06.11.2009

Kiki de Montparnasse de Catel & Bocquet

kiki.jpgEditions Casterman - 374 pages

Scénario : José-Louis Bocquet - Dessin : Catel

Quatrième de couv' : Jamais Kiki ne fera la même chose trois jours d'affilée, jamais, jamais, jamais !

Présentation : Dans le Montparnasse de bohème et de génie des années 1920, Kiki réussit à s'extraire de la misère pour devenir l'une des figures les plus charismatiques de l'avant-garde de l'entre-deux-guerres. Compagne de Man Ray auquel elle inspirera ses photos les plus mythiques, elle sera immortalisée par Kisling, Foujita, Per Krohg, Calder, Utrillo ou Léger. Mais si Kiki est la muse d'une génération qui cherche à évacuer la gueule de bois de la Grande Guerre, elle est avant tout une des premières femmes émancipées de ce siècle. Au-delà de la liberté sexuelle et sentimentale qu'elle s'accorde, Kiki s'impose par une liberté de ton, de parole et de pensée qui ne relève d'aucune école autre que celle de la vie...

Grandeur et décadence de LA muse des années folles. En effet, de son vrai nom Alice Ernestine Prin, Kiki, tour à tour chanteuse, danseuse, gérante de cabaret, peintre et actrice de cinéma, fut surtout l'égérie et l'amante des plus grands artistes de l'époque (Soutine, Modigliani, Picasso, Cocteau, Breton, Eluard...) qu'elle réunit dans son giron, passant ainsi de la petite bâtarde miséreuse provinciale à la Reine de Montparnasse... Avant de mourir seule, décatie, ravagée par la drogue et l'alcool (une fin aussi abrupte que la façon dont elle est traitée dans l'ouvrage : seulement 10 pages sur presque 400 !).

Bien plus qu'un grand destin retracé, ce livre est également un premier pas dans l'histoire de l'art de cette époque. Entre Dadaïstes et Surréalistes, les noms célèbres défilent mais il faudra, pour en savoir davantage, se reporter aux biographies de fin d'ouvrage ou à d'autres sources puisqu'ici, les maîtres ne sont pas appréhendés dans leur être, leur profondeur ou leur art, mais uniquement dans leur rapport, parfois furtif, d'avec Kiki.

Mais ce livre est avant tout le cri d'une femme. Le cri d'une femme qui veut exister dans une époque qui le lui interdit. Le cri d'une femme qui doit se vendre pour survivre. Le cri d'une femme qui jusqu'au bout, même abandonnée, ne de départira jamais de sa gouaille.

Seule erreur à mon avis, celle de traiter l'ouvrage en noir et blanc. L'on peut en effet s'interroger sur ce choix de la forme alors que le fond nous parle de photo, de peinture.

Au final, ça se lit bien mais ce n'est pas un incontournable. Disons que c'est une bonne ébauche pour ceux qui voudraient en savoir davantage sur cette époque. Artistique or not.

21.09.2009

Une enfance créole de Patrick Chamoiseau

Edition Gallimard - 186 pages

Tome I - Antan d'enfancechamoiseau.jpg

Quatrième de couv' : Patrick Chamoiseau nous donne ici ses souvenirs d'enfance. Enfance prise dans l'En-ville de Fort-de-France, dans le giron de la merveilleuse Man Ninotte qui ne cesse d'organiser la vie familiale avec un art de vivre et de survivre dont le cocasse et la poésie nous charment. Sous le regard du négrillon se révèle la société créole chatoyante, complexe, aux origines multiples, symbolisée par une ville qui lui ressemble. Il y vivra ses premières expériences : les jeux, la rue, les marchés, le cinéma et aussi la négritude, l'injustice sociale, le racisme. Chronique d'une enfance martiniquaise écrite dans une langue réinventée, Antan d'enfance allie l'art du conteur créole à celui des maîtres de la littérature classique.

Pawol pa ni koulè. Les mots n'ont pas de couleurs.

Et pourtant, ceux de Patrick Chamoiseau dans Une enfance créole I, Antan d'enfance ont le parfum délicieux de la Martinique. Malgré une plongée dans un monde bien loin de la métro(politaine) que je suis, Chamoiseau parvient à éveiller ce sentiment de nostalgie avec des parfums, des couleurs, des atmosphères... que je ne peux qu'imaginer et ce, si facilement grâce aux mots-ventés du poète à mi-chemin entre deux langues, entre deux mondes, entre deux histoires, entre deux vies.

Et encore deux tomes à découvrir : tome II Chemin-d'école, tome III A bout d'enfance.

