Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

04/09/2013

Rentrée littéraire : Preuves d'amour de Lisa Gardner

preuves d'amour.jpgÀ paraître le 2 octobre 2013.

Éditions Albin Michel - 431 pages

Présentation de l'éditeur : Jusqu'où iriez-vous pour protéger votre enfant ? L'affaire semble évidente lorsque D.D. Warren arrive sur les lieux : maltraitée par son mari violent, l'agent de police Tessa Leoni a fini par craquer et l'a descendu à coups de revolver. Pourtant, elle se mure dans le silence : pas un mot au sujet de son mari décédé, ni sur la mystérieuse disparition de sa petite fille de 6 ans qu'elle aime pourtant par-dessus tout... Que cherche-t-elle à cacher ? La coriace et désormais incontournable D.D. Warren mène l'enquête. Enceinte depuis peu, en duo avec son ancien amant et collègue Bobby Dodge, elle se retrouve plongée dans le sombre passé d'une femme finalement pas si différente d'elle, prête à tout pour sauver sa fille... Au cœur de ce suspense haletant, deux personnages féminins fascinants qui s'affrontent dans une course contre la montre pour la survie d'un enfant. Lisa Gardner franchit un cap avec ce nouveau roman, plus poignant que jamais.

Traduit de l'anglais (États-Unis) par Cécile Deniard.

Ma note :

culture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unis

Broché : 20,90 euros

Un grand merci à Entrée livre et aux librairies Decitre pour m'avoir, dans le cadre de l'opération "Coups de cœur des lecteurs", offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

En faisant connaissance avec l'auteur américaine Lisa Gardner - publiant également sous le nom d'Alicia Scott -, j'ai enfin compris pourquoi je ne lisais que peu de romans policiers ou de thrillers : à l'évidente condition que ces genres soient maîtrisés par leurs auteurs, leurs produits sont ce que l'on appelle désormais à tout vent des page turner. Celle ou celui ayant déjà passé une nuit blanche sur un livre comprendra mon sentiment à leur égard : ces bouquins que l'on dévore sont aussi usants que palpitants ! Pour les cycles de sommeil comme pour les nerfs. J'évite donc.

On l'aura compris, Preuves d'amour compte parmi ceux-là. Combinaison parfaitement maîtrisée des deux registres - l'enquête du polar et la tension psychologique du thriller -, il poursuit une série de six tomes entreprise par l'auteur mettant en scène la policière D.D. Warren dont deux des titres ont été primés : La fille cachée par le Prix Daphné Du Maurier du suspense en 2000 et La maison d'à côté par le Grand Prix 2011 des lectrices Elle policier.

Dans cet opus, Lisa Gardner confronte à sa désormais célèbre enquêtrice une autre femme également dans les forces de l'ordre mais victime tout autant que suspecte dans cette histoire. Au cœur d'une trame machiavélique et d'un suspense géré de main de maître dès les premières pages, l'alternance des points de vue est particulièrement saisissante et ne laisse d'autre choix au lecteur que d'être happé par le récit, d'attendre impatiemment les révélations.

Cette enquête originale mettant les nerfs à rude épreuve pose la question de savoir jusqu'où l'on peut aller pour ses enfants. Une interrogation fondamentale (et forcément très impressive sur le lecteur parent) qui n'est pas sans rappeler l'excellent Dîner d'Herman Koch, quoique beaucoup plus actif. Occasion pour l'écrivain de sonder la noirceur de l'âme humaine en jouant sur la fibre la plus sensible qui soit : l'amour filial. Elle pose en outre la question de l’ambiguïté des personnalités qui choisissent de combattre le crime : sont-elles totalement opposées à celles qu'elles traquent ou au contraire infiniment proches ? Les plus célèbres pyromanes ne sont-ils pas des pompiers ?

Loin toutefois de se contenter d'un polar-thriller modèle, construit au millimètre et extrêmement bien documenté sur les dernières avancées de la police scientifique comme tout bon auteur du registre qui se respecte, Lisa Gardner en profite pour partager ses observations et s'interroger plus profondément. Cette confrontation féminine lui permet d'analyser avec justesse à mon sens les rapports entre les femmes (leur manque de solidarité notamment) et d'évoquer la condition féminine, la difficulté à concilier vie professionnelle et privée, en l'occurrence par le prisme d'une mère célibataire et d'une farouche indépendante en passe de fonder une famille, dans un milieu professionnel plutôt masculin.

