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23/07/2013

Dernières nouvelles du front sexuel d'Ariane Bois

culture,littérature,livre,nouvelles,sexe,érotiquel'Éditeur - 227 pages

Présentation de l'éditeur : Échangisme, sex toys, sites de rencontres coquines, épilation intégrale, couple à trois, amour sur internet, libido version bio... Tous les jours, nous sommes bombardés de conseils, de recettes, de nouveaux concepts concernant ce que nous avons de plus intime, notre sexualité. Nous serions censés tout essayer, même le plus ridicule, même le plus hard, afin de nous montrer modernes. Mais que se passe-t-il vraiment quand on décide d'adhérer à ces nouveaux diktats et de passer à l'acte ? Parfois graves, souvent drôles, pétillantes ou tendres, ces 80 chroniques à picorer nos plongent dans le monde très secret de nos grandeurs et servitudes sexuelles !

Ma note :

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Broché : 15 euros

Un grand merci à l'Éditeur pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre.

Avec un tel titre et pareille couverture, il est légitime d'envisager un contenu licencieux. De l'érotisme à la pornographie, il y a pourtant un fossé que nombre de lecteurs ne sont pas prêts à franchir. Qu'ils se rassurent, l'élégance suggestive de la photo choisie pour la jaquette, signée de l'incomparable Helmut Newton, annonce et tient la promesse d'une verdeur de verbe à mille lieues d'un ton obscène.

C'est donc un recueil de nouvelles que propose ici Ariane Bois, spécialisée dans les sujets de société, grand reporter de sa fonction. Et c'est bien là que le bât blesse...

Les quelque quatre-vingt chroniques abordent la sexualité contemporaine d'une plume analytique très (trop) journalistique, là où la tonalité littéraire aurait servi le genre, délicat à traiter, toujours sur la corde raide entre ridicule et vulgarité. Les textes sont d'ailleurs tellement courts - au maximum trois pages - qu'ils s'apparentent davantage à des articles qu'à des nouvelles. L'auteur reconnaît du reste s'être largement inspirée des témoignages de la presse féminine avec laquelle elle collabore. Si l'on ajoute à cela que les scènes truculentes, émoustillantes ou émouvantes escomptées sont en fait une succession de déboires, ratages et autres catastrophes de couples, trios ou autres combinaisons, l'on tombe carrément dans le voyeurisme pathétique.

Sous couvert donc de décrypter les moeurs sexuelles modernes et de dénoncer entre les lignes les oukases du dessous de la ceinture que beaucoup se contraignent, si ce n'est à adopter, du moins à essayer parce que c'est tendance, Ariane Bois livre des instantanés fadasses que l'on se lasse très vite de picorer. Certes, la plume aguerrie est précise, parfois espiègle, mais de manière générale assez froide, les saynètes plates et les chutes décevantes. Ni émotion ni excitation ne sont au rendez-vous, les libidos en berne le resteront après cette lecture.

Il y a fort à parier que l'auteur s'est beaucoup amusée à croquer les infortunes scrabreuses des convertis (soumis) aux diktats. Pour ce qui est du lecteur, il en va autrement. La ronde de personnages et de pratiques dépeintes induisent une inévitable identification. Est-ce suffisant, surtout quand elle remet en mémoire des personnes ou moments que l'on préfèrerait oublier ?

Malgré et peut-être à cause de l'évident parfum d'authenticité, l'ensemble manque définitivement de fantaisie, de piquant et est aussi ennuyeux que la routine. Disons qu'il rappelle si besoin était qu'entre certains fantasmes et la réalité, il y a un pas qu'il vaut souvent mieux ne pas franchir. Bref, Dernières nouvelles du front sexuel enfonce, mollement, une porte ouverte. Décevant.

L'interview de l'auteur.

Ils en parlent aussi : BookShellFairy, Laurence, Alfred.

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Le Séducteur de Richard Mason

Embrasez-moi d'Éric Holder

Extrait :

L'acte d'amour est toujours une confession.

Albert Camus

20:09 Écrit par charlotte sapin dans Citation, Culture, Littérature érotique, Littérature française, Livre, Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it!

