09.11.2009

L'Ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon

Editions Grasset - 637 pageszafon.jpg

Quatrième de couv' : Dans la Barcelone de l'après-guerre civile, "ville des prodiges" marquée par la défaite, la vie est difficile, les haines rôdent toujours. Par un matin brumeux de 1945, un homme emmène son petit garçon - Daniel Sempere, le narrateur - dans un lieu mystérieux du quartier gothique : le Cimetière des Livres Oubliés. L'enfant, qui rêve toujours de sa mère morte, est ainsi convié par son père, modeste boutiquier de livres d'occasion, à un étrange rituel qui se transmet de génération en génération : il doit y "adopter" un volume parmi des centaines de milliers. Là, il rencontre le livre qui va changer le cours de sa vie, le marquer à jamais et l'entraîner dans un labyrinthe d'aventures et de secrets "enterrés dans l'âme de la ville" : L'Ombre du vent.

Difficile de ne pas être subjugué par ce chef d'oeuvre. L'intrigue parfaite est agrémentée d'une richesse lexicale exceptionnelle et d'une infinie poésie, véritable pied de nez aux ténébres fantastiques de la trame et aux sombres âmes des mystérieux protagonistes. La tendresse se mêle à la haine. La joie à la peine. La littérature à la vie. Non seulement le talentueux narrateur vous emmène là où vous n'auriez jamais envisagé aller mais de surcroît, le roman se déroule jusqu'à son paroxysme non pas tel que vous l'auriez souhaité mais tel que vous n'auriez jamais souhaiter l'imaginer ou tel que vous n'auriez jamais imaginé le souhaiter. Tenter d'en dire plus ne serait que faire affront à l'indicible talent que je suis ravie de compter parmi mes références littéraires.

En un mot : lisez-le. Ceci n'est pas une exhortation à lire ce bijou littéraire mais une recommandation faite avec ferveur.

06.11.2009

Kiki de Montparnasse de Catel & Bocquet

kiki.jpgEditions Casterman - 374 pages

Scénario : José-Louis Bocquet - Dessin : Catel

Quatrième de couv' : Jamais Kiki ne fera la même chose trois jours d'affilée, jamais, jamais, jamais !

Présentation : Dans le Montparnasse de bohème et de génie des années 1920, Kiki réussit à s'extraire de la misère pour devenir l'une des figures les plus charismatiques de l'avant-garde de l'entre-deux-guerres. Compagne de Man Ray auquel elle inspirera ses photos les plus mythiques, elle sera immortalisée par Kisling, Foujita, Per Krohg, Calder, Utrillo ou Léger. Mais si Kiki est la muse d'une génération qui cherche à évacuer la gueule de bois de la Grande Guerre, elle est avant tout une des premières femmes émancipées de ce siècle. Au-delà de la liberté sexuelle et sentimentale qu'elle s'accorde, Kiki s'impose par une liberté de ton, de parole et de pensée qui ne relève d'aucune école autre que celle de la vie...

Grandeur et décadence de LA muse des années folles. En effet, de son vrai nom Alice Ernestine Prin, Kiki, tour à tour chanteuse, danseuse, gérante de cabaret, peintre et actrice de cinéma, fut surtout l'égérie et l'amante des plus grands artistes de l'époque (Soutine, Modigliani, Picasso, Cocteau, Breton, Eluard...) qu'elle réunit dans son giron, passant ainsi de la petite bâtarde miséreuse provinciale à la Reine de Montparnasse... Avant de mourir seule, décatie, ravagée par la drogue et l'alcool (une fin aussi abrupte que la façon dont elle est traitée dans l'ouvrage : seulement 10 pages sur presque 400 !).

Bien plus qu'un grand destin retracé, ce livre est également un premier pas dans l'histoire de l'art de cette époque. Entre Dadaïstes et Surréalistes, les noms célèbres défilent mais il faudra, pour en savoir davantage, se reporter aux biographies de fin d'ouvrage ou à d'autres sources puisqu'ici, les maîtres ne sont pas appréhendés dans leur être, leur profondeur ou leur art, mais uniquement dans leur rapport, parfois furtif, d'avec Kiki.

