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01/09/2013

Rentrée littéraire : Le roman de Boddah d'H. Guay de Bellissen

le roman de boddah.jpgDepuis le 28 août en librairie.

Éditions Fayard - 321 pages

Présentation de l'éditeur : D’ordinaire les amis imaginaires s’éteignent de mort naturelle, peu à peu négligés par ceux qui les ont inventés. Pas Boddah. Pendant les vingt-sept années de sa courte vie, Kurt Cobain n’a jamais cessé de s’adresser à son double. Dès lors, qui mieux que Boddah pouvait retracer le parcours de cette météorite trash que fut Kurt, entre musique, héroïne et amour fou ? Il fallait être un intime, tout voir et tout entendre, pour raconter le coup de foudre entre l'icône grunge et Courtney Love, pour retrouver, loin du public et des projecteurs, le jeune homme secrètement timide. Il fallait être un fidèle d’entre les fidèles, pour ne pas prendre ombrage de son mariage à Honolulu, au milieu des touristes obèses. Et un ami sincère pour discuter des nuits entières, oser le critiquer, et tenter de lui faire prendre conscience des réalités. Boddah fut tout cela. Et quand, épuisé par le désordre et les incohérences de sa vie, Kurt décida d’en finir, c’est à cette invisible mais éternelle âme sœur qu’il adressa sa lettre d’adieu. Alors Boddah témoigne de lui-même. Mêlant scènes réelles et imaginaires, conversations authentiques et dialogues inventés, Le roman de Boddah s’offre un narrateur omniscient d’un genre nouveau, témoin, confident, bonne et mauvaise conscience, Jiminy Cricket au milieu des guitares cassées.

Ma note :

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Broché : 19 euros

Ebook : 13,99 euros

Un grand merci à Libfly et le Furet du Nord pour m'avoir offert, dans le cadre de l'opération "On vous lit tout", l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

Le roman de Boddah n'est pas une énième biographie de Kurt Cobain. C'est l'histoire racontée par Boddah, ami imaginaire qui accompagna l'idole grunge durant les vingt-sept années de sa trop courte vie.

Quel meilleur narrateur que ce double omniscient ayant tout vu, tout entendu, tout subi, pour plonger au plus près de la vérité de cet homme érigé au rang de mythe ? Kurt Cobain entretenant un rapport schizophrénique avec cet autre lui, Boddah n'était pas qu'un témoin, il était à la fois confident, guide, censeur, conseiller et surtout bonne et mauvaise conscience, véritable Jiminy Cricket au milieu des guitares cassées. Au travers de son regard, l'on revisite ainsi de façon inédite la galère des débuts, le coup de foudre d'avec Courtney Love, les triomphes, les blessures du passé, les idées noires, la dépendance...

Durant 320 pages, Héloïse Guay de Bellissen réussit une prouesse littéraire qui ne laisse d'autre choix que de tourner les pages avec avidité. Et l'on a beau savoir comment l'histoire s'est terminée, l'on ne peut s'empêcher au fil du récit de croire que tout va aller, d'espérer que tout va s'arranger. Et d'être fatalement déchiré par cette chute déjà consommée.

L'auteur livre ici un roman biographique aussi original qu'extrêmement bien écrit, suscitant des émotions intenses à la mesure de l'existence du plus adulé des poètes trash. Un sale gosse au cœur tendre, un musicien de génie, une âme écorchée et torturée, un être profondément inadapté au monde qui l'entourait et dont la légende se perpétue un peu plus et avec brio grâce à ce magnifique texte qui saura ravir un public bien plus large que celui de ses fans nostalgiques.

Une valeur sûre parmi les 555 romans annoncés pour cette rentrée littéraire 2013.

Ils en parlent aussi : Sarah, Lilalivre, Sly.

