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29/05/2012

Journal d'un corps de Daniel Pennac

journal d'un corps.jpgEditions Gallimard - 382 pages

Présentation de l'éditeur : De 13 à 87 ans, âge de sa mort, le narrateur a tenu le journal de son corps. Nous qui nous sentons parfois si seuls dans le nôtre nous découvrons peu à peu que ce jardin secret est un territoire commun. Tout ce que nous taisions est là, noir sur blanc, et ce qui nous faisait si peur devient souvent matière à rire.

Pennac a ce sens de la justesse qui fait de lui un auteur d'exception. Il nous offre ici une portion d'intimité tantôt touchante, tantôt hilarante à laquelle tout un chacun peut s'identifier. Pas toujours pour les mêmes raisons mais immanquablement.

Le rapport au corps, que nous entretenons tous d'une façon ou d'une autre, est dépeint avec une précision quasi-chirurgicale du début à la fin de l'existence du narrateur et peut se révéler aussi rassurante qu'anxiogène selon. Je suppose que le degré d'hypocondrie ou de bienséance du lecteur sera déterminant pour l'appréciation de l'ouvrage. Ayant grandi dans une famille de soignants et étant de nature à appeler un chat un chat, j'ai adoré. Et vous, oserez-vous vous plonger dans l'histoire de la vie d'un homme mais qui vous parle beaucoup de vous ?

Extraits :

Je me demande combien il faudrait de cahiers pour seulement décrire tout ce que notre corps fait sans que nous y pensions jamais. Les fonctions automatiques sont-elles innombrables ? On n'y fait jamais attention mais il faut que l'une d'elles se détraque pour qu'on ne pense plus qu'à elle ! Quand il trouvait que je me plaignait trop, papa me citait toujours la même phrase de Sénèque : Chaque homme croit porter le plus lourd des fardeaux. Eh bien, c'est ce qui se passe quand une de nos fonctions se détraque ! Nous devenons le type le plus malheureux du monde.

...

La prudence est l'intelligence du courage.

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Quand Violette m'a dit qu'elle allait nettoyer ça avec le calva de Manès, je n'ai pas pu m'empêcher de lui demander si ça allait faire mal. Bien sûr, qu'est-ce que tu crois, la gnôle de Manès ce n'est pas de la bibine ! Donne ta jambe. J'ai tendu la jambe en me cramponnant à la chaise. Tu es prêt ? (Tijo surveillait l'opération avec beaucoup d'intérêt.) J'ai serré les dents et les paupières, j'ai fait signe que oui, Violette a frotté la plaie, et je n'ai absolument rien senti ! Parce qu'elle s'est mise à hurler à ma place. Un véritable hurlement de douleur comme si on la dépiautait vive ! Ca m'a d'abord sidéré, et puis ça nous a fait rire, Tijo et moi. Ensuite, j'ai senti sur mon genou la fraîcheur de l'alcool qui s'évapore. Il emportait une partie de la douleur. J'ai dit à Violette que ça ne marcherait pas pour le second genou puisque maintenant je connaissais le truc. Tu paries ? Donne l'autre jambe. Cette fois-ci elle a poussé un autre cri. Un cri d'oiseau incroyablement aigu qui m'a vrillé les tympans. Même résultat. Rien senti non plus. Ca mon petit gaillard, ça s'appelle L'anesthésie auditive. Elle n'a pas crié en nettoyant mes mains et son silence m'a encore plus surpris que ses hurlements. C'était fini avant que je ressente quoi que ce soit. 

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L'opprobre jeté sur cette apothéose de la sensation est tout dans la laideur des mots qu'on emploie pour en parler. "Se branler" fait malade des nerfs, "se tripoter" est idiot, "se caresser" fait chienchien à sa mémère, "se masturber" est dégoûtant (il y a quelque chose de spongieux dans ce terme, même en latin), "se toucher" ne veut rien dire. "Vous êtes-vous touché ?" demande le confesseur. Bien sûr ! Comment faire ma toilette autrement ? Nous en avons longuement débattu avec Etienne et les copains. Je crois avoir trouvé l'expression juste : se prendre en main. Dorénavant, quand un adulte me recommandera de me prendre en main, je pourrai le lui promettre sans risquer le mensonge.

