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22/11/2013

La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson

En librairie depuis le 22 août 2013.culture,citation,littérature,livre,roman,islande,roman épistolaire,biographie

Éditions Zulma - 131 pages

Présentation de l'éditeur : « Mon neveu Marteinn est venu me chercher à la maison de retraite. Je vais passer le plus clair de l’été dans une chambre avec vue plongeante sur la ferme que vous habitiez jadis, Hallgrímur et toi. » Ainsi commence la réponse – combien tardive – de Bjarni Gíslason de Kolkustadir à sa chère Helga, la seule femme qu’il aima, aussi brièvement qu’ardemment, d’un amour impossible. Et c’est tout un monde qui se ravive : entre son élevage de moutons, les pêches solitaires, et sa charge de contrôleur du fourrage, on découvre l’âpre existence qui fut la sienne tout au long d’un monologue saisissant de vigueur. Car Bjarni Gíslason de Kolkustadir est un homme simple, taillé dans la lave, pétri de poésie et d'attention émerveillée à la nature sauvage. Ce beau et puissant roman se lit d’une traite, tant on est troublé par l’étrange confession amoureuse d’un éleveur de brebis islandais, d’un homme qui s’est lui-même spolié de l’amour de sa vie.

Traduit de l'islandais par Catherine Eyjólfsson.

Ma note :

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Broché : 16,50 euros

Ebook : 12,99 euros

Un grand merci aux Éditions Zulma et à PriceMinister pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre dans le cadre des matches de la rentrée littéraire.

Au soir de sa vie, un homme entreprend d'écrire à la femme qu'il a toujours aimée mais dont il a sacrifié la passion sur l'autel de la fidélité à son épouse acariâtre et à la terre de ses ancêtres. Tentative tardive de vivre enfin cet amour impossible ? Nullement et pour bien des raisons... Alors pourquoi cette lettre ?

À la lecture de ce long et poignant monologue, l'on comprend que cette déclaration est davantage l'ultime rétrospective d'un homme sur son existence. Une sorte de confession testamentaire sur ses choix et notamment celui de manquer l'amour de sa vie.

Loin de s'apitoyer sur son sort, le narrateur se livre à une réflexion philosophique sur la vie et les inévitables décisions qui le conditionnent parfois de bout en bout. Alors même que le lecteur est dévasté par cette vie de souffrances, de renoncements et de frustrations, Bjarni parvient à lui faire comprendre ses actes. Parce que derrière tout acte malheureux se cachent aussi, parfois, de bonnes choses.

Au-delà donc du gâchis amoureux, c'est tout l'attachement d'un homme pour son pays, sa terre, ses coutumes, son folklore et pour son métier d'éleveurs de moutons, sa passion pour les bêtes qui transpire de ses mots enflammés. Il dresse une fresque envoûtante de l'Islande, ses paysages, ses légendes, ses paysans, son climat rude qui impose la solidarité entre les êtres. Cet amour-là est si profond qu'il donne, par ses simples mots, à contempler et à ressentir l'Islande comme si l'on y était. Il suscite par son ode à la Nature, à la sensualité, à l'amour, l'envie de (re)voir cette terre si singulière qui semble vivante et vibrante comme une amante.

Peut-on réellement se consoler d'un amour manqué, perdu, par un pays, par une vocation ? Il semblerait qu'en partie mais peut-être Bjarni a-t-il été aidé par la ressemblance entre Helga et l'Islande ou ses brebis dont il ne cesse de comparer les courbes, les tempéraments, la beauté, avec un érotisme parfois cru qui ne peut laisser insensible. Finalement, sa lettre à Helga est un prétexte pour faire revivre un pan révolu de l'Islande, celui de la paysannerie traditionnelle confrontée à la rudesse du climat arctique, isolée et soudée, pétrie de conteries immémoriales entre mer de glace et désert de lave.

Dans ce portrait profondément humain d'un homme simple dont le seul héroïsme fut de rester fidèle à ses convictions et ses racines, Birgisson aborde des thèmes universels tels que l'amour, le sexe, le remord, l'attente, le doute, la peur, la faiblesse, la mort...

Éloignée de tout pathos, cette vie difficile est narrée avec beaucoup d'émotions, d'humour et d'auto-dérision. Prosaïque, son personnage n'en est pas moins éloquent. Tour à tour drôle, triste, poétique ou torride, il est toujours sincère, direct, sans fard, sans concession, sans complaisance, sans pudeur. En deux mots : juste et brillant. Le ton charnel très masculin lui sied à merveille, sans jamais être vulgaire. Le lecteur s'entend murmurer au creux de l'oreille les mots doux et parfois osés adressés à Helga.

La lettre à Helga est le premier roman de Bergsveinn Birgisson. Cette tragi-comédie est tout simplement délicieuse et émouvante et offre un moment de lecture délicat et authentique ; à part. Il suffit de fermer les yeux pour voir l'Islande. Il suffit de voir l'Islande pour voir Helga. Il suffit d'entendre Bjarni parler d'Helga pour savoir l'Amour. Définitivement, une première oeuvre originale et magistrale qui offre un portrait très réaliste et bouleversant de l'homme au crépuscule de sa vie. C'est à n'en pas douter l'une des seules lettres qui ne nous est pas adressée dont on se souviendra pourtant à jamais. C'est beau, c'est réussi, unique en son genre et soutenu par un verbe riche et vibrant.

Véritable best seller dans sa contrée d'origine, ce roman ne cesse de conquérir de nouveaux lecteurs et est traduit dans des langues toujours plus nombreuses. Il a été élu roman de l'année 2010 par les libraires islandais, a figuré dans les sélections 2012 du Prix de littérature islandaise et du Prix Concil's Literature puis a été adapté au Théâtre de Reykjavik. Il a même inspiré une réponse, une Lettre à Bjarni, à un libraire français qui a été transcrite en islandais par la traductrice du livre à son auteur, lequel à répondu au libraire !

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Vous ne connaître ni le jour ni l'heure de Pierre Béguin, Juste avant de Fanny Saintenoy, Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi de Mathias Malzieu, Journal d'un corps de Daniel Pennac, Et rester vivant de Jean-Philippe Blondel, La nuit ne dure pas d'Olivier Martinelli, La servante du Seigneur de Jean-Louis Fournier, Le café de l'Excelsior de Philippe Claudel, La silencieuse d'Ariane Schréder, Juste avant le bonheur d'Agnès Ledig, Petit art de la fuite d'Enrico Remmert, Les arbres voyagent la nuit d'Aude Le Corff, Mille femmes blanches de Jim Fergus, Ce que je peux te dire d'elles d'Anne Icart, Cosima, femme électrique de Christophe Fiat, Eux sur la photo d'Hélène Gestern, Les chagrins de Judith Perrignon, Les roses de Somerset de Leila Meecham, Le châle de cachemire de Rosie Thomas, Une Île de Tracey Garvis Graves, Beauvoir in love d'Irène Frain.

