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Littérature russe

  • Les nuits blanches de Dostoïevski

    les nuits blanches.jpgEditions Actes Sud - 86 pages

    Présentation de l'éditeur : Les Nuits blanches, c'est d'abord un vrai roman d'amour. Un jeune homme solitaire et romanesque rencontre, une nuit, dans Pétersbourg désert, une jeune fille éplorée. Désespérée par un chagrin d'amour, Nastenka se laisse aller au fantasme du jeune homme, amoureux depuis le premier instant, le berce - et se berce - dans l'illusion d'une flamme naissante. La nouvelle traduction d'André Markowicz tire de ce roman un parti stylistique étonnant. Discordante, ironique, la voix que l'on entend ici est bien celle du grand écrivain russe, qui n'a cessé sa vie durant de se battre, au nom de la vérité, contre l'élégance trompeuse, celle des mots et celle des sentiments.

    Dernière escale du côté de Piter, pour faire suite à Sashenka et au Roman de Saint-Pétersbourg.

    Dans cette courte oeuvre de jeunesse, Dostoïevski livre de manière assez cruelle et saisissante le contraste entre le rêve et la réalité. Entre un jeune homme fantasque et une jeune fille amoureuse de l'amour qu'elle inspire, c'est la chronique d'un coeur brisé annoncée. Mais Dostoïevski sait nous entraîner dans la rêverie et nous donner envie d'y croire. Une espérance illusoire mais que l'on entretient envers et contre tout jusqu'à l'inévitable déception qui arrive, malgré tout, à nous surprendre, nous couper le souffle, nous désoler. Une vraie performance d'écriture.

    Extraits :

    Ou bien n'est-il venu au monde

    Que pour rester près de ton coeur

    Le temps d'un souffle, une seconde

    Ivan Tourgueniev

    ...

    C'était une nuit de conte, ami lecteur, une de ces nuits qui ne peuvent guère survenir que dans notre jeunesse. Le ciel était si étoilé, le ciel était si clair que lorsque vous leviez les yeux vers lui, vous ne pouviez, sans même le vouloir, que vous demander : Est-il possible que, sous un ciel pareil, vivent toutes sortes de gens méchants et capricieux ? Cela aussi, c'est une question bien jeune, ami lecteur, mais puisse Dieu vous l'inspirer le plus souvent possible !...

    ...

    Et cette vie est un mélange d'on ne sait quoi de purement fantastique, de violemment idéal avec quelque chose d'autre (hélas, ma bonne Nastenka !) de morne, de prosaïque et d'ordinaire, pour ne pas dire : d'invraisemblablement vulgaire.

    ...

    C'est en vain que le rêveur fouille, comme la cendre, ses rêves anciens, cherchant dans cette cendre ne fût-ce qu'une braise, pour lui souffler dessus et, par un feu renouvelé, réchauffer un coeur qui s'éteint, ressusciter en lui ce qui lui fut si cher, ce qui l'émouvait tant, ce qui faisait bouillir son sang, lui arrachait des larmes, et l'abusait si somptueusement !

    ...

    Et vous vous demandez vous-même : Où sont passés tes rêves ? Et vous hochez la tête et vous vous dites : Comme les années s'envolent vite ! Et vous vous demandez encore : Qu'as-tu fait de tes années ? Où as-tu enterré la meilleure part de toi ? As-tu vécu ou non ? Attention, vous dites-vous, attention, tout sur terre s'éteint. Les années passeront, elles seront suivies par une solitude lugubre, et la vieillesse branlante avec sa canne, la souffrance et l'ennui. Ton monde fantastique pâlira, tes rêves mourront, se faneront, ils tomberont comme les feuilles jaunes de l'automne...

    ...

    Je vous comparais tous les deux. Pourquoi n'est-il pas vous ? Pourquoi n'est-il pas comme vous ? Il est moins bien que vous, même si je l'aime plus que vous.

    ...

    Mon Dieu ! Une pleine minute de béatitude ! N'est-ce pas assez pour toute une vie d'homme ?...

  • Le roman de Saint-Pétersbourg de Vladimir Fédorovski

    le roman de st pétersbourg.jpgEditions du Rocher - 305 pages

    Présentation de l'éditeur : Saint-Pétersbourg : Vladimir Fédorovski a mis en scène les grands moments de l'histoire sentimentale de cette ville insolité créée par la seule volonté de Pierre le Grand au bord de la Néva. Pierre Ier, Catherine II et le prince Potemkine, Alexandre Ier, mais aussi les grands artistes et hommes de lettres russes et occidentaux (Pouchkine, Dostoïevski, les poètes du siècle d'Argent, Balzac...) sont les personnages de ce roman vrai qui nous convie à une promenade romantique dans la Venise du Nord. Une traversée étonnante, dans les palais étincelants du Saint-Pétersbourg d'hier et dans les rues sinueuses de Leningrad, sur les traces des hommes et des femmes qui y ont connu le coup de foudre. Cet ouvrage s'appuie sur des archives tirées des fonds confidentiels récemment rendus accessibles en Russie et sur des témoignages inédits. Des pages marquées par le mystère, l'évasion, l'aventure et le défi.

