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05/06/2013

La tectonique des plaques de Margaux Motin

la tectonique des plaques.jpgÉditions Delcourt - 192 pages

Présentation de l'éditeur : "Tout est sur le point de changer et rien ne pourra arrêter ça. C'est la nature, c'est la tectonique des plaques."... Cuites, dérapages et autres séismes dans sa vie de mère célibataire... À 35 ans, Margaux Motin raconte les récents bouleversements qui ont secoué son existence. En magnitude 10 sur l'échelle de Richter, sa nouvelle histoire d'amour, pour qui elle change radicalement de vie. Et comme toute nana post-trentenaire qui prend des décisions rapides, le retour de flammes sera brutal.

Ma note :

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Album cartonné : 22,95 euros

Est-il encore besoin de présenter l'une des plus illustres illustratices ? Au fil des magazines, de son blog puis de ses livres (J'aurais adoré être ethnologue et La théorie de la contorsion), Margaux Motin s'est imposée ces dernières années dans le paysage dessiné par sa virtuosité graphique et ses textes uniques en leur genre. En se livrant sans complexe sur sa vie, elle est progressivement passée du statut d'artiste à celui de bonne pote. Si elle réédite pour la troisième fois dans la veine autobiographique, l'on sent dans ce nouvel opus une évolution tangible de toutes les personnes en elle. Et elle a beau faire à longueur de saynètes l'apologie du trip régressif ou se faire l'avocate de toutes les mauvaises mères, c'est bien la maturité que l'on détecte ici. L'on retrouve avec plaisir ce qui a fait son succès : humour potache, esprit mordant, excès en tous genres... Mais loin de tomber dans la caricature d'elle-même, elle franchit avec ce volet un cap et trouve un équilibre qui lui sied à merveille en alliant au rire, un peu de profondeur et beaucoup d'émotions.

Au-delà de la maestria de son coup de crayon parfois habilement mêlé de photo, à mi-chemin du style Sempé et de l'esquisse de mode, au trait précieux et gracieux offrant à ses personnages des postures et expressions précises et harmonieuses, au-delà donc de cette griffe somptueuse, Margaux Motin a le verbe précis et surtout un sens pointu de l'observation. Elle décrit ainsi avec acuité, esprit, fantaisie et sensibilité les épisodes de la vie, elle met les mots justes sur les petits comme les grands, les tristes commes les beaux moments, le tout dans un écrin esthétique absolu.

Dans La tectonique des plaques, elle aborde nombre d'aléas de l'existence. Et de montrer comme elle se dépatouille, comment elle galère, comment elle rebondit... faisant de sa BD un vrai coach de vie clamant haut et fort qu'avec la famille et les amis, la vie continue quoi qu'il arrive. Et elle a la good vibe tellement désopilante qu'elle à l'optimisme contagieux, Margaux.

Parce qu'elle est cash et qu'elle te vend de la vraie vie même si elle y met quelques paillettes de princesse parce qu'il faut bien rêver un peu bordel, la plus tendance des dessinatrices te brosse un autoportrait sans fausse pudeur ni mensonge éhonté par souci de légende personnelle. Elle se montre sous un jour pas toujours très flatteur, offrant ainsi à toutes les femmes une voix authentique à laquelle s'identifier (à un point parfois tel que s'en est presque aussi flippant que rassurant...). Elle déculpabilise de n'être pas parfaite, elle permet d'être faillible, elle autorise à être multiple (drôle, sexy, vulgaire, sensible, gamine, naïve, romantique, fragile, battante, parano, rêveuse...), elle décomplexe sur les films que l'on se fait, les histoires que l'on se raconte.

Bref, on se sent moins seule en la lisant comme l'on se mire. Et gageons que plus d'un lecteur comprend un peu mieux sa nana ou ses copines a posteriori. Entre rire gras et poésie, jubilation et mélancolie, tendresse et folie douce, Motin prouve que l'on peut faire cohabiter ensemble les multiples personnalités enfermées dans nos têtes. Que l'on peut être girly et avoir des cojones, être trasho-cynique et poétique, subversive et bien ancrée dans le système. Bref, être une femme naturelle et ultra contemporaine. D'aucuns trouvant l'ensemble autocentré, parisiano-branchouille et vulgaire seraient en plein déni de regarder dans sa réalité la fine peinture de la femme moderne, droite dans ses bottes, authentique, assumée voire revendiquée.

