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Littérature finlandaise

  • Quand les colombes disparurent de Sofi Oksanen

    culture,citation,littérature,livre,roman,biographie,histoire,finlande,estonie,guerreÉditions Stock La Cosmopolite - 396 pages

    Présentation de l'éditeur : Occupation, résistance et collaboration sont les ressorts de ce roman puissant, dans une Estonie prise tour à tour au piège des communistes et des Allemands. Pour répondre aux errances de l’Histoire, chacun devra choisir un camp, un chemin. Roland, le juste, combat sans relâche l’envahisseur ; son cousin Edgar, véritable caméléon, épouse successivement l’idéologie du pouvoir ; enfin Juudit, sa femme, est écartelée entre son amour sincère pour un officier allemand et l’hypocrisie suffocante d’un mariage raté. Mais qui sera le vainqueur de cette lutte acharnée ? Après Purge, Sofi Oksanen pointe une nouvelle fois la fragilité et la faiblesse de l'homme à l'égard d'une Histoire qui l'écrase et lui survivra toujours.

    Traduit du finnois par Sébastien Cagnoli avec le concours du FILI (Finnish Literature Exchange).

    Ma note :

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    Broché : 21,50 euros

    Ebook : 14,99 euros

    Un grand merci à MyBOOX et aux Éditions Stock La Cosmopolite pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre.

    Après Les vaches de Staline et Purge, Sofi Oksanen revisite une fois encore Histoire de l'Estonie et âme humaine. Comme il fallait s'y attendre, la plus gothique des auteurs scandinaves signe un nouveau roman des plus sombres.

    Dans ce nouvel opus, celle qui reçut en 2010 pas moins que le Prix Femina étranger, le Prix du livre européen et celui du roman Fnac retrace l'occupation tour à tour bolchévique, nazie puis soviétique de ce petit pays balte n'ayant obtenu son indépendance qu'en 1991, que nul ne peut désormais ignorer.

    La narration oscille entre trois personnages pris en otages par les tyrannies successives. Il y a tout d'abord Edgar, opportuniste lâche et ambitieux prêt à tous les compromissions, impostures, contrevérités et autres manoeuvres sordides pour sauver sa peau et satisfaire ses rêves de gloire. Retournant sa veste au gré des changements de pouvoirs et se mentant avant tout à lui-même en voulant falsifier l'histoire, il est directement inspiré d'Edgar Meos, fabulateur faussaire à la solde des Allemands puis payé par le KGB pour écrire des annales estoniennes partisanes. Il y a ensuite Roland, cousin d'Edgar, inconditionnel amoureux de son pays et farouche partisan de l'indépendance, qui résiste héroïquement aux envahisseurs quels qu'ils soient et prend tous les risques par intégrité et humanisme. Et puis il y a Juudit, épouse délaissée d'Edgar et maîtresse d'un officier allemand, qui joue sur tous les tableaux au gré de son coeur un peu, son confort surtout et nourrit avant tout des rêves de fuite.

    Un trio d'un réalisme psychologique saisissant malgré des positionnements un brin caricaturaux quand la nuance entre bourreaux et victimes est bien souvent plus que ténue. Pourtant, rien de simpliste dans l'approche de Sofi Oksanen qui, au travers d'une trinité représentative, touche aux questionnements universels soulevés par un tel contexte : ceux de l'action ou de la passivité, de la trahison (des autres et de soi-même), de la culpabilité, et caetera. Mais comment savoir et surtout comment juger quand il s'agit de sauver des vies à commencer par sa propre peau et que les ennemis du jour sont les amis du lendemain et réciproquement ?

    Entre fiction et réalité, le récit fouille l'intériorité des protagonistes avec une véracité qui confine au devoir de mémoire. Cette fresque romancée donne voix à un peuple meurtri et réécrit avec authenticité les pages manquantes d'une histoire écrasante. Malgré quelques longueurs et une trame opaque loin d'être facilitée par le style récurrent de l'auteur basé sur les aller-retour - ici entre 1941 et 1966 -, ce livre déstabilisant accroche et fascine, entre pudeur et sauvagerie. Exigeant et complexe, il enjoint au public une lecture concentrée, parfois fastidieuse ; à bon entendeur...