Extraits :

Tous meurent. Chacun à sa façon. Certains tombent par terre au milieu d'une phrase. D'autres s'en vont paisiblement dans un songe. Est-ce que le rêve s'éteint alors, comme l'écran à la fin du film ? Ou est-ce que le rêve change simplement d'aspect, acquérant une autre clarté et des couleurs nouvelles ? Et celui qui rêve, s'en aperçoit-il tant soit peu ?

(...) Pour ma part, la carcasse tient encore le coup, à part le raideur des épaules et des genoux. La vieillesse fait son oeuvre. Il y a, bien sûr, des moments où l'on regarde ses pantoufles en pensant qu'un jour elles seront encore là, tandis qu'on y sera plus pour les enfiler. Mais quand ce jour viendra, qu'il soit le bienvenu, comme dit le psaume. C'est comme ça, ma Belle ! Bien assez de vie a coulé dans ma poitrine. Et j'ai eu l'occasion d'y goûter - à la vie.

Ah, je suis devenu un vieillard impossible qui prend plaisir à raviver de vieilles plaies. Mais on a tous une porte de sortie. Et nous aspirons tous à lâcher notre moi intérieur au grand air. (...)

Bientôt, ma Belle, j'embarquerai pour le long voyage qui nous attend tous. Et c'est bien connu que l'on essaie d'alléger son fardeau avant de se mettre en route pour une telle expédition. Assurément, j'arrive après la soupe en t'écrivant cette lettre maintenant que nous sommes tous plus ou moins morts ou séniles, mais je m'en vais la griffonner quand même.

...

- C'est elle que tu aurait dû prendre. Et pas une brebis stérile comme moi. C'est elle que tu as toujours voulue, pas moi.

Elle a repoussé l'album. Elle fixait le pied du lit de ses yeux vides. Cela m'a fait mal au coeur pour elle. J'ai senti que j'aimais cette pauvre moribonde, cette femme agonisante qui n'avait pour ainsi dire personne au monde. Il m'a paru que j'avais eu raison de croupir dans mon coin avec elle pendant toutes ces années. Sinon, qui ce serait occupé d'elle ?

...

Oui, voilà-t-il pas que ressurgit en elle le complexe de l'héroïne de saga, cette maudite tare islandaise qui consiste à ne jamais pouvoir se débarrasser du passé ni a pardonner quoi que ce soit.

...

Quel a été l'incident qui, sans jamais avoir eu lieu, a pu susciter le médisance et entraîner des conséquences aussi mauvaises - non, bien pires ! - que s'il s'était vraiment produit ? Peut-on tracer la ligne entre ce qui s'est véritablement passé et ce qui ce serait passé selon les colporteurs de ragots traînant dans les cuisines, mis en verve à grand renfort de café et d'insinuations ? Qu'est-ce qui n'a nullement eu lieu en ce jour de la Saint-Lambert 1939 - tout en se produisant malgré tout dans l'esprit des mauvaises langues ?

...

Dieu sait combient mon âme était réduite à peu de chose, suite à la propagation de ce non-événement. J'étais plein d'amertume de me voir accuser sans avoir pu goûter à la douce et purifiante saveur du crime.

...

Littérature et culture générale semblaient n'être pour elle qu'un luxe superflu qu'on devait avoir honte de s'offrir puisque le temps qu'on y passait était volé au travail.

Plus faits de chair que d'esprit, ils n'étaient pas portés sur les livres, ses aïeux de la vallée de Blöndudalur. Tout ce qu'ils voulaient, c'était trimer.

...

Tous les hommes font des fautes. Sinon ils ne seraient pas des hommes.

...

Mais ces bains glacés ne produisaient que l'effet inverse. Je ne reprenais mes esprits qu'après m'être masturbé comme un forcené, ce dont j'avais honte ensuite car j'avais toujours l'impression d'être observé, de faire quelque chose de mal. Pourquoi avoir de telles pensées ? Beaucoup plus tard, je me suis rendu compte que les gens cachés dont je sentais la présence étaient évidemment ces êtres surnaturels qui hantent la falaise de Fólkhamar surplombant le ruisseau. Ça doit les amuser de voir notre misérable espèce se branler. On leur fait sans doute pitié, esclaves que nous sommes du désir.

...

Il n'y a sûrement que moi par ici qui sache où se trouvent les Mamelons d'Helga et, à ma mort, j'emporterai ce lieu-dit dans la tombe. Ces éminences, sur le versant sud de la butte de Gongukleif, sont comme le moulage terrestre de tes seins, en plus grand bien sûr, mais leur forme - cette pente douce en dessus et le renflement abrupt en dessous - a dû être modelé sur ta gorge par les mains mêmes du Créateur. Combien de fois ne me suis-je couché là, sur les Mamelons d'Helga, dans la brise solaire de sud-ouest, la tête entre tes seins, avec l'impression d'être au creux de tes bras.

...

Je n'avais jamais rien vu de si beau. Et j'avais attendu si longtemps pour le voir.

(...) Ça ne s'est jamais passé. Ça n'a jamais eu lieu. C'est ainsi que mon âme a réagi aux sollicitations de la chair. À corps docile, âme pénitente ! Personne ne devait savoir que la rumeur était fondée.

...

Malgré leur pauvreté, Sigrídur et Gísli furent toujours liés par une tendre affection. Une visite chez eux ne manquaient pas d'évoquer le vieux couple de fermiers qui avait tiré le diable par la queue sur la lande pendant quarante ans, dans Lumière du monde de Laxness. Ils étaient comme une seule et même personne dans deux corps distincts. On dénigre les fermes les plus ingrates à exploiter en les déclarant loin de la civilisation ; se pourrait-il qu'on y trouvât, comme par hasard, plus de civilité qu'ailleurs ?

...

Et puis elle a pris fin brusquement.

La saison des amours de ma vie.

...

Je me souviens avoir dit que les sociétés humaines étaient comme les pommes. Plus elles sont grosses, moins elles ont de goût.

...

