24.04.2008

La science des rêves ou la mécanique du coeur

Comment tenter d'accroître ses statistiques quotidiennes ? Faire croire aux cinéphiles et autres mélomanes que nous allons aborder les oeuvres26387407.jpg de Michel Gondry* et de Mathias Malzieu* seul ou accompagné de son groupe Dionysos*. Mais n'ayant pas apprécié celle du premier et n'étant pas en mesure de parler de celle du second faute de la connaître, ma frauduleuse tactique est rapidement dévoilée. Ne me restant pour seul espoir que le lectorat, quelles que soient ses motivations initiales, soit d'ores et déjà accroché.

Ndlr - nous prions les déserteurs de quitter les lieux en cliquant sans bruit par respect pour les personnes motivées et d'acquérir la certitude de ne pas regretter de plonger plus avant dans ce qui promet d'être une note... étonnante.

Donc. Les subreptices références culturelles n'étaient pas uniquement déloyales rapport à mon expérience onirique de la nuit passée. Je vous épargnerai les inutiles fioritures, tellement intuitu personae* avec l'auteur que même lui peut ne pas les comprendre, c'est dire. Par conséquent, les grandes lignes.

Synopsis. Je suis du côté de l'océan. Farniente, surfers, teuf et tout le toutim roots qui va bien. Je dois préciser ici que toute cette partie s'inspire de faits réels, dans une vie où je fantasmais sévère sur un adorable moniteur d'accrobranche que je ne me suis décidée à inviter à passer la nuit avec moi que le dernier soir de mes vacances... trop tard... pas là... acte manqué... sob. Dans ma chimère, je suis affirmée dès le début de mon séjour et tout promet de se dérouler comme cela l'aurait dû. C'est là qu'intervient ce rebondissement imprévu propre au songe : je dois aller chez le toubib (papa ?) qui m'annonce de but en blanc que je suis toute pourrite de l'intérieur ; coeur foutu - condamnée. Sob bis. Coup de théâtre repetita. Je retourne sur le camp, je me pomponne et je rejoins M. (oui, il s'appelait M.), lui annonce la nouvelle et lui demande de m'offrir une nuit inoubliable. Et M. de s'exécuter, dépassant naturellement largement mes espoirs (mise en abîme : le rêve est encore mieux que le rêve). Bref. C'est au point culminant de ma vie par procuration que le boomerang est revenu...

Aaaaah... Mouriiiiiiiir...

Réveil en pleurs.

Interprétations

Je suis mortelle et ça me fout les boules.

Ce qui me fouterait encore plus les boules serait de me découvrir des talents prémonitoires.

Ne jamais remettre à demain. Surtout pas ses envies.

Le seul moyen... Oui, Oscar.

Je suis devenue tellement cynique que mon coeur me lance un appel au secours avant d'être irrémédiablement incapable de s'ouvrir. Encore.

Je dois être acculée pour me lancer et il faut que ça change.

Après la petite mort*, le néant.

Faut que je baise.

Et que j'arrête de fumer.

Je reste bien évidemment ouverte à toute interprétation moins subjective que la mienne, faute de recul. 

07.04.2008

Celebrity marketing et vente privée

S'il y a quelques temps la vente privée sur internet était une opportunité exceptionnelle de faire des bonnes affaires sans se bouger le derrière, elle est aujourd'hui à l'image du mouvement reproductif des organismes unicellulaires procaryotes, autrement dit des bactéries : perpétuelle et exponentielle. Et à l'instar de ces coques et autres bacilles pathogènes à l'origine de maladies infectieuses que nous combattons grâce aux antibiotiques - même si ce n'est pas automatique -, la vente privée se doit de muter pour résister - en l'occurrence à la concurrence. Et, selon les fondamentaux du marketing, quoi de mieux qu'une égérie pour conférer à la marque une image, une dimension quasi onirique, auxquelles les cibles - les consommateurs au sens large - voudront s'identifier ; l'identification passant naturellement par l'achat... la pérennité de la marque reposant sur les bénéfices et la possibilité de rémunérer les célébrités.

Ainsi, le pionnier de l'organisation de ventes privées dans l'univers de la mode, du luxe et de la décoration Espacemax s'est acheté un visage : Zoé Félix. Certes, quand on a su acquérir la confiance des plus prestigieux créateurs et maisons de couture de manière à pouvoir offrir toujours plus de mode et de marques tendances à des prix avantageux - jusqu'à 80 % - à toutes les fashionistas, il semble quelque peu superfétatoire d'en faire plus. Mais ne dit-on pas "qui peut le plus, peut le mieux" ?

