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angleterre - Page 3

  • Sanditon de Jane Austen, achevé par une autre dame

    sanditon.jpgRoman achevé par une autre dame

    Éditions Lattès / Livre de poche - 403 pages

    Présentation de l'éditeur : En ce début du XIXe siècle où la bonne société anglaise découvre les bienfaits des bains de mer, les Parker se sont mis en tête de faire de la paisible bourgade de Sanditon une station balnéaire à la mode. Invitée dans leur magnifique villa, la jeune Charlotte Heywood va découvrir un monde où, en dépit des apparences « très comme il faut », se déchaînent les intrigues et les passions. Autour de la tyrannique lady Denham et de sa pupille Clara gravitent les demoiselles Beaufort, le ténébreux Henry Brudenall et l'étincelant Sidney Parker, peut-être le véritable meneur de jeu d'une folle ronde des sentiments. Observatrice avisée, Charlotte saura-t-elle demeurer spectatrice ? Le cœur ne va-t-il pas bouleverser les plans de la raison ? À sa mort en 1817, Jane Austen laissait cette œuvre inachevée. Une romancière d'aujourd'hui a relevé le défi de lui donner un prolongement. Un exercice mené à bien dans la plus remarquable fidélité, avec autant de tact que de brio.

    Ma note :

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     Poche : 7,10 euros

    Ebook : 6,99 euros

    L'inconvénient quand l'un de vos écrivains favoris est décédé, c'est qu'une fois fait le tour de sa bibliographie, vous avez l'assurance de ne jamais plus connaître le plaisir jubilatoire de la découverte ; vous ne pouvez que relire. Notons toutefois qu'il ne faut absolument pas minorer le délice de cette démarche qui est gage d'exploration approfondie du texte et donc de révélations inattendues ayant échappé à l'attention lors de la première lecture !

    Le seul espoir - bien ténu plus la disparition de l'auteur remonte dans le temps - reste la miraculeuse trouvaille d'un manuscrit inédit. Enfin, pas si unique que ça. Ce serait ignorer le potentiel passionnel inspiré par une femme de lettres de la trempe de Lady Jane Austen !

    Ainsi, bien que sa trop précoce disparition ait interrompu l'édification d'une oeuvre magistrale, l'incontournable plume britannique a laissé "suffisamment" d'ouvrages pour déclencher l'exaltation littéraire. Parmi ses nombreux admirateurs se sont trouvés des paires qui ont tenté, plus ou moins remarquablement, de prolonger l'existence des personnages les plus marquants des plus célèbres ouvrages (cf P.D. James et Elisabeth Aston dans la rubrique "vous aimerez sûrement" ci-dessous). Pour Sanditon, l'exercice est plus difficile encore puisqu'il s'agit de donner une fin à l'un des manuscrits inachevés de Jane Austen et donc de littéralement se fondre dans l'écriture originale.

    Sans ambages, le pari est parfaitement réussi par cette "autre dame", de son vrai nom Anne Telscombe ou Mary Dobbs, journaliste austalienne née en 1920. L'édition a l'intelligence de ne pas préciser a priori à quel moment l'une prend le relai de l'autre et je défie quiconque de le déterminer tant la gageure est exécutée avec brio, fidélité, nuances, subtilités, tant dans les thèmes que dans le style. L'on y retrouve tout ce que l'on aime et peut-être même plus encore tant le caractère inespéré d'un "nouveau texte" de l'auteur culte est grisant.

    Le plaisir à la lecture de ce texte dont j'ai attendu la réédition en trépignant fut donc immense. Félicité accrue par le choix du prénom de l'héroïne, Charlotte. Ravissement à son comble quand je me suis retrouvée dans certains traits de caractères de mon homonyme. Bref, jouissance littéraire, euphorie absolue.

    Ne me reste plus qu'à espérer qu'une plume tout aussi talentueuse se proposera d'achever l'autre manuscrit non abouti de la grande Jane : The Watsons dont l'ébauche est disponible chez Christian Bourgois Éditeur.

    Rappelons que Jane Austen a amorcé l'écriture de Sanditon alors qu'elle était mourante. L'omniprésence de l'hypocondrie dans ce roman ne peut qu'être saluée comme l'ultime clin d'oeil ironique de l'une, si ce n'est la plus grande des représentantes des lettres anglaises.

