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21/11/2013

Le cercle des confidentes de Jennifer McGowan

le cercle des confidentes.pngTome 1 - Lady Megan

En librairie depuis le 4 septembre 2013.

Éditions Macadam Milan - 430 pages

Présentation de l'éditeur : Lorsque Meg Fellowes, 17 ans, voleuse et comédienne de la troupe de la Rose d'Or, est arrêtée, elle sait que la sentence va être la mort. C'est ce à quoi les voleurs sous le règne d'Élisabeth 1re d'Angleterre doivent s'attendre. Pourtant, on lui propose une alternative : accepter de faire partie d'un groupe de demoiselles d'honneur très spéciales : des espionnes. Avec ses nouvelles compagnes, Jane, Anna, Béatrice et Sophia, Meg doit protéger la couronne des intrigues de la cour. En ces temps troublés, mille complots guettent la jeune reine protestante. Grâce à son sens inné de la comédie et à sa mémoire extraordinaire, Meg doit espionner la délégation espagnole, composée de fervents catholiques, opposés à Élisabeth, dont le séduisant Rafe, comte de Martine, qui vient d'arriver à la cour. Mais dans le paysage complexe de ce début de règne, la jeune fille comprend vite que les frontières entre ennemis et alliés sont mouvantes et qu'elle ne peut se fier à personne. Si elle entend sauver la vie de sa reine et retrouver sa propre liberté, elle devra aussi démasquer le meurtrier d'une autre demoiselle d'honneur, mystérieusement assassinée quelques mois avant son arrivée...

Traduit de l'américain par Marie Cambolieu.

Ma note :

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Broché : 15,20 euros

Ebook : 9,99 euros

Un grand merci aux Éditions Macadam pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première et de devenir blogueuse partenaire de leur collection.

C'est seulement après une brillante carrière dans le marketing que Jennifer McGowan a décidé de se lancer dans sa première entreprise littéraire. Une expérience professionnelle qui lui a sans doute permis d'enrichir sa formidable imagination d'une connaissance pointue de sa cible. Loin donc de se contenter d'une histoire simple et classique pour son tout premier livre, Jennifer McGowan a opté pour une saga jeunesse en forme de mashup littéraire.

Si l'on peut, d'un simple coup d'oeil à la couverture du premier tome de cette série, le cataloguer sans conteste dans la rubrique du roman historique, il serait réducteur de le cantonner à cela. Comme l'a appris l'auteur dans son précédent métier, les jeunes lecteurs veulent lire comme ils vivent. Si la technologie d'aujourd'hui leur permet d'être de véritables encyclopédies de l'histoire de la musique et de tous ses courants - pour ne citer que cet exemple -, il faut qu'il en aille de même côté lecture. Cela passe en partie par le support numérique. Cela passe aussi par le mélange des genres et par la vitesse narrative qui ne doit en aucun cas laisser l'occasion de s'ennuyer et donc de zapper. C'est là que Lady Megan, premier opus du Cercle des confidentes, se révèle être résolument moderne. L'histoire de ces cinq jeunes femmes au service de la reine Elisabeth Ire alors débutante, tout historique qu'elle soit (la couverture tient évidemment toutes ses promesses !), n'en est pas moins classable aux rubriques espionnage, suspens, apprentissage, aventure, thriller ou romance. De quoi satisfaire tous les jeunes lecteurs contemporains ; tout du moins les jeunes lectrices si l'on se réfère au sexe des personnages principaux - cinq espionnes pour une reine aussi centrale autour de laquelle tout tourne, que secondaire puisque peu présente dans ce premier volume -, la modernité s'embarrassant encore trop souvent, malheureusement, du genre...

Et de suivre ces cinq adolescentes pour le moins indépendantes et intrépides, douées de caractères bien trempés et de talents exceptionnels, en charge de protéger le royaume d'Angleterre et de résoudre un meurtre tout en vivant leurs premiers élans amoureux. Ces James Bond girls à la mode élisabethaine, forcément différentes les unes des autres pour faciliter l'identification la plus large possible, doivent épouser la raison d'État et déjouer les faux semblants, les incidents, les tromperies, les trahisons, les machinations et autres complots.

Entre politique, amour, amitié et loyauté, l'histoire démarre sur les chapeaux de roues et le lecteur en vient rapidement à douter de tout le monde. Immédiatement addictives, les pages se tournent de plus en plus vite et au sortir de cette première partie, le premier sentiment après le regret de l'avoir déjà finie est l'impatience de pouvoir lire la suite. Réaction s'il en est par excellence face à un succès d'écriture ; attention, page turner !

S'il est intéressant de connaître a priori la véritable histoire d'Angleterre pour le plaisir de détecter les éléments authentiques de la trame, ce n'est cependant par nécessaire à la bonne compréhension du texte. Mais il y a fort à parier que nombres de béotiens montreront a posteriori un intérêt pour cette époque...

L'écrivain fait preuve d'un réel talent pour les descriptions (décors, costumes, atmosphère...) qui, loin d'être pesantes, catapultent subtilement le lecteur en plein XVIe siècle. Mais sa véritable force réside sans doute dans sa faculté à maîtriser son histoire. Qu'il s'agisse des enjeux diplomatiques ou des intrigues amoureuses, les scènes de tension palpable sont habilement menées et saisissantes aussi bien physiquement qu'émotionnellement. La parcimonie avec laquelle sont dispensés les indices met les nerfs du lecteur à rude épreuve mais les révélations, sans cesse surprenantes, arrivent toujours à point nommé. Peut-être certaines transitions temporelles sont-elles un peu rapides - il y a parfois plusieurs mois d'écoulés entre deux chapitres - mais ce n'est, somme toute, qu'un détail.

