13.08.2009

Rentrée littéraire : Alypios d'Alexandre Glikine

Ce blog a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des romans de la rentrée littéraire ! Vous retrouverez donc aussi cette chronique sur le site Chroniques de la rentrée littéraire (à partir du 26 août) qui regroupe l'ensemble des chroniques réalisées dans le cadre de l'opération. Pour en savoir plus c'est ici.

Editions de La Différence - 144 pagesalypios.jpg

Présentation de l'éditeur : Septembre 267 après J.-C., dans le Valais. À la suite d’un coup d’État sanglant, un esclave sauve son maître d’une mort certaine. Les deux jeunes gens sont alors entraînés dans une incroyable cavale qui doit les mener jusqu’au bout du monde. Une relation amoureuse naît entre le chevalier et l’esclave, où s’opposent et s’entremêlent amour et haine, esclavage et liberté, noblesse et veulerie, vie et mort ; combat le plus souvent absurde dans lequel, pourtant, les deux héros parviennent quelquefois, comme par accident, à voler des étincelles de liberté sur leur destin.

L'avantage d'avoir un blog à tendances littéraires est de recevoir gratuitement des livres pour en faire la critique, notamment par l'entremise, non de la tante Artémise, mais de Babelio. L'avantage atteint son paroxysme lorsque le Social Media Club décide de s'associer les talents de réseaux de Babelio, Ulike et Chermedia pour faire chroniquer les romans de la rentrée par des blogueurs.

C'est ainsi qu'en lectrice passionnée et émerveillée par l'exclusivité, j'ai reçu en avant-première le texte Alypios de Glikine, à paraître le 20 août. Je dis texte car à défaut d'un livre, j'ai récupéré une épreuve, pas même reliée. Malgré la passagère déception de ne pouvoir faire trôner dans ma bibliothèque un magnifique broché, bien trop rare pour ma maigre bourse ne m'offrant le loisir que des seuls poches, je me suis lancée à l'assaut du manuscrit bien difficile à tenir en mains.

Après son premier roman paru en 2008 L'inconnu d'Aix salué par une presse unanime, Glikine nous offre ici le carnet amoureux d'un esclave pour son maître, d'un fugitif pour son frère de galère, d'un homme pour son amant. L'époque de l'action a beau être lointaine, les ambivalences du coeur et l'interchangeabilité des rôles et des rapports de forces n'en sont pas moins intemporelles.

Quel amoureux n'a pas écrit son journal de non-dits, entre désirs et déceptions ? Quel épris n'a pas éprouvé bien de la solitude dans son couple ? Quels aimants n'ont jamais ressenti que leur complicité n'avait d'égal que leur incompréhension ?

Cette muette déclaration d'Eutychès à Alypios m'a rappelé deux citations d'Oscar Wilde, auteur parmi les auteurs qui a su si bien souligner que les coeurs saignent parce qu'ils s'haiment :

Etre un couple, c'est ne faire qu'un, mais lequel ?

Il est difficile de ne pas être injuste envers ceux que l'on aime.

J'ai également pensé à Brassens qui chantait si justement qu'il n'y a pas d'amour heureux ou aux Rita Mitsouko pour qui les histoires d'amour finissent mal en général.

Alors pourquoi ? Pourquoi tout ça et en tout temps ?

Tout simplement parce que rien ne surpasse le sentiment amoureux. Aussi capricieux et éphémère soit-il, il est tuant mais nous fait tous nous sentir bien vivants. L'on a beau finir par se réveiller, l'on a malgré tout rêvé.

Au sortir de cette confession du coeur, mon seul - et bien négligeable - regret est le caractère unilatéral de l'épanchement. Je crois que j'aurais apprécié que les trop courtes cent-quarante quatre pages soient doublées d'une seconde partie où l'on aurait découvert le même récit mais pas le même narrateur, un peu à la façon d'Un jour, je te tuerai de Lionel Duroy. Mais n'est-ce pas finalement une bien jolie métaphore de cette moitié qui finit toujours par nous manquer ?