Croire au progrès et se l'approprier est une chose, mais c'en est une autre que de mépriser le passé. Les vieilles fermes ont toutes disparu à présent, parce qu'elles rappelaient aux gens le froid, l'humidité et ce qu'on appelle cruellement le mode de vie des culs-terreux. Mais quelle est la culture de ceux qui parlent ainsi ? C'est quand les gens tournent le dos à leur histoire qu'ils deviennent tout petits. Ça n'a pas été une mini-révolution quand le téléphone et la radio sont arrivés dans les campagnes et que fgrand-mère Kristín a demandé, le doigt pointé sur le poste de TSF, comment c'est-y qu'on faisait pour mettre un homme entier dans une aussi petite boîte. Elle affirmait aussi, avec plus de justesse, que tout ce qui se disait au téléphone n'était que menteries qu'il ne fallait point croire. Et même si l'on vante les mérites du poste récepteur et des bulletins météo, le fait est bel et bien qu'on ne se rappelle rien ou presque de ce qui sort de l'appareil. En revanche les lectures édifiantes à la maisonnée, tirées des Psaumes de la Passion ou du recueil de paraboles de Vidalín, restent gravées dans la mémoire, de même que l'expression du lecteur, le timbre de sa voix, les soupirs qui l'accompagnent et les commentaires qui suivent. Et la vérité n'est-elle pas sortie de la bouche du père Vidalín quand il a dit qu'il est facile d'entraîner une bonne nature au mal mais difficile d'amener la mauvaise au bien ? La TSF est arrivée et Vidalín est mort - comme a dit Bárdur de Stadur.

Ce dont on se souvient le mieux, ce sont les réunions, par exemple sur le terre-plein de la Coopérative ou bien chez nous, à la Société de lecture, où l'art du récit avait ses envolées. À présent les gens ne se parlent plus, ne se réunissent plus ! Et de bons conteurs d'histoires, on n'en trouve plus nulle part.

...

Je bricolais des tas de choses de mes mains. (...) Les foyers d'aujourd'hui sont sacrément pauvres du point de vue de notre culture. Les objets qu'on y trouve viennent des quatre coins du monde, le plus souvent sans la moindre indication de leur lieu d'origine. Or quelle est la différence entre un objet fabriqué maison et un autre qui sort de l'usine ? Le premier a une âme et l'autre non. Car celui qui fait quelque chose de ses mains laisse dans son ouvrage une partie de lui-même.

...

Bien sûr, à mieux considérer les choses, je ne sais plus quel est le pire, de mon entêtement à croupir ici ou de ton orgueil.

...

Je me souviens du temps où les fermiers pensaient par eux-mêmes, pas d'accord du tout avec cette pensée venue du sud, selon laquelle la vie serait dérisoire comme le sort d'un homme obligé de hisser une lourde pierre au sommet d'une montagne pour la voir dégringoler et recommencer à la coltiner.

C'est de la pure connerie, a dit le vieux Gislí de Lækur. Ce n'était pas du tout comme ça. Il fallait plutôt considérer que c'était dans la nature humaine de transbahuter des pierres sur les hauteurs pour les caler solidement au sommet et en entasser d'autres tout autour en un beau cairn qui servirait de point de repère. Ce que souhaitait l'homme, c'est ériger un monument à son labeur. Un autre philosophe, qu'on lisait en langue danoise, prétendait que le problème existentiel de l'homme résidait dans le fait qu'il lui fallait sans cesse faire des choix dans ce bas monde et que c'était ça la source de son malheur. Je me souviens que Josteinn demanda alors de sa voix lente et enrouée qui faisait penser à un appel lointain venu de la lande, si le pauvre homme devait réfléchir longtemps chaque matin pour savoir s'il allait choisir du pain ou des pierres pour son petit déjeuner.

(...) Les discussions étaient de cet ordre. Il s'agissait-là d'hommes qui avaient eux-mêmes forgé le sens qu'ils donnaient à leur vie ; ils avaient l'intelligence dont la nature les avait dotés car aucune école ne leur avait inculqué comment penser. Ils pensaient tout seuls. Les hommes comme ça ont disparu aujourd'hui et je doute fort qu'on en élève de semblables à Reykjavik par les temps qui courent.

...

Ici, à la campagne, j'ai eu de l'importance. Et si ce n'est qu'une idée, au moins aurai-je eu l'impression d'en avoir. Voilà une différence qui compte. (...)

Ça ne les dérange pas, les gens des villes, de n'être pas en prise avec le monde, d'être insensibles et amorphes et de chercher la consolation dans la drogue ou l'adultère ; d'avoir seulement à se demander s'ils doivent se supprimer, ou pas. Ou bien attendre un peu. Y a-t-il rien de plus terrible que d'attendre que la vie s'écoule ? Au lieu de mettre la main à la pâte et d'amasser des vivres. Et puis ils composent des poèmes et écrivent des romans sur la froidure et la solitude de la ville. Pourquoi donc ont-ils quitté la campagne ? Qui les en a priés ? Si la vie toute entière n'est que fiction, comme ils disent, n'y avait-il pas plus de vitalité, plus de bonté dans les prés, une clarté plus intense et un sentiment de liberté plus vif dans l'atmosphère d'ici ? Tu sais, Helga, j'ai entendu dire que d'anciens poètes du temps des Grecs et des Romains ainsi que de grands philosophes et des sages du monde comparent la vie au rêve et à la fiction. Mais chez nous, pas la peine de cherche midi à quatorze heures. On trouve la même sagesse en se tournant vers sa grand-mère qui, sans savoir lire ni écrire, pouvait réciter un poème dont elle ignorait l'auteur, et qui n'avait jamais été jugé digne d'être couché par écrit.

La vie n'est que transe et rêve,

calme plat et dur ressac,

écueil et courant rapide,

tempête, neige et brouillard.

Avec fleurs et soleil aussi.

Mais derrière les hautes montagnes -

personne n'est encore allé voir.

Je ne veux pas dire que tout est tellement merveilleux par ici, ni que les gens sont des anges. Bien sûr, ici il y a les ragots, la jalousie, et toutes sortes de conneries qui vont avec l'espèce. Mais ces gens-là vous dépanneront d'un pneu de tracteur en cas de besoin.

...

L'amour ne se réduit pas au romantisme citadin où il s'agit de trouver la seule, la vraie qui comblera votre âme jusqu'à la faire déborder et dégouliner telle une pompe intarissable. L'amour est présent aussi dans cette vie que j'ai menée ici, à la campagne. Et quand je l'ai choisie pour la vivre sans regret, j'ai appris que l'homme doit s'en tenir à sa décision, la conforter et ne pas en démordre - c'est ainsi que l'amour s'exprime.

...

