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Art

  • Dalí par Baudoin

    culture,bande dessinée,bd,bio,littérature,livre,peinture,artÉditions Dupuis / Centre Pompidou - 160 pages

    Présentation de l'éditeur : À l'occasion de la grande rétrospective que le Centre Pompidou consacre à l'oeuvre de Salvador Dalí, Edmond Baudoin nous entraîne sur les traces de l'étrange et génial artiste, dont il parcourt la vie et l'oeuvre de son trait virtuose. Peintre légendaire et énigmatique, figure du surréalisme, ami de Buñuel et de Garcia Lorca, Salvador Dalí est considéré comme l'une des icônes de l'art du XXe siècle. S'invitant dans l'univers fantasque et débridé de Dalí, Baudoin nous en offre sa vision personnelle. Initiant un dialogue intime, par-delà le temps, avec ce créateur de génie, il nous offre un album rare, dont la parfaite cohérence entre le fond et la forme a valeur d'évidence.

    Ma note :

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    Album cartonné souple : 22 euros

    Un grand merci à mon ami Vincent pour ce joli cadeau de Noël, présent dans ma wish list sans qu'il ait jamais eu l'occasion de la consulter, ce qui prouve sa pertinence.

    Nietzsche, Schiele, Picasso, Thoreau, bientôt Gauguin, maintenant Dalí... Les bio-graphiques deviennent décidemment légion !

    Si habituellement les biopics du neuvième art sont de fidèles portraits chronologiques, Dalí par Baudoin est avant tout - comme son nom l'indique - une interprétation par le dessinateur de la vie et l'oeuvre de l'un des plus grands créateurs artistiques du XXe siècle. Une approche émotionnelle et psychanalytique atypique et passionnante qui n'en reste pas moins didactique.

    Pour ce faire, Baudoin se met en scène en compagnie d'une jeune femme et tous deux, dans un dialogue intimiste, s'interrogent. Car cette bd, à l'image de l'incipit "qui était ce type ?", n'est pas une réponse mais une magistrale question visant à répondre à l'énigme Dalí. En conciliant l'approche biographique traditionnelle au regard personnel, Baudoin livre un éclairage aussi original que captivant de l'excentrique peintre.

    Alors évidemment, cette foultitude de faits entremêlés d'interrogations et hypothèses personnelles sont autant de réponses qu'il est possible d'en donner au sujet d'une personnalité aussi complexe que celle de l'incomparable Salvador.

    Mégalo, fou, narcissique, paranoïaque, ambigü... Les épithètes sont nombreux. Quels qu'ils soient, l'on découvre avant tout un homme passionné, curieux insatiable, touche-à-tout. Difficile de faire un portrait de cet être multiple et torturé. Extravagant incontestablement. En quête de vérité, d'immortalité, désireux de s'émanciper de tout et de trouver sa voie, ce qu'il fera par le biais de sa fascinante méthode paranoïaque-critique ayant donné naissance à une oeuvre-reflet de l'inconscient unique, onirique, étrange, fantasque, suprenante, dérangeante, choquante... mais surtout, identifiable entre mille.

    Si, à l'issu de ce livre, le mystère demeure, il n'est en tout cas plus absolu et l'on comprend mieux l'un des artistes les plus populaires au monde. De son enfance à Gala en passant par ses acolytes et ses pérégrinations, un éclairage est donné sur sa vie mouvementée et l'on appréhende plus aisément son art cathartique et non-conformiste, intimement lié à ses blessures, ses obsessions, ses angoisses, ses contradictions.

    Outre la singulière construction narrative, le réel tour de force de Baudoin réside dans son dessin. Il parvient avec maestria à livrer une interprétation du trait et de l'univers du génie espagnol sans jamais l'imiter. Il le réinvente sans le dénaturer en s'appuyant sur les images emblématiques (montres molles, rhinocéros...) qu'il n'était tout bonnement pas concevable d'omettre. Cette mise en abyme fantaisiste loin de toute trahison lui permet d'être dans la justesse sans se départir de son identité propre. Ceux qui y verront une médiocre contre-façon n'auront rien compris.

