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Roman

  • The Guitrys d'Éric-Emmanuel Schmitt

    En librairie depuis le 2 octobre 2013.the guitrys.jpg

    Éditions Albin Michel - 141 pages

    Présentation de l'éditeur : Durant les années folles, pendant quatorze ans, Yvonne Printemps et Sacha Guitry règnent sans partage sur la scène artistique et mondaine internationale. Amants magnifiques et impossibles, ils vont vivre une vraie passion, traversée de querelles, de tromperies, et de jalousies. Et si l'histoire de ce couple légendaire nous était contée par Sacha lui-même ? Si l'auteur de Chagrin d'amour et de La Jalousie en avait confié les dialogues et la dramaturgie à Éric-Emmanuel Schmitt, complice de cette comédie étincelante de verve et d'esprit ?

    Ma note :

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    Broché : 12 euros

    Un grand merci aux Éditions Albin Michel pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre.

    À condition de connaître Sacha Guitry et Éric-Emmanuel Schmitt (L'évangile selon Pilate, La femme au miroir...) ou au moins l'un des deux d'un peu prêt de son oeuvre - pour ne pas dire de son personnage -, la rencontre des personnalités et des talents linguistiques et littéraires de ces deux artistes est forcément prometteuse.

    Il faut, bien sûr, garder à l'esprit que le texte, avant tout écrit pour le théâtre, repose essentiellement sur les dialogues. Alors bien sûr, il se lit vite. Forcément, il gagne à être entendu plutôt que lu ; d'autant que le casting - Martin Lamotte & Claire Keim - semble une réussite. Évidemment, la mise en scène ou encore les costumes font davantage revivre le Paris des Années folles que de l'encre sur le papier...

    N'empêche ! Sous la plume de l'un des auteurs français les plus lus et les plus représentés au monde, le couple mythique Yvonne Printemps-Sacha Guitry reprend bel et bien vie le temps d'une lecture et entraîne à sa suite le lecteur, au coeur de cette union à la vie comme à la scène. Du trouble de leur rencontre à la détresse de leur rupture en passant par leur triomphe sur les planches, l'amoureux de l'Amour et le Rossignol, l'aristo dandy à l'esprit fin et la fille des faubourgs un peu sotte mais moins qu'il n'y paraît, font ressurgir ces quinze années de verbe haut.

    Le délice de lire leurs échanges donne à imaginer le plaisir de voir jouer ces exquises roucoulades et autres assassines algarades pleines de verve et d'esprit. Alternant les scènes au présent et les flashbacks, le vrai talent de Schmitt est d'avoir construit ses conversations autour de réelles citations. De quoi rendre son texte plus vrai que nature et ressusciter un instant l'incomparable style Guitry.

    La pièce (qui me donne autant envie que De Sacha à Guitry par Jean Piat) est à voir au Théâtre Rive Gauche jusqu'au 5 janvier 2013 - 6, rue de la Gaîté - Paris 14 - Réservations 01 43 35 32 31 - M° Edgar Quinet - www.theatre-­rive-gauche.com.

    Vous aimerez sûrement :

    L'Île des Gauchers d'Alexandre Jardin, Une dernière chose avant de partir & Le livre de Joe & Perte et fracas & C'est ici que l'on se quitte & Tout peut arriver de Jonathan Tropper, En moins bien et Pas mieux d'Arnaud Le Guilcher, Les témoins de la mariée de Didier Van Cauwelaert, Homo erectus de Tonino Benacquista, Demain j'arrête ! de Gilles Legardinier, Le roman de Boddah d'Héloïse Guay de Bellissen, La nuit ne dure pas d'Olivier Martinelli, Cosima, femme électrique de Christophe Fiat,Madame Hemingway de Paula McLain, Accordez-moi cette valse de Zelda Fitzgerald, Ciseaux de Stéphane Michaka...

    Extraits :

    LE RÉGISSEUR

    Ah oui, cocu ! Vous vouliez dire "cocu" ?

    SACHA GUITRY (entre ses dents)

    C'est ça, répétez-le, si ça vous fait plaisir. Il est certain que ça risque peu de vous arriver...

    LE RÉGISSEUR

    Ah ! Ne recommencez pas, monsieur Guitry... Germaine n'a pas...

    SACHA GUITRY

    Chanceux Marcel. Contre l'adultère, l'ingratitude physique se révèle une arme plus efficace que la vertu. Enfin, encore une fois, je ne me moque pas de vous, mon ami, mais de moi. Lorsqu'on épouse une femme jolie, on prend le risque d'être cocu, c'est logique, c'est inscrit dans la police d'assurance. Enfin bref, je l'étais. Le bonheur à deux ne dure que le temps de compter jusqu'à trois.

    ...

    SACHA GUITRY

    (...) Avec tout ce que je sais on pourrait faire un livre, tandis qu'avec ce que je ne sais pas on pourrait faire une bibliothèque.

    ...

    SACHA GUITRY

    J'ai été réformé.

    YVONNE

    Pourquoi ?

    SACHA GUITRY

    Pour cause de rhumatismes.

    YVONNE

    À votre âge ?

