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Littérature brésilienne

  • Passager de la fin du jour de Rubens Figueiredo

    Sortie ce jour en librairie.culture,littérature,livre,roman,citation,brésil

    Books Éditions - 247 pages

    Présentation de l'éditeur : Pedro tient une petite librairie de quartier dans le centre-ville d’une métropole brésilienne. Comme chaque week-end depuis six mois, pour retrouver Rosane, sa fiancée, il se rend en bus dans le quartier du Tirol, une banlieue délabrée à 40 kilomètres de là. Le temps d’un voyage, alors que des rumeurs d’émeute attisent les tensions et font dévier le bus de son trajet initial, Pedro, dont les pensées vagabondent, nous livre un portrait sensible d’un Brésil méconnu. Dans son sac à dos, un livre bon marché sur le passage de Darwin dans son pays, qu’il lit par intermittence : la brutalité du monde animal et celle du monde humain se répondent.

    Traduit du portugais par Dominique Nédellec.

    Ma note :

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    Broché : 20 euros

    Un grand merci à Books Éditions pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    À l'horizon 2016, Rio de Janeiro deviendra la première ville sud-américaine a accueillir les Jeux Olympiques d'été. Pour ce faire, la Cidade Maravilhosa tente, tant bien que mal, de mettre les petits plats dans les grands, d'achever dans les délais les travaux titanesques requis et de faire disparaître à grands coups de pelleteuses et de matraques les points noirs (favelas, trafics, violences, pauvreté) qui gangrènent le paysage idyllique formaté exigé par le CIO.

    Bien loin des clichés carnavalesques et sabloneux made in Copacabana ou Ipanema, Rubens Figueiredo, deux fois lauréat du Prix Jabuti - équivalent brésilien du Goncourt - entre autres distinctions littéraires, livre dans Passager de la fin du jour un portrait subtil, sensible et réaliste de son Brésil. Un Brésil méconnu ou volontairement ignoré où gronde la violence derrière les paillettes. Un pays divisé entre misère et prospérité.

    D'une écriture singulière qui oscille indistinctement entre évocations du passé, observation du présent et lecture d'un texte de Darwin, l'auteur ne donne pas une représentation passive et résignée de cette part sombre de sa terre. Il cherche au contraire à dénoncer les inégalités et les injustices trop souvent considérées comme naturelles voire inéluctables, rendant par là-même honneur à tous les laissés pour comptes, les oubliés, les relégués, ceux dits en marge. Et, en filigrane, il lance un avertissement : la revanche est possible, l'injustice n'est pas une fatalité...

    Cette émouvante fresque, brossée par un narrateur plutôt contemplatif, n'a rien d'un livre d'action. Pour autant, le récit, que d'aucuns trouveront peut-être ennuyeux, est bel et bien vivant, vibrant et la tension sous-jacente va crescendo, mettant les nerfs de l'obervateur extérieur à rude épreuve. La plume fine et l'analyse perçante de Figueiredo prouvent, si besoin était, que les vrais héros sont ceux, injustement qualifiés de petites gens, qui se déménent au quotidien.

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    Extraits :

    Ne pas voir, ne pas comprendre et même ne pas sentir. Tout cela sans passer sans un idiot et encore moins pour un fou aux yeux des gens. Un grand distrait, en quelque sorte - mais plutôt malgré lui, ce qui jouait souvent en sa faveur. Motif de moquerie pour les uns, d'affection pour les autres, c'était là une disposition qui, à presque trente ans, pouvait se confondre avec sa vraie nature - aux yeux des gens. Sauf que ça ne suffisait pas. Il avait beau être distrait, il lui fallait toujours chercher d'autres motifs de distraction.

    ...

    De sa main qui tremblait légèrement par moments, le juge retirait un livre. Il l'ouvrait de ses doigts longs, aux articulations saillantes et couronnées de quelques poils grisonnants. Il le feuilletait tout doucement, et la précision des brefs mouvements de ses doigts lorsqu'il manipulait les pages témoignait de sa familiarité avec le papier et l'écrit, et du respect qu'ils lui inspiraient.

    ...

    En somme, tout cela - le travail, l'école, savoir lire et écrire, le centre-ville, la ville proprement dite, avec ses quartiers et ses activités officiels -, tout cela appartenait au monde qui les avait abandonnées à leur sort, qui les avait fait sombrer : c'était le monde de leurs ennemis.