    Mon seul regret, a priori, résidait dans l'absence quasi totale de couleurs, peu représentative à mon sens de Dalí. Mais si l'on considère a posteriori que les rares explosions chromatiques sont rattachées à Gala, muse entre toutes, le parti pris des aplats charbonneux parfaitement maîtrisés - marque de fabrique de l'auteur - prend tout son sens.

    Dalí par Baudoin est, en somme, une plongée graphique vibrante, enrichissante et insolite dans l'univers de l'homme à la drôle de moustache, qui prouve, si besoin était, que la bande dessinée est un met de choix et de poids tant du point de vue de la création artistique que de la ressource documentaire. Une oeuvre qui ravira à n'en pas douter le fans comme les béotiens de l'incontournable et très controversé mystique corpusculaire.

    Ils en parlent aussi : Benjamin, Sebso, Marie, David.

    Vous aimerez sûrement :

    Thoreau La vie sublime de A. Dan et Maximilien Le Roy

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    En cuisine avec Alain Passard de Christophe Blain

    Brassens ou la liberté de Clémentine Deroudille et Joann Sfar

    Extraits :

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  • Le Futurisme, manifeste & bibliographie

    art,culture,citation,peinture,Liminaire : introduction à un sujet complexe mais ô combien intéressant. N’oublions toutefois pas le contexte de l’époque - économique, militaire, idéologique, culturel, etc. Présenter ne veut pas dire cautionner.

    1909, l’univers artistique est en révolution. Ce si long XIXe siècle est en train de mourir et le monde est - presque - prêt à entrer pleinement dans le XXe, ce nouveau siècle rempli d’espoir et de modernité. Il faudra toutefois attendre la fin de la Première Guerre Mondiale pour vraiment y être.

    Milan, Via Senato, au numéro 2. Un jeune trentenaire, Filippo Tommaso Marinetti, écrit un texte séminal, Le manifeste du Futurisme. Il y expose les ferments d’un nouveau courant artistique global.

    Ecoutons-le :

    Nous avions veillé toute la nuit, mes amis et moi, sous des lampes de mosquée dont les coupoles de cuivre aussi ajourées que notre âme avaient pourtant des cœurs électriques. Et tout en piétinant notre native paresse sur d’opulents tapis persans, nous avions discuté aux frontières extrêmes de la logique et griffé le papier de démentes écritures.

    Un immense orgueil gonflait nos poitrines, à nous sentir debout tout seuls, comme des phares ou comme des sentinelles avancées, face à l’armée des étoiles ennemies, qui campent dans leurs bivouacs célestes. Seuls, avec les mécaniciens dans les infernales chaufferies des grands navires, seuls avec les noirs fantômes qui fourragent dans le ventre rouge des locomotives affolées, seuls avec les ivrognes battant des ailes contre les murs.

    Et nous voilà brusquement distraits par le roulement des énormes tramways à double étage, qui passent sursautants, bariolés de lumières, tels les hameaux en fête que le Pô débordé ébranle tout à coup et déracine, pour les entraîner, sur les cascades et les remous d’un déluge, jusqu’à la mer.

    Puis le silence s’aggrava. Comme nous écoutions la prière exténuée du vieux canal et crisser les os des palais moribonds dans leur barbe de verdure, soudain rugirent sous nos fenêtres les automobiles affamées.

    - Allons, dis-je, mes amis ! Partons ! Enfin, la Mythologie et l’Idéal mystique sont surpassés. Nous allons assister à la naissance du Centaure et nous verrons bientôt voler les premiers Anges ! Il faudra ébranler les portes de la vie pour en essayer les gonds et les verrous !... Partons ! Voilà bien le premier soleil levant sur la terre !... Rien n’égale la splendeur de son épée rouge qui s’escrime pour la première fois, dans nos ténèbres millénaires.

    Alors, le visage masqué de la bonne boue des usines, pleine de scories de métal, de sueurs inutiles et de suie céleste, portant nos bras foulés en écharpe, parmi la complainte des sages pêcheurs à la ligne et des naturalistes navrés, nous dictâmes nos première volontés à tous les hommes vivants de la terre :

    MANIFESTE DU FUTURISME

    1. Nous voulons chanter l’amour du danger, l’habitude de l’énergie et de la témérité.

    2. Les éléments essentiels de notre poésie seront le courage, l’audace et la révolte.

    3. La littérature ayant jusqu’ici magnifié l’immobilité pensive, l’extase et le sommeil, nous voulons exalter le mouvement agressif, l’insomnie fiévreuse, le pas gymnastique, le saut périlleux, la gifle et le coup de poing.

