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livre - Page 8

  • Speed fiction de Jerry Stahl

    Depuis hier en librairie.speed fiction.jpg

    13E Note Editions - 119 pages

    Présentation de l'éditeur : L’histoire raconte que ce « cauchemar hyperréaliste » fut écrit en deux semaines dans une chambre d’hôtel parisienne. Ce court roman dépouillé des modes narratifs traditionnels, respire le vécu, la spontanéité et porte l’empreinte des maîtres de la beat generation : Kerouac pour la poésie et Burroughs pour l’ironie grinçante à base de substances prohibées. Sur un rythme haletant, l’auteur égrène des histoires dévastatrices, folles et parfois terrifiantes. Creusant profondément dans la psyché des plus atteints d’entre nous, explorant ses méandres les plus glauques, l’auteur en rapporte une vision implacable de la nature humaine. "Et maintenant que l'Amérique est affaiblie, (...) elle remplace pas des substances chimiques ce qu'elle est incapable de générer de manière naturelle. (...) Et puis, tu veux un chiffre sympa ? Trente-deux pour cent des écoliers et lycéens américains sont sous Adderall. Des apprentis speedomanes, comme c'est mignon ! Plus un rond pour leur instruction mais des tonnes pour qu'ils restent éveillés et débiles. Vive l'Amphétamérique !"

    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Morgane Saysana.

    Ma note :

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    Broché : 19,90 euros

    Un grand merci à 13E Note Éditions pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Fidèles à leur ambition de "rendre compte d’une certaine contre ou para-culture", de donner voix aux créateurs "réfléchis ou instinctifs, engagés ou indépendants, irrécupérables parce qu’inconsolables" forgeant "les mythes vivants et saignants du siècle de feu, de fer et de plastique dont ils sont les bâtards célestes", les Éditions 13E Note accueillent un nouveau morceau de choix de l'autobiographie transgressive de Jerry Stahl.

    Speed fiction, véritable documentaire sur l'expérience de la substance prohibée, n'est ni l'ouvrage moralisateur d'un drogué repenti, ni l'apologie de la défonce d'un junky nostalgique. C'est une analyse clinique, une mise à nu enragée à la fois répugnante et fascinante, délicieusement subversive et horriblement dérangeante.

    Si ma subjectivité accroche davantage à la vision du genre de Tony O'Neill dans Du bleu sur les veines, il faut concéder à Jerry Stahl une écriture à vif, une verve hallucinatoire exprimant à la perfection l'essence contradictoire de la défonce : cette intensité d'être à ce point aux portes de la Mort et au coeur de la Vie ; cette faculté de confiner l'esprit, la pensée, à la plus extrême lucidité tout autant qu'à la plus absolue illusion.

    Ce livre est le verbe enfiévré, couché dans l'urgence et la déchéance, des états d'une âme révoltée. Ces textes courts, à la fois déballage spontané et pensée précise, narrent sur le ton de la poésie acide le saisissant "cauchemar hyperréaliste" de la dépendance, ses origines et ses conséquences. Derrière de terrifiants portraits individuels, c'est aussi la fresque d'une "Amphétamérique" inquiétante et aveuglée que vomit, littéralement, l'auteur.

    C'est pas glorieux, c'est désenchanté mais que les âmes sensibles se rassurent, c'était avant que Jerry Stahl ne puisse plus résister à l'envie "d'essayer la drogue ultime, le sevrage. La plus grosse hallucination, c’est la réalité."

    Bref, un texte à décourager toute pulsion stupéfiante... Sauf peut-être celle des aspirants écrivains n'entravant rien au sarcasme entre les lignes :

    De jeunes auteurs qui lisent mes livres me demandent souvent comment on devient un écrivain comme moi. Je réponds : eh bien, détruis ta vie, trahis tes amis, perd tout ce que tu as, ruine ta santé, ne respecte pas la loi, vis dans la rue, et tu deviendras un écrivain, toi aussi. C’est un super-conseil pour des jeunes.

    Ils en parlent aussi : Chris.

