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premier roman - Page 4

  • Les arbres voyagent la nuit d'Aude Le Corff

    les arbres voyagent la nuit.jpgÉditions Stock - 293 pages

    Présentation de l'éditeur : Un professeur de français à la retraite est intrigué par une fillette qui habite son immeuble. Chaque soir, après l’école, Manon se réfugie dans le jardin. Assise sous le bouleau, elle parle aux chats et aux fourmis, quand elle n’est pas plongée dans un livre. Depuis quelques mois, sa mère semble avoir disparu. Brisant la routine et sa solitude, Anatole finit par l’approcher. C’est autour de la lecture du Petit Prince qu’ils échangent leurs premières confidences. En côtoyant Manon, le vieil homme va rencontrer d’autres voisins : Sophie, une femme singulière qui le met mal à l’aise, et Pierre, le père de la fillette. C’est tous ensemble qu’ils entreprendront un voyage inattendu jusqu’au Maroc.

    Ma note :

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    Broché : 19 euros

    Ebook : 13,99 euros

    Un immense merci à l'auteur pour m'avoir généreusement proposé de découvrir son roman en avant-première, pour son adorable dédicace et aux Éditions Stock pour avoir mis le livre à ma disposition.

    Je ne cesserai jamais de le répéter, j'ai un sérieux faible pour les premiers romans. Ils ont comme un supplément d'âme qui donne à sentir que l'auteur, si ce n'est débutant du moins primo-édité, met ses tripes dans son verbe, trempe sa plume dans son sang. C'est donc avec une gourmandise et une tendresse non dissimulées que je me lance dans les oeuvres premières en général et que je suis partie à l'assaut de celui d'Aude Le Corff en particulier, qui fait ses armes aux éditions Stock, excusez du peu.

    Loin d'être freinée dans mon élan enthousiaste a priori, j'ai découvert un livre magnifique dépassant largement mes attentes. Comme promis en jaquette - rédigée à la perfection par l'auteur elle-même si je ne m'abuse -, l'on y trouve de nombreux personnages, un sacré mélange générationnel, un drame, des blessures diverses. Et puis de jolies choses... Tout ce beau monde est réuni pour un périple le conduisant, ainsi que le lecteur, de la France au Maroc en passant par l'Espagne.

    En bon road trip qui se respecte, le voyage est, pour chacun des protagonistes, moins géographique que spirituel. Véritable quête identitaire où l'on se trouve soi-même en cherchant l'autre, ce bout de chemin partagé tout en émotions est étonnant dans son rythme. Si dans un premier temps, la vie semble figée, le vol suspendu du temps laisse rapidement place à l'urgence de l'expédition. Pourtant, la douceur de l'écriture est constante mais la cadence de lecture quant à elle est effrénée dès les premiers paragraphes tant ils vous happent dans ce morceau de présent que l'on fait sien pour un moment et dont on veut à tout prix connaître le dénouement.

    Aude Le Corff parvient avec brio et surtout authenticité à se glisser dans la peau d'une enfant, d'adultes de tous sexes, d'un vieil homme. Une aisance qui laisse deviner une personne sensible, fine observatrice, attentive aux gens. Et de nous embarquer dans son histoire au style infiniment poétique parsemé de déclarations d'amour à la littérature laissant entrevoir aussi l'amoureuse des lettres.

    Si j'aime à rêver par le prisme de grandes destinées, j'ai une affection particulière pour les héros ordinaires qui se cognent à la vie, auxquels on s'identifie plus profondément tant ils nous ressemblent dans leurs bonheurs et leurs épreuves, réalités simples et complexes de la vie, la vraie. L'on ne peut que s'attacher à Manon, Anatole, Sophie, Pierre, Anaïs et leur souhaiter le meilleur. Mais la vie étant rarement un conte de fée, comment finira cette fable du réel ? Il faut le lire pour le découvrir !

    Après cette première oeuvre plus que réussie soutenue par les prestigieuses éditions Stock, il y a fort à parier que le nom d'Aude Le Corff saura s'inscrire dans le temps et sur d'autres couvertures. C'est tout ce que je lui souhaite, en plus du voeu que Les arbres voyagent la nuit se vende et se lise, car ce livre de toute beauté le mérite sincèrement.