    Si, au fil de ses récits, Sofi Oksanen lève le voile sur les mémoires lacunaires de l'Estonie avec délicatesse et discernement, une question demeure : saurait-elle s'extraire de l'Histoire du pays maternel et mettre sa plume au service d'une oeuvre distanciée des blessures par héritage qui l'obsèdent, elle et sa génération ? Parce qu'il faut tout de même parier, malgré son talent, sur une lassitude grandissante de son lectorat face à un sujet et une noirceur récurrents...

    Ils en parlent aussi : Lulamae, Guillaume.

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    Extraits :

    J'avais acheté aussi un cahier à reliure de moleskine afin d'y tenir mon journal. Mon intention était d'y recueillir des preuves des ravages commis par les bolcheviks. On en aurait besoin, quand la paix viendrait. Je remettrais alors mes documents entre les mains de littérateurs plus compétents que moi, des gens qui écriraient l'histoire de ce combat pour la liberté.

    ...

    Mais, malgré tout, les jours se succédaient et, dans leur continuité, ils formaient un quotidien qui valait toujours mieux que les jours d'extermination.

    ...

    Dans la presse, la liberté avait un cadre noir ; dans mon esprit, elle versait un flot rouge. Laissant les autres papoter, je me suis rendu compte qu'ils vivaient tout d'un coup dans un pays libéré. Comme si nous n'avions jamais connu de combats. Comme si nous étions en temps de paix. Edgar était entré dans une ère nouvelle en un instant. Tout cela était-il vraiment fini ? Le temps des cachettes était-il passé, révolue la vie en cabane forestière ?

    ...

    Edgar porta la main à sa bouche en voyant les taches qui se répandaient sous les coprs gisant dans la cour de la cabane, il eut exactement le même air que lorsque, petit garçon, il avait assisté pour la première fois à l'abattage du cochon. Il venait d'arriver chez nous ; la soeur de ma mère, Alviine, avait envoyé Edgar reprendre des forces à la campagne, car le père avait péri de diphtétrie et l'anémie du fiston l'inquiétait. Edgar s'était évanoui. Mon père et moi étions sûrs qu'une chochotte pareille ne se débrouillerait pas dans une ferme. Il en alla autrement : il se débrouilla à merveille dans les jupes de ma mère. Elle avait obtenu ainsi la compagnie d'un deuxième enfant tant désiré ; ils s'étaient bien trouvés, ces deux malades imaginaires. Chez nous, à la campagne, on appelait ça autrement : des feignasses.

    ...

    Mais pourquoi les Polonais avaient-ils tapissé les murs de leurs cellules, dans le monastère transformé en prison, avec leurs noms et leurs grades, que leurs successeurs recouvriraient avec les leurs ? S'agissait-il de la rage d'écriture inhérente à chaque mortel, du besoin de laisser une trace ici-bas ?

    ...

    "Quand la liberté finira par arriver chez nous, tout le monde deviendra subitement patriote, et combien de nouveaux héros aurons-nous alors ? Mais tant que notre patrie est en danger, ce sont les mêmes qui rampent à genoux et vont dans le sens du courant, qui mordent à de vulgaire appâts et lèchent les bottes de leurs propres traîtres, qui pourchassent nos frères, rien que pour avoir accès aux magasins spéciaux."

    ...

    Le chagrin a rarement des mots.

  • La fille américaine de Monika Fagerholm

    la fille américaine.jpgEditions Stock - 638 pages

    Présentation de l'éditeur : 1969, dans une presqu'île de Finlande. Une jeune fille américaine, Eddie de Wire, vient rendre visite à sa tante. Deux garçons tombent éperdument amoureux d'elle et, lorsqu'elle disparaît soudainement, on retrouve l'un d'eux pendu dans une grange. C'est le début du Mystère de la fille américaine qui va hanter les habitants du lieu. Doris et Sandra, encore enfants à l'époque du drame, se lient d'une amitié exclusive, qui se nourrit de leur fascination commune pour cette affaire… Un roman envoûtant qui nous plonge dans les affres de l'adolescence tout en décrivant la violence des rapports de classe.

    Si les débuts sont un peu laborieux du fait d'une succession de paragraphes abscons (mais qui bien évidemment ont vocation à s'éclaircir au fil de la lecture), d'un style que je qualifierai de typiquement nordique et d'une multitude de personnages et d'époques, on se laisse finalement happer par ce thriller étrange, premier volet d'un diptyque dont la seconde partie s'intitule La scène à paillettes.