Quoi qu'il en soit, cette lecture m'a été très agréable ; sensation sûrement renforcée par le privilège de l'inédit. En effet, quel fétichiste du livre ne se gargariserait pas d'être en possession d'un texte que nul ne découvrira avant plusieurs semaines ? Si ce n'est la pléthore d'amis d'auteurs, de correcteurs et autres critiques littéraires...

Je finirai par ce poème de Verlaine que je me remémore à la suite de cet Alypios qui aurait, c'eût été regrettable, probablement échappé à ma sélection des quelque 650 romans annoncés pour septembre :

Le bonheur a marché côte à côte avec moi

Mais la fatalité ne connaît point de trève

Le ver est dans le fruit, le réveil dans le rêve

Et le remords est dans l'amour, telle est la loi

Le bonheur a marché côte à côte avec moi.

L'interview d'Alexandre Glikine.

03.07.2009

Pilules bleues de Frederik Peeters

Editions Atrabile - 200 pagespilules bleues.jpg

Présentation de l'éditeur : A travers une histoire simple et des thèmes universels (l'amour, la mort), Frederik Peeters nous parle de sa rencontre et de son histoire avec Cati, de ce maudit virus qui va bouleverser la donne, et de toutes les émotions les plus contradictoires qu'il va devoir apprendre à gérer : compassion, pitié, ou amour pur et inaltérable ? Pilules bleues nous propose, sans pathos ni sensationnalisme, de regarder sous un jour rarement (jamais ?) abordé le quotidien de la maladie, tout en nous balançant quelques vérités surprenantes et bien senties sur le sujet. Malgré la gravité du thème, Pilules bleues se présente comme une œuvre remplie de fraîcheur et d'humour.

Pilules bleues, c'est le récit autobiographique d'une histoire d'amour entre Frederik et Cati. Ca commence plutôt légèrement : pendant les 34 premières pages, l'on se rencontre, l'on se manque, l'on se recroise, l'on se perd, puis l'on se trouve, enfin. Et en l'espace de deux planches, tout bascule : Cati et son fils sont séropositifs.

Plus qu'un aveu d'échec, c'est un cri d'espoir que pousse Peeters. Sans complaisance ni apitoiement, l'auteur relate de manière très personnelle et émotive son quotidien, ses doutes, ses joies, bref sa vie, avec pudeur et parfois moins mais sans jamais tomber dans le pathos. Si l'album a pour fil conducteur le sida, il ne se veut ni didactique, ni préventif. C'est un témoignage simple, émouvant, juste, sur la maladie, avant tout sur l'amour, mais aussi sur la paternité, l'enfance, l'intimité, la sexualité, l'introspection... Le tout servi par un trait noir et blanc et une construction intelligente (travelling, gros plans...) renforçant, si besoin était, l'émotion.

Un véritable chef d'oeuvre.

17.03.2009

Vacance de Cati Baur

vacance.jpgEditions Delcourt - 119 pages

Quatrième de couv' : "J'étais comme un enfant qui démonte soigneusement son jouet préféré, avec la conscience aiguë que jamais il ne pourra le reconstruire. Il fallait que j'aille jusqu'au bout pour me libérer de ma peur de les perdre."

La seule couverture pourrait laisser penser que la brunette, héroïne de l'histoire, va nous livrer un carnet de bord de ses derniers congés. Mais s'il s'agit bien de la narration d'une relâche, c'est celle d'une mère-épouse-institutrice qui, lasse de sa vie, décide de laisser son poste vacant. C'est donc sur une autoroute, sur le chemin du retour de vacances d'hiver, que Marie quitte sur un coup de tête époux et enfant.

Car qui ne s'est jamais dit : "c'est maintenant ou jamais" ? Qui n'a jamais ressenti l'envie de tout plaquer, de changer de vie ? Qui n'a jamais rêvé de vivre au jour le jour, sans compter, sans se soucier de rien ni de personne ?

Mais la dolce vita l'est-elle durablement ? Regrette-t-on forcément sa vie passée ? Faut-il nécessairement perdre ce que l'on aime pour l'apprécier à sa juste valeur ?

Ce road movie au graphisme très appréciable nous apporte quelques éléments de réponse qui, à n'en pas douter, tenteront les plus téméraires et refroidiront les plus raisonnables.

A lire absolument !