Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

etats-unis - Page 8

  • A moi pour toujours de Laura Kasischke

    Christian Bourgois Editeur - 377 pagesà moi pour toujours.jpg

    Présentation de l'éditeur : "A moi pour toujours" : tel est le billet anonyme que trouve Sherry Seymour dans son casier de professeur à l'université un jour de Saint-Valentin. Elle est d'abord flattée par ce message qui tombe à point nommé dans son existence un peu morne. Mais cet admirateur secret obsède Sherry. Une situation d'autant plus troublante qu'elle est alimentée par le double jeu de son mari. Sherry perd vite le contrôle de sa vie, dont l'équilibre n'était qu'apparent, et la tension monte jusqu'à l'irréparable... Laura Kasischke peint avec talent une réalité américaine dans laquelle tout, y compris le désir, semble bien ordonné.

    Après Les revenants, Laura Kasischke confirme son talent pour planter des décors et des situations a priori normaux, tout ce qu'il y a de plus banals, mais derrière lesquels se cachent toutes les perversions. Elle est en quelque sorte la grande prêtresse de l'atmosphère illusoire qui masque tous les désespoirs ; ou comment les petites vies bien rangées n'attendent qu'un petit coup de pouce du destin pour éclater. De sa plume précise, l'auteur fait basculer de la vie bien ordonnée au plus sombre chaos et crée le thriller psychologique là où on ne l'attend pas. Et la psychologie affutée de ses personnages ne fait que rajouter au trouble, au dérangeant, qui émanent immanquablement de ses textes.

    Laura Kasischke semble prendre un plaisir un peu sadique à faire s'effriter les apparences lisses et sait jouer avec nos émotions les plus viles en nous faisant éprouver une curiosité malsaine voire un réel plaisir à observer la perfection voler en éclat. Elle décortique avec beaucoup d'acuité les faux-semblants qui se jouent dans le couple, dans la famille et dans les relations amicales ou professionnelles.

    Souvent comparée à Joyce Carol Oates, dont je n'apprécie que très moyennement l'oeuvre, Laura Kasischke nous entraîne dans la noirceur sans tomber dans le glauque et c'est ce qui, pour moi, fait toute la différences entre ces deux auteurs.

    Au final, une fois le nez mis dedans, on tourne les pages avidement, tenaillé par l'envie de savoir ce qui se cache derrière tout ça et comment cela va-t-il finir. Le suspens nous assaille et ne nous lâche plus et c'est bien ce que l'on attend d'un thriller digne de ce nom. Non ?

    Extraits :

    C'est drôle, le simple fait de me souvenir de ça ("Tu devrais t'habiller un peu moins...", elle n'avait jamais réussi à dire le mot) m'avait fait rougir.

    Je sentis l'éclat chaud de l'humiliation sur ma poitrine - encore, ou bien à nouveau.

    ...

    Est-ce qu'une amie meilleure aurait fait ça ? Est-ce qu'une amie meilleure aurait reconnu que, oui, il y avait bien eu une prise de poids, que cela n'était pas bon pour la santé, que les biscuits, de toute façon, n'étaient là que pour les jumeaux, ou par politesse ? Aurais-je dû lui offrir une pomme, plutôt ? Ou alors, avais-je eu raison de dire, comme je l'avais fait : "Mais tu le mérites bien, Sue. Tu es en grande forme?"

    ...

    Comment avais-je pu louper ça, toutes ces années, dans cette amitié, la haine, aussi ?

  • American darling de Russell Banks

    american darling.jpgEditions Actes Sud - 571 pages

    Présentation de l'éditeur : A cinquante-neuf ans, Hannah Musgrave revient sur sa vie de jeune bourgeoise américaine contrainte par son engagement révolutionnaire à prendre la fuite vers l'Afrique au début des années 1970. Ayant tenté sa chance au Libéria, elle s'y est mariée à un bureaucrate local appartenant à une tribu puissante et promis à une brillante carrière politique. Quelques années plus tard, elle a, en catastrophe, repris le chemin de l'Amérique, laissant là leurs trois enfants, fuyant la guerre civile qui enflammait le pays. Au moment où commence ce livre, Hannah quitte sa ferme "écologique" des Adirondacks, car ce passé sans épilogue la pousse à retourner en Afrique... Evocation passionnante d'une turbulente période de l'histoire des Etats-Unis comme du destin d'un pays méconnu, le Libéria, le roman de Russell Banks tire sa force exceptionnelle de la complexité de son héroïne, et d'un bouleversant affrontement entre histoire et fiction.

