Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

citation - Page 5

  • Bloody Miami de Tom Wolfe

    Éditions Robert Laffont - 610 pagesboody miami.jpg

    Présentation de l'éditeur : "Miami est la seule ville d'Amérique – et même du monde, à ma connaissance – ou une population venue d'un pays étranger a établi sa domination en l'espace d'une génération à peine. Je veux parler des Cubains de Miami. Ici, Nestor, un policier cubain, se retrouve exilé par son propre peuple pour avoir sauvé de la noyade un misérable émigrant clandestin de La Havane ; Magdalena, sa ravissante petite amie, le quitte pour des horizons plus glamour dans les bras d'un psy spécialiste de l'addiction à la pornographie ; un chef de la police noir décide qu'il en a assez de servir d'alibi à la politique raciale du maire cubain ; un journaliste WASP aux dents longues s'échine à traquer le scoop qui lui permettra de se faire une place à la hauteur de son ambition... et je n'évoque là que quelques-uns des personnages de Bloody Miami, qui couvre tout le spectre social de cette mégapole multiethnique. C'est un roman, mais je ne peux m'empêcher de me poser cette question : et si nous étions en train d'y contempler l'aurore de l'avenir de l'Amérique ?" Tom Wolfe

    Ma note :

    culture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unis

    Broché : 24,50 euros

    Ebook : 17,99 euros

    Le Bûcher des vanités est probablement LE livre de Tom Wolfe. Érigé au rang de classique de la littérature américaine, ses quelque 900 pages m'ont pourtant laissée de glace.

    Si la jeunesse et son lot d'erreurs m'ont vue finir coûte que coûte chaque livre que j'entamais, l'âge, la prise de conscience de ma non-immortalité et l'évidence mise à jour de ne pouvoir tout lire m'ont définitivement résolue à ne plus perdre de temps avec les navets (à l'aune de ma subjectivité esthétique littéraire, s'entend). Paradoxalement à cette philosophie de lecture, je suis pourtant allée au bout du pavé wolfien sur New York. Parce qu'il faut bien reconnaître au dernier dandy de la littérature américaine, en dépit de sa fâcheuse tendance à en faire des tonnes et à rallonger la sauce pesamment et inutilement, un sens affirmé de l'intrigue. L'envie de connaître le fin mot de l'histoire l'emporte sur le too much de l'écrivain.

    Cette première rencontre littéraire en absolue demi-teinte méritait un second coup d'oeil pour avoir enfin un goût tranché pour (ou contre donc) l'écriture de Tow Wolfe. Occasion fut faite lorsque je me suis vue offrir (merci à qui de droit) le dernier pavé de cet admirateur et aspirant représentant du roman naturaliste (XIXe siècle ; Zola...).

    Comme son nom l'indique, Bloody Miami se déroule au coeur de Magic City, Floride, réputée internationalement pour sa mer, ses cocotiers, son soleil à l'année, son pluriculturalisme, son bling bling richissime... Un éden touristique qui, sorti du plan carte postale, a néanmoins ses ghettos, sa violence, sa corruption, ses dérives, son communautarisme raciste, dans une atmosphère obsessionnelle des dieux Dollar et Sexe.

    Et ce roman choral de narrer la dichotomie de cette ville qui entremêle, dans un tourbillon de rebondissements ubuesques, des destins qui n'avaient a priori d'autre latitude que la longitude pour se rencontrer...

    De la sphère politique, médiatique et financière new yorkaise des eighties (Le bûcher des vanités) aux luttes de pouvoir et conflits raciaux d'Atlanta (Un homme, un vrai), en passant par les campus universitaires et la jeunesse en perdition (Moi, Charlotte Simmons), Tom Wolfe continue donc à Miami son portrait réaliste des États-Unis, tel le "secrétaire" de son époque comme il se définit lui-même, usant des mots de Balzac.

    Plutôt que l'observation objective, attentive et précise des moeurs contemporaines, cette représentation personnelle semble davantage, au regard de l'usage pour le moins exagéré de poncifs et autres caricatures, l'expression critique outrancière du jugement de l'auteur, assumé dans la présentation de l'éditeur... Sans toutefois pouvoir être taxé d'apologie anti-immigration, le texte dénonce l'inexorable échec du melting pot au prétexte que toutes les communautés se détestent. Un incontestable parfum conservateur qui a fait polémique dans le propre pays de celui qui se targue d'être "le seul écrivain américain à être républicain".

    Au-delà de ce parti-pris discutable et malgré un sens de l'intrigue accrocheur et des personnages consistants - bien que légèrement parodiques dans leur ambition symbolique -, Tom Wolfe affirme ses travers d'écriture. À l'instar du Bûcher des vanités, cent ou deux cents pages sont clairement superflues ; sans compter les effets de ponctuation et de répétition aussi lassants qu'inutiles ainsi que des descriptions si ce n'est insipides du moins loin du charme des naturalistes dont l'écrivain s'inspire.

