04.05.2009

Chronique familiale #2

Et puis des fois, tu te dis que c'est pas possible, que tu as été adoptée.

Non parce que quand tu célèbres ta première année de professionnelle sobriété et te vois piteusement intronisée chômeuse longue durée - un 1er avril, c'est bien plus cocasse !

Qu'à huit jours de cette peu reluisante commémoration, tu te dois de remettre les "réjouissances" pour "célébrer" le jour de ta naissance, placé cette année sous le funeste signe du changement fatidique de dizaine.

Qu'il se trouve qu'accessoirement cet anniversaire est concomitant à celui de ta maman - ce qui, accessoirement bis repetita, fait de toi le définitivement plus beau cadeau de circonstance et ça, tout le monde peut pas en dire autant.

Que ta maman parce que c'est une maman "t'interdit formellement" de lui offrir d'autre présent que ta présence - sponsorisée par elle-même (et la Seuneuceufeu) - parce qu'elle "exige" que tu gardes les sous que tu n'as pas, "et pis que toute façon, elle n'ouvrira aucun paquet des fois que tu t'entêtes".

Que pile-poilement, tu avais été contactée précédemment par le gentil William de l'agence Wellcom qui, si tu consultes la rubrique Clients actifs du site, travaille pour BoD (Books on Demand), leader européen du marché de la publication numérique de livres proposant aux auteurs, aux éditeurs et à d'autres professionnels des prestations de publication, d'impression et de distribution.

Que cet éditeur online basé en Allemagne souhaite développer son marché en France, que, pour se faire, il a confié son budget à l'agence précédemment évoquée et que dans ce cadre, le gentil William doit convaincre des personnes de se faire publier, de préférences des personnes pouvant relayer à moindre coût le concept et donc des blogueurs.

Et que grâce aux heureux hasards de la prospection du gentil William, le blogueur, c'était moi.

J'ai pu recevoir quelques tirages de mon livre, juste à temps pour les festivités et n'avoir pas les mains vides pour ma M'man adorée.

Sauf que là. Là ! LÀ !

J'insiste sur l'adverbe de lieu parce que c'est le moment crucial. D'ailleurs, c'est étonnant non, que le langage commun ait une fois de plus assimilé une aberration, bien qu'il soit vrai qu'il n'est plus tout à fait à un galvaudage près ?! Non parce que quand on dit "là" dans ce sens-là, en vérité vraie, l'on souhaite exprimer l'idée d'un moment précis. Lors donc, pourquoi un adverbe de lieu et pas une locution de temps, palsembleu ? Mais je digresse...

Là, donc.

Et bien, c'est "à cet instant précis" de l'histoire que je m'interroge sur mes liens de sang - puisque telle était la lointaine introduction.

Parce que quand tu arrives dans ton fond de province de faits divers (Emile Louis, Docteur Petiot, Michel Fourniret et les autres) avec dans ta valise le cadeau inespéré en lieu et place du nouillesque collier.

Qu'avant de festoyer - modérément si besoin est de le rappeler puisqu'il s'agit de la célébration d'un cap générationnel... -, tu passes rendre visite à la fratrie.

Que tu constates chez cette fratrie une certaine solidarité matérialisée par le manifeste achat de ton bouquin.

Que la fratie t'interroge sur le présent que tu as destiné à ta chère mère.

Que tu réponds qu'attendu que tu as reçu des consignes strictes d'économie, tu as, d'une façon moins narcissique qu'obéissante, décidé d'offrir ton recueil avec une mièvre dédicace d'une fifille à sa manman.

Que la fratrie soupire d'une mine contrite en te disant que, ah, merde, elle avait eu la même idée, que bon, elle va changer.

Qu'a priori tu vis dans le même monde que ta fratrie, que de surcroît tu as reçu la même éducation, que de fait tu trouves complètement hallucinant qu'il puisse être envisagé que ce ne soit pas toi-même qui offre ton propre livre à ta maternelle, mais que tu ne trouves rien à dire, sauf limite t'excuser de causer des désagréments de dernière minute, parce que manifestement ton interlocuteur ne mesure aucunement son toupet.

Ben tu te dis que t'as pas les mêmes gènes.

29.10.2008

Chronique familiale #1

Comme le chantait Maxime Le Forestier, on choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille. Ce à quoi j'ajouterais : pas plus que sa belle-famille.

Illustration parfaite, un jour d'antan, ma famille m'a tuer, pour reprendre l'orthographe de Ghislaine Marchal. Mais ça, je l'ai déjà raconté. famille.jpgPar ailleurs, ce ne fut pas l'unique fois de ma vie de fille, de soeur, de nièce, de tante... que je fus crucifiée sur l'autel du sang, comme nous le développerons progressivement au fil de cette nouvelle chronique. Mais aujourd'hui dans ma ligne de mire : la belle-famille.