06/06/2013

Speed fiction de Jerry Stahl

Depuis hier en librairie.speed fiction.jpg

13E Note Editions - 119 pages

Présentation de l'éditeur : L’histoire raconte que ce « cauchemar hyperréaliste » fut écrit en deux semaines dans une chambre d’hôtel parisienne. Ce court roman dépouillé des modes narratifs traditionnels, respire le vécu, la spontanéité et porte l’empreinte des maîtres de la beat generation : Kerouac pour la poésie et Burroughs pour l’ironie grinçante à base de substances prohibées. Sur un rythme haletant, l’auteur égrène des histoires dévastatrices, folles et parfois terrifiantes. Creusant profondément dans la psyché des plus atteints d’entre nous, explorant ses méandres les plus glauques, l’auteur en rapporte une vision implacable de la nature humaine. "Et maintenant que l'Amérique est affaiblie, (...) elle remplace pas des substances chimiques ce qu'elle est incapable de générer de manière naturelle. (...) Et puis, tu veux un chiffre sympa ? Trente-deux pour cent des écoliers et lycéens américains sont sous Adderall. Des apprentis speedomanes, comme c'est mignon ! Plus un rond pour leur instruction mais des tonnes pour qu'ils restent éveillés et débiles. Vive l'Amphétamérique !"

Traduit de l'anglais (États-Unis) par Morgane Saysana.

Ma note :

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Broché : 19,90 euros

Un grand merci à 13E Note Éditions pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

Fidèles à leur ambition de "rendre compte d’une certaine contre ou para-culture", de donner voix aux créateurs "réfléchis ou instinctifs, engagés ou indépendants, irrécupérables parce qu’inconsolables" forgeant "les mythes vivants et saignants du siècle de feu, de fer et de plastique dont ils sont les bâtards célestes", les Éditions 13E Note accueillent un nouveau morceau de choix de l'autobiographie transgressive de Jerry Stahl.

Speed fiction, véritable documentaire sur l'expérience de la substance prohibée, n'est ni l'ouvrage moralisateur d'un drogué repenti, ni l'apologie de la défonce d'un junky nostalgique. C'est une analyse clinique, une mise à nu enragée à la fois répugnante et fascinante, délicieusement subversive et horriblement dérangeante.

Si ma subjectivité accroche davantage à la vision du genre de Tony O'Neill dans Du bleu sur les veines, il faut concéder à Jerry Stahl une écriture à vif, une verve hallucinatoire exprimant à la perfection l'essence contradictoire de la défonce : cette intensité d'être à ce point aux portes de la Mort et au coeur de la Vie ; cette faculté de confiner l'esprit, la pensée, à la plus extrême lucidité tout autant qu'à la plus absolue illusion.

Ce livre est le verbe enfiévré, couché dans l'urgence et la déchéance, des états d'une âme révoltée. Ces textes courts, à la fois déballage spontané et pensée précise, narrent sur le ton de la poésie acide le saisissant "cauchemar hyperréaliste" de la dépendance, ses origines et ses conséquences. Derrière de terrifiants portraits individuels, c'est aussi la fresque d'une "Amphétamérique" inquiétante et aveuglée que vomit, littéralement, l'auteur.

C'est pas glorieux, c'est désenchanté mais que les âmes sensibles se rassurent, c'était avant que Jerry Stahl ne puisse plus résister à l'envie "d'essayer la drogue ultime, le sevrage. La plus grosse hallucination, c’est la réalité."

Bref, un texte à décourager toute pulsion stupéfiante... Sauf peut-être celle des aspirants écrivains n'entravant rien au sarcasme entre les lignes :

De jeunes auteurs qui lisent mes livres me demandent souvent comment on devient un écrivain comme moi. Je réponds : eh bien, détruis ta vie, trahis tes amis, perd tout ce que tu as, ruine ta santé, ne respecte pas la loi, vis dans la rue, et tu deviendras un écrivain, toi aussi. C’est un super-conseil pour des jeunes.

Ils en parlent aussi : Chris.