Mais ce livre est avant tout le cri d'une femme. Le cri d'une femme qui veut exister dans une époque qui le lui interdit. Le cri d'une femme qui doit se vendre pour survivre. Le cri d'une femme qui jusqu'au bout, même abandonnée, ne de départira jamais de sa gouaille.

Seule erreur à mon avis, celle de traiter l'ouvrage en noir et blanc. L'on peut en effet s'interroger sur ce choix de la forme alors que le fond nous parle de photo, de peinture.

Au final, ça se lit bien mais ce n'est pas un incontournable. Disons que c'est une bonne ébauche pour ceux qui voudraient en savoir davantage sur cette époque. Artistique or not.

05.10.2009

Le Chat du Rabbin de Joann Sfar

Editions Dargaud

Tome 1 : La Bar-Mitsva, préface de Eliette Abécassis

Tome 2 : Le Malka des Lions, préface de Fellag

Tome 3 : L'Exode, préface de Georges Moustaki

Tome 4 : Le Paradis terrestre, préface de Jean "Moebius" Giraud

Tome 5 : Jérusalem d'Afrique, préface de Philippe Val

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Présentation de l'éditeur : Pendant félin de Socrate le demi-chien, le Chat du Rabbin essaye de répondre à une question fondamentale : peut-on apprendre la torah à un chat, fut il doué de parole ? La réponse est une fable savoureuse, d'une intelligence rare qui réjouira les amateurs d'Orient, de jolies femmes et de métaphysique. Sfar, qui est né lui-même dans une famille juive, met en scène une communauté juive du début du XXe siècle, à Alger. Dans un décor luxuriant de tissus, carrelages et tapis orientaux, il plante un héros qui semble sorti d'une poubelle : un chat écorché, anguleux, l'air d'avoir avalé un sac de clous - hilarant. Têtu comme une bourrique et pas toujours avenant (bien que capable de tendresses renversantes), il a aussi avalé ce qui se fait de mieux en matière de raisonnement vicelard, thèse, antithèse, etc. Le résultat est une sorte de conte initiatique d'une grande beauté, où l'on apprend bien des choses sur l'usage de la parole, de la vérité et du mensonge. Une merveille de subtilité, d'émotion et d'ironie.

Quand on commence par le vrai commencement que d'aucuns zappent souvent, l'on espère que la suite sera aussi délectable que les excellentes préfaces.

C'est le cas.

D'ailleurs, cette savoureuse aventure philosophique aux brillantes digressions théologiques est une telle réussite que le film d'animation devrait sortir très prochainement. Prêteront leux voix aux personnages hauts en couleurs François Morel (le chat), Maurice Bénichou (le rabbin), Hafsia Herzi (Zlabya) ainsi que Jean-Pierre Kalfon ou encore Marguerite Abouët (auteur d'Aya de Yopougon dont le tome 5, c'est à noter, est à paraître le 5 novembre et l'adaptation cinématographique est dans le pipe).

C'est pédagogique, c'est farfelu, c'est profond... Bref, c'est drôlement génial, génialement drôle et les dessins sont fantastiques.

30.09.2009

J'étais l'origine du monde de Christine Orban

Editions Albin Michel - 138 pagesorban.jpg

Quatrième de couv' : "Que pouvait-il me demander de plus ? L'inimaginable, il l'a pourtant imaginé. Il ne m'a pas dit : 'Je veux peindre ton sexe, les jambes ouvertes.' Non, ce fut dit différemment. Mais dit. Comment a-t-il osé ? Comment ai-je pu accepter ?" En 1866, Gustave Courbet peignait "L'origine du monde", oeuvre sulfureuse et teintée de mystère, longtemps tenue à l'abri des regards indiscrets. Christine Orban fait revivre sous sa plume Joanna Hifferman, modèle imaginaire de ce tableau unique, fruit d'une démarche artistique poussée à l'extrême et de la folie amoureuse d'un homme. Après avoir livré son corps, c'est le trouble d'un choix que la femme vient exposer crûment. Que sont la honte et la pudeur face au génie ?

