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Littérature nigériane

  • Dis que tu es des leurs d'Uwem Akpan

    dis que tu es des leurs.jpgÀ paraître le 29 janvier 2013.

    Books Éditions - 377 pages

    Présentation de l'éditeur : Cinq histoires en forme d’hommage à la sagesse des enfants, à leur résilience face aux circonstances les plus terribles. Une famille vivant dans un bidonville de Nairobi s’affère pour trouver des cadeaux à l’approche de Noël. Une jeune fille rwandaise raconte le combat de ses parents pour maintenir les apparences de la normalité, alors que plane, grandissante, la menace du génocide. Au Gabon, Kotchikpa, 10 ans, et sa petite sœur, sont laissés à la garde de leur oncle Fofo, qui tente de les vendre comme esclaves. Deux amies d’enfance sont les otages d’un conflit religieux en Éthiopie. À bord d’un bus rempli de réfugiés – microcosme de l’Afrique d’aujourd’hui –, un garçon musulman compte sur sa foi pour réussir une dangereuse traversée du Nigéria. La prose d’Akpan décrit avec force et empathie la sombre condition de ces enfants d’Afrique, leurs difficultés et leurs visions du futur.

    Ma note :

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    Broché : 21 euros

    Un grand merci à Books Éditions pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Âmes sensibles, s'abstenir ! Si les nouvelles d'Uwem Akpan sont sous le signe des fables africaines, on est bien loin des Contes des sages d'Afrique d'Amadou Hampâté Bâ ! Les nouvelles proposées n'ont rien de légendes mais tout des contes de l'horreur ordinaire : pauvreté, conflits, prostitution infantile, misère, famine... Nombre des drames africains sont mis en scène du Rwanda à l'Éthiopie, en passant par le Nigeria, le Kenya et le Bénin.

    Uwem Akpan réécrit de tristement célèbres événements comme le génocide rwandais ou encore l'affaire de l'Arche de Zoé en donnant la parole aux enfants d'Afrique. Le temps de cinq récits, il permet au lecteur de se glisser dans leur peau, de "voir, toucher, entendre, sentir et ressentir leur univers", ce monde hostile dans lequel ils naissent, grandissent parfois, meurent souvent, sont maltraités tout le temps.

    L'auteur ne cherche pas à délivrer un message mais à provoquer des émotions ; défi qu'il relève haut la main. En narrant l'atrocité sur le ton de la banalité quotidienne, il peint une fresque horrifiante, dérangeante, troublante et, malheureusement, criante de vérité, du continent noir. La prose glaçante de ce prêtre jésuite fonctionne diablement et ce recueil a ceci de singulier que, loin des schémas éculés, il ne s'attarde pas une fois de plus sur les conséquences dramatiques de l'Histoire mais fait le portrait de cet ennemi qui est aussi intérieur. Un ennemi qui a le visage d'un parent, d'un voisin, d'un soldat, d'un rebelle, d'une religion, d'un fantasme et dont les premières victimes sont les enfants.

    Des enfants dont les voix résonnent fort et longtemps. Jusqu'à quand ? Ce livre, érigé outre-Atlantique au rang de best-seller par la grande prêtresse de la télévision américaine Oprah Winfrey, ne changera certainement rien à cette affligeante réalité... mais le poids de mots d'Uwem Akpan a ceci d'incroyable qu'il rend à mes yeux la condition africaine davantage prégnante que les images choquantes matraquées sur le petit écran que l'on regarde souvent sans les voir vraiment. Et rien que pour ça, Dis que tu es des leurs est une lecture poignante utile, pour ne pas dire nécessaire, à notre incompréhension, notre indifférence occidentale.

    Un recueil remarquable à découvrir, si tant est que l'on apprécie le format de la nouvelle et que l'on soit prêt à se lancer dans une lecture passablement déprimante.

    Ils en parlent aussi : Émile Rabaté.

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    La plantation de Calixthe Beyala

    Un fusil dans la main, un poème dans la poche d'Emmanuel Dongala

    Compartiment pour dames d'Anita Nair

    Je ne suis pas celle que je suis de Chahdortt Djavann

    Tu seras partout chez toi d'Insa Sané

    Extraits :

    Sache toutefois que notre Dieu, le Dieu que nous servons, est capable de nous sauver. Oui, Majesté, il nous arrachera à la fournaise et à ton pouvoir.

    Et même s'il ne le voulait pas, sache bien, Majesté, que nous refuserons de servir tes dieux et d'adorer la statue d'or que tu as fait dresser.

    Daniel 3, 17-18

    ...

    On vous a enseigné quelle est la conduite juste que le Seigneur exige des hommes : il vous demande seulement de respecter les droits des autres, d'aimer agir avec bonté et de suivre avec soin le chemin que lui, votre Dieu, vous indique.

    Michée 6, 8

    ...

    Maintenant que Maisha, ma soeur aînée, avait douze ans, personne dans la famille ne savait comment la prendre. (...)

    Maisha partageait plus avec Naema, notre soeur de dix ans, qu'avec nous tous réunis ; elle lui parlait surtout de ce qu'une fille des rues doit ou ne doit pas faire. Elle la laissait essayer ses chaussures à talons hauts et elle lui montrait comment se farder, utiliser du dentifrice ou se brosser les cheveux. Elle disait à Naema que si un homme la battait, il fallait fuir, même s'il lui offrait beaucoup d'argent. (...) Elle disait aussi qu'il valait mieux mourir de faim que d'aller avec un type sans préservatif.

    ...

    La vie dans la rue avait beau être sans racines et sans valeur, les départs pouvaient vous briser le coeur.

    ...

    - Quand ils te demanderont, dit-elle d'un air sévère, sans me regarder, dis que tu es des leurs, OK ?

    - Qui ?

    - N'importe qui.

    ...

    Parfois, ils s'embrassent en public comme les Belges à la télévision, et ici on n'aime pas beaucoup ça. Mais ils s'en fichent.