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essai - Page 3

  • Un anthropologue en déroute de Nigel Barley

    Editions Payot - 261 pagesun anthropologue en déroute.jpg

    Présentation de l’éditeur : Pourquoi diable Nigel Barley s’est-il mit un jour en tête de devenir anthropologue ? Pour sa thèse il avait choisi les Anglo-Saxons mais, tout plan de carrière impliquant une mission d’étude, c’est finalement une modeste tribu montagnarde du Nord-Cameroun, les Dowayo, qui lui échoit. Une sinécure ? Si l’on veut… Non que les Dowayo se montrent hostiles, mais insaisissables plutôt, et imprévisibles. Barley se voit transformé tour à tour en infirmier, banquier, chauffeur de taxi, exploité jusqu’à l’os par une tribu hilare. Il finira par comprendre que l’objet d’observation, en fait, c’est lui.

    L’anthropologie est une chose sérieuse, une science aux règles bien établies. Bronislaw Malinowski, Edward Evan Evans-Pritchard, Margaret Mead et tant d’autres participèrent activement à son développement.

    D’un point de vue livresque, ce domaine pourrait, parfois, effrayer. Prenons par exemple un ouvrage fondamental, L’art primitif de Franz Boas (1927), sur lequel je reviendrai prochainement : riche, complet, exhaustif, érudit, bref, un vrai ouvrage scientifique, une lecture ô combien enrichissante ; mais qui ne pourra en aucune façon se faire sans une vive attention.

    Fort heureusement, apparut dans le petit monde de l’anthropologie anglo-saxonne, un ovni qui rendit accessible à tous cette discipline fascinante ! Barley, Nigel Barley pour le nommer. Parcours universitaire traditionnel, carrière académique prometteuse..., puis comme souvent pour faire avancer une carrière, un défi à relever. En l'occurrence, un voyage d’études. Le choix est fondamental : professionnellement parlant, une erreur peut s’avérer fatale.  

    Pour Barley, ce choix est déjà une aventure, tout comme les diverses formalités, les derniers préparatifs, le vrai départ... Et finalement, quasi miraculeusement, un jour, l’arrivée en Afrique, au Cameroun, en pays Dowayo, relatée dans ses deux premiers romans.

    Les récits des éminents prédécesseurs de Barley narrent une exaltation intellectuelle permanente, une chance de renouveler la science, se targuant d'une objectivité constante. Pour Barley, la vie sur le terrain sera quelque peu différente : entre tracasseries administratives, problèmes matériels, maladies et autres accidents, il y aura surtout les attentes ! Car en Afrique, tout est possible, à la seule condition d’être patient. Il apprendra à le devenir. L'anthropologue recevra en retour le plus beau cadeau de l’Afrique : le sens même de l’Humanité !

    En livrant les situations cocasses de son aventure, l'auteur renverse les codes guindés de l'ethnologie traditionnelle qu'il dénigre entre les lignes. Transcendant sa discipline grâce à cet humour anglais si caractéristique, il offre par ce formidable ouvrage une délicieuse initiation, une découverte d'un oeil neuf de l’Afrique, de la Vie. Bref, un récit aussi drôle, original, qu'intelligent.

    N’hésitez nullement à vous plonger dans Un anthropologue en déroute ! Encore plus si vous aussi avez eu la chance de vous rendre sur le continent où tout a commencé : j’y ai retrouvé certaines impressions de mon premier voyage, me rappelant surtout les larmes du départ... Et cette promesse de retour...

    Si le coup de coeur est au rendez-vous, sachez que notre sympathique scientifique continue ses aventures africaines dans Le retour de l’anthropologue, puis asiatiques dans L’anthropologie n’est pas un sport dangereux et L’anthropologue mène l’enquête (toujours dans la Petite Bibliothèque Payot). De quoi faire durer le plaisir !

    Extrait :

    Plusieurs semaines après mon retour en Angleterre, je téléphonai à l’ami qui m’avait suggéré de faire mes valises et de partir en Afrique, ou ailleurs.