En novembre 2006, le voisinage de la Galerie Helenbek de Nice a fait interdire l'exposition en vitrine d'un tableau hommage à Gustave Courbet, représentant un sexe féminin. Les assauts de pudeur de la population niçoise face à cette oeuvre ont bien démontré que le temps, dont on dit qu'il efface les blessures, n'agit pas de même avec la pruderie, la pudibonderie des âmes puritaines. Je conseille vivement à ces retardataires d'un bon siècle dont l'esprit est le plus mal placé, tout autant qu'aux autres, la lecture de ce magnifique livre qui dépeint une fiction que je me plais à imaginer vraie, en véritable amoureuse de la passion et non de la pornographie.Le démon des mots Charlotte Sapin

Extraits :

La nuit tombait, je me suis éloignée de quelques pas vers la mer plate des fins de journée, un vent léger jouait avec ma robe et mes cheveux. Gustave m'a suivie et il est resté à mes côtés à regarder l'horizon comme moi. Après un long silence, il m'a dit : "Je vais vous aimer." Et il est reparti près du feu.
L'Origine de monde est-elle née, dans son esprit, ce soir-là ?

Il m'a laissée seule avec ces mots ; à moi de décider l'usage que je voulais en faire. A moi de savoir si je voulais être aimée par lui ou pas.

L'amour m'effraie. On monte très haut dans le ciel et on n'est jamais sûr de rien, juste de la chute. J'avais donné ma candeur, mes rêves à un homme qui n'en avait rien fait. Je pensais être guérie, et pourtant les paroles de Gustave m'ont troublée. Cette simple promesse d'amour dénotait une singulière connaissance de soi et de son propre génie.
Je pensai que seul Dieu, en nous plaçant ce soir-là sur une plage, l'un en face de l'autre, savait la suite de l'histoire : j'étais naïve. Courbet avait choisi sa proie. Il n'était pas près de la lâcher. Il avait trouvé le modèle dont il rêvait pour faire reculer les bornes de son art. L'évidence pour cet homme rustre et profond n'était pour moi encore qu'un motif d'étourdissement.

...

Dans l'intimité de l'amour, cette vérité fugace, je peux montrer, donner beaucoup de moi, mais aucun homme ne m'avait demandé encore d'être la figure peinte, le symbole désigné et fixé à jamais de cet abandon.

L'amour charnel c'est un souffle de vie sans postérité.

J'étais prête à offrir mes jambes ouvertes sur un sofa à Gustave, pas à Courbet.

27.09.2009

D'amour et d'eau fraîche de T.C. Boyle

boyle.jpgEditions Grasset - 723 pages

Quatrième de couv' - Marginocity : c'est le nom de la communauté créée en ce début des années 1970 par un nommé Sender, quelque part en Californie, pour vivre près de la nature et pratiquer l'amour libre. Un modèle qui n'est pas du goût des autorités locales : à force de taxes impayées, de latrines qui débordent et de drogue au grand jour, les rebelles sont priés de vider les lieux... Heureusement, Sender a hérité d'un terrain en Alaska. C'est là qu'il décide d'installer ses "frères et soeurs". Mais l'idéal hippie se révèle moins facile à mettre en oeuvre lorsqu'il fait -15° ou -20° chaque nuit, dans un pays où les trappeurs ont une toute autre conception de la vie saine et naturelle... Pourtant, les uns et les autres s'apprivoiseront peu à peu. Et de cette rencontre improbable naît une histoire délirante et drôle, riche en rebondissements, à travers laquelle l'auteur d'América et d'Un ami de la terre poursuit sa radiographie de l'Amérique moderne.

Voici un livre divertissant d'un auteur prolixe aux allures de rock star.

Divertissant au sens noble du terme puisque les grands classiques et les oeuvres posant des problèmes métaphysiques n'ont pas le monopole de la qualité littéraire.

Divertissant donc tout autant que laid et tragique. Aux travers de personnages attachants, chacun se souviendra de ses élans de flower power fantasmés lors de mémorables rébellions d'adolescents en crise - ce qui étaient d'ailleurs foncièrement paradoxal m'enfin passons. Mais bientôt apparaît le revers de la chimère : derrière l'idéal de vie se cache un milieu ancré dans des conceptions rétrogrades de machisme et de sexisme et les valeurs de solidarité, de fraternité et de partage prônées connaissent de tristes limites.

