27.09.2009

D'amour et d'eau fraîche de T.C. Boyle

boyle.jpgEditions Grasset - 723 pages

Quatrième de couv' - Marginocity : c'est le nom de la communauté créée en ce début des années 1970 par un nommé Sender, quelque part en Californie, pour vivre près de la nature et pratiquer l'amour libre. Un modèle qui n'est pas du goût des autorités locales : à force de taxes impayées, de latrines qui débordent et de drogue au grand jour, les rebelles sont priés de vider les lieux... Heureusement, Sender a hérité d'un terrain en Alaska. C'est là qu'il décide d'installer ses "frères et soeurs". Mais l'idéal hippie se révèle moins facile à mettre en oeuvre lorsqu'il fait -15° ou -20° chaque nuit, dans un pays où les trappeurs ont une toute autre conception de la vie saine et naturelle... Pourtant, les uns et les autres s'apprivoiseront peu à peu. Et de cette rencontre improbable naît une histoire délirante et drôle, riche en rebondissements, à travers laquelle l'auteur d'América et d'Un ami de la terre poursuit sa radiographie de l'Amérique moderne.

Voici un livre divertissant d'un auteur prolixe aux allures de rock star.

Divertissant au sens noble du terme puisque les grands classiques et les oeuvres posant des problèmes métaphysiques n'ont pas le monopole de la qualité littéraire.

Divertissant donc tout autant que laid et tragique. Aux travers de personnages attachants, chacun se souviendra de ses élans de flower power fantasmés lors de mémorables rébellions d'adolescents en crise - ce qui étaient d'ailleurs foncièrement paradoxal m'enfin passons. Mais bientôt apparaît le revers de la chimère : derrière l'idéal de vie se cache un milieu ancré dans des conceptions rétrogrades de machisme et de sexisme et les valeurs de solidarité, de fraternité et de partage prônées connaissent de tristes limites.

Mouais... En écrivant ça, je me suis déprimée toute seule. Finalement, tout n'est qu'utopie car l'homme, naturellement mauvais, est un être vil, égocentré par essence. Mais que le mérite de l'auteur n'en pâtisse pas : l'histoire est accrocheuse et l'analyse pertinente. Parfait pour agrémenter son temps libre.

02.09.2009

Ainsi mentent les hommes de Kressmann Taylor

taylor.jpgEditions Autrement - 153 pagesn d

Quatrième de couv' : Quand la douleur ou le désarroi sont trop forts, quand les émotions nous bousculent, le bruit, l'odeur, le simple mouvement d'un arbre peuvent nous apaiser. Omniprésente dans ces nouvelles, la nature est la grande consolatrice. Confrontés à un père tyrannique, à un professeur frustré, à des adultes qui mentent, les adolescents mis en scène avec subtilité par l'auteur ne retrouvent leur équilibre profond que dans cette immersion hors des hommes. Humiliation, remords, mélancolie, solitude scandent ces quatre histoires toutes banales, toutes simples, faussement simples, bien sûr, car elles cristallisent admirablement nos ambiguïtés et nos tensions. On reconnaît dans ces textes courts la sensibilité, la finesse d'analyse de l'auteur d'Inconnu à cette adresse, sa capacité de saisir à vif nos déchirures, nos blessures minuscules.

Quatre textes courts, une action somme toute limitée, mais loin des scénarios hollywoodiens, l'auteur sait nous plonger dans cette réalité où bien souvent tout se joue dans une certaine passivité, ici admirablement dépeinte tant dans les différents cadres que dans les sensations.

31.08.2009

Le choix de Sophie de William Styron

styron.jpgEditions Gallimard - 920 pages

Résumé : A Brooklyn, en 1947, Stingo, jeune écrivain venu du Sud, rencontre Sophie, jeune catholique polonaise rescapée des camps de la mort. A la relation de la rencontre du jeune homme avec l'amour, se superposent la narration du martyre de Sophie, l'évocation de l'univers concentrationnaire et de l'holocauste nazi. Les deux veines, autobiographique et historique, irriguent en profondeur ce roman et fusionnent en une émouvante parabole sur l'omniprésence du Mal, symbolisée par l'horreur nazie, mais aussi par l'esclavage et le racisme brutal ou larvé de la société américaine, l'intolérance à tous les degrés, la férocité de la lutte de l'homme pour la vie ou la survie la plus élémentaire.