Vous aimerez sûrement :

Regarde les hommes mourir de Barry Graham

Flash ou le Grand Voyage de Charles Duchaussois

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Travaux forcés de Mark SaFranko

La nuit ne dure pas d'Olivier Martinelli

Demande à la poussière de John Fante

Sur la route de Jack Kerouac

Souvenirs d'un pas grand-chose de Charles Bukowski

Courir avec des ciseaux d'Augusten Burroughs

Sanctuaire et Le bruit et la fureur de William Faulkner

Extraits :

Si tu t'injectais la bonne dose, d'un coup, un calme olympien s'abattait sur le monde et tu étais comblé rien que d'être assis là, un filet de bave à la commissure des lèvres, aussi zen qu'un mioche hyperactif après sa première sucette à la Ritaline. Quand ça se produisait, jamais tu ne te disais : "Si je suis si positif et en osmose avec le cosmos, c'est juste parce que je suis sous amphétamines." Quand une drogue a l'effet escompté, tu n'as pas l'impression d'être sous son emprise. Tu es juste super-polarisé, vaguement au bord de l'orgasme. Corps et esprit étonnamment synchrones, usinant à deux cents à l'heure. À un poil de cul de la perte totale de contrôle, mais aux anges. Parfait-parfait-parfait.

CE QUE FAIT UNE BONNE DROGUE. C'est te laisser croire que tu vas éprouver ce sentiment de perfection jusqu'à la fin de tes jours. Puis te le reprendre aussi sec... T'arracher au confort d'une fun-car capitonnée pour te précipiter sur la bas-côté rocailleux. Réduire en charpie tes neuf cents pages de pensées foisonnantes. Te dé-Dorian-Gray-er la cervelle. Ce qui te fait passer de l'envie au besoin.

...

Tout ce que tu veux c'est un petit lopin de terre n'importe où, pourvu que tu n'aies plus à feindre de savoir comment on fait pour être humain.

...

(La plupart des gens ne sont pas finis. Une fois qu'on a capté ça, la vie ne s'en trouve pas forcément facilitée mais elle devient intelligible.)

...

Le calvaire de la conscience permanente.

...

Peut-être qu'en marchant à reculons assez longtemps, on peut défaire sa vie ?

...

Certains smurfers s'aspergeaient les yeux de nettoie-vitre pour donner l'impression qu'ils coulaient sous l'emprise d'une allergie virulente. Mais il fallait y aller mollo. Un peu trop de pschitt et mes pupilles se mettaient à saigner. De toute façon, je n'avais pas besoin de pulvériser quoi que ce soit puisque mes yeux étaient tout le temps humides, ce qui faisait de moi un allergique très convaincant. Le tout c'était de ne pas se forcer à éternuer. Question "atchoum", on ne la faisait pas aux pharmaciens.

...

Quand tu pactises avec le démon de la drogue, il t'enlève d'emblée la glande qui régule tes inhibitions.

...

(Sous meth, tu ne t'endors pas, tu t'écroules et tu tombes dans les vapes. Et quand tu tombes dans les vapes, tu ne te réveilles pas. Tu reviens à toi. Pareil avec l'héroïne. Une fois, sous héro, tu es revenu à toi debout devant ton frigo, que tu avais ouvert huit heures plus tôt. Sous speed, tu es revenu à toi en train de niquer, ça change.)

...

Faut-il s'étonner que la meth "maison" distillée au fond des baignoires te bousille l'odorat ? Si ton nez fonctionnait toujours, tu aurais la gerbe à cause du pot-pourri de miasmes humains, mais surtout des souris crevées sous le canapé. Les petits rongeurs non-avertis mangeaient les miettes de speed tombées au sol. Après quoi, ils se tapaient des pointes de vitesse et des bouffées d'euphorie, puis succombaient à de mini-crises cardiaques. Certains soirs, tu les entendais. Tu reconnaissais le couinement funeste. Alors tu imaginais Mickey Mouse se cramponnant à sa poitrine avant de rendre l'âme. (Cet enfoiré de Walt Disney n'était qu'une pourriture fasciste antisémite.) Au bout de deux ou trois jours, les fourmis engloutissaient leur pelage et les petits mammifères décimés revêtaient un air de bébés prématurés tout désséchés. Alors, d'un coup de pied, tu les planquais sous le canapé. Tu ne sentais pas leur puanteur. Tu ne sentais plus rien.

...

L'automutilation sous speed étant un sujet cher aux routiers américains, les allusions à cette épidémie d'irritation de la verge (...) ont fait leurs premières apparitions (...). Ces crétins finis se gaussaient au sujet des staphylocoques attrapés en se paluchant jusqu'au sang dans la cabine de leur bahut, cognant leur braquemart contre le tableau de bord, sur fond de bon vieux porno à l'ancienne du type Dark Brothers, au cours de leurs virées transaméricaines, entre Big Pine, en Californie, et Baton Rouge, en Louisiane.

