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rentrée littéraire - Page 8

  • Rentrée littéraire : Pigeon, vole de Melinda Nadj Abonji

    A paraître le 23 août 2012pigeon, vole.jpg

    Editions Métailié - 238 pages

    Présentation de l'éditeur : Née en 1968 en Voïvodine (alors yougoslave, aujourd'hui en Serbie), Melinda Nadj Abonji a d'abord été élevée en hongrois par sa grand-mère. Elle a rejoint à six ans ses parents à Küsnacht, en Suisse. Deux patries, deux langues, deux libertés. C'est sur cette expérience que repose Pigeon, vole. La narratrice Ildikó Kocsis y raconte alternativement des histoires d'émigration et des anecdotes de Voïvodine. La famille Kocsis a trouvé son bonheur en Suisse. En 1993, elle ouvre son propre restaurant au village. Mais pour en arriver là, il aura fallu aux parents, Rosza et Miklós, de la force, de la patience et de l'humilité. Les deux filles, Nomi et Ildikó, donnent un coup de main mais aspirent à conquérir leur liberté. Elles ne veulent plus se laisser humilier et insulter parce que étrangères. Sur un ton vivace, coloré et plein d'esprit, Melinda Nadj Abonji raconte ces deux aspects d'une émigration et d'une intégration réussies. L'auteur démontre une grande virtuosité stylistique, capable de construire une forme musicale et un style extrêmement souple tout en conservant la limpidité de sa narration. Elle maîtrise ses différentes langues et en utilise musique et images pour élaborer ainsi une structure rythmique subtile, et pourtant facile à lire, elle nous conduit entre humour et tendresse à la fois à la recherche du secret du grand-père et à la poursuite des aspirations des deux soeurs. Le lecteur est aussi fasciné par la vitalité et la modernité de ces jeunes femmes que par le rythme de l’écriture.

    Abandon en page 78. Ce récit, en lice parmi les trente romans initialement sélectionnés pour le Prix Fnac, ne m'a pas convaincue. Les souvenirs d'enfance de l'auteur n'ont à mes yeux que peu de saveur et le style, des phrases interminables et confuses du fait d'un entremêlement des dialogues, des réflexions de la narratrice et des descriptions, a eu raison de ma volonté. L'éclairage sur la guerre en Yougoslavie et sur l'intégration réussie dans un pays - la Suisse - connu pour sa politique migratoire plutôt fermée étaient pourtant des matières riches à exploiter.

    Ma bonne foi m'oblige toutefois à souligner que ce livre à certainement plus que souffert de passer entre mes mains directement après Trois fois le loyer, l'extraordinaire pépite signée Julien Capron de cette rentrée littéraire.

  • Rentrée littéraire : Trois fois le loyer de Julien Capron

    trois fois le loyer.jpgA paraître le 22 août 2012

    Editions Flammarion - 381 pages

    Présentation de l'éditeur : Il s’agit d’une quête. Peut-être pas la plus arthurienne des quêtes, mais pas forcément la moins épique : trouver, de nos jours, un logement à Paris. Et les moyens de se l’offrir. C’est l’histoire d’un couple qui a commis une erreur : croire qu’il faut faire ce qu’on aime dans la vie. Cyril est photographe de presse, Pauline cuisinière free-lance. Ils naviguent entre Montmartre et les jolis cafés des bords de l’Ourcq. En clair, ce sont des bobos. Mais des bobos sans complexe de supériorité et qui défendent courageusement leurs rêves. Célibataires, ils se débrouillaient avec des miettes de revenus. Ils se sont rencontrés, ils sont tombés amoureux, ils ont décidé de s’installer ensemble. Le deux-pièces où ils devaient emménager leur échappe. Ils n’ont que quelques jours pour trouver un toit. Les agents immobiliers les éconduisent à une cadence de métronome. Bientôt, c’est la plongée dans l’envers de Paris, celui des trafics et des misères. Pauline et Cyril n’ont plus qu’un moyen de s’en sortir : le poker. Il va falloir apprendre à jouer. Il va falloir faire équipe au-delà des bonnes intentions et des jolis sentiments.