Oui, le vieux refrain populaire, je l'ai vécu, ma chère Helga, et toi aussi peut-être :

L'amour le plus ardent

est l'amour impossible.

Mieux vaut donc n'aimer personne.

...

Tout arrivait trop tard - tout était passé. Mon âme essorée n'avait plus de mots. Le pire n'était pourtant pas la souffrance ou, comment dire, l'incapacité de rien sentir, mais la solitude dans tout cela. (...) Le pire dans la plus grande affliction, c'est qu'elle est invisible à tous sauf à celui qu'elle habite.

19:27 Écrit par charlotte sapin dans Bio/autobiographie, Citation, Culture, Littérature islandaise, Livre, Roman épistolaire, journal | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | | Pin it!

21/11/2013

Le cercle des confidentes de Jennifer McGowan

le cercle des confidentes.pngTome 1 - Lady Megan

En librairie depuis le 4 septembre 2013.

Éditions Macadam Milan - 430 pages

Présentation de l'éditeur : Lorsque Meg Fellowes, 17 ans, voleuse et comédienne de la troupe de la Rose d'Or, est arrêtée, elle sait que la sentence va être la mort. C'est ce à quoi les voleurs sous le règne d'Élisabeth 1re d'Angleterre doivent s'attendre. Pourtant, on lui propose une alternative : accepter de faire partie d'un groupe de demoiselles d'honneur très spéciales : des espionnes. Avec ses nouvelles compagnes, Jane, Anna, Béatrice et Sophia, Meg doit protéger la couronne des intrigues de la cour. En ces temps troublés, mille complots guettent la jeune reine protestante. Grâce à son sens inné de la comédie et à sa mémoire extraordinaire, Meg doit espionner la délégation espagnole, composée de fervents catholiques, opposés à Élisabeth, dont le séduisant Rafe, comte de Martine, qui vient d'arriver à la cour. Mais dans le paysage complexe de ce début de règne, la jeune fille comprend vite que les frontières entre ennemis et alliés sont mouvantes et qu'elle ne peut se fier à personne. Si elle entend sauver la vie de sa reine et retrouver sa propre liberté, elle devra aussi démasquer le meurtrier d'une autre demoiselle d'honneur, mystérieusement assassinée quelques mois avant son arrivée...

Traduit de l'américain par Marie Cambolieu.

Ma note :

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Broché : 15,20 euros

Ebook : 9,99 euros

Un grand merci aux Éditions Macadam pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première et de devenir blogueuse partenaire de leur collection.

C'est seulement après une brillante carrière dans le marketing que Jennifer McGowan a décidé de se lancer dans sa première entreprise littéraire. Une expérience professionnelle qui lui a sans doute permis d'enrichir sa formidable imagination d'une connaissance pointue de sa cible. Loin donc de se contenter d'une histoire simple et classique pour son tout premier livre, Jennifer McGowan a opté pour une saga jeunesse en forme de mashup littéraire.

Si l'on peut, d'un simple coup d'oeil à la couverture du premier tome de cette série, le cataloguer sans conteste dans la rubrique du roman historique, il serait réducteur de le cantonner à cela. Comme l'a appris l'auteur dans son précédent métier, les jeunes lecteurs veulent lire comme ils vivent. Si la technologie d'aujourd'hui leur permet d'être de véritables encyclopédies de l'histoire de la musique et de tous ses courants - pour ne citer que cet exemple -, il faut qu'il en aille de même côté lecture. Cela passe en partie par le support numérique. Cela passe aussi par le mélange des genres et par la vitesse narrative qui ne doit en aucun cas laisser l'occasion de s'ennuyer et donc de zapper. C'est là que Lady Megan, premier opus du Cercle des confidentes, se révèle être résolument moderne. L'histoire de ces cinq jeunes femmes au service de la reine Elisabeth Ire alors débutante, tout historique qu'elle soit (la couverture tient évidemment toutes ses promesses !), n'en est pas moins classable aux rubriques espionnage, suspens, apprentissage, aventure, thriller ou romance. De quoi satisfaire tous les jeunes lecteurs contemporains ; tout du moins les jeunes lectrices si l'on se réfère au sexe des personnages principaux - cinq espionnes pour une reine aussi centrale autour de laquelle tout tourne, que secondaire puisque peu présente dans ce premier volume -, la modernité s'embarrassant encore trop souvent, malheureusement, du genre...

Et de suivre ces cinq adolescentes pour le moins indépendantes et intrépides, douées de caractères bien trempés et de talents exceptionnels, en charge de protéger le royaume d'Angleterre et de résoudre un meurtre tout en vivant leurs premiers élans amoureux. Ces James Bond girls à la mode élisabethaine, forcément différentes les unes des autres pour faciliter l'identification la plus large possible, doivent épouser la raison d'État et déjouer les faux semblants, les incidents, les tromperies, les trahisons, les machinations et autres complots.

Entre politique, amour, amitié et loyauté, l'histoire démarre sur les chapeaux de roues et le lecteur en vient rapidement à douter de tout le monde. Immédiatement addictives, les pages se tournent de plus en plus vite et au sortir de cette première partie, le premier sentiment après le regret de l'avoir déjà finie est l'impatience de pouvoir lire la suite. Réaction s'il en est par excellence face à un succès d'écriture ; attention, page turner !

S'il est intéressant de connaître a priori la véritable histoire d'Angleterre pour le plaisir de détecter les éléments authentiques de la trame, ce n'est cependant par nécessaire à la bonne compréhension du texte. Mais il y a fort à parier que nombres de béotiens montreront a posteriori un intérêt pour cette époque...

L'écrivain fait preuve d'un réel talent pour les descriptions (décors, costumes, atmosphère...) qui, loin d'être pesantes, catapultent subtilement le lecteur en plein XVIe siècle. Mais sa véritable force réside sans doute dans sa faculté à maîtriser son histoire. Qu'il s'agisse des enjeux diplomatiques ou des intrigues amoureuses, les scènes de tension palpable sont habilement menées et saisissantes aussi bien physiquement qu'émotionnellement. La parcimonie avec laquelle sont dispensés les indices met les nerfs du lecteur à rude épreuve mais les révélations, sans cesse surprenantes, arrivent toujours à point nommé. Peut-être certaines transitions temporelles sont-elles un peu rapides - il y a parfois plusieurs mois d'écoulés entre deux chapitres - mais ce n'est, somme toute, qu'un détail.