Mouais... En écrivant ça, je me suis déprimée toute seule. Finalement, tout n'est qu'utopie car l'homme, naturellement mauvais, est un être vil, égocentré par essence. Mais que le mérite de l'auteur n'en pâtisse pas : l'histoire est accrocheuse et l'analyse pertinente. Parfait pour agrémenter son temps libre.

26.09.2009

La course au mouton sauvage d'Haruki Murakami

Editions du Seuil - 374 pagesmouton.jpg

Quatrième de couv' : La vie du narrateur, jeune cadre publicitaire à Tokyo, n'a rien d'exceptionnel. Jusqu'au jour où, pour avoir utilisé une photographie où figure un mouton d'une espèce rare, il est approché par une puissante organisation d'extrême droite. Le voici contraint de retouver l'animal - doué, il est vrai, de pouvoirs extraordinaires. Comme toujours chez Murakami, le réel repose sur des fondations délicieusement instables...

Immédiatement rebutée par un style métaphysico-philosophique particulièrement indigeste, j'ai, comme à mon habitude du moins en ce qui concerne les livres, décidé de m'accrocher et de prendre le temps de m'imprégner de la nouveauté. Grand bien m'en a pris puisqu'après une petite centaine de pages un peu lourdes, l'intrigue avait eu raison de ma curiosité, la trame prometteuse m'avait captivée. Sauf que.

Suis-je hermétique au fantastique, ai-je un esprit par trop rationaliste ? Toujours est-il qu'arrivée au bout de la dernière ligne d'un texte parti en vrille complète 100 pages avant la fin, la seule réaction qui me vint à l'esprit fut : so what ? Soit je suis absolument trop stupide pour comprendre la profondeur de l'oeuvre auquel cas mon honneur bafoué de lectrice fait appel à un éclairage, soit il n'y a vraiment rien à comprendre.

La morale étant que j'ai lutté des semaines pour relever le défi de ne pas raccrocher un texte pas accrocheur et qu'au final, j'ai la sensation d'être une buse.

Deux points positifs toutefois dans ce livre : un talent indiscutable pour la description et une titraille, certainement typique de cette littérature, mais qui semble complètement loufoque pour l'occidentale que je suis.

25.09.2009

Au secours Mrs Dalloway de Mary Dollinger

dollinger.jpgJacques André Editeur - 258 pages

Quatrième de couv' : Clare Fournier, jeune anglaise bourgeoisement installée avec mari (radin), enfants (insupportables) et chien (apathique), voit un jour son excentricité toute britannique refaire surface et perturber son quotidien ennuyeux. Entraînée malgré elle dans des péripéties qu'elle nous raconte avec un humour terriblement anglo-saxon, à mi-chemin entre P.G. Wodehouse et W. Allen, elle s'engage sur les traces de Mrs Dalloway, l'héroïne angoissée de V. Woolf, et entreprend la rédaction d'un best-seller dont les personnages se rebellent à leur tour...

Cet archétype de la mise en abîme est un alliage parfait d'oppositions, jonglant de la réalité à l'idéal fantasmé ou encore de la gravité à la légéreté. Cette subtile recette qui vous entraîne dans le sillage tourbillonnant d'une femme en pleine renaissance n'en est que plus savoureuse. Bizarrement, j'en retiens moins le message de vie que les précieuses remarques quant au métier d'écrivain... Mais la réussite d'un livre ne tient-elle pas dans la capacité à faire se projeter le lecteur, d'une manière ou d'une autre ?

Seule fausse note pour la fétichiste du livre que je suis, la reliure un peu rigide oblige le lecteur à casser la tranche... Sacrilège ! Mais au final, j'ai opéré cette concession avec plaisir.Le démon des mots Charlotte Sapin

La lecture de ce livre m'a remis en mémoire une rencontre estivale d'avec un jeune anglais autour d'un apéritif. Alors que je l'initiais au vin français, j'achevais le service et par la même occasion la bouteille en remplissant son verre. Tentant tant bien que mal de lui expliquer qu'en France, quand nous finissions une bouteille, nous nous exclamions "Marié ou pendu avant la fin de l'année", je lui demandais s'il existait un proverbe équivalent outre-Manche. Et lui de me répondre "ow yes, quand nous fini le bouteille, nous dire Oh shit !"... J'adore.

