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guerre - Page 2

  • Rainbow Warriors d'Ayerdhal

    Sortie en librairie ce jour.rainbow warriors.jpg

    Éditions Au Diable Vauvert - 523 pages

    Présentation de l'éditeur : Mis à la retraite sur requête du bureau ovale, le général de division Geoff Tyler se voit proposé par l’ancien secrétaire général des Nations Unies de reprendre du collier à la tête d’une armée privée financée par des célébrités de toutes obédiences. Son objectif : renverser le dictateur d’un État africain, soutenir le gouvernement transitoire le temps de la rédaction d’une constitution démocratique, et permettre la tenue d’élections en bonne et due forme. Ses moyens : à lui de les définir, l’argent n’est pas un problème. Son effectif : Un encadrement d’une centaine de professionnels et 10 000 soldats dont il faut parfaire la formation. Jusqu’ici tout va bien. Il y a toutefois un détail. Cette armée est presque exclusivement constituée de LGBT. Lesbian, Gay, Bi, Trans.

    Ma note :

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    Broché : 20 euros

    Ebook : Tome 1 gratuit - Tomes 2 à 8 à 0,99 euros

    Ebook version complète disponible le 2 mai 2013 : 7,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Au Diable Vauvert pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Attention, coup de coeur. Énôôôrme révélation ! La découverte de ce prodige signé Ayerdhal dont je n'avais jamais encore croisé le nom alors même qu'il est l'auteur de plus de vingt romans, deux fois lauréat du Grand Prix de l'Imaginaire et récompensé en 2011 par le Prix Cyrano pour l'ensemble de son oeuvre, m'a convaincue de me plonger sérieusement dans la bibliographie de ce lyonnais.

    Rainbow Warriors n'est pas un simple page turner. C'est LE livre à ne manquer sous aucun prétexte. Derrière un pitch loufoque d'un point de vue hétéro-macho - une armée de 10 000 "gouines, pédés, à voile et à vapeur et... euh... trans" (Général Geoff Tyler) pour renverser une dictature africaine ! - se cache un féroce chef-d'oeuvre d'humour et d'impertinence politique.

    Du rire aux larmes, de la comédie au drame, de la légèreté à la profondeur, l'on passe par tous les états à la lecture de cette satire inclassable. D'une intelligence constante, elle amène à réfléchir sur la nature humaine, l'ingérence militaire sous prétexte humanitaire, la solidarité à l'échelle mondiale, la défense inconditionnelle des droits de l'Homme, etc. Critique unique en son genre, elle ravira les inconditionnels de la géopolitique, de la stratégie militaire ou des services secrets et ne manquera pas de glacer de vérité les béotiens tel que moi en les faisant passer de l'autre côté du miroir aux alouettes.

    Et si l'on décidait d'être lucides ? Et s'il suffisait de croire à la liberté pour que le monde change ? Plus que jamais inscrit dans l'actualité à l'heure où une frange fangeuse de la population cherche à priver du droit à l'amour une autre partie de la population, Rainbow Warriors, écrit façon 99 francs de Beigbeder en utilisant de faux noms dissimulant à peine ceux de personnes bien réelles, est un bijou littéraire comme il y en a peu, dont on sort grandi intellectuellement et humainement. Un lieu commun n'est pas coutume : OLNI à lire de toute urgence !

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    99 F de Frédéric Beigbeder

    Extraits :

    À toutes celles et à tous ceux qui, partout dans le monde, sous prétexte de leurs préférences sexuelles ou de leur genre, qu'ils aient choisi celui-ci ou pas, sont privés du droit premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme. "Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité."

    ...

    C'était en Amérique centrale, lors d'une de ces guerres que les livres d'histoire ne nomment pas, dans laquelle le Pentagone tait que des soldats américains étaient engagés, dont les médias n'ont jamais dit que la plupart d'entre eux ne sont pas revenus. Ce n'est pas que personne ne sait, c'est que personne ne veut savoir. Dans les vallons du cimetière d'Arlington, la guerre a ce goût depuis que Roosevelt est mort : quand on l'appelle par son nom, c'est pour cacher qu'on se livre à l'annexion. Le temps de prendre une déculottée, comme au Vietnam, ou de mettre un gouvernement de paille en place, comme partout ailleurs.