    Je ne vais pas y aller pas quatre chemins : Trois fois le loyer est pour moi LE livre de la rentrée littéraire, comme La couleur des sentiments de Kathryn Stockett en son temps - quoique dans un genre tout autre. Mon seul regret est de ne plus pouvoir exercer mon métier de libraire et ainsi booster les ventes de ce page turner magnifique.

    La plume de Julien Capron est somptueuse, raffinée, élégante, racée et fait honneur à la langue française. Mais plus qu'un style incroyable, c'est un talent de narrateur qui s'est révélé à moi. J'ai été très rapidement prise aux tripes, à tel point que j'ai passé une nuit blanche tant il me semblait inimaginable de lâcher ma lecture en cours de route. C'était viscéral, je ne pouvais pas ne pas savoir au plus vite comment tout cela allait finir.

    L'ancienne Parisienne que je suis a adoré se replonger - fort heureusement sur le papier seulement - dans le casse-tête immobilier de la city of lights. Mais plus que tout, j'ai été subjuguée par le réalisme de l'univers du poker. L'auteur parvient magistralement à faire ressentir la tension de ce véritable sport et a même éveillé l'âme insoupçonnée de joueuse qui sommeillait en moi. En cela, ce livre peut se révéler assez dangereux et mériterait la mise en garde "interdit aux flambeurs, peut gravement nuire à la santé psychologique et financière". Bref, que l'on soit joueur ou que l'on ne le soit pas, l'on est immanquablement pris au jeu de l'écriture de Julien Capron qui malmène les nerfs de rebondissements inattendus en ressorts insupportables. Tout simplement incontournable.

    Ma seule petite critique porterait sur la légère caricature des présupposés penchants vénaux féminins. M'enfin...

    A noter en page 159 une référence à l'auteur Gore Vidal, disparu le 31 juillet dernier.

    Extraits :

    L'histoire classique du type plus timide, caché derrière son appareil photo, qui sait être drôle, qui a l'air d'être gentil, qui écoute avant de draguer. Et ça lui suffit à éclipser les autres.

    ...

    Pendant deux jours, ils ont vécu à moitié, l'autre moitié étant dévorée par l'attente du verdict. Sauf quand leurs regards, sauf quand leurs bouches, sauf quand leurs frissons, les foudres dans leurs corps ont ouvert un présent où être tout entier.

    (...) Sans se le dire, ils avaient eu tous les deux peur que le désir de l'autre se soit endormi. Ils ont retrouvé la complicité de se tirer les cheveux, de s'offrir l'inavouable du plaisir, de plonger ensemble là où le bien ne sait plus.

    Au bout de six mois ensemble, ce n'est plus une conversation continue et ce n'est pas encore un rituel domestique où le principe et la sollicitude entrent pour une bonne part. Ils découvrent un nouveau temps, ils entrent dans la fidélité. Si Cyril devait définir le mot, il dirait que ça consite à s'échanger, la plupart du temps, des égards de petits vieux, puis, soudain, de rougir et jouir, dans un pincement intact, des mêmes cochonneries.

    ...

    - Et en plus, tu vas jouer bourré...

    Jérémie est venu le vanner, mais avec bonne humeur. Il semble considérer que, puisque Cyril a commis l'irréparable, autant passer un bon moment entre potes.

    ...