24.09.2009

Himalaya Vaudou de F. Bernard et J.-M. Rochette

Editions Drugstore - 109 pages

Scénario : Fred Bernard - Dessins : Jean-Marc Rochette

Présentation de l'éditeur : Scandale ! Les grands de ce monde (hommes politiques, capitaines d’entreprises, diplomates, etc.), censés assurer l’équilibre et la bonne marche de nos sociétés, se transforment peu à peu en... animaux. Alors forcément, un léger vent de panique commence à souffler. Or cette étrange série de mutations est revendiquée par un gourou très médiatisé, retiré depuis peu au coeur de l’Himalaya et que l’opinion publique connaît sous le sobriquet de « Père Noël ». Lancés à sa recherche pour rapporter le scoop du siècle, trois émissaires triés sur le volet – un célèbre présentateur de JT cachant sa calvitie, un journaliste baroudeur tendance écolo et une star de télé-réalité fraîchement démoulée – vont découvrir le plus incroyable des secrets...

Comme on l'oublie souvent, la rentrée litt

éraire est aussi celle de la BD. Car oui, qu'on se le dise une bonne fois pour toutes, la littérature graphique n'a rien de seconde zone. C'est un art, c'est dire ! Mais, tel son homologue non iconographique, la bande

dessinée connaît une profusion de nouveautés parmi lesquelles il semble bien difficile d'opérer un choix. D'où éclairage singulier, mise en lumière particulière :

Himalaya Vaudou est sorti le 16 septembre en librairie et disponible, entre autres sites, sur celui de son éditeur. A première vue, rien de bien folichon. Si l'on s'en tient au pitch de l'éditeur, c'est une histoire farfelue et si l'on se penche un tant soit peu sur les personnages, l'on constate que le méchant gourou est noir et que les trois héros qui doivent sauver le monde sont des hommes. Clichés, j'écris votre nom.

Mais à y regarder d'un peu plus près, l'on découvre que la critique, souvent objet d'elle-même, est pour le coup meilleur porte-parole que la maison d'édition. Ainsi, Livres-Hebdo souligne que "le scénario est plus sophistiqué qu'il n'y paraît...". Bien. DBD parle d'un "plaidoyer hilarant sur la sauvegarde de notre bonne vieille planète""le dessin colle parfaitement à l'ambiance apocalyptique tarée de cette fable enneigée". Bien bien. Enfin Scenario.com plébiscite cette Bd "totalement décalée et abberrante dans la façon dont se déroule l'histoire mais très pertinente dans les réflexions qu'elle ne manque pas de susciter eu égards aux thèmes d'actualité développés". Parfait.

Loin d'une simple histoire de sorcellerie métamorphique, il s'agit en vérité d'une histoire originale qui oscille entre humour satirique et réflexion sur le monde moderne. C'est "un cri de colère et d'incompréhension enflant avec les années : que font concrètement les

décideurs et dirigeants du monde entier en matière de protection de la nature, et donc des hommes ?!"

Avis donc aux fans de BD drôles et intelligentes concernés par l'incontournable problématique environnementale, il y a de la forme ET du fond !

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21.09.2009

Une enfance créole de Patrick Chamoiseau

Edition Gallimard - 186 pages

Tome I - Antan d'enfancechamoiseau.jpg

Quatrième de couv' : Patrick Chamoiseau nous donne ici ses souvenirs d'enfance. Enfance prise dans l'En-ville de Fort-de-France, dans le giron de la merveilleuse Man Ninotte qui ne cesse d'organiser la vie familiale avec un art de vivre et de survivre dont le cocasse et la poésie nous charment. Sous le regard du négrillon se révèle la société créole chatoyante, complexe, aux origines multiples, symbolisée par une ville qui lui ressemble. Il y vivra ses premières expériences : les jeux, la rue, les marchés, le cinéma et aussi la négritude, l'injustice sociale, le racisme. Chronique d'une enfance martiniquaise écrite dans une langue réinventée, Antan d'enfance allie l'art du conteur créole à celui des maîtres de la littérature classique.

