25.09.2009

Au secours Mrs Dalloway de Mary Dollinger

dollinger.jpgJacques André Editeur - 258 pages

Quatrième de couv' : Clare Fournier, jeune anglaise bourgeoisement installée avec mari (radin), enfants (insupportables) et chien (apathique), voit un jour son excentricité toute britannique refaire surface et perturber son quotidien ennuyeux. Entraînée malgré elle dans des péripéties qu'elle nous raconte avec un humour terriblement anglo-saxon, à mi-chemin entre P.G. Wodehouse et W. Allen, elle s'engage sur les traces de Mrs Dalloway, l'héroïne angoissée de V. Woolf, et entreprend la rédaction d'un best-seller dont les personnages se rebellent à leur tour...

Cet archétype de la mise en abîme est un alliage parfait d'oppositions, jonglant de la réalité à l'idéal fantasmé ou encore de la gravité à la légéreté. Cette subtile recette qui vous entraîne dans le sillage tourbillonnant d'une femme en pleine renaissance n'en est que plus savoureuse. Bizarrement, j'en retiens moins le message de vie que les précieuses remarques quant au métier d'écrivain... Mais la réussite d'un livre ne tient-elle pas dans la capacité à faire se projeter le lecteur, d'une manière ou d'une autre ?

Seule fausse note pour la fétichiste du livre que je suis, la reliure un peu rigide oblige le lecteur à casser la tranche... Sacrilège ! Mais au final, j'ai opéré cette concession avec plaisir.Le démon des mots Charlotte Sapin

La lecture de ce livre m'a remis en mémoire une rencontre estivale d'avec un jeune anglais autour d'un apéritif. Alors que je l'initiais au vin français, j'achevais le service et par la même occasion la bouteille en remplissant son verre. Tentant tant bien que mal de lui expliquer qu'en France, quand nous finissions une bouteille, nous nous exclamions "Marié ou pendu avant la fin de l'année", je lui demandais s'il existait un proverbe équivalent outre-Manche. Et lui de me répondre "ow yes, quand nous fini le bouteille, nous dire Oh shit !"... J'adore.

23.08.2009

Joseph Connolly

A mi-chemin de la chicklitt et des Chroniques de San Francisco d'Armistead Maupin, les ouvrages présentés ci-après sont ce que j'appelle des bouquins d'été : légers, drôles, déconcertants. Tous agréables à lire, il n'est en revanche pas nécessaire - sauf addiction au style - de se coltiner les trois tomes étant donné que Joseph Connolly est un écrivain de qualité doublé d'un business man. Je m'explique : des personnages stéréotypés, des trames mélodrama-comiques, des lieux communs cocasses, un style redondant... l'auteur a trouvé le filon et l'exploite clairement jusqu'à plus soif. Mais pourquoi s'en priver ? Ca fonctionne tellement bien !

connolly1.jpgVacances anglaises
Quatrième de couv' : Elizabeth se fait offrir par son mari Howard des vacances à l'ancienne dans un hôtel chic de la côte anglaise. La jalouse Dotty, sa voisine londonienne, entend faire de même, mais Brian, son époux, ne peut que lui louer une caravane en guise de palace. Autour d'eux, gravitent leurs enfants, une mère célibataire et son bébé charmant mais braillard, un mari fou de jalousie et sa ravissante épouse, un dragueur professionnel... Et tout se petit monde va s'entrecroiser, non sans réveiller les libidos de chacun et provoquer mésaventures et rebondissements en série. Périple loufoque aux confins ultimes de la concupiscence, du snobisme et de l'adultère, Vacances anglaises est la dernière comédie de moeurs d'un des auteurs les plus drôles de Grande-Bretagne.

Editions de l'Olivier - 462 pages

connolly2.jpgN'oublie pas mes petits souliers
Quatrième de couv' :  Dans cette satire au vitriol de la vie et des moeurs contemporaines, on retrouve les personnages de Vacances anglaises, quelques mois après les évènements survenus l'été précédent, autour d'un traditionnel repas de noël. Et cette période de fêtes va se révéler redoutable pour chacun d'eux : péripéties, adultères, drames et histoires d'amour torrides dont personne ne sortira indemne... Après le mémorable Vacances anglaises, Joseph Connolly récidive dans ce roman qui souligne avec une incroyable verve langagière les frustrations, fantasmes coupables et troubles identitaires de la société britannique. Emotion, humour acide et catastrophes en série sont au rendez-vous !

