le continent, à ses frais (...).

    ...

    (...) ; il vivait dans l'écran, et dans l'écran, il y avait des scènes terribles - de vieilles photos de supplices chinois, où des hommes saignaient, attachés à des poteaux, la poitrine découpée, les membres amputées par des bourreaux aux longs couteaux ; des décapitations afghanes et bosniaques ; des lapidations, des éventrations, des défenestrations et d'innombrables reportages de guerre - après tout la fiction était bien mieux filmée, bien plus réaliste que le documentaire ou les clichés du début du siècle et je me demandais pourquoi, dans ses images, Cruz cherchait surtout la mention "réel" ; il voulait la vérité, mais quelle différence cela pouvait-il bien faire (...) qu'y cherchait-il, une réponse à ses questions, aux questions auxquelles les macchabées ne répondaient pas, une interrogation sur le moment de la mort, sur l'instant du passage, peut-être - ou tout simplement peut-être avait-il été avalé par l'image, les corps lui avaient fait quitter le réel et il fouissait la réalité cybernétique pour y retrouver, en vain, quelque chose de la vie.

    ...

    Les villes s'apprivoisent, ou plutôt elles nous apprivoisent ; elles nous apprennent à bien nous tenir, elles nous font perdre, petit à petit, notre gangue d'étranger ; elles nous arrachent notre écorce de plouc, nous fondent en elles, nous modèlent à leur image - très vite, nous abandonnons notre démarche, nous ne regardons plus en l'air, nous n'hésitons plus en entrant dans une station de métro, nous avons le rythme adéquat, nous avançons à la bonne cadence, et qu'on soit marocain, pakistanais, anglais, allemand, français, andalou, catalan ou philippin, finalement Barcelone, Londres ou Paris nous dressent comme des chiens.

    ...

    Ces salauds de Français ne m'ont pas filé un sandwich, tu m'entends ? Pas même un sandwich ! Ah elle est belle la démocratie ! Impossible de trouver du boulot, on errait toute la journée, à Stalingrad à Belleville à République, on était prêts à accepter n'importe quel job pour survivre. Rien, rien à faire, personne ne t'aide, là-bas, surtout pas les Arabes, ils pensent qu'ils sont déjà trop nombreux, qu'un pauvre bougnoule de plus c'est mauvais pour tout le monde. La Révolution tunisienne, ils trouvent ça très beau de loin, ils disent mais justement, maintenant que vous avez fait la Révolution, restez-y, dans votre paradis de jasmin plein d'Islamistes et ne venez pas nous emmerder, avec vos bouches inutiles.

    ...

    (...) ; il n'y a rien à comprendre dans la violence, celle des animaux, fous dans la peur, dans la haine, dans la bêtise aveugle qui pousse un type de mon âge à poser froidement le canon d'un flingue sur la temps d'une fillette de huit ans dans une école, à changer d'arme quand la première s'enraye, avec le calme que cela suppose, le calme et la détermination, et à faire feu pour s'attirer le respect de quelques rats de grottes afghanes. Je me suis souvenus des paroles de Cheikh Nouredine, provoquer l'affrontement, déclencher des représailles, qui souffleraient sur les braises du monde, lanceraient les chiens les uns contres les autres, journalistes et écrivains en tête, qui se précipitaient pour comprendre et expliquer comme s'il y avait quelque chose de réellement intéressant dans les méandres paranoïaques des méninges si réduites de cette raclure dont même Al-Qaida n'a pas voulu.

    ...

    Il y avait quelque chose que je ne comprenais pas : l'Europe admettait-elle qu'elle n'avait pas les moyens de son développement, que ce n'était qu'un leurre, qu'en fait l'Espagne était un pays d'Afrique comme les autres et tout ce que nous voyions, les autoroutes, les ponts, les tours, les hôpitaux, les écoles, les crèches, n'était qu'un mirage acheté à crédit qui menaçait d'être repris par les créanciers ? Tout disparaîtrait, brûlerait, serait avalé par les marchés, la corruption et les manifestants ?

    ...

    La vie consume tout - les livres nous accompagnent, comme mes polars à deux sous, ces prolétaires de la littérature, compagnons de route, dans la révolte ou la résignation, dans la foi ou l'abandon.