    Le choix de ce livre s'est imposé naturellement après le fabuleux Sashenka de Simon Montefiore qui, par son talent, m'a donné envie de m'éterniser encore un peu du côté de la Russie.

    Vladimir Fédorovski, quant à lui, donne véritablement envie de flâner sur les bords de la Néva qui serpente au coeur la Venise ou la Palmyre du Nord, cette "fenêtre ouverte sur l'Europe" selon Algarotti puis Tolstoï. Attention tout de même à ne pas se fourvoyer, si comme le Port-Salut, c'est écrit dessus, il ne s'agit aucunement d'un roman mais bel et bien d'un essai historique sur la ville et les personnages illustres qui l'ont bâtie et traversée.

    D'une plume passionnée et extrêmement bien documentée, l'auteur fait revivre les fantômes mythiques de Piter, le berceau des trois révolutions. Mystères, secrets, passions... Toutes les petites histoire qui ont fait la grande sont au rendez-vous de cet ouvrage atypique qui, sans être un guide touristique, peut s'avérer un formidable compagnon pour aller à la découverte de ce temple de l'architecture russe. Une bien jolie promenade historique et romantique ou comment s'évader depuis le fond de son canapé.

    Extraits :

    Catherine avait quarante-quatre ans, Grigori Potemkine trente-cinq. Depuis longtemps déjà, il rêvait en secret de cette femme inaccessible et s'en était ouvert dans son journal intime, écrit dans le style flamboyant propre à son époque : "O Dieu ! quel tourment d'aimer celle à qui je n'ose le dire ! Celle qui ne peut jamais être à moi ! Ciel barbare, pourquoi la fis-tu si belle ? Pourquoi vouloir que ce fût elle, elle seule, que je puisse aimer ?"

    ...

    Potemkine reconnut le comte Grigori Orlov, l'homme le plus puissant de l'Empire. Impressionné de se voir accueilli avec tous les égards par le comte en personne, Potemkine eut besoin de toute sa bravoure pour trouver quelque chose à dire :

    - Comte, quelles sont les nouvelles du palais

    - Rien de bien nouveau, mon cher. Je descends... Vous montez..."

  • L'écologie en bas de chez moi de Iegor Gran

    l'écologie en bas de chez moi.jpgEditions POL - 185 pages

    Présentation de l'éditeur : Un voisin durable, c'est un voisin qui trie ses déchets et me surveille pour que j'en fasse autant. Une amitié durable, c'est une amitié où l'on ne met pas en danger l'avenir de la planète, même en paroles. On évite d'aborder les sujets qui fâchent. On gobe le discours moralisateur avec le sourire. On accepte l'opportunisme marchand en ouvrant son portefeuille. On se garde de penser sans gourou, sans nounou. On se retient. Ce livre raconte comment je ne me suis pas retenu.

    Les enragés de la cause environnementale ne manqueront pas de faire une syncope à la lecture de ce texte. Pour les plus modérés, ce texte sera plein de vérités quoique vaguement réac' et pour les écolo-sceptiques complets, sans doute l'équivalent d'une holly baïbeul. Mais aucun public ne pourra contester que l'auteur pratique tout sauf la langue de bois. Si, a priori, le feuillettement promet une lecture rebutante - il y a autant de notes de bas de page que de texte -, il n'en est rien. C'est très bien écrit et les a parte n'en sont pas vraiment et s'intègrent donc parfaitement dans la lecture. L'ensemble paraît bien documenté, l'on apprend plein de choses et l'on commence à relativiser ou l'on continue (selon). Malgré tout, le dernier tiers s'essoufle un peu.

    Extrait :

    Le prurit est une affaire de riches. Ceux dont les besoins élémentaires ne sont pas satisfaits ont d'autres priorités, n'en déplaise à Vincent. Ils sont dans l'entreprenariat de la survie. Quand ce n'est pas la nourriture qui manque, c'est le travail décent. Ou la sécurité élémentaire : ne pas se faire tuer. Trouver un toit. Une éducation pour les enfants, c'est déjà un luxe. Quand on ne sait pas ce que l'on va manger dans un mois, la planète, on s'en tape comme de l'an quarante, et l'on a raison.

    ...