L'Amérique, nation de Pruritains.

...

Sous speed, les souvenirs sont comme des enfants qui traversent en courant une rue très fréquentée, sauf qu'il n'y a pas assez de bagnoles pour tous les dégommer. Le passé ne cesse de s'immiscer dans le présent.

...

Mais Maya Deren. Elle a donné forme humaine à La Peur. La terreur existentielle. Une femme avec pour visage un miroir, de façon à ce que quand tu la regardes, tu te voies les yeux rivés sur toi-même. L'enfer, ce n'est pas les autres. C'est aussi les autres qui sont toi ! Elle s'est montrée plus sartienne que Sartre. Tu te rends compte à quel point c'est flippant ? Elle a fait du monde un endroit monstrueux... en le dépeignant comme un reflet du nous-mêmes.

...

Avec la bonne dose de speed, tu peux réécrire ton histoire personnelle et vivre dans le récit ainsi forgé. Rêver debout et éveillé.

...

Posons-nous la question : qu'est-ce que la vie en fin de compte ? La course d'un pauvre malheureux vers l'hélice tournoyante d'un avion.

On peut soit s'approcher lentement de cette hélice, soit gober un cacheton de Benzédrine pour aller si vite que le temps semblera infini. "Infini" : qui n'a pas de fin. Alors, on oubliera l'hélice. Comme si on ne devait jamais l'atteindre. Pourtant crois-moi, camarade, le speed t'y conduira sans faute. En vitesse.

23:56 Écrit par charlotte sapin dans Citation, Culture, Littérature américaine, Livre, Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | | Pin it!

28/01/2013

Dis que tu es des leurs d'Uwem Akpan

dis que tu es des leurs.jpgÀ paraître le 29 janvier 2013.

Books Éditions - 377 pages

Présentation de l'éditeur : Cinq histoires en forme d’hommage à la sagesse des enfants, à leur résilience face aux circonstances les plus terribles. Une famille vivant dans un bidonville de Nairobi s’affère pour trouver des cadeaux à l’approche de Noël. Une jeune fille rwandaise raconte le combat de ses parents pour maintenir les apparences de la normalité, alors que plane, grandissante, la menace du génocide. Au Gabon, Kotchikpa, 10 ans, et sa petite sœur, sont laissés à la garde de leur oncle Fofo, qui tente de les vendre comme esclaves. Deux amies d’enfance sont les otages d’un conflit religieux en Éthiopie. À bord d’un bus rempli de réfugiés – microcosme de l’Afrique d’aujourd’hui –, un garçon musulman compte sur sa foi pour réussir une dangereuse traversée du Nigéria. La prose d’Akpan décrit avec force et empathie la sombre condition de ces enfants d’Afrique, leurs difficultés et leurs visions du futur.

Ma note :

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Broché : 21 euros

Un grand merci à Books Éditions pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

Âmes sensibles, s'abstenir ! Si les nouvelles d'Uwem Akpan sont sous le signe des fables africaines, on est bien loin des Contes des sages d'Afrique d'Amadou Hampâté Bâ ! Les nouvelles proposées n'ont rien de légendes mais tout des contes de l'horreur ordinaire : pauvreté, conflits, prostitution infantile, misère, famine... Nombre des drames africains sont mis en scène du Rwanda à l'Éthiopie, en passant par le Nigeria, le Kenya et le Bénin.

Uwem Akpan réécrit de tristement célèbres événements comme le génocide rwandais ou encore l'affaire de l'Arche de Zoé en donnant la parole aux enfants d'Afrique. Le temps de cinq récits, il permet au lecteur de se glisser dans leur peau, de "voir, toucher, entendre, sentir et ressentir leur univers", ce monde hostile dans lequel ils naissent, grandissent parfois, meurent souvent, sont maltraités tout le temps.

L'auteur ne cherche pas à délivrer un message mais à provoquer des émotions ; défi qu'il relève haut la main. En narrant l'atrocité sur le ton de la banalité quotidienne, il peint une fresque horrifiante, dérangeante, troublante et, malheureusement, criante de vérité, du continent noir. La prose glaçante de ce prêtre jésuite fonctionne diablement et ce recueil a ceci de singulier que, loin des schémas éculés, il ne s'attarde pas une fois de plus sur les conséquences dramatiques de l'Histoire mais fait le portrait de cet ennemi qui est aussi intérieur. Un ennemi qui a le visage d'un parent, d'un voisin, d'un soldat, d'un rebelle, d'une religion, d'un fantasme et dont les premières victimes sont les enfants.