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Je ne sais pas si quelqu'un s'est jamais penché sur la question de la santé dans les guerres clandestines mais c'est un sujet à creuser. J'ai vu très peu de malades parmi mes camarades. Nous avons tout imposé à nos corps : la faim, la soif, l'inconfort, l'insomnie, l'épuisement, la peur, la solitude, le confinement, l'ennui, les blessures, ils ne regimbaient pas. Nous ne tombions pas malades. Une dysenterie occasionnelle, un refroidissement vite réchauffé par les nécessités du service, rien de sérieux. Nous dormions le ventre creux, nous marchions la cheville foulée, nous n'étions pas beaux à voir, mais nous ne tombions pas malades. J'ignore si mon observation vaut pour l'ensemble des maquis, c'est en tout casq ce que j'ai constaté dans mon réseau. Il n'en allait pas de même pour les garçons qui s'étaient laissé prendre par le STO. Ceux-là tombaient comme des mouches. Les accidents du travail, les dépressions nerveuses, les épidémies, les infections en tout genre, les automutilations de ceux qui voulaient s'enfuir décimaient les ateliers ; cette main-d'oeuvre gratuite payait de sa santé un travail qui n'en voulait qu'à son corps. Nous, c'est l'esprit qui était mobilisé. Quelque nom qu'on lui donnât, l'esprit de révolte, le patriotisme, la haine de l'occupant, le désir de vengeance, le goût de la bagarre, l'idéal politique, la fraternité, la perspective de la libération, quoi que ce fût, cela nous gardait en bonne santé. Notre esprit mettait notre corps au service d'un grand corps de combat.

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Hypocondrie : dérèglement de la conscience entraînant une perception hypertrophique de manifestations du corps. Forme de délire de persécution dans laquelle nous sommes à la fois le persécuteur et le persécuté.

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Ponctuation amoureuse de Mona : Confiez-moi cette virgule que j'en fasse un point d'exclamation.

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En voyant Etienne s'admirer dans un miroir, je m'avise que je ne me suis jamais vraiment regardé, moi, dans une glace. Jamais un de ces coups d'oeil innocemment narcissiques, jamais une de ces saisies coquines qui vous font jouir de votre image. J'ai toujours les miroirs à leurs fonctions. Fonction d'inventaire quand adolescent j'y vérifiais la croissance de mes muscles, fonction vestimentaire quand il faut accorder cravate, veste et chemise, fonction de vigilance quand je me rase le matin. Mais la vision d'ensemble ne me retient pas.

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Pourquoi le vertige se manifeste-t-il d'abord chez moi par la strangulation des testicules ? En est-il de même chez les autres ? (...) Demandé à Mona si les ovaires sont eux aussi les sentinelles du vertige. Réponse : non. En revanche, mes testicules se sont à nouveau étranglés quand je l'ai vue s'approcher du bord de la falaise. J'ai eu le vertige à sa place. Couilles empathiques ?

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Naissance de Bruno. Un bébé nous est né. Installé à la maison comme s'il était là depuis toujours ! J'en reste sans voix. Mon fils m'est un objet de stupeur familière.

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Hier soir réveillon chez R. Distribution de cigares. Débat sur les mérites comparés de Cuba, Manille et je ne sais quels autres pays producteurs de tabac. Mon avis est requis. Mais, à voir ces connaisseurs couper leurs barreaux de chaise avec componction, je n'ai pu m'enlever de l'idée que l'anus, sectionnant l'étron, remplit la fonction d'un coupe-cigare. Et le visage, dans les deux circonstances, arbore la même expression appliquée.

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Qu'on ait perdu un bras ou les deux, on ne dispose que d'un seul mot : manchot. Les unijambistes et les culs-de-jatte sont mieux traités, les borgnes et les aveugles aussi.

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Tijo me fait observer que quand j'éternue je dis ATCHOUM, littéralement. Il y voit un souci d'orthodoxie. Toi et tes bonnes manières ! Tu es si bien élevé que si ton cul pouvait parler, il dirait "prout".

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L'homme naît dans l'hyperréalisme pour se distendre peu à peu jusqu'à finir en un pointillisme très approximatif avant de s'éparpiller en poussières d'abstraction.