    ...

    On peut manipuler les peuples, pas décider de leur destin.

    ...

    LGBT. Maintenant Geoff sait ce que cela signifie. Lesbian, gay, bi, trans, même s'il dirait plutôt gouines, pédés, à voile et à vapeur et... euh... trans, parce qu'il manque un petit peu de vocabulaire sur le sujet. Et ce n'est pas qu'il soit homophobe ou...euh... intolérant, c'est juste qu'il aime bien appeler un chat un chat et que...

    ...

    - Ne vous réjouissez pas. Nous n'en reviendrons pas toutes et celles qui reviendront seront traumatisées et peut-être pas entières. Merde, nous ne partons pas pour une gay pride !

    ...

    Je comprends bien l'utilité des rangers, sergent. Elles sont étanches, solides, antichocs et elles limitent les traumatismes articulaires. Mais, outres que c'est une offense pour l'ouïe sur certains terrains, la vision en toute occasion et l'odorat quand on les enlève, elles sont impossibles à lacer rapidement en cas d'urgence, elles martyrisent l'épiderme, brutalisent la malléole, fatiguent la jambe et mettent à la torture certains ligaments parce qu'elles ne sont conçues que pour la randonnée et la chute des avions. Saperlipopette en latex ! Personne n'a jamais eu l'idée de passer un coup de téléphone aux fabricants de chaussures de ski. Parce que, côté fermeture, modulations de la dureté, changement de l'inclinaison et confort du chausson, ils ont déjà tout inventé. Pour le design, je vous l'accorde, il vaudrait mieux s'adresser à Kenzo.

    ...

    Et ce n'est pas avec les nouvelles arrivantes que le camp va se délurer ! Outre qu'elles sont aussi homos qu'eux, elles ont l'air à peu près aussi drôle qu'un bataillon MLF s'abattant sur une délégation de publicistes venus chercher pitance à la désignation de Miss Univers.

    ...

    Le regard de Koffane plonge dans celui de Tyler. C'est le regard d'un homme qui connaît l'humanité sous toutes ses facettes et qui a décidé de l'aimer quand même.

    ...

    In G, I billow like a light sail

    On the mast that makes up ship

    When, together we are on the trail

    That makes our love spring from the deep

    But in the streets I cannot kiss your lips

    Big Brothers watch us and see great rips

     

    No desire, no brain, no sex control

    No gender, no choice ; no love control

    We don't need your permission

    Choir : You don't have to authorize

    We don't need legislation

    Choir : You don't have to legislate

    We don't need to be released

    Choir : You don't have to liberate

    We don't need to be included

    Choir : You don't have to reinstate

    We don't need to be absolved

    Choir : You don't have to absolve us

    Being Human is not a right

    Nor a privilege, nor a fight,

    L.G.B.T. are a few letters

    In humanity's great book

    On which you just may have a look

    But don't decide what mankind prefers

     

    In B, my hands play on both keyboards

    To accompany baritone

    Or soprano until explosion

    My way is swinging on all the roads

    But AC/DC may not be persons

    Big Brothers watch us and see demons

     

    In T, il I just could read the leaves

    I would see my desperate loves

    Become the pleasure I will receive

    And will make me flying like a dove

    But we can't have a social existence

    Big Brothers watch us and see offence

     

    No desire, no brain, no sex control

    No gender, no choice ; no love control...

    ...

    - L'apparence est illusion. (...) L'apparence, c'est parfois l'illusion que l'on veut montrer, de soi aux autres. (...) C'est l'illusion que l'on se fait de soi-même, la tromperie qui nous arrange, avec laquelle on dérange. (...) L'apparence, c'est surtout ce qu'on voit. C'est ce qui nous plaît ou nous rebute, nous rassure ou nous choque, mais toujours ce qu'on interprète selon notre éducation, notre expérience, nos sentiments, nos croyances, nos certitudes. L'apparence n'est rien. Mais si l'on s'y arrête, sur la foi ou la conviction de nos seules références, les émotions qu'elle provoque peuvent être infiniment dangereuses.