Je ne saurais expliquer précisément ce à quoi je m'attendais en m'attelant à ce livre, mais une chose est sûre : pas à ça ! Cela dit, le livre a paru en 1979 qui, comme chacun le sait, est une année exceptionnelle, prodigieuse, un cru fantastique, bref l'année du Génie (si je suis née en 1979 ? en toute modestie... oui !). Trève de balivernes : avec 15 millions d'exemplaires vendus, une adaptation cinématographique et un oscar, il eut été étonnant que je sois déçue. L'histoire aussi envoûtante que douloureuse est le reflet exact de la perfidie, de l'excès, de la passion, du sado-masochisme, de la perdition, de l'amitié... bref un portrait aussi fidèle que possible de l'Homme dans toute sa splendeur mais aussi sa bassesse.

Extraits :

En premier lieu, il y avait ce somptueux élan d'énergie créatrice, cet abandon naïf qui me permis en un laps de temps si bref de coucher sur le papier les cinquante ou soixante premières pages de mon livre. Jamais je n'ai été capable d'écrire vite, ni avec facilité, et cette fois ne fit pas exception, car, comme d'habitude, j'étais contraint de chercher, avec quelle gaucherie, le mot juste et suais sur les rythmes et les nuances de notre langue certes fastueuse, mais inhumaine et inflexible : néanmoins, soulevé par une étrange et intrépide assurance, je griffonais avec allégresse, tandis que les personnages que j'avais ébauchés semblaient peu à peu s'animer d'une vie propre et que la lourde atmosphère estivale du Tidewater se parait d'une réalité aveuglante et quasi tactile, à croire que sous mes yeux se déroulait un film, un film d'une étrange couleur tridimensionnelle. Comme je la chéris maintenant cette image de moi en cette époque lointaine, moi courbé sur mon pupitre dans cette chambre d'un rose radieux, me chuchotant mélodieusement (comme je le fais encore) les tournures et les phrases jaillies de mon imagination, les testant sur mes lèvres à l'instar d'un versificateur fanatique, sans cesser de goûter la joie suprême de savoir sur le fruit de ce labeur heureux, quelles que fussent ses faiblesses, serait la plus terrifiante, la plus importante de toutes les entreprises dues à l'imagination de l'homme - Le Roman. Le Roman béni. Le Roman sacré. Le Roman Tout-Puissant. Oh, Stingo, comme je t'envie lors de ces lointains après-midi de l'Ere du Premier Roman (si longtemps avant l'âge mûr et les eaux mortes et croupissantes de la stérilité, le dégoût lugubre de toute fiction, et la débâcle de l'ego et de l'ambition) alors que des pulsions immortelles dictaient le moindre de tes tirets et des tes points-virgules, et que tu vouais la foi d'un enfant à la beauté que tu te sentais destiné à faire jaillir.

...

Quand j'étais toute petite fille à Cracovie et très pieuse je m'amusais souvent toute seule à un jeu que j'appelais "la forme de Dieu". Et je voyais quelque chose de si beau - un nuage ou une flamme ou la pente verte d'une montagne ou la façon dont la lumière emplissait le ciel - et j'essayais de découvrir dedans la forme de Dieu, comme si Dieu pouvait vraiment prendre la forme de ce que je regardais et vivait dedans et que moi j'étais capable de Le voir dedans. Et ce jour-là pendant que par la fenêtre je regardais ces bois incroyables qui dévalaient jusqu'à la rivière et le ciel si clair au-dessus, eh bien, je me suis oubliée et pendant quelques instants je me suis crue redevenue petite fille et je me suis mise à essayer de voir la forme de Dieu dans ces choses. Il y avait une merveilleuse odeur de fumée dans l'air et j'ai vu de la fumée monter très loin au-dessus des bois et c'est là-dedans que j'ai vu la forme de Dieu. Mais à ce moment-là il m'est revenu à l'esprit ce que je savais vraiment, ce qui était vraiment la vérité : que Dieu m'a abandonnée une fois de plus, abandonné pour toujours. Il me semblait que je pouvais véritablement Le voir partir, me tourner le dos comme une espèce d'immense bête fauve et s'enfuir avec un grand bruit à travers les feuilles. Mon Dieu ! Stingo, de Lui je ne voyais que ça, cet énorme dos, qui s'enfuyait au milieu des arbres.