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Au dessus d'un étron irréprochable, tout d'une pièce, parfaitement lisse et moulé, dense sans être collant, odorant sans puanteur, à le section nette et d'un brun uniforme, produit d'une poussé unique et d'un passage soyeux, et qui ne laisse aucune trace sur le papier, ce coup d'oeil d'artisan comblé : mon corps a bien travaillé.

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"Va te chier" a tout de même une autre dimension que "pauvre con" ou "va te faire enculer". L'impératif du verbe chier conjugué au sens pronominal réfléchi est une arme meurtrière. L'adversaire réduit à n'être que son propre excrément et à qui on ordonne de se déféquer lui-même, qui dit pire ?

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Nous nous repaissons en sevcret des miasmes que nous retenons en public. Ce double jeu vaut aussi pour nos pensées et cette duplicité est la grande affaire de notre vie. Rentré chacun chez nous, ma joueuse de tennis et moi jouirons, chacun de notre côté, d'un de ces longs pets que nous ferons remonter jusqu'à nos narines par la vague que nous savons, de vieille science, imprimer à nos draps.

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Un chagrin sans objet, pure douleur d'être, m'assaille par vagues inattendues, dévastatrices comme des ruptures de barrage. Dépression nerveuse post-opératoire, tout à fait prévisible, paraît-il, liquéfaction de mon âme après la vidange de mon sang.

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De l'angoisse au sentiment de culpabilité... Mona, a qui je raconte la chose, m'apprend que le verbe "culpabiliser" s'est installé dans la langue française en 1946. Et le verbe "culpabiliser" en 1968. Quand l'Histoire parle d'elle-même...

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L'autre peut être un remède à l'angoisse, à condition qu'il nous soit intimement étrangr, un peu indifférent. (...) Mais les proches, eux, les nôtres, trinquent à tous les coups, parce qu'ils sont nôtres précisément, constitutifs de nous-mêmes, victimes propitiatoires du marmot que nous restons toute notre vie.

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Ah ! cette joie de l'adulte revenu de tout devant la candeur d'une affection enfantine !

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Mes nuits entrecoupées par ces envies pressantes et peu productives. Miction impossible. (Joli titre) Combien de fois ? me demandait jadis mon confesseur. Combien de fois ? me demande aujourd'hui mon urologue.

11:09 Écrit par charlotte sapin dans Beauté, santé, Citation, Culture, Littérature française, Livre, Roman épistolaire, journal | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it!

15/01/2012

Doux leurre

Souffrir. Endurer. Subir. Être perclus... Autant de mots qui sont mon quotidien depuis maintenant plus de cinq mois. Bref, j'ai le dos bousillé. Les joies de la librairie et de ma qualité de fin de race qui a écoppé de toutes les tares génétiques de ses ancêtres. Cette situation devraient être relativement enrayée si demain je survis à mon arthrodèse L3-L4-L5-S1. Rien que ça.

Le fait est que quand on a la varicelle dans une moindre mesure ou que l'on suit une chimio dans un cas de figure plus tragique, votre mal est visible. Cette flagrance entraîne une reconnaissance, une prise en compte de vos maux par votre entourage. Et c'est bien ce que l'on attend quand votre corps vous lâche : de l'attention, du chouchoutage, de la compassion.

Mais certaines douleurs, comme la mienne, sont invisibles. De fait, quand elles ont tendance à s'éterniser, comme la mienne, les gens ont tendance à les minorer voire à les oublier. De fait, à la douleur physique s'ajoute une douleur psychique. Celle d'être incompris. Difficile de le reprocher aux autres quand on considère que la médecine n'a commencé à prendre en compte la douleur que récemment. Et pourtant...

Si l'on ajoute à cela le fait que vous vous empêchez de répéter en boucle "j'ai mal", que la douleur intense joue inévitablement sur le caractère, que l'entourage s'agace de vos sautes d'humeur qui ne sont pas un travers de caractère mais la simple expression de votre souffrance et que vous finissez par ne plus rien dire, vous vous sentez encore plus isolé.

On est seul dans la douleur.

09:07 Écrit par charlotte sapin dans Beauté, santé, Travail | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | | Pin it!

18/11/2011

90-20-32

"Mensurations atypiques", diront les plus délicats.

"C'est quoi ce boudin ?", oseront les plus cavaliers, quoique moins hypocrites.