    Jane Austen reste résolument, incontestablement, définitivement la figure de proue de la romance féministe hautement subtile et la grande favorite de ma bibliothèque.

    Ils en parlent aussi : Alice, Lilly.

    Vous aimerez sûrement :

    Tous les romans de Jane Austen : Orgueil et préjugés, Emma, Northanger Abbey, Raison et sentiments, Lady Susan, Mansfield Park, Persuasion

    La mort s'invite à Pemberley de P.D. James

    Les filles de Mr Darcy d'Elizabeth Aston

    Un portrait de Jane Austen de David Cecil

    La tétralogie d'Anna Godbersen : Rebelles, Rumeurs, Tricheuses et Vénéneuses

    Extraits :

    - (...) Je ne lis pas le tout-venant des romans. J'ai le plus souverain mépris pour la marchandise ordinaire des bibliothèques. Vous ne m'entendrez jamais prendre la défense de ces productions puériles qui ne détaillent rien que des principes discordants incapables d'amalgame, ou de ces vains tissus de banalités dont on ne peut tirer aucune déduction utile. Il ne sert à rien de les jeter dans l'alambic littéraire ; l'on n'en distille rien qui puisse ajouter à la science. Vous me comprenez, j'en suis convaincu ?

    - Je n'en suis pas certaine. Mais si vous décrivez le genre de romans que vous approuvez, je pense que cela me donnera une idée plus claire.

    - Bien volontiers, belle questionneuse. Les romans que j'approuve sont ceux qui déploient la nature humaine avec grandeur, qui le montrent dans les intensités sublimes du sentiment, qui exposent le progrès des passions violentes depuis le premier germe d'inclination naissante jusqu'aux ultimes énergies de la raison à demi détrônée, ceux où nous voyons la vive étincelle des appas de la femme susciter un tel feu dans l'âme de l'homme qu'il en arrive, même au risque de s'écarter de la droite ligne des obligations premières, à tout oser, à tout tenter, à tout exécuter pour la conquérir. Voilà les ouvrages que je parcoure pour mes délices et, j'espère pouvoir le dire, pour mon édification.

    ...

    Les demoiselles Beaufort furent bientôt satisfaites du "cercle dans lequel elles évoluaient à Sanditon", pour utiliser l'expression correcte, puisque tout le monde doit aujourd'hui "évoluer dans un cercle" ; c'est peut-être à la prédominance de ce mouvement rotatoire qu'il faut attribuer tant d'étourdissements et de faux-pas.

    ...

    Agréablement surprise par la diversité des fruits de serre que Sanditon House pouvait produire à volonté, Charlotte s'étonna que Lady Denham, qui aurait dû y pensait quand la conversation languissait, eût choisit pour accomplir ce geste le moment où les importuns étaient sur le point de partir. En suivant Mrs Parker vers la collation, elle tâchait, avec son esprit ordonné, de comprendre le mélange d'intentions généreuses, de calculs rusés et de comportement capricieux qui formait le caractère de leur hôtesse.

    ...

    Son aisance et sa franchise, la joie avec laquelle il s'emparait de tout ce qui pouvait contribuer à son amusement ou à celui d'autrui, tout cela, concédait-elle, était parfaitement admissible chez quelqu'un qui passait l'essentiel de son temps dans les cercles londoniens. Mais Charlotte, dont l'expérience étroite et limitée ne s'étendait guère au-delà du confortable milieu familial, était habituée à un comportement en société bien différent et à une toute autre échelle de valeurs. Une retenue constante en société, le respect dû aux voisins et parents, l'indulgence face aux défauts des autres, tels étaient les principes qu'on lui avait toujours appris à observer. Elle reconnaissait leur importance pour le maintien de bonnes relations entre individus destinés à se rencontrer chaque jour de leur vie, mais elle en percevait les inconvénients lorsqu'on attendait de vous une contribution spirituelle et vive à la conversation.

    ...

    - (...) Rares sont ceux parmi nous qui n'ont pas leurs défauts superficiels et chacun doit compter sur la bonté des autres pour fermer les yeux.