Extraits :

On ne quitte pas l'enfance, on la serre au fond de soi. On ne s'en détache pas, on la refoule. Ce n'est pas un processus d'amélioration qui achemine vers l'adulte, mais la lente sédimentation d'une croûte autour d'un état sensible qui posera toujours le principe de ce que l'on est. On ne quitte pas l'enfance, on se met à croire à la réalité, ce que l'on dit être réel. La réalité est ferme, stable, tracée bien souvent à l'équerre - et confortable. Le réel (que l'enfance perçoit en ample proximité) est une déflagration complexe, inconfortable, de possibles et d'impossibles. Grandir, c'est ne plus avoir la force d'en assumer la perception. Ou alors c'est dresser entre cette perception et soi le bouclier d'une enveloppe mentale. Le poète - c'est pourquoi - ne grandit jamais ou si peu.

...

Man Ninotte ne disait mot, ne levait pas la tête, semblait en voyage vers un morne d'en elle-même.

17.09.2009

Là où vont nos pères de Shaun Tan

shaun tan.jpgEditions Dargaud - 120 pages

Quatrième de couv' : Pourquoi tant d'hommes et de femmes sont-ils conduits à tout laisser derrière eux pour partir, seuls, vers un pays mystérieux, en endroit sans famille ni amis, où tout est inconnu et l'avenir incertain ? Cette bande dessinée silencieuse est l'histoire de tous les immigrés, tous les réfugiés, tous les exilés, et un hommage à ceux qui ont fait le voyage... Shaun Tan est l'auteur et l'illustrateur de nombreux livres, tous primés dans le monde entier. En 2001, il a reçu le prix du Meilleur artiste aux World Fantasy Awards pour l'ensemble de son oeuvre. Il travaille également pour les studios Pixar (Toy Story, Les Indestructibles...) et Blue Sky (L'Âge de Glace...).

Prix du meilleur album au festival d'Angoulême 2008, ce livre est un véritable chef-d'oeuvre. Sans un mot, d'un trait incomparable qui place le dessin au moins à l'égal de la photo sépia, Shaun Tan nous narre en une centaine de pages les histoires de tous les migrants du monde. En cinq chapitres, l'on apprend l'identique parcours de tous les déracinés : le départ qui marque la séparation d'avec son pays mais surtout d'avec sa famille, le voyage, l'arrivée, l'enregistrement au bureau d'immigration, l'installation, les difficultés (communication, codes, coutumes...), la solitude loin des proches et face à l'indifférence de beaucoup... Et puis la première main tendue... Et puis un travail... L'intégration... Les retrouvailles... Et puis faire de ce monde nouveau son monde et tendre la main à son tour...

Même si la terre promise n'est pas sans rappeler New York et certaines scènes célèbres d'Ellis Island, elle se veut un endroit imaginaire. L'intention de l'auteur est la même à l'évocation des pays "abandonnés". Les cadres (architecture, faune, flore...), les us, même les raisons poussant à l'exode (guerre, génocide, esclavage...) sont évoqués de manière métaphorique pour une identification la plus universelle possible.

Alors certes, l'on est davantage dans la fantasmagorie que dans la réalité d'une majorité d'exilés. Ici, c'est une espèce d'El Dorado où n'existent pas les Brice Hortefeux, Eric Besson et autres xénophobes, ni les problèmes de travail, ni le repli sur soi, ni l'impossible regroupement des familles, ni l'expulsion... ni... ni... ni... Mais ça donne envie d'y croire et c'est déjà ça.

01.09.2009

A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie d'Hervé Guibert

Editions Gallimard - 284 pagesguibert.jpg

Quatrième de couv' : J'ai eu le sida pendant trois mois. Plus exactement, j'ai cru pendant trois mois que j'étais condamné par cette maladie mortelle qu'on appelle le sida. Or je ne me faisais pas d'idées, j'étais réellement atteint, le test qui s'était avéré positif en témoignait, ainsi que des analyses qui avaient démontré que mon sang amorçait un processus de faillite. Mais, au bout de trois mois, un hasard extraordinaire me fit croire, et me donna quasiment l'assurance que je pourrais échapper à cette maladie que tout le monde donnait encore pour incurable. De même que je n'avais avoué à personne, sauf aux amis qui se comptent sur les doigts d'une main, que j'étais condamné, je n'avouai à personne, sauf à ces quelques amis, que j'allais m'en tirer, que je serais, par ce hasard extraordinaire, un des premiers survivants au monde de cette maladie inexorable.

Quel étrange approche nous offre cet auteur, mort en 1991 et emportant avec lui une esthétique tant rédactionnelle que physique fort regrettable, sur ce fléau si moche qui trouve majoritairement sa source dans un acte si beau... Impénétrable...

Le style très particulier qui témoigne d'une indiscutable plume est parfois un peu fastidieux, faute de ponctutation, notamment au début. Comme pour donner la sensation que sous cette épée de Damoclès, il faut saisir chaque seconde qui passe et ne jamais se taire avant d'être terrassé. Et puis, au fur et à mesure de l'implacable installation de la maladie, les phrases - quoique que toujours longues - se raccourcissent ; les points se font de plus en plus fréquents, quasi elliptiques, jusqu'au Final.