Editions de l'Olivier - 492 pages

connolly3.jpgS.O.S.
Quatrième de couv' : L'enfer, c'est les autres, disait Sartre. Selon Joseph Connolly, c'est plutôt une croisière de six jours sur le Transylvania, un Transatlantique reliant Londres à New York. Avec l'humour décapant qu'on lui connaît, l'auteur de Vacances anglaises (Embrassez qui vous voudrez) nous embarque dans une folle aventure dont personne ne sortira indemne. Sur le paquebot, David voyage en compagnie de sa femme Nicole et de ses deux enfants, mais aussi de Trish, sa maîtresse. Pendant une semaine, ils vont côtoyer Stacy, 20 ans, qu'on différencie mal de sa mère, Jennifer, 39 ans, Nobby et Aggie - certes, ils ont le pied marin, mais ont-ils encore l'âge de naviguer ? -, et Earl, le fils en mal d'amour de Dwight et Charlene, un couple d'Américains. Un voyage en huis lcos, où les rencontres et les romances inattendues iront bon train... pour le meilleur et pour le pire.

Editions de l'Olivier - 457 pages

22.08.2009

A propos d'un gamin de Nick Hornby

Editions France Loisirs - 351 pageshornby.JPG

Quatrième de couv' : Will Freeman, Peter Pan moderne de 36 ans, est un célibataire immature et cynique qui vit à Londres dans le luxe et l'oisiveté. Alors que tous ses amis commencent à se ranger, il décide de tester une nouvelle technique de séduction. Il se fait passer pour un père en solo, et séduit des mères célibataires, certain que celles-ci ont moins tendance à s'attacher. Ainsi, il peut les quitter facilement et sans heurts. Mais ce mécanisme bien huilé s'enraye lorsque Will rencontre Marcus, 12 ans, qui lui est radicalement opposé...

Ce livre tout à fait touchant qui croise les vies de protagonistes écorchés par la vie, chacun à leur manière, offre un excellent moment au lecteur, émotion garantie. L'auteur a vendu ses droits à Bob De Niro lui-même et l'adaptation cinématographique intitulée Pour un gamin est un petit bijou dans lequel Hugh Grant donne encore et toujours ses lettres de noblesse à la comédie anglaise.

Quand grandir n'a rien à voir avec l'âge, le cocktail intergénérationnel et le mélange des classes devient détonnant...

06.07.2009

Persuasion de Jane Austen

persuasion.jpgEdition Christian Bourgois - 296 pages

Quatrième de couv' : "Sous le vernis d'un genre, chacune des phrases de Jane Austen attaque les conventions, traque les ridicules, et finit avec une grâce exquise par pulvériser la morale bourgeoise, sans avoir l'air d'y toucher. Les héroïnes de Jane Austen lui ressemblent, elles aiment les potins mais détestent bavardages, grossièreté et vulgarité. La pudeur, le tact, la discrétion, l'humour sont les seules convenances qu'elles reconnaissent... Et si Jane Austen mène les jeunes filles au mariage, c'est fortes d'une telle indépendance qu'il faut souhaiter au mari d'être à la hauteur ! A lire yeux baissés et genoux serrés pour goûter en secret le délicieux plaisir de la transgression des interdits." Anne Barbe, Libération 1980

Et voilà ! Après Orgueil et préjugés, Emma, Northanger Abbey, Raison et sentiments, Lady Susan et Mansfield Park, j'ai fait le tour de l'oeuvre de la fameuse Jane Austen. Du moins de son oeuvre d'adulte puisqu'il me reste tout de même ses écrits d'adolescentes regroupés dans Juvenilia et autres textes et qui, semble-t-il, ne déméritent aucunement. Peut-on d'ailleurs pointer la moindre faille dans les écrits de cet incontournable auteur ? Nullement. Parole de fan.

Ici, c'est le destin d'Anne Elliot qui nous est présenté, héroïne austenienne par excellence dont j'ai adoré le parcours, même si, d'après ce test, je suis davantage :

quizmarianne.jpg
Et vous ?