Aussi loufoque que dans ses précédents opus, l'auteur parvient avec ce titre à tirer la larmiche. Ce n'est déjà pas facile avec un roman, c'est une vraie gageure dans le neuvième art, c'est dire le talent de la donzelle ! En apportant une note intimiste à son récit, elle n'est pas moins désopilante mais gagne en perspective, en intensité, en sensibilité. Elle est à la fois fidèle à elle-même et surprenante ; cocktail idéal pour faire de cet album, quasi intégralement inédit, un vrai bon morceau de BD.

La seule mauvaise nouvelle relative à ce livre étant qu'en raison de délais de bouclage incompatibles, Margaux Motin a choisi le livre plutôt que l'agenda annuel (et l'on ne saurait lui tenir rigueur de ces quelque deux cents pages de pur bonheur). Les aficionados de ce super carnet de rendez-vous dont je suis devront patienter sagement jusqu'en 2015, en espérant qu'il y aura les petits autocollants comme dans la version 2013...

Ils en parlent aussi : Armalite, Soakette, Myiuki.

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Extraits :

Life is what happens to you when you're busy making others plans.

John Lennon

...

Démons et merveilles

Vents et marées

Au loin déjà la mer s'est retirée

Mais dans tes yeux entrouverts

Deux petites vagues sont restées

Démons et merveilles

Vents et marées

Deux petites vagues pour me noyer.

Jacques Prévert - Sables mouvants

21:57 Écrit par charlotte sapin dans Bande dessinée, Bio/autobiographie, Chronique familiale, Littérature française, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it!

03/06/2011

Chronique familiale #3

Quand la femme la plus gentille, la plus attentionnée, la plus dévouée, la plus attentive, la plus serviable, la plus patiente, la plus compréhensive... Bref quand la femme la meilleure qui soit - c'est-à-dire ma maman - invite sa belle-soeur en week-end à la campagne pour une petite fin de semaine entre gonzesses loin de toutes préoccupations domestiques, ça promet a priori d'être agréable.

Quand cette femme exceptionnelle se voit balancer dans la figure au cours de cette escapade champêtre, gratuitement, comme un tif sur la soupe, par sa frangine par alliance que "Bon concrètement, qu'est-ce que vous comptez faire pour vos cheveux ?", on peut légitimement penser qu'il y a du balayage à faire.

Au niveau des racines.

Familiales.

11:20 Écrit par charlotte sapin dans Chronique familiale | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it!

04/05/2009

Chronique familiale #2

Et puis des fois, tu te dis que c'est pas possible, que tu as été adoptée.

Non parce que quand tu célèbres ta première année de professionnelle sobriété et te vois piteusement intronisée chômeuse longue durée - un 1er avril, c'est bien plus cocasse !

Qu'à huit jours de cette peu reluisante commémoration, tu te dois de remettre les "réjouissances" pour "célébrer" le jour de ta naissance, placé cette année sous le funeste signe du changement fatidique de dizaine.

Qu'il se trouve qu'accessoirement cet anniversaire est concomitant à celui de ta maman - ce qui, accessoirement bis repetita, fait de toi le définitivement plus beau cadeau de circonstance et ça, tout le monde peut pas en dire autant.

Que ta maman parce que c'est une maman "t'interdit formellement" de lui offrir d'autre présent que ta présence - sponsorisée par elle-même (et la Seuneuceufeu) - parce qu'elle "exige" que tu gardes les sous que tu n'as pas, "et pis que toute façon, elle n'ouvrira aucun paquet des fois que tu t'entêtes".

Que pile-poilement, tu avais été contactée précédemment par le gentil William de l'agence Wellcom qui, si tu consultes la rubrique Clients actifs du site, travaille pour BoD (Books on Demand), leader européen du marché de la publication numérique de livres proposant aux auteurs, aux éditeurs et à d'autres professionnels des prestations de publication, d'impression et de distribution.