Bref, Lady Megan est le premier des cinq tomes annoncés d'un bootleg littéraire prometteur campé au coeur de l'Angleterre élisabéthaine, dont chaque opus sera consacré à l'une des drôles de dames de l'incomparable fille d'Henri VIII. Fidèle à l'Histoire qui ne finit pas toujours bien, cette fiction, emplie de personnages brillants et attachants ou obscurs et perfides, est intelligente, fascinante et haletante. Elle offre des portraits crédibles - puisque réel pour celui qui concerne la reine et d'autres encore... - de femmes puissantes et audacieuses dans une époque où la condition féminine n'était pas des plus enviables. Une prouesse ingénieuse et délicieuse pour un premier roman qui s'adresse aux jeunes tout autant qu'aux grands de plus en plus nombreux à succomber à la passion de la littérature young adult. Ne reste plus qu'à souhaiter que les livres à paraître soit à la mesure de ce premier ! À suivre...

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La tétralogie d'Anna Godbersen (Rebelles, Rumeurs, Tricheuses et Vénéneuses), Ferrailleurs des mers de Paolo Bacigalupi, Hunger Games de Suzanne Collins, Enfants de la paranoïa de Trevor Shane, Le chirurgien ambulant de Wolf Serno, La sœur de Mozart de Rita Charbonnier, Quatre sœurs de Malika Ferdjoukh, Le châle de cachemire de Rosie Thomas, Sashenka de Simon Montefiore, Les perles de la Moïka d'Annie Degroote, Les roses de Somerset de Leila Meacham, la trilogie Le goût du bonheur de Marie Laberge (Gabrielle, Adélaïde, Florent), Orgueil et préjugés, Emma, Northanger Abbey, Raison et sentiments, Lady Susan & Mansfield Park de Jane Austen, La couleur des sentiments de Kathryn Stockett, Seuls le ciel et la terre de Brian Leung, La calèche de Jean Diwo ou Mille femmes blanches de Jim Fergus.

Extraits :

La voix de sir William n'exprimait ni mépris ni pitié. Seule sa fourberie se manifestait. Il savait pertinemment que j'étais incapable de déchiffrer les rondeurs des caractères sur le feuillet - et sans doute s'en trouvait-il satisfait. Il me garderait ainsi un peu plus longtemps à sa botte. Cecil n'appréciait guère d'instruire une petite voleuse dépenaillée qui l'avait dupé une fois, presque deux. Il m'aurait sûrement laissée croupir au cachot si la reine n'avait pas formulé la demande explicite de me voir intégrer son cercle de confidentes. Il n'en avait d'ailleurs pas fait mystère : c'était Elizabeth et elle seule qui m'avait choisie pour entrer à son service. Cecil ne m'aimait pas, n'avait aucune confiance en moi et ne voulait pas de moi à Windsor. Je ne pouvais guère le lui reprocher. J'aurais moi aussi préféré me trouver ailleurs. Ma vie de voleuse me manquait : je me languissais de l'exaltation de la traque, de la sensation de mes butins entre mes doigts : le velouté du satin, la froideur lisse de l'argent.

...

Grand-Père m'avait peut-être refusé le don de lecture, mais il m'en avait transmis d'autres, comme celui de l'écoute, de la diction, du jeu et de la persuasion.

...

Pendant que les autres dames et demoiselles au service de la reine se consacraient aux travaux d'aiguille, aux révérences, aux processions, aux pas de danse, à l'étiquette et aux commérages, notre petite troupe se retrouvait chaque jour en ce lieu pour une instruction "approfondie" réservée à notre secte secrète. C'est là, claquemurées dans cette salle isolée où se mêlaient le bruissement des étoffes, le froissement des pages et la voix sifflante de notre sévère professeur, que cinq jeunes filles apprenaient à espionner pour le compte d'Elizabeth.

L'idée avait de quoi séduire, ou même enthousiasmer. N'était-ce pas une fabuleuse aventure que de servir la plus extraordinaire souveraine de toutes les nations, de mettre audace et panache au service de la Couronne ?

...

Un instant s'écoula, puis un autre. Je déglutis puis risquais enfin un autre regard à mon auguste interlocutrice. Et ce que je vis... me stupéfia.

En cet instant, la Reine Elizabeth d'Angleterre, au faîte de sa jeunesse et de sa force, ma parut soudain aussi vieille et étiolée que mon grand-père l'avait été sur son lit de mort. Comme un masque terne, la lassitude retombait sur son visage et ses yeux luisaient d'une morne sagesse que je ne pouvais espérer comprendre. Comme pour me marquer de son royal décret, elle posa une main solennelle sur mon épaule.

- Tous les hommes constituent une menace pour une femme, Meg, qu'elle soit servante ou souveraine, déclara-t-elle. En particulier ceux en qui nous aimerions par dessus tout place notre confiance. Ne l'oublie jamais.

...

Nos mensonges les plus convaincants sont ceux qui nous semblent vrais.

23:13 Écrit par charlotte sapin dans Citation, Culture, Littérature américaine, Littérature jeunesse, young adult, Livre, Roman historique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it!

01/11/2013

Bons baisers de la montagne de Noémie de Lapparent

Éditions Pocket / Julliard - 158 pagescultute,littérature,livre,roman,premier roman

Présentation de l'éditeur : Lasse de ses échecs professionnels et sentimentaux, "Péril Rouge", appelée ainsi pour sa chevelure flamboyante, décide d'accepter l'invitation à skier de ses cousins et part se ressourcer à la montagne. Au hasard d'une conversation, la Parisienne en mal d'aventures apprend l'existence dans les parages d'une sorte de sage qui vivrait reclus suite à un drame horrible et posséderait sur la vie des lumières extraordinaires dont il éclairerait les villageois qui viennent lui rendre visite. Incapable de résister à la tentation, Péril Rouge part à sa rencontre. L'ermite serait-il celui qui lui livrera le sens de son existence ?

Ma note :

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Broché : 18,50 euros

Poche : 6,10 euros

Ebook : 12,99 euros

Grands caractères : 19 euros

Un grand merci aux Éditions Pocket pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

S'il existe en cet espace un engouement immodérément prononcé pour les premières œuvres, il n'y a pour autant ni complaisance, ni aveuglement. Ce qui va être démontré, malheureusement pour l'auteur à laquelle il sera toutefois accordé certaines qualités...

Si l'on se réfère aux autres critiques mentionnées ci-dessous à propos de cet ouvrage, un double constat s'impose : les médias encensent le livre, les lecteurs le descendent. Sans tomber dans la théorie complotiste à fort potentiel paranoïaque ou dans celle de la collusion commerciale, il est bien tentant de penser que Noémie de Lapparent semble bénéficier de relations à son avantage dans les milieux éditoriaux et médiatiques...