23.06.2009

Un Américain bien tranquille de Graham Greene

greene.jpgEditions 10/18 - 254 pages

Quatrième de couv' : Graham Greene n'est pas seulement le grand écrivain catholique consacré par le succès de son fameux roman La Puissance et la Gloire. Entré par effraction dans le royaume de la Grâce (selon le mot de François Mauriac), cet ancien membre du Foreign Office a su, même au travers des divertissements que sont des livres comme Notre agent à La Havane et Un Américain bien tranquille, dénoncer la guerre, les dictatures et ce vice suprême : l'imbécillité. Voilà pourquoi Graham Greene compte, avec George Orwell et Evelyn Waugh, parmi les géants de la littérature anglaise du XXe siècle.

Ma première approche d'avec Graham Greene, au travers du roman La fin d'une liaison, ne fut pas à proprement parler convaincante. Mais étant de ceux sachant donner sa chance au produit - et surtout, étant en possession de deux autres romans de l'auteur -, j'ai décidé de retenter l'expérience ; quelque trois années plus tard.

Si l'enthousiasme survolté n'est toujours pas au rendez-vous, la déception ne l'est pas davantage. Comme pour La fin d'une liaison, l'on n'est pas transporté et pour autant, impossible de se défaire de l'ouvrage. Pour ces deux oeuvres, j'éprouve la sensation étrange à la fois qu'il manque quelque chose et à la fois qu'ils renferment quelque chose en plus, qui fait de Greene un auteur incontournable.

Comme lors de l'expérience précédente, l'amour est très présent dans ce livre. Il est traité ici au coeur d'un trio amoureux sur fond de guerre coloniale (Vietnam). L'opposition des mondes, des hommes entres eux, l'opposition de l'homme et de la femme, des jeunes et des vieux... Introspection et désillusion semblent être les maîtres de mot de l'oeuvre singulière mais pas anodine de Greene.

Adaptation cinématographique réalisée par Phillip Noyce, avec Michaël Cayne, Brendan Fraser, Do Thi Hai Yen...

Extraits :

Une occasion de me faire tuer ? Pourquoi aurais-je envie de mourir puisque Phuong dormait à mes côtés toutes les nuits ? Mais je connaissais la réponse à cette question. Depuis mon enfance, je n'ai jamais cru à la permanence et pourtant je n'ai jamais cessé d'y aspirer. J'avais toujours peur de perdre mon bonheur. Ce mois-ci, l'année prochaine, Phuong me quitterait. Si ce n'était pas l'année prochaine, ce serait dans trois ans. La mort était la seule valeur absolue de mon univers. Quand on a perdu la vie, on ne peut plus rien perdre à jamais. J'enviais ceux qui peuvent croie en un Dieu et ils m'inspiraient de la méfiance. J'avais le sentiment qu'ils entretenaient leur courage à l'aide d'une fable concernant l'immuable et le permanent. La mort est beaucoup plus indéniable que Dieu, et avec la mort disparaît la possibilité quotidienne de voir mourir l'amour. Le cauchemar d'un avenir d'ennui et d'indifférence se dissipe.

...

(...) ; nous ne tenions pas à ce qu'on nous rappelât que nous sommes si peu de chose et combien la mort vient vite, simplement, anonymement. Quoique ma raison aspirât à la mort, en tant qu'état, j'en avait peur comme une vierge redoute l'acte sexuel. Je souhaitais être averti d'avance de l'approche de la mort, afin d'avoir le temps de me préparer. Me préparer à quoi ? Je ne le savais pas, je ne savais pas non plus comment me préparer, en dehors d'un examen rapide de ce que j'allais quitter.

...

Le temps prend sa revanche, mais les revanches sentent bien souvent l'aigre : ne ferions-nous pas mieux, les uns et les autres, de renoncer à comprendre, d'accepter le fait qu'aucun être humain n'en comprendra jamais un autre, la femme son mari, l'amant sa maîtresse, les parents leurs enfants ? Peut-être est-ce pour cela que les hommes ont inventé Dieu... un être capable de comprendre.

...

J'étais destiné à revoir fréquemment cet air de souffrance déçue passer dans ses yeux et sur sa bouche quand la réalité ne correspondait pas aux idées romanesques qu'il nourrissait, ou quand un être qu'il aimait ou admirait n'atteignait pas l'impossible niveau idéal qu'il lui avait fixé.

