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Lectrice Charleston 2013

  • Les Quatre Grâces de Patricia Gaffney

    les quatre grâces.jpgSortie ce jour en librairie.

    Éditions Charleston - 397 pages

    Présentation de l'éditeur : Depuis dix ans, Emma, Rudy, Lee et Isabel sont liées par une amitié indéfectible. Esprit, humour et compassion sont les armes qui permettent aux Quatre Grâces de résister à tous les tracas de la vie, ce qui ne les empêche pas de se cacher des secrets parfois... Jusqu'au jour où survient une épreuve à laquelle elles n'étaient pas préparées. Quand le destin frappe, c'est tout le groupe qui est touché. Les Grâces sauront-elle surmonter, chacune à sa façon, cette crise sans précédent ? Vif, profond et émouvant, ce roman déjà culte aux États-Unis, vendu à 1,6 million d'exemplaires, fait le portrait de femmes qui, à elles quatre, sont toutes les femmes... Et les meilleures amies dont on peut rêver. Les Quatre Grâces font partie des livres qui changent une vie.

    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Élizabeth Luc.

    Ma note :

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    Broché : 22,50 euros

    Ebook : 16,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Charleston pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Premier roman de l'auteur, "petit bijou qui brille de mille feux" d'après Nora Roberts, Les Quatre Grâces, bien qu'initialement publié il y a une quinzaine d'années, est un choeur de femmes tout à fait contemporain. Tout autant qu'intemporel.

    Roman à quatre voix ou journal à huit mains, ce livre est l'histoire d'un cercle féminin devenu, au fil du temps, amical puis sororal. Compagnie bigarrée, les femmes de ce club ont des personnalités autant que des choix de vie bien distincts d'où d'occasionnelles étincelles. C'est pourtant le partage, la disponibilité, l'écoute, les bons moments que ces quatre-là vivent le plus souvent. Et parce que l'amitié - davantage encore que l'amour ! - est souvent inconditionnelle, elles savent se serrer les coudes quand elles doivent affronter un destin qui se change en sort. La vie n'étant pas avare en clins d'oeil ironiques, elle entremêle avec malice les étapes cruciales de leurs existences, les éprouvant dans leur capacité à porter le regard sur les autres et les soutenir alors que chacune est elle-même dans la tourmente...

    S'il était encore besoin de démontrer que l'amitié entre femmes existe, ce feel good book en serait la parfaite et bouleversante illustration. Les convaincues quant à elles, nostalgiques de Sex and the city ou de Quatre filles et un jean pour les jeunes lectrices ayant grandi, seront ravies de recréer l'atmosphère chaleureuse, réconfortante, d'un groupe de vraies bonnes copines.

    S'il n'est pas aisé, au commencement de ce roman choral, de distinguer les portraits, d'associer tels événements / traits de caractères / souvenirs / etc. à tel prénom, tout se met en place assez rapidement. L'alternance de voix des héroïnes confère dynamisme et intimité au récit : ajoutée à l'intrigue et ses rebondissements existentiels palpitants, l'intériorité de chacune des figures permet de pénétrer au plus profond du cénacle.

    Ce clan n'est pas seulement une galerie portraits de femmes, de caractères et de vécus variés auxquelles chaque lectrice peut, tout ou partie, s'identifier. Ce sont les amies parfaites, le cercle amical idéal. C'est même encore mieux qu'en vrai puisqu'exceptionnellement, l'on sait tout ce que les unes pensent des autres et disent en leur absence ! Et quand la fiction dépasse la réalité, le sentiment d'appartenance au groupe n'en est que plus fort : il ne s'agit plus seulement de lire, d'observer passivement mais de vivre plus intensément, tant moralement que physiquement, les états d'âmes, les ressentis de ces saisissantes amies virtuelles. Le récit est à ce point poignant que l'on est viscéralement dans l'histoire ; que l'on ne quitte qu'à regret.

    C'est donc plus que volontiers qu'on se laisse embarquer et porter par ce magnifique roman d'Amitié entre rires et larmes, parfois grinçant, souvent drôle, un peu cruel, surtout tendre, toujours touchant. Un tourbillon d'émotions, comme dans la vraie vie. Car là est toute la force de ce livre : son réalisme, son authenticité. Il sonne vrai, il sonne juste. Entre réflexion existentielle et philosophie de vie, cet hymne à l'instant présent évoque intelligemment des sujets complexes (amour, maladie, mort...) et des notions profondes telles que la place et le rôle de la femme, la tolérance ou encore la solidarité... Plus que divertissante, cette lecture dont on ne peut sortir que grandi est une invite à l'introspection, à l'humanité.

    Touchée par la grâce, cette sixième parution des toutes jeunes Éditions Charleston affirme une ligne éditoriale de qualité qui redonne ô combien ses lettres de noblesse à la romance. Un genre littéraire à part entière, brillamment servi par Patricia Gaffney et son vrai beau roman qui, contrairement à ce que laisse supposer la jolie jaquette estivale, se lit à toute heure, en toute saison. Les petits bonheurs qui font du bien à l'âme n'attendent pas !

    L'interview de Patricia Gaffney.

    Lire un extrait du livre.

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    Extraits :

    Si un mariage sur deux se termine par un divorce, combien de temps dure un couple, en moyenne ? Ce n'est pas une question rhétorique : j'aimerais vraiment le savoir. Moins de neuf ans et demi, je parie. Les Quatre Grâces existent depuis neuf ans et demi et pas un nuage à l'horizon. On se parle encore, on remarque toujours des petits détails chez les unes et les autres, un kilo perdu, une nouvelle coiffure, des chaussures neuves... À ma connaissance, aucune d'entre nous n'est en quête d'une amie plus jeune et plus fraîche...