    Malgré quelques longueurs, ce roman nous propose le destin passionnant d'une jeune privilégiée américaine qui s'égare dans la contestion révolutionnaire des sixties-seventies ; choix qui a une incidence profonde sur l'ensemble de son existence, jusqu'au tristement célèbre 11 septembre 2001. Plus que les errances et la quête de soi d'une femme perdue, c'est tout un pan de l'histoire américaine intimement liée à celle du Libéria qui nous est présenté.

    Mêlant subtilement la fiction et la réalité, le roman m'a permis de découvrir avec effarement et dégoût le rôle majeur joué par les Etats-Unis dans la dérive de ce petit pays d'Afrique de l'Ouest. Ou quand des enjeux politiques, économiques, scientifiques, que sais-je encore, méprisent la vie d'hommes, de femmes, d'enfants, d'animaux... Rien de bien nouveau sous le soleil au final mais cela reste un choc - ce qui a le don de me rassurer sur le fait que je ne suis pas complètement blasée.

    C'est au final une fresque historique puissante par le prisme d'une vie hors norme que nous livre Russell Banks. Et un regard plein d'humanité sur la barbarie à plusieurs échelles. On n'en sort résolument pas indemne.

    Extraits :

    Quand on garde autant de choses secrètes aussi longtemps que je l'ai fait, on finit par se les cacher aussi à soi-même.

    ...

    En observant l'aspect et les gestes des bébés dont je m'occupais, la qualité de leurs regards et l'intensité de leur attention, j'ai été amenée à penser qu'il était dans leur nature de rêver même quand ils étaient éveillés. D'emblée, je me suis efforcée de m'introduire dans leur conscience, car il était évident qu'ils en avaient une, et, pour moi, le caractère particulier de cette conscience était ce que les aborigènes d'Australie ont désigné par "temps du rêve". Elle ne consiste pas chez eux à dériver ou à glisser de manière somnolente à travers la vie en étant toujours dans la lune ou ailleurs, comme nous le faisons, mais d'une qualité qui semble leur donner la  liberté de regarder chaque chose comme si personne ne l'avait encore jamais vue, comme si tout, une feuille aussi bien qu'une fourmi ou que l'oreille d'un homme, revêtait une importance à la fois effrayant et merveilleuse. Comme dans les rêves. Ou sans doute comme chez quelqu'un qui souffre de démence. Ces bébés chimpanzés ne semblaient pas avoir conscience du passé ou de l'avenir mais seulement du présent immédiat et rien ne pouvait les en distraire. Pour nous, c'est presque le contraire.

    ...

    C'est là une chose dont on fait l'expérience à un certain âge. C'est ce qui est arrivé à mes parents. Ca arrive à tous ceux qui vivent assez longtemps. Et maintenant ça m'est arrivé à moi. C'est comme si tout le but de la vie d'un organisme - ou en tout cas ma vie - consistait à atteindre le point culminant de son potentiel avec pour seul objectif de revenir ensuite à son point de départ, à l'état de cellule unique. Comme si notre destin était de retomber dans le fleuve de la vie et de s'y dissoudre à la manière d'un sel. Et s'il y a une chose qui compte, c'est bien le retour et pas l'aller.

    ...

    Mais c'est aux questions simples qu'on a le plus de mal à répondre. Elles semblent véhiculer cent interrogations préalables, toutes également en suspens et qui de toute façon ne peuvent sans doute plus désormais trouver de réponse. Il aurait fallu leur en donner une au moment même où elles ont été posées. Il se peut que l'intentionnalité soit la seule chose qui compte, mais qui connaît les véritables intentions d'une femme ? Qui sait ce qu'elle a véritablement désiré ? Ou ce qu'elle a aimé le plus ? Ou même ce qui a attiré et retenu son attention ?

    ...

    "Les gens mangent mal, à présent, beaucoup plus mal que dans le passé. Ce système est mauvais, a-t-il déclaré. Mais on n'a rien pour le remplacer. Sauf le communisme ou le socialisme, appelle-le comme tu voudras. Et nous ne sommes pas idiots, on voit bien ce qui arrive quand on essaie ça. On voit ce qui est arrivé aux pays africains qui ont eu de grandes idées socialistes. Le diable qu'on connaît vaut mieux que le diable qu'on ne connaît pas. Les Etats-Unis, on connaît. L'Angleterre et les autres, on connaît aussi. Mais la Chine et la Russie, elles, on les connaît pas. Alors on vit avec le système qu'on a. En plus, le communisme et le socialisme, même si j'aime beaucoup certaines de ses idées, ça finit par être mauvais pour tout le monde. Au moins la capitalisme est bon pour quelques-uns d'entre nous, pas vrai ?"