Quelques paroles de l'écrivain, extraites du magazine Lire (décembre 2006) :

"Il m'a fallu du temps pour comprendre que la littérature était plus que le simple fait de raconter une histoire : un mode d'expression artistique à travers lequel on peut transmettre des messages importants. Quand je dis "message", je n'entends évidemment pas propagande ou prêche. Je veux dire qu'un écrivain peut, si son art est assez fort, faire passer à travers une fiction une vision intuitive de l'Histoire ou de la société contemporaine que les historiens et sociologues ne peuvent exprimer. J'écris pour trouver un sens aux événements majeurs de mon temps lorsqu'ils causent des angoisses et des chocs psychiques : l'esclavage en ce qui concerne Nat Turner, l'Holocauste pour Le choix de Sophie. Un roman, si on y a mis assez de passion et d'intelligence, peut être plus vrai que toutes les thèses des érudits et forcer la compréhension mieux qu'aucune autre documentation : il s'agit à la fois d'être totalement libre dans son imagination et de ne jamais trahir l'exactitude historique. Mon ambition, en tant qu'écrivain, n'est pas de changer le cours du destin des hommes mais de modifier, sans s'éloigner de la vérité, les perceptions d'un seul homme ou d'une seule femme.

...

Je n'écris que l'après-midi, après 4 heures. J'ai toujours été incapable de me concentrer le matin. J'ai besoin de beaucoup marcher, de réfléchir. (...) Les mots ne me viennent pas facilement. Lorsque j'écris, je rassemble les pensées éparses et vagabondes qui se sont présentées à moi pendant ma promenade. (...) Ecrire est une agonie. Chaque phrase, chaque paragraphe doit être définitif avant que je passe au suivant.

...

Je crois qu'un écrivain est quelqu'un qui joue le rôle de passeur entre le lecteur et les mondes dans lesquels ce lecteur va se sentir immergé. Ca, oui, c'est un rôle que l'on peut attribuer à l'écrivain. Mais il ne faut pas pécher par prétention : ce n'est pas l'écrivain qui peut se donner ce rôle. On ne se réveille pas, un beau matin, en se disant : "Tiens, je vais devenir le passeur entre le lecteur et le monde." Non, ce sont les lecteurs - et personne d'autre - qui peuvent nous assigner cette mission. L'unique devoir d'un écrivain est d'être fidèle à sa vision du monde. Mais ce devoir-là est littéraire : il consiste à maintenir haut l'exigence de la langue."

Moi, quand je serais grande, je voudrais faire William Styron comme métier.

27.08.2009

Je te retrouverai de John Irving

irving.jpgEditions du Seuil - 851 pages

Quatrième de couv' : Dans un port de la mer du Nord, deux silhouettes bravent la nuit : une très jeune femme et son petit garçon à la poursuite du père fugitif. Tandis que William le séducteur fait tonner tous les orgues (ndla : en vrai français, si orgue est masculin, il devient féminin au pluriel...) de Scandinavie, Alice le talonne et gagne sa vie en tatouant sur des épidermes consentants des coeurs brisés, des fleurs voluptueuses et des serments de fidélité. Déçus dans leur quête, mère et fils s'embarquent pour le Nouveau Monde où l'enfant grandit hanté par le fantôme de ce père auquel il redoute, et s'efforce pourtant, de ressembler, par son nomadisme amoureux et son besoin d'envoûter un public. Car à vingt ans Jack Burns est bien décidé à tirer parti de son patrimoine personnel - visage d'ange et mémoire prodigieuse - pour briller au firmament de Hollywood. Or, cette mémoire n'est-elle pas sous influence ? La belle Alice, si habile aux fioritures, a-t-elle dit toute la vérité, et rien que la vérité ? Est-il encore possible de retrouver la trace de l'organiste accro de l'encre au fond de la vieille Europe ? John Irving signe ici son roman le plus abouti et le plus personnel sur l'accession à l'âge d'homme et ses droits de passage. La fable est tonique, et infernale la ronde qui amène enfin Jack Burns à découvrir, au-delà de son roman familial, une vocation d'écrivain.