Vous aimerez sûrement :

La nuit ne dure pas d'Olivier Martinelli

Cosima, femme électrique de Christophe Fiat

Madame Hemingway de Paula McLain

Accordez-moi cette valse de Zelda Fitzgerald

Ciseaux de Stéphane Michaka

La servante du Seigneur de Jean-Louis Fournier

Et rester vivant de Jean-Philippe Blondel

Madame Hemingway de Paula McLain

Beauvoir in love d'Irène Frain

La déesse des petites victoires de Yannick Grannec

Loving Frank de Nancy Horan

Je ne suis pas celle que je suis de Chahdortt Djavann

Extraits :

Créer un ami imaginaire, c'est un truc que font beaucoup d'enfants. J'ai un de mes potes qui m'a dit ça l'autre jour : "Les enfants nous créent et les adultes nous tuent, ça craint !"

On quitte une famille au moment où les gosses tombent dans la supercherie de la raison.

...

Voilà ce que je suis : je suis le produit imaginaire d'un gosse chétif né dans une ville de bûcherons nommée Aberdeen. Je suis le bon génie d'un orphelin de l'amour-propre, je suis le terrain vague d'un gamin sans jardin d'enfance, et qui a une balançoire à la place du cœur, je suis l'ami parfait parce que je ne peux pas baiser sa femme, je suis lui, et lui est moi. Nous nous appartenons. Nous sommes.

...

"Nous sommes Nirvana, et vous, vous êtes qui ?" Il recule et crache dans la foule. Ça tape dans les mains, et ça hurle en même temps. Un, deux, NIRVANA ! Ça siffle, ça bouge, le volcan gronde. Il fait chaud, les gens sont serrés les uns contre les autres, plus un mot compréhensible, c'est une meute, l'air s'est chargé en électricité, les filles montent sur les épaules des mecs, la foule vacille comme une gueule de bois géante, la scène s'illumine. Qui paierait pour être dans cette promiscuité étouffante ? Le monde entier. Il se tient là, au milieu de sept mille personnes, qu'il n'entend pas. Seul et terriblement habité. Sur scène, il est chez lui.

...

Nirvana, c'est l'accident, le trauma, une tornade organisée. Et malgré tout ça, tout se bordel, ils étaient carrés, ils donnaient ce qu'on attendait d'eux : de la vraie musique, un vrai pansement sur une vraie plaie, un instant créé pour mépriser le monde tout en créant le leur. Nirvana, c'était la flamme d'une bougie qui risquait de s'éteindre à tout moment et nous foutre dans le black-out le plus noir du monde.

Dans la fosse, ça sent la transpiration, les corps se laminent les uns les autres. Le lendemain, des bleus sur le corps. "Est-ce que ton mec t'a cognée hier soir ? Est-ce que tu as eu un accident de voiture ?" "Non, j'ai vu Nirvana."

On baisait en regardant leurs concerts. On baisait la terre entière, le monde de la musique, on baisait MTV, on baisait ses propres parents, et on se faisait du bien parce que au fond de nous on savait ce qu'on avait fait. En réalité, on avait fait l'amour.

...

La vie, c'est une histoire d'amour qui n'a rien à faire là. Et pourtant vous y êtes. Mais vous n'êtes pas à la hauteur. Vous connaissez des gens qui ne font pas de la merde avec leurs sentiments ? Moi, je n'aime personne, j'accompagne les autres. Vous, vous avez l'amour dans le sang. L'amour en vous dès la naissance, une sorte de malformation. Ensuite, après que le cordon est coupé, vous trouvez des pansements, vous vous servez des autres pour soigner votre maladie. Vous faites des enfants sans même penser que vous transmettez le virus dont vous n'avez pas l'antidote. Mais vous aimez, alors tout roule. Puis, vous vous rendez compte qu'aimer juste pour aimer n'est rien. Qu'il y a le reste autour, qu'aimer est une forme de travail à plein temps et que le temps vous est compté. (...)

On peut aimer différemment. Il faut défigurer l'autre pour le reconnaître. Faire saigner l'autre sans la douleur : lui faire dire qui il était petit, de quelle perte il guérit, de quelle évidence il provient. C'est comme ça qu'on tombe amoureux. C'est comme ça qu'on peut admirer l'autre : quand il se dévoile et qu'il est encore habillé.

...