Car comment inaugurer ces mémoires un peu vachardes en ne parlant pas de la famille bis pour laquelle nous sommes définitivement moins indulgents rapport aux non patrimoine génétique et non passé affectif communs.

Ainsi, un jour, j'ai connu un garçon - nous l'appellerons Le Garçon - dont la famille habitait loin. Très loin. De fait, les rencontres des différents membres de cette tribu étaient bien rares. Mais pas inexistantes. Et c'est lors de l'une d'elles que Le Garçon dut subir un examen médical pénible - pour ne rien cacher une coloscopie.

Pour ceux qui n'auraient jamais entendu parler de cette pratique, il s'agit de l'examen visuel par sonde du côlon également appelé endoscopie digestive. En clair, c'est une exploration par caméra du rectum et de tout le gros intestin, qui se pratique en France sous anesthésie générale. Pour obtenir un "film" de qualité, le patient doit se préparer minutieusement dès la veille en buvant des litres d'une potion peu ragoûtante pour ne pas dire vomitive et permettant l'évacuation de toutes les matières fécales par diarrhée. D'aucuns nous reprocheront notre présente précision chirurgicale, mais elle est bien légitime en la matière.

Comme tout un chacun s'en doute, c'est le genre d'événement que l'on préfère classer bien volontiers dans les moments de solitude, au sens premier du terme. Mais en l'occurrence, Le Garçon partageait momentanément son micro studio avec deux membres de sa famille, justement de passage à ce moment-là et souhaitant faire l'économie - un peu pingre pour le coup, moi ce que j'en dis... - d'une chambre d'hôtel. Naturellement, dans moins de vingt mètres carrés, que tu sois sur le lit, devant la télé, en train de cuisiner ou aux toilettes, tu es passablement au même endroit. Souhaitant se vider les entrailles en paix, Le Garçon dut demander, puisque ça ne traversait manifestement pas l'esprit de ses hôtes, d'obtenir trois ou quatre heures de tranquilité en sa demeure - là où j'aurais d'ores et déjà déclaré froidement "dégagez !" en claquant la porte. Et les invités de décréter, dans une finesse psychologique pour le moins étonnante, que ça ne les dérangeait pas de supporter "le bruit".

Pour faire court, Le Garçon en a chié.

Le lendemain, j'emmène Le Garçon à la clinique dont le personnel me notifie la nécessité de venir récupérer le patient et le surveiller en post-op'. Je reviens donc quelques heures après et embarque chez moi Le Garçon shooté à l'anesthésie et amputé de deux polypes.

A ce stade, il est bon de préciser que les complications d'une coloscopie sont exceptionnelles, telle que l'hémorragie en cas de biopsie ou d'ablation de polype (moins de 0,5 %).

S'il était besoin de préciser, je dirais que Le Garçon a fait une hémorragie sur mes chiottes.

Retour à la clinique où Le Garçon est réembarqué d'office au bloc. Et moi de patienter pendant des heures en salle d'attente.

Le soir.

Un vendredi soir.

Seule.

Et la famille en squat de se la couler douce chez Le Garçon.

Je me démène malgré tout pour les joindre, les informer de l'état de santé du Garçon, leur préciser qu'il est hospitalisé pour la nuit et que je passe les prendre à l'appartement du Garçon le lendemain à onze heures afin que nous allions le récupérer ensemble.

Après une nuit peu reposante - notons que j'avais du gérer une situation angoissante en contenant mon stress pour ne pas rendre le Garçon, hypocondriaque notoire évidemment pessimiste sur son pronostic vital, complètement hystérique -, je me rendis à l'appartement du Garçon bien plus tôt que prévu, n'y tenant plus.

C'est donc à 10h15 au lieu des onze annoncées que je cueillais ma belle-famille sur le seuil, s'en allant sans scrupules jouer le soutien familial sans m'attendre. D'un air un peu pincé, je signifiais qu'il serait extrêmement courtois de me rouvrir la porte afin que je prenne des affaires de toilette et de rechange pour Le Garçon, puisqu'elles n'y avaient manifestement pas pensé.

Après tout ça, le coup de grâce m'a été porté sur le chemin de la clinique où les membres de la famille du Garçon se sont gargarisés d'auto-congratulations, se félicitant que tout ceci soit arrivé pendant qu'ils étaient là.

Ben ça c'est sûr, hein, heureusement qu'on peut toujours compter sur la famille !