    - Mais les gens prennent tant de soin de leurs défauts et en font tant pour les rendre fascinants qu'il serait méchant de fermer les yeux, protesta Sidney. Ils préfèrent qu'on rie d'eux et qu'on les distingue plutôt que d'être perdus dans le lot.

    ...

    Il faut en déduire qu'elle était en bonne voie pour tomber amoureuse elle-même et qu'elle serait au milieu du chemin avant de se rendre compte qu'elle y était entrée. Malgré toute sa raison et son bon sens, Charlotte était ignorante de l'abîme qui s'ouvrait sous ses pas, de la folie suprême qui consiste à offrir son estime sans la moindre certitude d'en recevoir en retour ; comme plus d'une de ses semblables moins sensées, elle se comportait de la façon la plus normale et le plus illogique.

    ...

    Charlotte n'avait en rien épuisé toutes les émotions que peut ressentir une jeune femme qui a le malheur de s'éprendre sans la moindre assurance de voir ses sentimens payés de retour. Le bonheur et la peine, le trouble et les incertitudes l'avaient plongée tour à tour dans des phases de rêve et de doute. (...) Elle n'était pas préparée à la réaction de morne chagrin qui commençait maintenant.

    La bon sens avait fini par affirmer de nouveau ses droits, la prévenant qu'elle devait apprendre l'indifférence (...). Son coeur lui dictait encore des périodes de rêverie, mais elles n'avaient plus l'insouciance et le charme de jadis. Elle pouvait seulement espérer que le temps et le changement tempéreraient cette obsession unique qui occupait toutes ses pensées, qui venait obscurcir toute perspective de plaisir et tuer tout l'intérêt qu'elle ressentait auparavant pour la société de Sanditon. Le souvenir de cet intermède pourrait redevenir heureux et normal lorsque se serait évanoui un peu de son attachement pour lui, lorsqu'elle pourrait revoir tout le passé, une fois retrouvée la sécurité de son foyer tranquille. Alors elle pourrait au moins songer qu'elle avait vécu des instants qu'elle ne retrouverait jamais et qui ne cesseraient jamais de lui être chers.

    ...

    Vous savez, je suis moi-même un individu très prosaïque, raisonnable et bien peu romantique, et j'ai toujours eu à coeur de trouver la femme la plus raisonnable, la plus prudente et la plus sensée du monde. Mais, par ailleurs, il est très important pour moi qu'elle possède un défaut très particulier : elle doit perdre la tête dès qu'il s'agit de moi. Il lui suffirait de me regarder un instant et, quelle que soit la solidité de sa raison, elle l'égarerait en quelques secondes. Elle serait prête à s'enfuir avec moi, sans y réfléchir, au moment où je le lui demanderais. C'est la seule façon dont je peux espérer être certain d'avoir trouvé exactement ce que je cherche. Si une femme affirme qu'elle a toujours les pieds fermes sur terre, comment peut-on découvrir qu'elle a parfois la tête dans les nuages ?

  • Les filles de Mr Darcy d'Elizabeth Aston

    les filles de mr darcy.jpgEditions Milady Romance - 475 pages

    Présentation de l'éditeur : Vingt années après Orgueil et Préjugés, nous faisons la connaissance des cinq filles d’Elizabeth et Darcy. Alors que leurs parents sont en voyage à Constantinople, les demoiselles viennent passer quelques mois à Londres chez leurs cousins Fitzwilliam. La découverte de la vie citadine, des plaisirs qu'elle offre et des dangers qu'elle recèle, associée au caractère fort différent de ces jeunes personnes, va mener à des aventures – et des amours – inattendues, dans un cadre particulièrement mondain, où de nombreux individus se côtoient. De la Tante Lydia - toujours aussi frivole - à Caroline Bingley - devenue Lady Warren -, on retrouve avec plaisir certains personnages créés par Jane Austen.

    Après ma lecture plus qu'enthousiasmante de La mort s'invite à Pemberley de P.D. James, j'ai voulu réitérer l'expérience de ces plumes qui font revivre les inoubliables héroïnes de la brillante Jane Austen. Ici encore, c'est Orgueil et Préjugés qui impulse le récit. Décidément, le texte originel n'en finit pas d'inspirer écrivains et réalisateurs !

