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Littérature canadienne

  • Dolce agonia de Nancy Huston

    Editions Actes Sud - 298 pagesdolce agonia.jpg

    Présentation de l'éditeur : "Tout ce que je peux dire, c'est qu'une foule de menues coïncidences et de convergences inattendues ont fait de cette soirée un poème. Brusquement la beauté. Brusquement le drame. Des coeurs qui prennent feu, des rires qui fusent." Pour Thanksgiving, Sean Farrell invite ses amis de longue date à dîner. Dans la chaleur des verres d'alcool, les souvenirs reviennent au galop. On parle, on boit, on est amer, on espère encore, alors que le temps a marqué les visages et les vies. Bloqués par la neige, les convives passent la nuit chez Sean. Un narrateur invisible orchestre le récit : c'est Dieu, qui ne peut se retenir de nous conter comment, un beau jour, Il ôtera la vie à chacun des convives. Mais le vrai sujet du roman, comprend-on peu à peu, n'est pas la finitude de l'homme : c'est le miracle de l'amitié.

    Quel délicieux huis clos ! Oscillant entre dialogues, moments d'introspection et prophéties divines, le dîner auquel on assiste nous propose un formidable moment d'amitiés et de rancoeurs entre les différents convives. L'on apprend à les connaître très subtilement au passé, au présent et au futur par l'entremise de leurs relations, de leurs pensées et de Dieu lui-même, treizième des douze invités, invisible mais bien présent. Toute une mise en cène...

    Cette soirée bouleversante à plus d'un titre nous entraîne à notre insu à revenir sur le chemin parcouru, sur celui, non quantifiable, qui nous reste et à nous interroger sur ce que nous aimerions en faire, si tant est qu'on ait le choix. Car là aussi est l'originalité de l'oeuvre : la conception très spécifique du Dieu qui nous gouverne, petites marionnettes...

    Une atmosphère exquise, des présages et une conception de la vie quelque peu glaçante, là est toute l'ambivalence du récit, parfaitement résumée dans le titre qui n'aurait pu être plus adéquat. Une oeuvre incontestablement maîtrisée de bout en bout.

    Dans une certaine mesure, cette histoire m'a rappelé le magnifique film Les amis de Peter de Kenneth Branagh.

    Extraits :

    Quand je rencontre les créateurs des autres univers, je m'efforce toujours d'être modeste. Plutôt que de me vanter de l'excellence de mon oeuvre, je les félicite pour la beauté et la complexité de la leur... Mais, à part moi, je ne puis m'empêcher de trouver que la mienne est supérieure, car je suis le seul à avoir inventé une chose aussi imprévisible que l'homme.

    Quelle espèce ! Souvent, à regarder les êtres humains accomplir leur destinée sur Terre, je me laisse emporter presque au point de croire en eux. Ils me donnent l'impression singulière d'être dotés de libre arbitre, d'autonomie, d'une volonté propre... Je sais bien que c'est une illusion, une notion saugrenue. Moi seul suis libre ! Chaque tour et détour de leur destin a été planifié d'avance par mes soins ; je connais le but vers lequel ils se dirigent et le chemin qu'ils emprunteront pour y parvenir ; je connais leurs effrois et leurs espoirs les plus secrets, leur constitution génétique, les rouages les plus intimes de leur conscience... Et pourtant, et pourtant... ils ne cessent de m'étonner.

    Ah, mes chers humains... Comme cela m'enchante de les voir patiner et patauger ! Aveugles, aveugles... toujours là à espérer, à tâtonner... Voulant à tout prix croire en ma bonté, comprendre leur destin, deviner quels sont mes projets pour eux... Oui, les pauvres, ils ne peuvent s'empêcher de chercher le sens de tout cela ! Il suffit que je leur ménage une petite rencontre avec la naissance ou la mort et, aussitôt, ils sont convaincus d'avoir saisi quelque chose. Bouleversés chaque fois. Secoués jusqu'à la moelle.

    ...

    Il a mal, il a mal, ses lombaires le martyrisent, le tirent vers le bas : quand on souffre, c'est vraiment soi qui est dans la souffrance et non l'inverse, se dit-il, contemplant avec envie le fauteuil confortable près de la cheminée.

    ...

    Elle ne sait pas ce que c'est de vivre entouré de fantômes, de voir ses parents et amis glisser dans l'abîme les uns après les autres et de rester là, ébahi, impuissant... Non, pas toi ! Pas toi aussi ! Chaque fois, on est persuadé que la douleur sera trop grande, que la Terre cessera de tourner ou qu'à tout le moins on deviendra fou... Mais non, tout continue comme avant. On encaisse les pertes comme autant de coups de pied au ventre ; elles vous coupent le souffle mais vous n'osez pas broncher, alors vous vaquez à vos occupations, honteux de la force d'inertie qui vous fait vivre encore, malgré la disparition de tous ceux dont, croyiez-vous, l'amour vous faisait vivre...