05.06.2009

Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates

De Mary Ann Shaffer & Annie Barrows

Editions du Nil - 391 pagescercle.jpg

Quatrième de couv' : "Je me demande comment cet ouvrage est arrivé à Guernesey. Peut-être les livres possèdent-ils un instinct de préservation secret qui les guide jusquà leur lecteur idéal..." Janvier 1946. Tandis que Londres se relève douloureusement de la guerre, Juliet, jeune écrivain, cherche un sujet pour son prochain roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d'un inconnu, natif de l'île de Guernesey, va le lui fournir ? Au fil de ses échanges avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre un monde insoupçonné, délicieusement excentrique ; celui d'un club de lecture au nom étrange inventé pour tromper l'occupant allemand : le "Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates". De lettre en lettre, Juliet découvre l'histoire d'une petite communauté débordante de charme, d'humour, d'humanité. Et puis vient le jour où, à son tour, elle se rend à Guernesey...

Après Bonne à tout faire de Saira Rao, Brel par Leloir et Tant que je serai noire de Maya Angelou, j'ai eu la chance de recevoir de Babelio exactement le livre que je voulais - parmi tous ceux pour lesquels j'avais postulé plus ou moins convaincue pour certains... - et qui trônait déjà depuis un moment dans ma wish-list Amazon.

Suite à la lecture de Lady Susan de mon adorée Jane Austen, je crois pouvoir affirmer que ce livre au titre pour le moins original m'a convaincu de mon amour pour le style épistolaire. Style aux apparences faciles - après tout, tout le monde sait écrire des lettres ! - mais qui, si l'on y réfléchit un tant soit peu, est particulièrement complexe puisque les courriers doivent être crédibles tout en définissant les personnages, les lieux, les faits... Et ici, l'exercice est accompli de mains de maîtres par l'auteur et sa nièce tant d'un point de vue technique que d'un point de vue de l'originalité de l'histoire où se côtoient humour et émotions. L'on est littéralement happé par l'intrigue à tel point que l'on ne peut se défaire de son bouquin, si ce n'est pour penser à organiser ses prochaines vacances sur l'île de Guernesey.

Il est bien normal que ce livre ait rencontré un immense succès dont malheureusement l'auteur n'aura pu profiter, étant décédée peu de temps après avoir su que son livre - son premier - allait être publié et traduit dans de nombreuses langues. Quel meilleur hommage que de le lire ?

13.05.2009

Mansfield Park de Jane Austen

mansfield park.jpgEditions 10/18 - 510 pages

Quatrième de couv' : "On ne sait pratiquemment rien d'elle, sinon quelques dates et les lieux où elle a vécu. Son iconographie est réduite à un portrait que fit d'elle sa soeur. Jane Austen (1775-1817) serait tombée dans l'oubli le plus total, n'étaient les six romans qu'elle écrivit, et qui sont parmi les plus étonnants du domaine romanesque anglais... Il ne s'y passe littéralement rien. Ils racontent principalement les rapports qui se tissent entre des demoiselles à marier et des épouseurs en puissance. Ils sont faits de dialogues et d'évocations brèves : mondanités, jardins, maisons de campagne, voilà pour le cadre. La cérémonie du thé, la préparation et le déroulement des bals, voilà pour les événements majeurs. Et pourtant, avec une matière d'une apparence si mince, Jane Austen a fasciné des lecteurs de la qualité de Virginia Woolf et Henry James et continue de fasciner un public important." Hubert Juin, Le Monde

Rares sont les jaquettes pertinentes à mon goût, mais s'il en est une incarnant la justesse, elle est bien celle-ci. Tout est dit.

D'Orgueil et préjugés, Emma, Northanger Abbey, Raison et sentiments et Lady Susan, Mansfield Park est sans doute mon préféré.

Ce qui me désespère : il ne me reste plus que Juvenilia et autres textes et Persuasion de cette auteur qui compte parmi mes favoris. Ce qui me réjouit : j'adore relire et la plupart sont des pavés.

Et puis, je pourrais toujours me rabattre sur Un portrait de Jane Austen de David Cecil, Le club Jane Austen de Karen-Joy Fowler, Jane Austen, passions discrètes de Tomalin ou encore Jane Austen et moi de Emma Campbell Webster et Pénélope Bagieu.