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    Souvenirs d'un pas grand-chose de Charles Bukowski

    Courir avec des ciseaux d'Augusten Burroughs

    Sanctuaire et Le bruit et la fureur de William Faulkner

    Extraits :

    Si tu t'injectais la bonne dose, d'un coup, un calme olympien s'abattait sur le monde et tu étais comblé rien que d'être assis là, un filet de bave à la commissure des lèvres, aussi zen qu'un mioche hyperactif après sa première sucette à la Ritaline. Quand ça se produisait, jamais tu ne te disais : "Si je suis si positif et en osmose avec le cosmos, c'est juste parce que je suis sous amphétamines." Quand une drogue a l'effet escompté, tu n'as pas l'impression d'être sous son emprise. Tu es juste super-polarisé, vaguement au bord de l'orgasme. Corps et esprit étonnamment synchrones, usinant à deux cents à l'heure. À un poil de cul de la perte totale de contrôle, mais aux anges. Parfait-parfait-parfait.

    CE QUE FAIT UNE BONNE DROGUE. C'est te laisser croire que tu vas éprouver ce sentiment de perfection jusqu'à la fin de tes jours. Puis te le reprendre aussi sec... T'arracher au confort d'une fun-car capitonnée pour te précipiter sur la bas-côté rocailleux. Réduire en charpie tes neuf cents pages de pensées foisonnantes. Te dé-Dorian-Gray-er la cervelle. Ce qui te fait passer de l'envie au besoin.

    ...

    Tout ce que tu veux c'est un petit lopin de terre n'importe où, pourvu que tu n'aies plus à feindre de savoir comment on fait pour être humain.

    ...

    (La plupart des gens ne sont pas finis. Une fois qu'on a capté ça, la vie ne s'en trouve pas forcément facilitée mais elle devient intelligible.)

    ...

    Le calvaire de la conscience permanente.

    ...

    Peut-être qu'en marchant à reculons assez longtemps, on peut défaire sa vie ?

    ...

    Certains smurfers s'aspergeaient les yeux de nettoie-vitre pour donner l'impression qu'ils coulaient sous l'emprise d'une allergie virulente. Mais il fallait y aller mollo. Un peu trop de pschitt et mes pupilles se mettaient à saigner. De toute façon, je n'avais pas besoin de pulvériser quoi que ce soit puisque mes yeux étaient tout le temps humides, ce qui faisait de moi un allergique très convaincant. Le tout c'était de ne pas se forcer à éternuer. Question "atchoum", on ne la faisait pas aux pharmaciens.

    ...

    Quand tu pactises avec le démon de la drogue, il t'enlève d'emblée la glande qui régule tes inhibitions.

    ...

    (Sous meth, tu ne t'endors pas, tu t'écroules et tu tombes dans les vapes. Et quand tu tombes dans les vapes, tu ne te réveilles pas. Tu reviens à toi. Pareil avec l'héroïne. Une fois, sous héro, tu es revenu à toi debout devant ton frigo, que tu avais ouvert huit heures plus tôt. Sous speed, tu es revenu à toi en train de niquer, ça change.)

    ...

    Faut-il s'étonner que la meth "maison" distillée au fond des baignoires te bousille l'odorat ? Si ton nez fonctionnait toujours, tu aurais la gerbe à cause du pot-pourri de miasmes humains, mais surtout des souris crevées sous le canapé. Les petits rongeurs non-avertis mangeaient les miettes de speed tombées au sol. Après quoi, ils se tapaient des pointes de vitesse et des bouffées d'euphorie, puis succombaient à de mini-crises cardiaques. Certains soirs, tu les entendais. Tu reconnaissais le couinement funeste. Alors tu imaginais Mickey Mouse se cramponnant à sa poitrine avant de rendre l'âme. (Cet enfoiré de Walt Disney n'était qu'une pourriture fasciste antisémite.) Au bout de deux ou trois jours, les fourmis engloutissaient leur pelage et les petits mammifères décimés revêtaient un air de bébés prématurés tout désséchés. Alors, d'un coup de pied, tu les planquais sous le canapé. Tu ne sentais pas leur puanteur. Tu ne sentais plus rien.

    ...