Quelque trente années et des milliers de morts après l'apparition et la découverte de cette pandémie, les trop rares progrès de la science ne le sont que pour les plus chanceux, si l'on puit dire. Est-il réellement possible, à l'heure des avancées fantastiques, qu'aucun traitement curatif n'ait été élaboré ? Ou la dissimulation du remède à cette épidémie est-elle la "solution finale" des funestes décideurs d'aujourd'hui d'un point de vue économique et démographique alors que notre pauvre planète s'essoufle, malmenée par un trop grand nombre d'individus ?

Plusieurs questions, une seule réponse : sortez couverts ! N'en déplaise à Vatican...

Extrait :

(...) toutefois je restais le plus hésitant sur cette démarche, non que je n'avais pas une confiance absolue en Bill, que je craignais de voir bouleversé par un nouveau pacte avec le sort cet état progressif, plutôt apaisant en définitive, de mort inéluctable. Jules, à un moment où il ne croyait pas que nous étions infectés, m'avait dit que le sida était une maladie merveilleuse. Et c'est vrai que je découvrais quelque chose de suave et d'ébloui dans son atrocité, c'était certes une maladie inexorable, mais elle n'était pas foudroyante, c'était une maladie à paliers, un très long escalier qui menait assurément à la mort mais dont chaque marche représentait un apprentissage sans pareil, c'était une maladie qui donnait le temps de mourir, et qui donnait à la mort le temps de vivre, le temps de découvrir le temps et de découvrir enfin la vie, c'était en quelque sorte une géniale invention moderne que nous avait transmis ces singes verts d'Afrique. Et le malheur, une fois qu'on était plongé dedans, était beaucoup plus vivable que son pressentiment, beaucoup moins cruel en définitive que ce qu'on aurait cru. Si la vie n'était que le pressentiment de la mort, en nous torturant sans relâche quant à l'incertitude de son échéance, le sida, en fixant un terme certifié à notre vie, six ans de séropositivité, plus deux ans dans le meilleur des cas avec l'AZT ou quelques mois sans, faisait de nous des hommes pleinement conscients de leur vie, nous délivrait de notre ignorance. Si Bill, avec son vaccin, remettait en cause ma condamnation, il me replongerait dans mon état d'ignorance antérieur. Le sida m'avait permis de faire un bond formidable dans ma vie.

28.08.2009

La mauvaise vie de Frédéric Mitterrand

Editions Robert Laffont - 351 pagesmitterrand.jpg

Quatrième de couv' : Un homme se penche sur son passé. Le passé ne lui renvoie que les reflets d'une  mauvaise vie, bien différente de celle que laisse supposer sa notoriété. Autrefois on aurait dit qu'il s'agissait de la divulgation de sa part d'ombre ; aujourd'hui on parlerait de "coming out". Il ne se reconnaît pas dans ce genre de définition. La mauvaise vie qu'il décrit est la seule qu'il a connue. Il l'a gardée secrète en croyant pouvoir la maîtriser. Il l'a racontée autrement au travers des histoires ou des films qui masquaient la vérité. Certains ont pu croire qu'il était content de son existence puisqu'il parvenait à évoquer la nostalgie du bonheur. Mais les instants de joie, les succès, les rencontres n'ont été que des tentatives pour conjurer la peine que sa mauvaise vie lui a procurée. Maintenant cet homme est fatigué et il pense qu'il ne doit plus se mentir à lui-même. Avec un liberté d'esprit exceptionnelle, Frédéric Mitterrand, ici, ose tout dire.

Je ne m'étais jamais intéressée à cet homme que je croyais uniquement pistonné, qui forçait mon sourire par sa diction précieuse un peu vieille France et dont j'étais incapable de définir la fonction exacte - avant qu'il soit ministre. Et puis le hasard d'un cadeau m'a fait découvrir une plume raffinée, intelligente, subtile, franche. Quel plaisir de sentir au travers de ces lignes le souffle de la libération, de l'abandon, enfin, un peu. Quelle jubilation de lire entre les lignes et de reconnaître des personnages célèbres évoqués avec autant de respect que de discrétion... mais d'évidence aussi. Aucune surprise en revanche dans la révélation d'une souffrance perpétuelle derrière ce masque toujours jovial.

Une écriture vraie, touchante, qui démontre, si besoin était, dans une retenue délicate, une pudeur oubliée le temps de quelques lignes, qu'en amour, les règles qui n'existent pas sont cruelles et addictives, tant pour les hommes que pour les femmes ; hétérosexuels, homosexuels ou bisexuels.

Extraits :

(...) les femmes souffrent mieux que les hommes, elles en sortent plus résolues. Il y a des exceptions mais pas dans ce cas-là.

...