    Décrit comme sociétal, à mi-chemin du roman et de l'essai, Bloody Miami tient du miroir plus déformant que grossissant de la société moderne en général et américaine en particulier. Tom Wolfe est une voix littéraire certaine de l'Amérique. Mais il est surtout la voix d'une certaine Amérique. À mille lieues du regard qui me plaît tant dans la littérature américaine ; celui de James Frey par exemple. La nation états-unienne est certes "comme un grand corps en train de se déglinguer", mais la vision de Wolfe en forme de condamnation ressemble un petit peu trop à un système judiciaire sudiste réputé pour ses verdicts à la tête du client...

    Et, malgré tout, Bloody Miami tient en haleine.

    Schizophrénie américaine, quand tu nous tiens !

    Ils en parlent aussi : Télérama, Les Inrocks, Isa.

    Vous aimerez sûrement :

    Le dernier testament de Ben Zion Avrohom et L.A. Story de James Frey

    Une dernière chose avant de partir, Le livre de Joe, Perte et fracas, C'est ici que l'on se quitte, Tout peut arriver de Jonathan Tropper

    Rien ne va plus de Douglas Kennedy

    En moins bien et Pas mieux d'Arnaud Le Guilcher

    Rainbow Warriors d'Ayerdhal

    Extraits :

    Miami Basel n'ouvrirait ses portes au public que le surlendemain... mais pour les gens branchés, pour les initiés, cela faisait déjà près de trois jours que Miami Basel était une débauche de cocktails, de dîners, d'afters, de soirées coke discrètes en petit comité, de baise à tout va. Presque partout, ils avaient de bonne chance de voir leur prestige amplifié par la présence de people - des grands noms du cinéma, de la musique, de la télé, de la mode, et même du sport - qui ne connaissaient strictement rien à l'art et n'avaient pas le temps de s'y intéresser. Tout ce qu'ils voulaient, c'était être... là où ça se passait. Pour eux et pour les initiés, Miami Basel s'achèverait à l'instant où le premier pied du premier paumé du grand public foulerait le hall d'exposition.

    ...

    Ils se trouvaient dans le couloir d'entrée de ce qui ressemblait à une vieille maison particulière, confortable, mais sans rien de fastueux... près, mais pas au bord de l'océan... et certainement pas ce que Magdalena s'attendait à trouver dans l'un des restaurants les plus chics de Miami. Juste devant eux, un escalier, mais sans grandiose envolée incurvée de rampes et de balustrades. De part et d'autre, une porte en arcade... en arcade, mais une arcade que tout le monde aurait oubliée dix secondes plus tard... et pourtant, de l'une d'elles se déversait ce brouhaha bruyant de babillages et de bavardages, de cris perçants et de bassos profundissimos de rire, cet irrationnel ravissement des mortels qui savent être arrivés là où ça se passe. Tous ceux qui l'avaient déjà entendu, comme Magdalena à Art Basel Miami, reconnaîtraient désormais ce bruit à jamais.

    ...

    Ils se trouvaient désormais, Norman et elle, à l'intérieur de la salle du ravissement. Des hommes et des femmes gesticulaient en tous sens pour souligner leur propos ou levaient les yeux au ciel sur le mode Je n'avais encore jamais entendu parler d'une chose pareille ou Mon Dieu, comment est-ce possible ?... et, surtout, riaient si fort que le monde entier ne pouvait ignorer que chacun d'entre eux sans exception faisait partie intégrante de cette assemblée exaltée de demi-dieux. Magdalena était entrée Chez Toi jurant à Vénus, Déesse de la Séduction, qu'elle resterait parfaitement détachée, et même distante, comme si elle pouvait, selon son bon plaisir, prendre ou laisser tous les hommes qui se trouvaient là. Et pourtant, malgré toutes ses bonnes résolutions, elle fut gagnée par l'irrésistible délire élitiste du lieu.

  • Les Quatre Grâces de Patricia Gaffney

    les quatre grâces.jpgSortie ce jour en librairie.

    Éditions Charleston - 397 pages

    Présentation de l'éditeur : Depuis dix ans, Emma, Rudy, Lee et Isabel sont liées par une amitié indéfectible. Esprit, humour et compassion sont les armes qui permettent aux Quatre Grâces de résister à tous les tracas de la vie, ce qui ne les empêche pas de se cacher des secrets parfois... Jusqu'au jour où survient une épreuve à laquelle elles n'étaient pas préparées. Quand le destin frappe, c'est tout le groupe qui est touché. Les Grâces sauront-elle surmonter, chacune à sa façon, cette crise sans précédent ? Vif, profond et émouvant, ce roman déjà culte aux États-Unis, vendu à 1,6 million d'exemplaires, fait le portrait de femmes qui, à elles quatre, sont toutes les femmes... Et les meilleures amies dont on peut rêver. Les Quatre Grâces font partie des livres qui changent une vie.