  • Y : le dernier homme de Brian-K. Vaughan et Pia Guerra

    Editions Panini Comics

    Scénario : Brian-K. Vaughan - Dessin : Pia Guerra

    Tome 1 - No man's land - 80 pages

    Tome 2 - Un petit coin de paradis - 150 pages

    Tome 3 - Un petit pas - 200 pages

    Tome 4 - Stop / Encore - 230 pages

    Tome 5 - Alliance contre nature - 182 pages

    Tome 6 - Entre filles - 120 pages

    Tome 7 - Le scoop - 135 pages

    Tome 8 - Monnaie de singe -  120 pages

    Tome 9 - Terre mère - 180 pages

    Tome 10 - Trajet d'Y - 180 pages

    Présentation de l'éditeur : Dans le courant de l'été 2002, un fléau d'origine inconnue a détruit chaque spermatozoïde, chaque fœtus et chaque mammifère pourvu d'un chromosome Y... à l'exception d'un jeune homme et de son singe apprivoisé. Cette "maladie" a instantanément exterminé 48 % de la population mondiale, soit à peu près 2,9 milliards d'hommes. Aidé par la mystérieuse Agent 355, Yorick Brown, le dernier humain mâle, doit maintenant affronter de dangereuses extrémistes tandis qu'il est partagé entre l'espoir de retrouver sa petite amie à l'autre bout du globe et la volonté de découvrir ce qui a fait de lui l'unique survivant. Y les français l'appellent "i grec". Grec comme la tragédie, comme le destin qui frappe à l'improviste. Les anglais le prononcent "why". Pourquoi. Comme l'interrogation devant la mort qui surgit. Y. l'initiale de Yorick Brown, le dernier homme vivant sur une Terre ravagée par un mystérieux virus qui n'a laissé à sa surface que des femmes. Y. Le chromosome qui donne aux enfants mâles leur sexe, croix incomplète qui les distingue des femmes, désormais dirigeantes d'un monde dans lequel Yorik Brown se retrouve l'objet de toutes les convoitises et de toutes les détestations. Y. Croisée des chemins, fourche des destins, tournants des vies. Carrefour où Yorick Brown et son capucin Eperluette devront choisir quelle voie suivre.

    le dernier homme 1.jpgle dernier homme 2.jpgle dernier homme 3.jpgle dernier homme 4.jpgle dernier homme 5.jpgle dernier homme 6.jpgle dernier homme 7.jpgle dernier homme 8.jpgle dernier homme 9.jpgle dernier homme 10.jpg

    Voilà un sacré morceau de science-fiction ! A cause d'un virus hostile aux hommes, le monde se retrouve aux mains des femmes. Feront-elles mieux que ceux qui les ont trop longtemps soumises et qui ont toujours gardé en mains les rennes, les postes clés, le pouvoir ?

    C'est ce que ce récit d'anticipation sur fond de politique et de science, mêlant habilement amour, humour, thriller et fantastique, s'attache à démontrer. Au gré d'incessants rebondissements parfois légèrement compliqués à suivre et sur la fin un petit peu lassants avouons-le, c'est une véritable réflexion philosophique qui nous est proposée au coeur d'un monde post-apocalyptique. L'intrigue est habilement ficelée, oscillant entre passé et présent, et à la mérite de ne pas se finir en eau-de-boudin, comme trop souvent dans le genre.

    Mention spéciale à l'édition qui offre un format léger très confortable.

  • Paul à Québec de Michel Rabagliati

    Editions de la Pastèque - 184 pagespaul à québec.jpg

    Présentation de l'éditeur : L’achat d’une première maison et la mort d’un proche sont au coeur de ce nouvel opus fort attendu. D’Ahuntsic à St-Nicolas, en passant par le célèbre Madrid de l’autoroute 20, l’auteur nous propose, cette fois-ci, de découvrir sa famille à travers une histoire fort émouvante : ce sont les derniers mois de Roland, le père de Lucie et beau-père de Paul. Autour de Roland, rongé par le cancer, la famille se soude… Il faut un talent de conteur remarquable pour faire passer du rire aux larmes en une seule et même planche. C’est ce que réussit Michel Rabagliati dans Paul à Québec. L’auteur nous démontre, une fois de plus, qu’il est en pleine maîtrise de ses moyens, il dessine la vie… tout simplement.

    Paul est au 9e art ce que Martine est à l'album jeunesse. Je doute que d'un point de vue qualitatif, la comparaison soit très juste pour la production québecoise mais c'est pour présenter le concept : Paul à la campagne, Paul au parc, Paul à la pêche, Paul en appartement, Paul a un travail d'été, Paul dans le métro. Bref Paul, c'est des histoires de la vie d'un mec comme tout le monde, qui fait son petit bonhomme de chemin dans l'existence au gré des joies et des soucis.

    Je ne connaissais pas du tout. Mais le mot Québec a un effet galvanisant sur ma petite personne tant la littérature qui émane de ce territoire me subjugue sans jamais, je dis bien jamais (jusqu'à présent), me décevoir. Quand, de surcroît, l'auteur EST Québécois, alors là, c'est le pompon !