Il n'était jamais le dernier pour la déconne. D'autant que partir en tournée, c'est le seul boulot où l'enfance est encore promise. À l'heure du dîner, la règle est de prendre de la purée à pleines mains et de l'envoyer à la tête de son voisin. Jeter toutes les culottes de Kim Gordon sur l'autoroute, une heure avant le concert où elle paraîtra en minijupe devant trois mille personnes. Être musicien, c'est ne jamais grandir, un sport que Kurt pratiquait comme un des beaux-arts.

...

Elle sort nue de la salle de bains, avec un air toujours déboussolé mais qui ne cherche pas son chemin, lui la regarde et lui chante une chanson en attrapant la guitare :

T'es belle comme une sirène à qui on a coupé la queue...

Et à qui on a recousu de belles jambes pleines de bleus.

...

Que Courtney réponde "okay" pour l'héroïne, ça allait renforcer leur lien, il en était profondément touché. Cette fois, ce serait un amour sans limites. Il pourrait se faire branler et prendre en plus de l'héro, cette nana était une bénédiction. Enfin une fille à la auteur de tous les accidents de la vie. Une fille blessée mais biberonnée au courage, une fille qui connaissait l'histoire du punk par cœur et qui était belle comme un désastre. En sortant pour la première fois depuis trois jours, il lui vint ces phrases en pensant à elle :

Regarder un fond d'un gouffre, y crier je t'aime et entendre un écho

tu dormais comme de l'eau, encore je pleurais comme de l'air

j'évaluais les dégâts à venir et dans les décombres de ce qui était de l'amour je me disais, sautons mais sans filet. C'est tellement confortable, crade et cool avec toi.

...

Nirvana, c'est à la fois le "No Future" des Sex Pistols et le "I believe in Yesterday" des Beatles. Kurt réussit à faire durer un cri parce que la vie est trop courte. Un hurlement que tout le monde retient depuis l'enfance et qu'il a eut la force de proférer.

...

- Je veux qu'on se fasse une promesse, dit Kurt.

- Laquelle ?

- S'il nous arrive un problème dans la vie, genre : si nous devons avoir un travail normal, toi caissière, moi marchand de tapis, ou bien si un des deux devient dingue et que l'autre reste normal... Attends, ou si un des deux commence à aimer la dance musique et veut bouffer des cheeseburgers, ou j'sais pas quoi d'autre, il faut que... j'en étais où, attends...

- Tu en étais si l'un des deux...

- Ah ouais, j'veux dire, je veux tout faire avec toi, tu vois. Je veux qu'on forme une équipe, et s'il nous arrive malheur, je veux qu'on sache prendre la bonne décision. Il faut que je te pose une question : tu as peur de crever ?

- Non, mais tout dépend, j'comprends rien, si je deviens caissière et que je mange des cheese, tu me quittes, c'est ça ?

- Mais non, mon ange, je veux qu'on se promette de tout vivre ensemble, de s'entraider et de savoir s'arrêter au bon moment.

- On a qu'à se fiancer.

- Super idée ! Tu as réponde à tout, c'est génial ! J'ai toujours voulu rencontrer une fille qui soit deux fois plus intelligente et moitié moins blasée que moi.

- Je suis ton homme, mon chéri !

- Tu me promets qu'on se tuera si on devient bidon ?

- J'te promets !

- J'déconne pas, tu sais ? J'suis super sérieux, jure-le-moi.

- Je le jure et je mettrai notre anneau sur ce doigt !

Elle tend son majeur.

...

La peur. Vous connaissez tous. Votre seule crainte, c'est de mourir et elle prend toutes les formes. Soyons francs : toutes vos luttes ne sont que des postures pour rester en vie.

...

L'inspiration. Tout le monde se demande comme font les artistes. Eh bien ils pillent dans la vie, ils plongent les mains à l'intérieur, en arrachent un cœur noir qu'ils polissent comme ils peuvent.

...

La folie. C'est tout ce qu'il vous reste après avoir épuisé l'ironie, le burlesque et l'amour.

...