    L'automutilation sous speed étant un sujet cher aux routiers américains, les allusions à cette épidémie d'irritation de la verge (...) ont fait leurs premières apparitions (...). Ces crétins finis se gaussaient au sujet des staphylocoques attrapés en se paluchant jusqu'au sang dans la cabine de leur bahut, cognant leur braquemart contre le tableau de bord, sur fond de bon vieux porno à l'ancienne du type Dark Brothers, au cours de leurs virées transaméricaines, entre Big Pine, en Californie, et Baton Rouge, en Louisiane.

    L'Amérique, nation de Pruritains.

    ...

    Sous speed, les souvenirs sont comme des enfants qui traversent en courant une rue très fréquentée, sauf qu'il n'y a pas assez de bagnoles pour tous les dégommer. Le passé ne cesse de s'immiscer dans le présent.

    ...

    Mais Maya Deren. Elle a donné forme humaine à La Peur. La terreur existentielle. Une femme avec pour visage un miroir, de façon à ce que quand tu la regardes, tu te voies les yeux rivés sur toi-même. L'enfer, ce n'est pas les autres. C'est aussi les autres qui sont toi ! Elle s'est montrée plus sartienne que Sartre. Tu te rends compte à quel point c'est flippant ? Elle a fait du monde un endroit monstrueux... en le dépeignant comme un reflet du nous-mêmes.

    ...

    Avec la bonne dose de speed, tu peux réécrire ton histoire personnelle et vivre dans le récit ainsi forgé. Rêver debout et éveillé.

    ...

    Posons-nous la question : qu'est-ce que la vie en fin de compte ? La course d'un pauvre malheureux vers l'hélice tournoyante d'un avion.

    On peut soit s'approcher lentement de cette hélice, soit gober un cacheton de Benzédrine pour aller si vite que le temps semblera infini. "Infini" : qui n'a pas de fin. Alors, on oubliera l'hélice. Comme si on ne devait jamais l'atteindre. Pourtant crois-moi, camarade, le speed t'y conduira sans faute. En vitesse.

  • La tectonique des plaques de Margaux Motin

    la tectonique des plaques.jpgÉditions Delcourt - 192 pages

    Présentation de l'éditeur : "Tout est sur le point de changer et rien ne pourra arrêter ça. C'est la nature, c'est la tectonique des plaques."... Cuites, dérapages et autres séismes dans sa vie de mère célibataire... À 35 ans, Margaux Motin raconte les récents bouleversements qui ont secoué son existence. En magnitude 10 sur l'échelle de Richter, sa nouvelle histoire d'amour, pour qui elle change radicalement de vie. Et comme toute nana post-trentenaire qui prend des décisions rapides, le retour de flammes sera brutal.

    Ma note :

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    Album cartonné : 22,95 euros

    Est-il encore besoin de présenter l'une des plus illustres illustratices ? Au fil des magazines, de son blog puis de ses livres (J'aurais adoré être ethnologue et La théorie de la contorsion), Margaux Motin s'est imposée ces dernières années dans le paysage dessiné par sa virtuosité graphique et ses textes uniques en leur genre. En se livrant sans complexe sur sa vie, elle est progressivement passée du statut d'artiste à celui de bonne pote. Si elle réédite pour la troisième fois dans la veine autobiographique, l'on sent dans ce nouvel opus une évolution tangible de toutes les personnes en elle. Et elle a beau faire à longueur de saynètes l'apologie du trip régressif ou se faire l'avocate de toutes les mauvaises mères, c'est bien la maturité que l'on détecte ici. L'on retrouve avec plaisir ce qui a fait son succès : humour potache, esprit mordant, excès en tous genres... Mais loin de tomber dans la caricature d'elle-même, elle franchit avec ce volet un cap et trouve un équilibre qui lui sied à merveille en alliant au rire, un peu de profondeur et beaucoup d'émotions.

    Au-delà de la maestria de son coup de crayon parfois habilement mêlé de photo, à mi-chemin du style Sempé et de l'esquisse de mode, au trait précieux et gracieux offrant à ses personnages des postures et expressions précises et harmonieuses, au-delà donc de cette griffe somptueuse, Margaux Motin a le verbe précis et surtout un sens pointu de l'observation. Elle décrit ainsi avec acuité, esprit, fantaisie et sensibilité les épisodes de la vie, elle met les mots justes sur les petits comme les grands, les tristes commes les beaux moments, le tout dans un écrin esthétique absolu.