Bref, Lady Megan est le premier des cinq tomes annoncés d'un bootleg littéraire prometteur campé au coeur de l'Angleterre élisabéthaine, dont chaque opus sera consacré à l'une des drôles de dames de l'incomparable fille d'Henri VIII. Fidèle à l'Histoire qui ne finit pas toujours bien, cette fiction, emplie de personnages brillants et attachants ou obscurs et perfides, est intelligente, fascinante et haletante. Elle offre des portraits crédibles - puisque réel pour celui qui concerne la reine et d'autres encore... - de femmes puissantes et audacieuses dans une époque où la condition féminine n'était pas des plus enviables. Une prouesse ingénieuse et délicieuse pour un premier roman qui s'adresse aux jeunes tout autant qu'aux grands de plus en plus nombreux à succomber à la passion de la littérature young adult. Ne reste plus qu'à souhaiter que les livres à paraître soit à la mesure de ce premier ! À suivre...

Vous aimerez sûrement :

La tétralogie d'Anna Godbersen (Rebelles, Rumeurs, Tricheuses et Vénéneuses), Ferrailleurs des mers de Paolo Bacigalupi, Hunger Games de Suzanne Collins, Enfants de la paranoïa de Trevor Shane, Le chirurgien ambulant de Wolf Serno, La sœur de Mozart de Rita Charbonnier, Quatre sœurs de Malika Ferdjoukh, Le châle de cachemire de Rosie Thomas, Sashenka de Simon Montefiore, Les perles de la Moïka d'Annie Degroote, Les roses de Somerset de Leila Meacham, la trilogie Le goût du bonheur de Marie Laberge (Gabrielle, Adélaïde, Florent), Orgueil et préjugés, Emma, Northanger Abbey, Raison et sentiments, Lady Susan & Mansfield Park de Jane Austen, La couleur des sentiments de Kathryn Stockett, Seuls le ciel et la terre de Brian Leung, La calèche de Jean Diwo ou Mille femmes blanches de Jim Fergus.

Extraits :

La voix de sir William n'exprimait ni mépris ni pitié. Seule sa fourberie se manifestait. Il savait pertinemment que j'étais incapable de déchiffrer les rondeurs des caractères sur le feuillet - et sans doute s'en trouvait-il satisfait. Il me garderait ainsi un peu plus longtemps à sa botte. Cecil n'appréciait guère d'instruire une petite voleuse dépenaillée qui l'avait dupé une fois, presque deux. Il m'aurait sûrement laissée croupir au cachot si la reine n'avait pas formulé la demande explicite de me voir intégrer son cercle de confidentes. Il n'en avait d'ailleurs pas fait mystère : c'était Elizabeth et elle seule qui m'avait choisie pour entrer à son service. Cecil ne m'aimait pas, n'avait aucune confiance en moi et ne voulait pas de moi à Windsor. Je ne pouvais guère le lui reprocher. J'aurais moi aussi préféré me trouver ailleurs. Ma vie de voleuse me manquait : je me languissais de l'exaltation de la traque, de la sensation de mes butins entre mes doigts : le velouté du satin, la froideur lisse de l'argent.

...

Grand-Père m'avait peut-être refusé le don de lecture, mais il m'en avait transmis d'autres, comme celui de l'écoute, de la diction, du jeu et de la persuasion.

...

Pendant que les autres dames et demoiselles au service de la reine se consacraient aux travaux d'aiguille, aux révérences, aux processions, aux pas de danse, à l'étiquette et aux commérages, notre petite troupe se retrouvait chaque jour en ce lieu pour une instruction "approfondie" réservée à notre secte secrète. C'est là, claquemurées dans cette salle isolée où se mêlaient le bruissement des étoffes, le froissement des pages et la voix sifflante de notre sévère professeur, que cinq jeunes filles apprenaient à espionner pour le compte d'Elizabeth.

L'idée avait de quoi séduire, ou même enthousiasmer. N'était-ce pas une fabuleuse aventure que de servir la plus extraordinaire souveraine de toutes les nations, de mettre audace et panache au service de la Couronne ?

...

Un instant s'écoula, puis un autre. Je déglutis puis risquais enfin un autre regard à mon auguste interlocutrice. Et ce que je vis... me stupéfia.

En cet instant, la Reine Elizabeth d'Angleterre, au faîte de sa jeunesse et de sa force, ma parut soudain aussi vieille et étiolée que mon grand-père l'avait été sur son lit de mort. Comme un masque terne, la lassitude retombait sur son visage et ses yeux luisaient d'une morne sagesse que je ne pouvais espérer comprendre. Comme pour me marquer de son royal décret, elle posa une main solennelle sur mon épaule.

- Tous les hommes constituent une menace pour une femme, Meg, qu'elle soit servante ou souveraine, déclara-t-elle. En particulier ceux en qui nous aimerions par dessus tout place notre confiance. Ne l'oublie jamais.

...

Nos mensonges les plus convaincants sont ceux qui nous semblent vrais.

23:13 Écrit par charlotte sapin dans Citation, Culture, Littérature américaine, Littérature jeunesse, young adult, Livre, Roman historique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it!

06/09/2013

Rentrée littéraire : Outre-Atlantique de Simon Van Booy

outre-atlantique.jpgDepuis le 21 août 2013 en librairie.