851 pages de pure jouissance littéraire ! Quelque peu déconcertée par de récurrentes mauvaises critiques de lecteurs glanées ici ou là en totale discordance avec mon sentiment d'exaltation, j'en ai déduis que cet antagonisme était la résultante d'une différence d'éducation irvingienne. Cette écriture paroxysmique des sujets sous-jacents de l'oeuvre de J.I. ne doit, me semble-t-il, trouver son acmé dans les yeux que du seul lecteur ayant traversé dans un ordre chronologique la bibliographie du maître ès vies tourmentées et pourtant si optimistes. Plutôt à éviter donc pour les néophytes. Pour les autres, je préfère ne rien ajouter si ce n'est : lisez si m'en croyez, n'attendez à demain.

Je vais quant à moi me guérir de ce vide qui m'envahit à chaque nouvelle petite mort (oui je sais... mais j'ai évoqué la jouissance littéraire !) en me plongeant dans un autre bouquin.

Extraits :

Lance ta dernière réplique de façon que ton public singulier s'en souvienne, Jack. Il faut que ta dernière réplique soit inoubliable !"

...

Même si l'empire du soir, je le sais

S'est volatilisé

Si son sable de mes doigts a glissé

Si je reste là, aveugle encore qu'éveillé

Ma lassitude me stupéfie

Je suis sur le sol comme cloué

Plus personne à aller trouver

Dans cette antique rue déserte

Bien trop morte pour rêver.

Ah tu fais semblant comme une femme, oui c'est vrai

Tu fais l'amour comme une femme, oui c'est vrai

Et puis tu souffres comme une femme

Mais tu te brises comme une petite fille.

Just like a woman - Bob Dylan

Sans oublier une mention spéciale pour le choix de la couverture qui, comme à l'accoutumée, est à redécouvrir une fois l'oeuvre achevée.

24.08.2009

La brave Anne de Gertrude Stein

Editions Gallimard - 136 pagesanna.jpg

Quatrième de couv' : Anna Federner, vieille gouvernante allemande, bougonne et bornée, dirige de son mieux la maison de Miss Mathilde. Les jours se succèdent, ternes, monotones, uniquement rythmés par les petits drames du quotidien. Et la brave Anna meurt de n'avoir pas su vivre... D'une plume juste et sobre, Gertrude Stein évoque la banalité du quotidien et le destin manqué d'un coeur simple.

Aucun d'extrait au regard du caractère laconique de ce texte. A tous les aficionados d'action, je déconseille sans détour cette tragédie dont la seule trame est le néant d'une vie. Quant aux férus de récit, ils se régaleront d'une longue et austère description de la petite vie sans prétention d'une petite main dame de maison... pour ne pas dire boniche, esclave de son statut pour le moins chiche et de la dispendieuse insouciance de ses comparses pas plus riches.

Comme disait Françoise Sagan, Bonjour tristesse...

20.08.2009

La Prophétie des Andes de James Redfield

Et si les coïncidences révélaient le sens de la vie ?

Editions Robert Laffont – 318 pages

andes.jpgQuatrième de couv’ : A l’origine, un manuscrit fabuleux rédigé six cents ans avant J.-C. et une prophétie : notre société va subir un grand bouleversement. Intrigué, le héros de cette histoire s’envole pour le Pérou à la recherche du mystérieux grimoire, objet de toutes les convoitises, qui va transformer sa vie. Commence alors une aventure magique et enchanteresse, une dangereuse initiation : une quête en neuf étapes qui le mène du sommet des Andes au cœur de la forêt amazonienne sur la voie des révélations de la vie. Quand, au terme de son périple, le héros découvre le vrai sens de son existence, c’est notre propre quête qui débute. Pour James Redfield, si nous restons attentifs et savons percevoir le grand mystère de l’existence, nous nous apercevrons que nous avons été judicieusement placés, à l’endroit adéquat… pour changer quelque chose en ce monde.