    SACHA GUITRY

    On a le droit d'être précoce ! J'ai déjà fourni une assez belle carrière de malade. Enfin, les rhumatismes, ça a le mérite de ne pas tuer son bonhomme. C'est un peu comme ma femme : ça énerve, ça fait mal, ça se déplace et ça ne part pas.

    YVONNE

    Vous parlez mal des femmes...

    SACHA GUITRY

    Je ne parlais pas des femmes mais d'une seule : mon épouse.

    YVONNE

    Eh bien, cela ne donne pas envie de vous épouser.

    SACHA GUITRY

    Qui cela tenterait-il ?

    Ils se regardent, troublés.

    YVONNE

    Et à part ça ? Question santé ?

    SACHA GUITRY

    Rien à signaler sinon que l'idée que je puisse être malade me rend malade. Je m'affole. Je m'y connais juste assez en médecine pour envisager le pire.

    YVONNE

    Ah ! Vous êtes un malade imaginaire ?

    SACHA GUITRY

    Non, un bien-portant imaginaire.

    ...

    SACHA GUITRY

    (...) Avant le mariage, c'est les petits mots. Pendant le mariage, c'est les grands mots. Après le mariage, c'est les gros mots.

    ...

    SACHA GUITRY

    J'aime tellement la langue française que je considère un peu comme une trahison le fait de cultiver une langue étrangère.

    ...

    YVONNE

    (...) Pourquoi m'humilies-tu en courtisant cette Lyonnaise ?

    SACHA GUITRY

    Il faut bien que je feigne de me lasser de toi afin de pouvoir, plus tard, faire semblant de ne pas te regretter.

    Yvonne vacille sous la détresse élégante que révèle cette phrase. Puis elle se ressaisit.

    YVONNE

    Oh, toi ! Tu es plus grisé par les mots que tu prononces que par ceux que tu écoutes.

    ...

    SACHA GUITRY

    On est vieux dès qu'on cesse d'aimer.

  • Bons baisers de la montagne de Noémie de Lapparent

    Éditions Pocket / Julliard - 158 pagescultute,littérature,livre,roman,premier roman

    Présentation de l'éditeur : Lasse de ses échecs professionnels et sentimentaux, "Péril Rouge", appelée ainsi pour sa chevelure flamboyante, décide d'accepter l'invitation à skier de ses cousins et part se ressourcer à la montagne. Au hasard d'une conversation, la Parisienne en mal d'aventures apprend l'existence dans les parages d'une sorte de sage qui vivrait reclus suite à un drame horrible et posséderait sur la vie des lumières extraordinaires dont il éclairerait les villageois qui viennent lui rendre visite. Incapable de résister à la tentation, Péril Rouge part à sa rencontre. L'ermite serait-il celui qui lui livrera le sens de son existence ?

    Ma note :

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    Broché : 18,50 euros

    Poche : 6,10 euros

    Ebook : 12,99 euros

    Grands caractères : 19 euros

    Un grand merci aux Éditions Pocket pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    S'il existe en cet espace un engouement immodérément prononcé pour les premières œuvres, il n'y a pour autant ni complaisance, ni aveuglement. Ce qui va être démontré, malheureusement pour l'auteur à laquelle il sera toutefois accordé certaines qualités...

    Si l'on se réfère aux autres critiques mentionnées ci-dessous à propos de cet ouvrage, un double constat s'impose : les médias encensent le livre, les lecteurs le descendent. Sans tomber dans la théorie complotiste à fort potentiel paranoïaque ou dans celle de la collusion commerciale, il est bien tentant de penser que Noémie de Lapparent semble bénéficier de relations à son avantage dans les milieux éditoriaux et médiatiques...

    Sauf que. Loin de la jaquette alléchante pleine de mystère et malgré des critiques d'un côté simpliste et peu fouillée se contentant de recopier vaguement le communiqué de presse (Le Monde) et d'un autre, tout ce qu'il y a de plus exagérément mensongère et généraliste pouvant s'appliquer à n'importe quel opus chick lit (Au féminin), c'est un peu le quasi néant.

    Pour rendre à César ce qui lui appartient, l'écriture de la novice incite le lecteur à aller jusqu'au bout de sa lecture - mais peut-on raisonnablement abandonner un livre de quelque 150 pages ?

    Pour le reste, la non héroïne arrogante et tête à claques qu'on n'aime même pas détester tant elle est franchement horripilante est tout bonnement insupportable. Elle se fout du monde, utilise les gens et leurs affaires comme ça l'arrange, les bousille - les gens comme les affaires ! - sans ciller et, crime de lèse majesté, elle déteste les chats ! Bref, elle est toxique, nocive, littéralement tu-ante.

    Et c'est sans compter sur le fait que ce personnage aussi impudent que grotesque est le prétexte à une histoire même pas loufoque mais absurde, truffée d'invraisemblances et d'une cruauté tellement gratuite que c'en est juste vilain mais nullement drôle, même pas dans le registre de l'humour grinçant.

    Quand à la dimension censément spirituelle, elle est souvent évoquée mais jamais vraiment définie. S'il faut condamner de bien des façons de pauvres être innocents pour satisfaire les caprices d'une garce insolente afin d'illustrer que les actions d'une personne ont, par ricochet, des répercussions sur d'autres, la démonstration est à mon sens grossière et laborieuse.