  • Le jour où... France Info 25 ans d'actualités, Collectif

    Editions Futuropolis - 270 pagesle jour où....jpg

    Présentation de l'éditeur : France Info a la passion de la bande dessinée : une chronique dominicale depuis plus de vingt ans, et le Prix France Info, décerné à une bande dessinée d’actualité et de reportage, bien avant que le genre ne soit devenu à la mode dans les médias… L’actualité ne s’arrête jamais ! Pour fêter les 25 ans de France Info, Le Jour où… est réédité dans une version augmentée, cinq ans après sa première édition. Au total, 37 auteurs, représentatifs de toutes les tendances de la bande dessinée du réel, se sont emparés de dates qui ont fait l’événement depuis un quart de siècle : un casting d’exception, un collectif hors du commun.

    A la façon du splendide Les ignorants qui faisait se rencontrer le monde du vin et celui de la bande dessinée, le travail de mémoire à l'initiative de France Info pour fêter son quart de siècle confronte le neuvième art à l'actualité, prouvant si besoin était que la discipline graphique est tout sauf légère.

    Et pour ce faire, la première radio d'information de France peut se targuer d'avoir réuni le gratin des dessinateurs et scénaristes : Delisle, Kris, Stassen, Berberian, Denis, Rabaté, Sacco, Lapière ou encore Jul, pour n'en citer que quelques-uns.

    Comme tout projet collectif, Le jour où est un recueil dense et varié. D'un auteur à un autre, le traitement des événements qui ont fait la Une depuis 1987 est très différent et parfois inattendu, tantôt documentaire pur et dur, tantôt récit intimiste. Une diversité de contributions qui séduit ou laisse indifférent, selon les goûts.

    J'ai été pour ma part particulièrement sensible à l'approche très poétique de Davodeau (La France ravagée par la tempête - 26 décembre 1999) et à celle très émouvante de Simon Hureau (Le tsunami - 26 décembre 2004).

    Cet album, écho des temps forts de ces dernières années, vibrant hommage à l'Histoire, ceux qui la vivent et ceux qui la font, ravira tous les passionnés d'actualité et de bd.

    Extrait :

    Tous les grands événements n'ont pas le pouvoir de changer le monde, mais ils ont ceci de pratique qu'ils permettent à chacun de se souvenir de ce qu'il faisait à une date donnée.

  • Dégénération

       Un criminel en puissance de 17 ans (un certain Mathieu), déjà impliqué dans une affaire de viol en 2010, peut s'inscrire dans un établissement scolaire (le collège Cévenol de Chambon-sur-Lignon) où il détecte sa prochaine proie (Agnès Marin), la viole et la tue dans des conditions déclarées atroces par les légistes, sans qu'a priori personne dans la commune ne soit informé du danger rôdant à proximité.

       Un parti politique français (le PS), en pleine période pré-électorale et non des moindres puisqu'il s'agit de la présidentielle, ne prononce pas catégoriquement le renvoi pur et simple d'un de ses plus célèbres représentants (Dominique Strauss-Kahn alias DSK) qui, après la tourmente de l'affaire Nafissatou Dialo aux Etats-Unis, a été non condamné grâce à la prescription pour tentative d'agression sexuelle avérée sur la personne de Tristane Banon.

       Un président de la République française (Nicolas Sarkozy Ier) peut prendre une chambre d'hôtel à 37 000 euros la nuit (selon le sensationnaliste The Sun) qui n'en vaudrait "que 3 500" (!) (selon Franck Louvrier, conseiller en communication - à n'en pas douter honnête et impartial - de l'Elysée) pendant un G20 consacré à la crise mondiale et au naufrage de la zone euro, alors même qu'il demande aux Français, surtout les plus modestes comme toujours, de se serrer la ceinture très fort, de perdre leur emploi (plan social annoncé de la BNP pour n'en citer qu'un) et de payer plus d'impôts pour payer la dette des Grecs qui, eux, n'en payent pas et ne comptent pas changer cet état de fait, et malgré tout, gagner des points dans les sondages.

       Deux connards (un certain Jacquard et un certain Saïdi) peuvent empêcher leur voisinage (dont moi) de dormir pour cause de tapage récurrent, peuvent menacer verbalement et physiquement, injurier racialement (mon compagnon doudou des îles) et harceler par des déménagements nocturnes, des martèlements au sol (les voisins du dessous étant évidemment ma moitié et bibi) et des coups de pieds violents tout au long de la nuit dans la porte d'entrée des deux seuls voisins (mézigue et mon conjoint), terrorisés commes les autres, mais qui sont les seuls à contacter les pseudo-forces de l'ordre et le syndic, sans que rien ne puisse être fait contre eux. Parce que tant qu'il n'y a pas de sang, les flics ne peuvent rien faire. Dura lex, sed lex. Parce que le syndic-bailleur se contente de courriers "de plus en plus fermes" (sic) pour résoudre le problème. Parce que la loi précise que la seule chose à faire est de ne pas renouveler le bail de ces individus ; bail de 3 ans donc et individus arrivés depuis trois mois à peine.

