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littérature jeunesse - Page 2

  • No et moi de Delphine de Vigan

    no et moi.jpgSuivi de la nouvelle Comptes de Noël

    Édition illustrée par Margot de Vigan

    Éditions JC Lattès / Livre de poche - 283 pages

    Présentation de l'éditeur : L'une est une adolescente surdouée, rêve d’amour, observe les gens, collectionne les mots, multiplie les expériences domestiques et les théories fantaisistes ; l'autre, à peine plus âgée, est SDF. La première décide de voler au secours de la seconde, envers et contre tout... Mais nul n’est à l’abri... L'auteur de Rien ne s'oppose à la nuit nous livre, avec No et moi, un roman à la fois tendre et impitoyable.

    Ma note :

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     Broché : 14,20 euros

    Poche : 6,10 euros

    Poche édition spéciale Noël 2012 : 8,10 euros

    Ebook : 9,99 euros

    Disponible en édition Grands caractères, braille et audio

    Comme je l'ai souvent évoqué dans mes billets littéraires, je n'ai pas pour habitude de bannir définitivement un auteur dès le premier échec - sauf exception façon Angot. Parce que j'avais lu Rien ne s'oppose à la nuit dont j'avais particulièrement apprécié le style sans goûter le fond du propos - tout couronné par les Prix du roman Fnac, Renaudot des lycéens et France Télévisions 2011 qu'il fût -, j'ai entrepris de découvrir, espérant cette fois-ci aimer autant l'histoire que la plume, un nouveau texte de Delphine de Vigan.

    Mon choix s'est arrêté sur le titre No et moi à la carte de visite davantage prometteuse à mes yeux qu'une ribambelle de trophées littéraires : multiples éloges glanés çà et là auprès de lecteurs de ma connaissance, préconisation de lecture d'enseignants en lycée de ma région, Prix des Libraires 2008 (un des rares qui ne me déçoive jamais) et adaptation cinématographique de Zabou Breitman.

    Si besoin était de le prouver, la persévérance est souvent récompensée : j'ai tout bonnement dévoré ce roman. Rien n'est comparable d'avec ma précédente expérience puisque l'on passe du livre confession hommage mémoires à la fiction pure et simple, d'une littérature adulte à une écriture grand public. Il faut accorder à l'auteur une parfaite maîtrise du grand écart stylistique qui se glisse avec aisance dans la peau d'une adolescente surdouée.

    Le pitch pourrait laisser présager un récit manichéen, bourré de clichés mais il n'en est rien. Loin de toute narration convenue - bien qu'il faille quand même avouer certaines petites facilités -, le texte, tout en délicatesse, est empreint d'humanisme. L'histoire est une fenêtre ouverte sur la misère, l'exclusion. L'auteur nous oblige à contempler, sans misérabilisme ni voyeurisme, ce que nos yeux évitent délibérément quotidiennement. Elle nous rappelle que ce que l'on occulte par facilité et par présumée impuissance pourrait être changé, que l'ordre des choses pourrait être bouleversé assez simplement même si tout est beaucoup plus compliqué que cela, bien évidemment. Finalement, elle nous invite surtout à nous rappeler de tenter plutôt que de baisser les bras a priori, même si l'échec est souvent au rendez-vous. L'extrême qualité de l'histoire est de ne pas sombrer dans l'insupportable travers de la moralisation et surtout d'être profondément ancrée dans un réalisme touchant.

    No et moi est de ces textes qui font réfléchir et incite à modifier son regard sur les choses et surtout, surtout, son attitude, son engagement, sa volonté. Rien que pour cela, il est un livre essentiel. Mais comme de surcroît, sa construction tant sur le fond que sur la forme est très agréable, il est un livre nécessaire.

    Ils en parlent aussi : Cajou, Libr'Air, Eloah, Hanta.