Sous bien des aspects en somme, Preuves d'amour est une véritable réussite, qui ne manquera pas de satisfaire les fidèles de Gardner et de convaincre les néophytes comme moi de découvrir ses autres livres, notamment de la série... Après un peu de répit s'entend, comme démontré précédemment !

Vous aimerez sûrement :

Avant d'aller dormir de S.J. Watson

La vie d'une autre de Frédérique Deghelt

À moi pour toujours & Les revenants de Laura Kasischke

658 de John Verdon

Mr. Peanut d'Adam Ross

L'arbre au poison d'Erin Kelly

Vengeances de Philippe Djian

Un passé en noir et blanc de Michiel Heyns

Rainbow Warriors d'Ayerdhal

Enfants de la paranoïa de Trevor Shane

Le blues du braqueur de banque de Flemming Jensen

Le livre sans nom d'Anonyme

Extraits :

Elle voulait faire entrer la scène de crime dans son ADN. S'imprégner des plus petits détails domestiques, depuis le choix des peintures jusqu'à celui des bibelots. Envisager le décor sous dix angles différents, le peupler d'une petite fille, d'un père dans la marine marchande et d'une mère dans la police. Ce lieu, ces trois vies, ces dix dernières heures. Tout se résumait à ça. Une maison, une famille, la collision tragique de plusieurs existences.

...

C'est pour ça que les hommes battent les femmes, évidemment. Pour démontrer leur supériorité physique. Pour prouver qu'ils sont plus grands et plus forts que nous et qu'aucun entraînement spécial n'y changera jamais rien. Ils sont le sexe fort. Alors autant se soumettre tout de suite et capituler.

(...) Plutôt crever que de me soumettre. Plutôt crever que de capituler.

...

Les hommes ne sont pas un problèmes pour une policière.

Ce sont les femmes qui essaient de vous dégommer, dès que l'occasion se présente.

...

Nous sommes si peu nombreuses sous l'uniforme qu'on pourrait imaginer une forme d'entraide. Mais les femmes sont bizarres. Toujours prêtes à s'en prendre à une de leurs semblables, surtout si l'autre est perçue comme faible, si, par exemple, elle a servi de paillasson à son mari.

...

Peut-être qu'en nous tous, la frontière qui sépare le bien du mal est plus mince qu'elle ne devrait. Et peut-être qu'une fois cette frontière franchie, il n'y a pas de retour en arrière possible. Nous ne sommes plus les mêmes.

23:05 Écrit par charlotte sapin dans Bio/autobiographie, Citation, Culture, Littérature américaine, Livre, Polar, thriller, roman noir | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it!

21/08/2013

Rentrée littéraire : Dans le silence du vent de Louise Erdrich

Sortie ce jour en librairie.dans le silence du vent.jpg

Éditions Albin Michel - 462 pages

Présentation de l'éditeur : Un dimanche de printemps, une femme est agressée sexuellement sur une réserve indienne du Dakota du Nord. Traumatisée, Geraldine Coutts n'est pas en mesure de révéler ce qui s'est passé à la police, ni d'en parler à son mari ou à son fils de treize ans, Joe. En une seule journée, la vie de ce dernier est bouleversée. Il essaie d'aider sa mère mais elle reste alitée et s'enfonce peu à peu dans le mutisme et la solitude. Tandis que son père, qui est juge, confie la situation à la justice et à la loi, Joe perd patience face à une enquête qui piétine et il décide avec ses copains de chercher les réponses de son côté. Leur quête les mène tout d'abord dans un lieu sacré, à proximité duquel la mère de Joe a été violée... Dans ce livre magnifique, comme dans le reste de son œuvre, Louise Erdrich parvient à mêler la tragédie, l'humour, la poésie et la grâce, pour restituer les sentiments et les émotions de ses personnages face à la violence dont tant de femmes sont toujours aujourd'hui victimes.

Traduit de l'anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez.

Ma note :

culture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unis

coeur.jpg

Broché : 22,50 euros

Un grand merci à Libfly et le Furet du Nord pour m'avoir, dans le cadre de l'opération "On vous lit tout", offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

Louise Erdrich est une romancière coutumière de la rentrée littéraire. Si certains habitués de cette période incontournable de l'édition agacent à force de remâcher - parfois si peu - leurs formules bien rodées, Erdrich, quant à elle, se réinvente et surprend à chaque nouveau livre. Tant et si bien que ce dernier roman, Dans le silence du vent, a obtenu en 2012 le National Book Award et intégré la prestigieuse liste des dix meilleurs livres de l'année.