Ma fugace carrière de libraire m’a permis d’appréhender l’importante part de marché occupée par les témoignages et les récits mystiques ; deux styles bien loin de mes inclinations littéraires habituelles. Soucieuse d’être en mesure de renseigner au mieux la clientèle tout autant que désireuse de comprendre ce qui semblait susciter intérêt et engouement manifestes, je me lançais à l’assaut d’un des best-seller du genre.

Je dois dire que j’hésite franchement dans le choix du substantif adéquat pour qualifier l’auteur ou tout homologue. Une telle exaltation n’appelle que deux possibilités mais diamétralement opposées : Bisounours ou Gourou.

S’agissant à proprement parler de James Redfield et de La Prophétie des Andes, l’histoire est une légende captivante, la quête initiatique est assez palpitante. Dans son acception imaginaire. Mais si l’auteur se place d’un point de vue de la délivrance d’une vérité, je commence sérieusement à bloquer et à le penser illuminé.

Certes, de nombreuses choses sont sensées au fil de la narration et si ce n’est réalistes, du moins convoitées par les meilleures âmes de ce bas monde. Ca, c’est pour la dimension Bisounours.

Ce qui me dérange le plus, c’est cette façon d’ériger la pensée en Message et en pratiques à respecter, cette manière si semblable à toutes religions de dicter un mode de vie et de jouer sur les peurs des gens.

Au final, quelles que soient les motivations de l’écrivain, il n’est pas fondamentalement désagréable de se plonger dans ce type de livre. Occasionnellement. Cela donne l’opportunité de rêver un peu, d’espérer que la course à sa perte de l’Homme n’est pas inexorable. Mais il semble, à mon sens, un peu dangereux de s’enfermer dans ce type de lecture. Trop en décalage d’avec la réalité, le risque est de se mettre en marge, d’une façon ou d’une autre, de l’évidence factuelle qui nous entoure.

14.07.2009

La planète aux vents de folies de Marion Zimmer Bradley

Tome 1/24 (!) de la série La Romance de Ténébreusebradley.jpg

Editions Albin Michel - 253 pages

Quatrième de couv' : Egaré dans l'espace à la suite d'un orage gravitationnel, un astronef s'écrase sur une planète inconnue. Les survivants - des membres de l'équipage, des pionniers que le vaisseau transportait vers une colonie lointaine au fond des étoiles - pourront-ils le réparer et repartir vers leur destination initiale ? Ils n'ont d'autre moyen d'y arriver que de reconstituer les machines nécessaires à partir des matériaux locaux, au risque de détruire l'écologie de la planète. Mais voici que se lèvent les vents de folie apportant avec eux des pollens aux mystérieux pouvoirs. Parmi les survivants, certains veulent s'établir sur place, abandonner la civilisation industrielle et s'adapter à cet environnement étrange. Ils doivent apprendre le prix à payer pour que cette étrange planète consente à les accepter dans son sein...

Je dois dire qu'en dehors des séries Le Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien et Les Dames du Lac de Marion Zimmer Bradley, je ne suis vraiment pas coutumière du genre littéraire SF/Fantasy. Mais j'ai bien l'intention de m'y mettre plus régulièrement. Parce que même si ce n'est pas fantastiquement bien écrit, ce type de lecture, à l'instar des sagas comme Harry Potter, permet de s'évader totalement, de faire le vide d'avec sa réalité. Et ça, ça vaut bien de passer quelque peu outre le style, qui doit sûrement être largement imputable à la "qualité" de traduction.

Mon bémol à moi, fétichiste parmi les fétichistes du livre : je trouve le graphisme des couvertures de cette branche de la littérature absolument hideux. Mais ça n'engage que moi.