    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Élizabeth Luc.

    Ma note :

    culture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unis

    Broché : 22,50 euros

    Ebook : 16,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Charleston pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Premier roman de l'auteur, "petit bijou qui brille de mille feux" d'après Nora Roberts, Les Quatre Grâces, bien qu'initialement publié il y a une quinzaine d'années, est un choeur de femmes tout à fait contemporain. Tout autant qu'intemporel.

    Roman à quatre voix ou journal à huit mains, ce livre est l'histoire d'un cercle féminin devenu, au fil du temps, amical puis sororal. Compagnie bigarrée, les femmes de ce club ont des personnalités autant que des choix de vie bien distincts d'où d'occasionnelles étincelles. C'est pourtant le partage, la disponibilité, l'écoute, les bons moments que ces quatre-là vivent le plus souvent. Et parce que l'amitié - davantage encore que l'amour ! - est souvent inconditionnelle, elles savent se serrer les coudes quand elles doivent affronter un destin qui se change en sort. La vie n'étant pas avare en clins d'oeil ironiques, elle entremêle avec malice les étapes cruciales de leurs existences, les éprouvant dans leur capacité à porter le regard sur les autres et les soutenir alors que chacune est elle-même dans la tourmente...

    S'il était encore besoin de démontrer que l'amitié entre femmes existe, ce feel good book en serait la parfaite et bouleversante illustration. Les convaincues quant à elles, nostalgiques de Sex and the city ou de Quatre filles et un jean pour les jeunes lectrices ayant grandi, seront ravies de recréer l'atmosphère chaleureuse, réconfortante, d'un groupe de vraies bonnes copines.

    S'il n'est pas aisé, au commencement de ce roman choral, de distinguer les portraits, d'associer tels événements / traits de caractères / souvenirs / etc. à tel prénom, tout se met en place assez rapidement. L'alternance de voix des héroïnes confère dynamisme et intimité au récit : ajoutée à l'intrigue et ses rebondissements existentiels palpitants, l'intériorité de chacune des figures permet de pénétrer au plus profond du cénacle.

    Ce clan n'est pas seulement une galerie portraits de femmes, de caractères et de vécus variés auxquelles chaque lectrice peut, tout ou partie, s'identifier. Ce sont les amies parfaites, le cercle amical idéal. C'est même encore mieux qu'en vrai puisqu'exceptionnellement, l'on sait tout ce que les unes pensent des autres et disent en leur absence ! Et quand la fiction dépasse la réalité, le sentiment d'appartenance au groupe n'en est que plus fort : il ne s'agit plus seulement de lire, d'observer passivement mais de vivre plus intensément, tant moralement que physiquement, les états d'âmes, les ressentis de ces saisissantes amies virtuelles. Le récit est à ce point poignant que l'on est viscéralement dans l'histoire ; que l'on ne quitte qu'à regret.

    C'est donc plus que volontiers qu'on se laisse embarquer et porter par ce magnifique roman d'Amitié entre rires et larmes, parfois grinçant, souvent drôle, un peu cruel, surtout tendre, toujours touchant. Un tourbillon d'émotions, comme dans la vraie vie. Car là est toute la force de ce livre : son réalisme, son authenticité. Il sonne vrai, il sonne juste. Entre réflexion existentielle et philosophie de vie, cet hymne à l'instant présent évoque intelligemment des sujets complexes (amour, maladie, mort...) et des notions profondes telles que la place et le rôle de la femme, la tolérance ou encore la solidarité... Plus que divertissante, cette lecture dont on ne peut sortir que grandi est une invite à l'introspection, à l'humanité.

    Touchée par la grâce, cette sixième parution des toutes jeunes Éditions Charleston affirme une ligne éditoriale de qualité qui redonne ô combien ses lettres de noblesse à la romance. Un genre littéraire à part entière, brillamment servi par Patricia Gaffney et son vrai beau roman qui, contrairement à ce que laisse supposer la jolie jaquette estivale, se lit à toute heure, en toute saison. Les petits bonheurs qui font du bien à l'âme n'attendent pas !

    L'interview de Patricia Gaffney.

    Lire un extrait du livre.