Que cet éditeur online basé en Allemagne souhaite développer son marché en France, que, pour se faire, il a confié son budget à l'agence précédemment évoquée et que dans ce cadre, le gentil William doit convaincre des personnes de se faire publier, de préférences des personnes pouvant relayer à moindre coût le concept et donc des blogueurs.

Et que grâce aux heureux hasards de la prospection du gentil William, le blogueur, c'était moi.

J'ai pu recevoir quelques tirages de mon livre, juste à temps pour les festivités et n'avoir pas les mains vides pour ma M'man adorée.

Sauf que là. Là ! LÀ !

J'insiste sur l'adverbe de lieu parce que c'est le moment crucial. D'ailleurs, c'est étonnant non, que le langage commun ait une fois de plus assimilé une aberration, bien qu'il soit vrai qu'il n'est plus tout à fait à un galvaudage près ?! Non parce que quand on dit "là" dans ce sens-là, en vérité vraie, l'on souhaite exprimer l'idée d'un moment précis. Lors donc, pourquoi un adverbe de lieu et pas une locution de temps, palsembleu ? Mais je digresse...

Là, donc.

Et bien, c'est "à cet instant précis" de l'histoire que je m'interroge sur mes liens de sang - puisque telle était la lointaine introduction.

Parce que quand tu arrives dans ton fond de province de faits divers (Emile Louis, Docteur Petiot, Michel Fourniret et les autres) avec dans ta valise le cadeau inespéré en lieu et place du nouillesque collier.

Qu'avant de festoyer - modérément si besoin est de le rappeler puisqu'il s'agit de la célébration d'un cap générationnel... -, tu passes rendre visite à la fratrie.

Que tu constates chez cette fratrie une certaine solidarité matérialisée par le manifeste achat de ton bouquin.

Que la fratie t'interroge sur le présent que tu as destiné à ta chère mère.

Que tu réponds qu'attendu que tu as reçu des consignes strictes d'économie, tu as, d'une façon moins narcissique qu'obéissante, décidé d'offrir ton recueil avec une mièvre dédicace d'une fifille à sa manman.

Que la fratrie soupire d'une mine contrite en te disant que, ah, merde, elle avait eu la même idée, que bon, elle va changer.

Qu'a priori tu vis dans le même monde que ta fratrie, que de surcroît tu as reçu la même éducation, que de fait tu trouves complètement hallucinant qu'il puisse être envisagé que ce ne soit pas toi-même qui offre ton propre livre à ta maternelle, mais que tu ne trouves rien à dire, sauf limite t'excuser de causer des désagréments de dernière minute, parce que manifestement ton interlocuteur ne mesure aucunement son toupet.

Ben tu te dis que t'as pas les mêmes gènes.

12:28 Écrit par charlotte sapin dans Chronique familiale, Culture, Livre, Moi | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it!

29/10/2008

Chronique familiale #1

Comme le chantait Maxime Le Forestier, on choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille. Ce à quoi j'ajouterais : pas plus que sa belle-famille.

Illustration parfaite, un jour d'antan, ma famille m'a tuer, pour reprendre l'orthographe de Ghislaine Marchal. Mais ça, je l'ai déjà raconté. famille.jpgPar ailleurs, ce ne fut pas l'unique fois de ma vie de fille, de soeur, de nièce, de tante... que je fus crucifiée sur l'autel du sang, comme nous le développerons progressivement au fil de cette nouvelle chronique. Mais aujourd'hui dans ma ligne de mire : la belle-famille.

Car comment inaugurer ces mémoires un peu vachardes en ne parlant pas de la famille bis pour laquelle nous sommes définitivement moins indulgents rapport aux non patrimoine génétique et non passé affectif communs.

Ainsi, un jour, j'ai connu un garçon - nous l'appellerons Le Garçon - dont la famille habitait loin. Très loin. De fait, les rencontres des différents membres de cette tribu étaient bien rares. Mais pas inexistantes. Et c'est lors de l'une d'elles que Le Garçon dut subir un examen médical pénible - pour ne rien cacher une coloscopie.