Sauf que. Loin de la jaquette alléchante pleine de mystère et malgré des critiques d'un côté simpliste et peu fouillée se contentant de recopier vaguement le communiqué de presse (Le Monde) et d'un autre, tout ce qu'il y a de plus exagérément mensongère et généraliste pouvant s'appliquer à n'importe quel opus chick lit (Au féminin), c'est un peu le quasi néant.

Pour rendre à César ce qui lui appartient, l'écriture de la novice incite le lecteur à aller jusqu'au bout de sa lecture - mais peut-on raisonnablement abandonner un livre de quelque 150 pages ?

Pour le reste, la non héroïne arrogante et tête à claques qu'on n'aime même pas détester tant elle est franchement horripilante est tout bonnement insupportable. Elle se fout du monde, utilise les gens et leurs affaires comme ça l'arrange, les bousille - les gens comme les affaires ! - sans ciller et, crime de lèse majesté, elle déteste les chats ! Bref, elle est toxique, nocive, littéralement tu-ante.

Et c'est sans compter sur le fait que ce personnage aussi impudent que grotesque est le prétexte à une histoire même pas loufoque mais absurde, truffée d'invraisemblances et d'une cruauté tellement gratuite que c'en est juste vilain mais nullement drôle, même pas dans le registre de l'humour grinçant.

Quand à la dimension censément spirituelle, elle est souvent évoquée mais jamais vraiment définie. S'il faut condamner de bien des façons de pauvres être innocents pour satisfaire les caprices d'une garce insolente afin d'illustrer que les actions d'une personne ont, par ricochet, des répercussions sur d'autres, la démonstration est à mon sens grossière et laborieuse.

Et enfin, last but not least, la question que se pose la protagoniste tout au long de l'histoire est certes révélée à la fin... mais elle n'a littéralement aucun sens.

Ma dent est dure, j'en suis désolée pour l'intéressée, mais je ne trouve sincèrement aucune justification à ce choix éditorial.

Ils en parlent aussi : Le Monde, Au féminin, Primprenelle, Laure.

Vous aimerez sûrement :

No et moi de Delphine de Vigan

Les livres de Jonathan Tropper : Une dernière chose avant de partir, Le livre de Joe, Perte et fracas, C'est ici que l'on se quitte, Tout peut arriver

Rainbow Warriors d'Ayerdhal

Demain j'arrête ! de Gilles Legardinier

L'Agrément de Laure Mézarigue

Vacances anglaises, N'oublie pas mes petits souliers et S.O.S. de Joseph Connolly

Les livres de Douglas Kennedy : Rien ne va plus, La poursuite du bonheur...

En moins bien et Pas mieux d'Arnaud Le Guilcher

Le dernier testament de Ben Zion Avrohom et L.A. Story de James Frey

Peste de Chuck Palahniuk

Les témoins de la mariée de Didier Van Cauwelaert

D'amour et d'eau fraîche de T.C. Boyle

Dieu est un pote à moi de Cyril Massarotto

Interdit à toute femme et à toute femelle de Christophe Ono-dit-Biot

À moi pour toujours & Les revenants de Laura Kasichke

23:50 Écrit par charlotte sapin dans Culture, Littérature française, Livre, Première oeuvre, Roman | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it!

15/10/2013

Débordée, moi ? Plus jamais ! de Pauline Perrolet & Pacotine

débordée moi plus jamais.jpgEn librairie depuis le 5 septembre 2013.

Éditions Jungle ! - 56 pages

Présentation de l'éditeur : Difficulté à lâcher prise, frustration, culpabilité, stress, épuisement... la vie des femmes est loin d'être un long fleuve tranquille. Débordée, moi ? Jamais ! vous invite dans le quotidien palpitant de ses six héroïnes. Qu'elles soient mariées, en solo, mamans au foyer, mamans tout court, et/ou accros au boulot, elles vivent au quotidien une véritable course contre la montre... qu'elles espèrent bien remporter ! Éclairée par les conseils d'un expert, et illustrée avec humour, cette BD nous livre de nombreuses astuces pour survivre à son quotidien de Wonder Woman... avec un peu plus de légèreté et beaucoup de bonne humeur ! Une approche de la psychologie inédite sous forme de BD, pour dédramatiser et se simplifier enfin la vie !

Ma note :

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Album cartonné : 12 euros

Ebook : 6,99 euros

Un grand merci à Babelio et aux Éditions Jungle ! pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

Trois années après l'inauguration de la collection Les guides au féminin par les Éditions Vent d'Ouest, les Éditions Jungle ! ont décidé de rallier à leur tour le marché de la bande dessinée adressée aux femmes qui, semble-t-il, s'intéressent au registre. J'aurais tendance à dire que ces mêmes femmes ne cherchent pas spécialement d'albums conseils sur comment bien gérer leur triple vie de mère / professionnelle / femme, mais cela n'engagerait que moi...

Mes psycho BD donc. Cette collection a pour ambition de répondre aux petites et grandes préoccupations quotidiennes des femmes en s'appuyant pour chaque volume sur les vraies réponses et bons conseils d'un ou plusieurs spécialistes (psy, praticiens divers...), partant du principe qu'à chaque problème sa solution. Si le tout premier album Débordée, moi ? Plus jamais ! témoigne du triste constat selon lequel aujourd'hui encore, c'est bobonne qui s'occupe de presque tout, d'autres volumes sont d'ores et déjà prévus courant 2014 qui élargiront, c'est à espérer, le champ des intérêts de ces dames : Bye bye les complexes, Je m'éclate au travail ou encore Même pas peur ! Hum...

Quoiqu'il en soit, cette approche dessinée et humoristique de la psychologie, si elle n'a rien d'inédit, permet de rappeler aux femmes modernes dynamiques les astuces pour mieux gérer fatigue et/ou stress. Construit autour de cinq personnages stéréotypés, l'album balaie large afin que chaque femme d'aujourd'hui puisse s'identifier : la mère de famille nombreuse, l'accro au boulot, la femme tentant de concilier travail et maternité, celle à la tête d'une famille recomposée et enfin la célibataire avec enfants. Servies par un dessin girly pétillant et tendance façon Motin, Bagieu ou encore Diglee, les nombreuses situations traitées sont autant de réponses pratiques et efficaces, plus évidentes que révolutionnaires, comme par exemple savoir dire non, tout simplement... Mais n'est-ce pas après tout le bon sens qui fait défaut lorsqu'on l'on est dépassées ?