    Qu'est-ce qu'on attend de l'autre, sinon d'être un reflet flatteur de soi, au moins physiquement, au mieux socialement ? Qu'est-ce qu'ils ont vécu comme éducation sentimentalen sinon un jeu de massacre, une jolie petite sélection au bon reproducteur, à la correcte reproductrice ? Qu'est-ce qu'ils ont appris, eux qui ont trente ans aujourd'hui et sont célibataires, sinon qu'ils ne sont pas assez ci, pas assez ça ? Comme le phénomène est général, on finit par trouver aussi humilié, aussi découragé, aussi petit que soi. Alors c'est le couple. Un reflet comme un autre. Une propagande vite usée qui veut qu'on fasse le bien qu'on attend, qu'on épargne le mal qu'on redoute. Quelques mots pour drogue : tendresse, fidélité. Mais ça n'éteint pas le moi. Après avoir repris des forces, on se lasse. On oublie qu'on a souffert, et toutes les leçons de la souffrance. On a besoin d'autres défis pour se sentir vivant. Bien obligé, qu'est-ce qu'on a d'autre comme horizon ?

    ...

    - Et donc, sinon, le poker ?

    - J'y viens. Il y a donc le hasard, et dans ce hasard, il faut bien vivre, il faut agir, sans être sûr d'avoir raison. Il faut parier. En termes pokéristiques, il faut miser. Sans savoir la main qu'ont les autres, sans savoir quelles cartes vont tomber au tableau. Le poker comporte exactement le même dosage que la vie entre le hasard et la volonté, l'intelligence et le prends-ça-dans-la-gueule, la liberté et le un-point-c'est-tout. Les gens jouent parce qu'ils comprennent que le poker, c'est comme leur vie. A la différence que, pour une fois, ils pensent que ça peut leur rapporter de l'argent.

    ...

    - Je t'explique. Il y a tant de millions de chômeurs en France. Pour la gauche c'est le signe de l'égoïsme des patrons qui préfèrent faire de la marge avec des esclaves en Chine plutôt que de payer des mecs ici à hauteur de vie, pour la droite c'est à cause de tous ces fainéants qui préfèrent voler les allocs plutôt que de faire caissière, pour l'extrême droite c'est à cause de tous ces salopards d'ailleurs qui prennent nos postes de chercheurs en physique nucléaire, pour l'extrême gauche c'est cool, ça va bientôt être la révolution. Même réalité, différentes analyses, surtout différentes perceptions des signes. Qui a la vérité dans tout ça ?

    - Je sais pas... Bernard-Henri Lévy ?

    - Pauline, la réponse à "Qui a la vérité ?" est simple. C'est : on s'en fout. En tout cas, c'est pas l'essentiel. L'essentiel, c'est que, en fonction de ce qu'elle voit, chaque vision de monde va agir différemment. Elle va créer l'assurance chômage, ou elle va lancer la brigade anti-glande. Au poker, c'est pareil. L'essentiel c'est que tu comprennes comment l'autre analyse les choses, ce qu'il voit et ce qu'il ne voit pas, sa façon à lui d'interpréter

    ...

    Parfois, aimer quelqu'un, ça consiste à ne pas relever ses injustices.

    ...

    A quoi bon faire des études, qui mèneront à des emplois moins bien rémunérés et pas moins précaires que le jeu ?

    ...

    Pour les Américains : "Le poker est l'activité la plus violente qu'on puisse pratiquer assis."

  • Rentrée littéraire : Moi, Jean Gabin de Goliarda Sapienza

    moi, jean gabin.jpgA paraître le 30 août 2012

    Editions Attila - 175 pages

    Présentation de l'éditeur : La ville de Catane, en Sicile, au début des années 30. Le fascisme se déploie sur l’île, quand une enfant ressort exaltée d’une salle de cinéma de quartier. Elle a la démarche chaloupée, une cigarette imaginaire au bec et l’oeil terrible. Elle vient de voir le film Pépé le Moko et, emportée par cette incarnation du désir et de l’insoumission, elle n’a désormais plus qu’une idée en tête : être Jean Gabin. Écrit par l’auteur de L’Art de la joie dans les dernières années de sa vie, à un moment où son oeuvre demeurait méconnue, Moi, Jean Gabin est un étrange roman autobiographique, l’histoire magnifiée d’une enfance dans la Sicile de l’entre-deux-guerres. Pouvant être lu comme un testament philosophique, ce livre des origines se révèle être un des plus beaux textes de Goliarda Sapienza, un éloge à la liberté et aux rêves qui ont précocement nourri sa vie.