  • Rescapé de Sam Pivnik

    culture,citation,littérature,livre,biographie,document,témoignage,guerre,shoah,angleterreÀ paraître le 10 janvier 2013.

    Auschwitz, la marche de la mort et mon combat pour la liberté

    Éditions Fleuve noir - 326 pages

    Présentation de l'éditeur : Sam Pivnik est l'un des tout derniers survivants de la Shoah. Un miraculé. Il a à peine 13 ans lorsque les nazis envahissent la Pologne et sa ville, Bedzin, en 1939. Pour la communauté juive, c'est le début de la vie en ghetto, les privations, les humiliations, les violences arbitraires, la peur, les rafles. Puis en 1943, Sam est déporté avec son père, sa mère, ses deux soeurs et ses trois frères cadets au camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. Il est le seul à échapper aux chambres à gaz. Il n'a que 16 ans. Porté par une volonté de vivre hors du commun, il travaille alors successivement au déchargement des trains à leur arrivée au camp, sur la funeste Rampe de la mort, puis dans la mine de Fürstengrube, avant de connaître les Marches de la mort et de survivre au bombardement accidentel du paquebot Cap Arcona par la RAF... Aujourd'hui âgé de 86 ans, Sam Pivnik raconte son histoire pour la première fois : un témoignage saisissant à destination des générations futures, pour ne jamais oublier que cela a eu lieu, que des millions d'hommes, de femmes et d'enfants n'en sont jamais revenus.

    Ma note :

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    Broché : 19,90 euros

    Ebook : 13,99 euros

    Si le XXe siècle fut riche de découvertes, de progrès, d'innovations en tous genres, il fut également le théâtre d'évènements historiques tragiques incomparables ayant donné naissance à un courant littéraire dont n'importe quel lecteur se serait volontiers passé : la littérature concentrationnaire.

    L'homme ayant réussi à repousser les limites de l'atrocité, de l'innommable, il fallait bien un genre littéraire à part entière pour aborder l'expérience des camps. Quelque soixante-dix années après la fin de l'une des horreurs les plus absolues de l'Histoire, l'on ne compte plus les ouvrages qui témoignent de cette sombre période, dont certains sont devenus de véritables classiques parfois étudiés dès le collège, tel Primo Levi avec Si c'est un homme pour n'en citer qu'un.

    Outre les révisionnistes et autres négationnistes, ces nombreux livres ont eu leur part de détracteurs arguant du manque de style ou de l'écriture lourde de cette littérature. Attaques auxquelles certains auteurs ont rétorqué très justement que ces écrits n'avaient pas pour ambition d'être des oeuvres littéraires dans l'acception esthétique du terme mais des témoignages puissants de l'abomination, de la souffrance. Et d'ajouter combien il est difficile de trouver les mots justes, combien le langage est, si ce n'est impuissant, du moins limité pour qualifier l'inhumanité, l'irréalité de ces univers abjects. Mais malgré tout, de nombreuses victimes ont tenu à surmonter autant que faire se pouvait les limites du verbe afin de transmettre une idée de leur calvaire, une idée forcément partielle, mais une idée présente, une idée vivante, une idée que l'infamie n'est pas parvenu à anéantir.

    C'est dans cette optique de crier la vie que Sam Pivnik livre, entre expérience personnelle et données historiographiques générales, son approche du cauchemar nazi, de la libération, de la création d'Israël et du combat sionniste. Alors certes, Rescapé est un énième témoignage qui n'apporte pas grand chose de plus que ses prédécesseurs si ce n'est, excusez du peu, contribuer, nécessairement, fondamentalement, essentiellement, à ce que l'on appelle le devoir de mémoire.

    Un récit tout en retenue, entre défauts d'une mémoire qui ne veut pas trop se souvenir et indispensable pudeur, qui ne peut laisser indifférent.