En revanche, le choix d'une star comme ambassadeur ne doit pas être fait à la va-vite. Entre la personnalité sans aucune valeur ajoutée (Antoine pour Atoll) et la star qui cannibalise la marque (Johnny pour Optic 2000) - les travers de ces deux exemples ayant été gommés au profit de l'efficacité grâce aux parodies des Guignols -, il existe un juste milieu, le plus souvent circonstanciel ; dans le pub ou la mode, on appelle ça la tendance, chez nos amis les people, on appelle ça être bankable. Tout ceci n'étant ni plus ni moins que du cobranding ou des rapprochements d'intérêts.

L'air du temps, c'est le glam-trash si l'on se réfère aux séries ambiantes qui cartonnent, telles Weeds* ou Californication*. D'où la conclusion qu'Espacemax a fait un excellent choix en la personne de Zoé Félix comme ambassadrice. CQFD. Bon ok, entre La Beuze, Le coeur des hommes 1 & 2, L'anniversaire, L'incruste, Toute la beauté du monde et Bienvenue chez les ch'tis, l'on peut légitimement s'interroger sur l'exacte définition du glam-trash. Sauf que. Pour moi, Zoé Félix sera toujours Laure dans Déjà mort* d'Olivier Dahan aux côtés de Romain Duris (miam) et Benoît Magimel (miam miam). Sex, drog & rock'n'roll.

 

Devant un choix tellement judicieux, on ne peut que s'incliner et... oh my god, le dieu marketing m'a hypnotisée... je veux m'identifier, je dois acheter... Vivement du 9 au 13 avril, que je puisse dévaliser les ventes No Collection et Loli Pop ! Arg, non, suis chômeuse, je dois faire des économies. Mais toi qui as de l'argent et qui fais corps avec la société de consomption de consommation, va, cours, vole... et n'oublie pas de taper le code EGERIE pour bénéficier de 10 € de réduction, valables un mois à compter de la date d'inscription.

disclaimer Espace max
Zoé Felix
Espace max

02.02.2008

Gone Baby Gone de Ben Affleck

Policier, drame avec Amy Ryan, Casey Affleck, Michelle Monaghan, Morgan Freeman, Ed Harris...5a79ad207c6af628fd5ad065aac1bcb2.jpg

Durée : 1h55min.

Synopis : Dans une banlieue ouvrière de Boston, la petite Amanda a disparu. Après l'échec des recherches menées par la police, la tante et l'oncle de l'enfant décident de faire appel à des détectives privés du coin, Patrick Kenzie et Angie Gennaro. Patrick et Angie connaissent bien le quartier, au point de savoir que Hélène, la mère d'Amanda, est une droguée. Plus ils enquêtent, plus ils découvrent l'envers de la ville dans ce qu'il a de plus sombre. Ils s'enfoncent au-delà des mensonges et des faux-semblants, vers les secrets les plus noirs de la ville, là où règnent les dealers, les criminels et les pédophiles. Cela ne les aide pas dans leur enquête et Amanda reste introuvable. Face à la pression médiatique, Remy Bressant, un enquêteur qui ne lâche jamais, et le capitaine de police Jack Doyle vont aussi s'attaquer à l'enquête. La vérité finira par surgir, mais elle aura un prix. Chaque ville a ses secrets, chaque humain sa conscience...

Si les talents d'acteur de Ben Affleck ne m'étaient apparus, du haut des mes incommensurables lacunes cinématographiques, que comme secondaires pour ne pas dire décevants, je l'ai redécouvert hier au soir dans sa facette réalisateur, autrement plus flatteuse si l'on en juge d'après l'impact de sa première oeuvre sur moi. A partir d'un fait divers tristement banal - dont la protagoniste ressemble de manière troublante à la petite Madie -, Ben Affleck, appuyé par la profondeur d'interprétation d'un frère prometteur et de pointures qu'il n'est plus besoin de présenter, nous plonge factuellement, plastiquement et verbalement dans les bas fonds des USA, sans extrême violence aucune et en titillant, de la manière encore un peu fraîche du novice, le malaise du spectateur.

De rebondissements en rebondissements, ce film n'est certes pas celui dont on se souviendra ne serait-ce que dans dix ans, mais il revêt au moins le mérite de ne pas engluer comme tant d'autres le spectateur dans une passivité navrante en l'invitant à se positionner dans sa propre intégrité, à mi chemin entre le Dura lex, sed lex et la loi du Talion.