    Une petite mise en garde s'impose : contrairement à P.D. James, l'auteur ne se mesure pas vraiment à Jane Austen en exilant provisoirement Mr & Mrs Darcy à Constantinople. Et si certains des personnages secondaires du fameux Pride & Prejudice sont bien présents (Lydia, les Fitzwilliam, les Gardiner, Caroline Bingley...), ils sont soit relativement en arrière-plan, soit suffisamment dénaturés pour hérisser le poil des puristes.

    Passés ces menus détails, l'on ne peut que saluer la performance d'Elizabeth Aston qui nous entraîne à la suite des cinq filles Darcy faisant leur entrée dans le monde au coeur de l'impitoyable Londres. Bals, thés, intrigues amoureuses, déceptions et revirements de situation, tout y est ! Certes, l'étiquette semble un peu plus souple que celle décrite par la grande Jane, mais il faut garder à l'esprit que le récit, bien que toujours au XIXe siècle, se déroule vingt années plus tard. La modernité est en marche, les protocoles, les attitudes et les façons de penser avec. L'on n'arrête pas le progrès.

    Bien qu'Elizabeth Aston n'égale pas tout à fait l'excellence bluffante de P.D James, j'ai pris un immense plaisir à m'évader une fois de plus dans la romance victorienne. Les héroïnes d'Aston, femmes de caractère désireuses de s'émanciper, sont dans la droite ligne du féminisme avant-gardiste austenien. Elles sont merveilleusement mises en relief par des femmes plus effacées ou des langues de vipères dignes des intrigantes d'Austen. Les dialogues, aussi élégants, ciselés et ironiques que ceux qui les ont inspirés, finissent d'asseoir la crédibilité et des personnages et du récit.

    Je recommande vivement ce livre aux adeptes de romance et aux amoureux pas trop pointilleux de l'incomparable femme de lettres comptant parmi les plus grands écrivains anglais de tous les temps. Je vais pour ma part continuer à me régaler en lisant la suite de ce sympathique roman : Les Aventures de Miss Alethea Darcy. Austenite aigüe quand tu nous tiens...

    Extrait :

    Il n'était pas si simple de préserver sa vertu : la moralité, le bon sens et la raison faisaient de bien piètres barrières contres les assauts de la passion, de la tendresse, et, bien plus encore, de l'amour. Telle était sa récente découverte. C'était là une vérité jamais énoncée par les mères, les gouvernantes et les dames respectables quand elles parlaient réputations, personnes recommandables, ruines et femmes déchues.

  • Un anthropologue en déroute de Nigel Barley

    Editions Payot - 261 pagesun anthropologue en déroute.jpg

    Présentation de l’éditeur : Pourquoi diable Nigel Barley s’est-il mit un jour en tête de devenir anthropologue ? Pour sa thèse il avait choisi les Anglo-Saxons mais, tout plan de carrière impliquant une mission d’étude, c’est finalement une modeste tribu montagnarde du Nord-Cameroun, les Dowayo, qui lui échoit. Une sinécure ? Si l’on veut… Non que les Dowayo se montrent hostiles, mais insaisissables plutôt, et imprévisibles. Barley se voit transformé tour à tour en infirmier, banquier, chauffeur de taxi, exploité jusqu’à l’os par une tribu hilare. Il finira par comprendre que l’objet d’observation, en fait, c’est lui.

    L’anthropologie est une chose sérieuse, une science aux règles bien établies. Bronislaw Malinowski, Edward Evan Evans-Pritchard, Margaret Mead et tant d’autres participèrent activement à son développement.

    D’un point de vue livresque, ce domaine pourrait, parfois, effrayer. Prenons par exemple un ouvrage fondamental, L’art primitif de Franz Boas (1927), sur lequel je reviendrai prochainement : riche, complet, exhaustif, érudit, bref, un vrai ouvrage scientifique, une lecture ô combien enrichissante ; mais qui ne pourra en aucune façon se faire sans une vive attention.

    Fort heureusement, apparut dans le petit monde de l’anthropologie anglo-saxonne, un ovni qui rendit accessible à tous cette discipline fascinante ! Barley, Nigel Barley pour le nommer. Parcours universitaire traditionnel, carrière académique prometteuse..., puis comme souvent pour faire avancer une carrière, un défi à relever. En l'occurrence, un voyage d’études. Le choix est fondamental : professionnellement parlant, une erreur peut s’avérer fatale.  