Éditions Autrement - 216 pages

Présentation de l'éditeur : « John avait trois ans de moins et il était fou d’elle. Mais après l’attaque de Pearl Harbor, elle s’était demandé ce qu’il adviendrait d’elle s’il était envoyé au combat. De l’autre côté de l’océan, l’Europe se consumait. » En France, c’est la guerre qui attend John. Son bombardier B-24 est abattu. Il échappe à la mort, erre dans la campagne ravagée, et fait une mauvaise rencontre : un soldat nazi, qu’il choisit d’épargner. À son tour, celui-ci sauvera une vie. Ces deux actes, comme en écho, se répercuteront des deux côtés de l’Atlantique, bousculant les destins. Outre-Atlantique est un jeu de dominos où opère toute la magie Van Booy : l’art lumineux, enchanteur, d’un incurable romantique, capable de nous faire sentir qu’au fond ce qui nous sépare n’est qu’illusion.

Traduit de l'anglais par Micha Venaille.

Ma note :

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Broché : 18 euros

Ebook : 14,99 euros

Un grand merci à Entrée livre et aux librairies Decitre pour m'avoir, dans le cadre de l'opération "Coups de cœur des lecteurs", offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

Derrière un titre traduit peu engageant qui n'évoque pas grand chose à l'inverse de l'intitulé original The illusion of separateness (L'illusion de la séparation), se cache un livre à la construction subtile. Tellement subtile qu'il est aisé de passer à côté et de ne pas accrocher. Mais à condition d'être concentré et de ne pas hésiter à remonter le fil des courts chapitres pour bien les relier entre eux, ce récit gigogne se révèle un véritable petit morceau de romantisme, de philanthropie voulant croire au lien entre tous les hommes. Sans doute un peu naïf, mais tellement tentant qu'on se plaît à le rêver vrai ne serait-ce qu'un instant.

Il est important à mon sens de partir averti à l'assaut de cette lecture tant sa mise en place très graduelle - pour ne pas dire lente - peut s'avérer déstabilisante. La quatrième de couv' n'expliquant pas la règle du jeu, le récit peut laisser incrédule en faisant se suivre des textes et des personnages sans rapport apparent avant la moitié du livre. Mais une fois le principe intégré, le casse-tête n'en est plus un et tout se met en place avec force émotions : l'on comprend que ces manifestes étrangers les uns pour les autres ont, parfois par le hasard le plus fugace, tous un lien déterminant entre eux, un rôle interactif sur leurs destinées respectives.

Au lecteur de reconstituer le puzzle, de remettre les pièces de ce jeu de construction dans l'ordre, au fil des flashback entre la Seconde Guerre mondiale, les années 60 et aujourd'hui, de la France aux USA en passant par l'Angleterre. Que les allergiques se rassurent ou les passionnés se détrompent, la guerre n'est ici qu'un prétexte à la coïncidence, il n'est nullement question de ses atrocités ni de réécrire des événements mille et une fois abordés. La pudeur est le maître mot de cette narration et prouve au contraire que la guerre peut aussi abriter des événements tendres et intenses.

Construit autour de l'incontournable question des origines et de l'indispensable travail de mémoire, ce roman choral s'ouvre sur le portrait de Martin, nourrisson à l'époque de la guerre qui connaît un début d'existence chaotique. C'est en découvrant les portraits de Monsieur Hugo, d'Amelia, de John et de Danny que l'on comprendra pourquoi et comment ces destins sont tous connectés. À la fois délicat et humain, ce texte rappelle au lecteur que le moindre des gestes peut bouleverser des vies entières. S'il n'est pas à proprement parler un incontournable de la rentrée, il offre, à condition d'adhérer au principe, un agréable moment de lecture.

Ils en parlent aussi : Nymeria, Aurélie.

Vous aimerez sûrement :

La couleur des sentiments de Kathryn Stockett

Les roses de Somerset de Leila Meacham

Une Île de Tracey Garvis Graves

Les Accusées de Charlotte Rogan

Le Châle de cachemire de Rosie Thomas

Petit art de la fuite d'Enrico Remmert

Les témoins de la mariée de Didier Van Cauwelaert

La nuit de dure pas d'Olivier Martinelli

Bloody Miami de Tom Wolfe

Extraits :

Nous sommes au monde pour réaliser que nos différences ne sont qu'illusion.

Tich Nhat Hanh

...

Martin était un bon fils. Il travaillait dur et s'occupait bien de ses parents. Il estimait ne rien avoir à pardonner. C'est ce qu'il annonça à sa mère en 2002 sur son lit de mort : "Mon amour pour toi sera toujours plus fort que la réalité."

...

À l'arrêt, ses voisins lui jettent parfois un vague coup d’œil. S'il leur sourit, ils détournent le regard. Mais Martin aime bien penser qu'ils vont garder son sourire en tête pendant quelques pâtés de maisons - qu'il y a quelque chose de grand dans le moindre petit geste.

...

Nos vies se mettent en scène à l'intérieur de nous.

...

En sécurité au fond de mon lit, en équilibre fragile entre le sommeil et le rêve, ce que j'imagine me paraît tellement vrai - presque à ma portée -, tout est possible.

...

Je crois que les gens seraient plus heureux s'ils disaient plus souvent ce qu'ils pensent. Dans un sens, nous sommes prisonniers du souvenir, des peurs, des déceptions - nous sommes définis par quelque chose et ne pouvons rien changer.

...

L'amour est aussi une violence et il ne peut être défait.

...

- Tu es très, très spéciale, tu le sais ?

...

Après avoir donné à manger aux chiens, il a décidé d'aller fouiller dans des boîtes remplies de vieilles photos. Certaines le faisaient pleurer : il réalisait ce que ça signifiait d'avoir été un enfant.

...

Je me demande comment nos corps vont changer quand nous allons vieillir. Et comment nous allons vivre ces choses qui ne nous sont pas encore arrivées.