Il aimait sa femme et sa fille plus que tout, plus que lui (ce n'était pas difficile), mais ça ne changeait rien. Il aimait les gens d'une manière viscérale parce que depuis toujours ses sentiments passaient par ses tripes. Et ses tripes étaient des tranchées en feu. Il s'était déclaré la guerre. Sa façon à lui d'être heureux, c'était de ne pas l'être. Et grand bien lui fasse, c'était souvent le cas.

...

Scrutant le corps de Kurt, elle se demande : comme un être aussi fragile et gauche peut contenir autant de cris, de possibilités d'espoir, de désespoir ? Tant de maladresses dans un seul homme, ce n'est pas humain.

...

Il regarde autour de lui : il est partout. Comme s'il avait explosé, giclé sur tous les visages. Les gamins ont sa coupe de cheveux, portent ses chemises à carreaux, des tee-shirts d'Iggy Pop et se défoncent. Il a croisé son double cet après-midi et maintenant il est le commandant d'une armée de paumés qui snifent de la colle. Son ventre bat la chamade. Il réalise ce qu'il est devenu. Son histoire a déteint dans leurs yeux, leur bouche et leurs veines. Il rejette les mains tendues avec l'envie de chialer. L'existence est redevenue une bonne dose de merde et il redevient fidèle à lui-même : triste à en crever.

...

"Personne ne connaîtra jamais mes véritables intentions."

...

Elle est prise d'assaut devant sa porte par un journaliste de l'Aberdeen Daily Word, à qui elle déclare en fermant sa porte :

"Je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas où aller pour me consoler."

21:47 Écrit par charlotte sapin dans Bio/autobiographie, Citation, Culture, Littérature française, Livre, Musique, Roman | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | | Pin it!

03/04/2013

Cosima, femme électrique de Christophe Fiat

cosima.jpgÀ paraître le 4 avril 2013.

Éditions Philippe Rey - 171 pages

Présentation de l'éditeur : Incarnation de l'héroïne moderne, Cosima fut tout à la fois femme adultère, épouse attentionnée, mère de famille hantée par la mort, femme d'intérieur et femme de tête. À l'étroit dans sa vie domestique, mais allant au bout de sa passion, elle fut la plus proche confidente de son mari, Richard Wagner, et dirigea avec poigne de Festival de Bayreuth jusqu'en 1930, année de son décès. Ainsi alla son destin, qui se mêle au destin artistique, intellectuel et politique de l'Europe dans son versant le plus flamboyant comme le plus tragique. L'histoire de Cosima s'achève sur l'avenir crépusculaire de la famille Wagner pendant la Seconde Guerre mondiale et l'effondrement du IIIe Reich. Ni autofiction, ni roman, ni essai historique, ce livre est un hommage à l'énergie des femmes et un portrait de biais de cette personnalité ambiguë, touchante ou détestable. Fidèle à son univers de fascination et de relecture critique des grands mythes du XXe siècle, Christophe Fiat signe là, dans son style incomparable, une reconstitution historique traversée du souffle épique qui emprunte à la vie artistique de l'Europe moderne autant qu'à la littérature ou au cinéma.

Ma note :

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Broché : 16 euros

Un grand merci aux Éditions Philippe Rey pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

Si l'éclectisme comme philosophie de vie se retrouve aussi dans ma bibliothèque, j'affiche malgré tout quelques préférences ; évolutives non parce que l'on se renie mais que l'on devient davantage soi avec le temps comme le disait justement Joyce Carol Oates. J'affiche ainsi un penchant maintes fois revendiqué pour les premières oeuvres - auxquelles j'ai même consacré une catégorie. Moins affiché - encore que - parce que cet attachement croissant est relativement récent, mon goût prononcé pour les romans biographiques ou biographies romancées, romans extrêmement bien documentés mettant en scène des personnages plus ou moins célèbres, s'inspirant largement des faits réels tout en s'autorisant des libertés narratives et permettant d'aborder histoire et culture générale de manière moins rigide, moins factuelle. Cosima, femme électrique est de ceux-là.