Je n'ai plus parlé de Simone. Ma mère disait à ses amies qu'elle était soulagée que j'ai pu l'oublier sans trop de mal ; elles lui répondaient que c'est le privilège de l'enfance, cette capacité à pouvoir se consoler si vite. Les enfants ne se consolent jamais vite de s'être sentis abandonnés par une femme gentille ; ils font seulement leur premier pas vers la mort et ça leur fait peur.

...

J'ai beaucoup de mal à revenir sur la période ancienne où je m'étais persuadé qu'il était fait pour moi et qu'il serait mon premier homme ; le seul aussi puisque je n'imaginais pas qu'il pourrait y en avoir d'autres après lui, ni ailleurs ni après. J'ai bien assez de mes rêves en plein sommeil, des lieux et des photos que je retrouve constamment pour qu'il ressurgisse à l'improviste tel qu'il était en ce temps-là et que sa voix, son corps, son charme s'accrochent encore à mes pensées vagabondes. Je n'ai pas la nostalgie de mes vingt ans (...) ; je vivais alors dans un état d'exaltation insensée avec la principale préoccupation de lui plaire, retranché du reste de mon existence et aveugle à ce qui se passait autour de moi, tout à mon secret qu'il était le seul à connaître. Je n'arrive plus à retenir les moments heureux ou simplement tranquilles, ils étaient trop précaires et ne me suffisaient pas ; j'ai beau chercher c'est la perpétuelle angoisse de commettre des fautes par maladresse et d'accumuler des torts pas excès d'amour qui revient d'abord aussi vive et cruelle qu'autrefois ; l'incessant défilé des accès d'effervescence et de panique avec lui et sans lui : l'espoir en embuscade et la détresse annoncée sans jamais savoir si j'allais finir par l'atteindre ou par le perdre. (...) et si la mystérieuse machine à sublimer et à souffrir s'est emballée pour moi avec une puissance extraordinaire, c'est aussi parce qu'il avait besoin de la passion que j'éprouvais envers lui pour supporter la déception de ses aventures passées, la peur d'un avenir clandestin, sa vie à Paris qui était triste, morne et ratée. Se replonger dans le cours de nos rencontres (...) ne se résumerait qu'à remuer des vieux mensonges, les faux-semblants d'un scénario que nous écrivions ensemble mais que nous ne lisions pas de la même manière. J'ai tout noté au jour le jour sur des carnets que je ne consulte jamais, j'ai conservé les lettres dans des boîtes bien rangées que je n'ouvre pas, j'attends le soir où je pourrais les regarder sans peine comme les cendres émouvantes et inutiles d'une autre vie ; ce soir-là tarde à venir.

26.08.2009

Lettre au père de Franz Kafka

Editions Gallimard - 99 pageskafka.jpg

Quatrième de couv' : "Très cher père, tu m'as demandé récemment pourquoi je prétends avoir peur de toi.  Comme d'habitude, je n'ai rien su te répondre..." Réel et fiction ne font qu'un dans la lettre désespérée que Kafka adresse à son père. Il tente, en vain, de comprendre leur relation qui mêle admiration et répulsion, peur et amour, respect et mépris. Réquisitoire jamais remis à son destinataire, tentative obstinée pour comprendre, la Lettre au père est au centre de l'oeuvre de Kafka.

Aucun extrait de ce texte qui m'a profondément touchée. D'une part, parce que je ne voudrais pas gâcher le plaisir des personnes intéressées par ce texte déjà suffisamment court et d'autre part, car aussi court soit-il, il serait malgré tout trop long de le recopier intégralement, or chaque mot a trouvé écho en moi.

A tous les Oedipe non totalement résolus, deux heures sont suffisantes pour venir à bout de ce livre qui vous procure la sensation étrange d'être l'auteur... Et non, personne n'est un cas isolé ! A méditer...

19.06.2009

Souvenirs d'un pas grand-chose de Charles Bukowski

Editions Grasset - 350 pagesbukowski.JPG

Quatrième de couv' : Bukowski n'a rien oublié : ni la violence, ni la douleur des premières années de sa vie. Il parle vrai et dur. Les coups reçus et donnés, les désespoirs d'un jeune homme laid qui n'a jamais la bonne "attitude", les mesquineries des petits débrouillards, la bouteille, la guerre qui se prépare et n'engloutira pas indistinctement tout le monde, tout cela est dit sans détour. Le constat est effrayant mais drôle : on sait rire aussi, que diable ! La machine à durer en verra bien d'autres, c'est évident. Les outrances, ici, ne sont, après tout, que celles de la vie elle-même. Et puis l'émerveillement n'est jamais loin, même derrière le souvenir de jeunesse le plus cruel. Chez Bukowski, le coeur est tendre, mais bien accroché.

Comme et même plus que pour Kerouac, j'ai été totalement happée par le récit mais quelque peu... pas vraiment déçue... disons décontenancée par la fin.

Mais ce récit n'a rien, rien d'anodin.