Toujours fidèle à la communauté amérindienne par ses racines maternelles Ojibwe, Louise Erdrich évoque ici l'agression sexuelle d'une femme sur une réserve indienne. De ce jour, la victime prostrée et mutique, son mari et son fils confrontés à l'ombre de leur femme et mère, la vie bascule pour toute la famille, mais également pour la communauté.

Le père, juge, s'en remet à la justice et la loi, un système légal particulier aux Indiens établi par les Blancs. Joe, le fils de 13 ans, décide quant à lui de mener l'enquête de son côté et rêve de venger sa mère... Cet apprentissage dans la douleur, la souffrance tout autant que l'amitié, l'amour et la solidarité marquera la fin de son enfance.

Ces 480 pages du combat d'une famille explorent magistralement les sentiments et les émotions des différents personnages. Mais ce vibrant hommage à la culture amérindienne est avant tout un manifeste. De sa plume puissante et singulière, Louise Erdrich, l'une des figures emblématiques de la jeune littérature indienne et auteur contemporaine incontournable de la littérature américaine, érige une œuvre militante visant à dénoncer l'injustice du système judiciaire indien et la violence faite aux femmes. Une Indienne sur trois sera violée au cours de son existence, le plus souvent impunément (rapport Amnesty international de 2009). L'écrivain évoque également la perte de l'innocence et défend une vision de la vie où tout n'est toujours qu'un prêté pour un rendu...

Dans le silence du vent est un grand roman sombre et bouleversant, mêlant tragédie, humour et poésie, qui rappelle combien le sort cruel et injuste réservé jadis aux Indiens est loin, très loin, d'être une affaire classée, la cruauté actuelle n'étant que plus insidieuse. Le combat pour la réhabilitation de la dignité amérindienne est plus que jamais d'actualité et se fait urgent à l'aune des siècles de souffrance écoulés.

Un livre attendu en cette rentrée littéraire qui ne décevra pas les inconditionnels et saura convertir les néophytes. Un roman noir, oppressant et malgré tout plein d'espoir. Dans le silence du vent vient brillamment compléter une œuvre puissante, engagée et singulière. Du grand Erdrich.

Si ce livre est une sorte de croisade, galvanisée par la colère de l’auteur, c’est aussi une œuvre littéraire soigneusement structurée, qui une fois encore rappelle beaucoup Faulkner.

The New York Times

Lire un extrait.

Ils en parlent aussi : Cathulu, La caverne des idées.

Vous aimerez sûrement :

Le jeu des ombres, La décapotable rouge et La malédiction des colombes de Louise Erdrich

Mille femmes blanches de Jim Fergus

Seuls le ciel et la terre de Brian Leung

Celles qui attendent de Fatou Diome

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper Lee

La couleur des sentiments de Kathryn Stockett

Toute une histoire de Hanan el-Cheikh

Les saisons de la solitude de Joseph Boyden

Un fusil dans la main, un poème dans la poche d'Emmanuel Dongala

L'équation africaine de Yasmina Khadra

La plantation de Calixthe Beyala

Compartiment pour dames d'Anita Nair

Dis que tu es des leurs d'Uwem Akpan

Je ne suis pas celle que je suis de Chahdortt Djavann

Extraits :

Les femmes ne se rendent pas compte à quel point les hommes sont attachés à la régularité de leurs habitudes. Nous intégrons leurs allées et venues dans nos corps, leurs rythmes dans nos os. Notre pouls est réglé sur le leur, et comme chaque dimanche après-midi, nous attendions que ma mère mette nos pendules à l'heure du soir.

Et donc, voyez-vous, son absence a arrêté le temps.

...

Ma mère était une belle femme - je l'avais toujours su. Une évidence pour la famille, les inconnus. Clemence et elle avaient une peau café au lait et de superbes boucles brillantes. Minces même après leurs enfants. Calmes et directes, des yeux de battantes et une bouche de star de cinéma. Quand le fou rire les prenaient, elles perdaient tout dignité, pourtant, et s'étranglaient, grognaient, rotaient, respiraient fort, pétaient, même, ce qui les rendaient d'autant plus hystériques. En général, elles se faisaient tordre de rire l'une l'autre, mais c'était parfois mon père le responsable. Même là, elles étaient belles.

À présent je voyais le visage de ma mère gonflé par les coups, déformé et enlaidi.

...