    Si besoin était d'en rajouter pour achever de vous convaincre de lire cette petite pépite, je dirais que la présentation du livre, dans sa dimension du lien fort entre le vieil Anatole et la petite Manon, m'avait instantément remis en mémoire L'élégance du hérisson. Si la ressemblance entre ces deux histoires s'arrête là, elles ont un second point commun mais non des moindres : l'intelligence et la beauté de la narration. Alors si vous avez aimé l'un, précipitez-vous sur l'autre !

    Ils en parlent aussi : Delphine.

    Vous aimerez sûrement :

    L'élégance du hérisson de Muriel Barbery

    Et rester vivant de Jean-Philippe Blondel

    La silencieuse d'Ariane Schréder

    Petit art de la fuite d'Enrico Remmert

    La nuit ne dure pas d'Olivier Martinelli

    Un été de trop d'Isabelle Aeschlimann

    Dieu est un pote à moi de Cyril Massarotto

    Ce parfait ciel bleu de Xavier de Moulins

    L'amour sans le faire de Serge Joncour

    Extraits :

    Quelles perspectives lui offre-t-on en prolongeant cette agonie ? Supporter une existence devenue morne et pesante, sans but ni projet ? Contempler avec impuissance ses forces s'envoler une à une ? Consulter sans relâche kinés et médecins pour atténuer quelques secondes la douleur qui le mine, mais aussi pour sentir encore le contact de mains mêmes inconnues sur un corps qui n'attire plus personne ? Subir l'humiliation des sphincters qui lâchent, des premiers incidents en public, en baissant les yeux devant les passants amusés qui n'ont pas conscience que, bientôt, leur tour viendra ?

    ...

    Pourquoi le temps s'écoule-t-il à sens unique ? L'homme ne peut aller que dans une seule direction, de la jeunesse vers la vieillesse, de la naissance vers la mort, de la fraîcheur vers la décrépitude, de l'aube vers le crépuscule. Les cerisiers dépérissent en automne et refleurissent au printemps, dans un éternel recommencement que nous ne connaîtrons pas.

    ...

    Quand Anaïs lisait, elle n'entendait plus rien, son environnement s'effaçait, son esprit s'envolait.

    ...

    - Comment on sait qu'on est dans un rêve ou qu'on ne l'est pas ?

    Il sourit :

    - Très bonne question.

    - Il suffit de se pincer, et si on dort, on se sent tomber dans un précipice et on se réveille, non ?

    - Oui, mais qu'est-ce qui te dit que tu ne te réveilles pas dans ton rêve, et que ton rêve n'est pas la réalité ?

    ...

    La réalité prend parfois des allures surprenantes, surtout quand on traverse des épreuves pénibles.

    ...

    On perd l'habitude d'exprimer ses sentiments avec les années. Or, sans manifestation de tendresse, que reste-t-il à l'autre ? Un affreux sentiment de vide et de solitude ; l'impression de ne plus exister.

    ...

    - Le plus dur quand on est catalogué atypique, c'est-à-dire potentiellement dangereux, c'est que certain ne font même pas l'effort de nous connaître et d'aller au-delà de l'apparence. On est noir, transexuel, handicapé, dont jugé à travers un prisme qui nous déforme. On suscite peur et méfiance, il vaut mieux nous éviter.

  • Un été de trop d'Isabelle Aeschlimann

    Éditions Plaisir de lire - 375 pagesUnEteDeTrop.png

    Présentation de l'éditeur : Markus, quarante ans, marié, trois enfants, heureux en ménage, laisse momentanément sa famille derrière lui pour réaliser un projet professionnel à Berlin. Emilie, vingt-cinq ans, quitte son compagnon après une relation de quatre ans et, en pleine remise en questions, part effectuer un stage dans la capitale allemande. Entre les réminiscences d'un passé commun qu'ils croyaient définitivement enterré, et la tentation piquante de la découverte, ils se laissent tous deux emporter dans l'univers trépidant de la grande ville. Mais la liberté à un prix, et bientôt viendra le moment de faire un choix... L'énergie de Berlin, ville dynamique où tout paraît possible, rythme ce récit mêlant séductions, passions et cas de conscience. Un premier roman réussi qui remet au goût du jour les jeux de l’amour et du hasard, qui ne laissera personne indifférent.