    « Ah, tu es de retour ?

    - Oui.

    - C’était assommant ?

    - Oui.

    - Tu as été très malade ?

    - Oui.

    - Tu as rapporté des notes sans queue ni tête et tu as oublié de poser les questions essentielles ?

    - Oui.

    - Et tu repars quand ? »

    Je ris faiblement. Pourtant, six mois plus tard, je repartais pour le pays des Dowayo.

    Rédigé par Vincent

  • Les dieux & les mots de Lucien Jerphagnon

    culture,littérature,livre,essai,philosophie,citationHistoire de la pensée de l'Antiquité au Moyen-Âge

    Editions Tallandier - 575 pages

    Présentation de l'éditeur : La philosophie ? Le mot, déjà, inquiète, et la chose, pour autant qu’on en ait l’expérience, ne rassure pas. A considérer l’histoire des vingt-cinq siècles de philosophie qui sont derrière nous, la philosophie apparaît comme un foisonnement, un buissonnement touffu dont les rameaux s’emmêlent, poussant chacun vers un peu plus de lumière. Il ne s’agit pas d’une progression de la pensée, siècle après siècle, vers la Vérité absolue. Les philosophes ne s’entendent pas très bien entre eux… Mais leurs désaccords ne sont pas plus surprenants qu’ils ne sont nouveaux : ils tiennent en effet à l’essence même de la démarche philosophique. Un philosophe est quelqu’un qui veut comprendre tout ce qui, au départ, lui posait problème : le monde, la nature, l’homme, les dieux… Et chacun, partant de son expérience personnelle, arrive par un raisonnement d’une logique incontestable à une solution différente des autres. Partant de ce constat, Lucien Jerphagnon s’attache non pas à définir la philosophie, mais à nous guider à travers les différentes écoles de pensée. « Tout ce que je puis faire, juge-t-il, c’est d’exposer sous les yeux du lecteur les vingt premiers siècles d’une aventure à laquelle il lui revient, si le cœur lui en dit, de découvrir un sens. » D’Héraclite à Guillaume d’Ockham, tour à tour féroce et chaleureux, hilare et navré, il embrasse avec son habituelle érudition l’immense aventure de l’esprit : les origines de la philosophie, des premiers physiciens, Socrate ou la conscience dans la cité, Platon ou la politique sous l’angle de l’éternel, Aristote ou le Macédonien surdoué, les cyniques et les cyrénaïques, les épicuriens, les stoïciens, philosophes pour un monde nouveaux, Plotin ou l’absolu entrevu, Augustin ou les cieux nouveaux, la scolastique ou le retour d’Aristote...

    Vingt siècles de pensées en 575 pages, un pari osé, fou. Un pari plus que réussi par Lucien Jerphagnon puisque son ouvrage a été couronné par l'Académie des sciences morales et politiques ! Il est vrai, aussi, qu’être Lucien Jerphagnon n’était pas rien (il nous a quitté en septembre 2011) : professeur émérite des Universités, membre de l’Académie d’Athènes, lauréat de l’Académie française et de l’Académie des sciences morales et politiques, directeur de la traduction des Œuvres de Saint-Augustin dans la Bibliothèque de la Pléiade... Excusez du peu !

    La philosophie vous fait peur, ne vous rappelle que quelques vagues souvenirs du lycée ? Alors cet ouvrage est écrit pour vous. Il l'est également si l’histoire de la philosophie n’est ni absconse ni abstruse pour vous. Aristote, Platon, Socrate, Anthisthène, Epicure de Samos, Zénon de Cittium, Timon de Phlionthe, Lucrèce, Plotin, Augustin, Averroès, Thomas d’Aquin, Eckhart, tous bien présents dans ce joyeux bazar philosophique.

    Qu’est autrement l’histoire de la philosophie sinon un incroyable, formidable, merveilleux bazar ? Que serions-nous sans ces extraordinaires précurseurs qui ont ouvert la voie ? Jour après jour, nous sommes confrontés à une philosophie de comptoir souvent imbécile – abjecte dans le pire des cas. Retournons vers ces annonciateurs ! Quelles formidables leçons nous donnent-ils !