    Dans La tectonique des plaques, elle aborde nombre d'aléas de l'existence. Et de montrer comme elle se dépatouille, comment elle galère, comment elle rebondit... faisant de sa BD un vrai coach de vie clamant haut et fort qu'avec la famille et les amis, la vie continue quoi qu'il arrive. Et elle a la good vibe tellement désopilante qu'elle à l'optimisme contagieux, Margaux.

    Parce qu'elle est cash et qu'elle te vend de la vraie vie même si elle y met quelques paillettes de princesse parce qu'il faut bien rêver un peu bordel, la plus tendance des dessinatrices te brosse un autoportrait sans fausse pudeur ni mensonge éhonté par souci de légende personnelle. Elle se montre sous un jour pas toujours très flatteur, offrant ainsi à toutes les femmes une voix authentique à laquelle s'identifier (à un point parfois tel que s'en est presque aussi flippant que rassurant...). Elle déculpabilise de n'être pas parfaite, elle permet d'être faillible, elle autorise à être multiple (drôle, sexy, vulgaire, sensible, gamine, naïve, romantique, fragile, battante, parano, rêveuse...), elle décomplexe sur les films que l'on se fait, les histoires que l'on se raconte.

    Bref, on se sent moins seule en la lisant comme l'on se mire. Et gageons que plus d'un lecteur comprend un peu mieux sa nana ou ses copines a posteriori. Entre rire gras et poésie, jubilation et mélancolie, tendresse et folie douce, Motin prouve que l'on peut faire cohabiter ensemble les multiples personnalités enfermées dans nos têtes. Que l'on peut être girly et avoir des cojones, être trasho-cynique et poétique, subversive et bien ancrée dans le système. Bref, être une femme naturelle et ultra contemporaine. D'aucuns trouvant l'ensemble autocentré, parisiano-branchouille et vulgaire seraient en plein déni de regarder dans sa réalité la fine peinture de la femme moderne, droite dans ses bottes, authentique, assumée voire revendiquée.

    Aussi loufoque que dans ses précédents opus, l'auteur parvient avec ce titre à tirer la larmiche. Ce n'est déjà pas facile avec un roman, c'est une vraie gageure dans le neuvième art, c'est dire le talent de la donzelle ! En apportant une note intimiste à son récit, elle n'est pas moins désopilante mais gagne en perspective, en intensité, en sensibilité. Elle est à la fois fidèle à elle-même et surprenante ; cocktail idéal pour faire de cet album, quasi intégralement inédit, un vrai bon morceau de BD.

    La seule mauvaise nouvelle relative à ce livre étant qu'en raison de délais de bouclage incompatibles, Margaux Motin a choisi le livre plutôt que l'agenda annuel (et l'on ne saurait lui tenir rigueur de ces quelque deux cents pages de pur bonheur). Les aficionados de ce super carnet de rendez-vous dont je suis devront patienter sagement jusqu'en 2015, en espérant qu'il y aura les petits autocollants comme dans la version 2013...

    Ils en parlent aussi : Armalite, Soakette, Myiuki.

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    Love et Hélène Bruller est une vraie salope de Hélène Bruller

    Vacance de Cati Baur

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    Un peu de bois et d'acier de Chabouté

    Oh les filles ! de Sandrine Michel & Emmanuel Lepage

    Paul à Québec de Michel Rabagliati

    Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh

    La page blanche de Pénélope Bagieu & Boulet

    Joséphine & Cadavre exquis de Pénélope Bagieu

    Tamara Drewes de Posy Simmonds

    Lulu femme nue d'Étienne Davodeau

    Les ensembles contraires de Kris, Éric T. & Nicoby

    Mon gras et moi de Gally

    Extraits :

    Life is what happens to you when you're busy making others plans.

    John Lennon

    ...

    Démons et merveilles

    Vents et marées

    Au loin déjà la mer s'est retirée

    Mais dans tes yeux entrouverts

    Deux petites vagues sont restées

    Démons et merveilles

    Vents et marées

    Deux petites vagues pour me noyer.