15.01.2008

La fête du cinéma

f6096d5d4a633fa343ac372c34e2d52f.jpgJe te vois d'ici t'interroger et compulser frénétiquement ton agenda pour vérifier que non, résolument, tu n'as pas été atteint d'un trouble si ce n'est spatio, du moins temporel à l'insu de ton plein gré. Donc pourquoi parler, en janvier, de la fête du cinéma, me diras-tu ?

Et bien tout simplement parce que j'entends "la fête" au sens péjoratif du terme. Du genre "rhabiller pour l'hiver" ou "mettre sa race" (merci au sens aiguisé du synonyme de mes chères directrices artistiques).

L'énigme du jour qui s'est imposée à mon esprit est donc la suivante : pourquoi - alors que tout un chacun apprécie l'image version grand écran en dolby suround tout en abhorrant de manière épidermique le bruit des voisins dont on exige une bienséance cinématesque à savoir laisser un fauteuil d'écart a minima -, mais pourquoi donc toutes les boutiques de tous les cinoches de France et de Navarre s'évertuent-elles à ne vendre que des denrées dont l'absorption ne peut s'effectuer en deçà d'un niveau certain de décibels masticatoires ?

A n'en pas douter, pour de sales obscures raisons.

06.12.2007

Le Rêve de Cassandre de Woody Allen

Policier, comédie dramatique avec Colin Farrell, Ewan Mc Gregor, Tom Wilkinson...

Durée : 1h48min. 

Synopsis : Sur un coup de coeur, deux frères s'offrent un voilier qu'ils baptisent Cassandra's Dream. Une vraie folie car ni l'un ni l'autre n'ont réellement les moyens d'assumer ce signe extérieur de richesse. Terry travaille dans un garage tandis que son frère Ian dirige le restaurant de leurs parents. Lorsque le premier est confronté à une importante dette de jeu et que le second s'éprend d'Angela, ambitieuse comédienne de théâtre, ils sont obligés de solliciter l'aide de leur o62af476ab0f8441f0d5b081720e9d66a.jpgncle Howard qui a fait fortune en Californie. En contrepartie de ce solide coup de pouce financier, il leur demande de lui rendre un petit service.

Mon premier Woody Allen - aussi incroyable que cela puisse paraître... - est vraiment loin d'être une déception. L'histoire, servie par le jeu excellent du charmant Colin - en toute objectivité, cela va sans dire (!) -, nous amène aux frontières de l'amour fraternel.

Loin des gimmicks du suspens, le public est tenu en haleine par la gestion hors du commun de l'intrigue, opérée par l'illustre réalisateur. Dans une atmosphère intimiste savemment orchestrée, les limites de la conscience sont repoussées jusqu'à la dernière minute. Le spectateur ne peut quitter la salle sans se projeter et s'interroger sur ses propres réactions...

J'associerai pour ma part à ce film le vers du poème La Conscience de Victor Hugo, tiré de La Légende des Siècles :

L'oeil était dans la tombe, et regardait Caïn.

15.11.2007

Muse hic

Parce qu'en ce moment, Calliope, Erato et Polymnie font la Charlotte buissonnière et que seule Melpomène inspire ma vie à défaut de ma plume, je recycle. Souvenir d'été.

Insomnie musicale

edb2526c2c9781632c3b7806ff0fc7f7.jpg Un vendredi soir ou plutôt devrais-je dire un samedi matin d'insomnie... Comme cette originalité met du piment dans mon existence waouh !
Bon trève de balivernes. Donc comme à l'accoutumée, après avoir lu des heures en espérant voir mes paupières choire, en vain, j'allume ma chaîne et j'écoute un peu de musique.
Mais dans la touffeur de cette nuit d'été, le sommeil n'y est pas plus que le coeur alors j'inaugure une nouvelle tactique : je m'en vais narrer mes tribulations musicales.
Ce soir, comme souvent en ce moment, le cd élu est la BO d'Amélie Poulain... Un choix orienté tant par le goût que par le souvenir. Le songe d'une nuit d'été en somme.
A l'honneur tout particulièrement, le morceau n°5 intitulé La Noyée (je vais finir par croire que cette chanson m'était prédestinée) qui m'émeut, me bouleverse à chaque nouvelle audition tant j'ai la sensation d'écouter ma vie en musique.