    J'ai donc pris la vie de Paul en cours de route, au moment où il achète une maison et où son beau-père entre en phase terminale d'une saloperie de cancer. Bon, dit comme ça, ça donne un peu l'impression d'être un bouquin qui donne envie de se tirer une balle mais en réalité, même si pour être honnête on peut difficilement ne pas chialer, ben c'est aussi beaucoup d'humour, de tendresse et de jolis moments familiaux. Et ça donne furieusement envie de se plonger plus avant dans les aventures de Paul.

    Cet opus a reçu le Grand prix de la Ville de Québec pour la meilleure bande dessinée québécoise de 2009 au Festival de la bande dessinée francophone de Québec, le Bédélys du meilleur album québécois 2009, le Bédélys du meilleur album francophone 2009 et last but not least, le Prix du public au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême 2010.

    Au cas où cette flopée de prix de serait pas assez parlante sur le high level de Paul, sachez qu'une adaptation cinématographique est prévue pour 2013.

  • Rentrée littéraire : Joueur_1 de Douglas Coupland

    joueur_1.jpgEditions Au Diable Vauvert - 312 pages

    Présentation de l'éditeur : Un roman qui se déroule en cinq heures, où l'on suit en temps réel un cataclysme mondial depuis le bar d'un aéroport. Cinq personnages y sont bloqués : Karen, mère célibataire qui attend un rendez-vous pris sur internet ; Rick, le barman ; Luke, pasteur en cavale ; Rachel, blonde incapable de vrais contacts humains, et enfin une voix mystérieuse, Joueur_1. Pendant que le monde s'achève sous leurs yeux, chacun révèle sa propre vérité... Dans la tradition de Kurt Vonnegut et de J.-G. Ballard, Coupland explore avec son humour habituel les crises contemporaines et s'interroge sur l'espèce humaine, la société et l'au-delà, dans un roman court et drôle, lumineuse expression de ses thèmes fondateurs.

    Après Les morues de Titiou Lecoq, Au Diable Vauvert semble confirmer avec Joueur_1 un parti pris éditorial résolument moderne, le choix d'une littérature incontestablement ancrée dans son époque.

    Nous est proposé ici un huis clos atypique aux personnages décalés. Les dialogues comme les réflexions des protagonistes sont inattendus, quasi surréalistes et l'on ne lâche pas le livre pour savoir enfin où l'auteur va nous trimballer. Mais il faut bien le dire, derrière les envolées philo, socio, éco, etc. et les références en tous genres qui fusent sans interruption, laissant paraître un rythme effrené, il ne se passe pas grand chose, l'on ne voit pas bien l'intérêt du mystérieux Joueur_1 et le final un peu métaphysique sur les bords ne convaint pas vraiment. Pour autant, l'originalité l'emporte et le moment de lecture est très agréable.

  • Rentrée littéraire : Julian de Robert Charles Wilson

    julian.jpgEditions Denoël - 592 pages

    Présentation de l'éditeur : Il s'appelle Julian Comstock ; il est le neveu du président des Etats-Unis. Son père, le général Bryce Comstock, a été pendu pour trahison (on murmure qu'il était innocent de ce crime). Julian est né dans une Amérique à jamais privée de pétrole, une Amérique étendue à soixante Etats, tenue de main de maître par l'Eglise du Dominion. Un pays en ruine, exsangue, en guerre au Labrador contre les forces mitteleuropéennes. Un combat acharné pour exploiter les ultimes ressources naturelles nord-américaines. On le connaît désormais sous le nom de Julian l'agnostique ou (comme son oncle) de Julian le Conquérant. Ceci est l'histoire de ce qu'il a cru bon et juste, l'histoire de ses victoires et défaites, militaires et politiques. Fresque post-apocalyptique, western du XXIIe siècle, fulgurant hommage à l'oeuvre de Mark Twain, Julian est le plus atypique des romans de Robert Charles Wilson. Une réussite majeure et une critique sans concession des politiques environnementales actuelles.

    Les plus frileux au genre science-fictionnel seront à n'en pas douter surpris par ce livre très original et profondément classique à la fois. Cette fresque post-apocalyptique se déroulant au XXIIe siècle prend la forme de la biographie épique d'un homme hors du commun, Julian, par son compagnon de route. Le monde créé par l'auteur donne matière à réflexion sur des sujets aussi fondamentaux que la politique, la religion, l'environnement, la liberté. Ce qui accroche particulièrement est le contexte : le monde dépeint est bien différent de celui que l'on connaît mais est le résultat de ce dernier : la vie dans un monde où il n'y a plus de pétrole et ravagé par des catastrophes sanitaires en tous genres. Critiques, idéaux, réflexions sur la société laissent la part belle à l'aventure, aux rebondissements et aux scènes de guerres navales, aériennes ou terriennes. Mais si l'action est permanente ou quasi, il subsiste malgré tout un effet de lenteur. Pas désagréable mais que l'on ne peut ne pas remarquer. Ce qui n'empêche nullement d'ériger le livre en véritable hommage à Mark Twain (tout le monde le dit alors je le répète mais je n'ai jamais lu le maître). Au final, c'est un livre très divertissant, qui change du commun et qui saura séduie largement je pense un public masculin.