    Jacques Prévert - Sables mouvants

  • Juste avant le bonheur d'Agnès Ledig

    Éditions Albin Michel - 343 pagesculture,littérature,livre,roman,amour,mort,solidarité,amitié

    Présentation de l'éditeur : Cela fait longtemps que Julie ne croit plus aux contes de fée. Caissière dans un supermarché, elle élève seule son petit Lulu, unique rayon de soleil d'une vie difficile. Pourtant, un jour particulièrement sombre, le destin va lui tendre la main. Ému par leur situation, un homme généreux les invite dans sa maison du bord de mer, en Bretagne. La chance serait-elle enfin en train de tourner pour Julie ? Agnès Ledig, auteur de Marie d'en haut, Coup de coeur du Grand Prix des lectrices de Femme Actuelle, possède un talent singulier : celui de mêler aux épisodes les plus dramatiques de l'existence optimisme, humour et tendresse. Dans ce roman où l'émotion est présente à chaque page, elle nous fait passer avec une énergie communicative des larmes au rire, elle nous réconcilie avec la vie. Juste avant le bonheur fait partie de ces (trop) rares livres qu'on a envie de rouvrir à peine refermés, tout simplement parce qu'ils font du bien !

    Ma note :

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    Broché : 19,50 euros

    Ebook : 13,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Albin Michel pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre.

    Des quarante-trois romans français jusqu'alors couronnés par le Prix Maison de la Presse, je n'avais lu que Les yeux jaunes des crocodiles de Katherine Pancol et Aux fruits de la passion de Daniel Pennac, sans même savoir qu'ils s'étaient vus décerner cette distinction littéraire. Notant toutefois a posteriori que ces primés l'avaient été à juste titre eu égard à leurs qualités respectives, c'est en connaissance de cause que je me suis lancée à l'assaut du quarante-quatrième vainqueur de ce prix, désavantage s'il en est puisque l'on attend toujours plus d'un livre salué par la critique...

    Quels qu'aient été les concurrents en lice pour l'édition 2013 du Prix Maison de la Presse, Juste avant le bonheur est un lauréat tout ce qu'il y a de plus méritoire.

    Prenant le contre-pied total de l'individualisme ambiant, l'auteur articule sa narration autour du thème de la coalescence - "rapprochement de personnes sensibles et meurtries dont le contact entraîne une reconstruction solide de chaque élément à travers le tout qu'ils forment" -, induisant donc la présence de personnages écorchés qui s'accrochent les uns aux autres pour réapprendre à vivre. La vie n'étant pas avare de gifles et d'épreuves, c'est un cortège d'éclopés du quotidien en tous genres que l'on apprivoise et auxquels on s'attache dans ce roman.

    Il y a dans cette touchante histoire d'amitié du lyrisme et des envolées dictées par les passions de l'auteur (nature, astronomie, médecine, navigation, randonnée...). Il y a du road trip et du journal intime dans ces tranches de vies. Il y a aussi des dialogues d'une rare vivacité, toujours touchants. Il y a surtout la vie, son lot de rebondissements, de joies et de tristesses, ce tourbillon d'émotions douces et amères, tendres et violentes.

    Acculée par la maladie de son fils à trouver une première fois dans la plume son exutoire, Agnès Ledig offre les mots de son deuxième roman comme échappatoire au lecteur. Et c'est sans doute cette perte qui lui permet d'affirmer avec tant de justesse, de maturité et de sensibilité la préciosité de l'existence.

    Elle enfonce peut-être des portes ouvertes, parfois avec facilité, quelques clichés et métaphores maladroites mais souligne avant tout avec intensité des évidences qui échappent trop souvent à la raison.

    Tout d'abord - version humaniste de l'effet papillon - que la moindre petite attention peut bouleverser les destins de nombreuses personnes. Que l'avenir de l'homme est dans la solidarité et non dans son égoïsme, son individualisme, son repli sur lui, sa méfiance de l'autre. Que c'est au contact de son prochain que l'on retrouve goût à la vie, que l'on surmonte les épreuves.