    La surpopulation menace? L'humain pullule. Le vénérable commandant Cousteau lui-même l'a dit à l'époque : "Je voudrais que l'on réduise le nombre d'humains à 600 ou 700 millions d'un coup de baguette magique".

  • Lolita de Vladimir Nabokov

    Editions Gallimard - 532 pages16ee0fb91a4d1a9ce5ed6083559a59eb.jpg

    Quatrième de couv' : "Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois, contre les dents. Lo. Lii. Ta. Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six et son unique chaussette. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l'école. Elle était Dolores sur les pointillés. Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita."

    Cet immense classique, comme peu doivent l'ignorer, est le récit de la passion brûlante d'un pédophile pour sa belle-fille Lolita, âgée seulement de douze ans. Ecrit de manière confondante à la première personne, l'illusion dérangeante de l'autobiographie ne fait que renforcer la profondeur du roman ; le plus perturbant étant ce style si talentueusement emprunté aux prédateurs sexuels : la repentance illusoire dont la formulation ô combien subtile ne dissimule - sciemment - jamais tout à fait la satisfaction du criminel ayant accompli son forfait mais parvient toutefois de manière fugace à égarer la compassion du lecteur.

    Nouvellement traduit pour ne pas heurter les consciences d'aujourd'hui, l'aspect dérangeant me semble édulcoré - même si je ne dispose pas de la comparaison avec l'ancienne version - et il semble qu'il en soit de même avec les adaptations cinématographiques de Stanley Kubrick (1962) et d'Adrian Lyne (1997).

    A ne surtout pas écarter de la lecture, l'introduction et l'avant-propos ainsi que la note explicative finale de l'auteur.

    Extrait :

    J'aimerais maintenant introduire l'idée suivante. On trouve parfois des pucelles, âgées au minimum de neuf et au maximum de quatorze ans, qui révèlent à certains voyageurs ensorcelés, comptant le double de leur âge et même bien davantage, leur nature véritable, laquelle n'est pas humaine mais nymphique (c'est-à-dire démoniaque) ; et ces créatures élues, je me propose de les appeler "nymphettes".

    On notera que j'exprime en termes de temps et non d'espace. J'aimerais, en fait, que le lecteur considère ces deux chiffres, "neuf" et "quatorze", comme les frontières - les plages miroitantes et les roches roses - d'une île enchantée, entourée d'une mer immense et brumeuse, que hantent les dites nymphettes. Toutes les enfants entre ces deux âges sont-elles des nymphettes ? Bien sûr que non. Le seraient-elles que nous aurions depuis longtemps perdu la raison, nous qui sommes dans le secret, nous les voyageurs solitaires, les nympholeptes. Qui plus est, la beauté ne constitue nullement un critère ; et la vulgarité, ou du moins ce que l'on nomme ainsi dans une communauté donnée, n'amoindrit pas forcément certaines caractéristiques mystérieuses, cette grâce fatale, ce charme insaisissable, fuyant, insidieux, confondant, qui distingue la nymphette de telle ou telle de ses congénères qui sont infiniment plus dépendantes de l'univers spatial des phénomènes synchrones que de cet îlot intangible de temps enchanté où Lolita s'ébat avec ses semblables. Entre ces âges limites, le nombre des nymphettes authentiques est notoirement inférieur à celui des fillettes provisoirement sans charme, ou simplement accortes, ou "mignonnes", ou même encore "délicieuses" et "séduisantes", ordinaires, grassouillettes, informes, froides de peau, ces fillettes intrinséquement humaines, avec leurs nattes et leur ventre rebondi, qui deviendront ou ne deviendront pas des femmes d'une grande beauté (songez à ces affreuses gamines boulottes, en bas noirs et chapeaux blancs, qui se métamorphosent en stars éblouissantes à l'écran). Présentez à un homme normal la photographie d'un groupe d'écolières ou de girl-scouts en le priant de désigner la plus jolie d'entre elles : ce n'est pas nécessairement la nymphette qu'il choisira. Il vous faut être un artiste doublé d'un fou, une créature d'une infinie mélancolie, avec une bulle de poison ardent dans les reins et une flamme supra-voluptueuse brûlant en permanence dans votre délicate épine dorsale (oh, comme il vous faut rentrer sous terre, vous cacher !), pour discerner aussitôt, à des signes ineffables - la courbe légèrement féline d'une pommette, la finesse d'une jambe duveteuse, et autres indices que le désespoir et la honte et les larmes de tendresse m'interdisent d'énumérer -, le petit démon fatal au milieu de ces enfants en bonne santé ; aucune d'entre elles ne la reconnaît et elle demeure elle-même inconsciente du fantastique pouvoir qu'elle détient.