En effet, cet air se murmure à mon oreille comme l'exact reflet de mes relations avec les autres et plus particulièrement mes badinages même si mon ami Alfred soulignait à juste titre qu'on ne badine pas avec ces choses là - dixit.
Avec les temps et contre-temps si justes de M.Tiersen, il en va ainsi de ma vie comme suit et en mesure s'il vous plaît :

  1. Une introduction timide de 13 secondes, à tatonnements, juste le temps de décider si le tempo se veut plein de promesses ;
  2. Puis la danse prend son rythme avec plus d'entrain comme pour vous prouver que vous êtes dans le rythme, vous avez le pas et rien ne pourra vous faire trébucher ;
  3. A 39 secondes, le mouvement s'accèlère encore comme pour vous tourner la tête et vous laisser vous abandonner à la confiance ;
  4. A 1,05 minute, un tourbillon qui semble ne jamais vouloir s'arrêter vous ensorcelle et tout en continuant à danser, à virevolter, vous ne touchez plus terre ;
  5. Puis à 1,31 minute la précipitation de la note est poussée à son paroxysme et le filtre d'amour qui n'est pour le coup pas olfactif vous fait perdre toute notion de réalité, la séparation entre le plaisir et la souffrance, la passion et la haine ne peut être plus ténue et qu'importe si le coeur à ses raisons que le raison ignore puisque l'engouement est tel qu'il serait plus que superfétatoire d'oser imaginer qu'il reste, dans cette folie si magiquement déraisonnable, la plus petite place pour le bon sens ;
  6. A 1,57, tout s'arrête net, le charme est brisé et la brusquerie de cette fin n'a d'équivalent que la passion qui a brûlé, inexorablement trop impétueusement.

28.09.2007

99... et 100 !

Pour ma centième note, le film (et livre) 99 francs.36915a01d4923789f58296e7317d2788.jpg

Editions Grasset - 281 pages

Quatrième de couv' : Octave est le maître du monde. Octave exerce en effet la profession lucrative de rédacteur publicitaire : il décide aujourd'hui ce que vous allez vouloir demain. Octave est un mort-vivant, couvert d'argent, de filles et de cocaïne. Un jour, il se rebelle. Le doué Octave déjante. La cliente idéale ? "Une mongolienne de moins de cinquante ans." Les nababs de la publicité ? "Ils mènent la troisième guerre mondiale." De l'île de la Jatte où négocient les patrons d'agence à Miami où l'on tourne un spot sous amphétamines, d'un séminaire en Afrique à Saint-Germain-des-Prés, de l'enfer du sexe à la pureté perdue, Frédéric Beigbeder, entre fiction et pamphlet, écrit la confession d'un enfant du millénaire. En riant, il dénonce le mercantilisme universel. En quelque sorte, un livre moral. Pour 99 francs, seulement.

Si j'avais adoré le livre, je n'en avais qu'un vague souvenir, beaucoup, beaucoup de temps et d'autres lectures étant passés par-là. Ce dont je me souvenais en revanche inévitablement était ce ton sarcastique, cette dénonciation du monde la pub par le biais de noms à peine déguisés de marques (tout le monde l'aura compris) et de personnages (seuls les gens du "milieu" pouvant appréhender la subtilité).

Bien que réticente à aller voir le film - bah oui, je suis bibliophile, pas cinéphile, du coup je suis toujours déçue -, j'ai finicd9e999df1051627728f569f05f8a4c3.jpg par céder à la tentation Dujardin... Grand bien m'en a prise ! Si le livre m'avait plongée dans mon univers - je suis concepteur-rédacteur comme Octave -, le film m'y a catapultée. Superbement réalisé par Jan Kounen, le rythme est effréné et original grâce à un jeu d'acteurs exceptionnels. Rire, émotion, trash et extraits de vécu pour nous gens du "milieu"... par la Madone (...), ce script est "complètement focus" ! Bref, il est génial et ça fait vraiment plaisir de voir enfin un bon film au cinoch (attention, je dis pas que tout est de la merde, je dis juste que j'ai vraiment pas eu de pot ces derniers temps)... surtout au prix où sont les places !

Bon alors d'aucuns vous diront que c'est manicchéen, que c'est inutile, que c'est prétentieux comme Beigbeder (ses détracteurs étant nombreux... et jaloux) ou je ne sais quelle aigreur. Moi je dis juste, qu'il vaut mieux agacer que laisser indifférent. Et puis comme disait Sacha Guitry :

Plaire à tout le monde, c'est plaire à n'importe qui.

Alors, continuez à critiquer ! Ca ne le rend que meilleur.