    4. Nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive… Une automobile rugissante, qui a l’air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace.

    5. Nous voulons chanter l’homme qui tient le volant, dont la tige idéale traverse la Terre, lancée elle-même sur le circuit de son orbite.

    6. Il faut que le poète se dépense avec chaleur, éclat et prodigalité, pour augmenter la ferveur enthousiaste des éléments primordiaux.

    7. Il n’y a plus de beauté que dans la lutte. Pas de chef-d’œuvre sans un caractère agressif. La poésie doit être un assaut violent contre les forces inconnues, pour les sommer de se coucher devant l’homme.

    8. Nous sommes sur le promontoire extrême des siècles !... A quoi bon regarder derrière nous, du moment qu’il nous faut défoncer les vantaux mystérieux de l’Impossible ? Le Temps et l’Espace sont morts hier. Nous vivons déjà dans l’absolu, puisque nous avons déjà créé l’éternelle vitesse omniprésente.

    9. Nous voulons glorifier la guerre – seule hygiène du monde, le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles Idées qui tuent, et le mépris de la femme.

    10. Nous voulons démolir les musées, les bibliothèques, combattre le moralisme, le féminisme et toutes les lâchetés opportunistes et utilitaires.

    11. Nous chanterons les grandes foules agitées par le travail, le plaisir ou la révolte ; les ressacs multicolores et polyphoniques des révolutions dans les capitales modernes ; la vibration nocturne des arsenaux et des chantiers sous leurs violentes lunes électriques ; les gares gloutonnes avaleuses de serpents qui fument ; les usines suspendues aux nuages par les ficelles de leurs fumées ; les ponts aux bonds de gymnastes lancés sur la coutellerie diabolique des fleuves ensoleillés ; les paquebots aventureux flairant l’horizon ; les locomotives au grand poitrail, qui piaffent sur les rails, tels d’énormes chevaux d’acier bridés de longs tuyaux, et le vol glissant des aéroplanes, dont l’hélice a des claquements de drapeau et des applaudissements de foule enthousiaste.

    Progrès et évolution, violence et destruction, pour Marinetti et ses coreligionnaires, il est temps, grand temps, de liquider ce XIXe siècle moribond. Ils feront preuve de la même virulence quant au lieu de départ de cette révolution et seront sans illusion sur leur avenir.

    C’est en Italie que nous lançons ce manifeste de violence culbutante et incendiaire, par lequel nous fondons aujourd’hui le Futurisme, parce que nous voulons délivrer l’Italie de sa gangrène de professeurs, d’archéologues, de cicérones et d’antiquaires.

    Les plus âgés d’entre nous ont trente ans ; nous avons donc au moins dix ans pour accomplir notre tâche. Quand nous aurons quarante ans, que de plus jeunes et plus vaillants que nous veuillent bien nous jeter au panier comme des manuscrits inutiles !... Ils viendront comme nous de très loin, de partout, en bondissant sur la cadence légère de leurs premiers poèmes, griffant l’air de leurs doigts crochus, et humant, aux portes des académies, la bonne odeur de nos esprits pourrissants, déjà promis aux catacombes des bibliothèques.

    Publié d’abord le 5 février 1909 dans La Gazzetta dell’Emilia de Bologne puis le 20 dans Le Figaro, ce texte révolutionnera le monde artistique et aura une résonance internationale. Par dizaines, par centaines, des jeunes gens comprendront le message de Marinetti, s’y retrouveront, l’approuveront et le mettront en pratique.

    Un nouveau courant artistique est né, il sera global : littérature, peinture, sculpture, architecture, théâtre, musique, cinéma, arts décoratifs, etc. Même la gastronomie s’y mettra !

    Bien qu’international, le cœur même du Futurisme restera l’Italie. La compréhension de celui-ci sera aiguisée par une connaissance de l’italien – bien que la littérature française soit déjà assez complète sur le sujet.

