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26/06/2012

La fille américaine de Monika Fagerholm

la fille américaine.jpgEditions Stock - 638 pages

Présentation de l'éditeur : 1969, dans une presqu'île de Finlande. Une jeune fille américaine, Eddie de Wire, vient rendre visite à sa tante. Deux garçons tombent éperdument amoureux d'elle et, lorsqu'elle disparaît soudainement, on retrouve l'un d'eux pendu dans une grange. C'est le début du Mystère de la fille américaine qui va hanter les habitants du lieu. Doris et Sandra, encore enfants à l'époque du drame, se lient d'une amitié exclusive, qui se nourrit de leur fascination commune pour cette affaire… Un roman envoûtant qui nous plonge dans les affres de l'adolescence tout en décrivant la violence des rapports de classe.

Si les débuts sont un peu laborieux du fait d'une succession de paragraphes abscons (mais qui bien évidemment ont vocation à s'éclaircir au fil de la lecture), d'un style que je qualifierai de typiquement nordique et d'une multitude de personnages et d'époques, on se laisse finalement happer par ce thriller étrange, premier volet d'un diptyque dont la seconde partie s'intitule La scène à paillettes.

Au coeur des contrées scandinaves qui d'ici semblent propices à la sérénité, ce sont des existences troublées et désenchantées que façonne l'auteur. Le poids de l'enfance et les affres de l'adolescence sont au coeur de cette intrigue complexe où le mystère plane. L'atmosphère est assez inquiétante, les personnages, tous perturbés, errent, dans un cadre marécageux. C'est une sorte de monde hors du monde, bien réel mais au frontière de songe, de l'imaginaire cauchemardesque.

L'ensemble aurait gagné à être un peu élagué. La trame alambiquée au style très particulier peut facilement décourager et une sensation de longueur se fait ressentir sur la fin. A cela s'ajoute une noirceur qui n'est pas forcément au goût de beaucoup de lecteurs. C'est une lecture radicalement atypique, difficile, qui s'adresse à un public plutôt exigent osant s'aventurer en dehors des sentiers battus.

Pour ma part, j'ai été assez envoûtée par ce texte où foisonnent les thèmes sous-jacents et qui plante un décor et une ambiance vraiment surprenants mais dont il est difficile de parler. Dur dur de résumer une histoire aussi riche et ténébreuse, aux frontières de l'ésotérisme. Une expérience vraiment unique qui mérite que l'on passe outre sa réputation hermétique.

Extraits :

Mais souviens-toi de ceci. Ce n'est pas toujours merveilleux, ni même agréable, de voir à quoi ressemblent ses rêves dans la réalité.

...

Qui lui manquait tellement, des fois, que c'était comme un coup de couteau dans le ventre. Un manque qui, puisqu'on ne pouvait le faire cesser, devait s'enrober d'une histoire afin d'être maîtrisé tant bien que mal. Et elle s'en était fabriqué une, d'histoire, où elle se vautrait en solitaire quand l'humeur l'en prenait.

...

Alors, BOUM. Elle était arrivée, comme une explosion, la Bombe. Et tout à fait comme par un pur hasard. Comme s'il n'était pas plus ou moins écrit sur son front (et sur celui de l'Ålandais aussi d'ailleurs) que cette rencontre était un pur hasard du genre de ceux dont on convient à l'avance.

...

Le coeur est un chasseur au coeur dur, Pinky.

L'amour n'est pas avare d'humiliations, Pinky.

Voilà ce qu'il en est de lui.

...

"Le temps n'attend pas. (...) Il y a les petits instants décisifs. Le temps de te retourner, tu les as déjà vécus. Le temps de te retourner, ils sont passés. Le temps de te retourner, ils t'ont été enlevés. Si tu ne t'y agrippes pas. C'est ainsi Sandra. Le temps de te... Tu ne dois pas gaspiller ton temps."

...

Car c'était bien de cela qu'il s'agissait, à la fin des fins : pas de savoir si on voulait, oui ou non, marcher en rang, mais si on voulait croire en un changement possible.

12:47 Écrit par charlotte sapin dans Citation, Culture, Littérature finlandaise, Littérature suédoise, Livre, Polar, thriller, roman noir | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it!