C'est dur, mais ce n'est pas larmoyant. C'est vrai, mais ce n'est pas commun. C'est profond, mais ce n'est pas insaisissable. Ca transforme la triste banalité en juste réflexion. Ca fait de la boue exitentielle un joyau littéraire.

Extraits :

Je lus tous les livres de D.H. Lawrence. Cela m'amena à d'autres. Cela m'amena à H.D. la poétesse. Et puis à Huxley - le plus jeune, l'ami de Lawrence. Tous ces livres qui m'arrivaient dessus ! Un livre conduisait à un autre. Arriva Dos Passos. Pas très bon, non, vraiment, mais assez bon quand même. Il me fallut plus d'une journée pour avaler sa trilogie sur les U.S.A. Dreiser ne me fit rien. Mais Sherwood Anderson, alors là, si ! Et puis ce fut Hemingway. Quels frissons ! En voilà un qui savait pondre ses lignes. Quel plaisir ! Les mots n'étaient plus ternes, les mots étaient des choses qui pouvaient vous faire chantonner l'esprit. Il suffisait de les lire et de se laisser aller à leur magie pour pouvoir vivre sans douleur et garder l'espoir, quoi qu'il arrive.

Mais retour à la maison

"EXTINCTIONS DES FEUX ! " hurlait mon père.

C'était les Russes que je lisais maintenant, Gorki et Tourgueniev. Mon père avait pour règle que toutes les lumières devaient être éteintes à huit heures du soir : il voulait pouvoir dormir pour être frais et dispo au boulot le lendemain. A la maison il ne parlait que de ça. Il en causait à ma mère dès l'instant où il franchissait la porte et jusqu'au moment où ils s'endormaient enfin. Il était fermement décidé à monter dans la hiérarchie.

"Bon alors, maintenant, ça suffit, ces putains de bouquins ! Extinction des feux !"

Pour moi, tous ces types qui débarquaient dans ma vie du fin fond de nulle part étaient la seule chance que j'avais d'en sortir. C'étaient les seuls qui savaient me parler.

"D'accord ! D'accord !" lui répondais-je.

Après quoi, je prenais la lampe de chevet, me faufilait sous la couverture, y ramenais l'oreiller et continuais de lire mes dernières acquisitions en les appuyant contre l'oreiller, là, en plein sous la couvrante. Au bout d'un moment, la lampe se mettait à chauffer, ça devenait étouffant et j'avais du mal à respirer. Je soulevais la couverture pour reprendre un bol d'air.

"Mais qu'est-ce qui se passe ? Ca serait-y que je verrais de la lumière ? Henry, tu m'éteins tout ça !"

Je rabaissais la couverture à toute vitesse et attendais le moment où mon père se mettait à ronfler.

Tourgueniev était un mec très sérieux mais qui arrivait à me faire rire parce qu'une vérité sur laquelle on tombe pour la première fois, c'est souvent très amusant. Quand en plus la vérité du monsieur est la même que la vôtre et qu'il vous donne l'impression d'être en train de la dire à votre place, ça devient génial.

Je lisais mes livres la nuit, comme ça, sous la couverture et à la lumière d'une lampe qui chauffait. Tous ces bons passages, je les lisais en suffoquant. Pure magie.

...

On avait certes besoin d'amour, mais pas de l'espèce d'amour dont se servaient et par lequel étaient utilisés les trois quarts des gens. Oui, le vieux D.H. avait compris quelque chose d'important. Son pote Huxley n'était qu'un énervé de l'intellect mais quel prodige ! Bien mieux que ce G.B. Shaw à la rude intelligence toujours en train de racler le fond, à l'humour laborieux mais qui, pour finir, n'était plus qu'obligé, que fardeau qu'il s'imposait à lui-même, qui l'empêchait d'éprouver à fond quoi que ce soit et ne faisait que gratter l'esprit et les sensibilités. Mais les lire tous autant qu'ils étaient faisait du bien. On en arrivait à comprendre que les pensées et les mots pouvaient fasciner, même si, pour finir, tout cela était inutile.

...

La route que j'avais devant moi, j'aurais presque pu la voir. J'étais pauvre et j'allais le rester. L'argent, je n'en avais pas particulièrement envie. Je ne savais pas ce que je voulais. Si, je le savais. Je voulais trouver un endroit où me cacher, un endroit où il n'était pas obligatoire de faire quoi que ce soit. L'idée d'être quelque chose m'atterrait. Pire, elle me donnait envie de vomir. Devenir avocat, conseiller, ingénieur ou quelque chose d'approchant me semblait impossible. Se marier, avoir des enfants, se faire coincer dans une structure familiale, aller au boulot tous les jours et en revenir, non. Tout cela était impossible. Faire des trucs, des trucs simples, prendre part à un pique-nique en famille, être là pour la Noël, pour la Fête nationale, pour la Fête des Mères, pour... les gens ne naissaient-ils donc que pour supporter ce genre de choses et puis mourir ?