Que tout le monde se rassure, si telles étaient mes mesures corporelles, j'aurais suffisament de complexes pour les taire ou assez d'audace et de sens des affaires pour aller faire fortune chez les Bouglione entre la femme à barbe et la Vénus Hottentote.

Mais alors, quelle est donc la signification de cette mystérieuse série numérique ?

Et bien il s'agit tout simplement de la réponse que je donnerais si l'on venait à m'interroger sur mon âge. Il serait en l'occurrence d'ailleurs plus exact de me demander : "Quels âges avez-vous ?".

Car si ma parentalité et l'état civil n'auraient pas complètement tort de s'accorder sur le fait que j'ai 32 ans, ils n'auraient toutefois pas entièrement raison. Me cantonner à cette estimation purement légale serait pour le moins réducteur.

Certes, entre le jour de ma naissance et aujourd'hui, il s'est écoulé, au sens calendaire grégorien, quelque trente-deux années (à la vérité d'ailleurs, nous nous approchons dangereusement des trente-trois...). Mais au-delà de cette unité de valeur commune, il en existe une plus subjective qui est l'âge mental. Je situe le mien à la vingtaine. Entendons-nous bien cependant : quatre lustres d'une personne née à la frontière des seventies et des eighties parce que de manière tout aussi partiale que je m'attribue une double décennie mentale, j'affirme de façon totalement autocratique que les jeunes d'aujourd'hui sont complètement cons. Hors de question donc de tenter une quelconque comparaison entre eux et moi.

Ne reste plus que le 90 et c'est là tout mon drame. Car si je suis encore jeune d'un point de vue légal et passablement attardée d'un point de vue mental, je suis excessivement précoce par ailleurs. Malheureusement pour moi, c'est moins le genre de précocité valorisante du type "ma fille pas son Bac cette année, elle a cinq ans" que le type péjoratif de prématurité accablante constituant le cauchemar numéro un de la gent masculine rapport à sa sexualité (ex-aequo avec le problème de la taille qui obnubile également ces messieurs).

Quatre-vingt dix, donc. C'est approximativement l'âge de ma carcasse. Voilà ce qui arrive quand on combine un patrimoine génétique quelque peu altéré (je pense sérieusement poursuivre mes parents pour malfaçon), un métier hautement physique (libraire) et un patronnat faisant non seulement fi de toutes les législations relatives à la sécurité et à la santé au travail mais pire, trouvant un malin plaisir à durcir et complexifier les tâches physiques de ses larbines. Résultats ? Discopathie dégénérative, lombo-fessalgie, probable hernie, sciatique potentielle, arthrose, ostéoporose, sténose foraminale, j'en passe et peut-être des pires puisque ni les radios, ni les IRM, ni les infiltrations (peut-être la toute prochaine discographie ?) ne permettent jusqu'à présent à mon neurochirurgien de déterminer précisément ce qui cloche dans mon squelette et, par extension, de me soulager, enfin.

Bientôt quatre mois que cela dure. Je ne pensais pas pouvoir penser ainsi un jour de la sorte mais à l'heure actuelle, je donnerais cher pour avoir quatre-vingt dix ans d'âge mental quitte à me faire traiter de vieille peau dix fois par jour et récupérer l'ossature et la musculature de mes vingt ans.

10:53 Écrit par charlotte sapin dans Beauté, santé, Moi, Travail | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | | Pin it!

09/12/2010

Montrer les crocs

Aujourd'hui, je vais parler d'hygiène dentaire. Pas très funky comme sujet j'en conviens mais déjà que quand tu procèdes à un bon entretien de ta cavité buccale, tu n'es pas à l'abri des problèmes, mieux vaut prévenir que guérir comme le dit le célèbre adage.

Non mais c'est important parce que les problèmes de dents, non seulement c'est douloureux mais en plus ça peut être méga onéreux. J’en sais quelque chose, moi, à l'époque, je suis passée par la dentiste, l'endodontiste, le parodontiste et le stomatologue (ouais, je fais vraiment pas les choses à moitié) ! Tout ça à cause d'un foutu patrimoine génétique dentaire.