    Ensuite, qu'il faut cueillir dès aujourd'hui les roses de la vie. Hymne à l'espoir, le récit est marqué par la récurrence du proverbe arabe "Ne baisse pas les bras, tu risquerais de le faire deux secondes avant le miracle". L'auteur retient d'ailleurs elle-même cet adage comme LA phrase de son roman.

    Entre apologie philosophico-poétique du petit bonheur, du non-renoncement et évocation mélancolique de l'inexorable tragédie existentielle, Agnès Ledig dicte l'urgence de vivre, clame l'indispensable générosité, hurle l'espérance et refuse d'accorder la victoire au malheur.

    Juste avant le bonheur est donc un vrai feel good book dont on ne quitte qu'avec regret, non pas des protagonistes mais des amis, une famille. Loin du récit léger dégoulinant de bons sentiments, il a l'authentique parfum de la réalité entre tragédie et conte de fée. Aussi dur qu'optimiste, aussi désenchanté que porteur d'espoir, il malmène et dévaste autant qu'il réjouit. Il embarque avec force pour mieux réconcilier avec la vie.

    Bref, il arrache les sourires, les larmes, les tripes, comme rarement. L'on ne sort que profondément bouleversé mais aussi grandi de ce très beau roman.

    Avertissement : spoiling massif dans de nombreuses chroniques (hormis les liens ci-dessous) ainsi que dans les résumés et avis des sites de vente en ligne. À éviter !

    Ils en parlent aussi : Pierre, Clara, Marie-Claire, Le Figaro.

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    Les arbres voyagent la nuit d'Aude Le Corff

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    Les déferlantes de Claudie Gallay

    Les livres d'Anna Gavalda

    Extraits :

    Les gens que nous avons aimés ne serons plus jamais où ils étaient, mais ils seront partout où nous sommes.

    Alexandre Dumas

    ...

    Coalescence : n.f. 4. HUM. Rapprochement de personnes sensibles et meurtries dont le contact entraîne une reconstruction solide de chaque élément à travers le tout qu'ils forment.

    ...

    Elle fait partie de ces gens que le destin épargne peu. Il y en a comme ça...

    ...

    Ça fait une éternité qu'un homme n'a pas été gentil avec elle. Pour une fois que c'est dans ce sens ! Pourtant, à vingt ans, Julie n'a déjà plus l'habitude de ce genre d'attentions. L'insouciance a rejoint la dignité au cimetière des illusions perdues.

    ...

    Aider une personne en difficulté à traverser la rue met du baume au coeur pour l'heure qui suit.

    ...

    Il est parfois des impressions que l'on n'explique pas.

    ...

    Ce n'est pas de géographie dont il est question dans ce voyage. Plutôt des profondeurs humaines et de leurs forêts impénétrables.

    ...

    Julie est presque vulgaire, un peu garçonne et affirmée. Mais il y a chez elle ce truc en plus qu'ont certaines personnes. L'incandescence. Cette chose qui réchauffe et fait vibrer à la fois.

    ...

    - Ce n'est pas la vie qui est belle, c'est nous qui la voyons belle ou moins belle. Ne cherchez pas à vouloir atteindre un bonheur parfait, mais contentez-vous des petites choses de la vie, qui, mises bout à bout, permettent de tenir la distance.

    - Qu'appelez-vous les petites choses de la vie ?

    - Les tout petits riens du quotidien, dont on ne se rend même plus compte mais qui font que, selon la façon dont on les vit, le moment peut être plaisant et donne envie de sourire. Nous avons tous nos petits riens à nous. Réfléchissez, je suis sûr que vous en trouverez à la pelle.

    ...

    Rien ne sert de s'opposer, le destin trace le chemin. On le suit ou pas. Mais si on ne marche pas dans ses pas, on finit par se perdre.

    ...

    De croire peut déplace des montagnes, mais parfois, cela ne suffit pas. Les montagnes s'écroulent et on est dessous.

    ...

    Le silence a cette vertu de laisser parler le regard, miroir de l'âme. On entend mieux les profondeurs quand on se tait.

    ...