Dès notre retour à Sag Harbour, je vais inviter tous nos amis à une grande fête estivale ; je vais rire, les prendre dans mes bras. Ensuite, je monterai me coucher en tenant Philip par la main, je repérerai les chandelles à leur chaleur et les éteindrai une à une, exactement ce qui nous arrivera à nous aussi, le dernier souffle et puis plus rien - si ce n'est le parfum laissé par notre présence au monde, comme celui qu'on respire dans une main qui a touché des fleurs.

...

Si cela ne doit pas arriver, c'est maintenant ; si cela ne doit pas être maintenant, cela arrivera quand même.

...

Le premier mort de A. avait été une silhouette qui l'avait mis en joue sur la rive opposée d'une rivière. Ensuite, un garçon de son âge, abattu à bout portant, sa gorge se déployant comme deux ailes d'oiseau.

Il avait fait ce qu'on lui avait dit de faire. Il aurait fait absolument tout ce qu'on lui aurait demandé. Il s'était abrité derrière le pronom "nous".

10:23 Écrit par charlotte sapin dans Citation, Culture, Littérature américaine, Littérature anglaise, Livre, Roman | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | | Pin it!

04/09/2013

Rentrée littéraire : Preuves d'amour de Lisa Gardner

preuves d'amour.jpgÀ paraître le 2 octobre 2013.

Éditions Albin Michel - 431 pages

Présentation de l'éditeur : Jusqu'où iriez-vous pour protéger votre enfant ? L'affaire semble évidente lorsque D.D. Warren arrive sur les lieux : maltraitée par son mari violent, l'agent de police Tessa Leoni a fini par craquer et l'a descendu à coups de revolver. Pourtant, elle se mure dans le silence : pas un mot au sujet de son mari décédé, ni sur la mystérieuse disparition de sa petite fille de 6 ans qu'elle aime pourtant par-dessus tout... Que cherche-t-elle à cacher ? La coriace et désormais incontournable D.D. Warren mène l'enquête. Enceinte depuis peu, en duo avec son ancien amant et collègue Bobby Dodge, elle se retrouve plongée dans le sombre passé d'une femme finalement pas si différente d'elle, prête à tout pour sauver sa fille... Au cœur de ce suspense haletant, deux personnages féminins fascinants qui s'affrontent dans une course contre la montre pour la survie d'un enfant. Lisa Gardner franchit un cap avec ce nouveau roman, plus poignant que jamais.

Traduit de l'anglais (États-Unis) par Cécile Deniard.

Ma note :

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Broché : 20,90 euros

Un grand merci à Entrée livre et aux librairies Decitre pour m'avoir, dans le cadre de l'opération "Coups de cœur des lecteurs", offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

En faisant connaissance avec l'auteur américaine Lisa Gardner - publiant également sous le nom d'Alicia Scott -, j'ai enfin compris pourquoi je ne lisais que peu de romans policiers ou de thrillers : à l'évidente condition que ces genres soient maîtrisés par leurs auteurs, leurs produits sont ce que l'on appelle désormais à tout vent des page turner. Celle ou celui ayant déjà passé une nuit blanche sur un livre comprendra mon sentiment à leur égard : ces bouquins que l'on dévore sont aussi usants que palpitants ! Pour les cycles de sommeil comme pour les nerfs. J'évite donc.

On l'aura compris, Preuves d'amour compte parmi ceux-là. Combinaison parfaitement maîtrisée des deux registres - l'enquête du polar et la tension psychologique du thriller -, il poursuit une série de six tomes entreprise par l'auteur mettant en scène la policière D.D. Warren dont deux des titres ont été primés : La fille cachée par le Prix Daphné Du Maurier du suspense en 2000 et La maison d'à côté par le Grand Prix 2011 des lectrices Elle policier.

Dans cet opus, Lisa Gardner confronte à sa désormais célèbre enquêtrice une autre femme également dans les forces de l'ordre mais victime tout autant que suspecte dans cette histoire. Au cœur d'une trame machiavélique et d'un suspense géré de main de maître dès les premières pages, l'alternance des points de vue est particulièrement saisissante et ne laisse d'autre choix au lecteur que d'être happé par le récit, d'attendre impatiemment les révélations.

Cette enquête originale mettant les nerfs à rude épreuve pose la question de savoir jusqu'où l'on peut aller pour ses enfants. Une interrogation fondamentale (et forcément très impressive sur le lecteur parent) qui n'est pas sans rappeler l'excellent Dîner d'Herman Koch, quoique beaucoup plus actif. Occasion pour l'écrivain de sonder la noirceur de l'âme humaine en jouant sur la fibre la plus sensible qui soit : l'amour filial. Elle pose en outre la question de l’ambiguïté des personnalités qui choisissent de combattre le crime : sont-elles totalement opposées à celles qu'elles traquent ou au contraire infiniment proches ? Les plus célèbres pyromanes ne sont-ils pas des pompiers ?

Loin toutefois de se contenter d'un polar-thriller modèle, construit au millimètre et extrêmement bien documenté sur les dernières avancées de la police scientifique comme tout bon auteur du registre qui se respecte, Lisa Gardner en profite pour partager ses observations et s'interroger plus profondément. Cette confrontation féminine lui permet d'analyser avec justesse à mon sens les rapports entre les femmes (leur manque de solidarité notamment) et d'évoquer la condition féminine, la difficulté à concilier vie professionnelle et privée, en l'occurrence par le prisme d'une mère célibataire et d'une farouche indépendante en passe de fonder une famille, dans un milieu professionnel plutôt masculin.

Sous bien des aspects en somme, Preuves d'amour est une véritable réussite, qui ne manquera pas de satisfaire les fidèles de Gardner et de convaincre les néophytes comme moi de découvrir ses autres livres, notamment de la série... Après un peu de répit s'entend, comme démontré précédemment !