Bref, ce premier opus enfonce des portes largement ouvertes mais rappelle surtout à chaque femme, sur un ton aussi agréable que divertissant, qu'elle n'est pas seule, bien au contraire, dans sa galère. Souhaitons surtout que cet album qu'il est de bon ton de laisser traîner aux toilettes permettra de faire savoir à qui de droit que la femme parfaite n'existe pas et qu'un sérieux et efficace coup de main est toujours bienvenu. De l'art du message subliminal...

Ils en parlent aussi : PlanèteBD, Doctissimo, Amethyst.

Vous aimerez sûrement :

Je veux l'homme parfait de Goupil, Douyé & Laëtitia Aynié

La tectonique des plaques de Margaux Motin

Love & Hélène Bruller est une vraie salope de Hélène Bruller

Vacance de Cati Baur

Joséphine de Pénélope Bagieu

Lulu femme nue d'Étienne Davodeau

Mon gras et moi de Gally

Les carnets d'Agnès Abécassis

16:27 Écrit par charlotte sapin dans Bande dessinée, Culture, Littérature française, Livre, Psy | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | | Pin it!

12/09/2013

Rentrée littéraire : Manhattan volcano de Pierre Demarty

En librairie depuis le 23 août 2013.manhattan volcano.jpg

Fragments d'une ville dévastée

Éditions Les Belles Lettres - 124 pages

Présentation de l'éditeur : Hanté par les lettres de Pline sur l'éruption du Vésuve qui détruisit Pompéi, Manhattan Volcano est un récit du 11-Septembre tel que l’a vécu un jeune Français parti à la conquête de la ville de ses rêves et soudain confronté, en même temps qu’au prodige des espaces américains, au brouillard des cendres et de la terreur. Errant dans les rues et les ruines de New York, depuis le vif de l’évènement jusqu’à aujourd’hui même, Pierre Demarty tente de raconter l’irracontable et, ce faisant, interroge la valeur de la mémoire, sa véracité, ses méandres, ses impasses. Album de choses vues, chronique d’une mythologie intime et de son deuil impossible, ce témoignage, loin de tout requiem, est une ode à la plus volcanique des cités de notre temps. Pierre Demarty est né en 1976. Ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé d’anglais, il est aujourd’hui éditeur et traducteur. Récompensé en 2012 par le prix Maurice-Edgar Coindreau pour sa traduction des Foudroyés de Paul Harding, il a également traduit Joan Didion, J.K. Rowling ou encore William T. Vollmann. Manhattan Volcano est son premier livre.

Ma note :

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Broché : 11 euros

Un grand merci aux Éditions Les Belles Lettres pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

Au lendemain de la douzième commémoration des attentats du 11 septembre 2001, pourquoi ne pas poursuivre le travail de mémoire en se plongeant dans un petit ouvrage passé inaperçu en cette période de profusion littéraire ? D'autant plus inaperçu que son micro-format et son design très discret n'ont rien de tape-à-l’œil. Sans compter que son prix n'en fait pas vraiment un produit d'appel.

Pourtant, il serait dommage de passer à côté.

D'une part, parce que l'on a beau croire que tout a été dit et écrit mille fois sur le sujet, Pierre Demarty relève le défi d'offrir un éclairage tout à fait singulier sur cet événement qu'il a vécu au plus près : décidé à élaborer une thèse qu'il n'écrira finalement jamais, trop happé par cette ville qu'il a tant fantasmée, Demarty a intégré l'Université de Columbia en août 2001, quelques semaines seulement avant l'effondrement du World Trade Center...

D'autre part, parce que Manhattan volcano inaugure la nouvelle collection TIBI (« pour toi », « à toi » en latin) des Éditions Belles Lettres dont le parti-pris est l'art du bref faisant le lien entre présent et Antiquité. Puisque tous les sujets ne méritent pas de longs discours et parce qu'en matière de formes courtes les Anciens en savaient long et ne manquaient ni d'imagination ni d'audace, TIBI invite des auteurs contemporains à se prêter à un exercice de style audacieux : écrire des micro-textes, élégants et légers, sur les mille et un tracas et plaisirs du quotidien en s'inspirant directement de textes antiques. De délicieux dialogues, éloges, épigrammes, satires, fables, lettres, diatribes et autres métamorphoses en perspective que ne manqueront pas d'apprécier amoureux du verbe et autres férus d'histoire au sens large comme au sens littéraire...

Enfin, parce que ce texte, première production personnelle de l'auteur ayant jusqu'alors œuvré à la diffusion de la littérature anglo-saxonne en qualité de traducteur, prouve, si besoin était, que les passeurs de la littérature d'ailleurs sont avant tout des écrivains à part entière.

L'exercice de style auquel s'est habilement prêté Pierre Demarty est ici épistolaire. Faisant lien entre les lettres de Pline le Jeune sur l'éruption du Vésuve et la destruction de Pompéi le 24 août 79 (dont on retrouve les extraits en fin d'ouvrage) et les lettres fictives que lui-même aurait pu écrire à ses proches sur son expérience immédiate autant qu'éloignée du 9/11, il prouve le continuum émotionnel de l'homme face à la tragédie, à vingt siècles de distance, en faisant se télescoper les mots. En imaginant les lettres qu'il aurait pu écrire à chaud comme à quelques années d'intervalle de sa propre expérience et en y intégrant les mots de Pline, il invite ce dernier au vingt-et-unième siècle et métamorphose le Ground Zero de 2001 en éruption volcanique, entremêlant les impressions, les émotions, les réminiscences et autres réflexions du spectateur de l'impensable tumulte. Une universalité affective qui s'impose au lecteur, lui faisant retrouver immanquablement les ressentis de ces instants malheureusement inoubliables... Une plume tout autant qu'une collection prometteuses.

Ils en parlent aussi : Librairie Guillaume Budé, Claro.

Vous aimerez sûrement :

Ce qu'il reste des mots de Matthieu Mégevand

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Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi de Mathias Malzieu

A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie d'Hervé Guibert

Journal d'un corps de Daniel Pennac

Regarde les hommes mourir de Barry Graham

Du bleu sur les veines de Tony O'Neill

Et rester vivant de Jean-Philippe Blondel

La nuit ne dure pas d'Olivier Martinelli

Une adolescence américaine de Joyce Maynard

L'écologie en bas de chez moi de Iégor Gran

Rescapé de Sam Pivnik

Extraits :

Tu me demandes comment c'était.

Me croiras-tu si je te dis que je ne me souviens de rien ?