Après un ouvrage intitulé Héroines (actuellement indisponible) consacré à Courtney Love, Sissi, Wanda de Sacher-Masoch, Isadora Duncan et Madame Mao, femmes puissantes et provocantes chacunes à leur manière, Christophe Fiat profite de l'Année Wagner (2013 marque le bicentenaire de la naissance du compositeur allemand) pour rendre hommage à une autre femme d'envergure, Cosima, faisant un peu revivre, par le prisme de celle qui fut sa maîtresse avant d'être sa femme, l'un des plus grands génies de la musique classique européenne.

Parce que Cosima écrivit pendant la plus grande partie de sa vie des dizaines de cahiers personnels, l'auteur a naturellement choisi la forme du journal intime pour plonger le lecteur au coeur de l'existence, des pensées et des émotions de Madame Wagner.

Quelle femme ! Fille de Marie d'Agoult et de Franz Liszt (autre monstre sacré de la période romantique), d'abord épouse du chef d'orchestre Hans von Bulow, c'est aux côtés de Richard, envers et contre tous, que Cosima prit toute sa mesure. Couple fusionnel et passionné, protégés et financés par Louis II de Bavière, ils entretinrent des amitiés aussi prestigieuses que celle d'avec Nietzsche et fondèrent ensemble, non sans mal, l'immense festival lyrique de Bayreuth.

Entière et ardente, Cosima aima inconditionnellement Richard, de ses vertes années jusqu'à sa mort ; elle fut pour lui maîtresse, femme, amie, amante, confidente, un peu mère, surtout muse. Fervente et indéfectible admiratrice du génie de son mari adulé, elle donna à leurs enfants le nom des héros de ses oeuvres musicales. Bien que dévouée corps et âme à Wagner, elle se révéla mère attentive et protectrice à l'esprit de clan mais loin de se satisfaire de la place de fille de, femme de, mère modèle et au foyer, cette rebelle ambitieuse et intellectuelle se revela déterminée et avisée pour mener à bien le grand projet de sa vie : Bayreuth.

Comme toute médaille, Cosima avait son revers : un caractère bien trempé que certains n'hésitaient pas à qualifier d'odieux, des fragilités nées de sa relation à ses parents et de sa dévotion à Richard qui, tout génie qu'il fut, n'était qu'un homme... et surtout une haine de la France et un antisémitisme virulent qu'il faut, sans les excuser, replacer dans leur contexte.

Dans un style simple et direct, Christophe Fiat dresse, sur le ton de la confidence, un portrait fascinant de cette femme méconnue en dehors du cercle mélomane. Ce texte se lit avec un plaisir aussi intense que l'était cette femme atypique, évidemment accru par un fond musical que tout un chacun saura deviner sans qu'il soit besoin de le préciser...

Ils en parlent aussi : Camille de Joyeuse, Audrey.

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Alabama Song de Gilles Leroy

Accordez-moi cette valse de Zelda Fitzgerald

La déesse des petites victoires de Yannick Grannec

Loving Frank de Nancy Horan

Ciseaux de Stéphane Michaka

L'aimer ou le fuir de Delphine de Malherbe

Souvenirs d'un pas grand-chose de Charles Bukowski

Extraits :

Je me dis que, si les femmes sont indifèles, c'est parce qu'on les contraint à être fidèles, sinon, elles aimeraient leurs maris passionnément.

...

Dans un essai qu'il consacre au même moment à Beethoven, il dépeint la France comme un pays où les ravages de la mode et la décadence morale esthétique détruisent tout. La mode : il écrit que les classes supérieures ont cessé de donner le ton et laisse ce soin à la nouvelle classe des parvenus qui sont très important en nombre. La morale : il dénonce la démocratisation du goût artistique et prétexte que le peuple n'a rien à y gagner parce que le goût s'émousse. Il conclut que, si la mode a pris la place de la culture, le Français est certainement moderne car il domine la mode. Sur ce point, il rejoint Nietzsche, si ce n'est que le philosophe aime la pensée française, ce qui me pose problème.

...

Ça y est, la France capitule et j'exulte. Quel soulagement ! Richard parle de la suprême vertu virile qui manque aux Français : l'obéissance.