    Vous aimerez sûrement :

    Le club Jane Austen de Karen Joy Fowler

    Le Châle de cachemire de Rosie Thomas

    Les Roses de Somerset de Leila Meacham

    Rien ne va plus, La poursuite du bonheur & L'homme qui voulait vivre sa vie de Douglas Kennedy

    Demain, j'arrête ! de Gilles Legardinier

    Dolce agonia de Nancy Huston

    Les morues de Titiou Lecoq

    La maison d'hôtes de Debbie Macomber

    Vacances anglaises, N'oublie pas mes petits souliers et S.O.S. de Joseph Connolly

    Un été sans les hommes de Siri Hustvedt

    La tétralogie d'Anna Godbersen : Rebelles, Rumeurs, Tricheuses et Vénéneuses

    Les secrets de Summer street de Cathy Kelly

    La trilogie de Katherine Pancol : Les yeux jaunes des crocodiles, La valse lente des tortues et Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

    Extraits :

    Si un mariage sur deux se termine par un divorce, combien de temps dure un couple, en moyenne ? Ce n'est pas une question rhétorique : j'aimerais vraiment le savoir. Moins de neuf ans et demi, je parie. Les Quatre Grâces existent depuis neuf ans et demi et pas un nuage à l'horizon. On se parle encore, on remarque toujours des petits détails chez les unes et les autres, un kilo perdu, une nouvelle coiffure, des chaussures neuves... À ma connaissance, aucune d'entre nous n'est en quête d'une amie plus jeune et plus fraîche...

    ...

    Il ne s'agit pas d'un ordre religieux, donc nous avons aussi eu notre lot de jalousies, mesquineries, petites vacheries, sans oublier les crises de nerfs occasionnelles. Mais ce n'est rien.

    ...

    J'adorais l'idée de fonder un groupe. Ce ne serait pas un club de lecture, ni un groupe politique ou féministe. De temps en temps, nous réunirions des femmes qui s'appréciaient et se respectaient pour échanger des expériences et débattre de questions intéressantes. Un objectif plutôt modeste. Nous ignorions que nous étions en train de semer les graines d'un jardin superbe.

    ...

    Avais-je rêvé de ce que je désire ou de ce que je redoute ? Ou les deux ?

    ...

    Je n'ai pas peur d'avoir tort. Je me trompe tout le temps. (...) Le problème, c'est que, en optant pour une opinion tranchée, on élimine toutes les autres. Ce n'est pas juste. Pourquoi choisir ? Il est tellement moins brutal de ne pas choisir. De plus, mieux vaut s'accorder une porte de sortie.

    ...

    Quand je suis stressée, je deviens insupportable. Je m'en rends compte, mais je n'y peux rien.

    ...

    En fait, trois qualités me font craquer, chez un homme. Outre la timidité et l'intelligence, j'ai du mal à l'admettre, il y a la beauté physique. Je sais, je suis superficielle et je déteste ça. Parfois je sors délibérément avec des moches pour ne pas être taxée de frivolité. En vérité, à qualités égales, je préfère un homme séduisant.

    ...

    Il était si passionné... De toute évidence, l'art était sa vie, à la limite de l'obsession, or je craque pour les hommes qui adorent leur travail. Je trouve cette fougue terriblement sexy et désirable. Le mieux, c'est qu'ils ne sont pas dépendants de moi pour donner un sens à leur existence.

    ...

    L'impossible a quelque chose de réconfortant, mais c'est triste. Je déteste l'ambiguïté. Je peux accepter le pire s'il n'est pas dilué dans l'espoir ou un "oui, peut-être".

    ...

    J'adore ça. Préparer un bon repas avec mes meilleures amies, les écouter plaisanter, rire, raconter leur vie, en rajoutant mon grain de sel de temps en temps... C'est le bonheur. Du vin, du fromage, des potins, des copines... Si on pouvait ajouter une dose de sexe d'une façon ou d'une autre, ce serait parfait.

    ...

    Je ne suis pas une experte des enfants, loin de là, ils me font même une peur bleue. Ils sont tellement autonomes... Je ne sais pas... tellement directs. L'ironie ne fait pas partie de leur vocabulaire et ils ne comprennent jamais les blagues. Bref, par principe, je garde mes distances.

    ...

    - Ne rejette pas l'amour, ne le néglige pas. Ne pars pas du principe que tu trouveras un amour meilleur ailleurs. Prends-le partout où tu auras la chance de le trouver et efforce-toi de le rendre en retour.

    ...

    (...) je suis peut-être une imposture. Toute ma vie, j'ai voulu écrire des romans, du moins c'est ce que j'ai toujours affirmé. Le réel ne me suffisait pas. Je voulais que le récit parte dans une autre direction, que la vérité ne soit jamais ce qu'elle était vraiment... Résultat : je suis bien meilleure journaliste que romancière, finalement. C'est à se demander si je n'ai été attirée uniquement par l'idée que j'avais de la romancière. Je voulais avoir l'air d'une romancière. Dans les soirées, je voulais répondre "J'écris des romans" à la question : "Qu'est-ce que vous faites, dans la vie ?"

    ...

    Parfois, le désespoir a du bon.

    ...

    Consulter un psy, c'est dépassé. De plus, je crois en l'idéal de l'indépendance, en la responsabilité de chacun face à son propre bonheur. Non que je réprouve la psychothérapie pour les autres. Avec de telles convictions, je ne tiendrais pas le coup, dans mon métier. Bref, je ne crois pas que ce soit pour moi.