  • Rentrée littéraire : La Vie de Régis de Sá Moreira

    la vie.jpgA paraître le 22 août 2012

    Editions Au Diable Vauvert - 120 pages

    Présentation de l'éditeur : "Je suis sortie sur le parking, il faisait froid, c'était agréable, un homme m'a demandé mon numéro de téléphone, je ne sais pas ce qui m'a pris, je lui ai tout de suite donné..." "C'était la première fois que j'osais aborder une inconnue et il a fallu que ce soit la bonne. Nous nous sommes mariés deux mois après. Tout ce travail sur ma timidité pour un seul numéro, j'aurais bien voulu en profiter un peu plus, au moins tenter ma chance avec la fille de l'agence de voyages..." "Il passait devant l'agence tous les jours, presque toujours à la même heure. Je ne le connaissais pas mais quand il a cessé de passer, je me suis inquiétée. Qu'est-ce que ça veut dire connaître les gens ? Je ne suis même pas sûre de connaître l'homme avec lequel je vis..." "Encore heureux. Je suis sûr que si elle me connaissait elle partirait en courant. D'autres l'ont fait avant elle...". Des personnages se succèdent et se croisent, auxquels on s'attache le temps de quelques lignes, d'une pensée, d'un fragment d'histoire, par une fenêtre ou un rideau, un souvenir, un quai de métro, un souffle, tout ce qui constitue le fil du hasard. L'étudiante, le jardinier, la star, l'astronaute, l'enfant, le boulanger, le prof d'histoire, et même ici Dieu et la Mort... ont un point commun : cette vie continue, qui coule, circule et relie. Pris de vivacité et de fraîcheur, on entre surpris, promené comme à la marelle par un texte profond et tendrement drôle. Vite on en savoure chaque paragraphe, on le relit, on reconnaît les personnages, on se demande où cela va nous mener. Peu à peu, on devient l'autre, tous les autres, le texte déborde notre vie. On se surprend à regarder autour de soi, à observer son voisin. La vie est un miraculeux hommage à la communion muette des âmes, à notre humanité.

    Un grand merci à Babelio et aux éditions Au Diable Vauvert pour m'avoir permis de découvrir en avant-première le nouveau livre de Régis de Sá Moreira.

    De cet auteur, j'avais lu Le Libraire. Déjà, j'avais qualifié l'ouvrage de véritable OLNI : objet littéraire non-identifié. Dans sa nouvelle parution, l'écrivain aux racines brésiliennes se démarque une fois encore par une écriture atypique, surprenante, inattendue.

    Difficile de définir ce texte : s'agit-il d'un roman, de micro-nouvelles interdépendantes ? Quelle que soit l'étiquette qu'on lui accole, il est incomparable. Le concept ? Des paragraphes, des séquences de vies qui s'enchaînent. L'idée ? Nous sommes tous liés d'une façon ou d'une autre.

    J'ai été particulièrement fascinée par les émotions créées au fil de ma lecture. Certains aperçus d'existences m'ont laissée totalement indifférente, d'autres m'ont émue par leur justesse et quelques-unes m'ont frustrée tant j'aurais souhaité en savoir plus. Ce sont ces dernières qui feront je crois naître une âme d'écrivain en chaque lecteur qui ne pourra s'empêcher de continuer lui-même cette suite qui lui est refusée.

    Mon conseil est de picorer cet hommage à la vie car si l'originalité délicieuse de l'écriture est incontestable, la lassitude peut être au rendez-vous d'une lecture à haute dose.

    Extraits :

    Je l'ai su dès que je l'ai vue qu'elle ne tiendrait pas le rythme. Nous sommes des lectrices professionnelles, pas des ménagères romantiques. Même les auteurs ont peur de nos invitations, ils préfèrent se cacher chez eux et envoyer leurs romans à ces connes de bloggeuses...

    ...

    Je l'aime. Il fallait bien que quelqu'un l'aime et c'est tombé sur moi. Je n'ai pas choisi, c'est la vie qui me l'a mis dans les bras, je n'ai pas choisi mais disons que j'ai accepté. Je ne peux pas m'empêcher de penser qu'il vaut mieux aimer un gros con que ne pas aimer un type génial. C'est l'amour qui compte, pas les petites personnalités, sinon il y a longtemps que tout le monde se détesteraient. Ou resterait tout le temps seul comme notre voisine d'en face...