M'enfin... Prévenir donc. Et dès le plus jeune âge. C'est ce que propose l'Assurance Maladie depuis 2007 via l'opération M'T Dents en offrant aux enfants et adolescents de 6, 9, 12, 15 et 18 ans un rendez-vous de prévention chez le dentiste. Ainsi, tous les trois ans, le dentiste fait un examen complet, donne des conseils sanitaires et effectue, si nécessaire, les soins, gratuitement (sauf appareils d'orthodontie et prothèses). En plus même pas besoin d'y penser puisque les enfants et adolescents concernés reçoivent une invitation un mois avant la date de leur anniversaire. Il suffit aux parents de prendre rendez-vous chez le dentiste (si possible pas le jour de l'anniversaire de l'enfant, ça peut être sympa) et d'utiliser l'application Facebook pour ne pas zapper le rencard. Les enfants n'ayant pas reçu de soins dentaires l'année précédant leur date anniversaire ont 6 mois pour se rendre à l'examen gratuit, ceux ayant été traités dans l'année ont 12 mois pour en bénéficier et suite à cet examen gratuit, tous ont 9 mois pour faire réaliser gratuitement les soins préconisés (sans avance de frais pour les 6 et 12 ans).

Ce qu'il faut retenir donc : bien entretenir ses ratiches (jeux et conseils pour être complètement opé sur www.mtdents.info) et allez chez le bucco-toubib avant d'avoir mal. Et si toi, parent, tu fais partie des patients autruches qui ne se résolvent à consulter que quand la douleur est telle qu'elle rend fou parce que quand même tu as un peu la phobie du dentiste, profite de cette formidable mesure de santé publique pour donner dès le départ de très bonnes habitudes à ton gosse.

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13:38 Écrit par charlotte sapin dans Beauté, santé, Travail, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it!

04/10/2010

Le livre audio-solidaire

Il me souvient de ce temps lointain où j'allais garder les vaches dans les prés du Mont d'Or. Entres les biberonnages de veaux et les chasses au trésor dans l'étable, mes Heidi's copines et moi savourions de nous étendre dans le foin de la grange, non pas avec les garçons vachers de coin (nous étions encore trop jeunes...), mais toutes ensembles pour nous faire la lecture. Nous appréciions particulièrement de le faire à cette heure du jour entre chien et loup, lisant les Histoires à ne pas lire la nuit de Monsieur Hitchcock, afin de fabriquer ce sentiment de terreur tant redouté mais tant convoité par tout enfant de cet âge.

Parce que ma maman m'avait appris à lire très tôt et que dès ce formidable pouvoir acquis, je ne voulais que lire même à l'heure du jeu, il faut bien avouer que c'est souvent moi qui me collait à l'exercice de la lecture à haute voix pour mes petites camarades montagnardes, le livre dans une main, la lampe torche redoublant l'effet effrayant dans l'autre. Tant pour la lectrice que j'étais (et que je reste) que pour l'auditoire, ce moment était un divertissement plaisant en toute simplicité.

En toute simplicité ? Demandez donc aux personnes aveugles et malvoyantes ! Heureusement, l'Association Valentin Haüy a lancé jusqu'au 29 octobre une vaste campagne de sensibilisation du public à la cause de ces personnes handicapées visuelles au travers d'un dispositif original et participatif : le premier livre AudioSolidaire.

L'idée est de fédérer plusieurs centaines de personnes autour d'une même action de solidarité : créer le livre audio Ensemble c'est tout d'Anna Gavalda. Bon, on est d'accord, on est loin du concept de se faire peur à la nuit tombante avec Sir Alfred, mais qu'importe, le truc, c'est la lecture.

Vous aussi, donnez votre voix au premier livre audiosolidaire. Il vous suffit de vous connecter sur www.avh.asso.fr/audiosolidaire, de choisir un extrait du livre et de le lire. Simplissime n'est-il pas ?

En marge de cette aventure forte de sens, 60 spots de 45'' visant à illustrer la vie au quotidien des aveugles et malvoyants et à montrer que des solutions existent et doivent se généraliser ont été créés à l'occasion d'un concours de vidéos pour concevoir le premier spot tv de l'association. N'hésitez pas à voter pour votre vidéo préférée.

Parce qu'en toutes choses, un monde meilleur ne se fera qu'ensemble. C'est tout.

12:54 Écrit par charlotte sapin dans Beauté, santé, Culture, Livre, Travail, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it!