    Ce texte est l'autobiographie romancée d'une auteur qui nous livre un morceau magnifié de son enfance atypique, celui d'une petite fille fantasque dans une époque italienne trouble. Les réflexions de cette enfant aussi lucide que naïve sont croustillantes, bourrées de poésie, tendres, touchantes et parfois désopilantes.

    Le sentiment à la lecture de cette fantaisie réaliste est assez ambivalent puisqu'on ne peut s'empêcher de rêver d'être intégré à la fratrie Sapienza, tout en gardant à l'esprit la vraie biographie de Gordiala dont les séquelles psychologiques dévastèrent l'existence. Si l'intelligence du petit garçon manqué sont fascinantes de maturité - d'endoctrinement ? -, elles sont parfois douloureuses tant on ressent la dualité de ses émotions : le désir de penser comme une adulte, d'appliquer à la lettre les principes de son éducation prônant la liberté et l'envie de se laisser aller parfois à n'être qu'une enfant spontanée.

    Sous couvert d'une plume légère, aérienne, romanesque, l'on ne peut manquer de ressentir le poids d'une éducation engagée, parfois trop lourde pour les épaules frêles d'une bambina.

    Quoiqu'il en soit, ce texte est magnifique, riche et bouleversant. Un vrai petit rayon de soleil.

    Extraits :

    En fermant les yeux, je repassais une à une toutes les scènes devant l'écran de la mémoire, très puissante chez moi comme du reste chez tous ceux qui gagnent leur pain et leur liberté au jour le jour. Pour être bandit, voleur, ou simplement rebelle, il faut avoir par-dessus tout de la mémoire, autrement on est foutu !

    ...

    - Pourquoi te tais-tu, ma chérie ? Peut-être penses-tu que j'ai tort ? S'il en est ainsi, dis-le : tu ne dois te soumettre à personne et moins que quiconque à ton père ou à moi. Si quelque chose ne te convainc pas, rebelle-toi toujours. (...)

    ...

    "Bas instinct féminin", comme disait Ivanoe, ajoutant : "entendons-nous bien, non pas par nature mais développée à travers les siècles pour entortiller l'homme son maître qui l'a toujours tenue en prison..." (...).

    ...

    Les femmes ! Qui pouvait comprendre quoi que ce soit aux femmes.

    ...

    La seule à admettre que l'amour était une chose digne d'être prise en considération était ma mère, mais elle en faisait quelque chose de tellement compliqué : ce devait être un amour libre de conventions, de chantages psychologiques ou financiers, et caetera. Bref, elle en faisait quelque chose de tellement officiel qu'il valait mieux détourner la conversation sur la Grèce antique, la politique ou la philosophie, qu'au moins, même si c'était difficile, en s'appliquant, on arrivait à comprendre...

    ...

    "... Tu dois savoir que la vraie beauté chez les femmes se cache, ne se montre pas tout de suite. La vraie beauté a comme une pudeur innée, une défense dont la nature entoure ce qu'elle estime précieux et digne seulement de qui saura l'apprécier."

    ...

    Se tenir toujours accroché au rêve, et défier jusqu'à la mort pour ne jamais le perdre.

    ...

    C'est étrange, l'impossibilité de communiquer une joie est plus douloureuse que celle de ne pouvoir communiquer une souffrance. Ce doit être parce qu'on a tant à faire pour faire passer la souffrance que dans l'effort de s'en débarrasser on oublie les autres. Mais une joie ? Une joie est quelque chose qui réclame tout de suite, de toute urgence, d'être reconnue par les autres, partagée. C'est pour cela peut-être que les poètes s'attachent si rigoureusement (les pauvres) à parler toujours de malheurs ?

    ...