    Nous l’avons - peut-être - oublié, mais les questions que nous nous posons sont toujours les mêmes : pourquoi sommes-nous là, pourquoi sommes-nous Homme, pourquoi devons-nous disparaître... ? Ah ce fameux « Pourquoi ? », si enfantin et pourtant si adulte… Les réponses, toujours de plus en plus complexes, n’ont pas réussi à nous apaiser. Et si les réponses données il y a plus de mille étaient les bonnes ?

    Oui, ces réponses sont parfois simplistes (ou donnent l’impression de l’être) mais si pertinentes. Qu’il est bon de les relire, loin du tumulte du monde, d’en goûter la justesse, la finesse, la subtilité. Qu’il est réconfortant de se dire que ces - si vieux - aïeux veillent sur nous.

    Avec une érudition magistrale, sans faille et pourtant si accessible, Lucien Jerphagnon arrive à nous expliquer ce qu’était la philosophie des temps premiers et nous guide avec une infinie pédagogie à travers les différentes écoles de pensée. Merci à ce grand monsieur, le professeur que j’aurais toujours voulu avoir.

    Extrait :

    Citer Lucien Jerphagnon serait, tout simplement, recopier son ouvrage. Je me limiterai donc à une seule parole d'un père de la philosophie (à vous de découvrir lequel) :

    L’acte de ce qui est en puissance en tant même qu’en puissance – c’est-à-dire qu’il n’est jamais tout à fait acte ; il est « un acte imparfait ». Cela même oriente la pensée dans la direction d’un renouvellement perpétuel.

    Rédigé par Vincent

  • Hector de Jacqueline de Romilly

    hector.jpgEditions de Fallois - 286 pages

    Présentation de l'éditeur : Hector, le défenseur de Troie dans l’Iliade, semble un personnage bien fait pour intéresser et émouvoir un public de notre temps. C’est un héros plus humain qu’aucun autre. Homère aurait très bien pu montrer ce prince troyen sous un jour un peu hostile, comme un ennemi. Or, c’est le contraire qui se produit. En effet, Homère nous présente Hector, Hector seul, entouré des siens, de son père et de sa mère, de sa femme et de son enfant – et tout le monde connaît les adieux admirables d’Hector et d’Andromaque : ceci forme autour de la personne d’Hector un réseau de sympathie, d’inquiétude et de profonde pitié. Cette pitié trouve bientôt de quoi se justifier, car Hector va être tué dans le poème, il sera même maltraité après sa mort, Achille refusant de le laisser ensevelir. Ces chants d’Homère, qui sont les plus beaux et qui se terminent par un apaisement, expriment ainsi d’un bout à l’autre la douleur de la mort à la guerre et le devoir de respecter les corps des victimes. Deux thèmes qui ont touché les hommes de notre époque tourmentée. Mais il se trouve aussi que ces textes sur la guerre de Troie n’ont pas cessé de vivre, d’être lus, d’être imités, d’être modifiés. Aussi je ne me suis pas contentée de cette relecture. A chaque fois j’ai voulu apporter des rapprochements : rapprochements avec d’autres textes grecs ; rapprochements avec des textes du Moyen-Âge, de l’époque classique, de l’époque moderne ; rapprochements même avec des scènes qu’il m’était arrivé de vivre ou de voir vivre. De cette façon, en plus de l’émotion suscitée par le poème lui-même, le livre avait une chance de jeter quelques lumières sur un aspect particulier de l’histoire de la culture. Jacqueline de Romilly

    Sachant que je considère Homère comme le plus grand tous, je ne pouvais choisir qu’une étude sur l’un de ses héros : Hector ! Et Madame Jacqueline de Romilly étant une des plus passionnantes hellénistes, comment hésiter. Cela pourrait sembler un choix désuet, vieillot, mais… Comme disait Charles Péguy :

    Homère est nouveau ce matin et rien n’est peut-être aussi vieux que le journal d’aujourd’hui.