    Et enfin, last but not least, la question que se pose la protagoniste tout au long de l'histoire est certes révélée à la fin... mais elle n'a littéralement aucun sens.

    Ma dent est dure, j'en suis désolée pour l'intéressée, mais je ne trouve sincèrement aucune justification à ce choix éditorial.

    Ils en parlent aussi : Le Monde, Au féminin, Primprenelle, Laure.

    Vous aimerez sûrement :

    No et moi de Delphine de Vigan

    Les livres de Jonathan Tropper : Une dernière chose avant de partir, Le livre de Joe, Perte et fracas, C'est ici que l'on se quitte, Tout peut arriver

    Rainbow Warriors d'Ayerdhal

    Demain j'arrête ! de Gilles Legardinier

    L'Agrément de Laure Mézarigue

    Vacances anglaises, N'oublie pas mes petits souliers et S.O.S. de Joseph Connolly

    Les livres de Douglas Kennedy : Rien ne va plus, La poursuite du bonheur...

    En moins bien et Pas mieux d'Arnaud Le Guilcher

    Le dernier testament de Ben Zion Avrohom et L.A. Story de James Frey

    Peste de Chuck Palahniuk

    Les témoins de la mariée de Didier Van Cauwelaert

    D'amour et d'eau fraîche de T.C. Boyle

    Dieu est un pote à moi de Cyril Massarotto

    Interdit à toute femme et à toute femelle de Christophe Ono-dit-Biot

    À moi pour toujours & Les revenants de Laura Kasichke

  • Rentrée littéraire : Après l'amour d'Agnès Vannouvong

    après l'amour.jpgEn libraire depuis le 22 août 2013.

    Éditions Mercure de France - 202 pages

    Présentation de l'éditeur : "Héloïse m’appelle « ma belle surprise ». Elle a ses petits trucs, les balades à moto, un parfum addictif, des pièges à filles. Les cloches de l’église Saint-Eustache ponctuent toutes les heures nos étreintes. J’aime caresser la peau, son dos, ses bras durs, le sexe doux sous la langue, les soupirs, les sourires entre les baisers, les rires. Je l’adore et honore son sexe. Un souffle, une parole, un geste provoquent le rapprochement des corps. J’aime notre intimité. Je veux essayer toutes les positions, tous les rythmes. Après les orgasmes, elle se serre très fort contre moi, je suis perdue. M’abandonner serait une aventure, alors je glisse, indéterminée, ouverte à tous les possibles." Lorsque la narratrice se sépare de sa compagne Paola avec qui elle vivait depuis dix ans, sa vie bascule. Collectionnant les amantes, elle part à la recherche effrénée du plaisir et de la jouissance : de Paris à New York, de Rome à Berlin. Pourtant après l’amour, le manque est inéluctable. Dans cette ronde de la séduction, toutes ces Edwige, Garance, Éva, Delphine et autres conquêtes furtives prolongent l’absence de Paola… La rencontre avec Héloïse amorcerait-elle un tournant ? Mêlant brillamment romantisme et crudité, douceur et violence, Après l’amour est un roman sensuel et sexuel qui explore la fulgurance du désir féminin.

    Ma note :

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    Broché : 16,50 euros

    Ebook : 12,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Mercure de France pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Que reste-t-il après l'amour ?

    Juste après l'amour - le rapport physique s'entend -, il y a la joie, l'intimité de l'esprit et/ou du corps, le partage, la fuite parfois, l'apaisement, le repos, ou l'amour encore...

    Quand cet après signifie la séparation, il y a la déflagration, le post partum amoureux, le manque de l'autre, la solitude, l'affolement, le vide, la déréliction, le sentiment d'abandon, la difficulté à faire confiance, à aimer à nouveau, à être à nouveau soi-même, la panique, l'absence de la peau, du rire, du parfum, des habitudes, le sentiment que plus rien n'est possible, les larmes... Et puis la pulsion de vie, nécessaire et urgent affrontement de ces noces barbares avec soi-même !

    Ce sont toutes les facettes de l'après, du post-amour, qu'Agnès Vannouvong a voulu exprimer dans son tout premier roman, par le biais d'une trentenaire parisienne qui cherche à fuir le vertige de la perte de l'amour de sa vie, qui combat l'absence de l'être aimé en le comblant par un trop plein de corps, une multiplicité de rencontres, une cartographie amoureuse de bras en draps à l'échelle internationale. C'est une cavale frénétique, une véritable chasse à l'autre qui s'organise par le biais du numérique, des occasions professionnelles, du Paris by night, des hasards de la vie contemporaine propice aux amours en fibre optique.

    De la fuite en avant à la remise en question, ce sont toutes les étapes de la rupture qui sont explorées. L'auteur exprime avec authenticité, tendresse et ironie, cette quête identitaire, ce retour sur soi passant par l'enfance, le retour aux origines, ici marqué par un père absent, figure du choc entre l'Orient et l'Occident.

    Si cette ronde de la séduction qui finalement prolonge et redouble l'absence de l'autre est une stratégie assez courante de la vie amoureuse moderne, cette errance effrénée de liaisons éphémères autant qu'interchangeables est ici saphique. Car la figure centrale et solaire de ce kaléidoscope amoureux est homosexuelle.