    ...

    J'ai toujours eu envie de dire aux gens que je les aimais. En général, c'est la peur qui m'en empêchait. Peur qu'ils s'en moquent, qu'ils ne veuillent pas l'entendre ou bien qu'ils m'en prennent trop, ensuite.

    C'est différent, à présent. Les années s'accumulent et je n'ai plus un instant à perdre.

    ...

    Mon corps m'a trahie. Je suis mas propre meilleure amie et je me suis laissée tomber. En qui puis-je désormais avoir confiance ? C'est bête, je sais, mais j'ai toujours en moi l'illusion de l'immortalité, même si elle commence à s'effriter sur les bords. Elle cède la place à des crises de panique. Je vais mourir. Cela me revient toujours en pleine face, après un moment d'oubli inexplicable. Alors mes veines s'embrasent de terreur. Mon estomac se noue, je verse des larmes de douloureuses. Ensuite viennent les respirations profondes, je redresse les épaules. Ce fardeau de tristesse, je ne peux le partager. C'est mieux pour moi et pour les autres. Quel poids que l'ombre de la mort...

    Pourquoi la mort est-elle si mystérieuse et taboue, comme le sexe pour une vierge, un secret bien enfoui ? Depuis toujours, je suis persuadée que tout le monde va mourir sauf moi.

    C'est notre seul moyen de survivre, je suppose.

  • Une Île de Tracey Garvis-Graves

    Éditions Milady - 350 pagesune île.jpg

    Présentation de l'éditeur : Anna Emerson n’hésite pas un instant lorsque les Callahan lui proposent de se rendre aux Maldives pour donner des cours à leur fils T.J., en rémission d’un cancer. Mais rien ne se passe comme prévu : le jet privé à bord duquel ils ont embarqué se crashe au beau milieu de l’océan Indien. Les voici naufragés sur une île déserte où ils vont devoir apprendre à survivre. Si l’adolescent rechute, rien ne pourra le sauver. Anna se sent malgré tout étrangement attirée par son compagnon d’infortune. Alors que chacun d’eux n’a plus que l’autre pour unique horizon, leur seule chance de s’en sortir est ce lien précieux qui ne cesse de grandir entre eux.

    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Sophie Barthélémy.

    Ma note :

    culture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unis

    coeur.jpg

    Broché : 15,20 euros

    Ebook : 9,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Milady Romance pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première au coeur d'un écrin de choix : le joli kit presse au goût de soleil.

    culture,littérature,livre,romance,roman,etats-unis,usa,citation,amour,premier roman

    Une femme, un homme, un crash, une île déserte... Ouch ! Difficile de convaincre un éditeur avec un pitch aussi éculé. Raison pour laquelle Tracey Garvis-Graves a initialement opté pour l'auto-édition avant de se voir offrir un pont d'or par Penguin (!) eu égard au succès colossal rencontré par son texte.

    C'est pourtant bel et bien au range de best seller que ce titre s'est érigé, rapidement classé parmi les meilleures ventes de The New York Times, USA Today et Wall Street Journal et depuis traduit dans une vingtaine de pays. Parce que contrairement aux apparences, l'auteur ne livre pas un énième remake de Crusoé, Lost et autre Seul au monde. Une Île est même d'une telle qualité qu'à l'image de La couleur des sentiments de Kathryn Stockett - quoique dans un tout autre genre -, il entrera prochainement au panthéon des premiers romans adaptés au cinéma, la MGM ayant d'ores et déjà racheté les droits pour une production qui promet d'être shebam pow blop wizz.

    Alors certes, l'écriture est simple, sans fioriture, mais si l'on n'est pas purement dans l'exercice de style littéraire, l'on est assurément au coeur d'une prouesse de schéma narratif. D'une situation initiale maintes fois explorée, Tracey Garvis-Graves parvient à bâtir, et c'est là le vrai tour de force de ce roman, un récit surprenant, une intrigue complexe enrichie de rebondissements suffisamment en pagaille pour, expérience à l'appui, tenir éveillé toute la nuit.

    Et d'embarquer le lecteur aux côtés d'Anna et de T.J. dans une épopée contemporaine judicieusement brodée autour de certains des faits historiques les plus marquants du XXIe siècle... Une odyssée multifacette mêlant romance, aventure, action, suspens, dont les chapitres courts alternent les voix des deux protagonistes. La force évocatrice de leurs ressentis prouve soit que l'auteur s'est elle-même échouée un temps sur une île déserte, soit qu'elle est douée d'un rare instinct émotionnel.

