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femme - Page 2

  • Homo erectus de Tonino Benacquista

    Editions Gallimard - 269 pageshomo erectus.jpg

    Présentation de l'éditeur : Imaginez une confrérie informelle qui réunit exclusivement des hommes, venus se raconter, en quelques mots ou en quelques heures, leurs histoires d’amour, sentimentales ou sexuelles. Des
    histoires qui, ainsi racontées, accèdent au rang de fictions. Des témoignages bruts, aussi, puisque l’histoire de chacun ne donne lieu à aucun débat, à aucune remarque : on raconte et on s’en va, tandis que les autres écoutent et se taisent. De la brève rencontre à l’attachement sentimental, ces récits viennent ponctuer trois histoires particulières qui illustrent chacune un aspect paradoxal des relations homme-femme. Il y a ainsi l’homme qui est devenu « invisible » aux yeux des femmes, enfermé dans une douloureuse solitude qui vire à la dépression, lorsqu’une inconnue fait intrusion chez lui et décide de s’y installer sans lui demander son avis. A tout prendre, cette compagnie forcée vaut-elle vraiment mieux que la solitude ? Autre récit, celui du mari trompé, dont l’infortune conjugale est le drame de sa vie. Pour se venger de l’infidèle, il décide de ne fréquenter que des prostituées, de manière tout à fait rationnelle et organisée, d’ailleurs, puisqu’il y consacre un budget mensuel bien établi. Va-t-il parvenir à s’accomplir à travers cette diversité de femmes ? Autre histoire complexe que celle de l’intellectuel quelque peu médiatique qui se passionne pour les « people », au point de tomber amoureux d’une top-model. Quelles extravagances spectaculaires vont-elles bien pouvoir sortir de ce choc culturel entre le paraître et l’intériorité ? Un roman aussi drôle que tendre, qui décortique avec brio les cas de figure les plus épineux, et les plus inédits de la relation amoureuse.

    Comme à son habitude quoique dans un style et un rythme tout autres, Tonino Benacquista nous entraîne dans une histoire extrêment originale d'une plume habile, magnifique, captivante. Contraitement au titre un poil racoleur, l'auteur aborde de belles et tristes amours du point de vue des hommes avec une infinie finesse, beaucoup de poésie, de philosophie, d'humanité. De quoi opérer un enrichissant retour sur ses propres affres amoureuses et observer, si besoin était, qu'aucune histoire ne se ressemble et que toutes sont à la fois identiques dans leur absence de vérité préétablie. Un texte vraiment profond qui prend aux tripes.

    Extraits :

    Après plusieurs semaines de soins palliatifs à l'hôpital de Villejuif, sa femme venait de mourir dans ses bras. Il raconta l'événement comme s'il s'agissait d'une adolescence inversée, à cette époque de la vie où tout est une "première fois" : la première cigarette, la première lettre d'amour, le premier baiser. Dans cette chambre aseptisée, sa femme et lui venaient de vivre une douce et belle série de dernières fois, le dernier rire à deux, le dernier verre d'alcool, le dernier baiser. Il lui avait lu in extenso le roman d'un auteur qu'elle appréciait : le tout dernier livre de sa longue vie d'ardente lectrice.

    ...

    Il était curieux de cette thérapie de groupe sans thérapeute, cet étonnant bureau des pleurs masculins, cette occulte et mâle congrégation à laquelle on pouvait accéder sans rite d'intronisation, sans cooptation, sans enquête préalable. Il s'était présenter, prêt à dégainer son sens critique ou à colporter de savoureux sarcasmes auprès de son entourage. En fait, il venait de partager un rare moment de tolérance, échappant à toute grille de lecture, aux dogmes les plus fumeux.

    ...