17.03.2009

Les Contes de Beedle le Barde de J.K. Rowling

Editions Gallimard - 128 pagesbeedle.jpg

Quatrième de couv' : Les Contes de Beedle le Barde sont les cinq contes de fées qui bercent l'enfance des jeunes sorciers. Chacun de ces contes a sa magie particulière qui enchantera les lecteurs et les fera tour à tour rire ou frissonner. Les commentaires passionnants et malicieux du professeur Albus Dumbledore qui accompagnent chaque récit seront appréciés des sorciers comme des Moldus. Le professeur y donne de nombreuses clefs et dévoile, par la même occasion, maint détail de la vie de Poudlard. Un ouvrage magique à garder comme un trésor, enrichi des illustrations originales de J.K. Rowling.

Au commencement, un plaisir, celui de retrouver la plume de J.K. Rowling sur le thème apprécié du monde d'Harry Potter, et une bonne action, celle de faire l'acquisition d'un livre dont les recettes servent à soutenir le Children's High Level Group (health, education, welfare).

A l'arrivée, une déception. Une déception pour qui connaît la plume de l'auteur et ne peut manquer de remarquer le manque de précision, le caractère peu fouillé des explications des contes. J.K. Rowling nous avait habitués à plus de minutie et nous prouve ainsi, si besoin l'était encore, que le charity business reste plus que jamais un business avant d'être une véritable oeuvre de charité.

L'univers HP reste au demeurant plaisant et les inconditionnels passeront facilement outre le caractère bâclé de l'ouvrage pour compléter la collection et se replonger dans la fantasmagorie l'espace d'un instant.

09.03.2009

Lady Susan de Jane Austen

lady susan.jpgEditions Gallimard - 116 pages

Quatième de couv' : Une veuve spirituelle et jolie, mais sans un sou, trouve refuge chez son beau-frère, un riche banquier. Est-elle dénuée de scrupules, prête à tout pour faire un beau mariage, ou juste une coquette qui veut s'amuser ? Le jeune Reginald risque de payer cher la réponse à cette question...

Après Raison et sentiments, Orgueil et préjugés, Northanger abbey et Emma, Jane Austen reste définitivement une valeur sûre de la littérature. Au travers d'un chassé-croisé de correspondances entre les différents protagonistes, l'auteur dépeint ici plus que dans tout autre de ses romans l'hypocrisie et la manipulation. Le verbe et les usages sont certes d'époque, mais les thématiques n'en sont pas moins d'actualité.

Si d'aucuns peuvent reprocher à Jane Austen une oeuvre quelque peu réitérative, Lady Susan est à n'en pas douter le roman épistolaire qui leur donnera tort.

It's exactly my cup of tea !

03.02.2009

Mrs Dalloway de Virginia Woolf

mrs dalloway.jpgEditions Gallimard - 321 pages

Quatrième de couv' : Le roman, publié en 1925, raconte la journée d'une femme élégante de Londres, en mêlant impressions présentes et souvenirs, personnages surgis du passé, comme un ancien amour, ou membres de sa famille et de son entourage. Ce grand monologue intérieur exprime la difficulté de relier soi et les autres, le présent et le passé, le langage et le silence, le mouvement et l'immobilité. La qualité la plus importante du livre est d'être un roman poétique, porté par la musique d'une phrase chantante et comme ailée. Les impressions y deviennent des aventures. C'est pourquoi c'est peut-être le chef-d'oeuvre de l'auteur - la plus grande romancière anglaise du XXe siècle.

D'aucuns suivant un tant soit peu les écrits futiles de ce présent blog - ainsi que ceux de son prédécesseur - savent qu'il m'est impossible de ne pas achever la lecture d'un livre commencé, aussi mauvais soit-il - selon des critères qui n'engagent naturellement que la subjectivité de mes goûts.

Mais ne pas renoncer ne signifie pas ne pas différer. C'est ainsi qu'après avoir amorcé, sous l'impulsion d'Au secours Mrs Dalloway de Mary Dollinger, le plus célèbre des romans de Virginia Woolf, j'ai lâchement remis et remis et remis la lecture de cette oeuvre majeure qui n'avait pas eu le don de faire opérer sa magie sur moi.

Pas moins de deux années plus tard et faute de mieux, je me suis lancée le défi d'enfin terminer les quelque trois cents pages. La conclusion, bien que cette traversée littéraire ne fut pas aussi laborieuse que cela, est que si je suis une amoureuse de la littérature anglaise, je préfère résolument à toute autre celle du XIXe (Austen, Brontë, Hardy, Eliot...).