Vous aimerez sûrement :

Avant d'aller dormir de S.J. Watson

La vie d'une autre de Frédérique Deghelt

À moi pour toujours & Les revenants de Laura Kasischke

658 de John Verdon

Mr. Peanut d'Adam Ross

L'arbre au poison d'Erin Kelly

Vengeances de Philippe Djian

Un passé en noir et blanc de Michiel Heyns

Rainbow Warriors d'Ayerdhal

Enfants de la paranoïa de Trevor Shane

Le blues du braqueur de banque de Flemming Jensen

Le livre sans nom d'Anonyme

Extraits :

Elle voulait faire entrer la scène de crime dans son ADN. S'imprégner des plus petits détails domestiques, depuis le choix des peintures jusqu'à celui des bibelots. Envisager le décor sous dix angles différents, le peupler d'une petite fille, d'un père dans la marine marchande et d'une mère dans la police. Ce lieu, ces trois vies, ces dix dernières heures. Tout se résumait à ça. Une maison, une famille, la collision tragique de plusieurs existences.

...

C'est pour ça que les hommes battent les femmes, évidemment. Pour démontrer leur supériorité physique. Pour prouver qu'ils sont plus grands et plus forts que nous et qu'aucun entraînement spécial n'y changera jamais rien. Ils sont le sexe fort. Alors autant se soumettre tout de suite et capituler.

(...) Plutôt crever que de me soumettre. Plutôt crever que de capituler.

...

Les hommes ne sont pas un problèmes pour une policière.

Ce sont les femmes qui essaient de vous dégommer, dès que l'occasion se présente.

...

Nous sommes si peu nombreuses sous l'uniforme qu'on pourrait imaginer une forme d'entraide. Mais les femmes sont bizarres. Toujours prêtes à s'en prendre à une de leurs semblables, surtout si l'autre est perçue comme faible, si, par exemple, elle a servi de paillasson à son mari.

...

Peut-être qu'en nous tous, la frontière qui sépare le bien du mal est plus mince qu'elle ne devrait. Et peut-être qu'une fois cette frontière franchie, il n'y a pas de retour en arrière possible. Nous ne sommes plus les mêmes.

23:05 Écrit par charlotte sapin dans Bio/autobiographie, Citation, Culture, Littérature américaine, Livre, Polar, thriller, roman noir | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it!

21/08/2013

Rentrée littéraire : Dans le silence du vent de Louise Erdrich

Sortie ce jour en librairie.dans le silence du vent.jpg

Éditions Albin Michel - 462 pages

Présentation de l'éditeur : Un dimanche de printemps, une femme est agressée sexuellement sur une réserve indienne du Dakota du Nord. Traumatisée, Geraldine Coutts n'est pas en mesure de révéler ce qui s'est passé à la police, ni d'en parler à son mari ou à son fils de treize ans, Joe. En une seule journée, la vie de ce dernier est bouleversée. Il essaie d'aider sa mère mais elle reste alitée et s'enfonce peu à peu dans le mutisme et la solitude. Tandis que son père, qui est juge, confie la situation à la justice et à la loi, Joe perd patience face à une enquête qui piétine et il décide avec ses copains de chercher les réponses de son côté. Leur quête les mène tout d'abord dans un lieu sacré, à proximité duquel la mère de Joe a été violée... Dans ce livre magnifique, comme dans le reste de son œuvre, Louise Erdrich parvient à mêler la tragédie, l'humour, la poésie et la grâce, pour restituer les sentiments et les émotions de ses personnages face à la violence dont tant de femmes sont toujours aujourd'hui victimes.

Traduit de l'anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez.

Ma note :

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coeur.jpg

Broché : 22,50 euros

Un grand merci à Libfly et le Furet du Nord pour m'avoir, dans le cadre de l'opération "On vous lit tout", offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

Louise Erdrich est une romancière coutumière de la rentrée littéraire. Si certains habitués de cette période incontournable de l'édition agacent à force de remâcher - parfois si peu - leurs formules bien rodées, Erdrich, quant à elle, se réinvente et surprend à chaque nouveau livre. Tant et si bien que ce dernier roman, Dans le silence du vent, a obtenu en 2012 le National Book Award et intégré la prestigieuse liste des dix meilleurs livres de l'année.

Toujours fidèle à la communauté amérindienne par ses racines maternelles Ojibwe, Louise Erdrich évoque ici l'agression sexuelle d'une femme sur une réserve indienne. De ce jour, la victime prostrée et mutique, son mari et son fils confrontés à l'ombre de leur femme et mère, la vie bascule pour toute la famille, mais également pour la communauté.

Le père, juge, s'en remet à la justice et la loi, un système légal particulier aux Indiens établi par les Blancs. Joe, le fils de 13 ans, décide quant à lui de mener l'enquête de son côté et rêve de venger sa mère... Cet apprentissage dans la douleur, la souffrance tout autant que l'amitié, l'amour et la solidarité marquera la fin de son enfance.

Ces 480 pages du combat d'une famille explorent magistralement les sentiments et les émotions des différents personnages. Mais ce vibrant hommage à la culture amérindienne est avant tout un manifeste. De sa plume puissante et singulière, Louise Erdrich, l'une des figures emblématiques de la jeune littérature indienne et auteur contemporaine incontournable de la littérature américaine, érige une œuvre militante visant à dénoncer l'injustice du système judiciaire indien et la violence faite aux femmes. Une Indienne sur trois sera violée au cours de son existence, le plus souvent impunément (rapport Amnesty international de 2009). L'écrivain évoque également la perte de l'innocence et défend une vision de la vie où tout n'est toujours qu'un prêté pour un rendu...