    Jadis, il avait développé toute une théorie sur l'adultère dans les classes populaires, bien plus délicat et complexe que dans les autres. Dans les milieux culturellement forts, comme le sien, on le cinsidérait comme une dimension inhérente au couple, une sorte de dérivatif inévitable, que le discours savait commenter et relativiser ; on y croisait des Emma Bovary, des Don Juan, et l'on comptait souvent sur la littérature pour légitimer un coup tiré en douce. Chez les grands bourgeois, on prenait l'adultère pour un mal nécessaire, à ranger dans le même tiroir que les maladies vénériennes : ça tombait tôt ou tard, mais ça se soignait. En revanche, pour ceux qui n'avaient recours ni au luxe ni au romanesque, la chose se compliquait de modalités pratiques, recherche d'un lieu pour abriter les ébats, jonglerie avec un emploi du temps souvent réglé au quart d'heure. Plus que d'adultère, il s'agissait de cocufiage, vécu dans la honte et la trahison. Le cinq à sept sombrait dans la tragédie grecque, et la liaison durable dans le crime de bigamie.

    ...

    Comment avait-il pu être si radical, si impitoyable avec une femme qu'il aimait tendrement jusqu'alors ? Une telle intransigeance paraissait démésurée, injuste. Quel noir sentiment était assez fort pour détruire le bonheur manifeste ? Philippe l'imaginait si bien, cette Pauline, reine d'un soir, perdant le contrôle de ses émotions. Comment ne pas comprendre que l'écart de cette nuit-là ne s'était pas produit par hasard mais au moment où, dans son tout nouveau foyer, elle allait fonder une famille. Et cette aventure-là se déroulerait si vite que, sans s'annoncer, l'âge mûr viendrait la relever de sa mission. Comment ne pas deviner que le symbole de cette incartade comptait bien plus que le frisson ? Comment ne pas admettre que cette folie d'une nuit était sans doute la dernière audace d'une jeune femme sur le point de tout donner, et avec bonheur, au quotidien des siens ? Comment refuser le pardon à une femme aimée quand on reconnaît le droit à l'erreur à ceux qui jamais ne devraient en commettre ? Quand on accorde des circonstances atténuantes à des meurtres de sang chaud ?

    ...

    - Il y a pourtant une ombre au tableau. Emilie et moi ne nous aimons pas à la même vitesse. Il ne s'agit pas d'une différence d'intensité mais de style. Je suis passionnée, Emilie est réfléchie. J'anticipe le moment à venir, elle goûte l'instant présent. Je l'appelle dix fois par jour, elle pense que les mots se vident à force d'être répétés. J'aime savoir tout ce qu'elle fait, Emilie ne me pose aucune question. Je veux connaître ses amis, elle m'encourage à faire la fête avec les miens. Toutes mes phrases sont pleines de jamais et de toujours, elle pense que l'absolu n'existe pas. Au fil des mois, je me suis demandé si tant de disparités ne révélaient pas quelque chose de plus profond. N'allaient-elles pas se cristalliser à la longue et s'insinuer entre nous au point de contredire ce qui nous avait réunis ? J'étais bien conscient de créer le problème rien qu'en le formulant mais, au lieu de me sentir rassuré par le confiance d'Emilie, qui prône le droit à la différence, qui a le don de relativiser ce qui doit l'être, je me suis mis à guetter les fausses notes, parfois à les provoquer afin d'en tirer des conclusions. Je lui ai reprochée de n'être pas aussi empressée que moi, de rester maîtresse en toutes circonstances, de ne jamais lâcher prise. Il m'est arrivé d'être impatient, irritable, injuste, et de plus en plus fréquemment. Jusqu'à ce qu'Emilie, un matin où j'avais passé les bornes, cesse de croire en notre avenir commun. Vous me direz, je l'avais bien cherché...

    ...

    Ce qu'on dit appartient aux autres. Ce qu'on tait est un bien éternel.

    ...

    - Seuls ceux qui s'aiment vraiment peuvent décréter quand ils le souhaitent la non-existence du monde extérieur, ajouta-t-il.

  • Rentrée littéraire : La femme au miroir d'Eric-Emmanuel Schmitt

    la femme au miroir.jpgEditions Albin Michel - 455 pages

    Présentation de l'éditeur : Anne vit à Bruges au temps de la Renaissance, Hanna dans la Vienne impériale de Sigmund Freud, Anny à Hollywood de nos jours. Toutes trois se sentent différentes de leurs contemporaines ; refusant le rôle que leur imposent les hommes, elles cherchent à se rendre maîtresses de leur destin. Trois époques, trois femmes : et si c'était la même ?