    Pour Barley, ce choix est déjà une aventure, tout comme les diverses formalités, les derniers préparatifs, le vrai départ... Et finalement, quasi miraculeusement, un jour, l’arrivée en Afrique, au Cameroun, en pays Dowayo, relatée dans ses deux premiers romans.

    Les récits des éminents prédécesseurs de Barley narrent une exaltation intellectuelle permanente, une chance de renouveler la science, se targuant d'une objectivité constante. Pour Barley, la vie sur le terrain sera quelque peu différente : entre tracasseries administratives, problèmes matériels, maladies et autres accidents, il y aura surtout les attentes ! Car en Afrique, tout est possible, à la seule condition d’être patient. Il apprendra à le devenir. L'anthropologue recevra en retour le plus beau cadeau de l’Afrique : le sens même de l’Humanité !

    En livrant les situations cocasses de son aventure, l'auteur renverse les codes guindés de l'ethnologie traditionnelle qu'il dénigre entre les lignes. Transcendant sa discipline grâce à cet humour anglais si caractéristique, il offre par ce formidable ouvrage une délicieuse initiation, une découverte d'un oeil neuf de l’Afrique, de la Vie. Bref, un récit aussi drôle, original, qu'intelligent.

    N’hésitez nullement à vous plonger dans Un anthropologue en déroute ! Encore plus si vous aussi avez eu la chance de vous rendre sur le continent où tout a commencé : j’y ai retrouvé certaines impressions de mon premier voyage, me rappelant surtout les larmes du départ... Et cette promesse de retour...

    Si le coup de coeur est au rendez-vous, sachez que notre sympathique scientifique continue ses aventures africaines dans Le retour de l’anthropologue, puis asiatiques dans L’anthropologie n’est pas un sport dangereux et L’anthropologue mène l’enquête (toujours dans la Petite Bibliothèque Payot). De quoi faire durer le plaisir !

    Extrait :

    Plusieurs semaines après mon retour en Angleterre, je téléphonai à l’ami qui m’avait suggéré de faire mes valises et de partir en Afrique, ou ailleurs.

    « Ah, tu es de retour ?

    - Oui.

    - C’était assommant ?

    - Oui.

    - Tu as été très malade ?

    - Oui.

    - Tu as rapporté des notes sans queue ni tête et tu as oublié de poser les questions essentielles ?

    - Oui.

    - Et tu repars quand ? »

    Je ris faiblement. Pourtant, six mois plus tard, je repartais pour le pays des Dowayo.

    Rédigé par Vincent

  • La mort s'invite à Pemberley de P.D. James

    Editions Fayard - 393 pagesla mort s'invite à pemberley.jpg

    Présentation de l'éditeur : Rien ne semble devoir troubler l’existence ordonnée et protégée de Pemberley, le domaine ancestral de la famille Darcy, dans le Derbyshire, ni perturber le bonheur conjugal de la maîtresse des lieux, Elizabeth Darcy. Elle est la mère de deux charmants bambins ; sa sœur préférée, Jane, et son mari, Bingley, habitent à moins de trente kilomètres de là ; et son père adulé, Mr Bennet, vient régulièrement en visite, attiré par l’imposante bibliothèque du château. Mais cette félicité se trouve soudain menacée lorsque, à la veille du bal d’automne, un drame contraint les Darcy à recevoir sous leur toit la jeune sœur d’Elizabeth et son mari, que leurs frasques passées ont rendu indésirables à Pemberley. Avec eux s’invitent la mort, la suspicion et la résurgence de rancunes anciennes. Dans La mort s’invite à Pemberley, P.D. James associe sa longue passion pour l’œuvre de Jane Austen à son talent d’auteur de romans policiers pour imaginer une suite à Orgueil et Préjugés et camper avec brio une intrigue à suspense. Elle allie une grande fidélité aux personnages d’Austen au plus pur style de ses romans policiers, ne manquant pas, selon son habitude, d’aborder les problèmes de société – ici, ceux de l’Angleterre du début du XIXe siècle.

    L'on m'a souvent posé la question de mon auteur favori. Etant un fervente défenseure de l'égalité des sexes, j'ai toujours répondu à cette interrogation en donnant le nom d'un et d'une auteur dont je ne pourrais me passer.