    Vous aimerez sûrement :

    Les coeurs fêlés de Gayle Forman

    L'élégance du hérisson de Muriel Barbery

    On est pas sérieux quand on a dix-sept ans de Barbara Samson

    La salle de bain du Titanic de Véronique Ovaldé

    Malataverne de Bernard Clavel

    Extraits :

    Depuis toute la vie je me suis toujours sentie en dehors, où que je sois, en dehors de l'image, de la conversation, en décalage, comme si j'étais seule à entendre des bruits ou des paroles que les autres ne perçoivent pas, et sourde aux mots qu'ils semblent entendre, comme si j'étais hors du cadre, de l'autre côté d'une vitre immense et invisible.

    ...

    (...) dehors, on n'a pas d'amis.

    ...

    Elle raconte la peur, le froid, l'errance. La violence. Les allers-retours en métro sur la même ligne, pour tuer le temps, les heures passées dans des cafés devant une tasse vide, avec le serveur qui revient quatre fois pour savoir si Mademoiselle désire autre chose, les laveries automatiques parce qu'il y fait chaud et qu'on y est tranquille, les bibliothèques, surtout celle de Montparnasse, les centres d'accueil de jour, les gares, les jardins publics.

    Elle raconte cette vie, sa vie, les heures passées à attendre, et la peur de la nuit.

    ...

    Et notre silence est chargé de toute l'impuissance du monde, notre silence est comme un retour à l'origine des choses, à leur vérité.

    ...

    (...) elle dit voilà ce qu'on devient, des bêtes, des putains de bêtes.

    ...

    A partir de quand il est trop tard ? Depuis quand il est trop tard ?

    ...

    ... Il y a cette ville invisible, au coeur même de la ville. Cette femme qui dort chaque nuit au même endroit, avec son duvet et ses sacs. A même le trottoir. Ces hommes sous les ponts, dans les gares, ces gens allongés sur des cartons ou recroquevillés sur un banc. Un jour, on commence à les voir. Dans la rue, dans le métro. Pas seulement ceux qui font la manche. Ceux qui se cachent. On repère leur démarche, leur veste déformée, leur pull troué. Un jour on s'attache à une silhouette, à une personne, on pose des questions, on essaie de trouver des raisons, des explications. Et puis on compte. Les autres, des milliers. Comme le symptôme de notre monde malade. Les choses sont ce qu'elles sont. Mais moi je crois qu'il faut garder les yeux grands ouverts. Pour commencer.

    ...

    Parfois il me semble qu'à l'intérieur de moi quelque chose fait défaut, un fil inversé, une pièce défectueuse, une erreur de fabrication, non pas quelque chose en plus, comme on pourrait le croire, mais quelque chose qui manque.

    ...

    Peut-être qu'il n'y aura pas d'autre fois. Peut-être que dans le vie on a une seule chance, tant pis si on ne sait pas la saisir, ça ne revient pas. Peut-être que je viens de rater ma chance.

    ...

    On est capable d'envoyer des avions supersoniques et des fusées dans l'espace, d'identifier un criminel à partir d'un cheveu ou d'une minuscule particule de peau, de créer une tomate qui reste trois semaines au réfrigérateur sans prendre une ride, de faire tenir dans une puce microscopique des milliards d'informations. On est capable de laisser mourir des gens dans la rue.

    ...

    Moi je sais que parfois il vaut mieux rester comme ça, à l'intérieur de soi, refermé. Car il suffit d'un regard pour vaciller, il suffit que quelqu'un tende sa main pour qu'on sente soudain combien on est fragile, vulnérable, et que tout s'écroule, comme une pyramide d'allumettes.

    ...

    - On est ensemble, hein, Lou, on est ensemble ?

    Il y a une autre question qui revient souvent, et comme à la première je réponds oui, elle veut savoir si je lui fais confiance, si j'ai confiance en elle.

    Je ne peux pas m'empêcher à cette phrase que j'ai lue quelque part, je ne sais plus où : celui qui s'assure sans cesse de ta confiance sera le premier à la trahir.

    ...