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    Tant que je serai noire de Maya Angelou

    Retour à Killybegs de Sorj Chalandon

    Extraits :

    Et nous commençâmes à remarquer la fréquence accrue des trains de marchandises qui cliquetaient et ahanaient à l'aiguillage situé à proximité de Modzewojska. Des wagons de fret, en bois, qu'on voyait quotidiennement si l'on vivait près du chemin de fer, transportant du bétail, des porcs, des moutons ou de la volaille vers l'abattoir. Mais ceux-ci étaient différents. Il y avait des cadenas posés sur les portes coulissantes et du barbelé devant les trous d'aération.

    ...

    J'étais à un mois de mon dix-septième anniversaire et je rampais dans une grenier surchauffé dans la pénombre en buvant de l'urine et en écoutant les sanglots de mes frères et soeurs tandis que dehors les Allemands tiraient sur mon peuple.

    La fin du ghetto. La fin de tout ?

    ...

    S'il devait se passer quelque chose, c'était maintenant. Notre groupe ne comptait pas beaucoup d'hommes. Mon père avait la cinquantaine - je le prenais pour un vieillard, à l'époque - et moi seize ans. Que pouvions-nous faire ? Foncer sur les rangs SS ? Sauter sur la voie et s'enfuir ? Tout le monde avait une famille - des femmes, des mères, des enfants. Pourtant, lors de notre chaotique embarquement à bord de ce train, on aurait pu tenter quelque chose. Mais il ne se passa rien. Nous attendîmes commes des moutons (...).

    ...

    Si je n'avais pas été si terrifié, si démoralisé, l'efficacité glaçante du lieu m'aurait impressionné. Déhumanisé en moins de deux heures.

    ...

    A Auschwitz comme dans tous les camps de concentration, l'ordre naturel des choses était inversé. Dans l'univers contre-nature du génocide, la pire racaille tenait les rênes ; les fous géraient l'asile.

    ...

    La mesure du temps. On ne se rend pas compte à quel point on en a besoin avant d'en être privé. A l'école, la sonnerie rythmait l'existence. A la maison, il y avait le rituel immuable des repas pris ensemble, même à Kamionka. A l'usine, on pointait en arrivant et en partant. A Auschwitz, il n'y avait pas d'horloge et on travaillait jusqu'à ce qu'on nous dise de cesser, ou qu'on tombe d'épuisement.

    ...

    On était responsable de son matériel, et coupable de sa disparition. Je n'ai vu aucun homme de Bedzin voler quoi que ce soit, mais nous savions tous que nous étions prêts à voler, si les circonstances l'exigeaient, parce que c'était la nature du camp - la loi de la jungle.

    ...

    Je suis abasourdi aujourd'hui de constater la vitesse avec laquelle la routine du Bloc quarantaine devint un mode de vie à part entière.

    ...

    Une femme consciente de ce qui allait se produire se lança dans un strip-tease au profit des SS. Cette femme avait été danseuse avant toute cette folie et deux hommes, l'Unterscharfürher Josef Schillinger et le Rottenfürher Wilhelm Emmerich, furent captivés par ses mouvements giratoires assez longtemps pour qu'elle s'empare du pistolet de Schillinger dans sa gaine et fasse feu plusieurs fois sur les deux Allemands. Puis elle retourna dans la foule des femmes à demi-nues et une bagarre éclata, pendant laquelle la tâche ardue et sans gloire d'évacuer leurs camarades blessés et le Sonderkommando échut aux SS.

    Ils gazèrent immédiatement celles qui étaient déjà dans la chambre, et fauchèrent les autres à la mitrailleuse. Je n'ai jamais réussi à retrouver le nom de cette femme, mais elle devint une héroïne pour nous tous, (...).

    ...

    Je possède une photo de moi, prise peu de temps après la fin de la guerre. J'ai dix-huit ans. C'est la seule photo qui ait un vague rapport avec mon enfance. Toutes les autres - du reste, il n'en existait certainement pas beaucoup - avaient été jetées et détruites par les nazis dans leur tentative d'anéantir ma vie et, plus généralement, tout un mode de vie. Sur cette photo mes cheveux ont suffisamment repoussé pour que je puisse tracer une raie dans mes boucles.