    À l'heure du tant attendu mariage pour tous enfin proclamé et ayant révélé l'effrayante sous-jacence homophobe française qui ne demandait qu'à se déchaîner ; après la couronnement amplement mérité au Festival de Cannes 2013 de l'adaptation cinématographique par Abdellatif Kechiche de la magnifique bande dessinée de Julie Maroh Le bleu est une couleur chaude ; le premier roman d'Agnès Vannouvong s'inscrit dans la continuité de ces œuvres non militantes mais nécessaires pour expliquer, raconter et défendre l'alternative amoureuse et/ou sexuelle.

    Après l'amour met magnifiquement en évidence - puisque besoin est malheureusement - que l'amour, quel qu'en soit ses protagonistes, est universel. Et que la fin de l'amour est un déchirement partagé que l'on tente de surmonter bon an mal an, avec des stratégies parfois excessives, parfois maladroites, mais qui n'ont qu'un seul but : ne pas sombrer, se rassembler, déjouer les pièges de la mélancolie pour pouvoir aimer à nouveau.

    Cette peinture sentimentale de femmes indépendantes, intellectuelles, guerrières, modernes, qui vont de l'avant, n'est pas seulement un hommage à l'amour entre femmes, au désir féminin. C'est un hymne au désir, à l'amour tout court. L'érotisme fougueux qui se dégage de l'écriture nerveuse, incisive de l'auteur retranscrit avec une précision toujours élégante les codes des amours contemporaines sans lendemain qui s'apparentent aux modes de consommation convulsives de l'époque : immédiateté des désirs et de leur satisfaction, rapidité du sentiment de lassitude, zapping et nouveau cycle de consommation. Ce roman qui doit son titre au Goncourt 2007 Gilles Leroy (Alabama song), s'il n'a aucune ambition sociologique, s'inscrit pourtant à la perfection dans son époque et se fait l'expression juste de l'extrême contemporain dans sa vitesse et sa recherche de sens.

    Agnès Vannouvong signe une première œuvre aboutie, originale et percutante qui explore comme jamais encore l'amour au féminin pluriel. Le seul regret étant que ceux qui auraient le plus besoin de le lire - ces manifestants à œillères pour l'inégalité des droits - ne le feront pas...

    L'auteur parle de son livre.

    Ils en parlent aussi : Claire, Vanessa, Nathalie.

    Vous aimerez sûrement :

    Rainbow Warriors d'Ayerdhal

    Les chroniques de San Francisco d'Armistead Maupin

    Sang mêlé ou ton fils Léopold d'Albert Russo

    Vous ne connaître ni le jour ni l'heure de Pierre Béguin

    Une vie plus une vie de Maurice Mimoun

    Les arbres voyagent la nuit d'Aude Le Corff

    Et rester vivant de Jean-Philippe Blondel

    Petit art de la fuite d'Enrico Remmert

    La nuit ne dure pas d'Olivier Martinelli

    Un été de trop d'Isabelle Aeschlimann

    Dieu est un pote à moi de Cyril Massarotto

    L'amour sans le faire de Serge Joncour

    Juste avant le bonheur d'Agnès Ledig

    Les lisières d'Olivier Adam

    Le café de l'Excelsior de Philippe Claudel

    La Fresque d'Éliane Serdan

    La double vie d'Irina de Lionel Shriver

    Sashenka de Simon Montefiore

    Un été sans les hommes de Siri Hustvedt

    La Silencieuse d'Ariane Schréder

    Les déferlantes de Claudie Gallay

    Juste avant de Fanny Saintenoy

    Extraits :

    Ça se passe très vite. Paola me quitte. Je bascule hors d'une zone de sécurité. Je glisse et, déjà, je construis ma défaite. D'avance, je connais le prix de la séparation. L'absence de la peau, du rire, du parfum. Alors j'anticipe et accomplis les gestes de premiers secours. Vite, je me relève, je respire dans la vague, je me rassemble.

    Tu claques la porte, tu me regardes comme si c'était la dernière fois. On ne se reverra que chez le notaire. Tu vends tout, dans une apnée compulsive. Tu m'informes par courrier électronique de ta stratégie d'évidement. Tu construis un espace vide où l'air se raréfie. Les meubles seront bientôt trop grands pour nos deux petits appartements de solitude. Ils disparaissent les uns après les autres et déposent sur le parquet une légère trace de poussière. C'est bien connu, la séparation fait fondre les graisses et appauvrit économiquement. Elle dépossède des biens acquis et déprogramme la mémoire affective. Elle laisse sur le carreau, avec une boule d'angoisse plantée bien droit, dans chaque muscle. Tu ne tergiverses pas. Je ne résiste pas. Je suis surprise par la force de ta détermination. Dans ce bras de fer sans corps et sans parole, le royaume de l'affect est banni. Paola a l'élégance d'attendre la fin de ma thèse pour passer à l'action.

    ...

    Je fais comme si de rien n'était. Je ne sombre pas. Je n'attendrai pas que le bateau coule.

    - La force doit être relâchée du corps.

    Mon professeur prononce ces mots, à chaque cours. Le corps ne peut tout porter. Il faut apprendre à laisser derrière soi, délaisser, se délester.