...

"Nous partons pour la place Saint-Marc où nous avons le plaisir d'un magnifique coucher de soleil ; le retour est merveilleux parmi les lueurs d'étoiles et le son des cloches. Et le soir R. conclut cette journée en nous lisant plusieurs scènes de Roméo et Juliette (scène du balcon, mort de Tybalt, le mariage, les adieux), nous sommes extrêmement émus, lui-même est en larmes. Mais qui pourrait jamais le décrire ou même le peindre quand il fait de telles lectures ? Son visage rayonne, ses yeux sont absents et brillent pourtant comme des étoiles, sa main est magique, au repos, en mouvement, sa voix a la douceur de l'être comme au travers des déserts.

21:16 Écrit par charlotte sapin dans Bio/autobiographie, Citation, Culture, Littérature française, Livre, Musique, Roman, Roman épistolaire, journal | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it!

13/12/2011

La nuit ne dure pas d'Olivier Martinelli

13e Note Editions - 266 pagesla nuit ne dure pas.jpg

Présentation de l'éditeur : Une trilogie racontée à la première personne, à tour de rôle, par chaque membre des Kid Bombardos, groupe français existant réellement. Les récits de trois frangins en quête d'eux-mêmes, la rage chevillée au corps et le rock'n'roll au bout des doigts... "J'ai su tout de suite que j'allais tourner mal. Le train filait droit vers moi. Il filait vite. Il filait droit... comme une chanson de Johnny Cash. Sa silhouette s'épaississait. Je me tenais là, tout près des rails, sur mes pieds douloureux à cause des Converse et de la longue promenade que je venais de faire en bordure de voie. J'allais me jeter devant lui et il m'emporterait. Il emporterait tout ce qui encombrerait ma tête. Terminus l'Enfer. Je ne voulais pas mourir de mort lente. Terminus l'Enfer. Tout ce que je méritais."

Je dois bien l'avouer - faut-il s'en cacher ? -, si je suis passée par différentes phases musicales, le rock n'a jamais vraiment pu bénéficier de mes faveurs. C'est donc peu enthousiaste et prématurément convaincue que je n'irais pas au bout de cette lecture que je me suis engagée dans le premier roman d'Olivier Martinelli. Un fucking roman.

99 % des références musicales - elles sont nombreuses - me sont inconnues à commencer par celles des Kid Bombardos, héros - malgré eux ? - de cette biographie et pourtant, j'ai chialé comme si l'on faisait éclater en boucle les notes d'une musique qui me secoue les tripes. Je n'ose même pas imaginer la puissance des ressentis pour ceux qui ont les mêmes références discographiques.

Ce "roman" - qu'ils disent - est une affaire de famille. Ca débute par une dédicace du frangin de l'écrivain, dans le genre frère avec un grand F qui te tire la larmiche en une page. Ca continue donc par le texte en lui-même en trois parties qui narre la vie des trois neveux de l'auteur (donc des fils de celui qui a écrit la préface, vous suivez ?) mais en utilisant le "je" comme si ce n'était pas l'oncle (le frère de monsieur prologue donc l'écrivain quoi, ok ?) qui parlait mais chacun des petits zicos. Et au final, c'est le premier bouquin de l'auteur qui a longtemps vu ses manuscrits classés sans suite, qui perce grâce au succès de ses neveux et qui est édité chez l'éditeur de son auteur favori - John Fante - découvert par l'entremise de son frère. Une histoire de famille, je vous mens pas.

Le tout, ça te percute, ça te transperce, ça t'éclate, ça te déchire. Bref, c'est puissant. Comme le dit la jaquette, c'est "l'instantané d'une jeunesse en quête d'absolu, de rock au vitriol et de cul tendre". Si un jour j'ai des gamins, je leur ferai lire ça au moment de l'adolescence parce que c'est une vrai message ce bouquin. Et que l'on aime le rock ou pas mais que l'on soit un peu (ou beaucoup) connaisseur en musique, la plume d'Olivier Martinelli est un vrai plaisir : mélodie, crescendo et decrescendo, pause, soupirs... Ca chante, ça vit et ça résonne longtemps après le point final.