    Bibliographie :

    Si l’on ne devait garder qu’un seul spécialiste du Futurisme, ce serait Giovanni Lista. Ses travaux riches, complets, érudits, exhaustifs mais tout à fait abordables par le néophyte sont une merveilleuse source d’informations tant sur le courant lui-même que sur la personnalité centrale que fut F.T. Marinetti. En guise d’introduction, je vous conseillerais deux de ses ouvrages publiés aux Editions de l’Âge d’Homme : Futurisme – Manifestes Documents Proclamations et Marinetti et le Futurisme. Ils permettent d’aborder le sujet d’une manière originale par le biais de documents d’époque. Une manière de revivre jour après jour, mois après mois le développement du Futurisme.

    Dynamisme plastique d’Umberto Boccioni préfacé par Giovanni Lista, toujours aux Editions de l’Âge d’Homme, peut être une suite intéressante. En effet, Boccioni – autre grande figure du Futurisme – y expose ses théories plastiques futuristes ; la notion de dynamisme prend alors tout son sens en peinture et sculpture.

    Sortons maintenant de la sphère francophone.

    Le Futurisme est aussi une remise en cause politique de la société. Deux travaux récents portent sur le sujet : « La nostra sfida alle stelle » Futuristi in politica d’Emilio Gentile, Editori Laterza et Il Futurismo tra cultura e politica – reazione o rivoluzione ? d’Angelo D’Orsi, Salerno Editrice.

    Malgré sa dimension profondément antiféministe et misogyne, nombreuses furent les femmes à souscrire au Futurisme. L’étude du professeur en philosophie morale Francesca Brezzi est dès lors des plus intéressantes : Quando il Futurismo è donna. Barbara dei colori, Mimesis. Une version française existe, publiée par Mimesis France.

    Revenons maintenant à un domaine plus artistique : le cinéma. Je vous renvoie au court mais très complet ouvrage d’Enzo N. Terzano : Film sperimentali futuristi, Carabba Editore. Giovanni Lista a également écrit sur le sujet : Cinéma et photographie futuristes, Skira, mais je n’ai pas encore eu l’occasion de lire ce travail.

    Deux derniers livres peuvent compléter cette introduction. L’avanguardia trasversale. Il Futurismo tra Italia e Russia de Cesare G. De Michelis, Marsilio est une mise en regard entre les futurismes italien et russe - la Russie, l’autre grand pays des avant-gardes du XXe siècle… Futurismo antineutrale de Roberto Floreani, Silvana Editoriale quant à lui est l'ouvrage atypique d'un artiste rappelant les liens entre Futurisme et Art contemporain.

    L'on ne compte plus les monographies et autres beaux livres sur le sujet. Citons par exemple l’inconfortable par ses dimensions mais si complète rétrospective parue à l’occasion du centenaire du mouvement : Futurismo 1909-2009, Skira. Intéressante également, la monographie sur Alessandro Bruschetti qui donne un aperçu des prolongements du Futurisme dans l’Aeropittura : Futurismo aeropittorico epurilumetria, Gangemi Editore. La monographie sur Mario Guido Dal Monte Dal Futurismo all’Informale, al Neoconcreto, attraverso le avanguardie del Novecento, Silvana Editoriale et la présentation de la collection futuriste de Primo Conti Capolavori del Futurismo e dintorni, Edizioni Polistampa peuvent compléter cette rapide approche.

    Finalement et peut-être plus à destination des amateurs et autres collectionneurs, trois derniers ouvrages : l'imposant (6 kg !) mais essentiel Il dizionario del Futurismo, Vallecchi en collaboration le Museo di Arte Moderna e Contemporanea di Trento e Rovereto. Et enfin, deux folies commises par Domenico Cammarota qui a décidé de recenser l’entièreté de l’œuvre de F.T. Marinetti puis celles de 500 autres auteurs italiens : Filippo Tommaso Marinetti. Bibliografia et Futurismo et Bibliografia di 500 scrittori italiani, Skira/Mart.

    Voilà qui conclut notre voyage bibliographique dans le Futurisme. Le seul but de cette chronique. Il n’y était nullement question d’y aborder quelque concept idéologique : je laisse cela à de vrais spécialistes. Comme tout mouvement, des dérives sont possibles. Gardons-nous de nous laisser entraîner sur le sujet. Préférons, peut-être par lâcheté ou plus simplement par goût des Arts, rester dans le domaine du livre.