    L'insomnie est la face sombre de l'imagination. Je connais ces heures noires et secrètes. Au matin, on se réveille engourdi, les scénarios catastrophes sont devenus extravagants, la journée effacera leur souvenir, on se lève, on se lave et on se dit qu'on va y arriver. Mais parfois la nuit annonce la couleur, parfois la nuit révèle la seule vérité : le temps passe et les choses ne seront plus jamais ce qu'elles ont été.

    ...

    Dans les livres il y a des chapitres pour bien séparer les moments, pour montrer que le temps passe ou que la situation évolue, et même parfois des parties avec des titres chargés de promesses, La rencontre, L'espoir, La chute, comme des tableaux. Mais dans la vie il n'y a rien, pas de titre, pas de pancarte, pas de panneau, rien qui indique attention danger, éboulements fréquents ou désillusion imminente. Dans la vie on est tout seul avec son costume, et tant pis s'il est tout déchiré.

    ...

    La vérite c'est que les choses sont ce qu'elles sont. La réalité reprend toujours le dessus et l'illusion s'éloigne sans qu'on s'en rende compte. La réalité a toujours le dernier mot. C'est Monsieur Marin qui a raison, il ne faut pas rêver. Il ne faut pas espérer changer le monde car le monde est bien plus fort que nous.

    ...

    Je ne comprends pas l'équation du monde, la division du rêve et de la réalité, je ne comprends pas pourquoi les choses basculent, se renversent, disparaissent, pourquoi la vie ne tient pas ses promesses.

    ...

    Ca ne change peut-être pas le cours des choses, mais ça fait la différence.

    ...

    Avant je croyais que les choses avaient une raison d'être, un sens caché. Avant je croyais que ce sens présidait à l'organisation du monde. Mais c'est une illusion de penser qu'il y a des raisons bonnes ou mauvaises (...), un mensonge perpétué depuis des siècles, car je sais maintenant que la vie n'est qu'une succession de repos et de déséquilibres dont l'ordre n'obéit à aucune nécessite.

    ...

    Comment ça a commencé, cette différence entre les affiches et la réalité ? Est-ce la vie qui s'est éloignée des affiches ou les affiches qui se sont désolidarisées de la vie ? Depuis quand ? Qu'est-ce qui ne va pas ?

    ...

    Avant de rencontrer No, je croyais que la violence était des les cris, les coups, la guerre et le sang. Maintenant je sais que la violence est aussi dans le silence, qu'elle est parfois invisible à l'oeil nu.

    ...

    Sommes-nous de si petites choses, si infniniment petites, que nous ne pouvons rien ?

    ...

    Et mon coeur parfois je me demande si je ne l'ai pas perdu, s'il reste une petite place, à l'intérieur de moi, avec tous ces chiffres, exponentiels. Parfois mon coeur j'ai peur qu'il n'en reste plus, ou alors un tout petit, rabougri, sec.

  • La vraie couleur de la vanille de Sophie Chérer

    culture,citation,littérature,livre,roman,biographie,esclavage,histoire,littérature jeunesseEditions L'école des loisirs - 208 pages

    Présentation de l'éditeur : Dans la nuit tropicale, un jeune garçon s'enfuit. Il s'appelle Edmond, mais n'a pas de nom de famille. C'est un garçon étrange, passionné, d'une intelligence hors du commun. Il n'a jamais appris à lire, pourtant il connaît le grec ancien. Il n'est jamais allé à l'école, mais ses connaissances en botanique égalent celles des meilleurs savants. Edmond est noir, il est né esclave. Il est orphelin, mais n'a pas connu le même sort que ses parents. A sa naissance, un homme blanc l'a pris sous sa protection, l'a aimé, l'a presque adopté. Et cet homme, ce soir, vient de le trahir. Dans sa fuite, Edmond emporte deux secrets. Le premier est un secret terrible, qu'il ne peut révéler à personne. Le second est au contraire un secret miraculeux, une découverte extraordinaire qu'il a faite lui-même, et qui peut changer le destin de son île. Mais qui croira la parole d'un enfant noir, en 1841 ? Ce livre raconte une histoire vraie. Elle se passe sur l'île de la Réunion, alors appelée île Bourbon, à l'époque où, malgré la Déclaration des droits de l'Homme, les mains coupées des esclaves ornaient encore les couloirs des maisons des maîtres, à l'époque où tout un peuple vivait et mourait dans les champs de canne à sucre.