    La grande liberté de soi-même et de ses propres pensées n'est-elle pas quelque chose de plus douloureux qu'on ne saurait le dire ?

    ...

    La regarder donnait l'illusion qu'une grande paix était descendue sur terre. Illusion de courte durée, certes, mais qu'est-ce que la vie sinon une illusion de courte durée ? une gorgée d'eau fraîche, une caresse brève et infinie qui emporte tout de sa douceur enivrante ?

    ...

    "La vie est combat, rébellion et expérimentation, voilà ce dont tu dois t'enthousiasmer jour après jour et heure après heure. Regarde-moi, je suis mort si souvent en combattant, et pourtant je suis ici avec toi tranquille à me souvenir et me réjouir de mes luttes, prêt à renaître et à recommencer.

    Recommencer - murmure Jean en souriant de haut du grand écran - voilà le secret, rien ne meurt, tout finit et tout recommence, seul l'esprit de la lutte est immortel, de lui seul jaillit ce que communément nous appelons Vie."

  • Rentrée littéraire : Les Affreux de Chloé Schmitt

    A paraître le 22 août 2012les affreux.jpg

    Editions Albin Michel - 189 pages

    Présentation de l'éditeur : « Grandir et crever. Même avec plein de choses au milieu, c est pas une vie. » D'un jour à l'autre, un homme perd l'usage de son corps. Pas tout à fait mort, plus réellement vivant, il assiste, impuissant, au spectacle d'un monde sur lequel il n'a plus prise. Lâche, cruel, vulgaire. Le monde tel qu'il est ou tel qu'il le voit ? Dans un souffle furieux, porté par une langue heurtée et sans cesse réinventée, ce roman raconte la déchéance d'un homme et, au-delà, l'impossible communication dans une société qui court à sa perte. À seulement vingt et un ans, Chloé Schmitt fait preuve d'une grande maîtrise et révèle, à travers ce texte sombre et corrosif, une impressionnante puissance d'écriture.

    Après trois énormes coups de coeur (La Vallée des masques de Tarun Tejpal chez Albin Michel, Ciseaux de Stéphane Michaka chez Fayard, Le jeu des ombres de Louise Erdrich une fois encore chez Albin Michel) et une très agréable découverte (La vie de Régis de Sá Moreira chez Au Diable Vauvert), il devenait de plus en plus improbable d'enchaîner d'aussi heureux hasards pour cette rentrée littéraire. C'est donc avec Les Affreux de Chloé Schmitt que je connais ma première déception dans les quelque 650 romans à venir.

    Entendons-nous bien, ce livre est relativement bien écrit - encore que je ne sois pas vraiment fan du style. Mais ma situation personnelle d'un point de vue médical m'a rendu la lecture pénible du fait d'une certaine identification au sort du personnage principal. Pour parachever le triste sujet, le narrateur, prisonnier de son corps, est entouré de personnes plus malveillantes les unes que les autres. C'est donc une histoire sinistre teintée de sordide que nous propose l'auteur. Or le noir et le désespéré ne sont vraiment pas ma tasse de thé du moment même si donner la parole à ceux qui ne l'ont plus et se faire l'expression de leurs souffrances, de l'atrocité de la dépendance est tout à fait louable.

    Soulignons toutefois que ce texte est le premier d'une toute jeune écrivain de 21 ans. L'on peut saluer la maturité de la plume de cette étudiante et regretter à la fois une telle gravité, un tel désenchantement là on l'on pourrait souhaiter un peu de fraîcheur dans une littérature française déjà bien sombre.

    Bref, je n'ai pas accroché mais ce n'est pas un four pour autant ; un simple manque d'affinités totalement subjectif tout au plus.

    Extraits :

    J'en ai entendu des choses. On ne fait que ça, entendre, quand on est allongé sur un lit d'hosto. Les gens parlent, parlent beaucoup même. Et moi qui disais que c'est finalement ça une personne, une bouche qui finira par se fermer. La mienne n'était plus que bave, presque crevé. Pas encore assez pour plus les entendre...