D'ailleurs, en parlant du trublion, j'ai reçu mon exemplaire d'octobre de mon canard chouchou Lire, élu meilleur magazine culturel de l'année et ce malgré, messieurs les diffamateurs, la présence du polémique Frédéric Beigbeder comme chroniqueur, dont le papier est excellent, comme d'habitude.

18.09.2007

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper Lee

4a3d2bd7bffea9e4e2eefdb0012333d1.jpgEditions de Fallois - 434 pages

Quatrième de couv' : Dans une petite ville d'Alabama, à l'époque de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Homme intègre et rigoureux, cet avocat est commis d'office pour défendre un Noir accusé d'avoir violé une Blanche. Ce bref résumé peut expliquer pourquoi ce livre, publié en 1960 - au coeur de la lutte pour les droits civiques -, connut un tel succès. Il ne suffit pas en revanche à comprendre comment ce roman est devenu un livre-culte aux Etats-Unis et dans bien d'autres pays. C'est que, tout en situant son sujet en Alabama à une période bien précise - les années 1930 -, Harper Lee a écrit un roman universel sur l'enfance confrontée aux préjugés, au mensonge, à la bigoterie et au mal. Raconté par Scout avec beaucoup de drôlerie, cette histoire tient du conte, de la court story américaine et du roman initiatique. Couronné par le Prix Pulitzer en 1961, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur s'est vendu à plus de 30 millions d'exemplaires dans le monde entier.

Contrairement à mon habitude, je n'ai aucun extrait à vous soumettre de ce livre passionnant dévoré en 3 jours. Mes attentes d'une histoire manichéenne ont été plus qu'agréablement surprises par un traitement romanesque inattendu, inscrivant le poids d'une Histoire non encore achevée dans un traitement narratif aussi léger que pointu, aussi transparent qu'intuitif, aussi fatal qu'imprévisible. Les sujets de poids sont abordés sans lourdeur, avec la simplicité et l'acuité teintée de naïveté de l'enfance - la narratrice ayant neuf ans - dans une trame subtile, déconcertante mais ficelée avec brio. La postface de l'écrivain française Isabelle Hausser ne fait qu'enrichir la portée de ce roman magistral.

Au-delà des considérations relatives au racisme et aux effets dévastateurs des préjugés et des influences de la communauté sur la pensée individuelle, cette histoire est également un modèle d'éducation qui me laisse le rêve et l'ambition d'être un jour pour mes futurs Jem et Scout un Atticus Finch au féminin.

Ne me reste plus qu'à trouver l'adaptation cinématographique Du silence et des ombres de Robert Mulligan, datant de 1962, qui - à en croire les trois Oscars (dont l'Oscar du meilleur acteur pour Gregory Peck), les trois Golden Globe Award, la désignation de "Culturellement signifiant" par la Bibliothèque du Congrès et la sélection pour préservation au National Film Registry, entre autres rayonnements - doit être aussi incontournable que le livre.

21.08.2007

Lolita de Vladimir Nabokov

Editions Gallimard - 532 pages16ee0fb91a4d1a9ce5ed6083559a59eb.jpg

Quatrième de couv' : "Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois, contre les dents. Lo. Lii. Ta. Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six et son unique chaussette. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l'école. Elle était Dolores sur les pointillés. Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita."

Cet immense classique, comme peu doivent l'ignorer, est le récit de la passion brûlante d'un pédophile pour sa belle-fille Lolita, âgée seulement de douze ans. Ecrit de manière confondante à la première personne, l'illusion dérangeante de l'autobiographie ne fait que renforcer la profondeur du roman ; le plus perturbant étant ce style si talentueusement emprunté aux prédateurs sexuels : la repentance illusoire dont la formulation ô combien subtile ne dissimule - sciemment - jamais tout à fait la satisfaction du criminel ayant accompli son forfait mais parvient toutefois de manière fugace à égarer la compassion du lecteur.

Nouvellement traduit pour ne pas heurter les consciences d'aujourd'hui, l'aspect dérangeant me semble édulcoré - même si je ne dispose pas de la comparaison avec l'ancienne version - et il semble qu'il en soit de même avec les adaptations cinématographiques de Stanley Kubrick (1962) et d'Adrian Lyne (1997).

A ne surtout pas écarter de la lecture, l'introduction et l'avant-propos ainsi que la note explicative finale de l'auteur. 