    Donc, comme le dit si justement l'auteur dans sa préface, ce livre n’est nullement une biographie d’Hector – comment serait-ce possible ? : Hector étant seulement un personnage épique. Le lecteur ne peut donc qu’être plus touché par ce héros merveilleux, ayant connu les affres du combat, de la mort et de l’impiété. Il est, en effet, tellement humain, tellement proche de nous, alors que nous n’avons plus connu la guerre depuis plus de soixante ans et que nous vivons dans une société du souvenir.

    Hector est le héros par excellence. Nullement sur-homme. Seulement humain mais tellement plus. Il est le seul, dans les poèmes homériques, à connaître une réelle vie de famille, à aimer, craindre, douter, bref, à être Homme. Des sentiments que, tous, tôt ou tard, nous serons obligés de connaître – n’est-ce pas notre destin ?

    Un chemin que Jacqueline de Romilly décrit en quatre parties – si distinctes et pourtant si voisines : Hector, l’homme, au combat, sa mort, sa sépulture. Quatre parties qui ne forment qu’un tout. Il est si difficile de les séparer. Pourquoi y aurait-il une différence entre sa vie de père, celle d’époux et celle de combattant. Pas au niveau d’Hector, c’est inconcevable. L’est-ce également à notre niveau ?  

    Oui, mais les Dieux. Présents, actifs. Bref, un concept désuet. Leurs interventions s’appellent maintenant hasard, providence. Hector est donc toujours aussi humain, toujours aussi proche.

    Hector est mort. Mort depuis des millénaires. Que de siècles depuis sa naissance mais nous ne l’avons toujours pas oublié. Pourquoi devrait-il disparaître de notre mémoire alors qu’il nous apporte tant.

    Cela le rapproche de nous. Et il est clair que notre époque répugnerait à l’image des héros plus qu’humains. Nous risquerions même de tomber dans l’excès inverse, à nous détourner des héros au nom du réalisme et d’un sens aveugle de l’égalité.

    Le XIe chapitre nous parle d’apaisement. Apaisés, nous ne pouvons que l’être à la lecture d’un livre si érudit et pourtant si accessible. Eminente pédagogue, Jacqueline de Romilly réussit avec brio à nous rappeler l’importance des lettres classiques, nous rappeler que l’histoire ne doit pas être oubliée. Ah amnésie, que de crimes commis en ton nom…

    Hector, le frère, l’ami que nous aurions tant voulu avoir…

    Extraits :

    J’ai dit « d’un homme » et non « d’un héros » : Hector est un héros à la mesure de l’homme.

    ...

    L’Iliade est un poème de guerre, mais non un poème belliqueux ; Hector est un héros guerrier, mais qui, même au combat, demeure proche de nous et nous touche. Il est, avant tout, humain.

    ...

    Car il n’espère rien, que la gloire. Et c’est un autre trait qui le distingue, le met à part. Son ambition est d’autant plus haute que son destin est bouché. Il veut une gloire durable, prolongée. Cette fois, il ne s’agit plus seulement de ce que diront ou penseront les Troyens et les Troyennes : la résolution d’Hector échappe au présent pour viser le domaine universel de la mémoire des hommes : « quelque haut fait dont le récit parvienne aux hommes à venir ».

    Rédigé par Vincent

  • Nietzsche Se créer liberté de Maximilien Le Roy et Michel Onfray

    nietzsche.jpgEditions Le Lombard - 126 pages

    Présentation de l'éditeur : Après avoir donné un grand coup de pied dans le dogmatisme intellectuel français, le philosophe Michel Onfray offre un nouvel outil à tous les esprits curieux et désireux de s'initier à la libre pensée, avec cette biographie bédessinée de Friedrich Nietzche, l'un de ses maîtres à penser. Au fil de ces 120 planches, superbement illustrées du trait sensible de Maximilien Leroy, le lecteur découvre la vie d'un homme absorbé par sa recherche d'un absolu, tourné vers l'homme et sa quête de bonheur. La vie d'un penseur prêt à payer le prix de sa pensée révolutionnaire et sans concessions.