    ...

    Les toubibs se sont vite tus, j'étais sauvé qu'ils disaient. Ils avaient épuisé les pronostics, prévoyaient déjà le prochain week-end. J'étais vivant, ç a faisait leur affaires. La mienne, c'était moins certain.

    ...

    La lèvre qui remonte, à gauche. La fourchette qui touille nerveuse attendant le froid. Elle se lève, le cul en arrière. La chaise qui racle le sol, elle qui racle sa gorge. Toujours deux mouchoirs, l'un sur l'autre, et l'éternuement aigu. Un air si prévenant que la gentillesse à venir fatigue d'avance. Les cheveux en plein visage qu'elle recoiffe, trois fois de suite. Le même parfum usé sous les rhumes des hivers. Les rougeurs derrière le fond de teint. Son genou boiteux qu'elle traîne et sa pantoufle chuintant contre le carrelage.

    Je dégueulais toutes ses manies. L'amour qui goutte jusqu'à dégoûter.

    ...

    Les gens sont toujours au bord des révélations mais, au final, ils veulent rien lâcher, font plein de manières. Et parfois ils y tiennent plus, ça suinte tout seul. Faut saisir l'occasion, recueillir les bribes, reconstituer.

    ...

    La solitude vous tue les exigences.

    ...

    Faut avoir l'esprit collectif dans la mort, agoniser au fond de la tranchée, pourrir en ordre comme tous les autres cadavres, encore au garde-à-vous. Un AVC, petit à petit, c'est mal vu, ça voile de honte la famille. Qu'il ose pas sauter... Qu'il se raccroche... Des siècles de lâcheté familiale remontent en mémoire et on les plaque dans le bout de vie qui vous reste encore !... C'est comme naître, crever, d'un coup ça fascine, mais dès que ça se perd dans le douleur, le temps, c'est plus que du mou bien dégueulasse !... Même un clebs y fourrerait pas sa truffe !...

    (...) Avec l'AVC qui me tordait la gueule, j'étais plus présentable. Si seulement la tête était partie avec ! Le pire c'est pas ce qui s'est barré, c'est de vivre avec le reste !...

    ...

    L'imagination c'est le grand mystère où naissent et meurent les amours.

  • Rentrée littéraire : La Vie de Régis de Sá Moreira

    la vie.jpgA paraître le 22 août 2012

    Editions Au Diable Vauvert - 120 pages

    Présentation de l'éditeur : "Je suis sortie sur le parking, il faisait froid, c'était agréable, un homme m'a demandé mon numéro de téléphone, je ne sais pas ce qui m'a pris, je lui ai tout de suite donné..." "C'était la première fois que j'osais aborder une inconnue et il a fallu que ce soit la bonne. Nous nous sommes mariés deux mois après. Tout ce travail sur ma timidité pour un seul numéro, j'aurais bien voulu en profiter un peu plus, au moins tenter ma chance avec la fille de l'agence de voyages..." "Il passait devant l'agence tous les jours, presque toujours à la même heure. Je ne le connaissais pas mais quand il a cessé de passer, je me suis inquiétée. Qu'est-ce que ça veut dire connaître les gens ? Je ne suis même pas sûre de connaître l'homme avec lequel je vis..." "Encore heureux. Je suis sûr que si elle me connaissait elle partirait en courant. D'autres l'ont fait avant elle...". Des personnages se succèdent et se croisent, auxquels on s'attache le temps de quelques lignes, d'une pensée, d'un fragment d'histoire, par une fenêtre ou un rideau, un souvenir, un quai de métro, un souffle, tout ce qui constitue le fil du hasard. L'étudiante, le jardinier, la star, l'astronaute, l'enfant, le boulanger, le prof d'histoire, et même ici Dieu et la Mort... ont un point commun : cette vie continue, qui coule, circule et relie. Pris de vivacité et de fraîcheur, on entre surpris, promené comme à la marelle par un texte profond et tendrement drôle. Vite on en savoure chaque paragraphe, on le relit, on reconnaît les personnages, on se demande où cela va nous mener. Peu à peu, on devient l'autre, tous les autres, le texte déborde notre vie. On se surprend à regarder autour de soi, à observer son voisin. La vie est un miraculeux hommage à la communion muette des âmes, à notre humanité.