Pawol pa ni koulè. Les mots n'ont pas de couleurs.

Et pourtant, ceux de Patrick Chamoiseau dans Une enfance créole I, Antan d'enfance ont le parfum délicieux de la Martinique. Malgré une plongée dans un monde bien loin de la métro(politaine) que je suis, Chamoiseau parvient à éveiller ce sentiment de nostalgie avec des parfums, des couleurs, des atmosphères... que je ne peux qu'imaginer et ce, si facilement grâce aux mots-ventés du poète à mi-chemin entre deux langues, entre deux mondes, entre deux histoires, entre deux vies.

Et encore deux tomes à découvrir : tome II Chemin-d'école, tome III A bout d'enfance.

Extraits :

On ne quitte pas l'enfance, on la serre au fond de soi. On ne s'en détache pas, on la refoule. Ce n'est pas un processus d'amélioration qui achemine vers l'adulte, mais la lente sédimentation d'une croûte autour d'un état sensible qui posera toujours le principe de ce que l'on est. On ne quitte pas l'enfance, on se met à croire à la réalité, ce que l'on dit être réel. La réalité est ferme, stable, tracée bien souvent à l'équerre - et confortable. Le réel (que l'enfance perçoit en ample proximité) est une déflagration complexe, inconfortable, de possibles et d'impossibles. Grandir, c'est ne plus avoir la force d'en assumer la perception. Ou alors c'est dresser entre cette perception et soi le bouclier d'une enveloppe mentale. Le poète - c'est pourquoi - ne grandit jamais ou si peu.

...

Man Ninotte ne disait mot, ne levait pas la tête, semblait en voyage vers un morne d'en elle-même.

17.09.2009

Là où vont nos pères de Shaun Tan

shaun tan.jpgEditions Dargaud - 120 pages

Quatrième de couv' : Pourquoi tant d'hommes et de femmes sont-ils conduits à tout laisser derrière eux pour partir, seuls, vers un pays mystérieux, en endroit sans famille ni amis, où tout est inconnu et l'avenir incertain ? Cette bande dessinée silencieuse est l'histoire de tous les immigrés, tous les réfugiés, tous les exilés, et un hommage à ceux qui ont fait le voyage... Shaun Tan est l'auteur et l'illustrateur de nombreux livres, tous primés dans le monde entier. En 2001, il a reçu le prix du Meilleur artiste aux World Fantasy Awards pour l'ensemble de son oeuvre. Il travaille également pour les studios Pixar (Toy Story, Les Indestructibles...) et Blue Sky (L'Âge de Glace...).

Prix du meilleur album au festival d'Angoulême 2008, ce livre est un véritable chef-d'oeuvre. Sans un mot, d'un trait incomparable qui place le dessin au moins à l'égal de la photo sépia, Shaun Tan nous narre en une centaine de pages les histoires de tous les migrants du monde. En cinq chapitres, l'on apprend l'identique parcours de tous les déracinés : le départ qui marque la séparation d'avec son pays mais surtout d'avec sa famille, le voyage, l'arrivée, l'enregistrement au bureau d'immigration, l'installation, les difficultés (communication, codes, coutumes...), la solitude loin des proches et face à l'indifférence de beaucoup... Et puis la première main tendue... Et puis un travail... L'intégration... Les retrouvailles... Et puis faire de ce monde nouveau son monde et tendre la main à son tour...

Même si la terre promise n'est pas sans rappeler New York et certaines scènes célèbres d'Ellis Island, elle se veut un endroit imaginaire. L'intention de l'auteur est la même à l'évocation des pays "abandonnés". Les cadres (architecture, faune, flore...), les us, même les raisons poussant à l'exode (guerre, génocide, esclavage...) sont évoqués de manière métaphorique pour une identification la plus universelle possible.

Alors certes, l'on est davantage dans la fantasmagorie que dans la réalité d'une majorité d'exilés. Ici, c'est une espèce d'El Dorado où n'existent pas les Brice Hortefeux, Eric Besson et autres xénophobes, ni les problèmes de travail, ni le repli sur soi, ni l'impossible regroupement des familles, ni l'expulsion... ni... ni... ni... Mais ça donne envie d'y croire et c'est déjà ça.

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