Pour ceux qui n'auraient jamais entendu parler de cette pratique, il s'agit de l'examen visuel par sonde du côlon également appelé endoscopie digestive. En clair, c'est une exploration par caméra du rectum et de tout le gros intestin, qui se pratique en France sous anesthésie générale. Pour obtenir un "film" de qualité, le patient doit se préparer minutieusement dès la veille en buvant des litres d'une potion peu ragoûtante pour ne pas dire vomitive et permettant l'évacuation de toutes les matières fécales par diarrhée. D'aucuns nous reprocheront notre présente précision chirurgicale, mais elle est bien légitime en la matière.

Comme tout un chacun s'en doute, c'est le genre d'événement que l'on préfère classer bien volontiers dans les moments de solitude, au sens premier du terme. Mais en l'occurrence, Le Garçon partageait momentanément son micro studio avec deux membres de sa famille, justement de passage à ce moment-là et souhaitant faire l'économie - un peu pingre pour le coup, moi ce que j'en dis... - d'une chambre d'hôtel. Naturellement, dans moins de vingt mètres carrés, que tu sois sur le lit, devant la télé, en train de cuisiner ou aux toilettes, tu es passablement au même endroit. Souhaitant se vider les entrailles en paix, Le Garçon dut demander, puisque ça ne traversait manifestement pas l'esprit de ses hôtes, d'obtenir trois ou quatre heures de tranquilité en sa demeure - là où j'aurais d'ores et déjà déclaré froidement "dégagez !" en claquant la porte. Et les invités de décréter, dans une finesse psychologique pour le moins étonnante, que ça ne les dérangeait pas de supporter "le bruit".

Pour faire court, Le Garçon en a chié.

Le lendemain, j'emmène Le Garçon à la clinique dont le personnel me notifie la nécessité de venir récupérer le patient et le surveiller en post-op'. Je reviens donc quelques heures après et embarque chez moi Le Garçon shooté à l'anesthésie et amputé de deux polypes.

A ce stade, il est bon de préciser que les complications d'une coloscopie sont exceptionnelles, telle que l'hémorragie en cas de biopsie ou d'ablation de polype (moins de 0,5 %).

S'il était besoin de préciser, je dirais que Le Garçon a fait une hémorragie sur mes chiottes.

Retour à la clinique où Le Garçon est réembarqué d'office au bloc. Et moi de patienter pendant des heures en salle d'attente.

Le soir.

Un vendredi soir.

Seule.

Et la famille en squat de se la couler douce chez Le Garçon.

Je me démène malgré tout pour les joindre, les informer de l'état de santé du Garçon, leur préciser qu'il est hospitalisé pour la nuit et que je passe les prendre à l'appartement du Garçon le lendemain à onze heures afin que nous allions le récupérer ensemble.

Après une nuit peu reposante - notons que j'avais du gérer une situation angoissante en contenant mon stress pour ne pas rendre le Garçon, hypocondriaque notoire évidemment pessimiste sur son pronostic vital, complètement hystérique -, je me rendis à l'appartement du Garçon bien plus tôt que prévu, n'y tenant plus.

C'est donc à 10h15 au lieu des onze annoncées que je cueillais ma belle-famille sur le seuil, s'en allant sans scrupules jouer le soutien familial sans m'attendre. D'un air un peu pincé, je signifiais qu'il serait extrêmement courtois de me rouvrir la porte afin que je prenne des affaires de toilette et de rechange pour Le Garçon, puisqu'elles n'y avaient manifestement pas pensé.

Après tout ça, le coup de grâce m'a été porté sur le chemin de la clinique où les membres de la famille du Garçon se sont gargarisés d'auto-congratulations, se félicitant que tout ceci soit arrivé pendant qu'ils étaient là.

Ben ça c'est sûr, hein, heureusement qu'on peut toujours compter sur la famille !

20:58 Écrit par charlotte sapin dans Chronique familiale | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | | Pin it!