    Depuis fort longtemps maintenant et je pense pouvoir affirmer pour longtemps encore - pour ne pas dire toujours puisqu'il ne faut jamais dire jamais -, ces deux-là sont John Irving et Jane Austen.

    Si Irving écrit encore régulièrement et pour encore de nombreuses années je le souhaite pour lui comme pour moi, Austen n'a laissé que peu de romans derrière elle que j'ai évidemment tous dévorés. Ma passion pour cette écrivain du XIXe anglais étant insatiable, je la relis régulièrement et multiplie autant que faire ce peut la lecture des parutions tournant autour d'elle ou de son univers. C'est ainsi que j'ai lu et apprécié Un portrait de Jane Austen de David Cecil, La fille qui voulait être Jane Austen de Polly Shulman ou encore Le club de Jane Austen de Karen Joy Fowler que je n'ai pas encore chroniqué.

    C'est bien évidemment avec un plaisir non dissimulé que j'ai découvert récemment l'existence du nouveau roman de la célèbre P.D. James, La mort s'invite à Pemberley. Que dire si ce n'est que P.D. James a relevé le défi incroyable de me laisser croire que je lisais un nouveau roman de ma chère Jane Austen. Les personnages, l'atmosphère, le style, tout y est. L'on ne peut que sentir la passion de l'écrivain pour l'oeuvre laissée par la célèbre et adulée maîtresse féministe du discours indirect libre et de la critique sociale réaliste et symbolique teintée d'humour et d'ironie.

    La défunte figure de proue des lettres anglaises de l'époque victorienne disait dans le dernier chapitre de Mansfield Park :

    Laissons à d'autres plumes que la mienne le soin de s'attarder sur la culpabilité et le malheur. J'abandonne promptement des sujets aussi détestables, car je suis impatiente de faire retrouver à ceux qui n'ont pas grand-chose à se reprocher une certaine tranquillité, et d'en avoir terminé avec les autres.

    Si P.D. James, dans sa préface, s'excuse de n'avoir pas respecté cette volonté, il me plaît à croire que Jane Austen aurait salué la performance de la baronne, lauréate du Silver Dagar Award, du Grand Prix français de littérature policière et membre éminent des auteurs britanniques et de la Chambre des Lords. Ce roman enchantera assurément, comme je l'ai été, les nombreux admirateurs de Jane Austen et comblera à n'en pas douter ceux de la nouvelle reine du crime.

    Je vais de ce pas me plonger dans Les filles de Mr Darcy et Les aventures de Miss Alethea Darcy d'Elizabeth Aston que je viens tout juste d'acquérir. Passion insatiable, je vous dis, mais qui se passera évidemment - à l'heure de la pléthore de réadaptations cinématographiques des classiques austeniens - des misérables réécritures à la sauce zombie ou érotique qui, elles, ne font vraiment pas honneur à la grande Jane.

    Extraits :

    A cet instant, Alveston s'interpose : "Pardonnez-moi, Monsieur, si je me permets d'intervenir. Vous discutez de ce qu'il convient que Miss Darcy fasse comme si elle était une enfant. Nous sommes au dix-neuvième siècle, que diable ! et point n'est besoin d'être un disciple de Mrs Wollstonecraft pour juger qu'il ne convient pas de refuser aux femmes d'avoir voix au chapitre sur les sujets qui les concernent. Cela fait plusieurs siècles déjà que nous avons admis que les femmes ont une âme. N'est-il pas grand temps d'admettre qu'elles ont également un cerveau ?"

    ...

    Il n'est jamais aussi difficile de féliciter une amie pour son bonheur que lorsqu'on le juge immérité.

    ...

    "Je n'ai jamais approuvé les agonies qui n'en finissent pas. Dans l'aristocratie, c'est de l'affectation ; dans les classes inférieures, ce n'est que prétexte pour se dérober au travail. (...) Les gens devraient prendre la décision de vivre ou de mourir et faire l'un ou l'autre avec le moins de désagrément possible pour autrui."

    ...