Le Dr Egge a terminé sa phrase et d'un doigt a repoussé ses lunettes au sommet de son nez. Mon père s'est avancé vers le mur comme s'il allait le traverser. Il y a plaqué son front et ses mains et il est resté là, les yeux fermés.

Le Dr Egge s'est retourné et m'a vu, figé devant les portes. Du doigt, il a montré la salle d'attente. L'émotion de mon père, signifiait son geste, était un spectacle que j'étais trop jeune pour voir. Mais durant les quelques dernières heures j'étais devenu de plus en plus rebelle à l'autorité. Plutôt que de m'éclipser poliment, j'ai couru vers mon père et écarté le Dr Egge avec de grands gestes. J'ai jeté mes bras autour du torse mou de mon père, je l'ai serré contre moi sous sa veste, et me suis sauvagement cramponné à lui, sans rien dire, en respirant simplement à son rythme, en avalant de grands sanglots d'air.

Bien plus tard, (...) j'ai compris que c'était à ce moment-là que le Dr Egge avait décrit en détail à mon père l'étendue des blessures de ma mère.

...

De tout mon être, je voulais revenir au temps d'avant tout ce qui était arrivé.

...

Intéressant, a dit ma mère. Sa voix était neutre, solennelle, ni caustique ni faussement enthousiaste. J'avais cru que c'était la même mère, mais avec un visage creux, des coudes saillants, des jambes pleines de pointes. Pourtant je commençais à remarquer qu'elle était quelqu'un de différent de la maman d'avant. Celle que je considérais comme la vraie. J'avais cru que ma vraie mère ressurgirait à un moment ou à un autre. Que je récupérerais ma maman d'avant. Mais il m'est venu à l'esprit que cela risquait de ne pas arriver.

...

Je sais que le monde est loin de s'arrêter à la Route 5, mais quand on roule dessus - quatre garçons dans une voiture et que c'est tellement paisible, tellement vide à perte de vue, quand les stations de radio ne passent plus et qu'il n'y a que des parasites et le son de nos voix, et du vent quand on sort le bras pour le poser sur la carrosserie - on a l'impression d'être en équilibre. De frôler le bord de l'univers.

13:27 Écrit par charlotte sapin dans Citation, Culture, Littérature américaine, Livre, Polar, thriller, roman noir, Roman | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | | Pin it!

15/07/2013

Zalbac Brothers de Karel de la Renaudière

Éditions Albin Michel - 318 pagesculture,citation,littérature,livre,roman,thriller,finance,biographie,économie

Présentation de l'éditeur : New York, une très secrète banque d’affaires. Un jeune français venu de nulle part. Une héritière qui hésite sur son destin. L’histoire d’une ascension et d’une chute.

Dans la grande tradition de John Grisham, Karel de la Renaudière, un des directeurs d’une grande banque internationale, explore les coulisses de la haute finance et du pouvoir. Ce thriller captivant dresse un tableau à la fois fascinant et terrible de notre époque.

Ma note :

culture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unis

Broché : 20,00 euros

Ebook : 13,99 euros

Un grand merci aux Éditions Albin Michel pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre.

Zalbac Brothers est un premier roman. De quoi me mettre la puce à l'oreille et surtout l'eau à la bouche.

Écrit par l'un des directeurs d'une grande banque internationale, il est bien naturel qu'il s'agisse d'un thriller conduisant dans les coulisses de la haute finance et du pouvoir. Rien de tel que d'écrire sur ce que l'on connaît le mieux pour être au moins crédible. L'auteur s'identifie à son personnage et son parcours d'ailleurs de façon à peine voilée et il prête même le prénom de sa femme à son héroïne.

C'est donc l'histoire d'un jeune Français ambitieux venu faire fortune à New York et dont on assiste à l'ascencion défiant toute vraisemblance, la chute, les frasques amoureuses, etc.

Quoique le sujet et l'intrigue soient maîtrisés, Karel de la Renaudière ne parvient pas à rendre son récit réellement excitant. Il y a certes de nombreux rebondissements mais c'est assez manichéen et plutôt prévisible dans l'ensemble. Et bourré de poncifs. Là où le premier roman est promesse du charme d'un auteur qui a mis ses tripes dans ses mots, l'on ne voit ici qu'un assemblage scolaire de techniques rédactionnelles. L'écriture manque d'émotions, le style est direct, les chapitres sont courts, les phrases concises et les dialogues nombreux. L'auteur ne traîne pas sur le rythme (le temps, c'est de l'argent...), ça a un petit goût de bâclé et ça manque de consistance.