19.06.2009

Souvenirs d'un pas grand-chose de Charles Bukowski

Editions Grasset - 350 pagesbukowski.JPG

Quatrième de couv' : Bukowski n'a rien oublié : ni la violence, ni la douleur des premières années de sa vie. Il parle vrai et dur. Les coups reçus et donnés, les désespoirs d'un jeune homme laid qui n'a jamais la bonne "attitude", les mesquineries des petits débrouillards, la bouteille, la guerre qui se prépare et n'engloutira pas indistinctement tout le monde, tout cela est dit sans détour. Le constat est effrayant mais drôle : on sait rire aussi, que diable ! La machine à durer en verra bien d'autres, c'est évident. Les outrances, ici, ne sont, après tout, que celles de la vie elle-même. Et puis l'émerveillement n'est jamais loin, même derrière le souvenir de jeunesse le plus cruel. Chez Bukowski, le coeur est tendre, mais bien accroché.

Comme et même plus que pour Kerouac, j'ai été totalement happée par le récit mais quelque peu... pas vraiment déçue... disons décontenancée par la fin.

Mais ce récit n'a rien, rien d'anodin.

C'est dur, mais ce n'est pas larmoyant. C'est vrai, mais ce n'est pas commun. C'est profond, mais ce n'est pas insaisissable. Ca transforme la triste banalité en juste réflexion. Ca fait de la boue exitentielle un joyau littéraire.

Extraits :

Je lus tous les livres de D.H. Lawrence. Cela m'amena à d'autres. Cela m'amena à H.D. la poétesse. Et puis à Huxley - le plus jeune, l'ami de Lawrence. Tous ces livres qui m'arrivaient dessus ! Un livre conduisait à un autre. Arriva Dos Passos. Pas très bon, non, vraiment, mais assez bon quand même. Il me fallut plus d'une journée pour avaler sa trilogie sur les U.S.A. Dreiser ne me fit rien. Mais Sherwood Anderson, alors là, si ! Et puis ce fut Hemingway. Quels frissons ! En voilà un qui savait pondre ses lignes. Quel plaisir ! Les mots n'étaient plus ternes, les mots étaient des choses qui pouvaient vous faire chantonner l'esprit. Il suffisait de les lire et de se laisser aller à leur magie pour pouvoir vivre sans douleur et garder l'espoir, quoi qu'il arrive.

Mais retour à la maison

"EXTINCTIONS DES FEUX ! " hurlait mon père.

C'était les Russes que je lisais maintenant, Gorki et Tourgueniev. Mon père avait pour règle que toutes les lumières devaient être éteintes à huit heures du soir : il voulait pouvoir dormir pour être frais et dispo au boulot le lendemain. A la maison il ne parlait que de ça. Il en causait à ma mère dès l'instant où il franchissait la porte et jusqu'au moment où ils s'endormaient enfin. Il était fermement décidé à monter dans la hiérarchie.

"Bon alors, maintenant, ça suffit, ces putains de bouquins ! Extinction des feux !"

Pour moi, tous ces types qui débarquaient dans ma vie du fin fond de nulle part étaient la seule chance que j'avais d'en sortir. C'étaient les seuls qui savaient me parler.

"D'accord ! D'accord !" lui répondais-je.

Après quoi, je prenais la lampe de chevet, me faufilait sous la couverture, y ramenais l'oreiller et continuais de lire mes dernières acquisitions en les appuyant contre l'oreiller, là, en plein sous la couvrante. Au bout d'un moment, la lampe se mettait à chauffer, ça devenait étouffant et j'avais du mal à respirer. Je soulevais la couverture pour reprendre un bol d'air.

"Mais qu'est-ce qui se passe ? Ca serait-y que je verrais de la lumière ? Henry, tu m'éteins tout ça !"

Je rabaissais la couverture à toute vitesse et attendais le moment où mon père se mettait à ronfler.

Tourgueniev était un mec très sérieux mais qui arrivait à me faire rire parce qu'une vérité sur laquelle on tombe pour la première fois, c'est souvent très amusant. Quand en plus la vérité du monsieur est la même que la vôtre et qu'il vous donne l'impression d'être en train de la dire à votre place, ça devient génial.

Je lisais mes livres la nuit, comme ça, sous la couverture et à la lumière d'une lampe qui chauffait. Tous ces bons passages, je les lisais en suffoquant. Pure magie.

...