Dans le silence du vent est un grand roman sombre et bouleversant, mêlant tragédie, humour et poésie, qui rappelle combien le sort cruel et injuste réservé jadis aux Indiens est loin, très loin, d'être une affaire classée, la cruauté actuelle n'étant que plus insidieuse. Le combat pour la réhabilitation de la dignité amérindienne est plus que jamais d'actualité et se fait urgent à l'aune des siècles de souffrance écoulés.

Un livre attendu en cette rentrée littéraire qui ne décevra pas les inconditionnels et saura convertir les néophytes. Un roman noir, oppressant et malgré tout plein d'espoir. Dans le silence du vent vient brillamment compléter une œuvre puissante, engagée et singulière. Du grand Erdrich.

Si ce livre est une sorte de croisade, galvanisée par la colère de l’auteur, c’est aussi une œuvre littéraire soigneusement structurée, qui une fois encore rappelle beaucoup Faulkner.

The New York Times

Lire un extrait.

Ils en parlent aussi : Cathulu, La caverne des idées.

Vous aimerez sûrement :

Le jeu des ombres, La décapotable rouge et La malédiction des colombes de Louise Erdrich

Mille femmes blanches de Jim Fergus

Seuls le ciel et la terre de Brian Leung

Celles qui attendent de Fatou Diome

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper Lee

La couleur des sentiments de Kathryn Stockett

Toute une histoire de Hanan el-Cheikh

Les saisons de la solitude de Joseph Boyden

Un fusil dans la main, un poème dans la poche d'Emmanuel Dongala

L'équation africaine de Yasmina Khadra

La plantation de Calixthe Beyala

Compartiment pour dames d'Anita Nair

Dis que tu es des leurs d'Uwem Akpan

Je ne suis pas celle que je suis de Chahdortt Djavann

Extraits :

Les femmes ne se rendent pas compte à quel point les hommes sont attachés à la régularité de leurs habitudes. Nous intégrons leurs allées et venues dans nos corps, leurs rythmes dans nos os. Notre pouls est réglé sur le leur, et comme chaque dimanche après-midi, nous attendions que ma mère mette nos pendules à l'heure du soir.

Et donc, voyez-vous, son absence a arrêté le temps.

...

Ma mère était une belle femme - je l'avais toujours su. Une évidence pour la famille, les inconnus. Clemence et elle avaient une peau café au lait et de superbes boucles brillantes. Minces même après leurs enfants. Calmes et directes, des yeux de battantes et une bouche de star de cinéma. Quand le fou rire les prenaient, elles perdaient tout dignité, pourtant, et s'étranglaient, grognaient, rotaient, respiraient fort, pétaient, même, ce qui les rendaient d'autant plus hystériques. En général, elles se faisaient tordre de rire l'une l'autre, mais c'était parfois mon père le responsable. Même là, elles étaient belles.

À présent je voyais le visage de ma mère gonflé par les coups, déformé et enlaidi.

...

Le Dr Egge a terminé sa phrase et d'un doigt a repoussé ses lunettes au sommet de son nez. Mon père s'est avancé vers le mur comme s'il allait le traverser. Il y a plaqué son front et ses mains et il est resté là, les yeux fermés.

Le Dr Egge s'est retourné et m'a vu, figé devant les portes. Du doigt, il a montré la salle d'attente. L'émotion de mon père, signifiait son geste, était un spectacle que j'étais trop jeune pour voir. Mais durant les quelques dernières heures j'étais devenu de plus en plus rebelle à l'autorité. Plutôt que de m'éclipser poliment, j'ai couru vers mon père et écarté le Dr Egge avec de grands gestes. J'ai jeté mes bras autour du torse mou de mon père, je l'ai serré contre moi sous sa veste, et me suis sauvagement cramponné à lui, sans rien dire, en respirant simplement à son rythme, en avalant de grands sanglots d'air.

Bien plus tard, (...) j'ai compris que c'était à ce moment-là que le Dr Egge avait décrit en détail à mon père l'étendue des blessures de ma mère.

...

De tout mon être, je voulais revenir au temps d'avant tout ce qui était arrivé.

...

Intéressant, a dit ma mère. Sa voix était neutre, solennelle, ni caustique ni faussement enthousiaste. J'avais cru que c'était la même mère, mais avec un visage creux, des coudes saillants, des jambes pleines de pointes. Pourtant je commençais à remarquer qu'elle était quelqu'un de différent de la maman d'avant. Celle que je considérais comme la vraie. J'avais cru que ma vraie mère ressurgirait à un moment ou à un autre. Que je récupérerais ma maman d'avant. Mais il m'est venu à l'esprit que cela risquait de ne pas arriver.

...

Je sais que le monde est loin de s'arrêter à la Route 5, mais quand on roule dessus - quatre garçons dans une voiture et que c'est tellement paisible, tellement vide à perte de vue, quand les stations de radio ne passent plus et qu'il n'y a que des parasites et le son de nos voix, et du vent quand on sort le bras pour le poser sur la carrosserie - on a l'impression d'être en équilibre. De frôler le bord de l'univers.

13:27 Écrit par charlotte sapin dans Citation, Culture, Littérature américaine, Livre, Polar, thriller, roman noir, Roman | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | | Pin it!