10/01/2012

Les oreilles de Buster de Maria Ernestam

Editions Gaïa - 411 pagesculture,littérature,livre,citation,roman,suède

Présentation de l'éditeur : Eva cultive ses rosiers. A cinquante-six ans, elle a une vie bien réglée qu'elle partage avec Sven. Quelques amies, des enfants, et une vieille dame acariâtre dont elle s'occupe. Le soir, lorsque Sven est couché, Eva se sert un verre de vin et écrit son journal intime. La nuit est propice aux souvenirs, aussi douloureux soient-ils. Peut-être aussi la cruauté est-elle plus douce lorsqu'on l'évoque dans l'atmosphère feutrée d'une maison endormie. Eva fut une petite fille traumatisée par sa mère, personnage fantasque et tyrannique, qui ne l'a jamais aimée. Très tôt, Eva s'était promis de se venger. Et elle l'a fait, avoue-t-elle d'emblée à son journal intime. Un délicieux mélange de candeur et de perversion.

Depuis quelques temps, la littérature nordique à le vent en poupe. Tous les effets de mode ne sont pas contestables puisque cet engouement de la critique et du public m'a permis de découvrir des textes très intéressants et, en multipliant l'expérience, une écriture assez typique et un style singulier.

Les oreilles de Buster nous propose une plongée dans l'intime très déroutant d'une femme presque sereine au passé meurtri. L'originalité de ce roman réside dans la dualité du personnage qui nous fait passer de l'attendrissement au glacement de sang. Entre sensibilité et cruauté, ce texte est extrêmement touchant et remarquablement construit.

L'on dit des grands livres qu'ils ont l'art d'annoncer la couleur en débutant par une phrase exceptionnelle. C'est ici le cas : J'avais sept ans quand j'ai décidé de tuer ma mère. Et dix-sept ans quand j'ai finalement mis mon projet à exécution. Comment ne pas plonger plus avant dans la lecture avec une telle amorce ? Alternant entre le présent et un passé raconté par le biais d'un journal intime, ce récit est déroutant et nous entraîne dans une réflexion sur la construction de soi, l'impact de nos expériences sur nos choix de vie, nos renoncements, nos convictions.

Les éditions Gaïa restent à mes yeux une valeur sûre avec un choix éditorial de textes atypiques de tous horizons mais surtout d'une grande qualité (cf Fugue d'Anne Delaflotte Mehdevi et Le choix de Goldie de Roopa Farooki).

Extraits :

... c'est incroyable ce qu'elle peut lire ! Elle aura bientôt dévoré tout ce que nous avons à la maison et après, ce sera au tour de la bibliothèque communale. Ca lui ressemblerait. Parcourir systématiquement une étagère après l'autre, un livre après l'autre, phrase après phrase, mot après mot. Elle lit vraiment énormément, Anna-Clara.

...

Avec le temps, les choses deviennent de plus en plus prévisibles. Les saveurs perdent leur relief et la vision se trouble. Seules les odeurs persistent.

...

Me revoici assise à mon secrétaire. Il est bientôt deux heures et demie du matin, enfin, de la nuit. Le sommeil m'a abandonnée. D'ailleurs, la fatigue aussi. En seulement vingt-quatre heures, il semblerait que la capacité de m'exprimer enfin par écrit soit devenue une nécessité.

...

Le processus de décomposition est si rapide... Personne ne le sait mieux que moi.

...

Il a fait un commentaire et j'ai ri. Puis j'ai songé que ce genre de moments de communion constitue précisément le ciment d'une vie commune durable. Ce ne sont pas les grandes fêtes, les nuits moites, ni même les disputes déterminantes qui régissent un couple, mais les propos sur la pluie et le beau temps échangés autour d'une tasse de thé, une solution élaborée à deux pour résoudre un problème commun, une conversation paisible à propos d'un heureux ou d'un triste événement, le silence échangé autour de la flamme d'une bougie.

...

J'ai appris à me débrouiller par mes propres moyens. Il y a tant de choses que Sven ne sait pas. De toute façon, il ne peut rien pour m'aider. Chacun doit affronter seul la vieillesse. Il paraît qu'on garde toujours une part de l'autre au fond de soi, mais plus le temps passe, plus j'ai l'impression du contraire. Nous sommes seuls. Nous venons seuls au monde et nous le quitton seuls, même si nous vivons entourés d'amour, de dévotion et de bienveillance. Le temps venu, dans les moments décisifs où nos chemins se séparent, nous sommes isolés, comme des insectes piégés dans le sable. Plus ils tentent d'avencer, plus ils creusent leur propre trou.

...