On avait certes besoin d'amour, mais pas de l'espèce d'amour dont se servaient et par lequel étaient utilisés les trois quarts des gens. Oui, le vieux D.H. avait compris quelque chose d'important. Son pote Huxley n'était qu'un énervé de l'intellect mais quel prodige ! Bien mieux que ce G.B. Shaw à la rude intelligence toujours en train de racler le fond, à l'humour laborieux mais qui, pour finir, n'était plus qu'obligé, que fardeau qu'il s'imposait à lui-même, qui l'empêchait d'éprouver à fond quoi que ce soit et ne faisait que gratter l'esprit et les sensibilités. Mais les lire tous autant qu'ils étaient faisait du bien. On en arrivait à comprendre que les pensées et les mots pouvaient fasciner, même si, pour finir, tout cela était inutile.

...

La route que j'avais devant moi, j'aurais presque pu la voir. J'étais pauvre et j'allais le rester. L'argent, je n'en avais pas particulièrement envie. Je ne savais pas ce que je voulais. Si, je le savais. Je voulais trouver un endroit où me cacher, un endroit où il n'était pas obligatoire de faire quoi que ce soit. L'idée d'être quelque chose m'atterrait. Pire, elle me donnait envie de vomir. Devenir avocat, conseiller, ingénieur ou quelque chose d'approchant me semblait impossible. Se marier, avoir des enfants, se faire coincer dans une structure familiale, aller au boulot tous les jours et en revenir, non. Tout cela était impossible. Faire des trucs, des trucs simples, prendre part à un pique-nique en famille, être là pour la Noël, pour la Fête nationale, pour la Fête des Mères, pour... les gens ne naissaient-ils donc que pour supporter ce genre de choses et puis mourir ?

...

Tout, absolument tout plutôt que de continuer à me noyer dans cette existence morne, superficielle et peureuse.

...

Quant à ma vie, elle était toujours aussi lamentable qu'au jour de ma naissance. Une seule chose avait changé : maintenant, et ce n'était jamais assez souvent, je pouvais boire de temps en temps. Boire était la seule chose qui permettait de ne pas se sentir à jamais perdu et inutile. Tout le reste n'était qu'ennuis qui ne cessaient de vous démolir petit à petit. Sans compter qu'il n'y avait rien, mais alors ce qui s'appelle rien d'intéressant dans l'existence. Les gens vivaient en-deçà d'eux-mêmes, les gens étaient prudents, les gens étaient tous pareils. "Et dire qu'il va falloir continuer à vivre avec tous ces connards jusqu'au bout", pensais-je (...). Il était évident que je ne serais jamais capable de me marier et d'avoir des enfants. Et pourquoi l'aurait-il fallu alors que je n'étais même pas foutu de me trouver un boulot de plongeur dans un restaurant ?

Mais peut-être que je serais pilleur de banques ! Un truc d'enfer ! Quelque chose qui auraut du panache, de la gueule. On ne tentait sa chance qu'une fois. Pourquoi être laveur de vitres ?

J'allumai une cigarette et continuai de descendre la colline. Etais-je donc la seule personne que cet avenir bouché rendait fou ?

...

"On ne saurait surestimer l'imbécillité générale"

31.05.2009

Sur la route de Jack Kerouac

kerouac.jpgEditions Gallimard - 437 pages

Quatrième de couv' : Un gars de l'Ouest, de la race solaire, tel était Dean. Ma tante avait beau me mettre en garde contre les histoires que j'aurais avec lui, j'allais entendre l'appel d'une vie neuve, voir un horizon neuf, me fier à tout ça en pleine jeunesse ; et si je devais avoir quelques ennuis, si même Dean devait ne plus vouloir de moi pour copain et me laisser tomber, comme il le ferait plus tard, crevant de faim sur un trottoir ou sur un lit d'hôpital, qu'est-ce que cela pouvait me foutre ?... Quelque part, sur le chemin je savais qu'il y aurait des filles, des visions, tout, quoi ; quelque part sur le chemin on me tendrait la perle rare.

En bref, c'est l'histoire d'allers et de retours incessants d'Est en Ouest américain puis du Nord au Sud, direction le Mexique. Absolument déconseillé donc aux férus d'action allergiques aux descriptions qui ne sauraient apprécier les nombreux tableaux de l'immense territoire arpenté, aussi différents, interminables et parfois monotones que le sont les axes routiers américains.