De plus, les personnages sont par trop caricaturaux : le Jean-til, le méchant, le pourri de Bercy, les vilains hedge funds américains, la blonde sulfureuse mais pas tête de linotte et évidemment riche héritière... Un vrai feuilleton à l'américaine !

Et puis, ce texte est le tableau tristement révélateur, le miroir assez fidèle du fonctionnement actuel de notre monde... En dépeignant ce détestable univers, l'écrivain enfonce une porte ouverte. Particulièrement en ces temps de vaches maigres, il est assez déplaisant d'être encore confronté sur son temps de détente à ses manieurs de gros sous et autres spéculateurs qui s'en mettent plein les poches sur notre dos. Il n'y a même pas la valeur ajoutée de la pédagogie puisque malgré la vulgarisation du secteur et de son jargon complexe auquel aucun non initié ne comprend rien à rien, on n'y voit pas plus clair sur toutes ces manipulations (magouilles ?). Cela dit, ça ne nuit aucunement à la compréhension. L'on joue l'indifférence à la lecture de ces passages et on ne fait de toute façon pas beaucoup d'effort d'entendement tant tout ceci est franchement boring.

Alors pourquoi ce roman ? Une envie de se déculpabiliser, de s'acheter une crédibilité comme l'auteur le dit lui même dans son texte ? Brosser la fresque d'un univers de requins tout en se donnant le beau rôle, ça manque passablement de crédibilité. Pour parvenir au sommet où il se trouve actuellement, il a bien fallu à Karel de la Renaudière jouer au moins un peu le jeu aux obscures et border line rules.

Bref, un récit un peu hypocrite qui n'en apprend pas tellement plus mais qui assurément renforce le dégoût qu'évoque cette sphère à tout un chacun. Pas évident de manipuler les lettres comme on le fait avec les chiffres... Sans compter que l'appellation thriller est un brin galvaudée puisque la seule hémorragie est financière. Ni meurtre, ni enquête, ce ne sont que complots, trahisons et vengeances.

Pour autant, on va facilement jusqu'au bout de cette histoire qui se lit aussi rapidement qu'elle s'oublie. C'est disons une lecture légère pour passer le temps sans trop réfléchir.

Ce titre évoque évidemment Tom Wolfe et Le bûcher des vanités ou dans le registre de la bande dessinée Dantès de Boisserie, Guillaume et Juszezak. Difficile de s'imposer aux côtés de telles références... Et pour les gens du milieu, la lecture doit être aussi jubilatoire que celle des gens de la pub à la lecture de 99 F de Frédéric Beigbeder mais pour les autres, les private joke et les dénonciations à peine déguisées sont insaisissables donc sans intérêt.

Ils en parlent aussi : CC Rider, Mika, Strummer.

Vous aimerez sûrement :

Jour de confession d'Alan Folsom

Un passé en noir et blanc de Michiel Heyns

Rainbow Warriors d'Ayerdhal

Les Revenants de Laura Kasischke

Enfants de la paranoïa de Trevor Shane

Bloody Miami de Tom Wolfe

Le blues du braqueur de banque de Flemming Jensen

Le livre sans nom d'Anonyme

Cosmopolis de Don Delillo

Ken Games de J. Robledo & M. Toledano

Alter ego de P.-P. Renders, D. Lapière et M. Reynès

Extraits :

Jean commence à comprendre qu'il évolue dans un univers où les apparences comptent. Les financiers ressemblent tous plus ou moins à Donovan, mais la plupart arrivent à le masquer par un humanisme de bon aloi. Une enveloppe aux oeuvres de charité par-ci, un concert de bienfaisance par-là, une vente aux enchères au profit de la recherche contre le cancer le jour, du mécénat auprès des jeunes artistes le soir. Par ce système, les puissants s'achètent une respectabilité.

...

La vérité, c'est que les projets de fusions qui nourrissent sa hiérarchie sont souvent tirés par les cheveux. Quand les stagiaires passent leurs journées à remplir des tableurs de chiffres et de graphiques, les types placés juste au-dessus s'angoissent pour trouver l'idée du siècle. C'est là que la bât blesse, car souvent, 1 + 1 n'est pas égal à 3, ni même à 2. Si Coca investit dans l'aluminium, vu sa consommation de canettes, tout va bien, 1 + 1 égale 2, voire 2 et demi. Mais quand un géant du maïs rachète une start-up en physique moléculaire transgénique, c'est moins évident. Mais qu'importe, quand les ennuis débarqueront, le banquier responsable de l'opération sera déjà loin. Ce qui compte, ce sont les deals. Ceux qui se font ou pas. Le sésame ? "Done deal !", c'est-à-dire "c'est fait, contrat signé !". Qui se souvient alors, dans l'euphorie de la nouvelle stratégie, que derrière la caverne se cachent souvent les quarante voleurs ?