    ...

    S'inventer une autre vie. Je n'échappe pas à l'entreprise de fichage. Je me suis transformée en commerciale du cul. Je me spécialise en vente par correspondance. La première difficulté est d'imaginer un pseudo. Je tape ma nouvelle identité fictive, Divine, j'amorce une opération séduction. Accrochez-vous, les filles, on va faire connaissance. Sur les photos, je suis saisie par la diversité des visages et des looks que j'identifie mentalement par famille : lesbiennes à mèche, façon Justin Bieber, lesbiennes lipsticks, baby dyke,  butch, trans. Je reconnais certaines filles, croisées dans les bars du Marais, après les séances chez mon analyste, rue Saint-Paul. Le Marais est un village, un Disneyland peuplé de Mickeys pédés ou de Minnies sans robe. Je m'y perds toujours un peu. J'aime surtout m'asseoir à une terrasse et contempler des corps sans cintre griffés de la tête aux pieds des modeuse croquant un falafel, des gays bodybuildés sapés en Fred Perry sortant de l'Usine ou des familles bourgeoises. La géographie du IVe arrondissement me rappelle un typographie sociologique que l'écran agrandit. Je clique. Je chasse. Ça me donne de l'espoir. Ça m'empêche de mourir de chagrin.

    ...

    - As-tu déjà participé à la Gaypride ?

    - Les luttes LGBT, la politique des identités, c'est bon pour les communistes ! Je n'ai jamais connu l'homophobie. En fait, je suis au fond du placard, donc au-dessus de tout soupçon. L'absence de contrariété est un gage de paix, disait Beau Papa.

    ...

    Je ressemble à une créature cyborg, reliée à son ordinateur, le téléphone dans une main, un verre de vin dans l'autre. Tout à coup, écrasée de solitude, j'ai un doute, une angoisse nocturne. L'amour se rencontre-t-il encore au coin de la rue ? La vraie vie est-elle virtuelle, dans la Toile, sur les réseaux sociaux ? Les mails à la place des lettres, les SMS pour les télégrammes. L'immédiateté. On claque des doigts. On peut tout avoir. Des vêtements plein les armoires, à peine essayés, des billets d'avion électroniques. Tout est à disposition. Quand commence l'histoire ? Que se joue-t-il derrière l'écran ? Les doigts basculent en azerty ou en qwerty. L'imagination s'emballe. Et souvent, la déception du corps réel.

    ...

    Le dimanche matin, elle m'emmène parfois prendre le petit déjeuner dans un rade de Saint-Ouen. On avale un petit crème et un croissant, parmi les maraîchers qui ont déjà attaqué les rillettes et le verre de rouge. Les habitués taillent la bavette avec Josée, la patronne qui tient le bar depuis vingt-trois ans. Elle rouspère contre une espèce qui a fait son apparition quand les usines ont fermé et qu'on les a vendues par parcelles de cent mètres carrés. Derrière les briques rouges, des lofts ou des ateliers d'artiste. On se croirait à Brooklyn Heights. Les couples bobos ont quitté la Petite Couronne et gênent maintenant l'entrée du bar avec les poussettes. Les marmots habillés chez Bonpoint piaillent au milieu des cagettes. La France cohabite.

    ...

    Contrairement à toi, je peux être dans une relation, je n'ai pas peur de l'engagement. Mais j'ai aussi besoin de mobiliser mon énergie pour me consacrer à ma carrière. Quand je t'ai recontrée, j'ai su aussitôt que j'allais avoir le ventre noué, j'ai su que tu ne resterais pas. Tu n'aimes personne et tu aimes tout le monde. Tu vas partir, retrouver ta vie. Lorsque je vais penser à toi, tout me sera insupportable, l'idée que tu puisses en aimer une autre, emménager avec elle, avoir un enfant. Je ne supporte plus la jalousie qui écrase chaque pore de ma peau et bouffe les cellules de mon cerveau. Tout compte fait, je te remercie de me quitter.

    ...

    - Depuis la séparation, je suis devenue l'ombre de moi-même. Celle qui quitte a toujours le mauvais rôle. Je ne me plains pas, mais pourquoi ai-je toujours envie de pleurer ?

    - Quand on était ensemble, je ne comprenais pas combien je t'aimais. Je ne savais pas quoi faire de cet amour. Il m'étouffait.

    (...) - Quand on reviendra ensemble, si on revient ensemble, je veux un enfant avec toi, un bel appartement, et t'aimer pour la vie.

    - Dis, on dormira encore ensemble ?

    ...

    - (...) J'éprouve ma solitude, je fais sans toi. (...) Le plus éprouvant dans tout ça, c'est se défaire des habitudes, la présence, l'odeur, le quotidien, les courses au supermarché, les repas, le vélo dans Paris, les vacances, les discussions après un spectable. Ce qui me manque le plus, c'est le sens du mot commun. (...) Quand on est connectée à une âme pendant dix ans, on a le temps d'inventer une histoire commune. Sais-tu comment on détisse les liens ?

    ...

    À douze ans, je lisais Camus et Sartre.

    ...

    La misère amoureuse conduit vers des régions désertiques. Je tombe dans un trou, une tristesse, une torsion de l'âme. Comment survivre à la froideur d'un tel désamour ?