    Après Philippe Djian, je continue mon exploration de ces grands auteurs que tout le monde connaît, sauf moi. Non pas que je me sois jusqu'alors refusée à lire les célébrités littéraires mais le libraire a davantage tendance à vouloir pousser les livres qui ne se vendent pas tous seuls en espérant trouver la pépite qui aura échappé à la critique. Je rattrape donc mes lacunes et une fois de plus avec enthousiasme puisque la réputation est méritée.

    Je suis résolument acquise à la cause du récit alterné. Ici, ce sont les voix de trois femmes, de trois époques, qui sont intimement liées dans leur quête existentielle. Leur certitude commune ? Elles ne veulent pas de la vie qu'on leur trace. Parviendront-elles à se réaliser, à trouver l'existence qui reflétera leur moi profond et surtout à la vivre ? C'est cette question lancinante qui nous pousse à tourner page après page avec fièvre.

    Entre philosophie, religion et psychanalyse, Eric-Emmanuel Schmitt fait résonner avec brio des voix de femmes complexes qui, aussi imaginaires soient-elles, ont la dimension de véritables modèles de courage et de détermination pour les femmes d'ici et d'ailleurs. Un écho qui dure bien longtemps après la lecture.

  • Rentrée littéraire : Juste avant de Fanny Saintenoy

    juste avant.jpgA paraître le 24 août 2011

    Editions Flammarion - 119 pages

    Présentation de l'éditeur : Voici un texte qui alterne poésie douce et drôlerie franche. Par la voix d'une très vieille dame sur son lit de mort, et par celle de son arrière-petite-fille, une jeune femme que la vie moderne bouscule, cinq générations parlent. Face aux duretés de la vie, face à la mort qui sème la zizanie, leurs histoires transmettent une gaieté indéfectible. Un premier roman, un récit court qui traverse le siècle, réussite rare de vigueur et de simplicité.

    Pas facile pour les petits nouveaux de s'imposer dans la rentrée littéraire, rendez-vous que nombre de pointures ne rateraient pour rien au monde. Pour jouer un tant soit peu des coudes avec les blockbusters de la littérature, un bandeau de jaquette de Daniel Pennac disant que "c'est un beau et juste texte, d'une gaieté étrange" n'est certainement pas de trop.

    Et pourtant, ce premier texte publié par l'auteur, une fois lu, n'en a vraiment pas besoin tant il est touchant et intelligent. Par les voix de deux femmes, l'une au crépuscule de son existence, l'autre dans la force de l'âge, qui se font l'écho de cinq générations, j'ai découvert une histoire de la condition féminine et plusieurs récits de conditions de femmes, avec leurs maux, leurs joies, leurs élans, leurs déceptions, tout ce qui les unit et parfois les sépare. Cette émouvante plongée dans une tribu matriarcale nous rappelle la force de ce lien intergénérationnel trop souvent oublié aujourd'hui il me semble. Une très belle mélodie féminine, un très bel ode à l'au revoir.

    Extraits :

    J'adorais ça, les fous rires entre filles, surtout ceux qui durent, que ça monte de plus en plus jusqu'à l'étouffement et qu'il faut s'arrêter parce qu'on a trop mal au ventre. Je trouve que les garçons, ils savent pas bien avoir des fous rires, c'est pas pareil. Question d'aigus peut-être, c'est sûrement faux ce que j'avance, mais j'en resterai persuadée.

    ...

    Je l'avais prévenue mais avec l'amour ça sert à rien de prévenir, y a que la guérison qui compte, tout le monde sait ça.

  • Chronique de l'effort #31

    Ou ma vie de libraire.

    - Bonjour Mademoiselle.

    - Bonjour Monsieur.

    - Je souhaiterais commander un livre qui s'appellerait Trop subtil pour un homme.