...

Charmant et cultivé, il reconnaît lui-même qu'un Français éduqué aux techniques américaines sera le mieux placé pour faire la synthèse de la "task force", l'énergie à l'américaine, avec la "french touch", le petit supplément d'âme hexagonal.

...

- On est là pour rattraper tes conneries, reprend Donovan. La une de la presse, c'était pas l'idée du siècle ! Si tu veux étaler en public tes affaires de moeurs, il y a d'autres institutions pour ça. Le FMI par exemple !

01/07/2013

Les livres de l'année écoulée à lire cet été

1er juillet. Pour le plus grand nombre, les congés approchent, instants privilégiés tant attendus de repos et de plaisir... La lecture prend souvent en ces moments délicieux une place plus importante que le reste de l'année ; occasion donnée de rattraper son retard sur le programme littéraire des derniers mois écoulés.

Voici une liste, évidemment non exhaustive, des livres chroniqués ici-même qu'il ne fallait pas manquer, avec la part belle accordée aux merveilleux premiers romans. Et comme les vacances sont souvent synonymes de voyages au long cours imposant la nécessité de s'équiper léger, retrouvez très prochainement une sélection de poches à glisser dans vos valises et autres sacs à dos. Bonnes vacances et surtout, bonnes lectures !

 

Romans

Les lisières d'Olivier Adam

Une dernière chose avant de partir de Jonathan Tropper

Petit art de la fuite d'Enrico Remmert

La vie rêvée d'Ernesto G. de Jean-Michel Guenassia

L'amour sans le faire de Serge Joncour

Trois fois le loyer de Julien Capron

Juste avant le bonheur d'Agnès Ledig

Ce que je peux te dire d'elles d'Anne Icart

Les perles de la Moïka d'Annie Degroote

La silencieuse d'Ariane Schréder (premier roman)

Les arbres voyagent la nuit d'Aude Le Corff (premier roman)

Seuls le ciel et la terre de Brian Leung

Un été de trop d'Isabelle Aeschlimann (premier roman)

Rue des voleurs de Mathias Énard

Le jeu des ombres de Louise Erdrich

La Vallée des masques de Tarun Tejpal

À moi seul bien des personnages de John Irving

Comment trouver l'amour à cinquante ans quand on est parisienne (et autres questions capitales) de Pascal Morin

 

Biographies romancées ou récits biographiques

Beauvoir in love d'Irène Frain

La déesse des petites victoires de Yannick Grannec (premier roman)

Ciseaux de Stéphane Michaka

Cosima, femme électrique de Christophe Fiat

La rive sombre de l'Èbre de Serge Legrand-Vall

Jours heureux à Flins de Richard Gangloff (premier roman)

Moi, Jean Gabin de Goliarda Sapienza

 

Romances

Les quatre Grâces de Patricia Gaffney (premier roman)

Le châle de cachemire de Rosie Thomas

Une Île de Tracey Garvis Graves (premier roman)

Les roses de Somerset de Leila Meecham

 

Essais

Petit éloge du charme d'Harold Cobert

Une adolescence américaine de Joyce Maynard (premier roman)

Enig Marcheur de Russel Hoban

Vous ne connaîtrez ni le jour ni l'heure de Pierre Béguin (premier roman)

 

Polars, thrillers, romans noirs

Les accusées de Charlotte Rogan (premier roman)

Rainbow Warriors d'Ayerdhal

Enfants de la paranoïa de Trevor Shane (premier roman)

La mort s'invite à Pemberley de P.D. James

Un passé en noir et blanc de Michiel Heyns

 

Bandes dessinées & romans graphiques

Thoreau La vie sublime de A. Dan et Maxilien Le Roy

Un peu de bois et d'acier de Chabouté

Dessous de Leela Corman

La tectonique des plaques de Margaux Motin

Da par Baudoin

Blast de Manu Larcenet

 