    ...

    La scène me plonge dans l'effroi. Quelque chose s'est passé. C'est irréversible. Quelque chose a tourné. Je n'arrive ni à rester ni à partir. Me reviennent en mémoire les mots de Deleuze et Guattari : "On est devenu soi-même imperceptible et clandestin dans un voyage immobile. Plus rien ne peut se passer, ni s'être passé. Plus personne ne peut rien pour moi ni contre moi. Mes territoires sont hors de prise, et pas parce qu'ils sont imaginaires, au contraire : parce que je suis en train de les tracer." Je suis devenue une ligne, une flèche abstraite, une statue. Je suis sans territoire propre. Le bras de fer est perdu d'avance. C'est la fin et il n'y a plus d'armes pour lutter.

    ...

    Mourir de chagrin

    Le sexe n'y change rien. La désintoxication amoureuse a pour amis l'absence et la perception du temps.

    ...

    On s'habitue à la douleur, au silence, pas à l'absence.

    ...

    Dans six ans, j'aurai quarante ans, non, pire que ça, dans six printemps, j'aurai quarante ans. Je dois avancer, refaire ma vie, oublier. Les conquêtes, les nuits d'amour, la fuite ne font pas le poids devant la mélancolie. Je ne connais pas le dosage exact contre l'excès et le défaut d'amour.

    ...

    Les gens vous rassurent, ça va aller, ça va passer, tu es jeune, tu vas rencontrer quelqu'un d'autre, tu es belle. Les gens ne savent pas. Ils devraient se taire, se garder de ramener votre souffrance à leur expérience. Je me fous de leur avis, j'ai envie de distribuer à la cantonade des paires de claques.

    ...

    - Ce qui s'est passé entre nous, il faut s'en servir pour tenter de répondre à ce qu'on veut et à ce qu'on ne veut pas ou plus.

    ...

    Si je connais très bien les effets du manque, j'ai peur, car j'ignore le remède contre la puissance de l'étreinte.

    ...

    Il y a dans l'échange amoureux une transaction. Dans l'absolu, je voudrais que la plaisir fasse corps avec un réel, non soumis à des règles. (...) L'amour a un prix, il nous efface, il nous fait rêver jusqu'à la destruction de sa propre image.

    ...

    Mon corps a encaissé la douleur, le manque. Mon coeur a terminé sa cure de désintoxication. Je n'ai pas de larmes, la souffrance a tout séché, la mémoire s'est figée. J'ai tant lutté, charrié des vagues d'angoisses, des océans de cauchemars. L'absence m'a appris ce que veut dire la fin d'un amour, la vérité de cette fin. Elle m'a libérée d'un monde peuple fictions, de fantasmes, de chimères. Je grandis. Je refais ma vie. Je ne veux pas intervenir dans la structure narrative d'une histoire autre que la mienne.

    ...

    J'emporte une myriade de petits pains, des croissants, du chocolat, des tartes salées. Chez le marchand de quatre-saisons, j'achète une panière de fruits rouges. Chez le fleuriste, je prends un bouquet de roses. Soudain, j'ai conscience que mes gestes se répètent, que les situations sont identiques. Rencontre, baiser, petit-déjeuner. Pendant deux, trois semaines maximum. Un sentiment d'absurdité m'accable.

    ...

    - On les compte sur les doigts d'une main, les vrais amis, pas ceux qui vous prennent pour un bouche-trou comme dans la cour de récré, ceux qui vous appellent juste quand ils ont besoin, ceux qui disparaissent et réapparaissent comme si de rien n'était, ceux qui vous font faire le boulot et mettent leur nom sur la couverture, ceux qui viennent toujours dîner chez vous mais qui ne vous invitent jamais sauf pour leur anniversaire, ni ceux qui vous jugent, car eux, ils ne sont rien, juste des satellites autour d'autres satellites.

  • Quand nous étions révolutionnaires de Roberto Ampuero

    Depuis le 4 septembre 2013 en librairie.quand nous étions révolutionnaires.jpg

    Éditions JC Lattès - 492 pages

    Présentation de l'éditeur : Le récit s’ouvre sur le coup d’État d’Augusto Pinochet au Chili. Opposant à la dictature, le narrateur assiste à l’arrestation, la torture, et la mort de ses compagnons de lutte. En 1974, il s’exile en Allemagne de l’Est et rejoint rapidement un réseau de jeunes communistes. C’est là qu’il rencontre la fille du fameux révolutionnaire cubain Ulysse Cienfuegos (directement inspiré de Fernando Flores Ibarra, cacique de la révolution castriste, responsable de la mort de centaines de Cubains « contre-révolutionnaires »). Éperdument amoureux d’elle, il accepte de la suivre à Cuba pour y fonder une famille et enfin vivre l’idéal communiste. Exalté par l’idée de la révolution, dirigé d’une main de maître par son terrible beau-père, le jeune homme embrasse immédiatement la devise de Castro : la patrie ou la mort. Alors que son mariage bat de l’aile, il découvre petit à petit la face cachée du régime. Les membres de la famille Cienfuegos vivent dans l’opulence, le reste de la population est soumise au rationnement. Chaque frein administratif ou bureaucratique est réglé en un clin d’œil à la seule mention du nom de son beau-père. Son amitié pour Herberto Padilla l’éclaire sur les persécutions dont les intellectuels font l’objet. Mis au ban de la société castriste par son divorce, il découvre le quotidien des habitants de La Havane, les privations, le secret, le néant des jours. Se méfier de tous, lutter pour trouver un toit, un morceau de pain, surveiller ses actes, ses paroles, jusqu’à ses pensées, à chaque instant. Une seule obsession le guide, comme Reinaldo Arenas ou Zoé Valdès avant lui, quitter l’île, chercher la liberté, encore. Avec esprit, entre mélancolie et humour, Roberto Ampuero raconte la quête d’un idéal.