    "Il a l'air d'aller bien, diraient les révisionnistes d'aujourd'hui dans leur dénégation de l'Holocauste. Si l'on considère ce qu'il est censé avoir traversé."

    ...

    De toutes les émotions qui tourbillonnaient dans nos têtes durant ces premiers jours de liberté, la plus forte était l'instinct de vengeance.

    ...

    L'uniforme SS avait été jeté aux orties, et sa démarche élégante et hautaine avait suivi le même chemin. Il n'y avait plus d'Oberscharfürher, et en lieu et place de celui-ci, il y avait ce vieux Max Schmidt, fils de fermier, qui s'asseyait parmi nous.  (...) Il nous rejoignit à table et bavarda avec nous de choses anodines comme si nous étions tous de vieux copains en pleines retrouvailles d'après-guerre. (...) Son comportement me glaçait le sang. La guerre avait-elle eu lieu ? Auschwitz avait-il jamais existé ? Ces trois dernières années avaient-elle fait des victimes ? C'était invraisemblable.

    ...

    Au fond, je me demandais, en ce début 1945, ce que j'allais faire du reste de ma vie. J'avais déjà vécu les proverbiales neuf vies du chat comme l'assure le dicton, et je n'avais pas encore vingt ans.

    ...

    (...) Harry Truman, devint le premier dirigeant international à reconnaître le nouvel État. Nous n'avions plus qu'à nous battre pour le défendre.

    ...

    Lorsque sa femme lui demanda si on gazait vraiment les gens à Auschwitz-Birkenau, il écrivit : "Au printemps 1942, beaucoup de gens dans la fleur de l'âge passèrent sous les arbres en fleurs de la ferme et de ses dépendances sans avoir aucune prémonition de leur mort prochaine." Comme il est plaisant de noter qu'un des massacreurs les plus efficaces de l'Histoire était aussi - presque - un poète. On pendit Rudolf Höss devant le Bloc II d'Auschwitz I - le Bloc de la mort, où tant de gens avaient péri sur son ordre.

    ...

    L'expérience de l'Holocauste était si douloureuse et destructrice qu'il est probablement impossible à quiconque aujourd'hui de la saisir dans sa totalité.

  • Egon Schiele Vivre et mourir de Xavier Coste

    Editions Casterman - 72 pagesegon schiele.jpg

    Présentation de l'éditeur : Dans l'ombre menaçante d'une Première Guerre mondiale, Vienne étale sa splendeur artistique. Un jeune homme ardent et fébrile se jette à corps perdu dans la peinture, encouragé et soutenu par Gustav Klimt. Egon Schiele pense pouvoir vivre et peindre en toute liberté, mais il va se heurter à ceux qu'il scandalise. "Je suis à bout, je vous dis, je me sens si misérable ! J'ai passé 24 jours en prison, n'êtes-vous pas au courant ? J'ai tout souffert..."

    Depuis longtemps, les trois images présentées ci-dessous ont une place privilégiée sur mes murs ou mes fonds d'écran. Pour autant, je ne connaissais pas grand chose - pour ne pas dire rien - de l'existence d'Egon Schiele (prononcer chi-leu). C'est donc sous la plume et le pinceau de Xavier Coste que j'ai pu amorcer ma découverte biographique de cette figure de proue de l'art moderne autrichien.

    Ce portrait romancé prend le parti de ne faire aucune évocation au patrimoine artistique du peintre, fourni malgré sa disparition précoce (1890 - 1918), fauché par la grippe espagnole. Privilégiant le rapport de l'esthète dandy aux femmes, aux critiques et à ses pairs, il offre la vision d'un homme excessif, tourmenté, aussi détestable que fascinant. Bref, un artiste, avec tout ce que cette définition implique de talent, d'égo et d'émotion. Un homme qui révolte mais auquel on s'attache.

    Le graphisme élégant et sombre est un hommage sensible et percutant à ce peintre provocant qui fit scandale à son époque. Xavier Coste livre ici une première oeuvre époustouflante, augurant un talent à surveiller de près.