Jeunesse & young adult

Lunerr de Frédéric Faragorn

Ferrailleurs des mers de Paolo Bacigalupi

La vraie couleur de la vanille de Sophie Chérer

Tu seras partout chez toi d'Insa Sané

13/06/2013

Bloody Miami de Tom Wolfe

Éditions Robert Laffont - 610 pagesboody miami.jpg

Présentation de l'éditeur : "Miami est la seule ville d'Amérique – et même du monde, à ma connaissance – ou une population venue d'un pays étranger a établi sa domination en l'espace d'une génération à peine. Je veux parler des Cubains de Miami. Ici, Nestor, un policier cubain, se retrouve exilé par son propre peuple pour avoir sauvé de la noyade un misérable émigrant clandestin de La Havane ; Magdalena, sa ravissante petite amie, le quitte pour des horizons plus glamour dans les bras d'un psy spécialiste de l'addiction à la pornographie ; un chef de la police noir décide qu'il en a assez de servir d'alibi à la politique raciale du maire cubain ; un journaliste WASP aux dents longues s'échine à traquer le scoop qui lui permettra de se faire une place à la hauteur de son ambition... et je n'évoque là que quelques-uns des personnages de Bloody Miami, qui couvre tout le spectre social de cette mégapole multiethnique. C'est un roman, mais je ne peux m'empêcher de me poser cette question : et si nous étions en train d'y contempler l'aurore de l'avenir de l'Amérique ?" Tom Wolfe

Ma note :

culture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unis

Broché : 24,50 euros

Ebook : 17,99 euros

Le Bûcher des vanités est probablement LE livre de Tom Wolfe. Érigé au rang de classique de la littérature américaine, ses quelque 900 pages m'ont pourtant laissée de glace.

Si la jeunesse et son lot d'erreurs m'ont vue finir coûte que coûte chaque livre que j'entamais, l'âge, la prise de conscience de ma non-immortalité et l'évidence mise à jour de ne pouvoir tout lire m'ont définitivement résolue à ne plus perdre de temps avec les navets (à l'aune de ma subjectivité esthétique littéraire, s'entend). Paradoxalement à cette philosophie de lecture, je suis pourtant allée au bout du pavé wolfien sur New York. Parce qu'il faut bien reconnaître au dernier dandy de la littérature américaine, en dépit de sa fâcheuse tendance à en faire des tonnes et à rallonger la sauce pesamment et inutilement, un sens affirmé de l'intrigue. L'envie de connaître le fin mot de l'histoire l'emporte sur le too much de l'écrivain.

Cette première rencontre littéraire en absolue demi-teinte méritait un second coup d'oeil pour avoir enfin un goût tranché pour (ou contre donc) l'écriture de Tow Wolfe. Occasion fut faite lorsque je me suis vue offrir (merci à qui de droit) le dernier pavé de cet admirateur et aspirant représentant du roman naturaliste (XIXe siècle ; Zola...).

Comme son nom l'indique, Bloody Miami se déroule au coeur de Magic City, Floride, réputée internationalement pour sa mer, ses cocotiers, son soleil à l'année, son pluriculturalisme, son bling bling richissime... Un éden touristique qui, sorti du plan carte postale, a néanmoins ses ghettos, sa violence, sa corruption, ses dérives, son communautarisme raciste, dans une atmosphère obsessionnelle des dieux Dollar et Sexe.

Et ce roman choral de narrer la dichotomie de cette ville qui entremêle, dans un tourbillon de rebondissements ubuesques, des destins qui n'avaient a priori d'autre latitude que la longitude pour se rencontrer...

De la sphère politique, médiatique et financière new yorkaise des eighties (Le bûcher des vanités) aux luttes de pouvoir et conflits raciaux d'Atlanta (Un homme, un vrai), en passant par les campus universitaires et la jeunesse en perdition (Moi, Charlotte Simmons), Tom Wolfe continue donc à Miami son portrait réaliste des États-Unis, tel le "secrétaire" de son époque comme il se définit lui-même, usant des mots de Balzac.

Plutôt que l'observation objective, attentive et précise des moeurs contemporaines, cette représentation personnelle semble davantage, au regard de l'usage pour le moins exagéré de poncifs et autres caricatures, l'expression critique outrancière du jugement de l'auteur, assumé dans la présentation de l'éditeur... Sans toutefois pouvoir être taxé d'apologie anti-immigration, le texte dénonce l'inexorable échec du melting pot au prétexte que toutes les communautés se détestent. Un incontestable parfum conservateur qui a fait polémique dans le propre pays de celui qui se targue d'être "le seul écrivain américain à être républicain".