28/07/2013

Mille femmes blanches de Jim Fergus

Les carnets de May Doddmille femmes blanches.jpg

Éditions Le Cherche Midi / Pocket - 501 pages

Présentation de l'éditeur : En 1874, à Washington, le président Grant accepte la proposition incroyable du chef indien Little Wolf : troquer mille femmes blanches contre chevaux et bisons pour favoriser l'intégration du peuple indien. Si quelques femmes se portent volontaires, la plupart vient en réalité des pénitenciers et des asiles... L'une d'elles, May Dodd, apprend sa nouvelle vie de squaw et les rites des Indiens. Mariée à un puissant guerrier, elle découvre les combats violents entre tribus et les ravages provoqués par l'alcool. Aux côtés de femmes de toutes origines, elle assiste alors à la lente agonie de son peuple d'adoption...

Traduit de l'anglais par Jean-Luc Piningre.

Ma note :

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Broché : 19,50 euros

Poche : 7,60 euros

Ebook : 11,99 euros

Il est des points de départs littéraires qui sont, en fonction des goûts personnels, plus tentants que d'autres. La combinaison littérature américaine, premier roman et roman historique est de mon point de vue un tiercé plus que prometteur. Si l'on considère que le livre a, de surcroît été couronné par le Prix Femina du premier roman étranger en 2000, salué par Jim Harrison comme un "roman splendide, puissant et exaltant" et que ses droits ont été rachetés par Hollywood (l'auteur lui-même ayant d'ores et déjà écrit plusieurs moutures de scénarii), tout un chacun peut légitimement s'attendre à une vraie perle littéraire.

À l'origine de ce roman, la visite de Little Wolf, chef Cheyenne, au Président Grant à Washington DC en septembre 1873. Si Jim Fergus a basé sa première oeuvre sur un fait historique, il prend de nombreuses libertés et sa fiction n'en est que plus réaliste. Si, de la vraie rencontre, la teneur des propos échangés reste inconnue, l'écrivain, resituant dans son ouvrage le tête à tête en 1874, décide d'attribuer à Little Wolf la demande à Grant d'échanger mille femmes blanches contre mille chevaux.

Une telle demande peut paraître étrange ou romanesque mais elle est tout ce qu'il y a de plus crédible et sensée. L'extermination des Indiens battant son plein, Little Wolf aurait imaginé cette solution comme une transition nécessaire vers la paix entre les peuples. Les Indiens n'étant plus assez nombreux pour renouveler leur population, l'arrivée de femmes fertiles auraient permis la naissance d'enfants métisses. Des descendants qui auraient assuré la survie de la tribu, assimilé les deux cultures et auraient pu s'intégrer plus facilement dans la civilisation blanche. Une solution pacifique acceptée dans un premier temps et cent femmes, prisonnières, internées psychiatriques, endettées ou sans famille, d'accepter le deal de passer deux années de leur vie au milieu des "sauvages" en échange de leur liberté...

J. Will Dodd, journaliste indépendant et descendant de May Dodd, aurait retrouvé les carnets intimes de celle-ci dans les archives cheyennes. Le livre se présente donc comme les extraits du journal de May, internée par sa famille pour son anticonformisme dérangeant, dans lequel elle consigne obstinément les événements qu'elle et ses consoeurs hautes en couleurs partagèrent tout au long de cette aventure inédite et unique, bon an mal an.

Dépeintes au coeur d'une fresque du wild wild west, elles découvrirent la conditions des squaws, s'habituèrent et s'attachèrent à leurs maris et à leurs noms cheyennes, apprirent la vie en harmonie avec la nature, les guerres entre tribus, les ravages provoqués par l'eau de feu donnée sans compter par les Blancs, les rites parfois cruels... Bref, devinrent de vraies indiennes prêtes à se battre pour la survie de leur tribu.

Au-delà du portrait d'une femme intense et puissante, Jim Fergus dénonce la politique du gouvernement d'alors et le traitement que les Blancs réservaient aux Peaux rouges. Il parle ouvertement d'un génocide alors que le sujet, aujourd'hui encore, reste sensible et tabou. Le livre a d'ailleurs été un événement lors de sa sortie aux États-Unis. Sans tomber dans l'ouvrage anthropologique, il permet d'en apprendre beaucoup sur la culture indienne en général et le mode de vie des Cheyennes en particulier. Il met également en lumière la condition des femmes blanches à l'époque ; la mise en perspective d'avec celle des Indiennes est accablante et pas pour ceux que l'on croit.

Une fois le nez mis dans cette pittoresque épopée du grand ouest américain, impossible de s'en détacher. Bien que la part romancée soit proportionnellement bien supérieure à la trame historique, l'on y croit dur comme fer. May a bel et bien existé et l'on ne peut qu'être bouleversé par cette tragédie annoncée puisque l'on sait bien que le nouvel homme américain a préféré éradiquer les éléments pertubarteurs de son désir incessant d'expansion et de gain plutôt que trouver des compromis humains avec les autochtones originels... L'aspect le plus désespérant à mon sens de ce récit - au-delà du drame consommé par l'Histoire - est la démonstration par l'auteur des limites du mélange culturel, de l'impossible compréhension mutuelle totale.

S'il est délicat pour les États-uniens d'entendre de la part du vieux continent qu'ils n'ont pas d'histoire, Jim Fergus prouve par son texte plus vivant que nature que le passé américain est bien réel... mais pas forcément glorieux. Une plongée dans l'Amérique des pionniers sans pitié ni démagogie aucune, un incontournable roman d'histoire, d'aventure et d'amour écrit par un auteur talentueux ayant sillonné durant des mois le Middle West, sur la trace des Cheyennes, pour bâtir cette oeuvre magistrale aussi exaltante que désespérante qui fait travailler intensivement les zygomatiques et les canaux lacrymaux. À lire en priorité avant de plonger dans la rentrée littéraire !

Ils en parlent aussi : Malorie, Sandrine.

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Extraits :

"Franchement, vu la façon dont j'ai été traité par les gens dits "civilisés", il me tarde finalement d'aller vivre chez les sauvages."