    Et bien... Moi qui souhaitais me divertir de mes "lectures de grande" par le truchement d'un roman jeunesse, je n'ai pas choisi le plus léger. Pour autant, aucun regret ! Sophie Chérer, auteur de nombreux romans à L'école des loisirs, signe avec La vraie couleur de la vanille une biographie romancée édifiante qu'il eut été dommage de manquer.

    Ce voyage historique au coeur de l'Île Bourbon - ancienne appellation de la Réunion en hommage à la famille royale - nous plonge dans les heures les plus sombres de ce petit bout de terre de l'archipel des Mascareignes. Abordant le dur sujet de l'esclavage, ce récit est d'autant plus poignant que le jeune héros, Edmond Albius, a vraiment existé.

    Orphelin de naissance, descendant d'esclaves, Edmond a la chance d'être né au coeur de la plantation d'un maître qui, en dépit des principes d'alors, décide de l'adopter et de lui transmettre son savoir, sa passion : la botanique. Pendant de nombreuses années, l'histoire est belle. Ferréol Bellier Beaumont traite Edmond comme son égal, presque comme son fils, et lui apprend tout ce qu'il y a à savoir de la Nature. Mais quand le disciple dépasse le maître, tout s'écroule et toute l'atrocité de l'époque et de ses moeurs se met en branle... Qu'un enfant, noir et esclave de surcroît, puisse découvrir ce que tout un chacun cherche en vain depuis si longtemps, impensable, inconcevable, hors de question et triste retour à son originelle condition !

    Entre paternalisme et cruauté, Sophie Chérer offre une approche de la sinistre période de la colonisation et de ses incidences dramatiques sur d'innombrables existences. Avec un lyrisme descriptif suffisamment admirable pour être souligné, l'écrivain ouvre de surcroît une délicieuse petite fenêtre sur une discipline peu habituelle : la botanique. Mais elle rend surtout un vibrant hommage à un homme trop longtemps ignoré, pourtant initiateur des belles heures de l'Île. Une injuste spoliation que ce magnifique livre tente de réparer, ne serait-ce qu'un instant.

    Cette lecture puissante et juste est une fantastique invite à la découverte de l'Histoire et à la réflexion sur la nature humaine. Elle rappelle, c'est malheureusement nécessaire, combien le respect de chacun est fondamental. Impossible de ne pas être à la fois dévasté par cette histoire et également de se réjouir de ne plus jamais regarder la vanille du même oeil... Un texte poétique, intelligent, humain à mettre entre toutes les mains dès 13 ans !

    Extraits :

    Dans les champs de la découverte, le hasard ne visite que les esprits préparés.

    Louis Pasteur

    ...

    - ÊTRE BLANC !

    Unique réponse de Miles Davis, trompettiste et compositeur, à la question de Pannonica de Koenigswarter dans Les Musiciens de Jazz et leurs trois voeux.

    ...

    Il allait élever un enfant noir. Parfaitement ! Passionnément. Partager avec lui son savoir. Il allait damer le pion à tous ces incultes abrutis par leurs richesses, qui voulaient des ceintures toujours plus dorées, des calèches toujours plus armoriées, des robes toujours plus brodées, des colliers toujours plus emperlés, des mets toujours plus gras, qui venaient faire craquer leurs articulations et leurs bottes dans les génuflexions, dimanche après dimanche, et sans rien écouter, rien comprendre de ce qui se disait sous la nef. Qui s'apprêtaient à fêter un Noël de plus, et une Epiphanie, en faisant mine de croire qu'un Noir peut être roi, qu'un Noir peut être mage, qu'un Noir avait pu être l'un des premiers du monde à saluer leur Dieu et à le vénérer, et qui, à peine sortis de la célébration, s'en iraient recommencer à traiter les nègres comme avant, comme des rats, comme des chiens.