    - (...) Et puis, elle prend le temps. Pas comme tous ces médecins qui te font un grand sourire en faisant semblant de t'écouter, mais qui, pendant que tu leur expliques que tu te pisses dessus, pensent à leurs prochaines vacances au ski que le dépassement pharaonique que tu vas leur allouer aidera à payer, et qui, en prime, te font comprendre qu'il serait préférable que tu remettes tes chaussures dans le couloir, pour enchaîner avec les patientes suivantes, rentabilité oblige, parce que le ski, ça coûte bonbon, vu les stations dans lesquelles ils ont l'habitude d'aller...

    ...

    - "Tu ne sais pas à quel point tu es fort jusqu'au jour où être fort reste la seule option." C'est Bob Marley qui a dit ça.

    (...) - Tu sais qu'il n'y a pas que Bob Marley qui dise des choses vraies ?

    - Ah ? répond-elle amusée.

    - Albert Einstein aussi.

    - On va parler de relativité ?

    - Exactement. Mais pas celle que tu connais. "Placez votre main sur un poêle une minute et ça vous semble durer une heure. Asseyez-vous auprès d'une jolie fille une heure et ça vous semble durer une minute. C'est ça la relativité."

    ...

    Le commun des mortels s'imagine que plus le temps passe, et mieux ça va, mais ces émotions-là ne suivent pas une ligne droite ascendante, mais une sinusoïde, avec des sommets et des creux de vague.

  • Jane Austen revient en librairie !

    culture,littérature,livre,roman,romance,angleterreDu calme Janeite ! Aucun manuscrit inédit à l'horizon..

    Repos, novice de classe de sixième qui t'excites sur un nom connu sans rien en savoir ! Tu ne pourras pas plus obtenir de dédicace de cette auteur que te rendre au concert de Bob Marley dont tu viens d'acheter des places à un arnaqueur de troisième. Ce pour la simple et bonne raison que ces deux artistes qui ont toute ma considération quoique dans des genres très différents ont été envoyés ad patres depuis belle lurette...

    Dans l'attente inespérée d'un texte original jamais publié, impossible de satisfaire ses pulsions austeniennes autrement qu'en relisant la trop courte oeuvre de la figure de proue des lettres anglaises du XIXe siècle.

    Et pourtant...

    Il est également et heureusement possible de plonger dans la pléthore de spin off (de qualité) fleurissant outre-Manche ou Atlantique et, enfin, de plus en plus largement traduits en France.

    Si Sanditon ébauché par Lady Austen et achevé par une autre dame, La mort s'invite à Pemberley de P.D. James, Le journal de Mr Darcy d'Amanda Grange et Les filles de Mr Darcy d'Elizabeth Aston ont déjà été évoqués ici, il est important que les inconditionnel(le)s de l'univers victorien qui auraient manqué un wagon sachent que les éditeurs cèdent - il était temps - aux sirènes de l'enthousiasme du lectorat janeitiste.

    L'on trouve ainsi chez Milady Romance :

    Les aventures de Miss Alethea Darcy d'Elizabeth Aston

    Darcy dans l'âme d'Elizabeth Aston

    Le journal de Mr Knightley d'Amanda Grange

    Le journal du Colonel Brandon d'Amanda Grange

    Charlotte Collins de Jennifer Becton

    Caroline Bingley de Jennifer Becton

    et chez l'éditeur Archipoche :

    Les caprices de Miss Mary de Colleen McCullough (celui-ci date un peu mais à moi-aussi il m'arrive de rater un wagon)

    Vous l'aurez compris, en la demeure, l'on ne boude pas une occasion de se rapprocher un tant soit peu, même de manière détournée, de la grande Jane. Si vous avez vent d'autres titres, merci de les partager ! Sinon, bons voyages dans la campagne anglaise des années 1800...

  • Une Île de Tracey Garvis-Graves

    Éditions Milady - 350 pagesune île.jpg

    Présentation de l'éditeur : Anna Emerson n’hésite pas un instant lorsque les Callahan lui proposent de se rendre aux Maldives pour donner des cours à leur fils T.J., en rémission d’un cancer. Mais rien ne se passe comme prévu : le jet privé à bord duquel ils ont embarqué se crashe au beau milieu de l’océan Indien. Les voici naufragés sur une île déserte où ils vont devoir apprendre à survivre. Si l’adolescent rechute, rien ne pourra le sauver. Anna se sent malgré tout étrangement attirée par son compagnon d’infortune. Alors que chacun d’eux n’a plus que l’autre pour unique horizon, leur seule chance de s’en sortir est ce lien précieux qui ne cesse de grandir entre eux.