Extrait :

J'aimerais maintenant introduire l'idée suivante. On trouve parfois des pucelles, âgées au minimum de neuf et au maximum de quatorze ans, qui révèlent à certains voyageurs ensorcelés, comptant le double de leur âge et même bien davantage, leur nature véritable, laquelle n'est pas humaine mais nymphique (c'est-à-dire démoniaque) ; et ces créatures élues, je me propose de les appeler "nymphettes".

On notera que j'exprime en termes de temps et non d'espace. J'aimerais, en fait, que le lecteur considère ces deux chiffres, "neuf" et "quatorze", comme les frontières - les plages miroitantes et les roches roses - d'une île enchantée, entourée d'une mer immense et brumeuse, que hantent les dites nymphettes. Toutes les enfants entre ces deux âges sont-elles des nymphettes ? Bien sûr que non. Le seraient-elles que nous aurions depuis longtemps perdu la raison, nous qui sommes dans le secret, nous les voyageurs solitaires, les nympholeptes. Qui plus est, la beauté ne constitue nullement un critère ; et la vulgarité, ou du moins ce que l'on nomme ainsi dans une communauté donnée, n'amoindrit pas forcément certaines caractéristiques mystérieuses, cette grâce fatale, ce charme insaisissable, fuyant, insidieux, confondant, qui distingue la nymphette de telle ou telle de ses congénères qui sont infiniment plus dépendantes de l'univers spatial des phénomènes synchrones que de cet îlot intangible de temps enchanté où Lolita s'ébat avec ses semblables. Entre ces âges limites, le nombre des nymphettes authentiques est notoirement inférieur à celui des fillettes provisoirement sans charme, ou simplement accortes, ou "mignonnes", ou même encore "délicieuses" et "séduisantes", ordinaires, grassouillettes, informes, froides de peau, ces fillettes intrinséquement humaines, avec leurs nattes et leur ventre rebondi, qui deviendront ou ne deviendront pas des femmes d'une grande beauté (songez à ces affreuses gamines boulottes, en bas noirs et chapeaux blancs, qui se métamorphosent en stars éblouissantes à l'écran). Présentez à un homme normal la photographie d'un groupe d'écolières ou de girl-scouts en le priant de désigner la plus jolie d'entre elles : ce n'est pas nécessairement la nymphette qu'il choisira. Il vous faut être un artiste doublé d'un fou, une créature d'une infinie mélancolie, avec une bulle de poison ardent dans les reins et une flamme supra-voluptueuse brûlant en permanence dans votre délicate épine dorsale (oh, comme il vous faut rentrer sous terre, vous cacher !), pour discerner aussitôt, à des signes ineffables - la courbe légèrement féline d'une pommette, la finesse d'une jambe duveteuse, et autres indices que le désespoir et la honte et les larmes de tendresse m'interdisent d'énumérer -, le petit démon fatal au milieu de ces enfants en bonne santé ; aucune d'entre elles ne la reconnaît et elle demeure elle-même inconsciente du fantastique pouvoir qu'elle détient.

25.07.2007

Harry Potter et l'Ordre du Phénix

89307b2142889eb75a84f88d4c63adb5.jpgAprès une longue abstinence cinématographique (et pour cause quand on voit le tarif d'une place !), retour dans les salles pour voir le cinquième opus du célébrissime Harry Potter. Après avoir vu sur le grand écran les trois premiers volets et n'avoir toujours pas découvert, même en dvd, le quatrième - l'avantage étant de pouvoir zapper un épisode à l'image quand on l'a lu -, j'ai, sans étonnement aucun, été agréablement surprise dans la mesure où je sais par avance que les films n'atteignent, à mon sens, jamais le niveau des livres.

Seul petit regret, la concision du combat final qui n'est pas à la hauteur du suspens pesant des mots de J.K. Rowling. En revanche, je suis assez impressionnée de voir les arrangements et autres ellipses opérées pour éviter, si ce n'est les hurlements des enfants pendant, du moins les terreurs nocturnes après. Quoique pour ma part, j'aurais, dans mon jeune âge, déserté la salle relativement rapidement.

Cette remise en bouche aura été l'occasion de me replonger dans l'univers parallèle au nôtre, pauvres Moldus, avant de relire le sixième tome... dans l'interminable attente du 26 octobre, date fatidique qui ô joie, nous donnera toutes les clés de toutes les énigmes et ô malheur, mettra fin à une épopée qu'on voudrait éternelle.

Je continue à plaindre les snobs qui, sous prétexte de se différencier, passe à côté de ce monument moderne de la littérature.