    ...

    Car là où les botanistes baptisaient les fleurs, les arbres et les buissons de noms sonores comme des bijoux, qui pour honorer une épouse, une fille ou une maîtresse, qui pour décorer un collègue et qui pour se flatter soi-même, les maîtres donnaient aux Noirs des noms comme des coups.

    Certains pratiquaient l'ironie. Ils les affublaient de noms de dieux, d'empereurs ou de héros, Jupiter, Zéphir, Adonis, Pompée, Charlemagne, pour mieux les traiter en sous-hommes. De noms de vertus, Minutie, Généreux, Franchin, pour mieux leur infliger leurs propres vices. De noms de villes lointaines, Coblence, Bayonne, pour mieux les clouer là, les empêcher de fuir. De noms de mois de l'année ou de jours de la semaine, Janvier, Avril, Mardi, Jeudi, pour mieux leur interdire du jouir du temps, des saisons et des heures.

    D'autres étaient plus directs. Ils les affligeaient de noms grecs dont le sens leur échappait, Philogène, Scholastique, Euphrasie, Polycarpe, ou de calembours idiots, Groné, Pacape, Monchéry, pour amuser, pour s'amuser. Pour tenir à distance. Ferréol était sûr que, si certains de ses pairs avaient pris un malin plaisir à baptiser ainsi leurs esclaves, c'était, paradoxalement, pour ne pas être tentés de les appeler vraiment. Les interpeller, c'était les considérer. Leur parler normalement, c'était faire d'eux des humains à part entière. Plus grave : dire leur nom, c'était s'attendre à les aimer.

    ...

    Il lisait l'Emile ou l'éducation, de Jean-Jacques Rousseau. Il lisait Histoire naturelle, générale et particulière, de M. Buffon. Il y puisait des idées choquantes. Celle-ci, par exemple : que les hommes qui deviennent les plus intelligents et les plus vifs d'esprit sont peut-être ceux qu'enfants on a laissés jouer sans leur lier les mains.

    ...

    Ferréol voulut parler. Il baissa les yeux sur le petit qui, au même moment, levait les siens vers lui. Ils échangèrent un sourire et Ferréol comprit soudain qu'il valait mieux se taire, que tout son n'aurait fait qu'abîmer cet instant, que, pas plus que les complicités, les caresses ne se réclament. Elles arrivent. Inattendues. Bénies. Et puis s'en vont.

    ...

    La plupart des êtres humains ne font que passer à travers la Nature. Toi, connais-la. Sens-la. Sers-la. Aime-la.

    ...

    Mais Edmond était trop noir pour les Blancs, trop blanchi pour les Noirs, trop gâté pour les brimés, trop oisif pour les travailleurs, trop soumis pour les libres, trop naïf pour les adultes, trop édifié pour les enfants. Trop intelligent pour le commun des mortels. Nulle part il n'était à sa place.

  • Le nez de Véronique de Gérard Pussey

    Editions L'école des loisirs - 42 pagesle nez de véronique.jpg

    Présentation de l'éditeur : A sa naissance, Véronique avait un gros nez, un très gros nez, un nez énorme ! Ses parents se désolaient mais Véronique, elle, était heureuse. Son entourage tentait l'impossible pour donner à ce nez une dimension "normale" et Véronique ne comprenait pas pourquoi.

    Avertissement : livre issu de l'exhumation de ma bibliothèque d'enfant ; disponible uniquement d'occasion.

    Même au temps de mes vertes années, L'école des loisirs était un éditeur de qualité. C'est ici une jolie petite histoire sur l'acceptation de soi, la tolérance, la différence et le qu'en-dira-t'on. De belles valeurs misent en mots et en dessins pour apprendre et grandir intelligemment.

    A lire par les parents ou les enfants qui aiment déjà bouquiner tout seuls. Comme toute bonne collection pour lecteurs débutants qui se respecte, les grands caractères facilitent la lecture et les illustrations imagent le texte pour appuyer la compréhension.