    Un grand merci à Babelio et aux éditions Au Diable Vauvert pour m'avoir permis de découvrir en avant-première le nouveau livre de Régis de Sá Moreira.

    De cet auteur, j'avais lu Le Libraire. Déjà, j'avais qualifié l'ouvrage de véritable OLNI : objet littéraire non-identifié. Dans sa nouvelle parution, l'écrivain aux racines brésiliennes se démarque une fois encore par une écriture atypique, surprenante, inattendue.

    Difficile de définir ce texte : s'agit-il d'un roman, de micro-nouvelles interdépendantes ? Quelle que soit l'étiquette qu'on lui accole, il est incomparable. Le concept ? Des paragraphes, des séquences de vies qui s'enchaînent. L'idée ? Nous sommes tous liés d'une façon ou d'une autre.

    J'ai été particulièrement fascinée par les émotions créées au fil de ma lecture. Certains aperçus d'existences m'ont laissée totalement indifférente, d'autres m'ont émue par leur justesse et quelques-unes m'ont frustrée tant j'aurais souhaité en savoir plus. Ce sont ces dernières qui feront je crois naître une âme d'écrivain en chaque lecteur qui ne pourra s'empêcher de continuer lui-même cette suite qui lui est refusée.

    Mon conseil est de picorer cet hommage à la vie car si l'originalité délicieuse de l'écriture est incontestable, la lassitude peut être au rendez-vous d'une lecture à haute dose.

    Extraits :

    Je l'ai su dès que je l'ai vue qu'elle ne tiendrait pas le rythme. Nous sommes des lectrices professionnelles, pas des ménagères romantiques. Même les auteurs ont peur de nos invitations, ils préfèrent se cacher chez eux et envoyer leurs romans à ces connes de bloggeuses...

    ...

    Je l'aime. Il fallait bien que quelqu'un l'aime et c'est tombé sur moi. Je n'ai pas choisi, c'est la vie qui me l'a mis dans les bras, je n'ai pas choisi mais disons que j'ai accepté. Je ne peux pas m'empêcher de penser qu'il vaut mieux aimer un gros con que ne pas aimer un type génial. C'est l'amour qui compte, pas les petites personnalités, sinon il y a longtemps que tout le monde se détesteraient. Ou resterait tout le temps seul comme notre voisine d'en face...

    Ce que je préfère dans la solitude c'est que personne ne sait ni même ne s'intéresse à ce que je fais. Là par exemple, il est presque 2 heures du matin, je peux me lever, faire semblant que c'est la matin, m'habiller comme un sac, prendre un taxi pour aller à la gare boire un café et revenir me coucher, personne ne le saura jamais ! Même sur mon lit de mort, je serai la seule à savoir que j'aurai fait ça une nuit...

    Faux, je rentre chaque soir par le dernier train et je suis sûr que je l'aurais remarquée, assise au café de la gare. Je remarque toujours les belles femmes qui s'habillent mal, je trouve que le contraste rehausse leur beauté, surtout si en plus elles ont les cheveux sales. Je me souviens quand j'ai rencontré ma femme, on aurait dit une bête sauvage...

    ...

    Si je me rase j'ai l'air trop jeune et les gens me demandent où est l'obstétricien. Je me pose moi-même la question et je me mets à douter de moi, c'est fou ce sentiment d'imposture qui persiste au coeur même de mon activité, je n'ai jamais pu m'en séparer. Je me console en me disant que ça doit arriver à tout le monde, même au Président de la République...