    ...

    L'idée même de révolution qui, à la fin de années 1960 et au début des années 1970, avait paru prête à s'incarner dans le monde, était devenue une image comique symbolisant la complaisance dans l'illusion.

  • L.A. Story de James Frey

    la story.jpgEditions J'ai lu - 701 pages

    Présentation de l'éditeur : Les trottoirs de Hollywood Boulevard, Melrose Place ou Mulholland Drive résonnent d'une foule de visages anonymes venus rêver d'une vie meilleure. Parmi eux, Maddie et Dylan, un jeune couple en fuite ; Old Joe, le clochard de Venice Beach, ou encore Esperanza, cette jeune et brillante Mexicaine qui, d'humiliation en humiliation, voit s'éloigner ses espérances. Tous croient en la puissance de la cité des Anges - ville du crime, du show-biz et de la mafia. Et tous se cognent contre les murs. Car dans cette odyssée urbaine, Los Angeles n'a que faire du rêve américain.

    Avec Le dernier testament de Ben Zion Avrohom, James Frey avait marqué mon esprit de sa plume corrosive et subversive. Je ne pouvais pas n'en pas lire un autre. Mon choix s'est porté sur celui-ci après de chaudes recommandations.

    Pfiou ! Une fois de plus, ça décoiffe. Contrairement au Bûcher des vanités de Tom Wolfe qui se veut la bible romanesque new yorkaise alors que c'est juste boring, L.A. Story est l'essence même de la cité des anges, bien loin des clichés à la Beverly Hills & Cie. C'est trash, désenchanté, violent et dégradant derrière les paillettes et ça sonne juste. Frey nous décrit ici le cauchemar américain par le prisme de losers magnifiques et renforce le choc entre le rêve et la réalité en intercalant des chapitres retraçant l'histoire de la ville tant convoitée où se glissent des statistiques à faire froid dans le dos.

    C'est captivant, édifiant et ça remet les idées en place. Et un page turner de plus, un !

    James Frey rentre définitivement dans mon top ten des auteurs américains incontournables au sens incomparable de la narration.

    Extrait :

    Il y a approximativement 1 200 000 étudiants dans le comté de Los Angeles. Huit pour cent sont noirs, vingt pour cent latinos, treize pour cent asiatiques, douze pour cent viennent de l'étranger. Quarante-cinq pour cent de ceux qui entrent à l'université en sortent avec un diplôme. Les établissements les plus importants sont l'université de Californie à Los Angeles, avec 37 000 étudiants, et l'université d'Etat de Californie à Long Beach avec 31 000 étudiants. Le Hebrew College Union en possède 57, la Rand School of Policy en à 60. L'une d'entre elles à un budget annuel de 800 000 dollars. Une autre un budget de 1 milliard 700 millions. Il y a dix facultés de droit à Los Angeles, deux facultés de médecine, deux facultés de chirurgie dentaire, et treize séminaires. Cinquante-six universités délivrent des diplômes de professeurs, deux des diplômes d'astrophysique théorique avancée. Au total, les départements couvrent plus de six cents sujets, dont la production de sirop d'érable, la musicologie homosexuelle, le nazisme, la danse du Péloponnèse, le phallus, le terrorisme non violent, la psychologie solaire, la thérapie des rêves brisés ainsi que la conception et la production des séries télé.

    Une fois leurs études terminées, s'ils les terminent, certains étudiants retournent dans les cinquante Etats et cent quatre-vingt-dix pays d'où ils sont venus. Mais soixante pour cent d'entre eux restent à Los Angeles. Ils travaillent dans tous les métiers possibles, dans tous les domaines, bien que moins de trois pour cent de tous les étudiants diplômés de toutes les universités de Los Angeles travaillent dans leur domaine spécifique. Ils rejoignent une force de travail de sept millions d'autres diplômés, la deuxième force de travail de diplômés du troisème cycle au monde.