    Il y a les gens qui lisent et ceux qui ne lisent pas. Pour peu que vous fréquentiez des membres de la première catégorie, vous conviendrez sûrement qu'il est certaines de ces personnes qui pensent qu'il est de bon ton de se la péter, qui utilisent un peu les ouvrages lus (ou non, ne sous-estimons pas les bluffeurs qui se la racontent doublement) comme des étendards de leur intellect revendiqué. Souvent, ces lecteurs prétendent ne pas lire de romans. Pour eux, seul l'essai est digne de proclamer leur supériorité culturelle.

    Dans ma bibliothèque, l'essai n'a que peu droit de cité. J'aimerais parfois en lire davantage pour le seul plaisir de démasquer les pseudo-lecteurs aspirant élitistes adeptes du mépris de leur auditoire et de les coincer dans leurs arguments piqués çà et là et répétés comme des perroquets.

    Mais las ! Je ne lis que trop peu de livres autres que romans. Force m'est de constater que les ouvrages historiques ou scientifiques ou politiques ou... ou... ou... me gonflent. Moi quand je lis, je veux m'évader, pas réfléchir (trop), ni prendre des notes qu'il me faudra réviser comme en leur temps les leçons d'histoire-géo pour mieux les recracher et ainsi briller en société. Pour apprendre - ce que j'adore -, je suis plutôt portée sur le documentaire, plus concis mais pas moins précis. Télévisés le plus souvent. Mais également bd.

    Car le neuvième art que je chéris multiplie ces derniers temps les parutions de dessinateurs reporters façon Davodeau qui rendent accessibles au plus grand nombre des sujets parfois complexes. C'est ainsi que j'ai découvert Nietzsche dont je ne connaissais que quelques titres et citations, fonds commun de ce que l'on appelle la culture générale.

    Cet album somptueux, aux magnifiques aplats et couleurs franches inspirés des tableaux impressionnistes et fauvistes, retrace la pensée brillante et intimement liée à son expérience personnelle du philosophe allemand. L'on découvre un homme solitaire aux idées révolutionnaires pour son époque, désireux de "briser les anciennes tables de loi". Un homme passionné de musique, un homme extrêmement lucide tout autant qu'aux portes de la folie et surtout, un homme manipulé dont la représentation généralement admise est galvaudée. J'ai par exemple découvert avec stupeur que le fervent antisémitisme qu'on lui prête communément est totalement inexact.

    Certains lecteurs plus pointus et/ou contre-partisans fervents du controversé Michel Onfray jugeront peut-être qu'il s'agit davantage d'un récit hagiographique que d'une biographie objective. Pour ma part, je n'y ai vu que le magnifique ouvrage d'un dessinateur talentueux m'offrant la possibilité de découvrir plus avant la vie et les idées d'une figure incontournable de la philosophie.

    Malgré tout - car il y a un bémol à mon enthousiasme -, si l'objet de ce livre est de rendre plus accessible la pensée nietzschéenne, il faut bien avouer que l'on est loin de la vulgarisation. Sans connaissance a priori de l'homme et de son oeuvre, il reste quand même difficile de tout comprendre. Certaines références sont restées complètement abstraites à la béotienne que je suis. La bd n'en démérite pas pour autant, elle reste un premier pas fort enrichissant.

    Retrouvez l'interview de Maximilien Le Roy à propos de Nietzsche.

    A noter que le talentueux Le Roy a réédité l'exercice plaisant de la biographie bédessinée en scénarisant dans La vie sublime la pensée de l'incontournable philosophe américain Thoreau, indigné avant l'heure si enclin à la Désobéissance civile. Si vous avez aimé Into the Wild, foncez !