    Au-delà de ses personnages fouillés, dépeints avec finesse et, une fois encore, appréhendés brillamment dans leurs états d'âmes et leurs évolutions respectives en fonction de leurs âges et des épreuves de la vie, l'écrivain parvient à éviter l'écueil des clichés du genre en général et de son intrigue en particulier, surtout celui de la légèreté trop souvent accolée à la romance. Elle aborde avec finesse et profondeur la thématique du combat sous toutes ses formes (maladie, survie, désespoir, préjugés, conventions, amour, mort...), détourne la vision paradisiaque de l'île déserte pour mieux réaffirmer la toute puissance de la Nature parfois cruelle, opère une mise en scène paroxystique de l'incroyable faculté d'adaptation de l'Homme et inscrit en filigrane de ce huis-clos à ciel ouvert de nombreux travers sociétaux, culturels...

    Dès sa première tentative littéraire, Tracey Garvis-Graves réussit en somme le défi improbable de réinventer avec maestria un genre décrié et un scénario usagé pour en faire un roman d'aventures moderne et perspicace, qui tient en haleine et ménage de puissants emportements émotionnels. Bref, un page turner, un pur coup de coeur. Et une plume à suivre, assurément, qui s'est déjà attelée à son deuxième roman.

    Je ne saurais trop vous conseiller, si vous aimez comparer les avis de lecture, de vous en garder s'agissant de ce titre (hormis celui en lien ci-dessous), nombre de lectrices ayant eu la regrettable et fâcheuse tendance à spoiler sans avertissement préalable.

    Ils en parlent aussi : Evenusia.

    Vous aimerez sûrement :

    Les Accusées de Charlotte Rogan

    Demain, j'arrête ! de Gilles Legardinier

    Les Roses de Somerset de Leila Meacham

    L'escapade sans retour de Sophie Parent de Mylène Gilbert-Dumas

    Le Châle de cachemire de Rosie Thomas

    Hunger Games de Suzanne Collins

    Trois fois le loyer de Julien Capron

    Avant d'aller dormir de S.J. Watson

    Le dîner d'Herman Koch

  • Une vie plus une vie de Maurice Mimoun

    une vie plus une vie.jpgÉditions Albin Michel - 200 pages

    Présentation de l'éditeur : « Maurice Mimoun est un chirurgien fameux, aimé fidèlement par ceux qui grâce à lui ont pu retrouver leur apparence physique même après les plus désastreuses blessures. À la compétence médicale est liée chez lui une exceptionnelle connaissance de la vie ; c’est grâce à elle que ce livre a pu naître : le vrai roman d’un vrai romancier. Dans ses personnages il ne faut pas chercher quelque autobiographie dissimulée, mais les grands thèmes de l’existence humaine : le corps, la douleur, l’amitié, la peur, la fatigue, la fidélité, la trahison, la vieillesse… Et la mort - avec une étonnante imagination onirique il s’interroge : sera-t-il possible un jour de la chasser de nos vies ? » Milan Kundera

    Ma note :

    culture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unis

    Broché : 15 euros

    Ebook : 9,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Albin Michel pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre.

    Dans les couloirs des hôpitaux, les centres de rééducation, les cabinets de kinésithérapie ou même indépendamment de tout cadre de santé... N'en déplaise aux intéressés, les chirurgiens ne jouissent pas à proprement parler d'une réputation glorieuse, humainement parlant. Souvent jugés d'une suffisance arrogante, nombre de patients déplorent leur manque d'égard, leur déplorable écoute, leur mépris de la communication et leur absence d'émotionnalité. Bref, souvent réduits à des numéros de chambre ou des pathologies plutôt que d'être considérés comme des individus en souffrance, les malades doivent trop souvent ajouter à leurs maux la douleur provoquée par le manque d'humanité des coupeurs de mou. Si vous en doutez encore, interrogez les habitués des blouses blanches (votre humble serviteuse) ou lisez Hors de moi de Claire Marin.

    Pourtant, Une vie plus une vie, véritable Jules et Jim dans les couloirs d'un hôpital, en abordant tous les grands thèmes de la vie avec émotions et sensibilité, témoigne d'une indiscutable humanité et d'une connaissance aigüe et attentionnée de l'âme humaine. En revisitant le triangle amoureux dans ce premier roman, il y a fort à parier que le Docteur Maurice Mimoun, directeur du service de chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique de l'hôpital Saint-Louis et du centre de traitement des brûlés, redore un peu le blason des couturiers de la chair. Et se fasse une place de choix dans le monde des lettres puisque le taiseux romancier tchèque Milan Kundera a brisé son légendaire silence sur la production contemporaine pour louer le texte de Maurice Mimoun dont il signe d'ailleurs l'élogieuse quatrième de couv' et le bandeau.

    Depuis l'enfance, Rania, Simon et Tom entretiennent une amitié fusionnelle qui évolue naturellement en grandissant. Mais l'alchimie amoureuse qui règne entre eux est complexe. Devenue chirurgienne, Rania devrait logiquement choisir le discret et sensible Simon, brillant chercheur en cancérologie. C'est pourtant l'arrogant et hypocondriaque homme d'affaires Tom qui deviendra son époux... Ce choix est-il raisonnable ? Raisonné ? L'amitié pourra-t-elle survivre à l'amour ? À la mort ?...