    Ma note :

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     Broché : 17,50 euros / 23 CHF

    Prix de lancement jusqu'au 31/12/2012 : 15 euros / 17,50 CHF

    Un immense merci à l'auteur pour m'avoir généreusement proposé de découvrir son roman, pour son adorable dédicace et aux Éditions Plaisir de lire pour avoir mis le livre à ma disposition.

    Tous les livres. Je les aime tous. Mais j'ai une inclination particulière pour les premiers écrits. Ils ont certes les imperfections et maladresses des débutants mais ils ont surtout la puissance de la fraîcheur, de l'authenticité, du naturel, de la spontanéité de la première fois. Une fragilité émouvante qui, quand le style et la fertilité de l'imagination sont au rendez-vous, est une merveilleuse promesse d'avenir. Et qu'il est plaisant d'observer l'évolution, de regarder cette fragilité se transformer en assurance et la plume s'affirmer au fil des parutions !

    Cette affection singulière m'a conduite à être particulièrement enthousiasmée quand Isabelle Aeschlimann m'a proposé de me faire parvenir son premier roman. En incorrigible curieuse qui se respecte, j'ai trompé l'attente en fouinant çà et là sur le web afin d'un savoir davantage, notamment sur le blog de cette jeune auteur suisse-romande.

    J'ai découvert au fil de mes investigations une magnifique couverture qui, contrairement à ce que j'ai initialement pensé, n'est pas une illustration mais une photographie, prise à Berlin - le coeur de l'action d'Un été de trop -, puis retravaillée par la graphiste Lucie Rayser. C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi, une jolie jaquette veut dire beaucoup.

    J'ai également pu parcourir la revue de presse disponible sur le site de l'éditeur. J'y ai trouvé une interview de l'écrivain que j'ai particulièrement apprécié. Elle raconte avoir mis douze ans pour écrire ce roman, commencé du haut de sa vingtaine. L'auteur précise qu'il était nécessaire qu'elle "comprenne la vie, les hommes. A 21 ans, on idéalise complètement l'amour. J'avais besoin de nuances, de temps pour réaliser que les gens ne sont pas "noirs ou blancs", que c'est plus subtil". Un recul plutôt prometteur quant à la maturité de l'écriture.

    Et puis j'ai suis tombée sur le trailer du livre... Si j'ai a priori trouvé le principe de réaliser un petit film promotionnel original, j'ai rapidement déchanté. J'irais même jusqu'à dire que cette vidéo est plutôt une contre-publicité. Pour dire les choses comme je les ai ressenties à la fin du visionnage, j'ai clairement pensé que si un service de presse n'était pas mis à ma disposition, je n'aurais certainement pas acheté le livre. La mise en scène, les dialogues, le jeu des acteurs (je m'en excuse auprès de toutes les personnes ayant travaillé sur ce projet)... rien ne fonctionne et l'ensemble donne la sensation que l'on va être plongé dans un mauvais scénar de catégorie B. De quoi freiner les élans et refroidir les ambitions de découverte d'une nouvelle plume... Mais.

    Je ne saurais que conseiller aux potentiels lecteurs de ne pas regarder ce clip. Parce que n'étant pas du genre à m'arrêter à la première déconvenue, j'ai malgré tout lu le livre. Que dis-je, je ne l'ai pas simplement lu, je l'ai dévoré ! Impossible de le lâcher une fois commencé, j'y ai passé la nuit.

    Alors certes, pour en revenir aux propos initiaux, il y a quelques gaucheries. Le récit parfois se disperse, certaines pistes au fort potentiel ne sont pas ou trop peu exploitées et certains parti-pris, passablement manichéens, ont de cette naïveté propre au novice. Et pourtant.

    Oui, malgré toutes ces petites imperfections, l'histoire happe littéralement. L'apprentissage de la vie souhaité par Isabelle Aeschlimann avant de livrer un travail satisfaisant s'est révélé payant puisqu'elle nous offre une analyse fine des femmes et des hommes tels qu'ils sont amicalement, professionnellement et surtout, sentimentalement. Premières amours, mariage, liaison d'une nuit ou pour la vie, tromperie, manipulation, jalousie, désamour... Tous les jeux de séduction sont passés au crible avec un sens de l'observation pour le moins aiguisé. Les rebondissements sont nombreux, palpitants et bien que certaines bifurcations soient de temps à autres convenues, Un été de trop tient en haleine et surprend. La galerie de personnages n'est pas en reste puisqu'elle est pléthorique, aussi délicatement que cruellement réaliste. L'on s'attache ainsi à certains caractères et l'on adore en détester d'autres. C'est au final un tourbillon d'émotions sonnant profondément juste.