  • Y : le dernier homme de Brian-K. Vaughan et Pia Guerra

    Editions Panini Comics

    Scénario : Brian-K. Vaughan - Dessin : Pia Guerra

    Tome 1 - No man's land - 80 pages

    Tome 2 - Un petit coin de paradis - 150 pages

    Tome 3 - Un petit pas - 200 pages

    Tome 4 - Stop / Encore - 230 pages

    Tome 5 - Alliance contre nature - 182 pages

    Tome 6 - Entre filles - 120 pages

    Tome 7 - Le scoop - 135 pages

    Tome 8 - Monnaie de singe -  120 pages

    Tome 9 - Terre mère - 180 pages

    Tome 10 - Trajet d'Y - 180 pages

    Présentation de l'éditeur : Dans le courant de l'été 2002, un fléau d'origine inconnue a détruit chaque spermatozoïde, chaque fœtus et chaque mammifère pourvu d'un chromosome Y... à l'exception d'un jeune homme et de son singe apprivoisé. Cette "maladie" a instantanément exterminé 48 % de la population mondiale, soit à peu près 2,9 milliards d'hommes. Aidé par la mystérieuse Agent 355, Yorick Brown, le dernier humain mâle, doit maintenant affronter de dangereuses extrémistes tandis qu'il est partagé entre l'espoir de retrouver sa petite amie à l'autre bout du globe et la volonté de découvrir ce qui a fait de lui l'unique survivant. Y les français l'appellent "i grec". Grec comme la tragédie, comme le destin qui frappe à l'improviste. Les anglais le prononcent "why". Pourquoi. Comme l'interrogation devant la mort qui surgit. Y. l'initiale de Yorick Brown, le dernier homme vivant sur une Terre ravagée par un mystérieux virus qui n'a laissé à sa surface que des femmes. Y. Le chromosome qui donne aux enfants mâles leur sexe, croix incomplète qui les distingue des femmes, désormais dirigeantes d'un monde dans lequel Yorik Brown se retrouve l'objet de toutes les convoitises et de toutes les détestations. Y. Croisée des chemins, fourche des destins, tournants des vies. Carrefour où Yorick Brown et son capucin Eperluette devront choisir quelle voie suivre.

    le dernier homme 1.jpgle dernier homme 2.jpgle dernier homme 3.jpgle dernier homme 4.jpgle dernier homme 5.jpgle dernier homme 6.jpgle dernier homme 7.jpgle dernier homme 8.jpgle dernier homme 9.jpgle dernier homme 10.jpg

    Voilà un sacré morceau de science-fiction ! A cause d'un virus hostile aux hommes, le monde se retrouve aux mains des femmes. Feront-elles mieux que ceux qui les ont trop longtemps soumises et qui ont toujours gardé en mains les rennes, les postes clés, le pouvoir ?

    C'est ce que ce récit d'anticipation sur fond de politique et de science, mêlant habilement amour, humour, thriller et fantastique, s'attache à démontrer. Au gré d'incessants rebondissements parfois légèrement compliqués à suivre et sur la fin un petit peu lassants avouons-le, c'est une véritable réflexion philosophique qui nous est proposée au coeur d'un monde post-apocalyptique. L'intrigue est habilement ficelée, oscillant entre passé et présent, et à la mérite de ne pas se finir en eau-de-boudin, comme trop souvent dans le genre.

    Mention spéciale à l'édition qui offre un format léger très confortable.

  • Cosmopolis de Don DeLillo

    Editions J'ai lu - 191 pagescosmopolis.jpg

    Présentation de l'éditeur : Avril 2000. Eric Packer, golden boy comblé qui dirige une influente société de courtage, traverse New York dans sa limousine. Il pose sur le monde qui l'entoure un regard désenchanté, tout en parcourant la ville que paralysent progressivement une série de manifestations collectives. Dans cette atmosphère d'apocalypse, reviennent le hanter des souvenirs qui le conduisent à reconsidérer son existence et à s'interroger sur la personne qu'il est désormais. Mais il est trop tard : l'homme postmoderne qui voulait se suffire à lui-même n'a plus accès à la réalité qui le frappe alors de plein fouet.

    J'avais beaucoup entendu parler de Don DeLillo comme d'un auteur exceptionnel. Je ne remettrais pas le talent de l'écrivain en question avant d'avoir tenté un deuxième texte. Mais une chose est sûre, ce n'est pas Cosmopolis qui me ralliera au fan club !

    J'ai littéralement détesté ce livre que je n'ai pas abandonné uniquement parce qu'il n'était pas très long. Le héros est odieux mais ce n'est pas ça qui m'a rebuté tant il peut être délectable d'haïr certains personnages. C'est surtout le style très particulier - je dois avouer que parfois je ne comprenais rien - et l'absurde qui m'ont exaspérée. Oui, c'est ça, tout est absurde et n'a aucun sens.

    Je m'interroge sur l'adaptation cinématographique du moment avec l'affolant Pattinson. Quel genre de film peut-on tirer d'un tel livre ? Je n'irai pas vérifier mais si l'un d'entre vous peut m'expliquer l'intérêt et le sens de ce livre, je suis preneuse.