    Un observateur extérieur, songea-t-elle, aurait pu croire que leur petit groupe partait en pique-nique - les crinières au vent, le cocher en livrée, le panier de victuailles, le séduisant jeune homme les accompagnant à cheval. Quand ils s'engagèrent dans le bois, la voûte de branches brunes qui, au crépuscule, présentait la compacité massive d'un toit de prison, laissait filtrer des rayons de soleil qui se posaient sur le chemin jonché de feuilles et animaient le vert sombre des buissons d'une vivacité printanière.

    ...

    C'était une petite femme mince, dont le visage, semblable à une aquarelle fanée, évoquait encore la joliesse fragile et les promesses de la jeunesse ; mais l'angoisse et la tension suscitées par l'attente de la mort de son fils l'avaient prématurément vieillie.

  • La Locataire d'Hilary Mantel

    la locataire.jpgEditions Joëlle Losfeld - 295 pages

    Présentation de l'éditeur : Dix ans après son départ cataclysmique vers une institution psychiatrique où elle a été internée, Muriel Axon est de retour dans sa petite ville des environs de Londres. Elle veut récupérer son ancienne maison qu'elle considère comme un dû. Mais par-dessus tout, elle veut se venger de ceux qui ont fait son malheur une décennie plus tôt. À cette fin, elle va user d'un art où elle est passée maître, le déguisement. Devenant tour à tour femme de ménage ou aide-soignante, elle va infiltrer le foyer de ses anciens voisins et exploiter leurs difficultés familiales, mettant son grain de sable dans des vies déjà bien assez compliquées... La locataire est un bijou d'humour noir qui met en scène un réseau de personnages placés sur une vaste toile d'araignée, au centre de laquelle trônerait Muriel, maniant tous les fils avec une malveillance jubilatoire, façon Desperate Housewives. Sous des aspects comiques, La locataire pose la vaste question de l'identité, des apparences, des malentendus qui surgissent quand on juge les gens trop rapidement.

    La Locataire est un étrange récit, surprenant quant à la multiplicité des émotions provoquées. Servie par un rythme très particulier, l'atmosphère de cette histoire est à plus d'un titre oppressante.

    Au commencement, après lecture de la jaquette et des premières pages, un sentiment jubilatoire vous envahit. La noirceur latente laisse supposer une évolution délicieusement grinçante où tout va rapidement tourner au vinaigre. Mais, au fil des pages, le rythme semble s'essouffler, va même jusqu'à agacer tant on a le sentiment d'être floué, que la promesse ne va pas être tenue et qu'il s'agit en fait d'une histoire gentillette. Entendons-nous bien, je n'ai rien contre ce que l'on appelle la happy end, mais ce n'est pas du tout ce à quoi l'on s'attend à la lecture de la présentation de l'éditeur. Et, effectivement, ce n'est nullement le cas. Après vous avoir ménagé - un peu longuement -, l'auteur opère une volte-face pour mieux vous maltraiter. Enfin ! dit le lecteur masochiste.

    Les personnages, multiples, sont tous plus dérangeants les uns que les autres et leur ambiguïté entraîne une oscillation permanente sur les sentiments que l'on nourrit à leur égard. Difficile de fait de s'attacher à eux et pourtant, on le veut ce fin mot de l'histoire. Entre couples au bord de la rupture, enfants paumés et aliénés divers et variés, les situations aussi absurdes que glaçantes ne manquent pas. Et le final est mené tambour battant pour mieux vous laisser pantois, groggy. Aux allergiques des ambiances dérangeantes et des finals qui laissent place au questionnement, passez votre chemin. Pour les autres, si La locataire n'est pas le meilleur du genre, il est très correct et suffisamment atypique pour mériter l'intérêt.

    S'il peut se lire indépendamment, il est à noter qu'il fait suite à C'est tous les jours la fête des mères narrant le rapport d'un des personnages centraux, Muriel Saxton, à sa mère tyrannique.

    Extrait :

    Et voilà : un cliché froissé sous ses plus vieilles chaussettes. Sa présence était un aveu tacite. Il devait pourtant savoir qu'elle fouillait dans ses tiroirs une fois de temps en temps ; au bout de vingt ans, il connaissait les méthodes qu'elle employait pour se tenir au courant. Il n'était pas de ces hommes secrets qui gardent par-devers eux leurs aventures amoureuses. Il faisait partie de ces hommes pitoyables, coupables, qui nourrissent un besoin profond d'être confondus.