    Bref, le pari du premier roman est amplement réussi et laisse présager d'un avenir littéraire à surveiller de près.

    Ils en parlent aussi : Daniel Fattore, L'ivre de lire, Meelly, Marie-Hélène.

    Vous aimerez sûrement :

    Un mariage poids moyen de John Irving

    Le jeu des ombres de Louise Erdrich

    Le premier amour de Véronique Olmi

    Pastel fauve de Carmen Bramly

    Roman de l'au-delà de Matthias Politycki

    Extraits :

    Il vint s'agenouiller devant elle et enfouit son visage contre son ventre. Elle avait prévu que ce serait difficile. Qu'il ne l'accepterait pas. Il préférait qu'elle reste avec lui par pitié, plutôt qu'elle ne le quitte. Comment pouvait-on tomber aussi bas par amour ?

    ...

    Avec lui, elle n'avait jamais ressenti la plénitude de quelqu'un qui est arrivé à bon port, qui a trouvé son petit coin de paradis. Elle n'avait cessé de se demander si c'était bien lui, si leur relation ne pouvait pas être plus intense, si elle l'aimait vraiment, si, si et si. Des questions sans réponses, qui la laissaient frustrée et déboussolée.

    Il lui semblait que si elle trouvait le bon partenaire, elle ne se poserait plus toutes ces questions. Elle serait heureuse, tout simplement.

    ...

    Puis un jour, il avait fait une allusion à leur avenir et elle avait réalisé qu'elle ne l'imaginait pas avec lui. Elle voulait quelqu'un pour qui elle cultiverait une réelle fougue qui soit réciproque. Elle savait que c'était possible, elle savait que les sentiments pouvaient être intenses, obnubilants, vivifiants. En allemant, la "passion" se traduit par "Leidenschaft" et le verbe "leiden" signifie littéralement "souffrir". Je préfère aimer intensément et souffrir plutôt que de végéter en sécurité dans un couple dans lequel les émotions ne décollent pas du sol.

    ...

    Heureuse et épanouie, elle s'évertuait à pimenter sa relation en cherchant continuellement de nouvelles idées ou de nouveaux scénarios amoureux. A son sens, aimer était un art qui ne se prenait pas à la légère et méritait qu'on y investisse une grande part de son énergie.

    ...

    Le destin n'est pas une question de chance. C'est une question de choix : il n'est pas quelque chose qu'on doit attendre, mais qu'on doit accomplir.

    William Bryan

    ...

    Il fallait qu'il lui parle. Il n'avait rien à perdre. Oui, il fallait qu'il la retrouve et qu'il s'en prenne plein la figure. Il constaterait que ses souvenirs n'étaient qu'illusions et fantasmes, et il serait libéré de son passé qui s'obstinait à reprendre une place dans le présent.

    ...

    A l'époque de l'adolescence, on possède une sensibilité si exacerbée qu'on oscille sans cesse dans les émotions extrêmes. C'était épouvantablement éprouvant ! D'autant plus que le premier amour occupe une place spéciale dans la mémoire d'une vie, puisque c'est la découverte de quelque chose d'énorme, d'inconcevable auparavant.

    (...) Comme notre mémoire magnifie sélective magnifie ces anciens sentiments, on pense qu'on ne vivra jamais plus une histoire aussi forte. Elle devient exceptionnelle, inégalable.

    ...

    Elle s'en voulait d'avoir craqué, de l'avoir supplié. Elle avait inspiré de la pitié. Il n'y avait rien de plus efficace comme tue-l'amour. Elle ne se reconnaissait plus et se détestait.

    ...

    Elle ne savait pas quoi faire d'elle. Elle ne parvenait ni à se plonger dans un livre, ni dans un film et encore moins à être productive avec un pinceau. Elle ne pouvait qu'attendre que les minutes s'égrènent, traînantes et taquines.

    Elle se sentait nerveuse, coupable et heureuse.