       Un homme (Frédéric Matwies) peut battre, brûler avec des cigarettes et faire manger des crottes de lapin à sa compagne et mère de ses deux filles pendant dix ans, finir par tenter de la poignarder et s'en sortir avec trois mois de sursis, une obligation de soins, la garde de ses filles et la possibilité de gagner de l'argent en écrivant un livre sur sa vie de malade (minable). Il y avait un monstre en moi aux Editions Michalon.

       Des millions de gens sont copains commes cochons, s'embrassent à qui mieux mieux quand l'équipe de France gagne un match de foot (la finale de la Coupe du Monde 1998) mais personne n'est assez solidaire pour partager ne serait-ce que sa bouffe pour régler le problème de la faim dans le monde alors que les ressources sont suffisantes.

    Une liste non exhaustive du monde dans lequel on vit. Un pays, des représentants, une justice, des hommes qui marchent cul par-dessus tête, où l'honnête citoyen n'est plus protégé et n'a aucun moyen de se défendre. Je suis la seule à être fed up ou quoi ?

  • Mon droit de réponse à L'Yonne Républicaine

    Figure-toi que je suis une star. Dix-huit mois passés en pleine cambrousse et déjà deux passages dans le journal local !

    Si mon premier passage visait à illustrer un article sur les nouvelles tendances de l'après-Noël à savoir la manie d'échanger ou d'e-bayiser ses cadeaux, mon second portait sur l'événement du week-end ; non pas le vrai event pop que constituait le mariage princier de Will and Cate mais le bienbonheur de Jipitou.

    Et bien cette deuxième expérience d'avec la presse du coin (oserai-je dire du petit coin tellement on s'y em... bête ?) me laisse davantage bouche bée que béate.

    Pour comprendre pourquoi, comparons l'interview comme elle s'est passée et l'article tel qu'il a été (ré)écrit.

    L'interview :

    Des questions sur les livres consacrés à Jean-Paul II.

    Des réponses sur les livres consacrés à Jean-Paul II.

    - Et vous, que pensez-vous de la béatification de l'ancien pape ?

    Regard lourd de sens quant à mon désintérêt le plus total sur le sujet.

    - Un sondage tendrait à exprimer l'opinion selon laquelle plus de 60 % de personnes préféraient Jean-Paul II à Benoît XVI, le trouvaient plus sympathique. Et vous ?

    - Oeil qui frise. Sourire en coin. Certes, il avait l'air moins obtu mais après tout, les gens ne se mettent-ils pas à regretter Chirac (hem) depuis qu'ils récoltent Sarkozy ? N'y a-t-il pas une tendance à la cristallisation ?

    - Heu... Vous n'êtes pas croyante ?

    - Bouarf... Disons que ça m'arrangerait qu'on se réincarne ou qu'on se retrouve dans un petit coin, pas un où l'on s'em... bête, un où l'on ne prend que du bon temps. Mais je n'ai aucune certitude.

    L'article (qui OSE les guillemets) :

    "Moi, cela ne me fait rien, je ne me sens pas concernée par ce week-end. On cherche à le mettre en avant par rapport au pape actuel, explique Charlotte, athée. C'est comme aujourd'hui en politique où les gens disent qu'ils aiment plus Jacques Chirac que Nicolas Sarkozy."

    Je trouve que cette reformulation qui m'est attribuée alors qu'il n'en est rien me donne un air "jeunesse UMP-JMJ qui adhère totalement à sa nouvelle idole Benito Croivébaton". Pour une interview donnée sur la tonalité incontestablement gaucho-anti-cléricale, je trouve ça énorme.

    Lourde d'évidence sur la qualité de l'information en générale qui nous est délivrée.

    Mais je prends le parti d'en rire pour cette fois-ci. Hors de question que le moindre grain de sable se glisse dans les rouages de ce week-end mémorable. Encore une fois, crions nos louanges au vrai héros du jour :

    Wiiiiiiiiiilllll,  marry me !

    ...

    Shit, too late...