...

Tout, absolument tout plutôt que de continuer à me noyer dans cette existence morne, superficielle et peureuse.

...

Quant à ma vie, elle était toujours aussi lamentable qu'au jour de ma naissance. Une seule chose avait changé : maintenant, et ce n'était jamais assez souvent, je pouvais boire de temps en temps. Boire était la seule chose qui permettait de ne pas se sentir à jamais perdu et inutile. Tout le reste n'était qu'ennuis qui ne cessaient de vous démolir petit à petit. Sans compter qu'il n'y avait rien, mais alors ce qui s'appelle rien d'intéressant dans l'existence. Les gens vivaient en-deçà d'eux-mêmes, les gens étaient prudents, les gens étaient tous pareils. "Et dire qu'il va falloir continuer à vivre avec tous ces connards jusqu'au bout", pensais-je (...). Il était évident que je ne serais jamais capable de me marier et d'avoir des enfants. Et pourquoi l'aurait-il fallu alors que je n'étais même pas foutu de me trouver un boulot de plongeur dans un restaurant ?

Mais peut-être que je serais pilleur de banques ! Un truc d'enfer ! Quelque chose qui auraut du panache, de la gueule. On ne tentait sa chance qu'une fois. Pourquoi être laveur de vitres ?

J'allumai une cigarette et continuai de descendre la colline. Etais-je donc la seule personne que cet avenir bouché rendait fou ?

...

"On ne saurait surestimer l'imbécillité générale"

31.05.2009

Sur la route de Jack Kerouac

kerouac.jpgEditions Gallimard - 437 pages

Quatrième de couv' : Un gars de l'Ouest, de la race solaire, tel était Dean. Ma tante avait beau me mettre en garde contre les histoires que j'aurais avec lui, j'allais entendre l'appel d'une vie neuve, voir un horizon neuf, me fier à tout ça en pleine jeunesse ; et si je devais avoir quelques ennuis, si même Dean devait ne plus vouloir de moi pour copain et me laisser tomber, comme il le ferait plus tard, crevant de faim sur un trottoir ou sur un lit d'hôpital, qu'est-ce que cela pouvait me foutre ?... Quelque part, sur le chemin je savais qu'il y aurait des filles, des visions, tout, quoi ; quelque part sur le chemin on me tendrait la perle rare.

En bref, c'est l'histoire d'allers et de retours incessants d'Est en Ouest américain puis du Nord au Sud, direction le Mexique. Absolument déconseillé donc aux férus d'action allergiques aux descriptions qui ne sauraient apprécier les nombreux tableaux de l'immense territoire arpenté, aussi différents, interminables et parfois monotones que le sont les axes routiers américains.

Je ne saurais dire dans quelle mesure ce roman est autobiographique, mais si l'on considère que le chef de file de la Beat Generation, vivant avec sa mère, est décédé en 1969 à l'âge de quarante-sept ans, miné par la solitude et l'alcool, l'on peut penser que l'émancipation conventionnelle, le rejet révolté de l'Amérique conformiste et bien-pensante, la poursuite de la liberté semblent brûler les ailes... Mais n'est-il pas dit dans Et au milieu coule une rivière : "brûlons la chandelle par les deux bouts ; elle peut bien fondre et brûler vite, pourvu qu'elle éclaire bien" ? Et entre des études à Columbia, une expérience de marin durant la Seconde Guerre mondiale, une vie de bohème à Greenwich Village, des nuits sans sommeil, les drogues et l'alcool, le sexe, les délires poétiques et jazz bop ou cool, les vagabondages sans argent à travers les Etats-Unis et jusqu'à Mexico, la vie collective trépidante ou la quête solitaire au lisières de la folie ou de la sagesse, l'on peut dire que la chandelle de Kerouac a brûlé bien plus intensément que bon nombre de celles d'aspirants centenaires.

Captivée par ce récit, je n'en reste pas moins quelque peu sur ma fin. Mais finalement, n'est-ce pas exactement cela, la poursuite de la différence, de l'intensité, de la liberté ?

29.01.2009

Tant que je serai noire de Maya Angelou

Editions Les Allusifs - 365 pagestant que.jpg

Quatrième de couv' : Figure emblématique de l'histoire des Etats-Unis, Maya Angelou s'est engagée corps et âme dans le vingtième siècle américain. Tant que je serai noire est le récit de sa vie à partir de 1957 lorsque, décidée à devenir écrivaine, elle part avec son fils, Guy, pour rejoindre Harlem, épicentre de l'activité intellectuelle des Noirs américains. Elle participe aux bouleversements de l'époque et rencontre des artistes comme Billie Holiday et James Baldwin, et les leaders du mouvement des droits civiques, Malcolm X et Martin Luther King. Enfin, conquise par Vusumzi Make, combattant pour la liberté et les droits des Noirs d'Afrique du Sud, elle part vivre en Afrique, théâtre des luttes anticilonialistes, où elle devient journaliste. Ce récit est l'autoportrait d'une femme exceptionnelle qui a intégré, jusque dans les plus profonds replis de sa vie intime, une véritable révolution mondiale, culturelle et politique.