    - Ouh la la, il doit être énorme ce bouquin !

    - Pourquoi vous dites ça ?

    - Euh, non pour rien.

    - Si, si, dites.

    - Disons que je faisais un peu de machisme inversé en prétendant que beaucoup de choses étaient trop subtiles pour les hommes.

    - Ah.

    Comme mon humour donc...

  • Chronique amoureuse #17

    Et puis il y a le mijauré.

    Contrairement à ce que l'on peut penser, le mijauré n'est pas le gars sur lequel on a flashé, que l'on poursuit de ses assiduités pour enfin le faire succomber à son charme et qui résiste. Non, le mijauré tombe en pamoison dès l'instant où une relation commune vous présente. De bonne éducation avec un QI tout à fait enviable, il ne fait pas le lourdeau mais ne vous lâche pas pour autant d'une semelle. Il vous paie des verres dans le bar de votre rencontre, il vous fait la discussion, il vous flatte... Bref, il se révèle à vous sous ses meilleurs aspects pour vous séduire. Et vous le laissez faire parce qu'en plus d'être courtois et intelligent, il n'a pas hérité d'un physique disgrâcieux. C'est vous à ce moment-là qui faites un peu la chichiteuse ; la jeu de la séduction a tellement de bon.

    Quand vient le moment de partir en discothèque, vous vous dites que c'en est fini du jeu du chat et de la souris et qu'une fois entre les murs du dancefloor, l'ambiance feutrée et le brouhaha aidants, vous allez enfin céder aux avances un poil trop obséquieuses de votre soupirant.

    Mais le mijauré pense qu'il doit vous mériter. Et de continuer à vous payer des verres (à ce rythme, vous devenez passablement éméchée...), de vous faire la discussion (même si vos capacités de concentration et d'écoute sont doublement altérées par les décibels et l'alcool) et de vous faire une démonstration de ses aptitudes à onduler son corps en vous faisant un show sur un plot. Là, vous commencez un poil à vous impatienter et vous allez même jusqu'à penser que vous vous êtes monté un gros film, que ses pas de danse vous rappelle vaguement votre pote homo et qu'il ne se passera rien parce qu'il est gay. Vous décidez donc de mettre votre radar en marche pour dénicher le meilleur plan de secours possible et amorcez la transition très rapidement ; privilège de fille. C'est là que votre prétendant cérémonieux, se sentant menacé, décide de passer - enfin ! - la seconde. Le temps de quelques frotti-frottas engageants et c'est déjà le moment de quitter la piste (ben oui, c'est qu'il a vraiment pris son temps le bougre !). Vous affrontez donc, de manière aussi stoïque que possible, les lumières pour vous diriger vers la sortie et rejoindre le carrosse de votre chevalier servant qui, lui, est bien plus frais que vous parce qu'en plus d'être bien élevé, il est très responsable et donc sobre puisqu'il conduit.

    Arrivés au bas de chez vous, il remet le couvert de la discussion (raaahhh !) afin de procéder au rituel du remerciement pour l'excellente soirée passée et patati et patata. Ni une ni deux, vous remettez quand à vous le rituel des frotti-frotta engageants, auquel votre partenaire se prête très volontiers et proposez de "prendre un dernier verre".

    C'est à cet instant précis que le mijauré fait son grand come-back en vous disant qu'il n'est pas un garçon facile. Oh. My. God. C'est là que tu te rends compte de ta véritable erreur. La méprise ne portait pas sur ses orientations sexuelles mais sur sa prétendue grande classe. La vraie élégance aurait été de prendre au pied de la lettre l'expression "prendre un dernier verre", de monter le boire en tout bien tout honneur et de reporter subtilement la suite des événements unilatéralement attendue ce soir-là. Au lieu de ça, Môsieur le mijauré vous fait passer pour la gourgandine de service qu'on voit venir avec ses gros sabots et ses expressions convenues et vous plante.

    Moralité, la pétasse allumeuse qui vous abandonne avec votre frustration n'est pas toujours celle que l'on croit.