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  • Cris de Laurent Gaudé

    cris.jpgEditions Actes Sud - 126 pages

    Présentation de l'éditeur : Ils se nomment Marius, Boris, Ripoll, Rénier, Barboni ou M'Bossolo. Dans les tranchées où ils se terrent, dans les boyaux d'où ils s'élancent selon le flux et le reflux des assauts, ils partagent l'insoutenable fraternité de la guerre de 1914. Loin devant eux, un gazé agonise. Plus loin encore retentit l'horrible cri de ce soldat fou qu'ils imaginent perdu entre les deux lignes du front : " l'homme-cochon ". A l'arrière, Jules, le permissionnaire, s'éloigne vers la vie normale, mais les voix des compagnons d'armes le poursuivent avec acharnement. Elles s'élèvent comme un chant, comme un mémorial de douleur et de tragique solidarité, prenant en charge collectivement une narration incantatoire, qui nous plonge, nous aussi, dans l'immédiate instantanéité des combats, avec une densité sonore et une véracité saisissantes.

    Si j'avais été séduite par le portrait chaotique de la Nouvelle-Orléans dressé dans Ouragan, j'ai été complètement bouleversée par la puissance évocatrice saisissante de Cris. Comment rester de marbre au son de ces voix d'outre-tombe ou presque qui, du front ou depuis l'arrière, rescapées ou à l'agonie, sont irrémédiablement ravagées par cette Première Guerre Mondiale.

    En passant, en de cours paragraphes, du récit d'un poilu à celui d'un autre, Gaudé crée un discours saccadé qui prend aux tripes, se faisant l'écho d'une atmosphère d'épouvante difficilement concevable : le souffle des hommes, le sifflement des obus, les hurlements de douleur, le silence de la mort... Aussi différents soient-ils les uns des autres, tous les hommes sont unis dans l'horreur et tous oscillent entre courage, peur ou encore folie.

    Ce roman, court mais à la densité incomparable, n'est certes qu'une fiction, mais le talent de Gaudé, l'authenticité de son imagination, l'exactitude de ses évocations... Bref, l'incroyable dimension réaliste du roman l'érige en véritable recueil commémoratif qui le confond avec un ouvrage historique. Un très bel hommage aux disparus, aux Gueules cassées et à ceux dont les séquelles sont invisibles, qui relate si justement l'atrocité et l'absurdité de la guerre. De toutes les guerres.

    Extraits :

    Tu me crois la marée et je suis le déluge.

    Victor Hugo

    ...

    Il faut que je respire calmement. C'est ce qu'on dit toujours. C'est ce que j'ai dit chaque fois que je me suis retrouvé avec un type au creux des bras qui hurlait de douleur, qui beuglait comme un animal saigné au jarret, je lui disais : "Calme-toi, respire, concentre-toi sur ta respiration, calme-toi camarade, on est là, il ne faut pas que tu t'énerves, ça ne fera qu'empirer les choses." A combien de types j'ai dit ça ? A combien de types qui sont morts quelques minutes plus tard ? Ils crèvent, là, d'un coup. Ils crèvent et on le sait parce qu'on les tient bien serrés contre soi et que, le dernier sursaut, on le sent partir des pieds et ébranler tout le corps, et il n'est pas besoin d'être médecin pour savoir que c'est la fin. Un tel sursaut de tous les muscles, c'est forcément la reddition de la chair. C'est comme une dernière éruption de vie et puis plus rien. Plus rien. La mort.

    ...

    Nous sommes tous les trois sains et saufs. Boris, Jules et moi. Tous les trois en vie. Oui. Mais plus vieux de milliers d'années.

    ...

    Est-ce qu'ils comprennent d'où je viens en me regardant passer ? Est-ce qu'ils voient, à la façon dont j'avance, que je suis plus vieux qu'eux de milliers d'années ? Je suis le vieillard de la guerre qui rase les parois des tranchées. Je suis le vieillard de la guerre qui n'entend plus rien et marche tête baissée. (...) Je me fraye un passage. Nous sommes si peu à prendre le train dans l'autre sens. Je me fraye un passage au milieu de ceux qui vont me succéder. Ils ne tarderont pas à me ressembler. Je garde la tête baissée. Je ne veux pas qu'ils me voient. Je ne veux pas leur laisser voir ce que sera leur visage épuisé. Je suis le vieillard de la guerre. J'ai le même âge qu'eux mais je suis sourd et voûté. Je suis le vieillard des tranchées, je marche la tête baissée et monte dans le train sans me retourner sur la foule des condamnés.