Je dois bien dire que j'ai quelque peu de mal à comprendre pourquoi il est dit en jaquette qu'il s'agit d'un "grand monologue intérieur". J'y ai vu pour ma part une succession de monologues intérieurs, mais nullement exclusifs à l'héroïne. Cela dit, l'écriture est tellement complexe, alambiquée, fastidieuse... que jamais je n'aurai la prétention de dire que j'ai tout compris.

Si j'aime les syntaxes recherchées et le verbe élaboré, je dois reconnaître qu'en la matière, comme pour Proust, trop, c'est trop. Un excès de complexité annihile l'indispensable naturel de l'écriture et ôte tout plaisir à la lecture, qui devient un défi grammatical à relever. Et pour moi, lire doit être avant tout un délice et non un exercice.

Je ne me cantonnerai naturellement pas à cette seule approche, histoire de donne sa chance au "produit" (des recommandations ?...) et pense me pencher sur la vie à la fois palpitante et tragique de l'auteur...

Extraits :

Elle aurait de beaucoup préféré être de ces gens qui, comme Richard, faisaient les choses pour elles-mêmes ; alors qu'elle, se disait-elle en attendant de traverser, la moitié du temps, elle ne faisait pas les choses tout simplement, pour elles-mêmes ; mais afin que les gens pensent ceci ou cela ; et c'était complètement idiot (...) car personne ne s'y laissait prendre une seconde. Ah, si elle avait pu refaire sa vie !

...

Elle savait ce qui lui manquait. Ce n'était pas la beauté ; ce n'était pas l'intelligence. C'était quelque chose de central qui irradie ; une certaine chaleur qui crève les surfaces et rend frémissant le froid contact entre un homme et une femme, ou entre des femmes.

...

Bon, je me suis bien amusé ; et c'est fini, se dit-il, en levant les yeux vers les corbeilles suspendues de géraniums pâles. Et le voilà réduit en poudre, son moment d'amusement, car il l'avait plus ou moins fabriqué de toutes pièces, il le savait bien ; il l'avait inventée, cette aventure avec la jeune femme ; il l'avait fabriquée, comme on se fabrique les trois quarts de sa vie, se dit-il, et comme on se fabrique soi-même ; il avait fabriqué cette jeune femme ; il avait créé ce moment charmant, avec quelque chose en plus. Mais chose bizarre, et vraie : on ne pouvait rien partager de tout cela - et cela se réduisait en poudre.

...

Quelle affreuse soirée ! Il était d'humeur de plus en plus maussade, et pas seulement à cause de l'incident ; à cause de tout. Et il ne pouvait même pas la voir ; mettre les choses au point ; avoir une explication avec elle. Il y avait toujours du monde - elle continuerait comme s'il ne s'était rien passé. C'était cela qui était exaspérant chez elle - cette froideur, cette insensibilité, quelque chose de très profond chez elle, il l'avait senti à nouveau en lui parlant ce matin ; quelque chose d'impénétrable. Pourtant, Dieu sait qu'il l'aimait. Elle avait le don de vous mettre les nerfs en pelote, oui, de vous les rouler en tire-bouchon.

...

C'était affreux, criait-il, affreux, affreux !

Et pourtant, le soleil répandait sa chaleur. Et pourtant, on finissait par se remettre. Et pourtant, la vie savait ajouter à un jour un autre jour.

...

Ces bandits, les dieux, ne gagneront pas entièrement la partie - son idée était que les dieux, qui ne perdaient pas une occasion de meurtrir, contrecarrer, gâcher les vies humaines, étaient pris à contre-pied, si, malgré tout, vous vous conduisiez avec classe. (...) Par la suite, elle était devenue un peu moins affirmative ; elle en était venue à la conclusion que les dieux n'existaient pas ; on ne pouvait en vouloir à personne ; et elle avait adopté la religion des athées, consistant à faire le bien pour l'amour du bien.

...

On ne peut pas mettre des enfants au monde dans un monde tel que celui-ci. On ne peut pas perpétuer la souffrance, contribuer à la reproduction de ces animaux libidineux, qui n'ont pas d'émotions durables, rien que des caprices et des vanités qui les font dériver trnaôt par-ci, tantôt par-là.

...

Elle avait besoin d'être soutenue. Ce n'était pas qu'elle fût faible. Mais elle avait besoin qu'on la soutienne.

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