...

D'aussi ignobles perversions sont de nature à provoquer la colère des gens normaux, sinon l'ire des dieux. Je ne peux m'empêcher de penser une fois de plus que l'homme est bel et bien une créature brutale et imbécile. Est-il une autre espèce sur terre qui tue pour le plaisir ?

...

Ils paraissent dotés d'une agilité proprement féline, avec une vraie noblesse d'attitude. Ma première impression est que ces hommes sont plus proches du règne animal que nous autres caucasiens. Ces propos n'ont rien de dévalorisant ; je veux seulement dire qu'ils ont une apparence plus "naturelle" que la nôtre, parfaitement en harmonie avec les éléments.

...

Et c'est le sort des femmes sur cette terre, Harry, que l'expiation des hommes ne puisse être obtenue que par notre bannissement.

...

Oui, j'ai fini par entre dans ce rêve fabuleux, cette vie irréelle, cette existence étrangère à notre univers, dans ce monde que peut-être seuls les fous sont amenés à comprendre...

(...) il m'est venu à l'esprit que je pourrais bien mourir ici, dans les vastes espaces de la prairie déserte, au milieu de ce peuple reculé et perdu... un peuple qui a tout des trolls des contes de fées, qui n'a rien en commun avec les hommes et les femmes que j'ai connus.

(...) il me vient la curieuse impression que nos vies personnelles ne sont pas les chapitres d'un même livre, mais des volumes entiers, détachés et distincts. Et, pour cette raison, je commencerai demain un nouveau carnet, un nouveau volume donc, qui aura pour titre Ma vie de squaw.

...

La campement est vaste, et nous travaillons toutes si dur que, le soir, nous tombons de fatigue sur nos couches aussitôt avalé quelque morceau d'une infâme viande bouillie. (...)

De leur côté, ces messieurs sauvages donnent l'impression de passer un temps démesuré à paresser dans leurs tipis, à fumer et à palabrer entre eux... ce qui me pousse à croire que nos cultures, finalement, ne sont peut-être pas si différente : les femmes font tout le travail pendant que les hommes bavassent.

...

Je dois également porter ceci au crédit des Indiens : c'est un peuple formidablement tolérant et, si certaines de nos manières ou de nos coutumes semblent perpétuellement les amuser, ils n'ont encore jamais fait mine de les condamner ou de nous censurer. Ils se sont jusqu'ici montrés simplement curieux, mais toujours respectueux.

...

(...) la misère a un caractère universel qui transcende les cultures ; tout comme la nôtre, la société indienne a ses riches et ses pauvres. (...) J'admets n'avoir jamais rencontré peuple plus généreux et altruiste.

...

Je ne peux m'empêcher de me demander ce que nous pouvons bien faire à ces gens pour que leurs vies et leurs moyens d'existence s'abîment tant à notre contact, qu'ils se "dégradent" à cause de nous, comme disait le capitaine Bourke...

...

Emplissant l'air sensuel de la nuit, la musique et les chants volèrent avec la brise dans les plaines alentours, de sorte que même les animaux des crètes et des collines se sont rassemblés pour écouter et voir. Les coyotes et les loups ont répondu de leurs plaintes, tandis que des silhouettes d'ours, d'antilopes et de wapitis, sortis de leurs tanières, se dessinaient nettement à l'horizon sous la clarté lunaire. Les enfants les aperçurent derrière les braises du feu, envoûtés et un rien effrayés par cette soudaine folie en mouvement. Enfin, les vieux, observant une scène après l'autre, hochaient la tête entre eux d'une mine approbatrice.

Nous avons dansé. Et dansé. Sous le regard de Peuple, les yeux des animaux. Même les Dieux nous admirèrent.

...

Oui, malgré son étrangeté sauvage et ses difficultés, notre nouveau monde me semblait ce matin-là d'une douceur indicible ; je m'émerveillais de la perfection et de l'ingéniosité avec lesquelles les natifs avaient embrassé la terre, avaient trouvé leur place dans cette nature ; tout comme l'herbe du printemps, ils me semblaient appartenir à la prairie, à ce paysage. On ne peut s'empêcher de penser qu'ils font partie intégrante du tableau...

...

J'ai repensé au capitaine Bourke qui me demandait un jour avec emphase lors d'une conversation : "Où est le Shakespeare des sauvages ?" et je tiens peut-être la réponse. Si les Indiens ont peu contribué à la littérature et aux arts de ce monde, c'est sans doute qu'ils sont trop occupés à vivre - à voyager, chasser, travailler - pour trouver le temps nécessaire à en faire le récit ou, comme Gertie le suggérait, à méditer sur eux-mêmes. Je me dis parfois que c'est après tout une condition enviable...

...

Et nous revoilà en marche... Nos chevaux partent en trottant retrouver la plaine, où le Peuple suit le bison, lequel suit l'herbe verte qui, elle, naît de la Terre.

Nos déambulations peuvent paraître erratiques, mais elles suivent une logique bien établie.

...

Les femmes ne sont pas acceptées comme membres du conseil, mais les Cheyennes se montrent curieusement égalitaires dans la mesure où l'on démontre quelque talent particulier (...).

En même temps, les femmes de la tribu exercent une influence non négligeable sur le déroulement des activités quotidiennes, et on les consulte constamment sur tous les sujets qui ont trait au bien-être du Peuple. (...) La société blanche aurait sans doute bien des choses à apprendre des sauvages sur le plan des relations entre les sexes.

19:54 Écrit par charlotte sapin dans Citation, Culture, Littérature américaine, Livre, Première oeuvre, Roman, Roman épistolaire, journal | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | | | Pin it!