    Traduit de l'espagnol (Chili) par Anne Plantagenet.

    Ma note :

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    Broché : 22,90 euros

    Ebook : 15,99 euros

    Un grand merci à Entrée livre et aux librairies Decitre pour m'avoir, dans le cadre de l'opération "Coups de cœur des lecteurs", offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Que dire de plus quand le dernier roman de Roberto Ampuero, salué par la critique hispanophone et resté pas moins de vingt-quatre mois sur la liste des best sellers, incite le Prix Nobel de littérature Mario Vargas Llosa lui-même à prendre sa plume pour manifester à l'auteur son admiration ? Une lettre forcément bouleversante pour cet écrivain qui a choisi d'en faire l'introduction à son livre et dont voici l'extrait le plus touchant :

    Je t'écris ces lignes pour te féliciter pour ce magnifique témoignage littéraire qui m'a profondément ému. Cela faisait longtemps qu'un livre ne m'avait pas autant absorbé et bouleversé. C'est une description honnête, véridique et lucide de cette illusion que nous avons partagée, comme tant de Latino-Américains, avec la Révolution cubaine.

    Quand nous étions révolutionnaires - de son titre original Nuestros años verde olivo - est la narration spirituelle, mélancolique et humoristique de la quête d'un idéal, la chronique d'une désenchantement politique et amoureux.

    Par le prisme d'un jeune communiste Chilien qui lui ressemble en de nombreux points, opposant au régime dictatorial de son pays et en passe d'épouser la fille d'un cacique de la révolution castriste, Ampuero retrace la façon dont l'idéal révolutionnaire de liberté et de justice à Cuba s'est rapidement transformé en dictature corrompue à l'image de la Russie ou de la Chine populaire.

    Après son divorce qui met fin à sa vie opulente en total décalage avec la réalité de la population, le narrateur découvre une Havane où règne la censure, l'injustice, la violence et les persécutions. Désormais contraint pour survivre au mensonge, il conserve malgré tout ses illusions politiques et son intégrité, malgré les inévitables concessions pour sauver sa peau. Une obstination en forme de lueur d'espoir au cœur d'une réalité déprimante.

    Roberto Ampuero retrace fidèlement l'environnement cubain en se servant des figures et événements historiques emblématiques de cette époque traumatisante, sans jamais tomber dans le manichéisme ni le stéréotype. Avec force nuances et détails, il replace les comportements et les expériences dans leur contexte, parvenant même à préserver l'humanité des pires crapules. Servie par une galerie de personnages pittoresques, pathétiques, débrouillards et cyniques, l'ambiance lourde de l'histoire est ainsi allégée et la tension du lecteur peut se reposer grâce à des interludes croustillants. Ce livre splendide et enrichissant est promis à un bel avenir et s'inscrira à n'en pas douter dans le temps comme une référence à cette tranche d'Histoire.

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  • Rentrée littéraire : Outre-Atlantique de Simon Van Booy

    outre-atlantique.jpgDepuis le 21 août 2013 en librairie.

    Éditions Autrement - 216 pages

    Présentation de l'éditeur : « John avait trois ans de moins et il était fou d’elle. Mais après l’attaque de Pearl Harbor, elle s’était demandé ce qu’il adviendrait d’elle s’il était envoyé au combat. De l’autre côté de l’océan, l’Europe se consumait. » En France, c’est la guerre qui attend John. Son bombardier B-24 est abattu. Il échappe à la mort, erre dans la campagne ravagée, et fait une mauvaise rencontre : un soldat nazi, qu’il choisit d’épargner. À son tour, celui-ci sauvera une vie. Ces deux actes, comme en écho, se répercuteront des deux côtés de l’Atlantique, bousculant les destins. Outre-Atlantique est un jeu de dominos où opère toute la magie Van Booy : l’art lumineux, enchanteur, d’un incurable romantique, capable de nous faire sentir qu’au fond ce qui nous sépare n’est qu’illusion.

    Traduit de l'anglais par Micha Venaille.

    Ma note :

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    Broché : 18 euros

    Ebook : 14,99 euros

    Un grand merci à Entrée livre et aux librairies Decitre pour m'avoir, dans le cadre de l'opération "Coups de cœur des lecteurs", offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Derrière un titre traduit peu engageant qui n'évoque pas grand chose à l'inverse de l'intitulé original The illusion of separateness (L'illusion de la séparation), se cache un livre à la construction subtile. Tellement subtile qu'il est aisé de passer à côté et de ne pas accrocher. Mais à condition d'être concentré et de ne pas hésiter à remonter le fil des courts chapitres pour bien les relier entre eux, ce récit gigogne se révèle un véritable petit morceau de romantisme, de philanthropie voulant croire au lien entre tous les hommes. Sans doute un peu naïf, mais tellement tentant qu'on se plaît à le rêver vrai ne serait-ce qu'un instant.