    ...

    Je suis sauf. Je pars pour Paris. Et à chaque seconde, à chaque mot que je prononce, les tranchées s'éloignent de moi un peu plus. Mais d'où me vient, alors, cette indéfinissable envie de pleurer ?

    ...

    J'étais une bête et je ne me souviens plus. J'étais une bête et je n'oublierai jamais.

    ...

    Nous n'avons pas le temps. Le sang nous est compté.

    ...

    Il était immobile et silencieux. Le regard vide. Il ne dira plus un mot. Plus jamais. Je le sens. Une vie de silence. A rester des heures entières assis sur son lit. Secoué de tics. Pleurant parfois. Il ne saura plus dormir. Ses lèvres trembleront jusqu'à sa mort. Comme s'il prolongeait, en son esprit, le dialogue animal avec l'homme des tranchées.

  • Indignation de Philip Roth

    indignation.jpgEditions Gallimard - 238 pages

    Présentation de l'éditeur : Nous sommes en 1951, deuxième année de la guerre de Corée. Marcus Messner, jeune homme de dix-neuf ans d'origine juive, poursuit ses études au Winesburg College, dans le fin fond de l'Ohio. Il a quitté le New Jersey où habite sa famille, dans l'espoir d'échapper à la domination de son père, fou d'angoisse à l'idée que son fils bien-aimé entre dans l'âge adulte. En s'éloignant de ses parents, Marcus va tenter sa chance dans l'Amérique des années 1950. L'inconnu s'offre à lui, avec son cortège d'embûches et de surprises. Avec ce roman d'apprentissage, Philip Roth poursuit son analyse de l'histoire de l'Amérique, celle des années cinquante, des tabous et des frustrations sexuelles, et de son impact sur la vie d'un homme jeune, isolé, vulnérable.

    Une inconditionnelle de la littérature américaine comme moi ne pouvait pas raisonnablement continuer sa vie livresque sans passer par la case Roth. Ce manquement indigne est enfin réparé. C'est une délicieuse découverte qui augure je l'espère de nombreuses tout aussi plaisantes lectures au regard de l'importante production de l'auteur.

    Dans ce roman d'apprentissage, l'on découvre les risques de l'émotivité adolescente, le tout intégré dans une période historique particulièrement dévastatrice. Le ton naïf du narrateur tranche avec la profondeur dramatique du récit. Roth nous ouvre une fenêtre sur les Etats-unis, la société, l'université au travers de la vie d'un jeune homme, de ses émois et de ses ambitions. Mais la vie n'est jamais celle que l'on décide... surtout quand l'amour, quel qu'il soit, se révèle aussi toxique que puissant.

    Un roman émouvant qui surprend, qui émeut, qui rappelle ce que l'on a tous traversé et ce à quoi l'on a échappé. Magnifiquement bouleversant.

    Extrait :

    C'était une vieille fille grisonnante, ronde, entre deux âges, qui s'appelait Miss Clement, le parangon de l'infirmière à l'ancienne, attentionnée, parlant d'une voix douce. Elle portait même une coiffe blanche amidonnée, contrairement à la plupart des infirmières plus jeunes de l'hôpital. Quand j'avais dû utiliser le bassin pour la première fois, après l'opération, elle m'avait tranquillement rassuré en disant : "Je suis là pour vous aider tant que vous avez besoin, pour le moment c'est de ça que vous avez besoin, il n'y a rien là d'embarrassant", et pendant tout ce temps elle me glissait le bassin en douceur, puis elle m'essuyait avec du papier toilette humide, et à la fin elle enlevait le bassin qui contenait ma fange, puis elle me réinstallait sous les draps.