    Au coeur des contrées scandinaves qui d'ici semblent propices à la sérénité, ce sont des existences troublées et désenchantées que façonne l'auteur. Le poids de l'enfance et les affres de l'adolescence sont au coeur de cette intrigue complexe où le mystère plane. L'atmosphère est assez inquiétante, les personnages, tous perturbés, errent, dans un cadre marécageux. C'est une sorte de monde hors du monde, bien réel mais au frontière de songe, de l'imaginaire cauchemardesque.

    L'ensemble aurait gagné à être un peu élagué. La trame alambiquée au style très particulier peut facilement décourager et une sensation de longueur se fait ressentir sur la fin. A cela s'ajoute une noirceur qui n'est pas forcément au goût de beaucoup de lecteurs. C'est une lecture radicalement atypique, difficile, qui s'adresse à un public plutôt exigent osant s'aventurer en dehors des sentiers battus.

    Pour ma part, j'ai été assez envoûtée par ce texte où foisonnent les thèmes sous-jacents et qui plante un décor et une ambiance vraiment surprenants mais dont il est difficile de parler. Dur dur de résumer une histoire aussi riche et ténébreuse, aux frontières de l'ésotérisme. Une expérience vraiment unique qui mérite que l'on passe outre sa réputation hermétique.

    Extraits :

    Mais souviens-toi de ceci. Ce n'est pas toujours merveilleux, ni même agréable, de voir à quoi ressemblent ses rêves dans la réalité.

    ...

    Qui lui manquait tellement, des fois, que c'était comme un coup de couteau dans le ventre. Un manque qui, puisqu'on ne pouvait le faire cesser, devait s'enrober d'une histoire afin d'être maîtrisé tant bien que mal. Et elle s'en était fabriqué une, d'histoire, où elle se vautrait en solitaire quand l'humeur l'en prenait.

    ...

    Alors, BOUM. Elle était arrivée, comme une explosion, la Bombe. Et tout à fait comme par un pur hasard. Comme s'il n'était pas plus ou moins écrit sur son front (et sur celui de l'Ålandais aussi d'ailleurs) que cette rencontre était un pur hasard du genre de ceux dont on convient à l'avance.

    ...

    Le coeur est un chasseur au coeur dur, Pinky.

    L'amour n'est pas avare d'humiliations, Pinky.

    Voilà ce qu'il en est de lui.

    ...

    "Le temps n'attend pas. (...) Il y a les petits instants décisifs. Le temps de te retourner, tu les as déjà vécus. Le temps de te retourner, ils sont passés. Le temps de te retourner, ils t'ont été enlevés. Si tu ne t'y agrippes pas. C'est ainsi Sandra. Le temps de te... Tu ne dois pas gaspiller ton temps."

    ...

    Car c'était bien de cela qu'il s'agissait, à la fin des fins : pas de savoir si on voulait, oui ou non, marcher en rang, mais si on voulait croire en un changement possible.

  • Purge de Sofi Oksanen

    Editions Stock - 395 pagespurge.jpg

    Présentation de l'éditeur : En 1992, l’Union soviétique s’effondre et la population estonienne fête le départ des Russes. Mais la vieille Aliide, elle, redoute les pillages et vit terrée dans sa maison, au fin fond des campagnes. Ainsi, lorsqu’elle trouve Zara dans son jardin, une jeune femme qui semble en grande détresse, elle hésite à lui ouvrir sa porte. Ces deux femmes vont faire connaissance, et un lourd secret de famille va se révéler, en lien avec le passé de l’occupation soviétique et l’amour qu’Aliide a ressenti pour Hans, un résistant. La vieille dame va alors décider de protéger Zara jusqu’au bout, quel qu’en soit le prix. Sofi Oksanen s’empare de l’Histoire pour bâtir une tragédie familiale envoûtante. Haletant comme un film d’Hitchcock, son roman pose plusieurs questions passionnantes : peut-on vivre dans un pays occupé sans se compromettre ? Quel jugement peut-on porter sur ces trahisons ou actes de collaboration une fois disparu le poids de la contrainte ? Des questions qui ne peuvent que résonner fortement dans la tête des lecteurs français.

    Ce Prix Fémina du roman étranger - également couronné par le 9e Prix du roman Fnac et le Prix du livre européen - est autrement plus justifié que son équivalent français. Je n'irai pas pour autant dire que j'ai adoré - un peu trop sombre par rapport à mes envies du moment - mais ce livre vaut le détour. L'écriture est vraiment singulière, le suspens est insoutenable et la plongée dans ce pan de l'histoire relativement inconnue (enfin pour ma part) est passionnante. Des portraits de femmes sans concession.