    Ce que je préfère dans la solitude c'est que personne ne sait ni même ne s'intéresse à ce que je fais. Là par exemple, il est presque 2 heures du matin, je peux me lever, faire semblant que c'est la matin, m'habiller comme un sac, prendre un taxi pour aller à la gare boire un café et revenir me coucher, personne ne le saura jamais ! Même sur mon lit de mort, je serai la seule à savoir que j'aurai fait ça une nuit...

    Faux, je rentre chaque soir par le dernier train et je suis sûr que je l'aurais remarquée, assise au café de la gare. Je remarque toujours les belles femmes qui s'habillent mal, je trouve que le contraste rehausse leur beauté, surtout si en plus elles ont les cheveux sales. Je me souviens quand j'ai rencontré ma femme, on aurait dit une bête sauvage...

    ...

    Si je me rase j'ai l'air trop jeune et les gens me demandent où est l'obstétricien. Je me pose moi-même la question et je me mets à douter de moi, c'est fou ce sentiment d'imposture qui persiste au coeur même de mon activité, je n'ai jamais pu m'en séparer. Je me console en me disant que ça doit arriver à tout le monde, même au Président de la République...

  • Orphelins de l'Eldorado de Milton Hatoum

    orphelins de l'eldorado.jpgEditions Actes Sud - 135 pages

    Présentation de l'éditeur : Au bord du fleuve Amazone, un passant devient le dépositaire de l'histoire d'un vieux fou. Erigeant en mythe son amour désespéré pour une Indienne de la forêt, le vagabond restitue la chronique d'une famille, d'une région, d'une époque où la sève du caoutchouc incarnait tous les rêves d'un Eldorado brésilien. Que reste-t-il de cette héroïque dynastie ? La concurrence asiatique menace, le transport marchand qui a fait sa fortune périclite, la Première Guerre mondiale approche. Le flambeau est impossible à relever pour le jeune héritier qui a dilapidé sa fortune dans les plaisirs faciles, envoûté par les rêves de Cité Enchantée d'une impétueuse orpheline. Dans le vilage de Fitzcarraldo - magnificence et frustration, chimère démesurée, folie du rêve impossible -, Milton Hatoum façonne histoire, légende et mémoire en amoureux hommage aux mythes de son Amazonie natale.

    Si mon premier pas dans la littérature brésilienne m'avait enchanté (Le Libraire), le second est un échec total. L'ouvrage a beau ne pas être conséquent, je n'ai pas eu le courage d'aller jusqu'au bout, je me suis arrêtée à mi-ouvrage. Personnages peu attachants et récit mal construit.

  • Le Libraire de Régis de Sá Moreira

    59efc2bd6d18acf72532aa4ae02a7c74.jpgEditions Au Diable Vauvert - 190 pages

    Quatrième de couv' :

    - Vous l'avez lu ?

    - Oui, dit le libraire.

    - Moi aussi, répondit le jeune homme.

    Le libraire lui sourit. Le jeune homme prit confiance :

    - Mais je l'ai offert à quelqu'un... à qui je n'aurais pas dû l'offrir.

    - C'est difficile d'être sûr de ces choses-là, répondit le libraire.

    - Oui, dit le jeune homme.

    - Ne désespérez pas, dit encore le libraire. Certains livres sont à retardement...

    Cet Objet Littéraire Non Identifié est une pure merveille, chaleureusement recommandée à tous les amoureux de lecture, fétichistes du livre et autres contemplatifs. Deux heures trente tout au plus d'une immersion totale dans le monde parallèle d'un libraire qui, anonymement, nous rapproche de lui au travers de petites anecdotes drôles, émouvantes ou encore saugrenues et de demi-mots qui en disent bien plus long que d'interminables descriptions. L'atmosphère créée par l'auteur est unique en son genre et donne tout simplement envie de se blottir qui dans son lit, qui dans son fauteuil le plus confortable et de siroter, à l'image du protagoniste, une délicieuse tisane tout en lisant ou relisant les milliers d'ouvrages qui nous sont ou seront chers ou pas.

    Et je n'aime pas la tisane, c'est dire !