Des enfants dont les voix résonnent fort et longtemps. Jusqu'à quand ? Ce livre, érigé outre-Atlantique au rang de best-seller par la grande prêtresse de la télévision américaine Oprah Winfrey, ne changera certainement rien à cette affligeante réalité... mais le poids de mots d'Uwem Akpan a ceci d'incroyable qu'il rend à mes yeux la condition africaine davantage prégnante que les images choquantes matraquées sur le petit écran que l'on regarde souvent sans les voir vraiment. Et rien que pour ça, Dis que tu es des leurs est une lecture poignante utile, pour ne pas dire nécessaire, à notre incompréhension, notre indifférence occidentale.

Un recueil remarquable à découvrir, si tant est que l'on apprécie le format de la nouvelle et que l'on soit prêt à se lancer dans une lecture passablement déprimante.

Ils en parlent aussi : Émile Rabaté.

Vous aimerez sûrement :

L'équation africaine de Yamsina Khadra

La plantation de Calixthe Beyala

Un fusil dans la main, un poème dans la poche d'Emmanuel Dongala

Compartiment pour dames d'Anita Nair

Je ne suis pas celle que je suis de Chahdortt Djavann

Tu seras partout chez toi d'Insa Sané

Extraits :

Sache toutefois que notre Dieu, le Dieu que nous servons, est capable de nous sauver. Oui, Majesté, il nous arrachera à la fournaise et à ton pouvoir.

Et même s'il ne le voulait pas, sache bien, Majesté, que nous refuserons de servir tes dieux et d'adorer la statue d'or que tu as fait dresser.

Daniel 3, 17-18

...

On vous a enseigné quelle est la conduite juste que le Seigneur exige des hommes : il vous demande seulement de respecter les droits des autres, d'aimer agir avec bonté et de suivre avec soin le chemin que lui, votre Dieu, vous indique.

Michée 6, 8

...

Maintenant que Maisha, ma soeur aînée, avait douze ans, personne dans la famille ne savait comment la prendre. (...)

Maisha partageait plus avec Naema, notre soeur de dix ans, qu'avec nous tous réunis ; elle lui parlait surtout de ce qu'une fille des rues doit ou ne doit pas faire. Elle la laissait essayer ses chaussures à talons hauts et elle lui montrait comment se farder, utiliser du dentifrice ou se brosser les cheveux. Elle disait à Naema que si un homme la battait, il fallait fuir, même s'il lui offrait beaucoup d'argent. (...) Elle disait aussi qu'il valait mieux mourir de faim que d'aller avec un type sans préservatif.

...

La vie dans la rue avait beau être sans racines et sans valeur, les départs pouvaient vous briser le coeur.

...

- Quand ils te demanderont, dit-elle d'un air sévère, sans me regarder, dis que tu es des leurs, OK ?

- Qui ?

- N'importe qui.

...

Parfois, ils s'embrassent en public comme les Belges à la télévision, et ici on n'aime pas beaucoup ça. Mais ils s'en fichent.

19:25 Écrit par charlotte sapin dans Citation, Culture, Littérature nigériane, Livre, Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it!

02/09/2012

La salle de bains du Titanic de Véronique Ovaldé

culture,littérature,livre,roman,nouvellesEditions J'ai lu - 78 pages

Présentation de l'éditeur : "Elle aimerait revenir au printemps de ses six ans. Juste avant l'été des deux cachalots (ou des deux orques, ou des deux je ne sais quoi, des deux bestioles magnifiques et pourrissantes échouées sur la plage de Camerone). Avant l'été où le monde a changé sa révolution." Trois nouvelles pour un même gouffre. Un été sur une plage, une petite fille échappe à la surveillance de son père. Un homme en chemisette sort des dunes, il tient la fillette par la main et la ramène à sa famille. Soulagement, reconnaissance. Personne ne remarque l'immobilité et le visage de cire l'enfant. Véronique Ovaldé cerne au plus près, au plus juste, ce moment où la vie bascule.