Après Brel par Leloir, voici que s'achève ma lecture du second livre offert dans le cadre de l'opération Babelio.

Je dois dire que je m'adonne rarement à la lecture de bio ou autobiographies. Sans doute pour m'éviter le complexe de passivité face à des existences passionnantes et engagées, j'ai tendance à privilégier les héros romanesques.

Comme tel ne fut pas le cas en l'occurrence, je me retrouve à la fois admirative de l'existence de Maya Angelou et déprimée en comparant la vie bien remplie de cette femme à la mienne - d'un point de vue de l'action au sens historique du terme.

Mais aussi surprise. Surprise de découvrir qu'aussi profonde soit la conviction du combat pour les libertés, le soldat peut s'asservir lui-même et l'émancipateur devenir bourreau. Disons que Maya Angelou a davantage oeuvré pour la cause Noirs que pour la cause Femmes : on ne peut être de tous les combats.

J'ai également été très étonnée de découvrir les propos très durs (pour ne pas dire racistes) de Malcolm X. N'ayant jamais pris le temps de me pencher sur le personnage, je n'en ai retenu que la profonde admiration que certains lui vouaient... Manifestement, il me faudra étudier en profondeur l'existence du personnage pour comprendre quand ont commencé (ou se sont arrêtés...) ses discours éclairés.

Extraits :

Le cynisme juvénile est d'autant plus désolant qu'il s'explique non pas par les leçons tirées d'expériences amères, mais bien par une foi insuffisante en l'avenir.

...

Mon dernier spectacle me rappela le conseil de ma mère : "Quand on est noir, on doit espérer que tout se passera pour le mieux. Alors prépare-toi au pire et n'oublie jamais que tout peut arriver."

...

(...) Quant aux Etats-Unis, Georges Bernard Shaw avait eu raison de les décrire comme "le seul pays à être passé directement de la barbarie à la décadence sans avoir connu la civilisation".

...

Après une salve d'applaudissements, Malcolm marque une pause et, d'un air grave, promena son regard sur la foule. Les gens se figèrent : l'air lui-même était devenu immobile. Il reprit la parole sur un ton doux et suave :

- Certains d'entre vous pensent qu'il y a de bons Blancs, non ? De bons Blancs pour qui ou avec qui vous avez travaillé, avec qui vous êtes allés à l'école ou même avec qui vous vous êtes mariés. Non ?

Les spectateurs exprimèrent leur déni en grognant collectivement.

Malcolm poursuivit à voix basse, à la limite du chuchottement.

- Il y a des Blancs qui donnent de l'argent à la SCLC, à la NAACP ou à la Ligue urbaine. Certains vont même jusqu'à marcher avec vous dans les rues. Mais laissez-moi vous dire qui ils sont. Tout Américain blanc qui se dit votre ami est soit un faible...

Il laissa le mot produire son effet avant de reprendre d'une voix grondante.

- ... soit un agent d'infiltration. Ou bien il aura trop peur pour vous venir en aide quadn vous aurez besoin de lui, ou bien il se rapproche de vous à seule fin de découvrir vos projets et de vous livrer, pieds et poings liés, à ses frères.

...

- Ce que dit la pièce, rétorquai-je, c'est que les Noirs, si on leur en donne l'occasion, deviendront aussi cruels que les Blancs. Je me refuse à le croire.

- C'est tout à fait possible, Maya, et nous devons nous en défendre avec la plus grande vigilance. Tu vois, ma chère épouse - il parlait tout doucement en penchant sur moi son corps massif -, la plupart des révolutionnaires noirs, des radicaux noirs et des militants noirs ne souhaitent pas vraiment le changement. Ce qu'ils veulent, c'est prendre la place des Blancs. La pièce ne fait que souligner un tel risque. Et les nôtres doivent faire face à la tentation. Il faut absolument que tu joues dans Les nègres (de Jean Genet).

23.01.2009

Brel par Leloir

brel.jpgEditions Fetjaine - 128 pages

Quatrième de couv' : "Ce livre, nous l'attendions depuis longtemps. Je l'espérais depuis le jour de ma rencontre avec Jean-Pierre Leloir." France Brel. Durant quinze ans, depuis l'arrivée de Jacques Brel à Paris en 1957 jusqu'au début des années 70, Jean-Pierre Leloir a été le photographe privilégié et l'ami de Brel. Cet album exceptionnel, comprenant de très nombreux documents inédits en couleurs, est le témoignage de ces quinze années de complicité.