- Tu sais, celui que j'étais alors n'aurait jamais cru devenir ce que je suis aujourd'hui, dit-il en se désignant.

- Comment ça ?

- Je veux dire que je croyais que j'allais rester libre jusqu'à la fin de mes jours. Je ne pensais pas que quelqu'un aurait un jour le pouvoir de me dire ce que j'ai à faire. Je me contentais de presque rien, je vivais au jour le jour. Quand j'avais besoin de pognon, je bossais un peu. Je faisais n'importe quoi, serveur en Grèce, homme à tout faire dans une ferme. Je revendait à New York des habits achetés en Inde. Et puis voilà, on s'englue. Tu sais, on ne s'en rend même pas compte. C'est comme d'avancer dans un marécage. On fait un pas, on s'enfonce un peu mais pas tant que ça, et puis, on peut toujours revenir en arrière, et puis on fait un pas de plus, et tout à coup, on est en plein milieu, on s'enfonce, et on est complètement désorienté, on ne sait plus où aller, on reste sur place, on a peur de s'enfoncer encore...

...

Quel est le goût de l'effroi ? L'odeur de la peur ? La sensation d'une chute sans fin ? Qu'advient-il des larmes qui ne quittent pas le corps ? Nappent-elles de givre ses parois internes, de manière à ce que les organes gèlent et finissent par s'arrêter, sombrant lentement dans l'ultime repos ? Où finissent les mots qui traversent l'esprit sans être prononcés ? Existe-t-il un dépôt où s'entassent les souhaits inexprimés ? Peut-on respirer une fois de trop ? (...) Les sentiment ne disparaissent pas. Ils peuvent finir dans des bouteilles bouchées avec des intentions claires, mais ils demeurent.

...

Le givre intérieur, c'est une chose, mais les plaies ouvertes constamment infectées, qui refusent obstinément de se refermer, c'en est une autre.

08:02 Écrit par charlotte sapin dans Citation, Culture, Littérature suédoise, Livre, Roman | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it!

28/04/2011

Entre Dieu et moi, c'est fini de Katarina Mazetti

culture,littérature,livre,roman,suède,suicide,jeunesseGaïa Editions - 137 pages

Présentation de l'éditeur : Linnea a quinze ans, plein de complexes et pas mal de questions qui lui trottent dans la tête. La seule qui la comprenait, c’était Pia, sa meilleure amie, son amie pour la vie… enfin, pour cent vingt jours, “sans compter les week-ends”, Linnea a fait le calcul une fois. Depuis que Pia est morte. Avec Pia, elle pouvait parler de tout : de l’amour, de la mode, de Markus, le beau gosse dont toutes les filles rêvent, de son père qu’elle voit deux fois par an, de sa mère qui vit avec son nouveau conjoint une relation tumultueuse. Et de Dieu. Qu’est-ce que ça signifie “croire en Dieu” ? Car ce n’est pas exactement la même chose que le père Noël. Une chose est sûre, ce n’est pas la peine de compter sur Dieu pour résoudre les équations du second degré. Seulement voilà, Pia n’est plus là. Alors Linnea se souvient, puisque, comme dit son excentrique grand-mère, “pour pouvoir oublier quelque chose, il faut d’abord bien s’en souvenir”. La verve comique et tendre de Katarina Mazetti est ici au service d’une adolescente bravache, complexée, drôle, curieuse et paumée, qui parle aux murs pour surtout ne se confier à personne. Ce formidable roman sur l’amitié et les tourments adolescents, qui permettra aux jeunes de se sentir moins seuls et aux moins jeunes de comprendre leurs ados préférés, est le premier volume d’une trilogie publiée aux éditions Gaïa, à paraître au fil de l’année 2011 dans la collection Babel.

Ce texte court, par la célèbre auteur du livre Le mec de la tombe d'à-côté dont la suite Le caveau de famille vient de paraître, se lit vite et c'est tant mieux car son intérêt n'est pas très grand. Il aborde de manière assez superficielle les tourments de l'adolescence et du suicide. Le semblant de suspens sur les raisons du décès de l'amie de la narratrice dont on se doute est déçu par l'absence d'explication - le lecteur est quelque peu frustré dans son côté voyeuriste. C'est donc une tranche de vie, trop courte pour être vraiment captivante, mais déjà trop longue au regard de la relative vacuité du discours.

08:42 Écrit par charlotte sapin dans Culture, Littérature suédoise, Livre, Roman | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it!