L'on pourrait se dire a priori qu'un si petit texte est aussi vite oublié qu'il est feuilleté. Détrompez-vous ! Si ces trois micro-nouvelles qu'il faut impérativement parcourir dans l'ordre sont lues en un rien de temps, leur écho se prolonge. Longtemps.

La quatrième de couverture ne trompe pas. C'est d'horreur dont il est question, un drame annoncé, insoutenable, indicible. Et pourtant, Véronique Ovaldé, de sa plume infiniment poétique, insuffle de la magie dans l'atmosphère pesante de son récit en crescendo. Le contraste entre le style aérien et la cruauté des thèmes abordés est saisissant. De non-dits en digressions, tout est subtilement suggéré, le doute n'est pas permis et pourtant le mystère rôde. Là est toute la puissance de ce conte déguisé à la titraille faussement naïve. Une apparente candeur pour mieux vous enfermer dans la noirceur.

Vienna, personnage central de ces trois textes, est à l'image de ce Titanic évoqué dans le titre. Sera-t-elle insubmersible ou fera-t-elle naufrage ? De son introspection détachée, l'on oscille entre sa force et sa fébrilité. Et à chacun de le déterminer puisque la fin tombe comme un couperet. Comme ces moments où la vie bascule. Ces jours où.

La nouvelle est un exercice périlleux qui ne me satisfait que rarement. Force est ici de constater que Véronique Ovaldé y excelle en nous offrant une lecture entre les lignes, une écriture aiguisée. L'auteur démontre avec talent que la force d'une plume réside parfois dans les mots qu'elle n'écrit pas. De l'utilisation impressive des silences... Ce qui fait de ce livre une musique insolite, douce à entendre, même s'il nous joue la mélodie du déchantement inexorable de l'existence.

13:06 Écrit par charlotte sapin dans Culture, Littérature française, Livre, Nouvelles, Roman | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it!

10/08/2012

Rentrée littéraire : La décapotable rouge de Louise Erdrich

culture,littérature,livre,citation,nouvelles,rentrée littéraireA paraître le 3 septembre 2012

Editions Albin Michel - 412 pages

Présentation de l'éditeur : Dans l’œuvre de Louise Erdrich, le rêve peut surgir du quotidien, le comique tourner au tragique, la violence et la beauté envahir tout à coup un paysage banal. Rassemblées pour la première fois en deux volumes (La décapotable rouge et Femme nue jouant Chopin, à paraître prochainement), ces nouvelles publiées dans des revues littéraires et des magazines américains sont marquées par l’imaginaire sensuel et fertile d’un écrivain singulier. On y retrouve la genèse de ce qui a constitué, au fil des livres, l’univers de Louise Erdrich, de Love Medicine à La Malédiction des Colombes : le Dakota du Nord, le monde indien, un réalisme à la fois magique et poétique, la passion secrète qui habite ses personnages et la puissance d’évocation de ses histoires.

Je n'ai lu de ce recueil que les trois premiers textes. Les amoureux du genre et admirateurs de l'auteur retrouveront avec plaisir tous les éléments constitutifs de l'univers de Louise Erdrich.

Je ne suis, pour ma part, définitivement pas acquise à la cause de la nouvelle. Soit il est impossible en un trop court temps imparti de s'attacher aux personnages, soit, quand la magie opère, la frustration est au rendez-vous puisque le temps imparti est trop court. Sans compter qu'il est extrêmement difficile de construire un texte très réduit qui propose une intrigue captivante allant crescendo ; je trouve que bien souvent, les histoires sont sans réelle saveur et finissent en queue de poisson, abruptement et de façon décevante.

Hormis pour les inconditionnels du récit resserré, je ne saurais donc que conseiller d'accorder la préférence à l'excellent roman Le jeu des ombres à paraître concomitamment à ce recueil.

Extrait :

Grand-père secouait la tête, se souvenant des dates sans faits qui les accompagnaient, des noms sans visages, des événements hors du temps et du lieu où ils s'étaient déroulés. Il y avait des moments où j'arrivais presque à envier son hiver, car perdre la mémoire était une forme de protection, l'absolvant du passé, et maintenant il vivait paisiblement, sans culpabilité ni accablement.

11:07 Écrit par charlotte sapin dans Citation, Culture, Littérature américaine, Livre, Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | | Pin it!