    C'est donc bien d'amitié et d'amour dont il est question dans ce roman, avec tout ce que ces notions impliquent d'incompréhensible et d'irrationnel. Au-delà d'une analyse des sentiments, ce texte romantique amène à une profonde réflexion existentielle en évoquant brillamment l'éthique médicale, la quête d'éternité, la folie et, évidemment, la mort.

    C'est sans doute parce que le médecin ayant troqué son scalpel pour une plume est un témoin privilégié des êtres dans leur fébrilité la plus nue entre Vie et Mort qu'il parvient avec intensité et authenticité à retranscrire leurs blessures, leurs solitudes, leurs secrets, leurs angoisses, tout autant que leurs plaisirs, leurs désirs, leurs moments de communion, leurs instants magiques.

    De ce premier roman, Maurice Mimoun confie que "ciseler les mots est aussi difficile que faire de la chirurgie". Il faut croire que la maîtrise du bistouri prédispose à celle de la plume puisque le chirurgien-écrivain signe un roman délicat, esthétique et émouvant, empreint de lyrisme et de poésie. Entre réalité et onirisme, il fouille sans pathos les états affectifs de l'âme et interroge avec finesse les désirs d'éternité.

    Ils en parlent aussi : Télérama, Marie-Claire, Claire.

    Vous aimerez sûrement :

    La double vie d'Irina de Lionel Shriver

    Sashenka de Simon Montefiore

    Le châle de Cachemire de Rosie Thomas

    Un été sans les hommes de Siri Hustvedt

    La silencieuse d'Ariane Schréder

    Les déferlantes de Claudie Gallay

    Ce parfait ciel bleu de Xavier de Moulins

    Extraits :

    Il faut n'écrire que des livres dont l'absence fait souffrir.

    Marina Tsvetaïeva

    ...

    Le début de l'amour, c'est peut-être ça, un mouvement inversé qui vient contredire un rythme. Un contre-courant.

    ...

    - Quand deux arbres grandissent côte à côte, leurs couronnes se pénètrent, se mélangent. Quand les arbres sont timides, leurs branches ne s'élancent pas l'une vers l'autre, mais seulement vers le haut. Elles s'évitent, se bloquent à quelques dizaines de centimètres de distance. Vue du sol, une fente claire se dessine autour de la couronne. C'est la fente de timidité.

    - Étrange !

    - Il y a peu d'arbres timides.

    Tandis qu'elle lui parlait, elle réalisa qu'elle se tenait elle-aussi à une dizaine de centimètres de Simon.

  • Un passé en noir et blanc de Michiel Heyns

    Depuis hier en librairie.culture,citation,littérature,livre,roman,polar,afrique,afrique du sud,apartheid

    Éditions Philippe Rey - 318 pages

    Présentation de l'éditeur : Un matin de janvier 2010, Peter Jacobs, journaliste et écrivain vivant à Londres, débarque à Alfredville, sa ville natale, qu'il a quittée depuis plus de vingt ans. Curieux de voir ce qu'est devenu ce gros bourg afrikaner depuis la fin du régime d'apartheid, et attiré par l'idée d'écrire une série d'articles sur l'assassinat de sa cousine, la belle et intelligente Désirée, mariée au chef de la police locale, Hector Williams. Un Noir. Aujourd'hui accusé du meurtre de sa femme. Motif : la jalousie évidemment. Que pouvait-on attendre d'une telle union ? s'indigne la rumeur publique. L'enquête de Peter va durer dix jours. Afflux de souvenirs, rencontres cocasses, constat du peu d'évolution des mentalités, notamment ches les Blancs, et surtout profond trouble affectif. Peter, qui vient de se séparer de son compagnon jamaïcain James, comprend, en retrouvant Bennie, son meilleur ami de jeunesse, que le lien qui les unissait était en réalité beaucoup plus complexe. Or Bennie, désormais policier,  dirige le commissariat en attendant le procès de Williams, et semble étrangement mêlé au meurtre. Devenu acteur malgré lui d'une affaire aux rebondissements multiples, Peter plonge dans une histoire bouleversante qui remet sa vie totalement en question, à commencer par ses rapports avec son pays. Sera-t-il un éternel expatrié ?

    Traduit de l'anglo-sud-africain par Françoise Adelstein.

    Ma note :

    culture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unis

    Broché : 20 euros

    Un grand merci aux Éditions Philippe Rey pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Le parti pris des Éditions Philippe Rey - que j'apprécie davantage à chaque nouvelle lecture - est d'en appeler à la curiosité du lecteur par le biais de la publication d'auteurs de tous horizons, majeurs ou inédits en France. Fidèle à cette volonté éditoriale d'ouverture sur le monde, cette toute nouvelle parution nous conduit au coeur de l'Afrique du Sud.