  • Amore 14 de Federico Moccia

    amore 14.jpgEditions Calmann-Lévy - 601 pages

    Présentation de l'éditeur : Amore 14, c’est le journal intime de Carolina, une adolescente de quatorze ans qui vit à Rome. À ce cahier, elle confie tout, ses doutes et ses espoirs, ses relations avec ses meilleures copines, les disputes dans la famille, notamment entre son frère aîné et son père. C’est vers son journal qu’elle se tourne quand son grand-père meurt, et quand son frère quitte la maison familiale après une violente scène avec son père. Mais la vie de Carolina, c’est aussi des coups de coeur. Notamment pour Massimilliano, qu’elle a rencontré dans un magasin de disques. Un seul regard et c’est le coup de foudre ! Une vision étonnante de réalisme et de candeur, qui dit tout sur l’allégresse des premiers troubles de l’adolescence, sur ses cruelles désillusions aussi, avec une exquise tendresse...

    De plus en plus de livres sont édités avec deux couvertures : l'une pour le rayon jeunesse-jeunes adultes, l'autre pour le rayon littérature grand public.

    S'agissant d'Amore 14, cette double déclinaison souligne le fait que ce choix marketing n'est pas forcément pensé pour le public mais davantage pour des intérêts financiers. En effet, le roman de Federico Moccia, aussi qualitatif soit-il, n'a pas vraiment sa place dans la littérature adulte. Formidablement bien écrit, drôle, émouvant, il n'en reste pas moins un livre à destination des jeunes demoiselles. Certes, il offre aux grandes filles l'occasion de se replonger dans leurs émois adolescents mais bon.

    Quoiqu'il en soit, ce journal intime est une bien jolie plongée dans l'âge des coups de coeur, de l'amitié à la vie à la mort, des espoirs, des doutes, des conflits parents-enfants ou frères-soeurs et tout et tout. Son héroïne peut s'avérer une très bonne amie pour accompagner les adolescentes un peu perdue dans cet âge tourmenté. D'une point du vue adulte en revanche, Carolina est un peu trop réfléchie pour son âge - ce qui en fait une jeune fille parfaite au goût des parents mais pas tout à fait crédible - et un peu trop libre de sortir comme bon lui semble - peut-être l'éducation est-elle différente en Italie... Tout en étant moral, ce roman n'en reste pas moins actuel, moderne et sans tabous. Loin d'être cucul, il est divertissant, vivifiant, intelligent, même s'il est un chouilla trop rose.

    Au final, pour les parents soucieux de mettre des lectures éclairées entre les mains de leurs filles sans les barber, ce livre est tout ce qu'il y a de plus adapté.

    Extraits :

    Septembre, j'aime bien aussi parce que tu peux te rappeler ton été. Et quel été ! L'été de mon premier baiser. OK. D'accord, ce n'est pas un titre original, mais je crois que rien n'est extraordinaire dans la vie d'une personne, sauf justement pour cette personne.

    ...

    Et vous riez encore plus fort. Vous vous regardez, tout vous fait rire, alors tu ris, tu ris et tu ris encore, et le destin a l'air d'accord avec toi, ça vaut la peine de rire un bon coup. Voilà, aujourd'hui encore, je crois que c'est un de mes meilleurs souvenirs, parce qu'on a passé un après-midi à rire tellement qu'on en avait mal au ventre. Pendant ces moments, il n'y a rien de plus beau que ces rires, tu oublies ce qui va mal et tu te sens en paix avec le monde. Alors tu arrêtes de rire, jusque encore quelques éclats nerveux, mais ensuite tu te sens satisfaite, tu soupires un grand coup, de soulagement. Voilà, c'est ça, la vie, rire comme ça, avec quelqu'un que tu aime et de qui tu te sens aimée.

    ...

    Mais parfois, il faut savoir résister à l'envie de passer un coup de fil , parce que l'autre est énervé et qu'il peut avoir besoin d'être seul, de ne parler à personne, même pas à ceux qui l'aiment.