    Rédigé par Vincent

  • Egon Schiele Vivre et mourir de Xavier Coste

    Editions Casterman - 72 pagesegon schiele.jpg

    Présentation de l'éditeur : Dans l'ombre menaçante d'une Première Guerre mondiale, Vienne étale sa splendeur artistique. Un jeune homme ardent et fébrile se jette à corps perdu dans la peinture, encouragé et soutenu par Gustav Klimt. Egon Schiele pense pouvoir vivre et peindre en toute liberté, mais il va se heurter à ceux qu'il scandalise. "Je suis à bout, je vous dis, je me sens si misérable ! J'ai passé 24 jours en prison, n'êtes-vous pas au courant ? J'ai tout souffert..."

    Depuis longtemps, les trois images présentées ci-dessous ont une place privilégiée sur mes murs ou mes fonds d'écran. Pour autant, je ne connaissais pas grand chose - pour ne pas dire rien - de l'existence d'Egon Schiele (prononcer chi-leu). C'est donc sous la plume et le pinceau de Xavier Coste que j'ai pu amorcer ma découverte biographique de cette figure de proue de l'art moderne autrichien.

    Ce portrait romancé prend le parti de ne faire aucune évocation au patrimoine artistique du peintre, fourni malgré sa disparition précoce (1890 - 1918), fauché par la grippe espagnole. Privilégiant le rapport de l'esthète dandy aux femmes, aux critiques et à ses pairs, il offre la vision d'un homme excessif, tourmenté, aussi détestable que fascinant. Bref, un artiste, avec tout ce que cette définition implique de talent, d'égo et d'émotion. Un homme qui révolte mais auquel on s'attache.

    Le graphisme élégant et sombre est un hommage sensible et percutant à ce peintre provocant qui fit scandale à son époque. Xavier Coste livre ici une première oeuvre époustouflante, augurant un talent à surveiller de près.

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  • I am sterdam

    Globe-trotter, ça ne s'improvise pas. D'aucuns pensent que l'exploration de lointaines contrées nécessite une certaine préparation, tant sur les plans matériel que psychologique. Et ils n'ont pas tort. Mais permettez-moi d'ajouter que c'est une vision quelque peu restrictive de la réalité du voyageur.

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    Car oui, disons-le haut et fort (ndlr : ne voir ici que la formulation d'une expression populaire et non un placement publicitaire de la plateforme accueillante), la découverte d'un territoire limitrophe ou quasi n'est pas non plus une sinécure et peut occasionner de bouleversantes surprises chez l'utilisateur.

    Tout ceci concerne évidemment le voyageur novice qui, aussi incroyable que cela puisse paraître à l'heure de la mondialisation et du tourisme de masse, existe irréductiblement. J'en sais quelque chose, j'en suis.

    Ainsi, quand tu voyages peu (ndlr : j'insiste, c'est possible) voire pas, tu ignores certaines règles du taillage de route.

    Par exemple, comme tu n'es pas à proprement parler une traveleuse et que de surcroît, tu n'as habituellement pas le standing (financier s'entend) de la first, tu ignores que durant le voyage, comme en avion, on va te servir un repas ET un petit goûter PLUS boissons à volonté. Du coût, tu te trimballes depuis le départ une maxi bouteille d'eau bien pleine donc bien lourde en sus de ton paquetage et tu te fourvoies inutilement (diététiquement et pécuniairement) juste avant le départ au Mc Crado de la gare du Nord.

    De même, au retour, tu arrives deux heures à l'avance à la gare parce que tu n'en peux plus de te colter ton sac et d'affronter le vent glacial et la pluie estivaux typiquement amtellodamois ; gare envahie qui ne te laisse que peu d'options pour ta posture d'attente : debout (raahh) ou assis par-terre sur du carrelage (brrr). Tu optes pour le sol sale et froid pendant une petite vingtaine de minutes, tu passes devant une salle lounge pour te rendre aux toilettes où tu dépenses les cinquante cents réglementaires pour y accéder. Tu repasses devant une salle lounge pour retrouver ton sol sale et froid et au bout de cinq minutes, tu te dis que tu vas aller demander à la salle lounge combien il faut payer pour le confort de l'attente. C'est là que le calvaire devient un rêve bleu, je n'y crois pas, c'est merveilleux. Parce qu'au moment où tu baragouines, dans un mauvais anglais de Français qui ne voyage que peu ou pas donc, pour savoir quelles sont les conditions pour accéder au salon, l'hôtesse t'annonces qu'il te suffit de posséder des billets de première, ce qui, ô miracle, est le cas. Et de te répandre dans les canapés, devant les écrans ou sur internet ou en lisant la presse, à siroter les boissons à volonté, pissant gaiement dans des gogues rutilants, en te félicitant de cette nouvelle découverte concernant le voyage grand luxe...