Dans le cadre de l'opération Babelio qui m'avait, durant la précédente édition, gratifié du livre Bonne à tout faire de Saira Rao, j'ai cette fois-ci eu le privilège de recevoir deux magnifiques livres en belle édition. Brel par Leloir est l'un d'eux.

Je n'ai pas l'habitude d'acquérir de beaux grands livres albums qui font si joli dans la bibliothèque et que l'on prend plaisir à feuilleter. Le coût de la culture et l'épaisseur de ma bourse m'incitent davantage à privilégier le poche épais qui rentabilise le prix du mot. Le cadeau, extra-ordinaire, n'en fut que plus appréciable. Et apprécié.

Au-delà des clichés magnifiques de celui qui fut l'un des plus grands poètes amoureux écorchés mais au sarcasme à nul autre pareil du siècle passé et de l'émouvante déclaration d'amitié d'un photographe à son modèle, l'on trouve le parti-pris très engagé, très éthique d'un professionnel quant à sa fonction ; éthique qui semble cruellement manquer aux gens du métier de notre époque. Les sublimes portraits restent évidemment le coeur de cet ouvrage, nous prouvant, si besoin était, qu'une vraie gueule incroyablement expressive, de laquelle transpire intelligence, sincérité et engagement, est à n'en pas douter la plus proche définition de la beauté, plutôt que la plastique mathématique parfaite.

Un hommage à ne pas manquer pour tous ceux qui, avec délectation, continuent à faire vivre - peut-il jamais mourir ? - le mythe Brel.

Extrait :

Quand Georges Brassens chantait ses compositions, j'avais l'impression qu'il les avait écrites pour moi : La Mauvaise Réputation, Les Bancs publics, Le Gorille... Nous étions quelques centaines de milliers, de ma génération, à en être convaincus. Avec Brel, ça a tout de suite été pareil : dès le début, je ressens une communion de pensée, une foi très relative en l'humanité, une soif de liberté, une indépendance, une méfiance à l'égard des bonimenteurs de toutes sortes.

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Je me souviens précisément de ce premier contact. Brel me jauge, me demande si je suis un "guette-au-trou", l'un de ces journalistes-photographes qui s'intéressent à la vie privée des vedettes, ceux que l'on appelle aujourd'hui les "paparazzis".

- "Vous allez me poser des questions ?", me demanda-t-il. "Parce que si c'est le cas, plutôt que d'évoquer la couleur de mes chaussettes, je préférerais que l'on parle de l'affaire de l'Observatoire : qu'en pensez-vous ?"

L'histoire remonte à quinze jours : dans le nuit du 15 octobre, François Mitterrand, ancien ministre, a échappé à un attentat. L'affaire est fumeuse ; très vite le rumeur s'est propagée qu'il aurait lui-même commandité l'opération, pour mettre en cause les partisans de l'Algérie française. De Gaulle n'est revenu au pouvoir que depuis quelques mois. Evidemment, cette conversation me plaît beaucoup...

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On le critiquait sur son physique. Je me souviens d'un article dans un quelconque Paris-Jour de l'époque qui s'interrogeait sur la laideur des nouveaux chanteurs : à Philippe Clay, on reprochait son côté désossé, son visage en lame de couteau ; à Gainsbourg son nez crochu, ses yeux mi-clos, ses oreilles décollées ; à Brel sa dentition de Fernandel. La laideur était bien sûr dans le regard de celui qui avait écrit l'article. Brel, je le trouvais beau, formidablement expressif, séduisant par sa gestuelle, son émotion à fleur d'épiderme.

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Je suis ému en revoyant ces clichés. Je l'aimais. Je l'aimais, voilà, je ne trouve pas d'autre mot. L'amour entre hommes, ça existe. Quant à lui, je pense qu'il m'aimait bien.

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(...) lorsqu'il chantait devant son public, il ne voyait personne : il était totalement concentré sur son spectacle, dans une sorte de transe qui, en amont, lui donnait des spasmes - les fameuses crises de vomissements avant de monter sur scène. Il sortait de scène épuisé.

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A une exception près, je ne me suis jamais retrouvé dans les coulisses avec Brel. Je n'y étais pas invité, je ne tentais pas de forcer le passage. Ce qui m'intéresse, c'est l'artiste dans l'exercice de son métier : le chanteur en train de chanter, le musicien en train de musiquer.

(...) Pourtant il m'arrivait parfois de me retrouver en coulisses : je me souviens d'un concert du Jazz At The Philharmonic, je papotais avec Jean-Marie Périer, nous avions tous deux nos appareils au cou, soudain une porte s'ouvre et apparaît Ella Fitzgerald en bigoudis et en combinaison. Ni Jean-Marie ni moi n'avons eu, on s'en doute, l'inélégance ne fût-ce que d'armer nos appareils. D'autres ne se seraient pas gênés. Donc je vous confirme n'avoir aucun cliché de Brel en train de dégueuler ses tripes avant d'entrer sur scène.

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