    Il est important à mon sens de partir averti à l'assaut de cette lecture tant sa mise en place très graduelle - pour ne pas dire lente - peut s'avérer déstabilisante. La quatrième de couv' n'expliquant pas la règle du jeu, le récit peut laisser incrédule en faisant se suivre des textes et des personnages sans rapport apparent avant la moitié du livre. Mais une fois le principe intégré, le casse-tête n'en est plus un et tout se met en place avec force émotions : l'on comprend que ces manifestes étrangers les uns pour les autres ont, parfois par le hasard le plus fugace, tous un lien déterminant entre eux, un rôle interactif sur leurs destinées respectives.

    Au lecteur de reconstituer le puzzle, de remettre les pièces de ce jeu de construction dans l'ordre, au fil des flashback entre la Seconde Guerre mondiale, les années 60 et aujourd'hui, de la France aux USA en passant par l'Angleterre. Que les allergiques se rassurent ou les passionnés se détrompent, la guerre n'est ici qu'un prétexte à la coïncidence, il n'est nullement question de ses atrocités ni de réécrire des événements mille et une fois abordés. La pudeur est le maître mot de cette narration et prouve au contraire que la guerre peut aussi abriter des événements tendres et intenses.

    Construit autour de l'incontournable question des origines et de l'indispensable travail de mémoire, ce roman choral s'ouvre sur le portrait de Martin, nourrisson à l'époque de la guerre qui connaît un début d'existence chaotique. C'est en découvrant les portraits de Monsieur Hugo, d'Amelia, de John et de Danny que l'on comprendra pourquoi et comment ces destins sont tous connectés. À la fois délicat et humain, ce texte rappelle au lecteur que le moindre des gestes peut bouleverser des vies entières. S'il n'est pas à proprement parler un incontournable de la rentrée, il offre, à condition d'adhérer au principe, un agréable moment de lecture.

    Ils en parlent aussi : Nymeria, Aurélie.

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    La nuit de dure pas d'Olivier Martinelli

    Bloody Miami de Tom Wolfe

    Extraits :

    Nous sommes au monde pour réaliser que nos différences ne sont qu'illusion.

    Tich Nhat Hanh

    ...

    Martin était un bon fils. Il travaillait dur et s'occupait bien de ses parents. Il estimait ne rien avoir à pardonner. C'est ce qu'il annonça à sa mère en 2002 sur son lit de mort : "Mon amour pour toi sera toujours plus fort que la réalité."

    ...

    À l'arrêt, ses voisins lui jettent parfois un vague coup d’œil. S'il leur sourit, ils détournent le regard. Mais Martin aime bien penser qu'ils vont garder son sourire en tête pendant quelques pâtés de maisons - qu'il y a quelque chose de grand dans le moindre petit geste.

    ...

    Nos vies se mettent en scène à l'intérieur de nous.

    ...

    En sécurité au fond de mon lit, en équilibre fragile entre le sommeil et le rêve, ce que j'imagine me paraît tellement vrai - presque à ma portée -, tout est possible.

    ...

    Je crois que les gens seraient plus heureux s'ils disaient plus souvent ce qu'ils pensent. Dans un sens, nous sommes prisonniers du souvenir, des peurs, des déceptions - nous sommes définis par quelque chose et ne pouvons rien changer.

    ...

    L'amour est aussi une violence et il ne peut être défait.

    ...

    - Tu es très, très spéciale, tu le sais ?

    ...

    Après avoir donné à manger aux chiens, il a décidé d'aller fouiller dans des boîtes remplies de vieilles photos. Certaines le faisaient pleurer : il réalisait ce que ça signifiait d'avoir été un enfant.

    ...

    Je me demande comment nos corps vont changer quand nous allons vieillir. Et comment nous allons vivre ces choses qui ne nous sont pas encore arrivées.

    Dès notre retour à Sag Harbour, je vais inviter tous nos amis à une grande fête estivale ; je vais rire, les prendre dans mes bras. Ensuite, je monterai me coucher en tenant Philip par la main, je repérerai les chandelles à leur chaleur et les éteindrai une à une, exactement ce qui nous arrivera à nous aussi, le dernier souffle et puis plus rien - si ce n'est le parfum laissé par notre présence au monde, comme celui qu'on respire dans une main qui a touché des fleurs.

    ...

    Si cela ne doit pas arriver, c'est maintenant ; si cela ne doit pas être maintenant, cela arrivera quand même.

    ...

    Le premier mort de A. avait été une silhouette qui l'avait mis en joue sur la rive opposée d'une rivière. Ensuite, un garçon de son âge, abattu à bout portant, sa gorge se déployant comme deux ailes d'oiseau.

    Il avait fait ce qu'on lui avait dit de faire. Il aurait fait absolument tout ce qu'on lui aurait demandé. Il s'était abrité derrière le pronom "nous".