    Émigré depuis vingt ans à Londres pour ne pas risquer sa peau sous les drapeaux, Peter, journaliste homosexuel fraîchement célibataire, décide d'un retour au pays natal dans le but de chroniquer le meurtre de sa cousine. Si la communauté s'accorde à penser qu'un crime était l'inexorable aboutissement d'une union mixte, tout n'est pas aussi simple...

    Précision nécessaire aux férus de polars : cette enquête, quoique menée et résolue comme il se doit, n'est qu'un prétexte. Si suspens, rebondissements et surprenant dénouement sont au rendez-vous, Un passé en noir et blanc est avant tout le portrait d'une Afrique du Sud post-apartheid. Clivages communautaires, condition homosexuelle, insécurité, corruption... Le protagoniste observe, compare passé et présent et tente de comprendre ce pays qu'il a quitté. Mais davantage que l'examen de la trajectoire surprenante d'une nation et de ses peuples entre deux époques, c'est une véritable réflexion sur l'appartenance à une patrie. L'auteur raconte entre les lignes avec brio la dichotomie de l'individu partagé entre deux nations, deux cultures : émigré d'un côté, immigré de l'autre, il est finalement apatride et devient étranger à la notion de "chez soi".

    Entre humour et tragédie, Michiel Heyns offre une analyse pertinente d'un pays produit de son histoire en évitant le facile écueil de la caricature ou du manichéisme, dépeint des personnages entiers et authentiques, érige une intrigue captivante et livre un questionnement intelligent sur les racines. Un roman subtil qui, à l'image du héros, invite au retour sur soi, à l'introspection. Un roman surtout engagé, qui dénonce la bêtise et clame haut et fort son appel à la tolérance et à l'égalité sous toutes leurs formes.

    Du 18 au 20 mai, l'auteur participera à la mise en avant des voix d'une "Afrique qui vient" à l'occasion du Festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo dont l'Afrique du Sud sera l'invitée d'honneur.

    Vous aimerez sûrement :

    La saison des adieux de Karel Schoeman

    La plantation de Calixthe Beyala

    Une saison blanche et sèche d'André Brink

    Ces âmes chagrines de Léonora Miano

    Bamako Climax d'Elizabeth Tchoungui

    Sang mêlé ou ton fils Léopold d'Albert Russo

    Un fusil dans la main, un poème dans la poche d'Emmanuel Dongala

    Loin de mon père de Véronique Tadjo

    Celles qui attendent de Fatou Diome

    Extraits :

    Ici, c'est l'Afrique, qui n'a pas fini de régler ses comptes avec l'Histoire, aux prises avec la chaleur et la sécheresse, les inondations et la famine, qu'elle affronte avec le même stoïcisme et la même inefficacité que tous ses autres malheurs.

    ...

    Si je veux être fidèle à ma résolution de courir tous les matins, c'est le moment. Je tente de me persuader que courir maintenant serait de l'excès de zèle, que j'ai bien droit à une journée de repos, que je ne dois pas soumettre mon organisme à tant de chocs en si peu de temps, que c'est probablement mauvais pour moi, mais le pion incrusté dans ma cervelle qui surveille mon mode de vie, en quelque sorte le double de ma conscience - moi le rejeton hybride de l'éthique calviniste de ma mère et de la folle énergie juive de mon père - ne l'entend pas de cette oreille. Sors et va courir, m'intime le pion, ce ne sera pas plus facile demain.

    J'obéis. Je sais d'expérience que l'inconfort moral suscité par le refus d'obéir à ces adjurations l'emporte sur la satisfaction à court terme.

    ...

    "(...) Comme on dit, mélanger de la bouse de vache avec de la glace ça n'améliore pas la bouse, mais c'est sûr que ça pourrit la glace." Elle s'écroule de rire. Mon sourire est un peu coincé, mais je ne veux pas faire tout un plat à propos de cette vieille blague raciste. Joy exprime probablement ce que pense une grande fraction des Blancs d'Alfredville (...).

    ...

    N'est-ce pas ce que je recherchais, ce compagnonnage simple, retrouver quelque chose du Bennie d'antan ? Non, je sais qu'il ne s'agit que d'âneries sentimentales. On ne retrouve pas plus les sentations simples que les amitiés perdues.

    ...

    Suis-je vraiment si inconstant ?

    ...

    Je sais que je parais condescendant mais je ne suis pas habitué à un tel étalage de sentiments. Dans mon milieu, l'ironie est de mise.

    ...

    Il se protège les yeux du soleil encore bas, cherche à me voir. Une impulsion bizarre me pousse à ne pas crier pour attirer son attention : il y a quelque chose de si intime à regarder quelqu'un qui ne se sait pas regardé.

    ...

    - (...) on ne connaît rien à la jalousie si on croit que la chronologie a de l'importance.