    ...

    "Certes nous étions jeunes, nous étions arrogants, nous étions ridicules, nous étions excessifs, nous étions irréfléchis, mais nous avions raison."

    Abbie Hoffman

    ...

    "La liberté n'est pas le fait de choisir entre blanc et noir, mais de se soustraitr à ce choix prescrit."

    Adorno

    ...

    Comme je dis toujours, chacun se comporte comme il veut, inutile de trop s'en faire. Chacun suit sa route et sa façon de vivre, et même si parfois on n'est pas en syntonie, il ne faut pas juger.

    ...

    L'amour de ma vie. La personne avec qui je partage tout, qui me comprend, qui me fait rire et rêver? Vivre avec lui, se lever tous les matins en se regardant dans les yeux, partager les joies et les douleurs, les difficultés et les surprises, et l'envie de continuer année après année, toujours ensemble. J'ai de la chance, j'aime et je suis aimée. Et le quotidien n'a rien abîmé, il n'a pas fait disparaître la magie. Notre amour s'est transformé dans le temps, nous avons su le faire grandir par notre volonté. Parce qu'une histoire ne fonctionne qu'avec de l'engagement, des sentiments et de la collaboration. Les papillons dans l'estomac ne suffisent pas, comme dit Carolina. Ca, c'est le point de départ. Ensuite, il faut avoir un projet à construire.

    ...

    C'est la mort, que je ne comprends pas. Elle emporte les gens comme ça, sans qu'on puisse rien y faire. On ne peut plus jamais leur parler, les toucher, les voir, rire avec eux. Plus jamais les écouter, plus jamais pouvoir leur acheter un cadeau ou leur dire ce qu'on n'a jamais eu le courage de leur dire.

    ...

    "Il meurt lentement celui qui évite la passion / celui qui préfère le noir au blanc / les points sur les i à un tourbillon d'émotions / celles qui redonnent la lumière dans les yeux et réparent les coeurs blessés"

  • Les grandes découvertes de Jacob de Christophe Hein

    les grandes découvertes de jacob.jpegEditions Castor Poche Flammarion - 318 pages

    Présentation de l'éditeur : Jacob est un garçon très occupé. Il a des idées bien arrêtées sur le comportement des adultes. Il est entouré d'amis plutôt étonnants ! Il y a Broutou, l'âne, qui ne sait pas grand-chose mais qui pense beaucoup, le Faux-Prince, pianiste virtuose au pouvoir merveilleux, Petite-Plume d'Aigle, l'inventeur presque génial, et aussi Cathy qui adore les chevaux et Panadel le clochard qui connaît Paris comme sa poche. Ensemble, les six amis vivent de folles aventures, possibles et impossibles...

    Avertissement : livre issu de l'exhumation de ma bibliothèque d'enfant ; disponible uniquement d'occasion.

    Ce roman jeunesse est un vrai petit bonheur pour les enfants capables de lire seuls et en mesure d'appréhender le second degré. Au gré des aventures de Jacob et de sa bande de drôles d'amis, de nombreux jolis messages sont délivrés avec beaucoup de fantaisie et de poésie : l'importance de l'amitié, le caractère non honteux de l'amour, le pouvoir et la beauté de rêver, de communiquer, la chance et non le ridicule de la différence... En somme, il s'agit dun livre intelligent mais aussi propice au développement de l'imagination puisque le fantasque et le farfelu sont loin d'être exclus.

    Comme le révèlent certaines citations ci-dessous, ce livre mérite aussi d'être parcouru par les grandes personnes qui ont par trop perdu leur âme d'enfant et/ou qui ont tendance à oublier que les petits d'hommes sont aussi des personnes à part entière, qui ont des sentiments, des idées, des personnalités, des caractères... qui ont besoin d'être écoutés, entendus, considérés.

    Un joli moment de lecture qui favorise l'évasion, la détente, le développement, la douceur, bref, l'émission d'ondes positives.