    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Sophie Barthélémy.

    Ma note :

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    Broché : 15,20 euros

    Ebook : 9,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Milady Romance pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première au coeur d'un écrin de choix : le joli kit presse au goût de soleil.

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    Une femme, un homme, un crash, une île déserte... Ouch ! Difficile de convaincre un éditeur avec un pitch aussi éculé. Raison pour laquelle Tracey Garvis-Graves a initialement opté pour l'auto-édition avant de se voir offrir un pont d'or par Penguin (!) eu égard au succès colossal rencontré par son texte.

    C'est pourtant bel et bien au range de best seller que ce titre s'est érigé, rapidement classé parmi les meilleures ventes de The New York Times, USA Today et Wall Street Journal et depuis traduit dans une vingtaine de pays. Parce que contrairement aux apparences, l'auteur ne livre pas un énième remake de Crusoé, Lost et autre Seul au monde. Une Île est même d'une telle qualité qu'à l'image de La couleur des sentiments de Kathryn Stockett - quoique dans un tout autre genre -, il entrera prochainement au panthéon des premiers romans adaptés au cinéma, la MGM ayant d'ores et déjà racheté les droits pour une production qui promet d'être shebam pow blop wizz.

    Alors certes, l'écriture est simple, sans fioriture, mais si l'on n'est pas purement dans l'exercice de style littéraire, l'on est assurément au coeur d'une prouesse de schéma narratif. D'une situation initiale maintes fois explorée, Tracey Garvis-Graves parvient à bâtir, et c'est là le vrai tour de force de ce roman, un récit surprenant, une intrigue complexe enrichie de rebondissements suffisamment en pagaille pour, expérience à l'appui, tenir éveillé toute la nuit.

    Et d'embarquer le lecteur aux côtés d'Anna et de T.J. dans une épopée contemporaine judicieusement brodée autour de certains des faits historiques les plus marquants du XXIe siècle... Une odyssée multifacette mêlant romance, aventure, action, suspens, dont les chapitres courts alternent les voix des deux protagonistes. La force évocatrice de leurs ressentis prouve soit que l'auteur s'est elle-même échouée un temps sur une île déserte, soit qu'elle est douée d'un rare instinct émotionnel.

    Au-delà de ses personnages fouillés, dépeints avec finesse et, une fois encore, appréhendés brillamment dans leurs états d'âmes et leurs évolutions respectives en fonction de leurs âges et des épreuves de la vie, l'écrivain parvient à éviter l'écueil des clichés du genre en général et de son intrigue en particulier, surtout celui de la légèreté trop souvent accolée à la romance. Elle aborde avec finesse et profondeur la thématique du combat sous toutes ses formes (maladie, survie, désespoir, préjugés, conventions, amour, mort...), détourne la vision paradisiaque de l'île déserte pour mieux réaffirmer la toute puissance de la Nature parfois cruelle, opère une mise en scène paroxystique de l'incroyable faculté d'adaptation de l'Homme et inscrit en filigrane de ce huis-clos à ciel ouvert de nombreux travers sociétaux, culturels...

    Dès sa première tentative littéraire, Tracey Garvis-Graves réussit en somme le défi improbable de réinventer avec maestria un genre décrié et un scénario usagé pour en faire un roman d'aventures moderne et perspicace, qui tient en haleine et ménage de puissants emportements émotionnels. Bref, un page turner, un pur coup de coeur. Et une plume à suivre, assurément, qui s'est déjà attelée à son deuxième roman.

    Je ne saurais trop vous conseiller, si vous aimez comparer les avis de lecture, de vous en garder s'agissant de ce titre (hormis celui en lien ci-dessous), nombre de lectrices ayant eu la regrettable et fâcheuse tendance à spoiler sans avertissement préalable.

    Ils en parlent aussi : Evenusia.

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