Au-delà de ce parti-pris discutable et malgré un sens de l'intrigue accrocheur et des personnages consistants - bien que légèrement parodiques dans leur ambition symbolique -, Tom Wolfe affirme ses travers d'écriture. À l'instar du Bûcher des vanités, cent ou deux cents pages sont clairement superflues ; sans compter les effets de ponctuation et de répétition aussi lassants qu'inutiles ainsi que des descriptions si ce n'est insipides du moins loin du charme des naturalistes dont l'écrivain s'inspire.

Décrit comme sociétal, à mi-chemin du roman et de l'essai, Bloody Miami tient du miroir plus déformant que grossissant de la société moderne en général et américaine en particulier. Tom Wolfe est une voix littéraire certaine de l'Amérique. Mais il est surtout la voix d'une certaine Amérique. À mille lieues du regard qui me plaît tant dans la littérature américaine ; celui de James Frey par exemple. La nation états-unienne est certes "comme un grand corps en train de se déglinguer", mais la vision de Wolfe en forme de condamnation ressemble un petit peu trop à un système judiciaire sudiste réputé pour ses verdicts à la tête du client...

Et, malgré tout, Bloody Miami tient en haleine.

Schizophrénie américaine, quand tu nous tiens !

Ils en parlent aussi : Télérama, Les Inrocks, Isa.

Vous aimerez sûrement :

Le dernier testament de Ben Zion Avrohom et L.A. Story de James Frey

Une dernière chose avant de partir, Le livre de Joe, Perte et fracas, C'est ici que l'on se quitte, Tout peut arriver de Jonathan Tropper

Rien ne va plus de Douglas Kennedy

En moins bien et Pas mieux d'Arnaud Le Guilcher

Rainbow Warriors d'Ayerdhal

Extraits :

Miami Basel n'ouvrirait ses portes au public que le surlendemain... mais pour les gens branchés, pour les initiés, cela faisait déjà près de trois jours que Miami Basel était une débauche de cocktails, de dîners, d'afters, de soirées coke discrètes en petit comité, de baise à tout va. Presque partout, ils avaient de bonne chance de voir leur prestige amplifié par la présence de people - des grands noms du cinéma, de la musique, de la télé, de la mode, et même du sport - qui ne connaissaient strictement rien à l'art et n'avaient pas le temps de s'y intéresser. Tout ce qu'ils voulaient, c'était être... là où ça se passait. Pour eux et pour les initiés, Miami Basel s'achèverait à l'instant où le premier pied du premier paumé du grand public foulerait le hall d'exposition.

...

Ils se trouvaient dans le couloir d'entrée de ce qui ressemblait à une vieille maison particulière, confortable, mais sans rien de fastueux... près, mais pas au bord de l'océan... et certainement pas ce que Magdalena s'attendait à trouver dans l'un des restaurants les plus chics de Miami. Juste devant eux, un escalier, mais sans grandiose envolée incurvée de rampes et de balustrades. De part et d'autre, une porte en arcade... en arcade, mais une arcade que tout le monde aurait oubliée dix secondes plus tard... et pourtant, de l'une d'elles se déversait ce brouhaha bruyant de babillages et de bavardages, de cris perçants et de bassos profundissimos de rire, cet irrationnel ravissement des mortels qui savent être arrivés là où ça se passe. Tous ceux qui l'avaient déjà entendu, comme Magdalena à Art Basel Miami, reconnaîtraient désormais ce bruit à jamais.

...

Ils se trouvaient désormais, Norman et elle, à l'intérieur de la salle du ravissement. Des hommes et des femmes gesticulaient en tous sens pour souligner leur propos ou levaient les yeux au ciel sur le mode Je n'avais encore jamais entendu parler d'une chose pareille ou Mon Dieu, comment est-ce possible ?... et, surtout, riaient si fort que le monde entier ne pouvait ignorer que chacun d'entre eux sans exception faisait partie intégrante de cette assemblée exaltée de demi-dieux. Magdalena était entrée Chez Toi jurant à Vénus, Déesse de la Séduction, qu'elle resterait parfaitement détachée, et même distante, comme si elle pouvait, selon son bon plaisir, prendre ou laisser tous les hommes qui se trouvaient là. Et pourtant, malgré toutes ses bonnes résolutions, elle fut gagnée par l'irrésistible délire élitiste du lieu.

01:56 Écrit par charlotte sapin dans Citation, Culture, Littérature américaine, Livre, Polar, thriller, roman noir, Roman | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | | Pin it!