    Mais tout ceci ne concerne que le voyage au sens transport du terme. La découverte in situ de cet ailleurs qui n'est pas chez toi constitue également une source d'étonnements à répétition.

    Tu es donc interdite de constater que le Hollandais a inventé les toilettes qui font jamais plouf.

    Tu es déconcertée par la circulation massive de trams et de vélos aux règles suffisamment impénétrables pour te donner de multiples occasions ainsi qu'à ton acolyte, de vous sauver l'un l'autre la vie.

    Tu es passablement déroutée par ton premier petit-déj' en découvrant que dans cette contrée, les croissants ont un goût de bretzel.

    Tu es interloquée par la difficulté à s'habituer aux sonorités d'une autre langue :

    Où va-t-on maintenant ?

    Rue leader price. (leidsestraat, donc)

    Enfin, tu es estomaquée par le nombre de fois où tu passes pour un guignol. Comme cette fois où, dans un restaurant, tu tentes d'expliquer que tu ne comprends pas la carte en langue locale et pour ce faire, tu commences par dire que "i am french..." et de te voir répondre du tac-au-tac "congratulation".

    Mais définitivement, le plus déroutant quand tu quittes ton "chez toi", c'est bien d'y remettre les pieds. En particulier à Paris, en d'autres termes Gogoland, par exemple à l'hôtel La croix de Malte que tu payes la peau des fesses, qui est minuscule, sale et dont la fenêtre donne sur un parking deux roues.

    Ndlr : sinon, Amsterdam, c'est génial, c'est beau, c'est paisible, bref, ça vaut grave le détour.

  • Métamorphose en bord de ciel de Mathias Malzieu

    métamorphose en bord de ciel.jpgEditions Flammarion - 157 pages

    Présentation de l'éditeur : Tom Cloudman est sans conteste le plus mauvais cascadeur du monde. Ses performances de voltige involontairement comiques le propulsent au sommet de la gloire. Jusqu'à ce qu'un médecin qui le soigne pour une énième fracture décèle chez lui une maladie incurable. Commence alors pour Tom un long séjour hospitalier pour tenter de venir à bout de ce qu'il appelle " la Betterave ". Lors d'une de ses déambulations nocturnes dans les couloirs de l'hôpital, cet homme qui a toujours rêvé de voler rencontre une étrange créature, mi-femme mi-oiseau, qui lui propose le pacte suivant : "Je peux vous transformer en oiseau, ce qui vous sauverait, ruais cela ne sera pas sans conséquences. Pour déclencher votre métamorphose vous devrez faire l'amour avec moi. De cette union naîtra peut-être un enfant. Un risque à accepter." Dans la tradition de ses contes pour grands enfants, Mathias Malzieu nous raconte l'histoire merveilleuse d'un homme qui veut tuer la mort et tutoyer les cieux. Ce faisant il nous livre une réflexion rare sur le pouvoir de la vie, et de l'amour.

    Après ma découverte concluante de Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi, il n'a pas fallu que la représentante des éditions Flammarion insiste beaucoup pour me convaincre de choisir de recevoir ce titre en service de presse pour le lire et bien sûr le recommander. Bien entendu, j'aurais préféré recevoir l'édition de luxe illustrée par des peintres et plasticiens émérites et donnant lieu à une exposition jusqu'au 1er mai à la Galerie l'art de rien (M° Abesses ou Anvers - Paris 18 - 01 42 52 75 84), mais bon, on ne peut pas tout avoir.

    Mathias Malzieu confirme donc avec ce nouvel ouvrage, si besoin était, son incomparable talent pour conter le merveilleux, le fantastique, l'onirique, le poétique, bien que le tragique. Il sait incontestablement mettre de la lumière dans le sombre. Mystérieux, envoûtant.