Tu veux savoir comment c'était, tu veux qu'avec des mots j'exhume des cendres, et que des cendres mêlées aux mots, comme d'un brouet d'enchanteur, jaillissent des mondes perdus, l'Atlantide fabuleuse d'un carnage qu'on t'a déjà tant de fois conté, tant de fois que tu as fini par ne plus y croire, tant de fois que tu n'as plus que des légendes auxquelles te raccrocher, mais chacun épaississant si bien le mystère des précédentes que toutes - ainsi amoncelées, enchevêtrées les unes aux autres comme les décombres de ces jours-là, tantôt fumeuses, tantôt calcifiées, pétrifiées dans la gangue des cent milliards de mots qu'on a déjà déversés en tombereau sur le cadavre, à l'en étouffer pour de bout et l'exorciser sans doute -, toutes les légendes, plutôt qu'à l'éclairer, conspirent à ramener sur ce jour fameux le voile de la nuit, de l'obscur et de cet effroi très particulier qui naît de l'incompréhensible.

Tu ne comprends pas, dis-tu, et voudrait comprendre. Comprendre quoi ? Savoir quoi ? Ne sais-tu pas tout déjà ? N'as-tu pas, comme tout le monde, vu cent fois, mille fois, les images ? Aucun cataclysme ne fut jamais si bien, si immédiatement documenté : ce fut, tu t'en souviens aussi bien - mieux encore, peut-être - que si tu l'avais toi-même vécu, un monumental amas d'images et de mots, plus encore d'images et de mots qu'il ne flotta de copeaux de chair et d'acier calciné dans le ciel sale de Manhattan ce matin-là, douze années ininterrompues de mots et d'images, amalgamés en un suaire cendreux où n'a toujours pas fini de se vautrer, insatiable, notre obscénité mémorielle - franchement, que veux-tu d'autre, de plus ?

...

Les ultimes rayons du soleil sont venus mourir sur les facettes scintillantes du Chrysler (de toutes les tours, ma préférée : une fusée de freakshow échouée dans le grand cirque lunaire de la ville, amarrée à vie au centre du cratère des buildings, mais roide encore d'orgueil et de beauté fardée, aristocrate, extravagante comme une aïeule), et la dernière lueur du jour s'est effondrée en une pluie d'étoiles le long de ses parois rendues aux ténèbres. Pour un peu, je l'aurais applaudie : ici, même les astres sont de vieilles divas adorables qui se donnent en spectacle et cabotinent jusqu'à leur dernier souffle. L'un après l'autre, alors, les gratte-ciel, semblables à une paisible harde de centaures, se sont assoupis debout dans leur lit de néons, caressés par une nuit qui semblait venir à regret.

...

Il faut quelque seconde

Pour efface un monde.

Michel Houellebecq

...

Pardonne-moi ces quatorze jour de silence. Je ne trouvais pas les mots : eux aussi s'étaient écroulés ; écrasés sous le linceul de chaux vive dont la catastrophe a drapé la ville dans son sillage, ils gisaient, épuisés, sans plus de souffle, et je vois chacun ici, depuis, lutter avec un acharnement plein de douleur et de dignité théâtrale pour les ranimer, les arracher, un par un, au magma du néant.

C'est qu'on s'extirpe difficilement du silence qui suit un tel fracas.

...

(Cela restera toujours un grand mystère pour moi, cet instinct irrépressible qu'on a de se précipiter vers les carnages, quand on devrait les fuir ; de ralentir, sur l'autoroute des belles vacances, dès qu'on a humé, derrière le paravent hypnotique des gyrophares attroupés, la présence de la mort, la promesse d'un spectacle de chromes et de corps enchâssés. Par quelle bizarrerie peut-on avoir envie de voir des choses pareilles ? Et qui, cependant, possède la faculté de s'y soustraire ? Je ne connais personne qui sache ne pas céder à la tentation de regarder l'irregardable, personne, devant un charnier, qui soit capable, en toute bonne foi, de détourner les yeux. - La laideur du monde est irrésistible.)

...

J'ai vu dans des amphithéâtres des professeurs au rire hier tonitruant et à la faconde extraordinaire incapables de prononcer le moindre mot pendant plusieurs minutes devant un parterre d'étudiants au visage rougi qui braquaient sur eux, lèvres tremblantes, des regards d'enfant perdu les implorant de leur expliquer à quoi rimait le monde.

...

Nos vies continuent, idiotes, inévitables, et c'est comme un affront au chagrin, une honte qu'on préfère passer sous silence plutôt que de la laisser souiller la très grande, très précieuse pureté du malheur. Marcher dans la rue, parler du beau temps et de la pluie, payer une facture, faire la queue au deli du coin, lire, rire, dormir, rêver peut-être : il va falloir "après ça", réapprivoiser la banalité de nos existences. Et si l'on n'entend dans toutes les bouches qu'un seul refrain - "Plus rien ne sera jamais comme avant" -, martelé avec une gravité enivrée d'elle-même qui cache mal son intranquillité, c'est bien parce que c'est tout l'inverse qui est vrai, et que chacun ici pressent qu'il faudra bien au contraire, évidemment, inéluctablement, que tout soit bientôt comme avant - à quelques variations près, quelques retouches opérées dans le paysage, dans l'histoire, et dans nos souvenirs.

...

Et j'ai vu aussi des gens exploser de fureur devant ces grandes mises en scène d'affliction collective, trépigner, s'esclaffer, dresser haut le doigt pour dénoncer la mascarade de la bien-pensance, s'insurger contre l'orgueil victimaire, s'indigner d'une débauche de tristesse en toc, j'ai vu de grands esprits ahaner bave aux lèvres les banalités les plus hargneuses sur le déclin inauguré de l'empire et autant de petits malins se goberger de cette apocalypse de pacotille, j'ai vu des rixes éclater entre des gens qui n'étaient pas d'accord mais on ne sait pas sur quoi ni à quoi bon, comme si de pareils cataclysmes pouvaient être sujets à débat, j'ai entendu les imbéciles malheureux qui se croient pleins d'audace s'émerveiller de la "beauté" su spectacle des tours détruites, ceux qui criaient "bien fait !", ceux qui relativisent, ceux qui haussent les épaules, j'ai vu gesticuler tous ceux-là qui voudraient étouffer, à force de bruit et de bêtise, la terreur muette qui vient de nous enfoncer ses griffes dans la nuque et promet de ne pas nous lâcher de si tôt.

...

En quatorze jour, combien de fois as-tu déjà vu repasser cette séquence ? Combien de fois les tours ont-elles, sous tes yeux, ressurgi du brouillard, immaculées, ressuscitées par la grâce magique et mensongère du temps rembobiné sur trame ? Et pourquoi, sinon pour mieux les voir tomber encore, et encore, et encore ?

 
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