    Extraits :

    Devant lui, dans l'herbe, était étendu un homme tout déguenillé. Il avait un manteau tout reprisé. Ses poches étaient bourrées à craquer, et il avait sur la tête un chapeau tout cabossé orné d'une fleur de coquelicot.

    C'était Panadel le clochard.

    Les clochards vivent partout dans le monde. Ils sont partout chez eux. Ils n'ont pas d'argent. Ils ne possèdent rien, pas même un peigne. Rien que quelques chiffons. Mais ça leur est égal. Ils n'ont besoin de rien. Simplement ils n'ont qu'une envie : ils veulent vivre et être libres. Ils aiment se promener toute la journée, se coucher dans l'herbe et se dorer au soleil. Ils sont tout le temps en vacances. Si vous leur parlez, ils vous diront qu'ils sont les rois de la terre. Il y a quelque chose de vrai dans ce qu'ils disent.

    ...

    - Quand on veut absolument arriver à quelque chose et qu'on s'en donne la peine, on y arrive. Même si on n'y comprend rien et que personne ne veut y croire.

    ...

    - C'est pourtant la vérité. Tous ces adultes, tous ces hommes, toutes ces femmes, que tu connais, ont un jour été de petits garçons et de petites filles. Ils ont été aussi grands que toi, aussi courageux, aussi peureux. Ils ont eu des amis gentils et méchants. Ils ont ri. Ils ont pleuré. Il leur est arrivé parfois de se sentir bien seuls.

    Jacob me regarda.

    - Alors, dis-moi pourquoi presque tous les adultes font toujours semblant d'être depuis toujours de grandes personnes ?

    - Je ne sais pas Jacob.

    - Ils font comme s'ils avaient toujours su tout faire.

    - Je sais, répliquai-je, mais ils n'ont pas toujours été comme ça. Il leur est arrivé de montrer qu'ils ne savaient pas tout faire. Ils ont adoré passer la journée à rêvasser. C'était il y a bien longtemps. On a peine à y croire, et c'est pourtant la vérité. Et c'est vrai qu'il est parfois difficile de croire à la vérité. Je n'y peux rien, c'est comme ça.

    ...

    - Je crois qu'il faudrait que les adultes rient ou pleurent un peu plus souvent. Malheureusement beaucoup ont oublié qu'ils ont été jeunes un jour. Et c'est très grave. Ca fait qu'ils sont incapables de comprendre les enfants. Ils les grondent, leur parlent méchamment. Ils savent tout juste dire : fais ci, fais ça, touche pas à ça ! Arrête ! Comme si on avait le droit de traiter les enfants comme des chiens.

    Jacob me regarda. Que pouvais-je ajouter ? Il avait raison. Les adultes qu'il décrivait existent. Heureusement qu'il y en a d'autres qui n'ont pas oublié qu'ils ont un jour été enfants. Si l'on fait une bêtise, ils se mettent à rire et disent : "Allez, ce n'est pas grave, ça peut arriver à tout le monde. Pour un perdu, deux retrouvés." Ce sont les plus gentilles personnes.

    ...

    - C'est-à-dire, euh, que, euh, qu'il fait faire des sacrifices pour son métier. L'un te promet monts et merveilles. L'autre te trompe. Tout ça, ce sont des sacrifices et des devoirs. Tu ne peux pas imaginer les bêtises que les gens sont obligés de faire pour exercer leur métier.

    ...

    Jamais un rêve n'est trop grand. Il rentre partout, même dans la plus petite chambre d'enfant. Il n'appartient qu'à moi, et je ne le perdrai jamais.

    ...

    Il n'y a contre l'amour aucune médication possible. Et les amours malheureuses sont des cas désespérés.

    ...

    - Tu me plais.

    - Oh ! j'en suis heureux, dis-je, et puis-je savoir pourquoi ?

    - Parce que tu t'es rendu compte que tu me dérangeais et que tu es parti aussitôt. La plupart des adultes savent faire la remarque quand les enfants les dérangent, mais ils sont incapables de se rendre compte qu'ils peuvent aussi déranger les enfants.