Extraits :

Ils se la jouaient rebelles par procuration. Ils étaient pitoyables. Ils avaient lu un jour que les rapeurs adulaient Scarface. Alors, ils s'y étaient mis eux aussi. Ils oubliaient un truc. C'est que chacun truc d'eux avaient un sacré parachute derrière, des parents qui assuraient et assureraient davantage en cas de coups durs... des parents comme les miens.

...

"Les filles c'est comme ça, même si elles sont plutôt moches, même si elles sont plutôt connes, chaque fois qu'elles font quelque chose de chouette on tombe à moitié amoureux d'elles et alors on sait plus où on en est."

J.D. Salinger

15:03 Écrit par charlotte sapin dans Bio/autobiographie, Citation, Culture, Littérature française, Livre, Musique, Roman | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | | Pin it!

16/05/2011

Brassens ou la liberté de Clémentine Deroudille et Joann Sfar

Editions Dargaud - 322 pagesbrassens ou la liberté.jpg

Présentation de l'éditeur : À l occasion de l'exposition consacrée à Georges Brassens qui se tiendra à la Cité de la musique, les deux commissaires, Clémentine Deroudille et Joann Sfar, réalisent un livre événement. Articulant textes, illustrations et très nombreuses pages de bande dessinée, cet imposant ouvrage est tant la biographie ultime de Brassens que le catalogue augmenté de l'exposition, puisqu'il présente des documents inédits des photos, des manuscrits, etc. exhumés pour la première fois depuis la mort du chanteur en 1981. Joann Sfar s'est emparé de cette somme extraordinaire pour dessiner l'oeuvre, la vie et la philosophie du grand chanteur populaire qu est toujours Georges Brassens.

A tous les amoureux du célèbre libertaire que le succès dérangeait, voici LE livre à vous offrir (ou vous faire offrir). Une documentation riche, de nombreuses photos, des illustrations croustillantes de Sfar... Tout est réuni pour se (re)plonger avec délectation dans la fascinante existence et la pensée hors norme de cet homme extra-ordinaire. Ses idées - parfois dérangeantes, souvent contestées - restent un terreau fertile à la remise en question de la société et de l'âme humaine. Un poète, un penseur, un trublion à (re)découvrir de toute urgence.

Extrait :

Chez les écrivains que j'ai aimés, je les ai aimés parce que ce que je trouvais chez eux je l'avais déjà en moi et je l'ignorais (...)

09:38 Écrit par charlotte sapin dans Bande dessinée, Beaux livres, Bio/autobiographie, Citation, Culture, Expos, Livre, Musique | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | | Pin it!

15/12/2010

Fugue d'Anne Delaflotte Mehdevi

Gaïa Editions - 327 pagesfugue.jpg

Présentation de l'éditeur : Madeleine s'enfuit de l'école le jour de la rentrée. Sa mère, folle d'angoisse, crie son nom le long de la rivière. L'enfant est saine et sauve, mais Clothilde y perd la voix. Sa voix du quotidien, sa voix de mère, de fille, d'amie et d'amante lui fait désormais défaut. Clothilde consulte, se refuse aux traitements, se heurte à l'incompréhension de tous. Et, contre toute attente, prend des cours de chant. La voix chantée de Clothilde est belle, sublime même. Passionnée de musique depuis l'enfance, comment pourrait-elle se détourner de ce talent qui affleure ? Un portrait de femme d'une tonalité bouleversante.

Voici un roman qui ravira les mélomanes. Si j'ai craint, a priori, de lire un écho de La vie d'une autre de Frédérique Deghelt, où, au lieu de mémoire, c'est cette fois-ci la voix qui péchait, il n'en est rien. Ce portrait de femme est exécuté tout en douceur pour nous rappeler qu'il faut écouter son corps, qui se fait parfois le messager du coeur.

10:19 Écrit par charlotte sapin dans Culture, Littérature française, Livre, Musique, Roman | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it!