Je ne saurais dire dans quelle mesure ce roman est autobiographique, mais si l'on considère que le chef de file de la Beat Generation, vivant avec sa mère, est décédé en 1969 à l'âge de quarante-sept ans, miné par la solitude et l'alcool, l'on peut penser que l'émancipation conventionnelle, le rejet révolté de l'Amérique conformiste et bien-pensante, la poursuite de la liberté semblent brûler les ailes... Mais n'est-il pas dit dans Et au milieu coule une rivière : "brûlons la chandelle par les deux bouts ; elle peut bien fondre et brûler vite, pourvu qu'elle éclaire bien" ? Et entre des études à Columbia, une expérience de marin durant la Seconde Guerre mondiale, une vie de bohème à Greenwich Village, des nuits sans sommeil, les drogues et l'alcool, le sexe, les délires poétiques et jazz bop ou cool, les vagabondages sans argent à travers les Etats-Unis et jusqu'à Mexico, la vie collective trépidante ou la quête solitaire au lisières de la folie ou de la sagesse, l'on peut dire que la chandelle de Kerouac a brûlé bien plus intensément que bon nombre de celles d'aspirants centenaires.

Captivée par ce récit, je n'en reste pas moins quelque peu sur ma fin. Mais finalement, n'est-ce pas exactement cela, la poursuite de la différence, de l'intensité, de la liberté ?

29.04.2009

Un mariage poids moyen de John Irving

Editions du Seuil - 294 pagesmariage.jpg

Quatrième de couv' : "Composé avec un aisance qui laisse songeur, constamment divertissant, écrit au rasoir, Un mariage poids moyen est le livre d'un futur grand écrivain, mélange de William Styron et de Woody Allen, le maître incontesté d'une génération qui n'est pas près de se perdre." Patrick Besson, le Quotidien de Paris "Une histoire à quatre, c'est six fois plus compliqué qu'une romance à deux, sur le papier. Mais dans les pages d'Irving, çà devient de plus loufoque, tordu, contradictoire et drôle." Jean-François Fogel, Libération

Quand les gens sont un peu tristes, un peu désorientés ou un peu nostalgiques, ils ont besoin de quelque chose qui les rassurent. Pour certains, il s'agira de déguster un mets spécifique, pour d'autre de feuilleter un album photos... Les méthodes sont aussi diverses et variées que le sont les personnes. Pour ma part, il s'agit de lire. Mais quand le besoin de rassurance devient vraiment intense, il ne me suffit pas de lire n'importe quel livre. Il me faut un Irving ; je les ai tous et les ai tous lus de deux à... pfff... huit, neuf, dix fois, que sais-je (depuis 16 ou 17 ans hein !) ? Ce qui explique que, malgré mon fétichisme bibliophile me poussant à préserver à l'état neuf mes chers livres, mes "John Irving" sont pour le moins éprouvés.

C'est ainsi que j'ai relu dernièrement Un mariage poids moyen qui nous parle de l'amour à quatre. S'il est de minces affaires en amour, celle-ci ne l'est assurément pas. Comment pourrait-il en être autrement puisqu'au lieu d'avoir à traiter deux moi et un nous, nous avons affaire à quatre moi et six nous (deux couples légitimes, deux couples illégitimes et deux relations d'avec le même sexe, amicales, rivales ou sexuelles) ? Et Irving de retranscrire magnifiquement cette complexité par un traitement pluri-narratif exceptionnel qui nous fait passer des ressentis et perceptions d'un personnage à l'autre. Et comme d'habitude, l'on y trouve humour, gravité, érotisme... Bref, tout ce qui est, tout ce qui fait la vie.

Extrait :

Quand j'y songe : j'ai raconté et raconté cette histoire à Séverin Winter, à en perdre la voix ! Je n'ai fait que lui répéter afin qu'il comprenne : Utch est loyale. La patience est une forme de loyauté, mais il ne l'a jamais compris.

- Séverin, lui disais-je, elle est vulnérable pour la même raison qu'elle est forte. Où qu'elle place son amour, elle fait confiance. Elle attendra jusqu'au bout, elle supportera - à tout jamais - si elle aime.

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