    ...

    Il ne s'agit pas d'un ordre religieux, donc nous avons aussi eu notre lot de jalousies, mesquineries, petites vacheries, sans oublier les crises de nerfs occasionnelles. Mais ce n'est rien.

    ...

    J'adorais l'idée de fonder un groupe. Ce ne serait pas un club de lecture, ni un groupe politique ou féministe. De temps en temps, nous réunirions des femmes qui s'appréciaient et se respectaient pour échanger des expériences et débattre de questions intéressantes. Un objectif plutôt modeste. Nous ignorions que nous étions en train de semer les graines d'un jardin superbe.

    ...

    Avais-je rêvé de ce que je désire ou de ce que je redoute ? Ou les deux ?

    ...

    Je n'ai pas peur d'avoir tort. Je me trompe tout le temps. (...) Le problème, c'est que, en optant pour une opinion tranchée, on élimine toutes les autres. Ce n'est pas juste. Pourquoi choisir ? Il est tellement moins brutal de ne pas choisir. De plus, mieux vaut s'accorder une porte de sortie.

    ...

    Quand je suis stressée, je deviens insupportable. Je m'en rends compte, mais je n'y peux rien.

    ...

    En fait, trois qualités me font craquer, chez un homme. Outre la timidité et l'intelligence, j'ai du mal à l'admettre, il y a la beauté physique. Je sais, je suis superficielle et je déteste ça. Parfois je sors délibérément avec des moches pour ne pas être taxée de frivolité. En vérité, à qualités égales, je préfère un homme séduisant.

    ...

    Il était si passionné... De toute évidence, l'art était sa vie, à la limite de l'obsession, or je craque pour les hommes qui adorent leur travail. Je trouve cette fougue terriblement sexy et désirable. Le mieux, c'est qu'ils ne sont pas dépendants de moi pour donner un sens à leur existence.

    ...

    L'impossible a quelque chose de réconfortant, mais c'est triste. Je déteste l'ambiguïté. Je peux accepter le pire s'il n'est pas dilué dans l'espoir ou un "oui, peut-être".

    ...

    J'adore ça. Préparer un bon repas avec mes meilleures amies, les écouter plaisanter, rire, raconter leur vie, en rajoutant mon grain de sel de temps en temps... C'est le bonheur. Du vin, du fromage, des potins, des copines... Si on pouvait ajouter une dose de sexe d'une façon ou d'une autre, ce serait parfait.

    ...

    Je ne suis pas une experte des enfants, loin de là, ils me font même une peur bleue. Ils sont tellement autonomes... Je ne sais pas... tellement directs. L'ironie ne fait pas partie de leur vocabulaire et ils ne comprennent jamais les blagues. Bref, par principe, je garde mes distances.

    ...

    - Ne rejette pas l'amour, ne le néglige pas. Ne pars pas du principe que tu trouveras un amour meilleur ailleurs. Prends-le partout où tu auras la chance de le trouver et efforce-toi de le rendre en retour.

    ...

    (...) je suis peut-être une imposture. Toute ma vie, j'ai voulu écrire des romans, du moins c'est ce que j'ai toujours affirmé. Le réel ne me suffisait pas. Je voulais que le récit parte dans une autre direction, que la vérité ne soit jamais ce qu'elle était vraiment... Résultat : je suis bien meilleure journaliste que romancière, finalement. C'est à se demander si je n'ai été attirée uniquement par l'idée que j'avais de la romancière. Je voulais avoir l'air d'une romancière. Dans les soirées, je voulais répondre "J'écris des romans" à la question : "Qu'est-ce que vous faites, dans la vie ?"

    ...

    Parfois, le désespoir a du bon.

    ...

    Consulter un psy, c'est dépassé. De plus, je crois en l'idéal de l'indépendance, en la responsabilité de chacun face à son propre bonheur. Non que je réprouve la psychothérapie pour les autres. Avec de telles convictions, je ne tiendrais pas le coup, dans mon métier. Bref, je ne crois pas que ce soit pour moi.

    ...

    J'ai toujours eu envie de dire aux gens que je les aimais. En général, c'est la peur qui m'en empêchait. Peur qu'ils s'en moquent, qu'ils ne veuillent pas l'entendre ou bien qu'ils m'en prennent trop, ensuite.

    C'est différent, à présent. Les années s'accumulent et je n'ai plus un instant à perdre.

    ...

    Mon corps m'a trahie. Je suis mas propre meilleure amie et je me suis laissée tomber. En qui puis-je désormais avoir confiance ? C'est bête, je sais, mais j'ai toujours en moi l'illusion de l'immortalité, même si elle commence à s'effriter sur les bords. Elle cède la place à des crises de panique. Je vais mourir. Cela me revient toujours en pleine face, après un moment d'oubli inexplicable. Alors mes veines s'embrasent de terreur. Mon estomac se noue, je verse des larmes de douloureuses. Ensuite viennent les respirations profondes, je redresse les épaules. Ce fardeau de tristesse, je ne peux le partager. C'est mieux pour moi et pour les autres. Quel poids que l'ombre de la mort...

    Pourquoi la mort est-elle si mystérieuse et taboue, comme le sexe pour une vierge, un secret bien enfoui ? Depuis toujours, je suis persuadée que tout le monde va mourir sauf moi.

    C'est notre seul moyen de survivre, je suppose.