    Extraits :

    Il faut aimer ce qui advient. "Amor Fati" : "Aime ton destin". Voilà ma formule pour toute chose. C'est d'ailleurs la formule du bonheur... Du moins la conjuration du malheur. C'est la plus haute sagesse.

    ...

    Que peux-tu attendre du christianisme, cette maladie qui nous invite au suicide lent... Qui veut que nous mourrions de notre vivant sous prétexte que nous mourrons mieux le jour dit ? Que peux-tu attendre de cette religion qui vénère une cadavre crucifié ? De cette religion qui fait les vertus des vices du renoncement au corps, à la chair, au plaisir de la vie ? Il n'y a pas d'arrière-monde, pas de Ciel, pas d'Enfer, pas de Dieu, pas de Diable !

  • Le roman de Saint-Pétersbourg de Vladimir Fédorovski

    le roman de st pétersbourg.jpgEditions du Rocher - 305 pages

    Présentation de l'éditeur : Saint-Pétersbourg : Vladimir Fédorovski a mis en scène les grands moments de l'histoire sentimentale de cette ville insolité créée par la seule volonté de Pierre le Grand au bord de la Néva. Pierre Ier, Catherine II et le prince Potemkine, Alexandre Ier, mais aussi les grands artistes et hommes de lettres russes et occidentaux (Pouchkine, Dostoïevski, les poètes du siècle d'Argent, Balzac...) sont les personnages de ce roman vrai qui nous convie à une promenade romantique dans la Venise du Nord. Une traversée étonnante, dans les palais étincelants du Saint-Pétersbourg d'hier et dans les rues sinueuses de Leningrad, sur les traces des hommes et des femmes qui y ont connu le coup de foudre. Cet ouvrage s'appuie sur des archives tirées des fonds confidentiels récemment rendus accessibles en Russie et sur des témoignages inédits. Des pages marquées par le mystère, l'évasion, l'aventure et le défi.

    Le choix de ce livre s'est imposé naturellement après le fabuleux Sashenka de Simon Montefiore qui, par son talent, m'a donné envie de m'éterniser encore un peu du côté de la Russie.

    Vladimir Fédorovski, quant à lui, donne véritablement envie de flâner sur les bords de la Néva qui serpente au coeur la Venise ou la Palmyre du Nord, cette "fenêtre ouverte sur l'Europe" selon Algarotti puis Tolstoï. Attention tout de même à ne pas se fourvoyer, si comme le Port-Salut, c'est écrit dessus, il ne s'agit aucunement d'un roman mais bel et bien d'un essai historique sur la ville et les personnages illustres qui l'ont bâtie et traversée.

    D'une plume passionnée et extrêmement bien documentée, l'auteur fait revivre les fantômes mythiques de Piter, le berceau des trois révolutions. Mystères, secrets, passions... Toutes les petites histoire qui ont fait la grande sont au rendez-vous de cet ouvrage atypique qui, sans être un guide touristique, peut s'avérer un formidable compagnon pour aller à la découverte de ce temple de l'architecture russe. Une bien jolie promenade historique et romantique ou comment s'évader depuis le fond de son canapé.

    Extraits :

    Catherine avait quarante-quatre ans, Grigori Potemkine trente-cinq. Depuis longtemps déjà, il rêvait en secret de cette femme inaccessible et s'en était ouvert dans son journal intime, écrit dans le style flamboyant propre à son époque : "O Dieu ! quel tourment d'aimer celle à qui je n'ose le dire ! Celle qui ne peut jamais être à moi ! Ciel barbare, pourquoi la fis-tu si belle ? Pourquoi vouloir que ce fût elle, elle seule, que je puisse aimer ?"

    ...

    Potemkine reconnut le comte Grigori Orlov, l'homme le plus puissant de l'Empire. Impressionné de se voir accueilli avec tous les égards par le comte en personne, Potemkine eut besoin de toute sa bravoure pour trouver quelque chose à dire :

    - Comte, quelles sont les nouvelles du palais

    - Rien de bien nouveau, mon cher. Je descends... Vous montez..."